La contrée de Karakura était de celle dans laquelle il faisait bon vivre: la terre y était fertile, le paysage ensoleillé, les habitants y semblaient toujours heureux et la routine quotidienne était un simple mais agréable rouage de la vie que tout à chacun savait apprécier. Cette terre était gérée d'une main ferme mais juste par un excentrique baron. Ce dernier, qui se prénommait Hirako Shinji, était un homme honnête, intègre et impartial dans ses affaires. Si, de par son allure, il pouvait sembler insouciant voir négligeant, il n'en était en réalité rien de tel. Le baron était en fait, tout à fait hors du commun: une voix nasillarde toujours accompagnée d'un sourire large, une structure fine et svelte mise en avant par des vêtements parfaitement coupés aux couleurs criardes. Une sagesse malgré son apparente jeunesse se dessinait dans ses yeux allongés. Ses conseils toujours avisés et sa capacité à anticiper les meilleures décisions à prendre pour son peuple lui avait valu un profond respect de ses gens. Le baron était une personne particulièrement appréciée: haut en couleur, il détestait l'ennui ou que l'on puisse s'ennuyer dans sa demeure. Il était fameux à travers le pays pour organiser de fabuleuses soirées, et personne ne voulait manquer une occasion d'y participer.

Aussi, l'un de ses amis de longue date, qu'il n'avait pas vu depuis quelques années, lui avait proposé dans le canton voisin, d'assister et de participer avec lui à une course de chevaux qu'il organisait. Le duc, qui avait eu l'occasion de voyager, avait apporté à son retour une magnifique jument, dont on disait que sa course pouvait pourfendre le vent. Le duc n'avait de cesse de s'étendre sur la créature et il avait décidé d'organiser une course ainsi qu'un bal pour fêter son retour. Le duc était un vieil ami du baron avec lequel il partageait certaines excentricités. Rose Otoribashi, le duc, avait en commun avec le baron une longue et soyeuse chevelure dorée, éclatante comme un soleil d'été. Mais ils partageaient également un goût prononcé pour la musique et ne manquait pas une occasion de ramener divers bardes réputés lors de grandes festivités. Leur amour de la musique se manifestait aussi par leur grand talent de danseur: les deux étaient aussi agiles qu'un chat et leur grâce égalait celle des cygnes les plus majestueux. Ils avaient festoyés et dansés à de nombreux bals et tout à chacun connaissait bien ce duo de nobles excentriques mais pourtant si bien assortie. Si le duc avait toujours eu l'air un peu mélancolique, le baron le trouvait de bonne compagnie. Le baron n'avait point éprouvé une telle sympathie envers quelqu'un d'autre que le duc durant son absence de presque deux ans et il était absolument ravi d'avoir l'opportunité de le revoir bientôt. Et si le baron se réjouissait à l'idée de revoir son si cher ami, son enthousiasme était plus mitigé concernant la course.

En effet, le baron n'avait jamais aimé les chevaux. Leur tête tout particulièrement. Impossible de savoir ce qu'il pouvait bien passer par l'esprit de ces bêtes-là. Plus jeune alors, son cheval favori avec lequel il partait toujours se balader l'avait fait chuter. Il n'avait jamais vraiment su ce qu'il s'était passé mais après trois ans de bon soin, il avait gagné une violente ruade ainsi qu'une épaule démise et un puissant coup à la tête avec pour toute raison, sûrement rien de plus qu'une simple broutille. C'est pourquoi, en grandissant, le baron s'était tenu à l'écart de ces animaux et aussi des écuries.

Bien sûr, il possédait une écurie: primordial pour les voyages en calèche. Des courses avaient souvent lieu ; si le baron trouvait jusqu'à présent le moyen de s'y soustraire, il n'allait pas, cette fois, y échapper. Il suspectait le duc d'avoir connaissance de sa peur des chevaux, même s'il essayait toujours de faire bonne figure : il n'avait jamais ouvertement déclaré son malaise envers la race équidé et s'il ne montait pas lui-même, il observait les courses, parfois pariait même sur ses propres chevaux, montés par d'autres. Par conséquent, il n'avait pas souvent à descendre jusqu'aux écuries et parler au palefrenier. Ce dernier ne devait pas avoir connaissance de son «problème» et le baron souhaitait que cela resta secret. Il avait prétexté ne pas avoir eu l'occasion de monter ces dernières années et avoir besoin d'un petit entraînement pour se remettre en jambe, avant la course organisée par le duc le mois prochain.

Il fallait aussi ajouter que son antipathie envers les chevaux s'étendait jusqu'au palefrenier : une personne tout à fait impeccable à première vue, ce qui était tout à fait étonnant étant donné son travail et son rang, mais dont l'attitude semblait toujours feinte aux yeux du baron. S'il n'aimait pas les animaux des écuries, le fait de trouver la compagnie de leur gardien exécrable n'avait pas aidé à régler son problème.

