Heyoo ! Je me lance dans une nouvelle fic après avoir intégralement revu One Piece. Pour le coup, cette idée de raconter ce qu'il s'est réellement passé pendant l'entrainement des deux ans de Zoro me trottait dans la tête pendant des années. Et j'ai trouvé l'occasion parfaite pour m'y lancer ; en plus, j'avais pas mal d'idées.

Rating (petit) M

Couverture dessinée par mes soins.

J'espère que cela vous plaira ! Bonne lecture.


Le vent gonflait les voiles de son petit bateau dont elle était la seule passagère. Le ciel, lugubre depuis un petit moment, lui indiquait qu'elle était entrée dans la zone climatique de l'île qui l'intéressait et qu'elle serait bientôt à destination. Elle regarda à nouveau l'eternal pose, qui était posé sur un tonneau, pour voir si les courants l'avaient fait dériver de son objectif. Elle poussa un soupir, tournant légèrement le gouvernail à tribord. « Je n'aurais peut-être pas dû partir ce soir, en attendant que le temps se calme… », pensa-t-elle. Mais le temps ne se calmait pas depuis trois jours, et elle s'était absentée depuis bien trop longtemps. Elle n'avait donc pas d'autre choix que de prendre la mer par ce temps tumultueux, bien que cette décision se rapprochait fortement du suicide.

Elle tourna son regard vitré sur la mer, bien plus agitée que d'habitude. Mais il n'y avait pas de quoi s'étonner ; elle venait de perdre un des hommes qui pouvait la dompter, et faisait son deuil. Une nouvelle ère pointait le bout de son nez, sous un jour des plus moroses. Les évènements à Marineford avaient chamboulé le monde entier, la population au même titre que la mer. L'atmosphère accablante laissait entendre le gémissement douloureux du vent, qui sifflait, dans une danse funèbre avec les vagues ; la nature pleurait la mort de l'Empereur sans couronne.

Les prémisses d'une ère nouvelle avaient déjà été là, mais personne n'y avait prêté de l'attention. Les onze petits jeunes qui avaient débarqué sur Sabaody et dont le monde pouvait suivre les exploits ces derniers mois, l'avènement d'un traître parmi les Grands Corsaires, la capture d'un des hommes les plus valeureux, parmi ceux qui sillonnaient les mers. Et la liste continuait… C'était inévitable, mais beaucoup auraient voulu l'empêcher. Elle, elle ne savait pas quoi en penser. Avait-elle sa place dans cette nouvelle ère ? Et son frère alors ? Qu'adviendrait-il du monde dans les prochains mois, voire années, maintenant qu'il avait perdu son équilibre ? Tant de questions, mais aucune réponse ne se trouvait à l'horizon qu'elle scrutait attentivement. Aucun moyen de prédire l'avenir ; c'était avec le temps que les réponses feraient surface.

En observant l'horizon avec angoisse, elle vit la silhouette d'une île se dresser. Elle laissa échapper un soupir de soulagement, ayant hâte de rentrer. Son frère devait déjà être au manoir, trois jours avaient passé depuis la guerre. « Le voyage a dû davantage l'épuiser que la bataille en elle-même », se dit-elle avec un rictus d'amusement. Elle avait hâte qu'il lui raconte ce qu'il s'était véritablement passé, en doutant de la véracité des informations relayées dans le journal. Ainsi que décider de la marche à suivre pour eux. La guerre allait changer les états d'esprit et elle ne savait pas s'ils étaient autant en sécurité qu'avant.

L'île se rapprochait de plus en plus et elle pouvait d'ores et déjà distinguer la solitaire et imposante silhouette du château, baignée dans la lumière lunaire et la brume nocturne. Quel soulagement que d'être de retour. Le travail l'avait bien fatiguée cette fois-ci, le climat de l'hôpital était plus tendu que jamais à cause de la guerre, que tout le monde suivait avec inquiétude et espoir, avec tristesse et soulagement ; avec assiduité, en somme.

