Je me réveillais avec un horrible mal de crâne, surement dû au fait que je me sois retrouvé dans un bar avec tous les gens que je connaissais de l'armée et que l'on m'avait forcé à boire. Je ne sais pas comment j'ai pu me retrouver dans un lit mais c'est sans doute un miracle (surtout qu'Al n'était pas là). Je n'arrivais pas à ouvrir les yeux qui me semblaient peser des tonnes, et a vrai dire j'étais tellement bien dans mon lit. Mon lit qui avait l'air étrangement moelleux et spacieux pour une fois... sans doute que ma cuite de cette nuit me faisait faire des hallucinations... Je me blottis contre mon oreiller... Ou plutôt... contre ce qui me faisait office d'oreiller. Le temps que je comprenne que mon OREILLER respirait et qu'il dégageait une chaleur humaine, cinq minutes devait déjà s'être déroulées. Je me relevais, mes yeux grands ouverts, que je m'empressais de refermer à cause de la lumière. J'avais peur de découvrir se qu'il y avait à côté de moi... et je crois que pour les hallucinations c'était surtout parce que je n'étais surement pas dans mon lit...

- Mmmmm...

Je tressaillis. Cette voix ? Même un gémissement comme celui-là, je le reconnaitrais entre mille. Mon dieu, j'espère que c'est tout sauf ce que je pense. Je me résolus tout de même à ouvrir mes yeux, par un effort qui me parut énorme. Mes doutes se confirmèrent en voyant le Colonel et je laissais échapper un étrange son quand la couette tomba de mes épaules. Je me rendis alors compte compte que mes habits avaient totalement déserté mon corps. Rouge pivoine, je quittais le lit deux places dans lequel je me trouvais et me retrouvait par terre au milieu d'habits envoyés sur le sol sans grande attention. Plus JAMAIS je ne reboirai n'importe quel alcool ! Je n'osais pas imaginer ce qu'il s'était passé, mais n'avais qu'une seule idée en tête : partir d'ici au plus vite et faire comme si rien ne s'était produit. Bien sur c'était sans compter sur le téléphone de Mustang qui sonna tellement discrètement que je me jetais littéralement dessus et répondit avec un grognement indescriptible.

- Nii-san ! me dit la voix tonitruante d'Al depuis le téléphone, je me demandais ou tu étais passé ! Alors je me suis précipité au bureau et quand le lieutenant Hawkeye m'a dit que tu étais rentré hier soir avec le Colonel Mustang, j'ai tout compris ! Je suis tellement content ! Alors ça y est ! Vous l'avez fait ?! Tu lui as dit ?!
- Parle plus lentement... chuchotai-je en prenant en main mon caleçon et en quittant la chambre, essayant de faire le moins de bruit possible. Et comment t'as reconnu ma voix en plus ...?
- Ca veut dire oui ?! Je suis tellement content pour toi ! s'exclama-t-il en m'ignorant.

Il est vrai que ça faisait pas mal de temps maintenant que j'étais secrètement amoureux de lui... MAIS se n'était pas une raison pour en profiter !

- J'en sais rien, j'étais totalement bourré je me souviens de rien...
- Bah t'es où là ?!
- Chez lui... mais je me souviens de rien je te dis !
- Tu t'es retrouvé dans son lit ?
- Oui...
- Nu ?

Je rougis, et il prit mon silence pour un oui.

- Bah tu vois !
- Al... il le sait pas ...
- Hein ? Si ça se trouve, il n'était pas bourré, lui.
- Il n'aurait pas fait ça !
- T'en sais quoi ?!
- C'est un coureur de jupon ! Pourquoi il serait intéressé par un mec ?!
- Ta logique merdique te tuera...Bon je te laisse frangin ! Et tu me raconteras !
- Mais puisque j-

Il avait raccroché. Je soupirais et entrais à contrecœur dans la chambre pour assembler mes affaires avec le plus de rapidité et de discrétion possible.

- Ed...gémit Roy dans son sommeil.

Je me figeais en entendant mon nom et le regardait, mes habits pendant au bout de mes bras. Un sourire se dessina sur mes lèvres et je remerciais le ciel qu'Al ne soit pas présent pour me le faire remarquer. Je fermais les yeux, essayant de remettre mes idées en place. D'accord ce n'était pas si déplaisant mais je ne pouvais pas simplement me recoucher auprès de lui, comme si de rien n'était... Je rouvris les yeux et me plonger immédiatement dans les yeux d'onyx qui me fixaient. Je déglutis difficilement en le voyant se redresser d'un coup, apparemment avec la même réaction que moi.

- Edward ?!
- JE SUIS AUSSI ETONNE QUE VOUS ! C'EST VOUS QUI DISIEZ QUE VOUS TENIEZ BIEN L'ALCOOL ET VOUS QUI M'AVEZ LE PLUS FORCE A BOIRE ! hurlais-je pour toute défense en essayant de paraître moins coloré.

