S'il y avait une raison pour laquelle Levi refusait de sortir avec ses amis en hiver, c'était bien à cause du froid. Et l'excuse de «L'alcool ça réchauffe» ne rentre pas en ligne de compte chez lui puisque que l'alcool ne lui fait rien. Bon, il a le bout des doigts un peu engourdis, à la limite, quelques palpitations en plus, mais Levi n'a jamais connu la joie des gueules de bois suivant une bonne grosse cuite. Et c'était tant mieux. Il avait tellement vu ses amis se ridiculiser sous l'effet de la substance qu'il préférait ne jamais se retrouver dans un tel état. En attendant, le voilà qui rentre chez lui, à 23h, en décembre. Il aurait pu appeler un taxi, mais il préfère marcher. Au moins, en extérieur, il est libre de fumer autant qu'il le souhaite. Il quitte la rue de la soif, traverse le centre ville, puis passe à côté d'un parc. Son appartement n'est plus qu'à quelques mètres et sa cigarette arrive à la fin, quand il entend des bruits venant du parc. En général, Levi ne fait jamais attention à ce qu'il se passe autour de lui. Il ne se préoccupe pas vraiment de sa vie, alors pourquoi se préoccuper de celle des autres? Mais là, c'est différent. Là, les bruits l'interpellent, dans le sens où il en ressort des cris, des rires, et des coups. Sans réfléchir, Levi passe par-dessus la barrière et s'enfonce dans le parc, en direction de la source du bruit. Après quelques mètres, il tombe sur une bande de jeunes en train de passer à tabac une personne à terre. Je vais encore le regretter. Il s'avance vers le groupe, qui ne le voit pas. Quand même, il sait qu'il n'a pas une carrure des plus imposantes, mais de là à passer complètement inaperçu… Ce sont vraiment des amateurs. Lorsqu'il arrive dans le dos du premier, il pose sa main sur son épaule, le retourne violemment, et l'envoie au sol avec une droite. Le deuxième se retournant vers lui, un coup de pied dans l'estomac suivi d'un coup de genoux dans la tête font l'affaire. Le troisième tente de le frapper, mais Levi évite le coup sans difficulté et assomme son assaillant à l'aide d'une gifle sur la tempe. Quant au dernier, il s'enfuie en courant. Sympa, l'amitié. Il s'accroupit auprès du jeune agressé et, à l'aide d'une infime pression sur la gorge, constate qu'il est bien vivant.
«Oï, tu peux te relever?»
«Gnnnn».
Bon, il est sonné mais conscient. Levi prend un bras du blessé pour le passer par-dessus son épaule, et empoigne sa taille pour le relever. Il marche difficilement, ses pieds traînent, mais au moins il avance. Arrivé à son appartement, Levi pose le jeune homme sur son canapé et, avant toute chose, prend son téléphone et appelle la police afin de signaler les délinquants. Ceci fait, il prend sa trousse de secours, puis retourne vers le jeune homme, qui a ouvert les yeux. Levi s'accroupit face à lui, et, voyant qu'il est réveillé, commence à lui parler.
«Je vais passer ça sur ton visage, pour nettoyer les plaies. Ça va piquer, mais t'as connu pire ce soir.»
Le jeune homme ne répond pas, probablement encore sonné. Cela ne dérange pas Levi, au contraire. Il aime le calme, et en l'occurrence, ça lui permet de se concentrer sur la désinfection des plaies. Au fil des soins, il ne peut s'empêcher de détailler le visage en face de lui. Il est brun, les traits fins, et ses yeux sont bleus/verts. À vue d'œil, il a à peine vingt ans. Un gamin. La violence s'installe de plus en plus tôt, c'est fou…
«Merci…»
Le jeune homme dit ces mots au moment où la lingette de Levi quitte son visage.
«Comment tu t'appelles gamin?»
«Eren…»
«Bien. Tu as mal quelque part Eren?»
«Au ventre.»
Doucement, Levi attrape le bas du tee shirt du gamin et le lève, avant de tâter du bout des doigts chacune de ses côtes. «Rien de cassé. Tu auras des bleus, rien de plus. Qu'est-ce que tu foutais en tee shirt, dans un parc, à cette heure-ci?»
Eren se pince la lèvre, avant de baisser les yeux. Quel qu'ait été son motif de sortie, il n'en parlera pas. Et encore une fois, cela convenait très bien à Levi.
«J'te ramène chez toi.»
Au moment où Levi se lève, Eren pose sa main sur son poignet.
