Hello !
Me revoilà pour le quatrième défi lancé par The White Quill. Cette fois-ci, je devais choisir entre deux mots : Maraudeurs ou Drarry. Je vous laisse découvrir ce que j'ai bien pu faire de ça juste en dessous !
Bonne lecture :)
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C'est le plus vieux tango du monde
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En grandissant, Harry s'était rendu compte que les rêves les plus profonds n'étaient pas sujet à grande évolution. De toutes ses connaissances, tous avaient un désir ancré profondément qui grandissait avec eux sans jamais changer drastiquement.
Durant toute sa vie, il n'avait souhaité que des choses simples et évidentes. Harry ne vivait que pour l'amour. Celui de ses parents, qui lui déchirait le cœur. Celui de ses amis qu'il pouvait contempler chaque jour. Celui de l'être-aimé qu'il peinait à découvrir.
Il se souvenait aisément des longues heures passées sous le placard de l'escalier, étant enfant, où il se détruisait l'estomac à ruminer l'absence d'un père, d'une mère ou d'un quelconque repère familial auquel se raccrocher.
A côté de lui, son cousin Dudley perpétuait les mêmes caprices qu'il ne comprenait pas. Comment pouvait-on geindre pour avoir un vélo plus rutilant que celui du voisin quand on ne savait même pas pédaler sans roulette ? Pour Harry, son cousin était une énigme qui l'avait toujours dépassé.
Harry, lui, poursuivait sa quête de l'amour. Il était enfin comblé en amitié. Ron et Hermione avaient prouvé maintes fois qu'ils étaient à ses côtés, près à surmonter les plus grandes épreuves uniquement pour le préserver. Il avait aussi fait la connaissance de son parrain, cet être qui lui donnait enfin l'impression de connaître la signification du mot famille. Harry n'avait jusqu'alors rien connu de plus fort. Mais le soir, entre ses draps trop froids, il ne cessait de se demander ce qu'on ressentait, lorsqu'on parlait la langue des amoureux.
A son âge, Sirius, lui, connaissait déjà ce langage. Il l'avait expérimenté avec plusieurs de ses camarades de classe. Il était connu comme le tombeur de ces dames, le rebelle en herbe, casse-cou et bagarreur qui, d'un simple clin d'œil, vous mettait à ses pieds. Mais Sirius n'était pas sûr de se reconnaître dans la réputation qu'il s'était forgée. Pour autant il ne parvenait pas réellement à savoir qui il voulait être.
En vieillissant, Dudley avait conservé ses rêves matériels, toujours dans le simple but d'attirer l'attention autour de lui. Ce n'était plus le petit Jordy Ryans qu'il voulait battre à la course, mais sa sœur, qu'il voulait impressionner.
Plus tard, Harry avait fini par toucher du bout des doigts ce sentiment qu'il désirait plus que tout. Mais les lèvres de Cho sur les siennes et les regards empreints de désir de ses admiratrices ne lui avait laissé que le goût acide de la déception.
Son cousin et lui n'avaient presque plus aucun contact et il se demandait parfois ce qui faisait aujourd'hui rêver le jeune Dudley Dursley.
Autour de lui, Harry voyait Ron goûter aux premières joies de l'amour et Hermione pleurer son amertume. Il avait vu Cho se déchirer sous l'absence de Cédric et Voldemort refuser la moindre marque de tendresse. Harry avait compris qu'amour et peine allaient souvent de paire et qu'il fallait être prêt à souffrir pour pouvoir aimer. Mais à peine âgé de seize ans, Harry avait peur. Il pensait avoir suffisamment souffert dans sa vie pour s'épargner la douleur qu'amour inflige. Mais plus que d'amour en soit, Harry souffrait de son manque. Au fond de lui, il transpirait de jalousie lorsque Ron se plaignait de Lavande. Il voulait pleurer avec Hermione de ne pas pouvoir connaître ce sentiment. Harry était irrémédiablement seul et personne ne parvenait à faire frétiller son cœur.
A seize ans, Sirius avait des idées beaucoup plus arrêtées sur l'amour. Il avait fini par comprendre ce qui lui manquait tellement étant plus jeune. Les jeunes filles avaient beau avoir les sourires les plus éblouissants de Poudlard, à ses yeux, leur éclat se fanait bien vite. Il y avait pourtant des mains fermes, des torses bourgeonnant de leurs premiers poils et des barbes naissantes qui marquaient son cœur de leur empreinte indélébile. Mais il y avait un visage qui s'imprimait plus que les autres au fond de sa rétine.
Sirius avait compris que la beauté de Remus, lorsqu'il se transformait, n'était pas une simple fascination pour l'irréel. Il ne se lassait jamais de le contempler, les épaules tombantes et le regard timide, évoluant dans le château à ses côtés. Il s'épanouissait en le faisant rire, s'émouvait de sa mine sérieuse, se déchirait lorsque son regard se perdait sur l'intrépide Marlene McKinnon. Si Sirius était conscient de ses sentiments, l'admettre à voix haute restait inimaginable. Personne ne le comprendrait. Il était Sirius Black, l'enfant maudit d'une famille de détraqués, le séducteur de Poudlard. Lunard et lui étaient frères d'armes, au même titre que James et Queudver. Non, il était tout bonnement inconcevable de révéler à qui que ce soit la nature de ses sentiments.
Lorsqu'il les comprit, Harry, lui, aurait bien voulu les révéler. Il était si heureux de savoir enfin ce qu'amour signifiait. Il était prêt à perdre la raison, déclamer des sérénades du haut de la tour d'Astronomie, recouvrir le monde de fleurs si seulement il lui l'avait permis.
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La première fois que leurs lèvres se rencontrèrent, Harry comprit qu'il l'avait toujours su. La première fois que sa langue toucha la sienne, il comprit qu'il l'aimait. La première fois que sa main glissa sous sa chemise, il ne fut plus en état de comprendre quoi que ce soit.
Harry savait que leur relation était malsaine, qu'elle avait une date de péremption imprimée sur l'opercule. Il tremblait de se faire découvrir autant qu'il désirait clamer son amour. Il détestait l'aimer mais ne pouvait s'empêcher, chaque soir, de le retrouver.
En début d'année, Harry avait bien compris, sans pour autant l'admettre, que son obsession n'avait rien de normal. Hermione ne faisait que de lui répéter qu'il faisait une fixette. Mais il n'en fit qu'à sa tête. A ses yeux, Malefoy n'avait jamais été aussi intriguant. Il disparaissait en permanence au détour d'un couloir, semblait se faufiler plus sinueusement encore qu'un serpent pour glisser entre ses pattes. Harry suffoquait du manque d'intérêt qu'il lui donnait. Malefoy était absent, le regard froid et perdu. Cette lueur qui l'avait toujours animé avait disparu. Mais il ne désespérait pas de la voir apparaître de nouveau.
Quand il le vit, avachi contre les lavabos du deuxième étage, Harry sut qu'il avait vu juste. Malefoy n'était clairement pas dans son état normal. Il aurait voulu qu'il passe ses nerfs sur lui, qu'il lui hurle les pires insultes, qu'il le poursuive à coup de sortilèges dans le dos plutôt que de le voir se morfondre, seul et pitoyable, dans ces toilettes désaffectés qui sentaient l'eau croupie et le désespoir.
Et puis, Malefoy se tourna lentement vers lui et le vit. Son expression donnait à croire qu'il le voyait pour la première fois. Le visage défait, les bras ballants contre le corps, Harry se demandait s'il allait le frapper ou se remettre à pleurer. Quand il avança vers lui, sa mâchoire se contracta, son regard se fit plus vif et Harry plaça précautionneusement sa main sur sa baguette. Il était maintenant si proche que le moindre sortilège l'aurait atteint de plein fouet. Mais quand Malefoy leva la main vers lui, il ne tenait pas de baguette. Il accrocha fermement le menton d' Harry entre ses doigts trop longs et le tira vers lui avec une force qui le désarçonna.
Le cœur battant et les idées confuses, Harry reçut son premier véritable baiser. Comme celui avec Cho, il était trempé de larmes et le désespoir contaminait les moindres fibres de sa bouche. Mais ce baiser avait une saveur différente. Celle de l'interdit, de l'inconnu, de la violence et de la rancœur. Un baiser qui transpirait l'urgence et le dégoût de l'attirance.
Quand Malefoy s'éloigna enfin de lui, il la regarda avec une telle horreur qu'il crut en mourir sur le champ. Il le laissa, pantelant, dans les toilettes vides et Harry prit sa place, contre les lavabos, se demandant comment il n'avait pas pu le savoir plus tôt. C'était Malefoy qui faisait frémir son cœur comme aucun autre. C'était son regard moqueur qu'il cherchait toujours à susciter, ses attaques brutales et pathétiques. Il aimait le détester mais craignait subitement de détester l'aimer.
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Si Sirius avait pu voir l'avenir, il n'aurait jamais rien tenté, cette nuit-là. Il se serait abstenu, comme toutes les autres fois. Il aurait feint de rire grassement avec James en évoquant le joli postérieur de Lily et se serait moqué de Remus quand il se serait mis à les sermonner. Peut-être Lunard aurait-il remarqué son regard doux. Alors, il aurait prétexté vouloir son aide pour sa dissertation de métamorphose. James aurait ri, Quedever aurait suivi et Remus, après un long soupir, lui aurait arraché sa copie des mains en pestant. Oui, cette nuit n'aurait dû rester qu'une lente continuation des autres.
Mais cette fois-ci, Sirius n'avait pas le cœur à s'esclaffer devant les plaisanteries de James. Quand il regarda tendrement Remus, il se contenta de rosir sous son air interrogateur. James n'avait pas ri. Queudver non plus. Ils étaient partis se coucher et Sirius était resté là, se lamentant devant le feu de cheminée. Il était resté si tard qu'il avait fini par être seul. Il avait dû s'endormir puisque lorsqu'il revit le visage de Remus qui souriait alors qu'il lui caressait les cheveux, il s'imagina être plongé dans son rêve.
- Tout va bien, Sirius ?
Sa voix lui avait paru si claire qu'elle ne pouvait être embrumée par le sommeil. Le cœur de Sirius loupa un battement, sa respiration s'emballa quand, papillonnant des yeux, il discerna le regard inquiet de son ami. Il se redressa, cherchant maladroitement ses mots quand Remus lui prit la main, de plus en plus soucieux. Alors, Sirius pensa bêtement que c'était le bon moment. James n'aurait jamais eu de geste aussi tendre envers lui et encore moins Queudver. Il crut que Remus avait amorcé le premier pas, qu'il partageait ses sentiments et son envie de se découvrir autrement. Les secondes qui s'égrenèrent jusqu'à ce qu'il atteigne ses lèvres lui parurent durer des heures. Et quand la délivrance vint enfin, elle fut aussi douloureuse qu'un poignard dans le cœur.
Remus l'avait repoussé. Ses yeux étaient écarquillés de terreur et ses doigts, pianotant sur la pulpe de ses lèvres semblaient aussi surpris que lui. Il ne prit pas la peine de balbutier quoi que ce soit et préféra la fuite, courant à toutes jambes pour s'enfermer dans le dortoir. Quand Sirius trouva enfin la force de monter rejoindre son lit, Remus était barricadé derrière les lourds rideaux de velours de ses baldaquins.