Elle posa un pied à terre, chavirant légèrement. Le mal de mer eut raison d'elle et elle respira un bon coup l'air humide et si caractéristique de l'endroit. Après quelques instants à admirer la lune, elle enroula une corde robuste autour de la petite proue de sa barque et la tira sur le rivage. Elle rangea son eternal pose dans son sac et constata qu'il manquait une barque à l'appel sur le rivage. Haussant des épaules, son regard se porta sur les quelques tonneaux d'approvisionnement qui se trouvaient à bord. Ne se sentant pas au meilleur de sa forme, elle hésitait à les décharger maintenant, mais après quelques secondes de flottement, elle claqua sa langue et partit sans, ne souhaitant pas le faire seule. Les Humandrakes ne devraient pas traîner sur cette partie de l'île, les provisions ne risquaient donc rien.

Elle avançait sur une terre parsemée d'embûches. Une terre désolée, où même sept ans après que la guerre intestine avait ravagé le Royaume de Seglock, l'odeur du sang et de la mort était toujours présente. Elle marchait, zigzagant entre les restes de milliers de guerriers et de leurs armes, la plupart désormais couvertes de rouille et de mousse. Des squelettes, qui furent des hommes et des femmes jadis, portaient encore leur armure et leurs vêtements. Pour la plupart des cadavres, on aurait pu facilement deviner la raison de leur mort : une épée enfoncée dans une cage thoracique, une flèche transperçant un crâne. L'ambiance d'une violence passée ne s'était pas évanouie avec le temps ; elle imposait sa présence, comme pour tester le courage de ceux qui venaient à s'aventurer sur cette île. Le sol, qui avait absorbé le sang de toutes ces victimes, resplendissait perversement à quelques endroits, où des graines avaient ironiquement fait pousser des fleurs.

En se dirigeant vers le château, elle passa devant la forêt où vivaient les singes guerriers. Ce fut avec stupeur qu'elle les retrouva tous à terre sur la place de la demeure, comme battus par une bête sauvage. Elle fronça les sourcils et un sentiment de méfiance s'empara d'elle. Ce n'était pas dans l'habitude de Mihawk de se battre avec ces singes, ils savaient qu'ils n'avaient aucune chance contre lui et fuyaient à chaque fois qu'ils le voyaient. C'était le maître des lieux. Et ces babouins, très intelligents et formant une civilisation à part, n'allaient pas se battre entre eux. Alors qui ? Qui avait affronté ces guerriers de la forêt ?

Par vigilance, elle dégaina l'épée qui se trouvait dans son dos et inspecta les alentours. Rien, ni personne. Elle s'agenouilla devant le chef de ces singes, inspectant ses blessures. Elles n'avaient pas l'air profondes. Les singes n'avaient pas besoin de son aide pour les soigner. Elle veillait toujours sur cette tribu qui protégeait l'île, surtout pendant leurs absences avec Mihawk. Les avoir avec eux avait toujours été un avantage qui faisait fuir les invités indésirables. Mais retrouver à terre les redoutables Humandrakes l'alarmait fortement. Encore des pirates qui venaient prendre la tête de Mihawk ? D'habitude, ce n'était que du menu fretin dont l'entrée sur Grand Line leur avait fait prendre la grosse tête. Dans ce cas, quelqu'un de plus digne se serait-il aventuré sur l'île ? D'un côté, cela ne présageait rien de bon, mais elle sourit de toutes ses dents à cette idée.

– Ça commence à devenir intéressant, chuchota-t-elle, amusée.

Restant sur ses gardes, mais perdue dans ses pensées, elle ne se rendit pas compte qu'elle était arrivée aux lourdes portes du château. Elle poussa le bois massif, qui lui répondit avec un grincement grave, comme lui souhaitant un bon retour. De faibles lueurs de bougies éclairaient le large et froid couloir. À moins que l'invité indésirable n'ait perdu ses bonnes manières et ne se soit installé dans leur demeure, son frère devait être de retour. Elle sourit à cette pensée, avançant dans le château, frileuse, mais bouillonnant d'envie de se poser devant la cheminée et de prendre un bain. Cela faisait bien une semaine ou deux qu'elle n'avait pas revu Mihawk, et même si cela ne servait à rien de s'inquiéter pour lui, elle avait hâte de le revoir.