«Attendez. Je… Je ne veux pas rentrer chez moi. S'il vous plaît…»
Levi soupire. Pourquoi il fallait que ça lui arrive à lui? Mike ou Hansi auraient été plus qu'heureux de s'occuper d'un gamin blessé. Alors pourquoi lui bon sang?
«Écoutes gamin, je ne te connais pas. T'es tombé sur moi dans le parc, et c'est une aubaine pour toi. Mais maintenant, tes plaies sont désinfectées et je me suis assuré que tu n'avais rien de cassé. Je n'ai donc aucune raison logique de te laisser passer la nuit chez moi. Tout ce que je peux faire, maintenant, c'est te déposer à l'endroit où tu seras le mieux pour y passer la nuit et un dimanche tranquille.»
«Vous avez un beau visage.»
Levi en reste bouche bée.
«Tu as écouté ce que je viens de te dire au moins?»
«Oui, désolé…».
Bon, passons l'éponge pour cette fois.
«Tu as une adresse à me donner?»
«S'il vous plaît, je ne veux pas retourner chez moi. Mon père m'y attends sûrement, une batte à la main.»
Une seule question vient aux lèvres de Levi: «T'as quel âge dis-moi?»
«18 ans le mois prochain»
«Donc tu es mineur. Donc je te ramène chez toi. Et si c'est ton père qui te fait peur, je veux bien entrer avec toi et m'assurer qu'il se tiendra à carreaux.»
Il n'en croit pas ses oreilles. Est-ce qu'il vient de proposer à un gamin battu par son père de le ramener chez lui? Il sait comment ça se passe pourtant. Il le sait, que même s'il y a un garde-fou, une fois celui-ci parti, les coups reprennent. Et visiblement, le petit est sorti en tee shirt en plein hiver à 23h. Ça en dit long sur sa relation avec son paternel.
«Bon, ça peut attendre demain. Va te laver, tu dormiras dans mon lit et je prendrai le canapé.»
Eren relève alors les yeux sur Levi, le faisant tressaillir. De toutes ses 30 années de vie, il n'avait jamais vu un regard aussi empli d'émotions. Il y lisait l'espoir et la reconnaissance comme si le gamin les lui criait à la figure. Après un instant, il se ressaisit.
«Je vais te chercher une serviette. Par contre, tu devras dormir en sous-vêtements, je n'ai rien qui puisse t'aller. Je mettrai tes affaires à la machine, elles seront prêtes demain.»
«Merci».
Levi, après avoir montré la salle de bain et la chambre à Eren puis lancé une machine à laver, alla s'installer sur le canapé. Quelques minutes plus tard, il entendait Eren passer de la salle de bain à la chambre, puis plus rien. Plus qu'à dormir maintenant.
Sauf que le sommeil ne venait pas. Il ne savait pas quoi faire pour le gosse. Il ne pouvait décemment pas le ramener chez lui si son père le battait, et les services sociaux n'en voudraient pas de par son âge. Il fallait trouver une solution. La machine sonne la fin du cycle, et Levi quitte alors ses réflexions le temps de transférer le tout au sèche-linge. Demain, il trouverait une solution. Il n'a pas le choix.
A son réveil, l'écran de son téléphone affiche 9h. Se levant, Levi constate que la porte de sa chambre est ouverte, sur un lit vide. Coup d'œil au sèche linge, vide aussi. Le gamin est donc reparti. Où? On ne sait pas. Et ce ne sont pas nos affaires. Après tout, il n'allait pas le séquestrer non plus.
Quelques jours plus tard, Levi se rendit dans un café avec Erwin, un collègue et (éventuellement) ami. Ils passèrent la fin de journée assis, lui à boire son thé et à écouter Erwin qui parlait tout en buvant son café. C'est alors qu'il l'aperçu. Il était là, attablé derrière son PC. Les traces de coups sur son visage s'étaient estompées, et à priori aucune nouvelle venue n'était à signaler.
«Levi, tu m'écoutes?»
«Hein? Oui Erwin, je t'écoute.»
»C'est le jeune homme là-bas qui te perturbe? Il faut avouer qu'il est bel homme.»
«Quoi? Ça n'a rien à voir. Je lui ai plus ou moins sauvé la mise samedi soir. Je me demandais comment il allait, j'ai ma réponse et me voilà rassuré. Fin de l'histoire.»