Il me regardait comme s'il voyait un extraterrestre et si je l'avais vu dans ma chambre, debout, en caleçon avec tous ses autres habits en boule dans les bras, j'aurais sans doute eu la même tête.

- Tu ne te souviens de rien, me demanda-t-il comme s'il venait d'avaler une pastèque de travers.
- Non, j'étais bourré, comment voulez vous que je me souvienne ?! fis-je en criant à moitié.

Il me regarda vraiment comme un revenant.

- Quoi ?
- Tu te souviens VRAIMENT de rien ? questionna-t-il d'un ton ahuri.
- Si, je me souviens que j'ai bu et je me souviens aussi m'être réveillé... là, répondis-je d'un ton septique avant que je comprenne soudain le sous-entendu. VOUS... VOUS AVEZ...?!

Alors Al avait raison ?! Ce bâtard de Colonel avait profité la situation ?!

- Non ! Ce n'est pas ça ! C'est que... j'avais bu moi aussi et ... en fait..., bafouilla-t-il. Tu m'as avoué que tu avais un faible pour moi depuis un moment déjà et...

J'avais dit ça ?! J'ouvris grand les yeux de surprise et rougis de plus belle en découvrant que je n'avais eu le courage de lui avouer qu'en étant dans un état plus que lamentable.

- ... et puis si tu te souviens pas ce n'est pas si mal, finalement... finit-il.

J'étais dégouté... Il ne POUVAIT pas finir cette histoire par : ''On oublie et tout va pour le mieux''

- On a couché ensemble ? demandais-je avec crainte que je tentais de dissimuler.

Il hocha la tête. Je décidais de garder mon calme et de régler cette histoire sans me battre.

- C'était quoi votre motif ?! Juste profiter ? Vous saviez plus ce que vous faisiez ? Ou vous m'avez pris pour une fille ?! dis-je en espèrent du fond du cœur qu'il ne réponde pas à ces questions par la positive.

Il me regarda, comme s'il ne voulait pas me répondre. Je ne sais pas pourquoi mais mon cœur battait a cent a l'heure à cet instant. J'avais l'impression de chauffer sur place et je n'avais qu'une seule envie : m'éclipser et ne plus jamais le revoir. J'avais peur de la réponse, et en même temps j'avais tellement envie d'avoir une explication à cette histoire. Alphonse avait raison finalement, je me tuerai à force de fuir cette histoire de sentiments. Autant tout lui dire tout de suite ! Pendant qu'on y était ! Surtout que maintenant je n'avais plus à me soucier d'Al, nous avions retrouvé son corps et mes membres, et il avait demandé Winry en mariage 1 mois plus tôt. Maintenant il me soulait pour que je l'avoue... Il avait eu du mal pour me le faire avouer à moi-même. Mais à présent, j'avais compris : Mustang était là et il me regardait. Il allait parler mais, décidé que j'étais, je le coupais et lui avouait enfin... Après 2 ans passé sous silence, 2 ans que je le regardais de loin, 2 ans que je fantasmais, je lui disais enfin :

- Ce que j'ai dit hier soir... même si c'était pas volontaire ... ou plutôt que j'étais pas dans mon état normal... c'était vrai... je vous aime...

Voilà, c'était dit. Je fis volte-face et sortis de la chambre pour dégringoler les escaliers. Je saisis ma veste au passage, sautait dans mes chaussures et, mes habits encore dans les bras, j'ouvris la porte pour débouler dans la rue enneigée. Mon nom retentit derrière moi, je répondis en claquant la porte. Je continuais mon allure effrénée, mettant le plus de distance entre moi et la maison de Roy, jusqu'à ce qu'enfin l'adrénaline retombe et que je ne m'écrase pitoyablement sur le trottoir plein de neige. Al. Il fallait que je l'appelle. J'allais l'embêter mais j'avais vraiment besoin de lui. Tâtant les poches de mon pantalon, j'en sorti mon portable et composais le numéro de mon petit frère. Franchement, qui étais le moins gamin des 2 ?!
Il répondit immédiatement.

- Âllo nii-san ?!
- C'est moi ...
- Tu pleures... ?

En effet je pleurais...

- Oi ! Qu'est-ce qu'il t'arrive ?!
- J- ... J'lui ai dis ! Sanglotai-je, pis j'suis parti !
- ... hein ? Parti ?
- J'suis qu'un minable, j'me suis barré !

J'arrivais plus à parler.

- Bon, ça va aller, dit-il après un moment. Où es tu ? Je viens tout de suite.

