Disclaimer : Kill Ben Lyk est l'oeuvre d'Erwan Marinopoulos.
Résumé : Depuis quelques temps, Ben semblait triste, morose... Terriblement à l'opposé de qui il avait l'habitude d'être. [Kill Ben Lyk]
Liste des dettes du Discord « Défis Galactiques » : 50 nuances de fandom méconnu + B : Ben Lyk (Kill Ben Lyk) + 27 octobre : Journée européenne de la dépression Titre du 04/07/2021 : Des temps sombres
Des temps sombres
Le premier jour, Roberto avait été surpris de voir la bonne humeur et le sourire habituels de Ben aux abonnés absents. Il était plus morne, un peu plus fatigué mais l'homme ne dit rien. Il pensa simplement que son compagnon était un peu patraque, cela arrivait à tout le monde. Il ne dit rien non plus quand cela dura les trois jours suivants. Peut-être avait-il attrapé un virus ? Il veillait de loin, prenant garde à ne pas l'étouffer et faisait en sorte qu'il se repose. Mais vers le sixième jour, il commença réellement à s'inquiéter. Ce n'était pas normal. Le jeune homme semblait comme une âme en peine du matin au soir, parlait moins, un rien l'épuisait et surtout, il n'avait plus envie de faire des vidéos. Lui qui vivait le téléphone collé à la main. Il ne voulait plus filmer, il ne voulait plus alimenter Instagram, il n'avait pas envie de prendre la caméra pour se montrer. Il mangeait moins, dormait mal et alors que ce n'était pas dans son caractère, il abandonnait assez vite une activité entamée. Et Robbie s'en voulait. Comment avait-il pu rester aussi aveugle ? Avait-il laissé le mal s'empirer par son inaction ? Le septième jour, il osa enfin faire le premier pas et s'installa à ses côtés.
- On peut parler ? Tenta-t-il
- Si tu veux...
Sa voix était morne, ses yeux avaient perdu leur éclat.
- Ben... Commença son petit-ami. Est-ce que tu aurais des ennuis ? Quelque chose qui te chagrine ?
Il s'était attendu à beaucoup de choses. A de la négation. A des mots pour l'apaiser, lui dire juste qu'il était dans un bad mood et que ça lui passerait. Qu'un commentaire Youtube l'avait vraiment affecté. Oui, il s'était attendu à tout sauf à Ben qui se mit à sangloter sans crier gare. Instinctivement, il passa un bras autour de ses épaules, l'amena à lui et le londonien chercha à se nicher contre lui. Roberto le laissa pleurer, lui caressant le dos avec douceur, espérant que cela le soulageait un tant soi peu.
- Je suis désolé, Robbie... Je suis nul, le dernier des nuls !
- Ca sort d'où ça ?
L'influenceur se calma légèrement après quelques instants.
- Je n'ai pas des ennuis... Avoua-t-il. Pas à proprement parler... C'est juste que... J'ai déjà traversé cette merde alors que ça me tombe à nouveau sur la gueule, c'est...
- Qu'est-ce qui te retombe sur la gueule ? Est-ce que je peux t'aider ?
Apparemment, il avait déjà vécu ça. Cela le rassurait un peu : il y avait un passif, un qu'il ne connaissait pas mais au moins, ça ne sortait pas de nulle part.
- Je comprends pas pourquoi ça revient... Poursuivit son âme-sœur. J'ai une vie géniale pourtant ! Je vis dans un chouette appartement dans un quartier que j'aime, mes voisins ne sont pas chiants à part ceux du dessus avec leurs ébats. Je fais le métier que j'ai choisi, un métier que j'aime. Je mange à ma faim, je paye mes factures, je peux me faire plaisir. J'ai une famille, des potes ! Et surtout, je t'ai toi ! J'ai quelqu'un qui m'aime comme jamais personne ne m'a aimé, alors pourquoi ça revient ?
- Ben. Qu'est-ce qui revient ? Insista gentiment Roberto
- Je crois... Dit-il dans un murmure, comme s'il avait honte. Je crois que je refais une dépression...
