Le Poney Fringant et son joyeux vacarme faisait parti des charmes de la vie. Quand on s'y trouvait, on oubliait l'obscurité et le silence sauvage des lointaines contrées que l'on avait traversée.

Du moins, c'est ce qu'Estelle pensait. Habituée des grandes routes et des terres sauvages, et de la compagnie de créatures bien différentes des edain, elle ne pourrait survivre longtemps dans un tel endroit. Mais après trop de nuits à dormir dans la pluie et de repas froids, la bonne potée du Poney Fringant faisait du bien à l'âme.

Mais ce soir, elle ne pouvait pas faire semblant d'être une hobbite et se perdre dans les mets d'auberge. Non, ce soir, toute son attention était sur les autres convives.

Le destin de l'Anneau était tellement lié au sien, qu'elle le sentait près d'elle. Ce n'était pas difficile d'identifier le groupes de hobbits qui semblaient peu habitué au bouillon de culture qu'était Bree.

Elle ne pouvait pas en détacher son regards. Elle ne touchait pas à sa choppe de bière et oubliait la pipe à ses lèvres alors qu'elle les observait.

Ils étaient à présent sa responsabilité. Elle glissa sa main dans sa poche et ressortit son bien le plus précieux - enfin si on ne comptait pas son épée et l'anneau de Barahir : son miroir de poche en mithril poli.

D'un coup d'oeil, elle pouvait vérifier que son maquillage à la pointe de Mirkwood avait tenu aux intempéries : elle était donc prête à vivre sous les projecteurs de l'Oeil.

Enfin, à vrai dire, elle n'était pas du genre coquette…Sinon ça ne serait pas possible de vivre à se rouler dans la boue et se réveiller avec des poux.

Mais cela faisait des années qu'elle se préparait à cette année fatidique. Et c'était hors de question de rater son entrée au bal.

Son miroir lui permis aussi de remarquer l'éclat de l'Unique. Eru Eru. Ces hobbits n'étaient vraiment pas débrouillard. Mais heureusement qu'elle était là.

Elle attendit que le hobbit finisse son bad trip pour s'en saisir d'une poigne de fer. Elle fut escortée par un autre hobbit fort joufflu. Mhh il lui rappelait son warg en peluche, ami d'enfance.

"Où sont vos amis ?"

"Sortis prendre l'air" lui répondit le hobbit à l'anneau qui se débattait de sa prise de son col.

Une fois à l'abri des regards indiscrets, dans une salle privée, elle put les lorgner en paix. Eux ? Vraiment… Qu'allait elle pouvoir faire d'eux. Le compère hobbit s'était empoigné d'un sorte de coutelas. Elle dégaina Narsil, à qu'il manquait des morceaux.

"Ne vous fiez pas aux apparences. Même avec ça, je peux vous empailler pendant que je fais mes ongles," d'ailleurs, elle jeta un coup d'oeil à ses mains nacrée de terre et de mousse, faudrait peut-être qu'elle s'y mette si sa destination était Rivendell.

Elle risquait d'y croiser un certain elfe… Bref. Il fallait revenir à ses moutons… enfin hobbits. Elle se présenta promptement :

"Petits Escarpins est mon surnom. Vous pouvez m'appeler Estelle si vous préférez."

Alors que la nuit devenait plus sombre, les deux autres hobbits les rejoignirent avec des histoires de Nazgul. Elle décida d'en faire une excuse pour étaler sa science. Mais il faisait bien trop sec dans cette chambre…

"Vous savez… Ça serait mieux de reprendre la route tout de suite."

"Mais ça ne risque pas d'être dangereux ?" demanda avec de grands yeux le dénommé Pippin.

"Oh vous savez… avec l'âge, on comprend que vivre rime avec danger." Et puis, ce hobbit était trop jeune pour comprendre les danger d'un air trop sec sur un peau de rôdeuse.


C'était évidemment une très mauvaise idée. Il faisait sombre, les hobbits avaient peur de leur propre ombre et des moustiques les menaçaient.

Si seulement elle avait réfléchit un peu.

Ils s'étaient réfugié dans un escarpement, pas loin d'Amon Sûl. Un maigre feu gardaient les bêtes sauvages loin mais ça ne risquait pas de faire peur à des Nazgul.

"Je vais surveiller les alentours. Pas de bêtises…" Et elle laissa les hobbits se houspiller.

Quelques pas et elle se sentait suivi. C'était presque un soulagement. Elle fit volte face et se trouva nez à nez avec le vrai Estel.

"Bien le bonjour," dit elle avec un sourire. Mais son frère ne semblait pas ravi du tout. C'est vrai : il ne faisait pas nuit.

"Est-ce que tu te rends compte du risque tu as pris ? Tu t'es permise de lire mon courrier et…"

"Ouais ouais," elle le coupa net. Pas besoin d'être rappelée qu'elle n'était pas le grand Estel dernier espoir des hommes, "tu étais encore à Mirkwood chez tes amis."

"J'y étais pour quelque chose d'important."

Ils se fixèrent dans la pénombre comme s'ils avaient encore cinq ans et pas quatre-vingt sept ans.

"Et tu aurais été en retard. J'ai bien fait d'arriver à point nommé." Et elle soupira longuement, "dire que si j'étais née une mini seconde avant toi, ça aurait été moi qui aurait reçu toutes ces missives importantes."

Ils retournèrent au camp sans résoudre leur différent. A deux, ils réussirent à ramener les hobbits à bon port sans même l'aide de la Bruinen ou de Glorfindel qui auraient pu être des précieux alliés.


A leur arrivée, Seigneur Elrond était étonné. Il semblait que Dame Galadriel les avait averti qu'un blessé allait être amené au refuge. Mais apparemment, sa vision n'avait pas pris en compte la force d'une pair de dúndedain aussi différents que la nuit et le jour.

Tout est bien qui finit bien.

Enfin, sauf pour un rôdeur qui se réveilla en sursaut entre un nain ronfleur et un hobbit qui mâchait dans son sommeil. Aragorn se leva et alla libérer Boromir de son poste. Alors que le gondorien allait se coucher en ronchonnant, Aragorn bourrait sa pipe à la lumière du feu de camp.

Oh quelle aubaine finalement d'être fils unique ! Il pouvait déjà entendre Arwen rire quand il lui racontera ce rêve un jour.

Finalement, il s'en sortait pas si mal...