Alors que le baron descendait nonchalamment jusqu'aux écuries, qu'ils n'avaient pas visitées depuis longtemps, il tenta de se convaincre que les chevaux n'étaient pas de si terribles bêtes. Quelle ne fut pas son expression en arrivant proche de la devanture du bâtiment et fixant le premier animal du box le plus proche. L'anxiété monta en flèche et il eut l'impression d'être à nouveau un fragile enfant d'à peine neuf ans face à l'énorme bête. Enfermée, elle ne pouvait pas l'atteindre, et pourtant, il se sentait effrayé.

Le palefrenier avait été prévenu de son arrivée et avait déjà fait préparer deux chevaux. Le baron ne savait pas s'il devait être reconnaissant de ne pas avoir à s'occuper de l'une de ses bêtes lui-même ou terrifié par la perspective de monter, qui se faisait de plus en plus proche. Arrivé à hauteur de son palefrenier, qui terminait de seller le second cheval, l'excentrique baron se sentait de moins en moins à son aise.

«Ah, Monsieur le baron, vous voilà ! fit le palefrenier en se tournant vers son vis-à-vis, quel honneur de vous voir descendre à l'écurie aujourd'hui.»

Le baron leva les yeux au ciel, sentant l'agacement poindre déjà le bout de son nez. Il ne savait pas si cela était dû au lieu et à sa fréquentation d'équidé, ou bien si c'était son palefrenier qui l'agaçait déjà à ce point. Cependant, il avait toujours eu la désagréable sensation qu'il se moquait toujours de lui chaque fois qu'il ouvrait la bouche. Que ce soit ce petit sourire qui ornait toujours ses lèvres charnues ou ses pupilles brunes et perçantes, Aizen Sosuke, le palefrenier, avait un petit quelque chose que le baron trouvait absolument détestable. En plus d'une petite mèche bouclée parfaitement ridicule qui retombait sur son visage.

«Pourquoi diable avoir fait préparer deux chevaux? Un seul est bien plus que suffisant…

-Eh bien, au vu de votre aversion pour ces nobles créatures, je me suis dit qu'il serait sûrement plus prudent de vous accompagner.

-Mon aversion?, fit le baron, incapable de retenir sa surprise.

-J'ai... ouï-dire que vous n'appréciiez guère avoir un quelconque contact avec ce type d'animal. Et, au vu de vos si rares escapades à l'écurie, je suppose que cela est vrai. Cependant, j'espère vous faire passer un moment suffisamment agréable pour vous donner le goût des balades équestres.»

Le baron regarda son palefrenier avec mépris. Il ne pensait pas un traître mot de ce qu'il disait et en plus de cela, il aurait bien aimé savoir si la rumeur à son sujet avait déjà beaucoup circulé. Si l'un de ses gens était au courant, alors il était tout bonnement possible qu'ils le soient tous.

«Ne vous en faites pas Monsieur, avec moi, votre secret est bien gardé...»

Définitivement, le baron détestait son palefrenier.

«Avez-vous une préférence, Monsieur, pour votre monture?»

Le baron lui aurait bien dit qu'il les trouvait aussi détestable l'une que l'autre, mais il n'aurait fait que confirmer les paroles du palefrenier plus tôt. Il observa alors tour à tour les deux animaux: la première jument était blanche et semblait légèrement agitée aux yeux du baron, qui n'osait pas s'approcher trop près de la créature qui secouait son museau de façon régulière. La seconde était d'une robe alezane plutôt jolie, aux doux reflets roux. Elle semblait plus calme que l'autre et le baron se sentait davantage en confiance. Il s'avança prudemment vers elle et caressa son museau du bout des doigts en grimaçant.

«Celle-ci me semble très bien…, dit-il d'une voix mal assurée.

-Parfait! Je vous propose d'aller faire un tour le long de la berge pour commencer, puis, si vous vous sentez suffisamment à l'aise, peut être pourrions-nous voir comment vous vous en tirez au trot ou au galop?»

Le baron leva de nouveau les yeux au ciel au ton mielleux de son palefrenier. Avant toute chose, il allait déjà devoir monter sur la créature et ça ne lui paraissait pas si aisé. Il avait beau ne plus être un enfant, sa jument lui paraissait anormalement haute. Et un peu plus agitée qu'auparavant.

«Vous savez, les chevaux peuvent savoir ce que vous ressentez. Si vous n'avez pas confiance en elle, elle n'aura pas confiance en vous.

-Ah oui, vraiment? Je doute qu'elle ressente quoi que ce soit hormis la faim ou le sommeil…, fit le baron en observant l'œil vide de l'animal devant lui.

-Eh bien vous avez tort de penser cela. Votre premier travail, avant même de penser à monter, est d'établir une connexion avec l'animal. Tendez la main, et laissa la venir à vous.»

Le baron s'exécuta de mauvaise grâce. Il n'était pas du tout à l'aise avec le museau de la jument au creux de la main, humant sa paume. Elle hennit légèrement et découvrit ses grandes dents blanches, à la surprise du blond, qui dégagea rapidement sa main.