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Harry n'eut pas le loisir de recroiser Malefoy, les jours qui suivirent. Il vivait, partagé entre l'attente insoutenable de le revoir et l'horrible angoisse de succomber à son tour. Malefoy l'avait embrassé. Sans un mot, sans tendresse ni explication. Il l'avait embrassé si fort qu'Harry en tremblait encore. Il avait dû rester des heures, la tête sous le filet d'eau fraîche pour trouver la force d'affronter de nouveau le monde extérieur.
Et puis, quand il finit par réapparaître un matin, dans la grande salle, Harry s'étouffa avec son bacon. Ron se mit à rire, Hermione lui tapota consciencieusement le dos et il se sentit béni que la rougeur de ses joues passe pour les conséquence de son petit accident. Malefoy ne lui avait pas adressé un regard alors que Harry ne pouvait détacher ses yeux de lui. Il ne leur fit pas honneur de sa présence en cours et le jeune homme dut attendre le lendemain soir pour craindre de nouveau les conséquences de sa propre existence.
Il aurait voulu le prendre à part, lui demander des explications, lui dire qu'il n'avait pas le droit de faire ça, qu'on n'embrassait pas les gens ainsi sans leur consentement. Mais il craignait si fort d'espérer de nouveau sentir ses lèvres sur les siennes qu'il le fuyait tout autant. Il ne parvenait même plus à ouvrir la carte du Maraudeur, de peur que le simple fait de voir son nom s'afficher lui donne des palpitations. Ils s'évitaient tellement qu'ils ne firent que de se croiser. Malefoy regardait droit devant lui, Harry baissait les yeux. Hermione soupirait de soulagement, Ron avait la bouche trop occupée par celle de Lavande pour commenter.
Et puis, Harry décréta que cette situation était ridicule. Il ne pouvait pas désirer embrasser Malefoy. C'était un être abject, un Mangemort qui plus est. Et Harry n'était pas gay. Il avait déjà embrassé des filles, il avait voulu avec ferveur en embrasser d'autres. Un garçon gay ne ressentait pas ce genre de chose. Il dut mettre une force incroyable pour faire taire sa conscience qui se moquait de lui. Plus de force encore pour faire taire son ventre qui lui criait d'aller le retrouver. Il en était tellement épuisé qu'il se laissa aller à la faiblesse, ouvrit la carte du Maraudeur et regarda Malefoy faire les cent pas du haut de la tour d'Astronomie. Ce fut à la vitesse d'un zombie qu'il enfila sa cape et à celle d'un coureur olympique qu'il gravit les marches de la tour.
Malefoy ne se retourna pas. Harry aurait voulu être discret, le pousser dans le dos pour le plaquer contre un mur, le tenir par le col au-dessus de la balustrade en lui demandant des explications. Mais son souffle erratique le trahissait et Malefoy ne semblait pas avoir besoin d'aide pour envisager de tomber par-dessus la barrière. Il ne bougea pas lorsque Harry s'accouda à ses côtés. Il ne frémit qu'à peine lorsque leurs épaules se frôlèrent.
- Est-ce que… est-ce que tu vas bien ? demanda Harry.
Mais sa voix se perdit dans le vent et Malefoy n'essaya même pas de faire mine de n'avoir rien entendu. Il resta, sans broncher, le regard perdu vers le précipice, feignant que le vertige n'avait aucune prise sur lui. Quand Harry s'aventura à suivre son regard, il crut perdre l'équilibre et ses doigts s'accrochèrent plus fermement encore à la balustrade. Si fermement qu'il ressentit à peine ceux de Malefoy, broyés par les siens.
Harry fixa sa main, recouvrant ses longs doigts fins. Il desserra sa poigne et laissa glisser son regard jusqu'à sa mâchoire. Elle était tout aussi contractée que la dernière fois. Il pouvait voir ses muscles glisser sensuellement contre la peau de sa joue. Harry aurait voulu le croquer, le goûter de sa langue jusqu'à ce qu'enfin, il se détende. Cette simple idée suffit à lui faire oublier l'air glacial qui fourrageait ses cheveux et cette fois-ci, ce fut Harry qui agrippa son visage entre ses mains. Il ne lui demanda pas la permission et laissa simplement ses lèvres caresser les siennes. Il aurait voulu rendre ce baiser rassurant, tendre et réconfortant. Mais les dents de Malefoy croquant sa lèvre ne le lui permettaient pas. Alors, il céda à la fougue, la passion et la violence. Il le laissa tirer sur ses cheveux et referma ses doigts sur ses épaules. Harry eut à peine le temps de glisser sa langue sur celle de Malefoy que le baiser prit fin, avec une brutalité qu'il n'anticipa pas. Malefoy l'avait poussé à l'autre bout de la pièce et Harry titubait sur ses pieds, peinant à retrouver son équilibre, bousculé par l'effervescence de ses sens.
- Qu'est-ce que tu fous, Potter ?
Harry laissa sa mâchoire pendre, sa bouche s'ouvrir et ses yeux se voiler d'incompréhension.
- Attends… Quoi ? demanda-t-il, sans plus rien comprendre.
- Tu te prends pour qui à fourrer ta langue de pédale dégueulasse dans ma bouche ?
- Ma langue de pédale ? répéta Harry en un souffle désarçonné.
- Qu'est-ce qui te fait penser que tu as le droit de faire ça ?
Malefoy était de plus en plus menaçant, s'approchant de lui avec rage, le poussant un peu plus en arrière à chacune de ses remarques.
- Mais… mais c'est toi qui m'a embrassé le premier ! se défendit Harry, les yeux hébétés. Dans les toilettes du deuxième étage, précisa-t-il inutilement.
- T'es en train d'insinuer que je suis gay là ? gronda-t-il tout contre son oreille. Je te préviens Potter, une nouvelle insinuation de la sorte et tu vas comprendre qu'on ne joue pas avec Drago Malefoy.
Il venait de lui croquer l'oreille. Sa langue glissa sur son lobe et Harry suffoqua. Et puis, comme la dernière fois, Malefoy s'en alla, bouffé par l'escalier.
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Sirius ne parvenait plus à regarder Remus en face depuis ce qu'il appelait secrètement leur petit incident. Son ami ne semblait pas plus fier que lui et, après quelques jours, James commença à remarquer le trouble qui les habitait.
- C'est quoi votre problème, les gars ? demanda-t-il un jour, alors qu'ils se promenaient dans le parc.
- De quel problème est-ce que tu parles ? Il y a un problème ? demanda Queudver de sa voix paniquée.
Mais James l'ignora en levant les yeux au ciel. Il s'arrêta, décrétant que cet amas de rochers pointus serait l'endroit idéal pour débuter cette conversation gênante.
- Ça fait trois jours que vous ne vous adressez plus la parole. Lunard n'a pas sorti le nez de ses bouquins ce qui, en soi, ne devrait pas vraiment me surprendre. Mais toi Patmol, tu n'as jamais été silencieux aussi longtemps. Je ne t'ai même pas vu reluquer Alice Londubat quand sa jupe s'est soulevée avec le vent. Qu'est-ce qui ne va pas ?
- Tout va pour le mieux, répondit Remus en fixant le bout de ses pieds.
- Oh, arrête, ça se voit comme la graisse sur les cheveux de Servilus ! Tu t'es encore moqué de son odeur de chien mouillé, c'est ça ? rit-il en donnant un coup de coude à Remus.
- Puisqu'on te dit qu'il n'y a rien, grogna Sirius en lui lançant un regard froid.
- Est-ce que… Oh non ça ne peut pas être ça, s'inquiéta James en écarquillant les yeux. Est-ce que… Est-ce que tu l'as mordu ?
- Ça suffit, siffla Sirius en se levant. Tu es ridicule, James. Il n'y a rien à comprendre, c'est clair ?
Sirius n'avait qu'une envie, retrouver son apparence d'animagus et s'enfuir en courant dans la forêt. Mais le parc était bondé d'étudiants prêt à le dénoncer au moindre jappement. Alors, il courut plus qu'il ne marcha, sans but distinct. Lorsqu'il arriva finalement à l'orée de la forêt, il s'accorda encore quelques mètres en tant qu'humain avant de redevenir le chien qu'il aimait être. La vie était beaucoup plus facile quand le seul problème qu'on avait était de ne pas marcher sur sa queue ou de se prémunir contre les puces. Il courra à en perdre haleine, jusqu'à ce que la seule idée de se désaltérer vienne à l'obséder. Mais lorsqu'il trouva un point d'eau et qu'il put boire à sa guise, le visage de Remus revint dans ses pensées. Il revivait en boucle ses yeux écarquillés, ses doigts dégoûtés touchant ses lèvres bafouées, sa fuite catastrophée et son silence lourd et pesant. Il pensait si fort à lui qu'il avait l'impression que son odeur imprégnait la moindre feuille environnante. Et puis, quand il le vit apparaître derrière un tronc d'arbre, il comprit que son flair ne l'avait pas trahi.
- Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-il en retrouvant son apparence humaine.
- Je suis venu te chercher, répondit simplement Remus.
- Et tu penses vraiment que te balader seul au beau milieu de la forêt interdite est une bonne idée ?
- Tu le fais bien, toi.
- C'est Patmol qui le fait. Ça n'a rien à voir.
- Je suis désolé, chuchota Remus après un long silence.
Sirius baissa la tête, désarçonné par ces paroles qu'il n'attendait pas. Alors, Remus le répéta, en boucle, toujours sur le ton du souffle, en s'approchant chaque fois un peu plus de lui, jusqu'à s'asseoir à sa hauteur.
- Arrête, l'implora Sirius en se prenant la tête entre les mains. C'est moi qui devrais être désolé. Je… je ne sais pas ce qui m'a pris. Je n'aurais jamais dû faire ça.
Pour toute réponse, Remus se contenta de poser une main réconfortante sur son épaule.
- J'ai agi comme un idiot, dit-il au bout d'un moment. Je me suis laissé guider par la peur plutôt que par la raison.
- Cesse de te confondre en excuses, Remus. J'ai déconné, c'est tout. Tu n'es coupable de rien.
- Je t'ai blessé. Je ne pensais jamais pouvoir te blesser un jour.
Il était désormais si proche que Sirius pouvait presque entendre les battements de son cœur. Son ouïe affinée par sa récente condition animale l'aida à percevoir ses battements irréguliers. Et puis, quand il eut enfin la force de plonger ses yeux dans les siens, il entendit son emballement.
- Je suis désolé, répéta Sirius du bout des lèvres.
- Ne t'excuse pas d'être celui que tu es.
Remus s'approcha encore un petit peu plus de lui, déposa tendrement ses lèvres sur sa tempe et posa sa tête sur son épaule. Ce fut le cœur de Sirius qui se mit à battre la chamade, mais il ne dit rien, ne bougea pas d'un centimètre, de peur de gâcher la magie du moment. Ils restèrent ainsi de longues minutes, savourant de s'apprivoiser de nouveau. Quand Remus lui prit la main pour se relever, Sirius n'en fut que plus déstabilisé. Il ne put s'empêcher de glisser son regard interrogateur dans celui de son ami qui préféra baisser les yeux.
- Je…je n'en sais rien, Sirius, répondit-il à sa question silencieuse.
- D'accord, répondit-il dans un souffle.
- J'ai besoin de temps.
- D'accord, répéta-t-il en luttant contre la vague d'espoir qui menaçait de le submerger.
- De beaucoup de temps.
- Tout ce que tu voudras.
- Peut-être n'aurais-je jamais la réponse.