«Si tu le dis»
La phrase s'arrêtait là mais le sourire qu'affichait Erwin en disait tellement plus. Bien sûr que non, que ce gamin ne l'intéressait pas. Il avait presque le double de son âge. C'est ridicule cette idée.
«Hm excusez-moi de vous déranger…»
Les deux hommes se retournèrent vers la source de la voix, qui n'était autre qu'Eren, debout à côté de leur table.
Erwin ne put s'empêcher de prendre la parole: «Tu ne déranges pas du tout. En fait, j'allais partir.»
«Quoi?»
«Aller, à demain Levi.»
Sur un signe de tête au gamin, il partit. Eren prit alors la place de son ami en face de Levi. Ce regard. Encore ce foutu regard. Erwin avait raison, il était vraiment bel homme.
«T'es parti comme un voleur dimanche gamin. Ça va mieux?»
«Ouais, merci. Désolé, je ne voulais pas vous déranger donc j'ai préféré partir.»
«Ton paternel t'a bien accueilli?»
«Je ne suis pas rentré chez moi. J'habite chez une amie.»
«Bien. Qu'est-ce que tu me veux ducoup?»
«J'voulais vous remercier en personne. Peut-être en vous payant un café?»
Un livre ouvert. Ce gamin lui faisait des avances.
«Je t'arrête tout de suite gamin. T'as aucune envie de fréquenter quelqu'un comme moi. Ton syndrome du sauveur là tu l'oublies tout de suite et tu reprends ta vie. C'est clair?»
«Je…»
«Je n'attends pas de réponse gamin, c'était ni une question ni une suggestion. Tu ne me paieras pas de café, et tu ne me fréquenteras pas. T'es mineur. Point. Maintenant du vent.»
Dépité, Eren se leva et partit. Sortir avec un mineur, et puis quoi encore?
Les semaines passaient et se ressemblaient. Levi allait au travail, rentrait, voyait parfois ses amis, puis allait se mettre au lit. Aujourd'hui, il avait rendez-vous avec Erwin, dans le même café que d'habitude. Alors qu'ils commençaient à partir, une main attrapa le bras de Levi. Qui osait le toucher? Se retournant, il se retrouva face à Eren.
«Gamin? Qu'est-ce que tu veux?»
«Je suis majeur depuis hier. J'vous le paie ce café?»
Levi se retourna d'abord vers Erwin, qui quittait le café en lui faisant un clin d'œil. Pas de soutien de ce côté-là, donc. De toute façon, soutien pour quoi? Eren est majeur, et il est vrai que Levi a pas mal pensé à lui ses dernières semaines. Rien de déplacé, non, juste se demander comment il va et ce qu'il fait. Les gestes déplacés envers le gamin se passaient en onirique. Donc inconsciemment. Donc ça ne compte pas.
«Je ne bois que du thé.»
«Très bien, je vous paie le thé alors.»
Ils s'asseoient, face à face.
«Je ne connais pas votre prénom au fait.»
«Levi»
«Levi? J'aime bien.»
Voilà qui lui faisait une belle jambe tiens.
«T'as attendu un mois pour venir me voir une fois majeur ? T'es sérieux gamin?»
«Bah, vous m'avez dit que comme j'étais mineur, je ne vous fréquenterais pas. Le problème ne se pose plus maintenant.»
«Je t'ai aussi parlé du syndrome du sauveur il me semble.»
«Ça? Si c'est le cas, j'en suis bien heureux.»
«Tu vis toujours chez ton amie?»
«Oui, mais plus pour longtemps. Je vais pouvoir me chercher un appartement maintenant que J'ai 18 ans»
«Super ça, et avec quels revenus?»
«Ha. Je n'avais pas pensé à ça.»
«Évidemment. Et le thé, tu comptes me l'offrir avec quel argent?»
«J'ai de la monnaie pour ça, quand même.»
L'après-midi passait alors que les deux hommes parlaient de tout, et de rien. Eren allait passer son bac à la fin de l'année et partir en fac, tandis que Levi travaillait dans les relations commerciales. L'un aimait le thé, l'autre le café, l'un aimait la propreté, l'autre était bordélique, l'un était casanier, l'autre aimait sortir et profiter de tous les plaisirs s'offrant à lui. Tout les opposait, et ce gamin aurait le don d'énerver Levi sur le long terme. Pourtant, il ne pouvait s'empêcher, au fil de la journée, de le vouloir dans son lit. Il aurait voulu le prendre là, maintenant. Le briser en deux au point qu'il le supplie de le finir. Bon sang, qu'il avait envie de lui, et que ses yeux verts pleins de désirs se plantent dans les siens.