«De quoi avez-vous peur?, susurra le palefrenier en s'approchant du dos du baron, vous êtes sur la terre ferme. Vous ne risquez rien, j'y veille.

-Ce n'est certainement pas par ce que j'ai les pieds au sol que je ne risque rien. Avec ces dents-là, elle pourrait m'arracher le bras en un instant!, rétorqua le baron, incertain de s'il devait reculer vers le palefrenier et s'éloigner de la jument ou faire le contraire…

-Oh, alors ce sont ses dents qui vous effraies?, dit le palefrenier en dévisageant son maître, Vraiment?»

Le baron n'aimait pas la manière dont le brun observait avec insistance son visage. Était-il en train de faire référence à sa propre dentition? Ses dents, parfaitement alignées, n'avaient rien à voir avec l'énorme mâchoire de la jument devant lui. Aussi fut il vexé de ce qu'il supposa être un sous-entendu mesquin, mais prit d'un élan de fierté et d'orgueil, il enfourcha sa monture d'un pied ferme, résolu à en finir le plus rapidement possible.

«Très bien, j'espère que vous vous sentez plus serein. Nous allons nous éloigner un peu du domaine et faire le tour de la berge.»

Son palefrenier monta la jument blanche et ouvrit la marche: les deux hommes s'éloignèrent au pas de l'écurie, jusqu'à atteindre une petite rivière, peu profonde mais large de plusieurs mètres. Un sentier, adjacent à l'eau, suivait la rivière sur plusieurs kilomètres. L'allée était étroite mais la vue était dégagée et le terrain plat. Au fur et à mesure qu'ils s'aventuraient sur le sentier, le baron se sentait légèrement plus à l'aise et confortable sur son cheval. Petit à petit, ses anciennes leçons lui revenaient à l'esprit et les vieilles habitudes refaisaient surface. Enfant, il avait pratiqué l'équitation quelques années avant sa chute et son animosité grandissante envers ces animaux. Il était absolument ravi de ne pas réellement avoir à tout réapprendre de zéro. Même s'il était assez loin d'être aussi à l'aise que son palefrenier. L'homme devant lui paraissait particulièrement détendu: sa position était droite, sans être raide pour autant et il tenait les rênes avec souplesse. Sa posture était sans défaut. En fait, le baron se fit la réflexion qu'il ne ressemblait même pas à ce qu'on pouvait s'attendre d'un palefrenier habituel: il était beaucoup trop… soigné! Même ses vêtements avaient l'air de bien trop bonne facture au regard de son rang. Sûrement le rémunérait-il trop. Le baron devait bien admettre que dans ses vêtements d'équitation blancs, le palefrenier avait fière allure. Alors qu'il le scrutait, l'autre homme se tourna lentement vers lui, un sourcil arqué, l'air interrogatif. Le baron se détourna et, sans savoir pourquoi, accéléra le pas et passa devant le brun pour ouvrir la marche. Il se sentait toujours si mal à l'aise en présence du palefrenier! Il avait une lueur dans le regard, il ne savait pas ce que c'était réellement, mais ça lui déplaisait fortement! Surtout qu'il ne le voyait plus à présent et il s'attendait presque à ce qu'il lui joue un sale tour maintenant qu'il était dans son dos! Il avait la désagréable sensation de sentir son regard posé lourdement sur son dos. Finalement, il jeta un coup d'œil derrière lui. Les pupilles sombres du brun le transpercèrent.

«Quoi?, aboya presque le baron, agacé du regard de son palefrenier.

-Je vous surveille.

-Je ne suis pas un enfant!, protesta le blond en soupirant.

-Mais c'est mon travail de m'assurer qu'il ne vous arrive rien de fâcheux durant la balade. Et si vous n'êtes pas un enfant, cessez de vous comporter comme tel.»

Le baron était on ne peut plus agacé maintenant. Il n'avait qu'une envie: mettre fin à tout ça! Au moins, il trouvait la compagnie du cheval plus agréable que celle de l'autre homme. Tout n'était pas perdu, la race équidé n'était à présent plus sa plus grande aversion. Même s'il aurait été ravi d'avoir les deux pieds sur la terre ferme. La course qui avait lieu dans un mois allait être un véritable challenge. S'il était plus confiant sur son cheval, ils allaient toujours à une allure plutôt lente et il ne sentait pas prêt à autre chose pour le moment.

«Je suis absolument ravi de vous savoir suffisamment sûr de vous pour ouvrir la marche, néanmoins, il serait sûrement plus prudent de ne pas trop vous éloigner et de cesser d'envoyer des signes contradictoires à votre cheval.

-Comment ça?

-Le bas de votre corps… De votre bassin jusqu'aux pieds, vous êtes fermes, vous voulez prendre de la vitesse. Pourtant, vos doigts sont particulièrement crispés sur les rênes, que vous tirez trop vers l'arrière. Vous ne laissez pas assez de mou. Si vous souhaitez accélérer le pas, assurez-vous d'être certain de votre choix.»