- Je t'attendrai, Remus. Le temps qu'il faudra.
Il le fixa si longuement que l'échange en devint intime. La sincérité qu'il lui transmettait dans son regard lui tordit le ventre. Sirius mourrait d'envie de l'embrasser de nouveau, de le serrer dans ses bras, de sentir son odeur se mélanger à la sienne. Mais il se contenta de serrer, un peu plus fermement, ses doigts entre les siens. Il ne se lassait pas de contempler son visage doux et candide, sa fossette mal-assurée et son regard anxieux. Et puis, il le vit hocher la tête avec une conviction que Sirius ne lui connaissait pas.
- Tu… ? bredouilla Sirius.
- Oui.
- Je veux dire, tu es sûr ? Je ne voudrais pas…
- Embrasse-moi espèce d'idiot.
Sirius crut que son cœur allait exploser avec la violence de mille soleils. Tremblant de sueur, grelottant d'angoisse, il approcha sa main timide jusqu'à frôler la joue de son ami. Sa peau était douce contre la pulpe rugueuse de ses doigts. Il ferma les yeux pour se donner du courage et, dans un élan qu'il ne pourrait jamais regretter, lui fit connaître le goût de l'amour. Remus était raide et anxieux, Sirius doux et amoureux. Il aurait voulu ne jamais lâcher ses lèvres qu'il désirait tant mais Remus ne parvenait pas à se détendre. Alors, dans un regard qui transpirait la déception, Sirius se recula.
- Je suis désolé, répéta Remus en regardant ses chaussures.
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Harry ne comptait plus les moments passés à frotter ses lèvres contre celles de Malefoy, au beau milieu de la nuit. Ils se dévoraient, s'insultaient, et finissaient tous les deux, le regard fiévreux, par fuir dans leur coin. Au grand jour, Drago perdait sa verve et l'ignorait superbement. De toute façon, Harry n'avait pas grand temps pour lui une fois le soleil levé. Son emploi du temps était minutieusement établi entre les visites de Ron à l'infirmerie, qui avait avalé par mégarde un puissant poison, rendre ses devoirs qui s'amoncellaient dans son sac et fuir Lavande qui le harcelait en permanence pour avoir des nouvelles de son Ron-Ron. Harry dormait peu, fixant durant des heures sa carte du Maraudeur en espérant que cette nuit encore, Malefoy ferait une petite excursion nocturne. Il le rejoignait systématiquement, chaque fois dans un lieu différent. Il ne lui demandait jamais comment il l'avait trouvé et ça l'arrangeait bien. A vrai dire, ils ne parlaient pas beaucoup. Le schéma se répétait systématiquement. Harry arrivait derrière lui, ils ne disaient rien. Après quelques secondes d'un silence épais, leurs corps se frôlaient et puis, dans une soif insatiable, ils finissaient par s'embrasser jusqu'à en perdre la tête. Harry ne s'était plus aventuré à sortir sa langue mais Malefoy ne se gênait pas pour la faire glisser sur son cou, son oreille ou le long de sa mâchoire.
Harry faisait tout pour ne pas l'entendre parler mais, irrémédiablement il finissait toujours par l'accabler, lui hurlant dessus, lui reprochant ses baisers et ses étreintes. La plupart du temps, Harry ne répondait rien mais quand il s'aventurait à lui mettre sa propre culpabilité en pleine face, Malefoy se mettait hors de lui. Harry préférait définitivement quand ils ne parlaient pas. Embrasser Malefoy était grisant, exquis, dangereux et terrifiant. S'entendre dire qu'on était gay était peut-être plus terrifiant encore, tout aussi dangereux et particulièrement amer. Harry n'avait pas envie d'être gay et encore moins qu'on vienne le décider à sa place. Harry voulait simplement être Harry. Juste, Harry. Tant pis s'il devait embrasser Malefoy pour être lui-même, tant pis s'il devait le désirer chaque fois avec un peu plus de force. Il savait qu'entre ses bras, et malgré toute la peine qu'il avait à l'admettre, il était enfin lui-même.
Mais ce soir-là, dans une salle de classe déserte du quatrième étage, Malefoy avait décidé qu'ils iraient un peu plus loin. Harry avait bien trop peur d'initier quoi que ce soit mais chaque fois que Malefoy franchissait une étape, son cœur semblait le quitter en se liquéfiant. Sa main était sur son torse. La main de Malefoy. La putain de main de ce putain de Malefoy griffait son putain de torse. Harry aurait pu en défaillir sur le champ. Il eut à peine l'occasion de gémir que déjà, sa chemise gisait en lambeaux sur le sol. Harry la contempla sans vraiment comprendre comment elle était arrivée là et, lorsque la bouche chaude et humide de Malefoy se referma sur son téton, il ne répondit plus de rien.
La suite se déroula comme au ralenti. Malefoy le poussa jusqu'à ce qu'il s'échoue contre le bureau du Professeur, tira avec force sur la boucle de sa ceinture et Harry se demanda s'il n'allait pas faire un arrêt cardiaque. Les gestes du blond étaient rudes, rapides et saccadés et Harry semblait les voir se décomposer sous ses yeux. Il pouvait étudier de près l'angle que son index prit quand il ouvrit le bouton de son jean. Il se délecta de la courbure de son pouce quand il tira sur sa fermeture. Et quand Malefoy empoigna fermement son sexe raidit, il ferma les yeux dans une complainte. Ses gémissements furent rapidement tus par la bouche de son partenaire s'écrasant sur la sienne. Malefoy serrait si fort qu'il lui faisait presque mal mais quand il cracha sur sa main, adoucissant la caresse, Harry replongea dans ses rêves.
Harry était sur le point d'accéder au paroxysme du plaisir quand Malefoy s'éloigna vigoureusement de lui, essuya sa main sur son torse et le regarda avec dégoût.
- Hors de question que tu me gicles dessus, Potter.
Furent ses derniers mots avant qu'il ne sorte de la pièce, laissant Harry aussi déboussolé que frustré.
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Un jour, Remus avait décrété, regardant le ciel s'apprêtant à accueillir sa pomme empoisonnée, que jamais leur amitié ne pourrait connaître d'obstacles. Certainement n'avait-il jamais envisagé que Sirius pourrait développer un amour indéfectible pour lui.
Sirius aimait se rappeler ce moment. Il lui faisait mal, il lui broyait les côtes mais lui laissait, l'espace d'une seconde, la vaine espérance que ces paroles n'avaient pas été feintes. Pourtant, en voyant les yeux désolés de Remus, son regard accablé et ses gestes fuyants, Sirius avait du mal à garder espoir.
Quelque chose avait été brisé. L'alchimie du groupe n'était plus la même. A quelques semaines de quitter l'école, ils n'étaient ce quatuor soudé qu'aux yeux des autres. En son sein, deux âmes s'étaient perdues.
Remus lui avait reparlé, à de nombreuses reprises, lui assurant toujours combien il aurait aimé, combien il s'en voulait, de n'être pas celui que Sirius espérait. Il lui avait juré vouloir essayer, vouloir se laisser le temps d'apprendre à être cette personne. Mais si l'amitié qu'il lui portait était sans limite, Sirius ne voulait pas d'un homme qui faisait semblant. Remus était plein de bonnes intentions mais ne faisait que creuser, jour après jour, sa peine un peu plus profondément.
Alors, quand l'année prit fin et que tous les quatre vinrent à se séparer, Sirius se jura de s'accorder du temps. Il tenta un temps d'ignorer son chagrin, se convainquant, jour après jour, que tout cela n'avait été qu'un flirt adolescent. Tôt ou tard, il retrouverait un homme qui lui ferait flancher le cœur. Alors il s'offrirait à lui, l'aimerait aussi fort que possible et serait heureux. En attendant, le whisky adoucissait ses maux.
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- Tu n'es vraiment qu'un connard, le repoussa Harry lorsque Malefoy vint pour l'embrasser, le soir suivant.
- T'as un problème, Potter ?
- Ne fais pas l'ignorant. C'était quoi ta soudaine prise de conscience, hier soir ?
Malefoy se mit à rire si fort qu'Harry se demanda s'il ne devait pas en avoir peur. Et puis, son visage retrouvera son masque habituel, ses traits se tirèrent de froideur et il le fusilla du regard. Mais ce soir, Harry ne voulait pas se dégonfler. Malefoy se foutait clairement de lui, il n'allait pas se laisser faire.
- Tu m'embrasses dans les toilettes puis quand je le fais à mon tour dans la tour d'astronomie, tu me repousses. Tous les soirs, c'est la même histoire, tu franchis une nouvelle étape avant de fuir brusquement. Si tu n'as pas envie de m'embrasser, de me toucher, personne ne t'y oblige, Malefoy ! Tu as peur que je te dise que tu es gay, c'est ça ?
Les yeux de Malefoy étaient devenus si sombres qu'ils virèrent au noir et quand il poussa Harry contre le mur de pierre, ce fut avec une telle violence qu'il se demanda s'il ne saignait pas. Malefoy empoigna son cou avec force, s'approcha de son visage, la mine plus furieuse que jamais, lança son bassin contre le sien et grogna d'une voix sourde :
- Je. Ne. Suis. Pas. Gay. Potter.
- Très bien, souffla Harry en glissant ses doigts entre ceux de Malefoy, toujours présents autour de son cou. Faisons comme si toi et moi pensions que tu es hétéro, si ça te rassure.
Malefoy avait largement desserré sa poigne et ses doigts étaient plus une caresse sur le cou de Harry qu'une réelle menace.
- Tu as fini ? grinça Malefoy en prenant son menton entre ses doigts.
- Je crois bien.
- Sinon, je connais une très bonne méthode pour te faire fermer ta gueule.
Malefoy baissa les yeux jusqu'à désigner son entrejambe et Harry se mit à rougir. Il détestait cet air de panique qui l'envahissait quand Malefoy et lui commençaient leur… jeu aussi malsain que grisant. Mais Harry ne voulait plus être cette chose fragile que Malefoy prenait et jetait à sa guise. C'en était terminé des règles dictées par ce tyran, des gestes tremblants d'inquiétudes, des angoisses face à ses réactions.
Alors, Harry ne quitta pas ses yeux lorsqu'il déboutonna son pantalon. Il le tira par le col de sa chemise lorsque Malefoy commença à s'éloigner pour plutôt le garder collé à lui. Et quand enfin il glissa sa main entre ses cuisses, il contourna son sexe qu'il rêvait pourtant de découvrir, pour laisser ses mains se poser sur ses bourses. Malefoy avait de nouveau ce muscle tendu qui déformait le coin de sa mâchoire et Harry ne put empêcher un petit sourire en coin d'émerger sur ses lèvres. Et puis, il encercla fermement ses boules entre ses doigts, raffermit sa prise, le défiant de faire le moindre mouvement. Malefoy fronça les sourcils et Harry resserra encore sa poigne pour le rapprocher de lui, le faisant couiner.
- Si tu me détruis les burnes, Potter…
- Je ne suis pas sûr que tu sois en position de me menacer de quoi que ce soit, Malefoy.
- Qu'est-ce que tu veux ? grogna-t-il.
- T'embrasser.
- Et qu'est-ce qui t'en empêche ?
- Avec la langue.
- Pas de ça avec moi, Potter.