Arrivant à l'entrée de la grande salle, elle trouva la porte entrouverte et des éclats de voix se faisaient entendre. Elle se figea, la main se portant instinctivement sur la poignée de son épée. Elle ferma ses yeux et se concentra, déployant son Haki de l'Observation. Trois voix, Mihawk et deux inconnues. L'une était faible et très négative, l'autre, à sa grande surprise, puissante, mais empreinte d'une grande tristesse. « Ça doit être lui qui a battu les singes de la forêt », en déduit-elle, se plaçant discrètement contre le mur. « Ils ne font pas le poids face à Mihawk ». Elle tendit l'oreille pour savoir de quoi il en retournait et regarda à travers l'entrebâillement de la porte.

Mihawk était assis à son fauteuil, un verre de vin à la main, regardant un homme agenouillé devant lui. Une jeune fille aux cheveux roses flottait dans les airs, incrédule. Le Corsaire jugeait la situation d'un regard froid, lassé.

– Entraîne-moi à l'épée ! s'écria le jeune homme à genoux d'une voix désespérée.

Relâchant la poignée de son épée, elle lui prêta son attention. Il était couvert de blessures, les unes plus graves que les autres. Ses bandages étaient mal faits et le sang qui s'écoulait sur le sol de pierre trahissait une blessure rouverte. Il ne présentait aucun danger dans ce piteux état. Était-ce vraiment lui qui avait battu les Humandrakes ? Elle fronça les sourcils, ne comprenant pas encore la situation.

– Tu as déjà laissé passer l'occasion, Roronoa. Tu demandes à un ennemi de t'enseigner ? Honte à toi, attesta Mihawk d'un ton glacial.

Ils étaient donc bel et bien ennemis, ce qui rendait la scène encore moins compréhensible. Mais l'homme blessé s'obstinait à garder la tête baissée, en signe de supplication.

– Va-t'en. Je n'ai pas de temps à perdre avec un homme ennuyeux. Je t'ai surestimé, trancha l'épéiste de renom, visiblement déçu de l'autre.

Mais malgré ses blessures et les durs mots de Mihawk, le jeune homme continuait à le supplier en silence. La spectatrice cachée de la scène fronça les sourcils, ne sachant pas quoi penser. Son frère avait nombre d'ennemis, mais jamais personne ne lui avait demandé de l'entraîner. Étrange inconnu… Mais Mihawk semblait le connaître, en déduit-elle, observant la scène.

– Qu'est-ce que tu fais ? Ça fait juste pitié à voir, se répéta Mihawk, ne perdant pas sa patience pour autant, alors que la détermination de son interlocuteur ne flanchait toujours pas.

– Je veux devenir plus fort ! s'écria le jeune homme, dont la voix se cassa à la fin de sa phrase.

– Tu a été vaincu par les babouins et tu n'as pas pu prendre le large, donc tu es revenu ici. Je n'ai rien à apprendre à un homme pareil, continua Mihawk, se servant un verre de vin, toujours réticent à la demande de l'autre.

– Si ce n'est que les babouins, je les ai vaincus, affirma l'homme à genoux.

Mihawk, troublé, lui porta un regard indescriptible, comme si l'homme en face de lui remontait dans son estime.

La déduction de la jeune femme était donc bonne, c'était bien lui qui avait vaincu les gardiens de la forêt. Mais dans un état aussi pitoyable ? L'observatrice cachée dans l'ombre se renfrogna, jugeant le nouveau venu d'après ce qui avait été dit. Qui était-il, à la fin ?

– Il ne me reste que ta tête à prendre sur cette île ! continua-t-il, gardant la même position. Mais je ne suis pas assez stupide pour me vanter d'être capable de te la prendre dans mon état.

Un éclair traversa l'esprit de la jeune femme. Elle se souvenait vaguement d'un homme dont Mihawk lui avait parlé. Un épéiste qui l'avait défié à East Blue pour prendre sa place de meilleur sabreur. Il restait digne, même dans sa défaite, qu'il avait dit. « Est-ce que c'est la même personne ? Quel était son nom déjà… », se demanda-t-elle en se grattant la nuque. Sa mémoire lui faisait défaut. Mais si c'était bien lui, le jeune homme n'avait pas perdu de sa détermination. Et dans l'état où il se trouvait, il n'avait pas froid aux yeux. À cette pensée, un rictus étira le visage de la femme.