Le baron relâcha un peu les rênes sans grande conviction. Le palefrenier le rattrapa, se positionna à sa droite et ils restèrent à la même allure décontractée, longeant le long du cours d'eau. Le baron trouvait qu'il avait beaucoup de chance. Ses terres étaient particulièrement belles, en plus d'être fertile pour ses gens. La plaine qui se montrait peu à peu devant eux était verdoyante et la rivière, étincelante de mille reflets. On trouvait rarement de paysage aussi magnifique que ceux de sa contrée. Le baron, absorbé dans sa contemplation du cours d'eau, ne vit pas dans les hautes herbes adjacentes qui entouraient le sentier une masse se déplacer et coucher les plantes sur son passage. Si l'animal faisait du bruit, elle courrait vite et le blond sur son cheval ne l'aperçu que trop tard. Une bête poilue sortie des fourrées, affolée, grognant en fonçant droit devant elle. Les chevaux prirent peur devant la taille impressionnante de ce qui semblait être un sanglier, de ses stridents couinements et de sa course folle. La bête ne resta pas longtemps dans les pattes des chevaux; prise d'une panique plus grande encore, elle courut de nouveau en direction des bosquets alentours. Malheureusement, si le palefrenier parvint à garder son cheval calme et à le rassurer, ce ne fut pas le cas du baron qui chuta sur le sol. Le palefrenier sauta rapidement de son propre cheval pour venir s'enquérir de l'état du baron, à terre. Il avait fait une mauvaise chute, la jument l'avait éjecté alors que sa prise était maladroite. L'homme se tenait les côtes et le brun craint qu'il ne soit fort blessé. Alors qu'il tendait la main pour venir l'aider à se redresser, le baron lui gifla la paume et le repoussa avec la force qu'il lui restait.

Le palefrenier décida alors qu'il valait mieux laisser le baron reprendre un peu ses esprits, et que calmer le cheval à ses côtés ne pourrait que l'aider à le faire. Il s'approcha lentement mais d'un pas résolu vers l'animal agité, qui se reculait en secouant la tête de droite à gauche sans s'arrêter. Il parvint a attrapé une des rênes mais la jument était toujours nerveuse et quand le palefrenier approcha sa main de son museau, elle hennit furieusement.

«Regardez, malgré toutes les attentions que vous lui prodiguez depuis des années, il pourrait s'en prendre à vous sans aucun remords., fit le baron, qui avait réussi à se redresser et s'était assis sur le petit sentier.

-Le cheval, même le plus domestiqué et bien dressé, reste un animal sauvage et dangereux. Il ne faut jamais penser qu'il ne puisse point mordre la main qui le nourrit.»

Les deux hommes se fixèrent un moment avant que le baron ne reprenne:

«Sommes-nous toujours en train de discuter de mon cheval?»

Le palefrenier sourit avant de demander poliment au baron:

«Ai-je fait quelque chose pour vous déplaire?»

Le baron ne répondit pas et se contenta de hausser les épaules. Le brun mit un moment à calmer l'animal et l'homme à terre l'observa faire dans le calme. Une fois la jument apaisée, le palefrenier s'accroupie de nouveau à hauteur de son maître, pour vérifier son état. Il tendit les mains vers le vêtement, à hauteur du bassin et regarda le blond qui semblait soudainement pris dans la contemplation de son cheval.

«Puis-je?»

Le baron approuva d'un signe de tête, et son palefrenier releva précautionneusement le tissu pour pouvoir observer la blessure. L'ampleur de celle-ci était difficile à prédire mais une jolie marque commençait déjà à se dessiner sur la peau pâle. Le palefrenier sourit en sentent le blond frissonner à côté de lui. Le baron ne le regarda pas une seule fois. L'excentrique propriétaire de ces terres savait avoir bien mauvais caractère quand il le voulait, mais le palefrenier savait y faire avec les animaux sauvages. Il toucha le cercle rougeâtre, qui virait au jaune sur les bords, de la pulpe du pouce, doucement, testant la chaire sous ses doigts. Le baron sursauta et lui envoya un regard interrogateur.

«Mes excuses, j'aurais dû prévoir cela. C'est jour de chasse aujourd'hui, l'animal devait tenter de fuir la forêt et s'est retrouvé ici.

-Ça ou autre chose, je n'ai définitivement pas la fibre animale!»

Le palefrenier lui sourit de nouveau de son sourire que le blond ne parvenait à lire, jusqu'à ce que ce dernier se détourne du brun pour essayer de se relever. La tâche ne fut pas chose aisée; ses côtes le lançaient durement et il espérait qu'elles ne soient pas cassées. Il allait être encore plus difficile de rentrer: ils s'étaient beaucoup avancés sur le sentier et rentrer allait leur prendre du temps. De plus, il ne se voyait pas remonter à cheval, il avait bien trop mal et il n'en avait absolument pas l'envie.

«Nous allons devoir faire demi-tour: nous pouvons rentrer à pied si vous le désirez ou bien à cheval, si vous êtes assez en forme pour monter derrière moi?

-Je ne crois pas pouvoir remonter maintenant…, fit le baron en grimaçant et en se tenant les côtes.