Mais Harry ne l'entendait pas de cette oreille. Il laissa son pouce caresser avec douceur la base de son sexe et se délecta du visage de Malefoy qui commençait à fondre. Et puis, sans prévenir, il ressortit sa main, le libéra de son emprise et le fixa. Harry dut rassembler tout son courage pour ne pas se démonter mais, fermement décidé à avoir gain de cause, il porta son index à sa bouche. Malefoy le regarda avec des yeux vitreux et quand Harry laissa suggestivement courir sa langue sur son doigt avant de l'emprisonner entre ses lèvres, Malefoy miaula.
- Une langue pour une langue, susurra Harry, proche de son oreille.
Les miaulements se transformèrent en grognement et Malefoy, après une longue bataille intérieure, opina finalement.
- Si tu savais à quel point je te hais, cracha-t-il avant qu'Harry ne vienne avaler ses mots.
Embrasser Malefoy était une chose, sentir sa main sur son sexe une autre mais laisser sa langue découvrir la sienne relevait pour Harry du nirvana. Il glissa de nouveau sa main dans le pantalon du jeune homme, retrouvant sa place autour de ses bourses, sans jamais lâcher sa bouche. Quand Malefoy commença à s'impatienter, il les pinça délicatement du bout des doigts, caressant plus violemment sa langue avec la sienne et il finit par se laisser aller. Harry appréciait être celui qui décrétait qu'il en était assez. Quand il s'accroupit devant Malefoy, ce fut le regard fier et décidé. Quand sa langue glissa sur le long de sa verge, c'était avec passion et délectation. Et quand il l'emprisonna entre ses lèvres, il crut jouir avant lui.
Malefoy se mordait le poing pour ne pas gémir. Harry laissait ses mains explorer toutes les zones qu'il rêvait de découvrir. Tous deux oubliaient, pour un instant, que cette histoire était vouée à l'échec.
Harry aurait voulu qu'il l'embrasse de nouveau avant de fuir mais Malefoy ne pouvait se résoudre à déroger à sa règle ultime. Alors, il revêtit ses espoirs, soupira sa déception et rejoignit à son tour les draps rassurants de son baldaquin.
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Les jours passèrent, s'écoulant à la vitesse d'un grain de sable se frayant un chemin pour rejoindre la seconde partie du sablier. James et Lily étaient fiancés. A demi-mots, son ami lui avait même laissé entendre qu'ils seraient bientôt trois à vivre dans leur petite maison de Godric's Hollow. Queudver avait retrouvé le foyer sécurisant de sa mère, choyé comme au bon vieux temps, il ne jurait que par son rôti de porc. A chaque fois que Sirius le voyait. Toujours. Sans relâche. Inlassablement. Au point où, à bout de patience, Sirius avait décrété qu'une pause entre eux s'imposait. Il ne parvenait plus à le supporter aussi facilement, loin de l'influence guillerette de James et de la douceur patiente de Remus.
Remus…
Il le fuyait avec plus de ténacité encore que Potter. Son sourire lui manquait. Sa petite fossette droite lui manquait. Son allure mal assurée, son air conciliant, son amitié, sa simple présence. Tout chez lui lui manquait. Mais Sirius ne pouvait se laisser aller à quérir sa compagnie. Chaque fois qu'ils se voyaient, la douleur était plus vive. Après chaque rencontre, le nombre de verres de whisky augmentait. Bientôt, il ne fut plus capable de noyer son désespoir dans une seule bouteille. Son humeur était massacrante, son teint de plus en plus défait et son regard, rendu fou par la boisson, le faisait ressembler à un dégénéré. Sirius ne s'était jamais senti aussi proche de sa mère qu'en cet instant. Aussi bon à pendre que tous les autres Black.
Il avait maintenant compris que son amour ne serait jamais partagé mais ne parvenait pas à l'accepter pour autant. Remus méritait d'être heureux, de vivre pleinement sa vie. Quelle connerie. Cette phrase sonnait encore plus faux en pensée que quand il la servait à Lily, qui s'inquiétait toujours du bien-être du loup-garou. Il aurait détesté que Remus trouve l'amour. Et plus encore, il se haïssait de le croire avec tant de fermeté. Il le savait pourtant. Un jour viendrait où il assisterait à un de leur dîner avec une femme à son bras. Peut-être McKinnon qui lui faisait tant de l'œil quelques années plus tôt. Peut-être une autre, sortie de nul part, que Sirius aurait voulu étrangler à main nue pour sa simple existence.
Pour se flageller de ses pensées ou les noyer un peu plus, Sirius se réservait un verre.
Le dernier.
Avant le suivant.
James commençait à s'inquiéter, Lily, derrière son ventre de plus en plus élargi, fronçait les sourcils. Mais Sirius souriait toujours outrageusement, arguant qu'il avait un peu trop fait la fête la veille, que la nuit avait été courte. Remus baissait les yeux, Queudver riait grassement comme s'il comprenait le sous-entendu et James feignait de le croire, arguant qu'il n'était tout de même pas très prudent en ces temps difficiles. Sirius riait à son tour, disant qu'il était incorrigible, qu'il devrait plutôt chercher leur compagnie que celle des femmes. Mais il ne se sentait jamais aussi seul que quand ses vieux amis étaient près de lui.
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- Tu ne vas pas me refaire le coup à chaque fois, Potter ?
L'air s'était adouci, le printemps arrivait et le clair de lune, plus que les pierres glacées du château, donnait presque un air romantique à la scène. Mais il n'y avait rien de très romantique dans la lutte bestiale qu'engageaient les deux hommes. Tous deux nus comme des vers, Malefoy pouvait se délecter de la marque de ses dents, saillantes sur les épaules, lèvres et cuisses de Harry.
La main le tenant en joue, la bouche avide d'accueillir sa langue, Harry domptait le serpent.
- Si, peut-être bien.
- C'est la dernière fois, gronda Malefoy.
Il venait de lui agripper les cheveux avec force. Il y en aurait certainement un ou deux qui se logeraient dans le creux de sa main après la bataille. Malefoy cédait, certes, mais jamais sans violence. Il en avait été de même à chacune de leur rencontre. La fois où il avait posé sa bouche contre la chaleur de son sexe. Celle où il était parvenu à le faire jouir d'un simple mouvement de doigt. Et celle où ils l'avaient fait.
Harry ne savait plus vraiment que penser de ses agissements mais par-dessus tout, il cherchait à ne pas comprendre. L'ignorance, la paix intérieure, tout cela serait pour le plus grand bien. Trop chercher à savoir le mènerait à sa perte.
Malefoy s'était insinué en lui avec une étrange douceur qui ne lui ressemblait pas. Et puis, bien installé, il avait repris sa cadence habituelle en agrippant ses hanches. Harry passait souvent sa main sur sa peau couverte de griffures, comme un tatouage, un rappel palpable, un vestige de l'inimaginable.
Chaque fois, Harry était parvenu à faire courir sa langue sur la sienne. Chaque fois, Malefoy avait râlé, l'avait repoussé, humilié. Plus leurs rencontres se faisaient régulières, plus Harry cernait le personnage. Ce n'était pas le Survivant qu'il détestait, ni sa langue caressant la sienne ou sa peau se couvrant de frissons sur ses doigts. Malefoy se détestait lui-même de ressentir cette attirance, cette pulsion, ce besoin qu'il avait de se retrouver entre ses bras. Trop orgueilleux et bien décidé à ne rien admettre du tout, Harry devenait le coupable idéal. Et Malefoy veillait que chaque crime soit puni avec sévérité.
Il y avait cette passion entre eux, cette urgence presque criminelle à s'assouvir. Leur rapprochement était devenu un besoin vital qu'aucun des deux ne formulait. Harry le retrouvait trois, peut-être quatre soirs par semaine, aux abords de la forêt, au beau milieu du château, cachés derrière une tapisserie ou dans la salle de bain des préfets. Les pierres connaissaient leurs corps peut-être plus encore qu'eux-mêmes. Harry se demandait parfois ce que le château pouvait bien penser de lui. Comme une entité vivante qui l'accueillait gracieusement en son sein, les murs semblaient vivants, capables de penser, d'analyser et surtout de juger.
Quand il se regardait dans le miroir, il ne parvenait pas à savoir ce qui le gênait le plus. Batifoler avec un homme ou le fait que ce soit Malefoy. Harry n'avait jamais réellement songé à la possibilité d'être attiré par les grands blonds aux visages anguleux. Il s'était toujours imaginé au bras d'une femme douce et aimante, sans pour autant ne jamais s'attarder sur l'idée. Le simple fait de s'épanouir auprès d'un homme n'était même pas parvenu à s'infiltrer dans son esprit jusqu'à ce jour où, de rage, Malefoy avait collé sa bouche sur la sienne.
Depuis, des millions de questions, qu'il essayait d'éliminer de son esprit, venaient sans cesse le poignarder de leurs piques avides de réponses. Harry ne savait pas s'il était gay, s'il aimait les hommes, s'il aimait simplement Malefoy. Non, il ne pouvait pas aimer Malefoy mais son attirance était indéniable. Il savait qu'entre eux, aucun avenir n'était possible. Ils étaient les deux branches d'un destin entravé par leur filiation. Harry était le sauveur, Malefoy l'exterminateur. Pour autant, il ne se sentait jamais aussi vivant qu'entre ses bras et aucun autre homme ne tordait son estomac comme il le faisait.
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Jusqu'à ce qu'il se retrouve coincé entre quatre murs, "tourner en rond" n'avait jamais fait partie des expressions de Sirius.
Plus jeune, il avait plutôt été du genre à ne pas tenir en place, à foncer tête baissée avec rythme et enthousiasme.
Et puis, les années avaient passé, les peines avaient appuyé si fort contre sa poitrine que son souffle s'était amenuisé, son énergie était parti avec son enthousiasme, emmenant son envie de vivre avec elle. Sirius s'était affalé sur son fauteuil, avant d'attendre que le temps passe, se demandant qui du canapé ou de la bouteille allait fusionner en premier avec lui.
Et puis James avait été tué. Lily aussi. Et Sirius avait pleuré. Pleuré si fort que son fauteuil l'avait repoussé, que sa bouteille s'était brisée et qu'il retrouva sa force d'antan pour courir. Le manque d'air ne semblait plus un problème, ses jambes, restées trop longtemps allongées, n'étaient plus si engourdies. Sirius avait couru pour serrer, une dernière fois, son meilleur ami entre ses bras. Mais il ne parvint jamais à franchir la porte. Agenouillé sur le parvis, Sirius était en lambeaux.
A partir de cet instant, il ne s'était plus nourri que de son obsession. Trouver Pettigrow et lui faire payer le prix de sa trahison. Mais ce rat d'égout n'était pas facile à repérer. Toujours caché dans un recoin, courant de ses petites pattes rapides et aiguisées. Sirius savait qu'il aurait dû mettre un plan en place, que de traquer à tout jamais ce sale traître serait vain mais la colère, la peine et la déception guidaient ses pas. La raison n'avait plus de place en lui et lorsqu'enfin, il réussit à le retrouver, il sut d'un regard qu'il en serait fini de lui.
Quand il enfila sa tenue de détenu, il pensa à Remus. Remus qui devait endurer la même peine que lui. Remus qu'il n'avait même pas cherché à contacter, se lançant dans une vendetta personnelle. Il se demanda ce qu'il pouvait bien penser de lui, aujourd'hui. Son ami d'antan, rendu fou par la boisson, livrant ceux qu'il avait toujours aimé au monstre des ténèbres. Il se dégoûtait d'inspirer de telles idées à l'homme qu'il aimait plus que n'importe quel autre.
