Disclaimer : Downton Abbey est l'oeuvre de Julian Fellowes.

Résumé : Cela fait une semaine qu'Edith ignore Mary et la situation exaspère leur mère.

Note de l'auteur : Cet écrit répond au challenge du Discord « La Fabrique à Plumes » de Kinai. Nous avions un prompt à réaliser cette semaine : A ignore B.

Liste des dettes du Discord « Défis Galactiques » : Quatre aspects de bébé Groot : Bébé : Ecrire sur un enfant ou une naissance. + Ecrire sur un personnage présent dans les 6 saisons de Downton Abbey (Qui est-ce) + Alphabet : D – Downton Abbey + Ecrire sur un duo d'enfants (Recyclage) + Horoscope du 24/06/2021 spécial fête des pères: Taureau : Dowton Abbey - Robert Crawley

Un silence assourdissant

La situation commence à agacer Cora, sa patience s'érodant sous l'effet du temps qui passe mais aussi de par la ténacité mal placée d'Edith. Cela fait plus d'une semaine que sa fille de huit ans ignore sa sœur aînée, Mary, neuf ans. En fait, elle est froide avec presque tout le monde hormis les domestiques, son père et sa cadette Sybil. Tout cela pour une broutille ! Mon dieu, où étaient ceux qui lui disaient qu'élever des filles était facile ?! Huit jours plus tôt, après la messe dominicale, Mary s'était amusée à embêter Edith. Elle lui avait demandé si elle priait si ardemment pour que Dieu la rende enfin jolie parce que, pour l'instant, elle était bien partie pour finir vieille fille. Robert l'avait entendue et reprise de suite, calmement mais fermement, en lui disant que c'étaient là de vilaines paroles, que sa sœur était très jolie et qu'il n'y avait aucune honte dans le fait qu'une femme ne soit pas mariée passé un certain âge. Beaucoup d'entre elles contribuaient à la société avec de beaux projets, des projets qu'elles ne pourraient sans doute pas mener si elles avaient une maison et des enfants à gérer. Il lui demanda de présenter ses excuses à sa sœur, ce qu'elle refusa sous prétexte qu'elle n'avait pas à être désolée d'avoir dit la vérité et si elle était froissée, c'était uniquement parce qu'il n'y avait que la vérité qui blessait.

- Une fois rentrés à Downton Abbey, je souhaite que tu sois isolée dans la petite bibliothèque. Là, sous la surveillance d'un domestique, je veux que tu réfléchisses à ton comportement et tu me copieras cinquante fois « Je dois obéir à mes parents » et cinquante fois « Je dois être polie et gentille avec Edith. ».

Mary avait soupiré mais s'était acquittée de sa punition avec grâce. Cora l'avait ensuite retrouvée et lui avait dit qu'elle était d'accord avec son père. Elle ne devait pas se montrer aussi caustique avec sa sœur, ce n'était pas charitable. Ce n'était pas parce qu'elle avait plus d'atouts qu'elle qu'elle devait s'en vanter et lui renvoyer sa propre malchance en plein visage. Sauf qu'Edith l'avait écoutée parce elle ne savait quelle infortune.

Et depuis ce jour, elle est certes bien élevée mais distante.

Bien évidemment, elle est allée la voir, lui a demandé pardon, a tenté de lui faire comprendre le sens de ses paroles. Cependant, autant s'adresser à un mur. Si Mary lui demande de lui passer un livre, un objet, elle le fera sans un mot. Même Violet a commencé à s'en rendre compte !

- C'est bien normal qu'elle ignore sa sœur. On ne répond aux imbéciles que par le silence. Philosophe la douairière lors d'un thé avec sa belle-fille

- Mary n'est pas idiote ! La défend l'américaine

- Non mais à son âge, elle devrait savoir qu'à force de mettre sa main dans la gueule du lion, il ne faut pas s'étonner qu'il morde. Et vous n'êtes pas toute blanche dans l'histoire non plus, ma chère. Peu importe ce que vous pensez vraiment du physique de votre enfant, vous ne devez jamais le lui dire. Sinon, comment se construira-t-il la confiance en lui si vitale pour naviguer en ce bas monde ?


- Edith, donne-moi mon épingle à chapeau, tu veux bien ? Commande Mary

La petite blonde récupère l'objet, le tend à son aînée sans un mot puis passe devant elle, prête à descendre les escaliers aux côtés de ses sœurs. Elle prend la main de Sybil, cinq ans, qui a toujours peur de tomber en manquant une marche.

- Sérieusement, tu ne vas pas m'ignorer toute ta vie, non ?! Tu es de plus en plus ridicule !

- Attention à la marche, Sybil chérie. Elle est encore un peu mouillée. Dit la cadette à sa benjamine avec douceur

La fondatrice de leur triumvirat grogne, exaspérée.

- Que se passe-t-il ? S'enquiert Cora qui les attend au rez-de-chaussée.

- Edith continue à bouder ! Je lui ai dit pardon il y a trois jours et elle refuse toujours de me parler !

- Edith. Commence sa mère. Je sais que tu as été blessée par ce que tu as entendu. Je suis vraiment désolée. Mais tu ne peux pas rester silencieuse pour toujours.

Les yeux bruns de sa fille sont un cri de rébellion silencieux, ils la narguent en lui disant «cause toujours ».


La guerre prend fin à l'aube du quatorzième jour quand Edith surprend tout le monde en répondant à sa sœur puis à sa mère. Quand Mary lui demande si elle peut lui donner un crayon de bois, toujours sans un regard, elle lui adresse pourtant la parole avec un bref :

- Tiens.

- Edith ! S'exclame Cora. Tu parles !

- Oui, Maman.

Elle prend sa fille à part, les yeux brillants, le sourire radieux.

- Je suis heureuse que tout revienne à la normale. Merci, ma chérie.

Sauf que pour l'enfant, rien n'est comme avant. Elle ne s'est remise à répondre aux deux que parce qu'elle a bien vu que la situation peinait son père et déstabilisait Sybil. Pour leur bien, elle a plié son mouchoir et l'a mis dans sa poche. Mais elle n'oublie pas tout comme elle ne pardonne pas. Mary, passe encore, elle y est horriblement habituée. Cependant, sa mère, c'est ça qui lui fait le plus mal. Son père essaye d'être juste. Cora, elle, a choisi son camp depuis longtemps. C'est juste qu'elle est désormais claire sur ses positions. Sybil est son bébé et entre ses deux premières filles, c'est celle qui a fait d'elle une maman qui l'emporte. Parce qu'elle est plus jolie. Parce qu'elle est l'aînée. Alors elle a des passe-droits qu'on lui nie. Alors oui, elle parle, elle rend aux siens un peu de stabilité. Sauf que tout cela lui laisse un goût amer dans la gorge avec la sensation de ne pas être à sa place dans sa propre famille.

Edith a huit ans et elle vient de comprendre qu'entre Mary et elle, elle ne sera jamais la priorité.

FIN