Disclaimer : Kill Ben Lyk est l'oeuvre d'Erwan Marinopoulos.
Résumé : Depuis toute petite, Melissa s'évertue à dire aux gens autour d'elle qu'elle est une fille. Le monde, lui, semble ravi de continuer à la mégenrer. [Kill Ben Lyk]
Liste des dettes des « Défis Galactiques » : 50 nuances de fandom méconnu + 11 octobre : Journée Internationale des Filles + Défi des adultes 225 - Psychologie : Transidentité + Quatre aspects du Merveilleux Pays d'Oz (Tome 2) : Tippetarius : Ecrire sur un personnage transgenre ou un héritier au trône caché. + Préjugés 116 : Les personnes transgenres sont moches + Quatre cent vingt sixième baiser : Un baiser d'une personne transgenre + Bélier : La transidentité
Elle
Ses parents l'ont appelée Ben. Si l'enfant ne déteste pas son prénom car il est court, il a du peps et il peut être mixte, elle n'aime pas que tout le monde croit que c'est le diminutif de Benjamin. Elle ne les blâme pas cependant. Quand ils la voient, ils regardent le corps d'un petit garçon. Ses parents lui font couper les cheveux très courts pour lui faire des pics avec du gel. Ils l'inscrivent au foot. Elle aime le foot, là n'est pas le problème. Et les cheveux en pics, c'est cool. Mais elle voudrait pouvoir mettre des jolies robes sans qu'on ne lui dise qu'elle ne peut pas parce que les garçons ne portent pas de robes. Les garçons ne demandent pas à avoir un kit de maquillage pour enfant. Ils ne demandent pas une Barbie au Père Noël. Et surtout, personne ne veut entendre ce qu'elle crie au monde :
Elle est une fille !
On lui dit avec patience que non, elle est un garçon. Elle est née avec un pénis entre les cuisses, la caractéristique majeure des mâles. On se dit que cela lui passera. Sauf que cela reste. Elle sait qui elle est. Elle est une fille, une fille à qui on refuse d'être une fille à cause de ce ver flasque entre les jambes. On dit bien de certaines fillettes qu'elles sont des garçons manqués. Peut-être qu'elle, elle est une fille manquée ? En attendant, elle est condamnée à se regarder grandir, à voir ce corps qui ne lui correspond pas changer sans devenir ce qu'elle attend de lui. Ses seins ne poussent pas. Elle développe de la pilosité au niveau du torse, le menton, sa voix devient grave. Et c'est là que cela lui fait le plus mal. Quand elle était petite, les différences physiques entre garçons et filles étaient superficielles : les habits, les coiffures. Là, à l'adolescence, cela se voit, cela s'entend et elle ne peut littéralement plus se voir en peinture. Les photos d'elle la dégoûtent profondément. La vérité qu'elle s'évertue à hurler au point que sa gorge est anesthésiée tombe dans l'oreille d'un sourd.
Elle a vingt ans quand elle peut enfin prendre tout cela en main. Elle va voir un psy en premier lieu et le verdict tombe :
Elle a raison depuis le début.
Elle est une fille.
Une fille coincée dans un corps d'homme.
Elle est transgenre.
La pilule est difficile à avaler pour ses parents et Ben peut le comprendre. Elever pendant deux décennies un garçon pour apprendre qu'on s'est trompés, c'est rude, même si après tout, la vérité sort de la bouche des enfants mais on s'est évertués à la faire taire car ces paroles dérangeantes remettaient en cause le statut quo. Mais une fois le choc passé, ils se révèlent les meilleurs soutiens au monde.
- C'est quoi ton nom, de ce fait ? Lui demande sa mère. Ton vrai nom.
- J'aime beaucoup celui que tu avais prévu pour moi à la base. Je m'appelle Melissa, Maman.
Le baiser qu'elle reçoit de ses parents, celui qu'elle leur donne en retour, lui sert de baptême. Les opérations suivent et la jeune femme a la sensation de sortir d'une chrysalide. Ce n'est plus un étranger qu'elle regarde dans le miroir mais bien elle : une femme belle, forte, indépendante. Melissa Lyk est enfin née après plus de vingt ans de gestation.
Elle est née. Elle est révélée au monde. Mais le monde ne semble pas vouloir lui donner réellement le titre de fille. De «vraie » fille. Quand ses amants ou amis apprennent qu'elle est née garçon, bien souvent, elle a le droit à des réflexions qui, bien qu'enrobées de pseudo-bienveillance, sont écoeurantes de condescendance.
- Te fiches pas de moi, tu es bien trop jolie pour que ce tu sois trans !
- Pourtant, t'as pas l'air trans du tout !
- Tu devais avoir les traits déjà bien féminins pour que cela soit si naturel !
Parce qu'elle a les traits fins, des grands yeux de biche, une peau brune dont elle prend soin avec plaisir. Si cela l'emmerde profondément, au moins, elle peut enfin vivre comme elle l'a toujours voulu : avec le bon prénom, les pronoms adéquats, la reconnaissance légale. Le reste, c'est juste l'être humain qui est terriblement con et on ne le refera pas en un jour. En attendant, il y a plus important :
Son morinom la poursuit.
Un malade mental s'évertue à assassiner tous les Ben Lyk de Londres. Elle n'est plus Ben. Et les victimes sont des hommes. Et comme les papiers de son changement de nom et de genre ne sont pas encore faits ou enregistrés, la voilà embarquée dans cette sordide affaire. Jamais un morinom n'aura mieux porté son nom puisque le nom Ben Lyk semble le plus meurtrier ces derniers jours.
FIN