Mais une idée, plus que les autres, lui rongeait les entrailles. Pettigrow était en liberté. Dans ce monde privé de James et Lily, Remus n'était plus en sécurité. Sirius devait sortir. Et au plus vite.
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Harry le regardait prendre son petit déjeuner, dans la grande salle. Tête basse et épaules voûtées, Malefoy sirotait du bout des lèvres un verre de lait et mastiquait avec peine, comme si toutes ses forces l'avaient quitté.
Il y avait plusieurs jours que Harry remarquait son tourment, plus présent encore qu'habituellement. Malefoy ne lui décrochait pas le moindre mot, son regard était vide, ses gestes mécaniques. Il avait l'habitude de leurs rapports de force, des attaques qu'ils se lançaient à tour de rôle, plus rien de tout cela n'avait lieu. Malefoy demeurait seul et renfermé. Il se laissait faire plus qu'il ne participait et cette nouvelle dynamique donnait à Harry des sueurs froides.
Les nuits suivantes, il ne sortit pas de son dortoir et Harry commença à trouver le temps long. Voilà presque une semaine qu'il ne l'avait pas retrouvé. Au fond de lui, le manque commençait à se faire ressentir. Chaque jour, la peine creusait un peu plus son estomac jusqu'à ce qu'à bout de patience, il le provoqua en plein jour.
Malefoy n'était que très rarement seul. A deux mètres derrière lui avançaient ses chiens de gardes, agressant du regard quiconque se trouvait sur leur chemin. Harry lui-même était souvent entouré de Ron et Hermione qui, agissant comme des protecteurs autour de lui, faisaient fuir Malefoy avant même qu'il n'ait pu commencer à l'apercevoir.
Et puis, un jour où Harry commençait à perdre patience, il le vit, déambulant dans les couloirs du septième étage. Il n'avait aucune idée de ce qu'il pouvait faire là, les mains dans les poches, regardant droit devant lui comme s'il était résolu à accomplir quelque chose. Les poings sur les hanches, Harry s'arrêta au beau milieu du couloir, voulant lui barrer la route. Mais Malefoy ne semblait même pas l'avoir remarqué et manqua de le percuter de plein fouet quand il arriva devant lui.
- Dégage, Potter, soupira-t-il en fuyant son regard.
- Tu me fuis, répondit-il sans bouger.
- Parce que j'ai des comptes à te rendre, maintenant ?
- Ne fais pas celui qui ne comprend pas.
- Il n'y a rien à comprendre. Maintenant, et je ne le répéterai pas une troisième fois, dégage, Potter.
- Qu'est-ce qui a changé ? Entre nous, je veux dire, insista Harry d'une petite voix.
- Entre nous ? Entre nous ? Parce que tu crois qu'il y a vraiment quelque chose entre nous ?
Malefoy eut un rire si incongru qu'Harry en ressentit les vibrations comme des poignards lui écorchant le cœur. Il ferma les yeux un instant, déglutit pour se donner du courage et affronta de nouveau son regard, espérant que le sien ne trahirait pas son trouble.
- Tu veux vraiment parler de ça au beau milieu d'un couloir ?
- Je ne veux pas en parler, Potter.
Mais Harry ne lui laissa pas le choix. Il l'attrapa par le bras, le faisant avancer jusqu'à la tâpisserie de Barnabas le Follet. Malefoy protesta, essaya de se débattre mais Harry était trop déterminé pour le laisser s'échapper. Lorsque la porte prit forme sur le mur, il le jeta à l'intérieur de la pièce, la refermant derrière lui.
- Lâche-moi, putain, beugla Malefoy avant de se défaire de sa prise.
- Mais c'est quoi ton problème, à la fin ?
La pièce dans laquelle ils atterrirent était plus que sommaire. Elle ressemblait à n'importe quelle autre salle au sein du château. Dix mètres carrés de pierres de grès et un carrelage cabossé les accueillaient, ne laissant aucun confort ou distraction possible. Mais les yeux rendus fous de rage de Malefoy ne parcouraient pas les murs, ils sondaient Harry, jusqu'au tréfond de son âme, lui donnant la chair de poule.
- Alors ça va être comme ça maintenant ? commença Drago, hors de lui. Tu vas me suivre partout comme un petit chien, me demander de te rendre des comptes, surveiller mes faits et gestes à chacune de mes sorties ?
- N'abuse pas, soupira Harry.
- Qu'est-ce que tu veux, Potter ?
- Je veux savoir pourquoi tu m'évites.
- Le fait que tu sois l'être le plus détestable que ce monde connaisse n'est pas une raison suffisante, selon toi ?
Harry avait mal. Ses remarques, même s'il tentait de le dissimuler, l'atteignaient. Mais par-dessus tout, il était agacé par son comportement. Malefoy était si têtu qu'il refuserait certainement à tout jamais de se confier à lui. Pourtant, cette situation devenait de plus en plus pesante pour Harry. Naviguant entre le besoin fort de se retrouver près de lui et l'angoisse de ce qu'être dans ses bras signifiait, il vivait à demi-teinte, pris au piège entre ses désirs et sa raison.
- Si tu préfères qu'on arrête de se… voir, tu peux tout aussi bien le dire.
- Si tu crois que c'est une partie de plaisir, de te voir, Potter, ricana Drago.
Mais tout dans son attitude sonnait faux si bien qu'Harry s'en sentait peiné pour lui. Malefoy n'allait pas bien. Quelque chose le tourmentait au point où il ne parvenait même plus à garder son habituel masque immobile. A chacune de ses paroles, Harry entrapercevait une nouvelle faille. Mais si Malefoy refusait son aide, il ne pouvait plus rien faire pour lui.
- D'accord, abdiqua Harry en soupirant. Tu as raison, autant que nous arrêtions ce qui n'aurait jamais dû commencer. Au revoir Malefoy.
C'est le cœur battant et la boule au ventre qu'il franchit la porte de la salle, se demandant s'il ne venait pas de faire la plus grosse erreur de sa vie.
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Quand Sirius revit Remus, son corps tout entier se bloqua. Comme s'il vivait la scène au ralenti, il détailla chaque expression sur le visage de son ami. Lorsque sa fossette revint creuser le cœur de sa joue, il sut que Remus avait compris. Il l'accueillit dans ses bras comme la plus belle des promesses. Sirius aurait voulu y demeurer pour toujours, ne plus jamais le lâcher, respirer encore et encore son odeur qui n'avait pas changé. Mais l'heure était à la vengeance. Alors, il prit son mal en patience, se força à s'extirper des bras de son ami et se concentra sur son unique but, tuer Pettigrow.
Quand il échoua, ce ne fut que grâce à la présence de Remus qu'il tint debout. Remus qui avait, plus que jamais, besoin de son aide. Il y avait des années que Sirius ne l'avait pas vu se transformer. Le loup, comme l'homme, commençait à grisonner. Mais il restait toujours aussi robuste et Sirius, bien maigre et affaibli, n'avait plus sa splendeur d'antan. Remus avait largement le dessus et quand Sirius s'écroula, ce fut les yeux embrumés de gratitude d'avoir une dernière fois revu l'être aimé qu'il s'oublia entre les bras des détraqueurs.
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Harry avait aperçu Malefoy en salle de classe, au déjeuner ou dans les couloirs, mais il veillait toujours à ne pas poser les yeux sur lui. Du moins, il tentait de ne pas le regarder lorsqu'il pouvait le voir à son tour. Par contre, le dos de Malefoy n'avait plus aucun secret pour lui. De son épaule droite légèrement surélevée par rapport à la gauche, à son tressautement dans l'omoplate lorsqu'on le hélait, Harry savait tout. Il se souvenait aussi de son goût, de la texture de ses doigts, de sa peau se couvrant de frissons lorsqu'il glissait lentement sur sa colonne.
Plus les jours passaient et plus il était difficile pour lui de se dire qu'il avait pris la bonne décision. Malefoy semblait plus fermé que jamais. Quand il ouvrait la bouche en public, ce n'était que pour répondre par monosyllabes, le visage dur et froid. Même Crabbe et Goyle semblaient en avoir peur, ils se tenaient maintenant à quatre mètres derrière lui et Parkinson ne jappait plus pour attirer son attention. Quelque chose avait changé, Harry en avait le cœur net et cette idée, autant que celle de se trouver de nouveau dans ses bras, l'obsédait.
Alors, il relégua au placard ses bonnes résolutions et chaque soir, ressortait sa carte de sa vieille malle encombrée. Il cherchait avec attention pendant des heures le petit point qui lui indiquerait où se trouvait Malefoy. En pleine nuit, l'exercice n'aurait pas dû être trop compliqué. D'accord, les noms se chevauchaient dans le dortoir des Serpentards mais si Harry n'avait jamais de difficulté à trouver Zabini ou même Nott, Malefoy demeurait absent. Nuit après nuit, il s'écorchait les yeux à extirper son nom de l'amas que formaient les autres, sans aucun résultat.
Et puis il refit surface, un soir qui n'avait rien de différent des autres. Lorsque Harry le vit, son cœur loupa un battement. Sa raison lui hurlait de rester couché mais son désir était plus fort. Il se força à cesser de cogiter, faisant le vide dans ses pensées pour ne pas dévier de son objectif. Mais arrivé devant la porte de la salle commune, les doutes le reprirent. Il se laissa glisser contre le mur, s'assit un moment, se demandant ce qu'il cherchait vraiment. Il ne supportait pas Malefoy, qui le lui rendait tout aussi bien. Leur attirance bravait toutes les lois de la logique. Il avait découvert avec lui une partie de lui qu'il ne connaissait pas. Une partie qui était même certainement l'entièreté de son être. Mais Malefoy méritait-il vraiment que l'on s'accroche ainsi à lui, uniquement parce qu'il lui avait permis de se révéler à lui-même ? Harry n'en était pas certain.
Le chemin qui le ramena à son lit fut long et douloureux. Chaque pas insinuait un doute âpre, presque venimeux, en lui. Mais il tint bon, pas après pas, jusqu'à remonter dans ce lit protecteur et solitaire qui le déprimait.
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- Harry est un adulte, il a le droit de savoir, affirma Sirius de sa mine la plus grave.
- Un adulte ? Un adulte ? s'égosilla Molly. Mais il n'a que quinze ans ! Comment étais-tu toi, à cet âge ?
Oh, Sirius se souvenait parfaitement de l'adolescent qu'il était. Fêtard, blagueur, plutôt bon élève si on oubliant son comportement de rebelle. A cet âge-là, il était toujours baigné par l'insouciance, riant avec James, parlant pendant des heures des filles et élaborant mille et un stratagèmes pour les séduire. La vie était simple, à quinze ans. La vie était belle.
- Il a déjà vécu dix fois plus de choses que moi au même âge, ton argument n'est pas recevable, Molly.
- Il est hors de question que nous ayons cette conversation à nouveau. Et Dumbledore est d'accord avec moi. Harry ne doit rien savoir.
La lourde marmite de soupe qu'elle posa sur la table clôtura la conversation. Molly Weasley était une femme qu'on ne détournait pas de ses convictions. Elle était comme une mère pour Harry, un repère familial, une présence bienveillante. Tout ce que Sirius aurait rêvé d'être pour lui.
- Molly a sans doute raison, tu sais, soupira Remus, le soir venu.
- Alors tu es de son côté ? demanda Sirius en serrant contre lui son verre de whisky.