– Je ne comprends pas. Tu me considères encore comme un ennemi… Pourquoi t'agenouilles-tu devant moi et me demande de t'enseigner ? lui demanda le Corsaire, incrédule.

– Dans quel but ? lui demanda le jeune homme et releva la tête pour affronter Mihawk du regard, déterminé. Pour te surpasser !

Collée au mur, elle ne put s'empêcher de laisser un souffle amusé s'échapper d'entre ses lèvres. Affichant un sourire de plus en plus grand, elle fut très intriguée par le caractère de ce jeune homme. « Quel culot ! J'ai bien fait de rentrer aujourd'hui… » se dit-elle, ne regrettant aucunement d'avoir bravé la tempête en pleine mer. Elle entendit son frère éclater de rire, aussi intrigué qu'elle par ce nouveau venu.

– Tu veux que j'élève de mes propres mains un sabreur qui souhaite prendre ma tête ? questionna Mihawk l'homme aux cheveux verts, riant de la situation. Tu es une étrange personne. C'en est presque ridicule. Tu as l'air pitoyable, comme ça.

L'un riait de la scène improbable et l'autre le regardait de manière indescriptible. La fille aux cheveux roses assistait à la scène, silencieuse, avec une moue surprise. L'arrivante fraichement rentrée s'amusait de la situation dans la pénombre.

– Toi, la fille fantôme, occupe-toi de le soigner, lui dit Mihawk d'un ton résolu.

– Hé, me donne pas d'ordres ! répliqua-t-elle, vexée.

– L'entraînement commencera lorsque tes blessures auront guéri, annonça Mihawk à son nouvel élève, ignorant la fille qui commençait déjà à protester.

Le sabreur agenouillé n'en crut pas ses oreilles, un grand sourire étirant ses traits. La silhouette cachée dans la pénombre riait doucement de la situation, ne regrettant aucunement le choix de son frère. « L'ennui n'est pas au programme, apparemment » se fit-elle la remarque en s'apprêtant à annoncer sa présence.

– Tous pareils, c'est pas possible ! Ils me prennent tous pour leur boniche à tout faire ! protesta la fille aux couettes, remontée contre les deux hommes, se révoltant.

– Pas la peine, je m'occupe de lui. J'ai tout entendu, avoua la nouvelle venue en poussant la porte et en se dévoilant. Je suis médecin, annonça-t-elle, un large sourire jouant sur ses lèvres.

– Kassandra, enfin rentrée, la salua Mihawk, surpris, en remplissant un deuxième verre de vin. Je ne t'avais pas entendue arriver.

Une femme à la silhouette athlétique s'avança vers le trio, en déposant son sac et son épée sur le fauteuil à côté de celui de Mihawk. Elle enleva sa capuche, dévoilant son visage. De longs cheveux noirs avec une mèche blanche encadraient un visage au ton pâle, presque malade. Des yeux d'un vert perçant commencèrent à juger les deux étrangers, qui la détaillèrent à leur tour avec appréhension. Sous une simple cape, elle portait une longue tunique rouge, maintenue par une ceinture à la taille où des dagues étaient rangées. La tunique cachait son cou, mais dévoilait ses bras couverts de tatouages à l'écriture indéchiffrable. Le tissu de son sarouel noir volait à chacun de ses pas et les talons de ses simples chaussures claquaient contre le sol de pierre.

– J'avais bien vu que quelqu'un avait réussi à battre les gardiens de la forêt, ça m'a mis la puce à l'oreille. Alors comme ça, c'est toi ? Quel est ton nom ? demanda la femme à l'homme agenouillé en lui tendant un bras pour l'aider à se relever.

– Zoro. Roronoa Zoro, répondit-il, ignorant la main tendue et en se relevant péniblement, ce qui la fit sourire narquoisement.

– Bien, je suis Kassandra alors, précisa-t-elle à son tour. Et elle, c'est qui ? demanda-t-elle en reportant son attention sur la jeune fille pleurnicharde.

– Enfin quelqu'un qui remarque ma présence ! Moi c'est Perona, la princesse de Thriller Bark. J'aime avant tout les choses mignonnes, comme des peluches, et les choses sucrées. D'ailleurs, je ne dirai pas non à un chocolat chaud, répondit-elle en joignant ses mains et en s'approchant de Kassandra.