-Bien.»

Déçu, le palefrenier agrippa la sangle de chacune des deux juments et les fit avancer au pas, au rythme du baron. Ils se déplaçaient vraiment lentement et malgré cela, le blond semblait souffrir atrocement. Il continuait de se tenir les côtes en geignant doucement.

«Si vous ne voulez pas continuer, je ne vois aucun problème à vous porter, Monsieur., fit le palefrenier, pourtant certain du rejet de sa proposition par le baron.»

Le blond qui ouvrait la marche se retourna pour lui envoyer un regard glaçant, qui ne fit qu'agrandir le sourire du brun, avant de l'envoyer paître. Les deux avaient bien conscience qu'à cette allure, ils arriveraient quand le soleil commencerait à se coucher, mais ils n'avaient pas tellement d'autre option. Le palefrenier se serait bien dépêché de se rendre au domaine et de préparer une calèche pour ramener le baron, mais il n'avait aucune confiance de le laisser seul dehors. D'autres animaux pouvaient avoir échappés aux chasseurs et être apeurés. Et rien n'était plus dangereux qu'un animal se sachant menacé. Avec sa chance, s'il le laissait seul un moment, le baron pourrait bien tomber sur un troupeau de pauvres lièvres et réussir à se blesser quand même. C'est pourquoi ils marchèrent encore un peu plus d'une heure avant de voir se dessiner devant eux la façade du domaine. Le baron était soulagé d'être enfin revenu et le palefrenier ravi qu'aucun autre incident ne se soit produit.

En arrivant aux portes du domaine, le baron s'empressa de congédier son palefrenier et de le laisser s'occuper des chevaux. Celui-ci fut curieux des manières de son maître mais s'exécuta sans le questionner. Le baron ne souhaitait pas que l'on puisse le voir revenir de sa balade à pied, les chevaux tenu par l'autre. Il ne voulait pas non plus que la nouvelle de sa blessure ne se propage. Il ne voulait tout simplement pas que l'on sache qu'il avait fait une mauvaise chute. Encore. Dire que le baron était complexé de ne pas réussir à monter à cheval était un euphémisme.

Tout ce qu'il voulait à présent, était d'atteindre dans sa chambre pour pouvoir se reposer. Il avait le folle espoir qu'une bonne nuit de sommeil serait bénéfique pour sa blessure et que dès demain, la douleur serait moins vive. Même si, au fond, il se doutait que ça ne serait pas si simple.

Il essaya tant bien que mal de se déplacer jusque chez lui sans laisser rien paraître, et sourit en contenant des grimaces de douleurs. Il refusa le dîner que lui proposa sa servante et partie tout de suite se coucher, prétextant une grosse journée et un besoin de sommeil immédiat. Il soupira lourdement en fermant la porte de sa chambre. Il avait demandé à ce que personne ne vienne le déranger jusqu'à demain matin, et il était maintenant sûr d'avoir un peu de tranquillité. Le baron commença par se dévêtir pour passer quelque chose de plus léger : un peignoir de soie fine, aux couleurs bleutées, fermé lâchement au niveau des hanches. Il s'observa un moment dans le miroir de sa coiffeuse et tira un peu sur le tissu; sa blessure n'était pas belle. Il avait beau espérer que ce ne soit rien, il avait sûrement une côte cassée…

Il s'assit finalement devant sa coiffeuse, décidé à se coucher rapidement. Il attrapa son peigne et démêla mèche par mèche ses longs cheveux blonds, qui s'étaient emmêlés à cause du vent, puis sûrement lors de sa chute. C'était un rituel qu'il pratiquait tous les soirs et qui avait le don de l'apaiser avant son sommeil. Ses longs cheveux, doux et soyeux, étaient un vrai plaisir à soigner.

Alors qu'il continuait de brosser tranquillement ses cheveux, il entendit des bruits de pas dans le couloir. Les pas se stoppèrent au pas de sa porte et celle-ci se mit bientôt à grincer doucement. S'il fut surpris un instant de l'ombre qui venait de se glisser derrière son dos, il ne le laissa néanmoins point paraître et seul un long sourire mystérieux ornait ses lèvres fines. Son palefrenier était bien téméraire. Il ferma les yeux, ignorant l'effeuillage de l'homme derrière lui, en se contentent des bruits doux du tissu glissant le long de sa peau. Il ignorait la raison pour laquelle il n'arrivait pas à prononcer un seul mot, ni à s'offusquer de cette intrusion tardive et si inconvenante. Il ouvrit les paupières après avoir entendu le brun se déplacer juste derrière son dos et passer ses doigts délicatement dans ses cheveux. Si le baron connaissait bien la gente féminine, il était cette fois bien troublé devant son palefrenier. Il se voyait dans le miroir de sa coiffeuse, sa propre peau blanche contrastant avec la peau tannée de l'autre homme. Il ne le voyait pas entièrement: juste ses cuisses fermes, ses hanches larges et le bas de son torse où saillait des abdominaux formés par son dur labeur quotidien. Son sexe pointait fièrement devant lui, au côté de sa propre joue, touchant presque ses longues mèches blondes. À nouveau, le baron se sentit intimidé; son palefrenier savait de toute évidence ce qu'il voulait. Il rougit en observant plus longuement l'étrange tableau reflété par le miroir.