N'ayant jamais connu cette maladie, pour lui comme pour ses proches, l'italo-britannique comprit mieux pourquoi il n'avait rien remarqué ou reconnu. Mais ce qui le fit tiquer, ce fut le verbe. Refaire.
- Tu as déjà fait une dépression ?
Il se sentait idiot de lui demander ça alors que la réponse était des plus évidentes.
- Quand j'étais ado. Répondit son compagnon
- Avant ou après ton changement d'école ?
Au collège, Ben avait été victime d'un harcèlement scolaire si poussé que ses parents avaient jugé nécessaire de l'inscrire dans un autre établissement, d'autant plus que la direction et le corps professoral ne faisaient rien pour arranger la situation. Pire, ils disaient que la victime n'avait qu'à faire des efforts pour mieux s'intégrer.
- Ca a commencé avant. Ca a suivi après. C'est en diagnostiquant ma dépression qu'on a aussi trouvé mon anxiété chronique. J'ai eu un psy, ça a aidé ou en tout cas, je crois... Je m'en rends peut-être pas compte. J'ai eu des médocs aussi. Ca m'a fait enfler... Mais bon, vaut mieux grossir qu'avoir envie de s'ouvrir les veines...
Son interlocuteur se figea, sentant son sang se glacer dans ses veines.
- J'ai été suicidaire, Roberto... Confirma le vloggeur. J'avais ces pensées dans ma tête en permanence. Alors que j'ai peur de mourir. L'esprit humain est chelou... Un jour, je me suis retrouvé avec un couteau de cuisine dans les mains contre mon poignet et je ne sais pas... C'est là que je me suis réveillé. Que j'ai compris qu'un truc n'allait pas. Alors, j'ai juste dit à mes parents que je pensais avoir un problème et je suis allé chez un médecin. La suite, tu la connais ou tu la devines...
Que son amant avait déjà eu des problèmes de dépression par le passé, sachant ses problèmes de stress et de cauchemars, cela n'était pas un choc. Mais l'idée de son monde, d'un être aussi joyeux et solaire que lui avec des idées aussi macabres dans son cerveau l'ébranla. C'était donc vrai, ce que l'on disait... Le visage de la dépression et du suicide pouvait aussi être celui souriant à pleines dents.
- Et aujourd'hui ? Essaya Roberto avec autant de délicatesse que possible. Aujourd'hui, est-ce que...
Il s'interrompit avant d'oser enfin prononcer ces mots.
- Aujourd'hui, est-ce que ces pensées sont revenues ?
Le jeune homme baissa les yeux, honteux, ne répondit pas même si son corps l'avait trahi. Aussitôt, il lui embrassa le front avec chaleur.
- Ca va aller, Ben. Lui dit-il avec un sourire qu'il espérait réconfortant. T'affronteras pas ça seul. Et tu l'as déjà vaincue une fois.
- Ca marche pas comme ça...
- Ouais mais tu comprends ce que je veux dire.
- Je suis désolé, Robbie...
- Ben. Tu t'excuses quand tu t'enrhumes ? Non. Là, c'est exactement pareil. J'avoue, je connais pas bien la dépression. Mais je sais que c'est avant tout une maladie. Et que t'y peux rien. C'est comme ça. Dès que tu t'en sentiras capable, on prendra rendez-vous chez le médecin. Ou chez un psy, ce que tu préfères. On fera ce qu'il faut. Et on le fera ensemble. D'accord ?
- Je te mérite tellement pas, Robbie...
Ben resta un moment dans ses bras. Roberto, lui, se jura de garder un œil alerte sur lui sans l'étouffer. Et de le gâter. Il lui ferait des petites surprises, des attentions pour lui rappeler combien il comptait pour lui. Mais surtout, il ne le laisserait pas culpabiliser. Ca, jamais.
Et quand il irait mieux, peut-être pourraient-ils en parler à deux auprès des Lykers pour les aider, eux aussi, s'ils étaient dans la même situation ?
FIN