– « Princesse », si tu veux bien bouger tes fesses de mon chemin, prononça calmement Kassandra.

Passant à côté d'une Perona outrée, elle prit le verre de vin que lui tendait Mihawk et le but d'une traite.

Zoro scruta la jeune fille fantôme un moment, avant de reporter son attention sur Mihawk et Kassandra, qui avaient engagé la conversation. Il fronça les sourcils, se retrouvant en compagnie d'énergumènes des plus étranges. Mais le plus important était que Mihawk avait accepté sa requête insensée. Il allait pouvoir passer les deux prochaines années à s'entraîner et à devenir plus fort, afin de faire de son capitaine le Roi des Pirates. Mais soudainement, sa vision se troubla et il dut s'appuyer sur un de ses sabres pour garder son équilibre. Cela n'échappa pas aux yeux de Kassandra, qui se dépêcha de poser son verre sur la table et d'accourir vers Zoro.

– Tu as été blessé au-delà de tes limites, et tu as combattu dans cet état. Pas croyable, pesta Kassandra dans sa barbe en passant le bras de Zoro autour de son cou.

Il protesta, voulant marcher seul, mais la femme aux yeux verts insista.

– Ne fais pas le fier, merde. Je sais reconnaître quelqu'un d'exténué, le sermonna-t-elle. Eh toi, la princesse, c'est toi qui a fait ses bandages ?

– Personne d'autre ne semblait vouloir le sauver. Mère Thérésa, c'est moi apparemment, répondit-elle, pas peu fière de son action. Il me doit la vie, ce crétin !

– Peut-être, mais les plaies se sont rouvertes à cause des bandages mal serrés. Va me chercher une bassine d'eau froide et de quoi le panser, lui ordonna-t-elle en aidant Zoro à se déplacer, alors que Perona recommençait à grogner. C'est pas possible ça, elle va rester longtemps celle-là, Mihawk ? Elle me casse déjà les oreilles.

– Comprends ma douleur, lui dit simplement son frère, sirotant une gorgée de vin. Et n'oublie pas ses sabres, lui indiqua-t-il, en pointant du menton les armes laissées par terre. Je m'occuperai aussi des provisions que tu as dû laisser dans ta barque.

Kassandra hocha la tête et ramassa les trois sabres. Elle conduisit le sabreur mal en point jusqu'à la chambre qui lui semblait déjà avoir été attribuée. Zoro s'allongea dans le lit au moment où Perona, pestant, déposa la bassine d'eau sur le chevet du lit en éclaboussant les deux autres. Elle balança les bandages dans la figure de Kassandra et tourna les talons, en geste ultime de protestation. La femme aux cheveux noirs la remercia, bien qu'elle était déjà partie telle une furie, dans un tourbillon de boucles roses. Kassandra posa les sabres de Zoro près du lit et s'occupa à défaire les bandages dans le silence.

– T'as sacrément morflé ces derniers temps, dis-donc, dit-elle d'une voix basse, s'attelant à la tâche. En ne recevant pas de réponse, elle continua. Et ces blessures datent pas d'hier, t'es fou à t'obstiner à combattre dans cet état.

– Moi, je vais bien, lui répondit enfin Zoro, le regard posé sur le journal froissé qui se trouvait sur le chevet.

– Qu'est-ce qui ne va pas alors ? demanda Kassandra en trempant une serviette dans l'eau froide et en la passant sur les blessures de Zoro, qui frissonna à ce contact douloureux, mais ne protesta pas.

– Mon capitaine, avoua le sabreur dans un soupir.

Kassandra garda le silence, se concentrant sur ses blessures. Mais il n'y avait rien à faire ; certaines plaies étaient bien trop graves et nécessitaient un régime de repos de plusieurs semaines. Son état était grave à l'extérieur, mais son corps était encore plus ravagé de l'intérieur. Il avait besoin de soins bien plus intensifs qu'on ne pouvait le penser au premier coup d'œil. Elle soupira, se laissant tomber sur le dos de sa chaise, jetant la serviette dans la bassine. Elle le jugea d'un œil attentif et Zoro leva un sourcil, ne comprenant pas ce qui lui prenait.