Quand il détacha les yeux de leur reflet, il tourna son visage vers le sexe du palefrenier, toujours tendu, maintenant face à lui. Si le baron était on ne peut plus embarrassé de se retrouver dans cette situation, il se sentait également étrangement curieux. Alors qu'il se décidait à déposer de légers baisers sur la chaire chaude, il sentit le désir de l'autre homme passait en lui, comme un frisson, et venir exciter son propre corps. Ses mains vinrent se poser sur les cuisses fermes devant lui alors qu'il se sentait de plus en plus confiant dans ses propres gestes. Ses lèvres fines se posèrent à l'extrémité du sexe dressé devant lui et sa langue sortie timidement pour venir goûter pour la première fois la saveur de la chair gorgée de désir.

Les doigts du palefrenier vinrent rapidement se perdre dans la longue chevelure blonde de l'homme devant lui, alors que les premiers soupirs de plaisir se perdaient dans sa gorge. Ses doigts agrippés aux mèches fines incitèrent doucement le baron à être plus entreprenant et confiant dans ses caresses. Quand le blond se décida à prendre le sexe de l'autre homme en bouche pour la première fois, il ouvrit les yeux et observa son effet sur le palefrenier: celui-ci avait les paupières closes, visiblement concentré sur le plaisir qui lui était donné, sa poigne était devenue plus ferme dans ses cheveux et sa respiration légèrement haletante. Le baron caressa tendrement les cuisses de l'autre homme, pendant qu'il entamait un premier mouvement de bouche, lent, satisfait de l'impact de ses caresses sur l'autre homme. Durant tout son massage buccal, il ne quitta pas le brun des yeux un seul instant : il était absolument fasciné par son corps, si parfaitement dessiné, et son visage, devenu si expressif sous les affres du plaisir.

Quand le palefrenier caressa la joue de son maître et s'éloigna de son visage, leurs regards se croisèrent enfin. Le brun, en voyant le baron ainsi, dans son déshabillé de nuit, les joues rouges et le regard chaud, se sentit satisfait comme rarement auparavant. Si le baron savait se montrait désagréable, surtout en sa présence, la tension qui émanait de lui chaque fois qu'il l'approchait ne lui avait pas échappé. Et s'il n'avait su quoi faire ou comment se comporter devant l'autre homme toutes ces années, il était maintenant certain de ce qu'il faisait. Il était sûr de ne rien désirer d'autre que le baron au creux de ses bras.

Ravi par sa passion qui avait gagné le blond, le palefrenier l'aida à se remettre droit sur ses deux jambes, pour qu'il puisse lui faire face. Il était bien plus grand que son maître, aussi se pencha-t-il un peu pour que leurs lèvres se touchent. Ils s'embrassèrent d'abord du bout des lèvres, les yeux dans les yeux, sans jamais que leurs regards ne se quittent une seule seconde. Le baron, jusqu'à présent si récalcitrant à le laisser s'approcher, semblait pourtant bien enclin à répondre à son ardent désir. Ils étaient même tous deux impatients de se découvrir avec plus de ferveur. Le palefrenier vint perdre ses doigts, à nouveau, dans la chevelure impressionnante de l'autre homme, tout en approfondissant le baiser ; maintenant qu'il connaissait ses lèvres, le goût et la texture, il voulait faire comprendre au baron l'urgence de son besoin. Il pressa sa bouche sur la sienne avec plus d'ardeur et entreprit de dévêtir complémentent le corps face à lui. Le blond frissonna à la brise légère qui caressa son corps, mais il n'eut pas froid pour autant: les grandes mains chaudes de son palefrenier étaient partout sur lui, caressant et frottant son corps, touchant chaque millimètre de peau encore inexplorée.

Le baron se serra tout contre le corps fort du brun, qui gémit dans sa bouche avant de l'attraper par les épaules et de passer le fin barrage de ses lèvres si joliment dessinées. Le blond frémit devant la caresse audacieuse de sa langue et ferma les yeux pour pouvoir profiter au maximum de ce moment si intime qu'il partageait avec son palefrenier. Alors que le baiser durait, le baron sentait ses jambes faiblir et le brun les fit tous deux reculer vers le grand lit de bois sombre qui trônait au centre de la luxueuse chambre du baron. Ils chutèrent sur le bord du lit, mais ne rompirent pas le baiser pour autant. Le blond se sentait de plus en plus sûr de lui et de ses caresses et malgré sa douleur aux côtes, il entreprit de s'asseoir sur les cuisses du palefrenier.