J'étais pitoyable. Devoir appeler mon petit frère pour venir me chercher en plein temps de neige, c'était vraiment misérable. Je tachais quand même à m'habiller avant qu'il n'arrive. Et puis, au bout d'un court instant, il était déjà là, à m'aider à me lever et à m'assoir sur le siège passager de sa voiture. Quant à moi, je me laissais faire sans rien dire, retenant tous les sentiments contradictoires qui pouvaient assaillir mon esprit. Il m'emmena dans l'hôtel habituel dans lequel nous logions à Central. Et il m'écouta, il m'écouta me lamenter, il m'écouta pleurnicher comme un môme, il m'écouta pendant des heures, puis quand je n'eu plus rien à dire, il m'écouta me taire.
Et puis, il me sourit.

***

Voilà, j'étais dans les couloirs, poussé par Alphonse, redoutant à chaque instant ce qu'il pourrait bien se passer. Nous passions devant tous les gens de l'armée qui se demandaient bien pourquoi j'avais l'air si tendu. Et je n'en avais pas que l'air ! Oh, oui ! J'étais tétanisé ! Et merde ! Qu'est-ce qu'il lui prenait à Al de m'emmener ici, hein ?! Et là, j'étais devant la porte de la mort, sans savoir quoi faire, et c'était la première fois (je dis bien, la PREMIERE fois) que je me suis senti petit.

- Euh... Tu vas bien, Fullmetal ? me demanda alors le lieutenant Hawkeye
- Bien sur qu'il va bien ! s'exclama Al, enthousiaste. Bon ? Tu frappes ?

Je déglutis.

- Comment veux-tu que je frappe ?! hurlais-je avec une voix tremblante.
- J'ai bien fait face à Winry, tu peux le faire ! m'encouragea Al.
- Ca n'a rien à voir enfin !
- En quoi est-ce diffèrent ?

Breda, Havoc, Falman, Fuery et le lieutenant Hawkeye nous regardaient nous disputer sans comprendre quoi que ce fut. Puis finalement, impatient, Alphonse frappa à la porte à ma place. Mon cœur faillit en exploser.

- Non mais ça va pas ?! m'exclamai-je avec terreur.
- Oui ? fit la voix de Mustang derrière la porte.

S'il s'en était tenu qu'à moi, je me serai retourné et je serai parti, mais voilà qu'Al, devinant plus que bien mes pensées, ouvrit la porte et me jeta à l'intérieur avant de refermer derrière moi. Mon Dieu, mais qu'est-ce qu'il se passait bon sang ?!
Il était là, devant moi, il me regardait d'un air surpris. Moi, j'étais là, debout, pantelant, prêt à n'importe quoi pour disparaitre de son champ de vision. Et ce silence qui n'en finissait pas. C'est pourquoi, envers et contre tout, je dû parler.

- Bonjour, fis-je, hésitant.

Il me répondit par un sourire. Maintenant il se foutait de moi. Si ça continuait, j'allais vraiment m'enfuir à nouveau.

- Je... je tenais à m'excuser... parce que vu comment j'suis parti... osai-je dire en détournant les yeux.
- Oui, tu fais bien, je n'ai pas pu te dire se que je pensais moi-même, répondit-il aussitôt.

Voilà, c'était l'heure du verdict. Un sourire se dessina sur son visage.

- Tu es sur de vouloir savoir ?

Hein ?! Qu'est-ce qu'il me chantait ?!

- Tu te souviens, commença-t-il sans attendre aucune réponse et en tournant son siège sur le côté, de la première fois où nous nous sommes rencontrés ?

J'haussais un sourcil.

- J'étais venu, tu étais vraiment jeune a l'époque, et nous avions, enfin nous avons toujours, quinze ans de différence d'âge.

C'était partit. Il me rejetait avec lenteur...

- Tu étais là, tu n'avais aucune joie de vivre, mais quand je suis parti, une flamme brillait dans tes yeux. Et elle est toujours présente.

Là, je ne comprenais pas, mais alors VRAIMENT pas.

- Et je me suis dit : « Mais enfin Roy, c'est un gamin, tu es adulte ». Et malgré ses pensées qui me résonnaient, il n'y avait qu'une seule chose dont j'étais sûr dans cette histoire.

Il se leva, contourna son bureau et se mit bien en face de moi ? Je déglutis, prêt à faire une crise cardiaque.

- C'était que, malgré le temps qui nous séparait, je t'ai aimé.

Et c'est là que, sans comprendre pourquoi, ni comment, il m'embrassa, me poussa contre la porte et la ferma a clef.

***

Pendant se temps...

- MOUAHAHAHAHHAHAHAHAHAHHA !
- Est-ce que quelqu'un pourrait m'expliquer... ? demanda vainement Hawkeye en pointant du doigt Alphonse, mort de rire, devant le trou de la serrure du bureau du colonel.

Aucun des quatre autres ne répondit, tellement surpris qu'ils s'en faisaient des films - films qui se confirmèrent d'ailleurs avec le bruit d'un corps plaqué contre la porte et le cliquetis de la serrure.

- Non...
- Impossible...

Ce fut tout se qu'ils trouvèrent à dire.