– Je parie que tu souhaites commencer ton entraînement au plus vite ? prononça finalement Kassandra, croisant ses bras sur sa poitrine et en appuyant son pied contre le lit.

– Évidemment ! Je n'ai pas de temps à perdre en restant dans le lit, je dois…

– Oi, oi, on se calme, monsieur le cactus, le coupa Kassandra en posant son talon sur le torse de Zoro, alors qu'il s'apprêtait à se relever. Où tu comptes aller comme ça ? Dans cet état, t'es rien de plus qu'un boulet, lui rétorqua-t-elle en le poussant à s'allonger.

Zoro la qualifia d'un regard noir, en réponse auquel elle leva les mains en l'air.

– J'ai compris, j'ai compris. Un boulet, mais qui s'accroche à la vie, c'est mieux ? se corrigea la femme en levant les yeux au ciel. Je vais faire ce que je dois faire. En moins de deux, tu seras sur pieds comme neuf.

Kassandra retira la chemise ensanglantée de Zoro et la lança dans la bassine. Elle passa une dernière fois le linge frais sur son torse avant de prendre une des dagues accrochées à sa ceinture. La femme la porta à la paume de sa main, qu'elle entailla profondément. Zoro, surpris, écarquilla les yeux.

– Qu'est ce que tu fais ? demanda Zoro, dubitatif.

– Je te soigne. Reste tranquille.

Elle posa sa main ensanglantée sur le torse de Zoro, au niveau de son cœur. Le sabreur sentit le liquide chaud s'écouler de la plaie et vit Kassandra baisser sa tête, concentrée. Une chaleur commença à se dégager de sa main et il vit le sang de la femme former des lignes ensanglantées sur sa poitrine en reliant ses blessures entre elles. Le temps sembla s'arrêter au moment où il sentit une agréable chaleur être insufflée en lui. La douleur s'estompa progressivement et sa vision se fit plus vague. Il ne savait combien de temps s'était écoulé, mais il se sentait mieux, plus léger, comme enveloppé dans un confortable cocon qu'il ne voulait pas quitter.

Quand il ouvrit finalement les yeux, déstabilisé, il vit la jeune femme se bander la main. Elle remarqua son réveil et lui balança ce qui ressemblait à des vêtements propres.

– Tiens, Mihawk vient de passer, il te les donne. Les tiens sont en piteux état, dit-elle simplement, en quittant la pièce avec la bassine et les bandages usés.

Zoro prit sa tête entre les mains et s'assit sur le bord du lit. Il examina son corps et toutes les blessures avaient disparu. Il crut rêver. Il toucha sa peau, intacte. La douleur était passée. Qu'est-ce qu'elle lui avait fait ? L'épéiste se posait la question, prenant les vêtements qui lui ont été donnés. Il enfila rapidement la chemise blanche et le pantalon bleu, tout en continuant d'examiner son corps où il ne trouva aucune blessure. Perdu dans ses pensées, il ne remarqua pas Perona qui l'observait du couloir, n'osant pas entrer dans la chambre. Mais Kassandra revint assez vite avec un plateau repas, exposant la cachette de la fille fantôme.

– Princesse, tu bouches l'entrée, il y a un blessé là, prononça-t-elle simplement.

Cela suffit à faire sursauter Perona qui se mit tout de suite à broncher, mais elle fut encore une fois ignorée.

– Un blessé qui n'en est plus un, rétorqua Zoro en croisant les bras. Qu'est-ce que tu m'as fait ? Je ne suis pas médecin, mais je sais que j'étais dans un sale état. Et là, je suis comme neuf.

– Et c'est ce que je t'avais promis, non ? lui rappela Kassandra avec un clin d'œil et un rictus narquois, en posant le plateau d'argent sur le chevet.

– Tu as mangé un fruit du démon ? s'intéressa Zoro, même pas surpris.

– Oui. En temps normal, je n'utilise pas souvent ce pouvoir, ça me coûte assez cher, explicita la jeune femme. Mais tu étais gravement blessé et j'ai vu à quel point cet entraînement te tenait à cœur. Et puis, tu le fais pour ton capitaine, n'est-ce pas ? posa-t-elle la question rhétorique, ne cherchant pas de vraie réponse ; elle savait qu'elle avait vu juste.