- Je suis du côté de Harry. Nous devons le préserver. Son bien-être est tout ce qui importe.
Sirius savait que la bataille était vaine. Tous s'opposaient à lui, leur combat était commun.
Une année était passée depuis sa fuite d'Azkaban. Une année de cavale, à vadrouiller partout à dos d'hippogriffe. Sirius ne s'établissait jamais quelque part plus de deux jours et se terrait dans des maisons abandonnées, retrouvant son état animal qu'il avait du mal à quitter. Et puis, Dumbledore lui avait parlé de cette maison, celle dans laquelle il avait grandi. Sirius s'était pourtant promis de ne jamais y remettre les pieds mais le directeur était, comme toujours, parvenu à avoir le dernier mot.
Être enfermé entre ces murs lui donnait des sueurs froides. Les détraqueurs n'étaient plus là pour l'emprisonner de leur aura glaciale mais le portrait de sa mère s'en chargeait à leur place. La solitude qui l'avait si longtemps accompagné avait été si brutalement rompue qu'il en avait le tournis. Et Remus était là.
Partout, tout le temps, aussi présent qu'il avait si longtemps habité ses pensées. Sa présence à ses côtés avait une saveur douce amère. Il lui apportait une forme de quiétude, l'avoir auprès de lui l'apaisait. Il lui rappelait, jour après jour, le bonheur d'aimer sans borne et sans limite. Il lui rappelait également la douleur de ne pas être aimé en retour. Son sourire était amical, ses accolades maladroites et ses poignées de mains trop crispées. Sirius aurait voulu le sentir se détendre entre ses bras, recouvrir ses lèvres de baisers, lui sussurer à l'oreille à quel point il avait de la chance d'être près de lui.
Et puis, il y avait cette jeune sorcière, cette Auror qui lui faisait toujours de l'œil. Sirius savait qu'elle était une alliée, il l'accueillait d'ailleurs régulièrement chez lui, la briefait sur les activités de l'Ordre. Il faisait tout son possible pour paraître courtois mais parvenait simplement à déblatérer les informations de manière sèche et automatique, à la manière d'un robot, plus que d'un humain. Et quand il la voyait, au souper, rire outrageusement, laisser son regard dévier sur lui, quérir toujours la place à ses côtés, son sang ne faisait qu'un tour. Et si Remus avait le malheur de lui rendre son sourire, Sirius devait quitter la pièce sur le champ pour ne pas l'étriper. Mais dehors, enfermé dans sa chambre, il bouillonnait plus encore, s'imaginant des scénarios plus terribles les uns que les autres. Sans sa surveillance, elle changeait encore et encore d'apparence jusqu'à trouver celle qui plairait le plus à Remus. Alors, ils s'embrasseraient goulument, se déclareraient leur amour et s'uniraient devant lui. Sirius en avait la nausée.
Pourtant, quand il revenait à table, rien n'avait changé. Remus restait toujours aussi poli, Molly resservait les assiettes encore à moitié pleines et cette garce souriait de toutes ses dents.
Il savait qu'il n'aurait pas dû ressentir cette jalousie. S'il devait mener une vie solitaire, ce n'était pas le cas de Remus. Il avait le droit de connaître l'amour, d'être transporté dans une passion qui le dépasserait. Sirius aurait seulement voulu qu'il soit celui qui lui fasse connaître ce bonheur.
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- Il faut que tu manges, Harry, le sermonna Hermione.
- Je n'ai pas faim, grommela-t-il.
- Peu importe. Ce n'est pas cette fixette sur Malefoy qui va te donner de l'énergie.
A chaque fois qu'il entendait prononcer ce nom, son cœur loupait un battement. Malefoy. Bien sûr qu'il faisait une fixette sur lui, bien sûr qu'il ne pouvait s'empêcher de scruter ses moindres faits et gestes. Si seulement Hermione avait la moindre idée de la véritable raison qui le poussait à le suivre.
Il n'avait pas flanché, même si, plusieurs fois, la tentation avait été si forte qu'il était à deux doigts d'y succomber. Malefoy non plus n'avait rien fait pour le retrouver, mais parfois, Harry sentait son regard lui brûler l'épaule. Quand il se retournait, Malefoy était parti. Cet homme avait une étonnante faculté à disparaître comme par enchantement. A croire que c'était lui, le détenteur de la cape d'invisibilité.
- C'est ce fichu bouquin qui te retourne l'esprit. Il n'y a que lui et Malefoy qui comptent, désormais. Harry, il faut te reprendre en main, travailler à fermer ton esprit plutôt que de te focaliser sur cet horrible livre et cet horrible type.
Hermione ne cessait de répéter ce genre de diatribes. Son refrain, il le connaissait par cœur, elle le lui servait en boucle depuis des semaines. Il devrait mettre plus d'effort dans l'occlumancie, travailler dur pour anticiper ses futurs ASPIC, informer Dumbledore des secrets que renfermaient son livre de potion. Harry était à bout. Elle n'imaginait pas tout ce qu'il avait en tête en ce moment. Bien sûr qu'il s'inquiétait de rendre à nouveau son esprit perméable à Voldemort. Si seulement il avait pu penser à ses examens alors que sur ses épaules pesait la pression d'anéantir le plus grand mage noir de sa génération... Et par-dessus tout, il ne cessait de se questionner sur sa véritable identité. Aimait-il réellement les hommes ? Avait-il une quelconque attirance pour les femmes, également ? Comment réagissait la société sorcière aux couples homosexuels ? De mémoire, il n'en avait jamais connus. Était-ce simplement une coïncidence ou vivaient-ils cachés de peur de ne pas être acceptés ? Harry en avait le tournis. Il avait besoin de tout sauf de l'entendre une nouvelle fois lui rabâcher ses failles. Alors, il prétexta un besoin urgent tandis qu'ils se rendaient en cours de sortilège et prit la première porte qui se trouvait sur son chemin.
Les toilettes des filles. Bravo, Harry, très malin de ta part, soupira-t-il. Une nouvelle raison de rendre Hermione suspicieuse. A son grand soulagement, elle ne vint pas le rejoindre et il put tranquillement aller se passer de l'eau sur le visage.
Appuyé contre le lavabo, le front plaqué contre la faïence, Harry avait ce désagréable sentiment de déjà-vu. Entendre sa voix n'aidait pas. D'abord comme un souffle lui chatouillant l'oreille puis de plus en plus puissante jusqu'à ce qu'elle s'insinue au plus profond de ses entrailles. Mais quand Harry ouvrit les yeux, il demeurait seul. Malefoy lui manquait-il tellement qu'il commençait à halluciner ? C'était peu probable, du moins il l'espérait. Mais quand la voix reprit, son cœur se mit à battre la chamade. Harry ferma les yeux, tenta de faire le vide dans ses pensées. La voix grinçante de Rogue résonna dans ses oreilles, lui répétant inlassablement les mêmes paroles qui ne l'avaient jamais aidé. Et puis, à bout de nerf, ne parvenant à rien, il se retourna, les mains toujours fermement accrochées au lavabo et finit par ouvrir les yeux.
Il était là. Le regardant d'un air qu'Harry ne lui connaissait pas. Il avait l'air perdu, apeuré, presque. Une furieuse envie de le prendre dans ses bras s'insinua dans ses entrailles. Les yeux embués de Malefoy devaient y être pour beaucoup mais ce fut sa tête, semblant trop lourde sur ses épaules devenues frêles qui finit de convaincre Harry.
Les mètres qui le séparaient de lui furent remontés au pas de course et sans un mot, dans le souffle de la pulsion, leurs bras s'ouvrirent, leurs corps se retrouvèrent et de nouveau, tout sembla évident. Là où tout avait commencé.
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- Elle lui plait, Buck, c'est évident, soupira Sirius. Je vois bien les regards qu'ils se jettent, quand ils pensent que personne ne les voit. Mais moi je le vois. Toujours, sans relâche. J'ai besoin de poser mes yeux sur lui, en permanence. C'est comme une soif inétanchable, c'est plus fort que moi… Oui, je sais Bucky, je ne devrais pas. Il n'attend rien de moi et surtout, je ne devrais rien attendre de lui. Mais je ne peux pas m'y résoudre. C'est l'homme de ma vie, Bucky, l'homme que j'aime, que j'ai toujours aimé. Comment veux-tu que je renonce, que j'abandonne ? C'est facile à dire pour toi, tu es un hippogriffe. Mais moi je suis un homme… La majeure partie du temps, je te l'accorde. Bon, très bien, cinquante pour cent du temps. Mais peu importe. En homme ou en chien je reste malade à en crever quand je les vois ensemble. Cette fille ne ressemble à rien. Littéralement. Qui peut faire confiance à une métamorphomage, hein ? Ces femelles sont toutes les mêmes, perfides, avides. Qu'est-ce qu'elle lui trouve, tu crois ? C'est l'attrait du monstrueux, c'est ça ? Elle veut jouer dans le sensationnel, montrer à toutes les autres pouffiasses qu'elle n'a pas peur, que c'est une dure à cuire ? Pff, tu parles. Elle est comme toutes les autres, bonne à se faire prendre pour être ensuite reléguée à la suivante. Elle va faire joujou cinq minutes avec lui et quand elle sera lassée de bouffer son putain de carpaccio elle va le laisser tomber. Oui, c'est ça, pourquoi resterait-elle avec lui, hein ? Elle est jeune, beaucoup trop jeune. C'est une enfant. Peut-être même une de ces pucelles ridicules qui veut se la jouer grande fille. Ah, ça, il y a du monde pour changer son nez en groin ou se teindre les cheveux de toutes les couleurs. Mais qu'est-ce qu'elle fera les soirs de pleines lunes, hein ? Tu peux me le dire toi ? Elle va se casser bien vite en ramassant ses petites affaires pour ne pas risquer de se faire mordre ! Voilà ce qu'elle va faire ! Les filles comme elle, je les connais bien, il y en a des centaines, on les fait à la chaîne, sans même prendre la peine de changer le moule. Elle est pleine de résidus, elle est sale, dégoûtante, même. Ce truc là, c'est de la vermine. Ça fait la maline mais quand tout vient à se corser, crois-moi Bucky, elle sera la première à se tirer. Et Remus dans tout ça ? Ben que veux-tu, Remus est trop bon, trop calme, trop généreux ! Il va l'attendre, sagement, en se maudissant. Il va se culpabiliser des semaines, dire qu'il n'aurait jamais dû se laisser aller à l'amour, qu'aimer un loup-garou n'est pas une vie. Tu connais Remus. Toujours bon à se porter coupable pour une noble cause. Elle va me le détruire, c'est certain. Il sera au plus bas, s'accablant de toutes les saloperies qu'elle lui aura faites et moi ? Moi, dans tout ça, je serai là. Comme toujours, près de lui, l'écoutant pleurer, le consolant sans jamais vraiment l'approcher. Il ne faudrait pas que je me fasse des idées, tu vois ? C'est ce qu'il se dit le Remus. N'en donne pas trop à Sirius, il pourrait se remettre à croire en la lune. Je t'en foutrais de la lune, moi ! Tu vois l'ironie, Bucky ? Cette foutue lune qui le terrifie plus encore que d'imaginer m'aimer ! Jamais je ne l'aurais fait souffrir, jamais je ne serai cette garce qui le fuit au troisième quart. Mais c'est elle qu'il a choisie. Il ne dit rien mais je le vois bien. Remus, il a ce regard, ce regard qui ne changera jamais. J'en ai rêvé de ce putain de regard. Quand il le pose sur toi, tu sais que tout est possible, que plus jamais tu ne seras seul, qu'il t'aimera comme tu ne seras plus jamais aimé. C'est ce regard qui m'a fait tenir, toutes ces années. Ce regard que je n'ai jamais revu. Jusqu'à ce qu'il le pose sur elle. Sur cette putain de connasse pas foutue de savoir où elle met ses pieds ! BORDEL DE MERDE, MAMAN, TU VAS LA FERMER, TA GUEULE ? Tu vois, elle l'a encore réveillée. Je la déteste, Bucky, si fort que c'est sa putain de tête qui sera la prochaine à trôner sur l'escalier, fais-moi confiance.