Leurs lèvres se détachèrent finalement à regret, et leurs fronts reposaient l'un contre l'autre. Ils ouvrirent à nouveau les paupières et s'observèrent un moment sans rien dire, profitant de la quiétude du lieu, frottant tendrement leur nez ensemble. Le baron se sentait terriblement bien à cet instant. Il n'osait rien dire, de peur de briser la petite bulle dans laquelle ils étaient à présent. Jamais il n'avait ressenti une telle passion pour quelqu'un. Et jamais il n'avait senti quelqu'un l'adorer comme cela. Les yeux chauds du brun le transperçaient comme une lame d'acier et il n'arrivait pas à détourner son regard de ses deux prunelles là. Si le palefrenier avait toujours eu un comportement ambiguë avec lui, qu'il ne parvenait pas à lire, aujourd'hui, il ne pouvait être plus équivoque. Le baron se demanda un moment s'il avait eu cette idée derrière la tête depuis longtemps maintenant. L'attitude de son palefrenier l'avait toujours énervé. Était-ce car il n'avait pas réussi à saisir cette étincelle dans ses yeux? Celle qui brillait maintenant de mille feux quand ils se regardaient? Peu importait à présent, et le baron était juste heureux de vivre cet instant.

Les joues rougies par la proximité de leurs deux corps, le blond entreprit de caresser le torse fort devant lui, tout en examinant minutieusement chaque bout de peau à sa portée. Il put observer à loisir le grain de peau bronzée par les heures de travail passées sous le soleil et faire rouler ses fins et longs doigts pâles sur les muscles viriles de son palefrenier. Ce dernier ne resta point longtemps passif sous les douces attentions du baron et fit glisser sa main dans le cou du blond, sous ses longs cheveux dorés. D'une légère impulsion du poignet, il fit avancer le visage du baron plus proche du sien, et captura de nouveau ses lèvres si fines. La sensation était à chaque fois plus grisante que la précédente. Son autre main vint s'emparer tendrement de sa hanche et il fit basculer leurs corps le plus doucement possible sur le lit;le baron, allongé sur le dos, ses cheveux éparpillés autours de son visage comme un soleil et le palefrenier sur lui, niché au creux de ses cuisses, le recouvrant de son ombre massive.

Le temps des caresse lascives étaient terminés et les mains du palefrenier se faisaient plus fermes et pressantes contre le corps pâle sous lui. Le baron sentait les paumes lui masser les cuisses, puis descendre jusqu'à ses fesses pour les presser un peu, avant de remonter de nouveau jusqu'aux cuisses tremblantes. Il pouvait le sentir insister de plus en plus et se coller contre lui avec chaleur. Le désir montait en parallèle de l'anxiété qui commençait à gagner le blond. S'il ne sentait pas le moindre doute dans les caresses du palefrenier, il se sentait néanmoins moins assuré pour la suite de leurs ébats. Le baron n'était pas ignorant, et quand bien même il n'avait connu jusqu'alors que des femmes, il supposait plutôt bien de ce qu'ils allaient faire ensuite. Il rougit et baissa les yeux, les gardant presque clos, quand le brun s'attarda plus longuement sur ses fesses et s'attela à les maintenir ouvertes pour glisser l'une de ses mains entre. Sentant le corps sous lui se tendre de plus en plus, le palefrenier s'intéressa de nouveau aux lèvres si douces de son vis à vis et vint les mordiller très légèrement avant de les embrasser, avec davantage de passion. Le regard prédateur du brun réchauffa le corps pâle sous le sien et le baron ne put contenir un gémissement qui vint se perdre dans la bouche de l'autre homme. Satisfait, le palefrenier entreprit d'explorer plus assidûment le corps offert devant lui: sa bouche glissa lentement de se jumelle pour venir se loger dans le creux du cou du blond, juste sous son lobe droit, à la naissance de ses cheveux, pour venir y déposer quelques baisers papillons et humer pleinement l'odeur agréable qui se dégageait de cette magnifique chevelure. Le baron quant à lui, se contenta de se détendre au contact si doux et enserra tendrement ses bras autours des épaules larges devant lui, soupirant de plaisir. Se résignant à ne point laisser de marque visible sur le corps de son maître, le brun descendit ses lèvres encore plus bas, suivant d'abord la ligne des clavicules saillantes, puis jusqu'au téton fièrement dressé, exposé à la fraîcheur de la nuit et maintenant au souffle chaud du palefrenier. Ce dernier entreprit de jouer un peu avec le bout de chair rosé, le mordillant doucement, pendant que sa main s'aventurait toujours plus bas. Il commença à caresser la peau chaude du bout des doigts, envoyant des frissons de plaisir au baron, qui avait déjà fermé les yeux pour se concentrer sur ces choses qu'il lui faisait. Le blond passa distraitement ses fins doigts dans la chevelure épaisse et bouclée de l'autre homme, qui migrait toujours plus au sud, pour s'installer entre les cuisses blanches devant lui. Il passa ses mains fermement sur les cuisses tendues par l'anxiété, dans un mouvement ample, se voulant rassurant.