– Merci, lui dit simplement Zoro.

Le jeune sabreur avait beau ne pas lui faire confiance, elle venait de le remettre sur pieds. Malgré sa réticence chronique à refuser toute aide d'autrui, cette fois-ci, il se devait de se rendre à l'évidence. En remarquant son combat intérieur, Kassandra lui lança un autre clin d'œil entendu.

– Maintenant, mange et va dormir. J'ai beau avoir soigné tes blessures, ton corps a toujours besoin de repos. Et sur ce, face de pelouse, j'ai assez vu ta tronche pour la semaine, le salua Kassandra en chassant Perona qui avait assisté à la scène.

En refermant la porte derrière elle, elle lâcha un soupir, exténuée après avoir utilisé ses pouvoirs. Elle se tourna vers Perona, qui baillait en se frottant les yeux. Kassandra la jugea un instant, avant de s'adresser à elle.

– Bon, j'imagine que tu ne prévois pas de décamper d'ici. Je vais donc te montrer ta chambre.

Sans plus de cérémonie, elles se mirent à marcher le long du couloir du premier étage. Kassandra fut surprise que Perona n'ait pas encore fait une scène ; elle devait aussi être fatiguée. Des bougies éclairaient le couloir et un courant d'air éteignit certaines d'entre elles, en faisant frissonner le duo ; le temps ne se calmait pas dehors.

Les deux filles passèrent devant un grand escalier qui menait au deuxième étage du manoir et Kassandra s'arrêta, attirant l'attention de Perona.

– La chambre de mon frère se trouve en haut. Interdiction pour toi et l'autre cactus d'y aller. Tu le préviendras, lui souffla la femme aux yeux verts.

– Ce monstre sans cœur est ton frère alors ?! Aucun doute alors, t'es exactement comme lui ! Je n'en…

Kassandra leva les yeux au ciel et donna une tape sur l'épaule de la jeune fille fantôme pour la faire taire en lui ordonnant silencieusement de se retourner. Une porte se trouvait juste en face des escaliers et Kassandra prévint encore une fois la nouvelle arrivante.

– Et ça, c'est la mienne. Quelle plaie, j'étais seule à mon étage et d'un coup je me retrouve encerclée par des idiots de part et d'autre, marmonna Kassandra, agacée.

– Comment oses-tu m'appeler comme ça, ne me confonds pas avec l'autre abruti suicidaire ! J'avais tellement raison, t'es…

Perona la suivit en continuant de brailler et Kassandra se boucha les oreilles. Une fois arrivées à la fin du couloir, elles firent face à une grande baie vitrée qui donnait vue sur l'extérieur, ravagé par la pluie et la tempête. Admirant quelques instants les gouttes d'eau qui glissaient sur la surface de la fenêtre, elle reporta son attention sur la fille fantôme qui dormait en marchant. Ou plutôt en flottant. Kassandra la secoua par l'épaule.

– Bon, c'est ta chambre. Apparemment, tu t'y étais déjà installée. Je t'ai laissé un plateau sur le bureau, si tu as faim. Et garde tes fantômes près de toi la nuit, déclara d'une traite la femme en ouvrant la porte. Ah, et oui, voici la clé de la chambre, si ça te rassure.

Perona prit une clé en argent dans ses mains, étonnée par la bonne intention de la maîtresse des lieux. Sans dire un mot, la princesse entra dans la chambre et lança un regard indescriptible à Kassandra, qui leva un sourcil. La fille fantôme hésita, comme si elle voulait dire quelque chose, mais finit par brusquement fermer la porte. Kassandra entendit le déclic de la serrure et soupira de soulagement. Maintenant que toutes les bêtes étaient dans leur cage, elle méritait un bain et du repos. Elle serra ses poings pour se donner du courage et se mit à marcher en direction du rez-de-chaussée. « Quelle maison de tarés maintenant… »


J'espère que cela vous aura plu ; j'y ai ajouté un OC afin de pouvoir le développer à ma guise en fonction des autres personnages. Sacrée maison de tarés, j'espère qu'ils ne vont pas s'entretuer deux semaines plus tard x) Dites-moi ce que vous en aviez pensé, cela fait toujours plaisir !