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Il y avait une tendresse nouvelle dans la brutalité de ses étreintes qu'Harry ne connaissait pas. Malefoy était toujours aussi borné, têtu et pleurnichard mais ses attaques étaient moins virulentes, ses silences plus doux et ses baisers moins violents. Il restait parfois des minutes entières, les yeux fermés, entre les bras de Harry, ne profitant que de la douce chaleur de son souffle buttant contre sa peau. Quand il partait, c'était avec un petit signe de la tête, une promesse silencieuse d'un retour le lendemain.
Harry ne savait pas vraiment dire ce qui avait déclenché ce changement. Peut-être était-ce le manque ? Ou peut-être Malefoy s'était finalement rendu compte qu'il ne gagnerait rien à être un sale petit emmerdeur. Non, c'était sûrement le manque. Malefoy ne serait jamais suffisamment intelligent pour faire une introspection.
Cette nouvelle dynamique lui plaisait autant qu'elle le terrifiait. Il y avait dans ce nouveau Malefoy quelque chose de doux, d'attachant qu'il aurait préféré fuir. Finalement, tout était plus simple lorsqu'il était simplement détestable. Devenu humain, Harry se mettait à le considérer comme une réelle personne, avec des besoins, des doutes, des failles, des envies, un avenir…
C'est cette idée qui le terrifiait le plus, l'avenir. Qu'en serait-il de lui, une fois qu'il quitterait les murs de ce château ? Malefoy et lui avaient-ils réellement quelque chose à faire ensemble ? Certainement pas. Mais le simple fait de s'imaginer loin de lui le rendait malade. Il avait besoin de sa présence, de le serrer contre lui, de le mordre à en laisser une marque, de l'identifier comme sien, comme dans une pulsion animale qui, le moment venu, le submergeait. Malefoy ne semblait pas s'en plaindre, il réclamait ces attentions, les donnait en retour et tous deux, dans cette balance bancale et muette, trouvaient leur équilibre.
- Et maintenant ? avait fini par dire Harry, un soir où ils regardaient les étoiles, nus, en haut de la tour d'astronomie.
A peine avait-il prononcé cette phrase qu'il le regretta déjà. Malefoy ne répondit rien, se contentant de soupirer. Mais la grenade avait été dégoupillée et Harry n'avait aucune intention de s'allonger dessus pour réduire l'impact de son explosion.
- On ne peut pas simplement continuer à regarder les étoiles ? répondit-il finalement.
- Si, on pourrait. Mais cette question resterait toujours en suspens. Je sais que tu y penses autant que moi.
- Et je sais que tu connais tout autant la réponse.
Finalement, Harry n'était plus si sûr de vouloir l'entendre à voix haute. Bien sûr qu'il la connaissait, c'était évident. Mais cette option, si vulgaire soit-elle, semblait pourtant inenvisageable.
Le moment avait été brisé et déjà, Malefoy se relevait, s'extirpant d'entre ses bras pour se rhabiller. Harry aimait le regarder enfiler ses chaussettes avec la minutie d'un couturier pour poupée de chiffons. Malefoy était si propre sur lui, si guindé et précieux qu'il en devenait risible. Il transpirait l'élégance feinte. Plus il le connaissait, plus il voyait entre ses interstices, et plus il l'aimait.
Cette idée, encore ridicule il y a quelques semaines, avait germé dans son esprit, un matin où ils regardaient ensemble le lever du soleil. C'était aussi grotesque qu'insupportable. Harry ne savait pas très bien ce qu'aimer voulait dire. Bien sûr, il aimait ses amis, profondément. Sirius aussi, avec la force de l'espérance et puis Arthur, Molly et les autres Weasley, de toute évidence. Mais ce qu'il ressentait pour lui n'avait rien de similaire. Ce n'était pas cette douce chaleur réconfortante qui émanait de la famille, ni ce besoin fraternel de s'enlacer qu'il ressentait avec Ron ou Hermione. Non, avec Malefoy, c'était dangereux et excitant, griffant et tendre à la fois. Il voulait le bouffer tout entier, le déchirer de toutes parts pour le recoller avec toutes les attentions, délicatement, sans le brusquer. Il y avait cette dualité dans son ventre qu'il n'arrivait plus à expliquer. Était-ce réellement ça, l'amour ? Ce sentiment était puissant, certes, mais aussi particulièrement destructeur. Mais pouvait-il réellement en être autrement lorsqu'il s'agissait de Malefoy ?
- Qu'est-ce que tu crois, Potter ?
Il était si proche de l'escalier qu'Harry avait cru qu'il partirait, en silence. A bien y réfléchir, il aurait peut-être préféré.
- Ça nous mène où, tout ça ? demanda-t-il courageusement.
- Ça y est, c'est parti, soupira Malefoy. Je savais bien que ça viendrait un jour où l'autre. Tu es bien trop sentimental, Potter. Pourquoi veux-tu mettre des règles, des barrières, des codes, des limites ? Ça ne te va pas, ce qu'on fait là ?
- Nous ne serons pas toujours à Poudlard, tu sais.
- Alors il sera temps de se reprendre.
Sa voix était dure, sans appel. Malefoy ne lui laissait pas la possibilité de rebondir. Face à sa conviction, il n'avait aucune chance. Le visage de Harry s'affaissa si brutalement que même l'impassible serpent ne put feindre de n'avoir rien remarqué.
- Mais qu'est-ce que tu croyais, Potter ? Que nous allions sortir main dans la main, dans les couloirs ? Tu veux qu'on se bécote entre deux cours, qu'après nos ASPIC, on se trouve un petit deux pièces minable pour y emménager ensemble ?
Harry n'avait plus la force de répondre. Il voulait que ça s'arrête, que Malefoy ravale son venin, qu'il cesse de lui cracher toutes ces évidences qu'il refusait de voir. Mais il resta là, les bras ballants, assis, en attendant que la tempête finisse de faire rage.
- T'as de la merde dans le crane ou quoi ? Je suis un putain de Mangemort, Potter. Je suis censé tout faire pour t'exterminer et tu crois vraiment que je vais annoncer à mon père que je t'encule, trois fois par semaine ?
- Arrête, parvint-il à dire dans un souffle.
- Il faut que tu ouvres les yeux, que tu sortes de ton petit monde imaginaire. Toi et moi ça n'existe pas, ça n'a jamais existé et ça n'existera jamais. La baise était sympa, ça s'arrête là. Tu vas retourner à ta vie bien rangée, avec un peu de chance tu vas vivre encore deux ou trois ans et moi, je reprendrai le flambeau, une pétasse au bras que papa m'aura choisi et tout ira bien. C'est la vie, Potter. Arrête de chialer, il va falloir t'y faire. Les gars comme toi et moi n'avons pas notre place dans ce monde. Alors on profite un peu, loin des regards indiscrets, mais tôt ou tard il faudra se ranger et serrer nos culs, c'est compris ?
Malefoy se retourna pour partir, marqua une pause dans les escaliers et le regarda finalement de nouveau.
- Essaye de survivre, hein, Potter ? souffla-t-il. Tu es une cible suffisamment voyante pour ne pas t'infliger ça en plus. Ne nous fais pas ce coup-là, d'accord ?
Et puis, il était finalement parti, dévalant l'escalier, ne laissant derrière lui que l'empreinte doucereuse de son parfum flottant dans l'air.
Pour la destruction, Harry avait vu juste. Il le savait pourtant, sa raison s'était faufilée en lui suffisamment souvent pour le lui rappeler. Pour autant, il n'avait jamais été aussi brisé qu'en cet instant.
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Un jour, quelqu'un m'a dit que chacun, au plus profond de soi, connaissait sa mort. Personne n'avait jamais rien dit de tel à Sirius. Il n'en avait pas eu besoin. S'il le savait, c'était parce qu'il l'avait senti si fort qu'il l'avait vécu, intrinsèquement. Il n'avait pas toujours réussi à mettre le doigt dessus, bien sûr. Ça avait d'abord été un vague présage qui lui revenait de temps en temps. Une simple sensation volatile qu'il n'arrivait pas clairement à identifier. Et puis, les années étaient passées et bientôt, le sentiment s'était épaissi, jusqu'à prendre corps. En vieillissant, Sirius put affirmer qu'il savait. Ça ne serait ni de vieillesse, ni de faim entre les murs d'Azkaban. Non, Sirius était un guerrier, il n'aurait pas de mort pitoyable qu'on préfère déguiser pour la rendre plus glamour. Vous y conviendrez, un combattant dans son genre mort d'un accident de camping (sardine plantée dans l'œil, strangulation par fil à linge, infarctus pendant l'élection du meilleur sosie, à votre convenance), ça ferait mauvais genre.
Non, la mort de Sirius devait être et serait spectaculaire. Il devrait vaillamment lutter pour sa vie avant de s'abandonner. Il devrait être entouré, au sommet de sa gloire, brillant par son agilité avant de tomber sous une attaque perfide. Sa mort serait grandiose, mémorable et lamentable.
A bien y réfléchir, Sirius aurait certainement préféré une de ces morts grotesque et pudique. Une bonne vieille crise cardiaque par exemple. Avec un peu de chance, arrivée au beau milieu de la nuit, dans une chambre lugubre et solitaire. Ça, c'était de la mort digne. Avait-on vraiment besoin d'un public quand on rendait son dernier souffle ? Et si sa tête était bizarre ? S'il venait à conserver un rictus pathétique, tous ces gens qui le regarderaient n'auraient plus que cette dernière image en tête.
Bien sûr, on clamerait haut et fort sa grandeur et son courage. "Sirius était un membre inestimable de l'Ordre. Il a donné sa vie pour la paix" et tout ce blabla qu'on servait à chaque funérailles. Mais tous, alors qu'ils cueilleraient une larme au coin de leur œil, ne verraient dans leur mouchoir que la posture lamentable de son corps se brisant.
Super.
Sirius était un homme de goût. Certes, il avait depuis quelques années perdu de sa superbe mais qu'est-ce qu'il avait été envié étant jeune. Toutes les filles se retournaient sur lui. Qu'est-ce que c'était ironique, en y repensant. Le tombeur pédé, ça ferait un bon titre, non ? Non, pas tant que ça. Sirius n'aimait pas trop cette étiquette. Il n'était pas gay, il était amoureux de Remus, c'était différent. Enfin, pour lui. Pour son bien-être aussi, certainement.
Enfin bref, Sirius avait fini par mourir, comme chaque être peuplant un jour cette Terre. Quelle blague de nous faire venir pour nous donner un irrémédiable destin funeste. Ça aussi, c'est ironique, n'est-ce pas ?