«Levi?»
«Quoi encore gamin?»
«Je peux rentrer avec vous?»
Le sang de Levi ne fit qu'un tour et son cœur manqua un battement.
«Tu peux. Mais tu sais ce que ça implique? Non pas que ce soit une obligation en général, mais là, dans ton cas, je ne peux pas te promettre de me tenir à carreaux si tu viens chez moi gamin»
«Je n'en attendais pas moins de vous.»
Le trajet se fit dans le silence. Levi fumait sa cigarette, et Eren lui en demanda une. Les deux fumaient et restaient dans leurs pensées. Ils savaient ce qui allait se passer une fois entre les murs de l'appartement de Levi. La tension montait au fur et à mesure qu'ils s'approchaient de l'immeuble, pour devenir palpable dans l'ascenseur. Puis arriva le moment, celui où Levi mettait la clé dans la serrure, ouvrait la porte, faisait signe à Eren d'entrer, puis refermait la porte derrière eux. Une fois le verrou mis, Levi ne se retint plus. Il plaqua Eren contre le mur et l'embrassa avec une telle ardeur que leurs dents s'entrechoquèrent. Les lèvres du plus jeune étant entre ouvertes, Levi ne se fit pas prier pour y insérer sa langue. Bon sang, qu'il en avait rêvé de cette bouche. Levi se colla contre Eren, lui arrachant un gémissement. Ce doux bruit… Il n'en pouvait plus. Il voulait à la fois prendre son temps et à la fois le baiser tellement fort qu'il en aurait mal pendant des jours. Interrompant leur baiser, il le tira dans sa chambre et poussa le jeune homme sur le lit. Il enleva son tee shirt et se jeta sur lui. Ses mains passaient sous son tee shirt tandis que son bassin dansait contre l'érection d'Eren. «Levi…» Il enleva son tee shirt, et ils défirent leurs pantalons et boxers. Enfin, ils étaient nus. Leurs érections se frottaient l'une contre l'autre, tandis que la bouche de Levi mordillait et suçotait le cou du plus jeune. Ce dernier était au bord de la jouissance. Son bassin ne tenait plus en place, et ses gémissements se firent plus insistants et incontrôlés. «Putain Eren, j'ai tellement envie de toi que j'en ai mal.». «Baise-moi…». Sur ces mots, Levi inséra deux doigts dans la bouche d'Eren, qui s'appliqua à les humidifier avec de doux mouvements de langue, arrachant au passage un gémissement au plus vieux. Ses doigts vinrent ensuite se poser à l'entrée de l'intimité d'Eren.
A ce contact, ce dernier avança son bassin, comme pour l'inviter à y entrer. Doucement, Levi inséra un doigt. C'était si serré, si chaud, si bon… Il jeta un regard au brun, s'assurant qu'il allait bien. Aux vues de ses lèvres mordues et de ses yeux qui se révulsaient, le tout accompagné de gémissements, ça avait l'air d'aller. Levi inséra alors un deuxième doigt et entreprit d'élargir l'orifice au maximum. «Hmmmm Levi!» De son autre main, Levi caressa l'entre-jambe d'Eren. Ses gémissements étaient tellement jouissifs. Ses joues rosées par le désir, son dos qui se cambre, ses mains qui attrapent et serrent les draps, tout ça était parfait. Alors, Levi retira ses doigts et recouvra son sexe d'un préservatif, avant de s'insérer doucement à l'intérieur d'Eren. D'abord de douleur, l'expression de son visage passa vite au plaisir. De doux va et vient de la part de Levi vinrent accentuer cette expression et les cris d'Eren. Levi lui-même ne put réprimer ses gémissements plus longtemps. Il plongea son regard dans celui d'Eren, et y découvrit ce qu'il avait langui de voir jusque là: ses grands yeux verts plein de désir. Alors, il accéléra ses coups de reins, les rendant plus profonds. Eren n'en pouvait plus, cela se voyait. Alors, le jeune se cambra et se vida sur son torse sur un cri de jouissance. Il n'en fallut pas plus à Levi pour venir à bout du désir qui l'avait tant fait souffrir jusque là.
Haletants, ils s'allongèrent un instant côte à côte, avant que Levi ne se lève pour enlever le préservatif, prendre un douche rapide, et ramener une serviette pour nettoyer Eren.
Les deux s'endormirent dans les bras l'un de l'autre.