Sirius préférait rire de sa mort. Il aimait ce côté détaché qu'il se donnait. Ça rajoutait au mystère, au côté rebelle et ténébreux. Et ça, il adorait l'entretenir. Sirius était comme ça, balançant les hanches négligemment quand il se déplaçait, se lavant, bien sûr, mais pas trop. Sentir le mâle, ça faisait viril. Il ébouriffait ses cheveux et semblait ne pas s'en accommoder, alors que son geste n'était que le résultat de séances de pratiques intenses devant un miroir. Tout ça pour quoi ? Finir par crever en public. Elle est pas belle, la vie ? Non.
Mais nous y étions, puisque nous devons forcément y arriver. Sirius était là, plus grandiose que jamais, protégeant son filleul. Il se battait avec souplesse, grâce et élégance. Sa baguette, tenue du bout des doigts, semblait être le prolongement même de son corps. Les sorts s'enchaînaient, ne loupant jamais sa cible et puis, du coin de l'œil, il le vit.
Remus se battait avec acharnement contre ce fou de Rodolphus Lestrange. Sirius le connaissait bien et le voir en plein duel avec Remus ne lui disait rien qui vaille. Il fallait qu'il se débarrasse au plus vite de sa chère cousine pour aller porter main forte à Remus. Mais il ne pouvait pas laisser Harry seul entre ses griffes, elle n'en ferait qu'une bouchée. Alors, il redoubla d'efforts, continuant de jeter régulièrement des coups d'œil aux alentours pour s'assurer que le loup-garou conservait son avantage.
Et puis, Remus se prit un coup dans l'épaule, sa baguette roula entre ses doigts et Lestrange sauta dans une posture monstrueuse au-dessus de lui. Le souffle de Sirius resta bloqué dans ses poumons, incapable de remonter jusqu'à sa gorge. Il s'apprêtait à agir, prêt à tout pour sauver l'homme qu'il aimait, mais son instant de doute lui fut fatal. A peine avait-il esquissé un mouvement en direction de Lestrange que sa femme en profita pour lui assener le sortilège ultime.
Sirius s'était toujours demandé si mourir faisait mal. Si l'on voyait défiler sa vie devant ses yeux. S'il y avait un long tunnel et une lumière blanche vers laquelle marcher. Enfin, ce genre de connerie qu'on raconte pour se rassurer.
Il ne vit rien de tout ça. Il n'eut conscience de rien. A la seconde où le sortilège écrasa sa poitrine, Sirius n'était déjà plus. Il ne vit pas son corps flotter mollement jusqu'à être aspiré par le voile. Il ne vit pas Harry hurler et Bellatrix jubiler. Non, il ne lui resta que sa dernière pensée, celle qui, une fraction de seconde avant de mourir l'obsédait : Remus va se faire tuer. C'est dans cette idée que son âme quitta son corps et qu'il disparut dans le voile des ténèbres.
Mais Remus ne vint pas le rejoindre dans la mort. Il parvint à retourner le sortilège de Lestrange contre lui et l'immobilisa. Il ne fut pas d'une grande aide pour canaliser Harry, agissant lui-même à la manière d'un robot. Sirius aurait aimé qu'il pleure, qu'il se lamente, qu'il prie pour qu'on lui ramène son ami. Mais Remus était resté calme et dévasté. Comme la marée qui se retire.
Et Sirius demeura seul, dans la mort comme dans la vie. Son amour ne l'avait pas rejoint. Aussi pitoyable que cela puisse paraître, il avait toujours su qu'une fois qu'il ne serait plus, Remus pourrait enfin vivre.
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- Tu ne le savais pas ? demanda Hermione alors qu'Harry reposait le journal sur la table. Ça fait pourtant des semaines que tout le monde en parle.
Bien sûr qu'il savait, comment aurait-il pu louper une information pareille ? C'était dans tous les journaux. Depuis des semaines, la gazette titrait "L'héritier Malefoy se fait passer la bague au doigt !". Mais Harry n'avait pas voulu y croire. C'était une mauvaise blague, encore une de ses fausses informations. La gazette n'était pas vraiment connue pour son intégrité en matière de source, elle devait faire fausse route.
Mais cette photo, en première page, ne pouvait pas mentir. Malefoy n'était pas plus souriant que dans son souvenir. Sa femme, grande, svelte et élégante était à son image. Tous deux affichaient un calme implacable dans leurs tenues de mariés.
- Il paraît qu'elle est bien plus jeune que lui, ça a fait scandale, renchérit Hermione.
- Elle a seulement deux ans de moins ! Ce n'est rien qu'une année d'écart supplémentaire qu'Harry et moi ! Les gens n'ont vraiment que ça à faire que de colporter des ragots, soupira Ginny.
Harry resta muet, tentant de dissimuler son trouble derrière sa tasse de café. Malefoy l'avait pourtant prévenu, des années plus tôt. Papa lui avait trouvé une femme à épouser. Il aurait tout de même pu faire l'effort de sourire, sur les photos. Son air lugubre lui donnait des frissons.
Et puis, Harry tourna la tête, regardant le montant de la cheminée où trônaient ses propres photos de famille. A bien y regarder, lui non plus ne paraissait pas si heureux dans son costume. Mais Ginny attirait tous les regards, resplendissante dans sa longue robe blanche. Personne n'avait remarqué son sourire en demi-teinte et son air paniqué. Après tout, il n'était que le marié, les attentions ne lui revenaient pas.
Souvent, le soir, lorsqu'il fermait les yeux, Harry se laissait aller à imaginer un avenir différent, un dans lequel il n'avait pas succombé à la pression de la société. Un où il aurait pu être lui, en toute quiétude. Pas le survivant, ni le mari de la poursuiveuse des Harpies non, juste Harry, le type banal qui vivait sa vie tranquille, un beau blond accroché à son bras.
Mais Harry était né pour être Celui-Qui-Avait-Survécu avant de devenir Celui-Qui-Avait-Vaincu. On attendait de lui qu'il sauve le monde, qu'il épouse la jeune Weasley et qu'il lui donne trois merveilleux enfants. Quand il voyait Ginny se soutenir le bas du dos, cachée derrière son gros ventre, il se disait qu'il n'était plus très loin de remplir intégralement leurs attentes. Mais personne ne lui avait dit à quel point il était difficile de jouer la comédie toute sa vie, à quel point il serait dévastateur d'enfiler, tous les matins, le costume d'un autre.
- Je n'en peux plus, se lamenta Ginny en s'affalant sur le canapé. Ton fils n'est même pas encore sorti qu'il fait déjà tout pour me rendre la vie impossible.
Mais aujourd'hui, Harry n'avait pas la force de la réconforter, de lui masser les pieds en fermant les yeux. S'il se laissait aller, rien qu'une fois de plus à l'imaginer sous ses traits à lui, il savait qu'il serait fini. Il ne pourrait plus jamais revenir. Ce bébé, cette bague à son doigt, cette maison, tout l'emprisonnait déjà. Et voilà qu'à son tour Malefoy avait cédé. Non, Harry devait se faire une raison, admettre qu'il avait choisi misérablement et en assumer les conséquences.
Il se concentra pour lui décrocher un sourire compatissant, embrassa son front et prétexta une soudaine envie de voler pour s'évader, le temps d'un instant. Là-haut, caché derrière la cime de ses sapins, Harry ne parvenait toujours pas à respirer. Alors, il prit de la vitesse, priant pour que l'air s'engouffrant dans sa bouche réveille ses poumons. Mais quand ses pensées l'emmenèrent jusqu'à la résidence Malefoy, il comprit qu'il n'était pas prêt d'arrêter de suffoquer. Les volets étaient fermés et rien ne laissait croire à la présence de ses propriétaires. Sûrement étaient-ils déjà partis en voyage de noce.
Harry n'aurait pas dû, pas une fois de plus, mais ne parvint pas à s'en empêcher. Malefoy n'était pas très précautionneux et il lui fut plus qu'aisé de briser les pauvres enchantements qu'il avait laissés sur sa maison. Ça sentait le luxe et le bois de santal. Harry aimait autant qu'il exécrait cette odeur qui suivait Malefoy partout.
Il aurait aimé feindre de se perdre dans les dédales des couloirs mais il était venu trop de fois pour ne pas reconnaître les lieux. Ses pas le guidèrent jusqu'à la chambre à coucher. Tout transpirait le Malefoy : des encadrements de portes en acier décorés à la parure de lit en soie verte, cette Greengrass n'y avait pas encore apposé sa touche. Harry marcha jusqu'à la salle de bain, récupéra un tee-shirt dans la panière qu'il porta à son nez. Il aurait voulu s'imprégner de cette odeur à tout jamais, qu'elle le contamine jusqu'à devenir la sienne. Il ferma les yeux, laissant la vague de souvenirs le submerger. Il les revoyait, tous les deux, dans le château, s'enlaçant pendant des heures. Il se souvenait à quel point il détestait l'aimer, à cette époque, mais aurait tout donné pour le détester encore de cette manière aujourd'hui.
Comme à chaque fois, il emporta son souvenir, se jurant qu'il ne reviendrait pas, que cette fois-ci était la dernière. Mais il savait, au fond de lui, qu'un jour l'odeur finirait par s'évanouir, qu'elle deviendrait cet horrible mélange entre la sienne et celle de Ginny qui imprégnait la maison. Cette odeur qui lui donnait des nausées, lui rappelant ses erreurs, sa honte et sa culpabilité. Cette odeur qui, sans celle de Malefoy pour la contrer, le tuerait peu à peu.
Alors, décidant finalement de ne plus se mentir, il regarda l'immense manoir en lui disant à bientôt, espérant secrètement qu'il finirait un jour par se faire prendre. Malefoy serait furieux, Harry capturerait ses lèvres, il le repousserait une, deux, peut-être même trois fois. Mais Harry n'abandonnerait pas et finalement, retrouvant leur fougue d'antan, Malefoy lui tirerait les cheveux en arrière en agrippant sa queue et Harry pourrait de nouveau revivre.
En grandissant, Harry s'était rendu compte que les rêves les plus profonds n'étaient pas sujet à grande évolution. De toutes ses connaissances, tous avaient un désir ancré profondément qui grandissait avec eux sans jamais changer drastiquement.
Durant toute sa vie, il n'avait souhaité que des choses simples et évidentes. Harry ne vivait que pour l'amour. Celui de ses parents, qui lui déchirait le cœur. Celui de ses amis qu'il pouvait contempler chaque jour. Celui de l'être-aimé, qu'il avait laissé filer.
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Finalement, je crois que je n'avais pas envie de choisir, héhé !
Le Happy End ce ne sera pas pour cette fois, hein... Désolée pour ça, je crois que j'ai un trop grand attrait pour le drama parfois, haha !
En tout cas, j'espère que vous aurez tout de même apprécié cette histoire. Les défis, c'est aussi l'occasion pour moi d'essayer de nouveaux concepts, styles d'écritures ou formats que je ne connais pas. Parfois j'aime bien, parfois je sais que je ne le referais pas !
Un grand Merci à MrsYoflam qui m'a conseillée et corrigée sur cet OS. Je vous recommande fortement d'aller lire sa fiction, Home is where your heart is. C'est une pépite en cours d'écriture !
N'hésitez pas à aller lire le dernier défi de The White Quill, Aime-moi, Drago, qui m'a agréablement surprise tant dans le style que la maîtrise du sujet.
Merci pour le temps que vous avez accordé à cette histoire,
A bientôt ! :)