De son perchoir plus bas, le palefrenier pouvait malgré tout, tout voir du baron: de ses frémissements à chaque fois qu'il l'effleurait au rougissement qu'il ne quittait jamais son visage, d'ordinaire pourtant si pâle. Le brun était ravi de l'effet qu'il produisait sur le corps sous lui. Avoir le baron a porté de ses doigts, aussi coopératif et réceptif le rendait fou et il espérait qu'il soit toujours dans d'aussi bonne disposition par la suite. Il tenta tant bien que mal d'écarter un peu les cuisses de l'homme devant lui, mais il savait bien que la gêne du baron n'était pas feinte et qu'il ne contrôlait plus vraiment son corps. Grisé par ce qu'il découvrait devant lui, le palefrenier fit remonter ses mains, le long des cuisses fermes, jusqu'aux fesses du blond. Il le vit mordiller sa lèvre, probablement inconsciemment, excité et à la fois si gêné par tout ce que le brun entreprenait.

Bien décidé à faire tout son possible pour satisfaire son maître au mieux, le palefrenier approcha ses lèvres pleines des cuisses opalines mi-ouvertes devant lui. Il les posa délicatement sur la chair, les caressa d'abord du bout des lèvres, avant d'y déposer une multitude de doux baisers. Le baron pouvait sentir son souffle haletant effleurer la peau fine de ses cuisses, alors qu'il se laissait lentement aller, à gémir doucement, ne pouvant contenir son plaisir d'être tant cajolé.

Le baron se surpris à penser qu'il était bien plus à l'aise avec son palefrenier dans cette situation que plus tôt avec les chevaux et il rougit légèrement. Il avait l'impression de perdre le contrôle et de faire une énorme erreur. Mais comme il n'était pas du genre à reculer devant l'inconnu ni à taire ses sentiments, il repoussa loin de son esprit les quelques pensées craintives et parasites qui l'habitaient encore. Puis, il se sentit libre. Libre de faire tout ce qu'il voulait. Juste pour cette nuit.

Son palefrenier, qui pouvait sentir les muscles se relaxer et se détendre de plus en plus sous l'assaut tendre de ses lèvres, en profita pour s'aventurer toujours plus loin ; ses paumes écartèrent lentement, avec prudence, les cuisses pâles devant lui, devenues faibles, pour laisser place à l'objet de ses convoitises. Le brun ignora tout bonnement le sexe tendu de son maître, bien que satisfait de son effet sur l'autre homme, pour se concentrer sur l'anneau rosé, légèrement enflé, qui se dessinait peu à peu sous son regard perçant. Cet aperçu suffit à gonfler son désir autant que son égo: il ne pensait avoir été un jour plus satisfait que cette nuit-là.

Une fois rassasiée de la vue qu'il lui était donné, le palefrenier décida de ne pas attendre plus. Son propre corps était esclave de l'appétit qui l'habitait et il se sentait bien incapable de se discipliner davantage. Il s'approcha fougueusement de l'objet de sa convoitise et y fit glisser ses lèvres pour calmer sa faim. Mais loin de se sentir contenté par cette caresse, le brun se délecta encore de ce qu'il découvrait sur sa langue ; celle-ci se montrait de plus en plus insistance et impétueuse. Chaque caresse rendait la prochaine toujours plus ardente.

Le baron pensa que jamais il n'avait éprouvé une telle honte. Jamais il ne s'était trouvé en pareille posture ; si offert, si faible. Jamais une étreinte ne lui avait paru si obscène. La gêne avait rougi ses joues déjà rosées comme jamais auparavant. Pourtant, il ne chercha pas à se dégager de l'emprise ferme du brun sous lui. Son embarras venait-il du fait qu'il était ainsi exposé devant les yeux affamés de l'autre homme? Ou venait-il du fait que ces nouvelles sensations lui faisaient perdre le contrôle de sa propre voix? Il était troublé d'entendre l'indécence de ses propres gémissements. Mais sa honte avait un goût de miel. Et il ne bougea pas d'un pouce pendant que le brun s'affairait plus bas à découvrir chaque parcelle de son corps.

Une fois repu, le palefrenier entreprit de se dégager des jambes du baron et le surplomba légèrement sur le lit. Il ne pouvait s'empêcher de rester alerte: malgré l'atmosphère sombre de la chambre, il distinguait bien la déchirure ombrée et irrégulière sur la peau de son maître. Il n'avait aucune envie de9 lui faire mal et d'aggraver ses blessures. Surtout maintenant. Cependant, l'ecchymose sur sa côte pouvait à peine noircir le tableau. La vue était splendide. Le baron sous lui était une vraie frasque de luxure. Il n'en avait pas tant attendu en venant ici ce soir. S'il avait nourri l'espoir de se rapprocher de l'homme, le voir alanguis sous lui, les cheveux éparpillés finement sur les draps, les joues roses et les cuisses laiteuses largement ouvertes était un spectacle qui dépassait toutes ses attentes.

Il ne voulait plus attendre. Son désir lui dictait de se fondre dans la chair devant lui, sans se préoccuper de rien. Le corps outrageusement coopératif sous le sien semblait tendu, en suspens, comme s'il savait que son binôme allait les unir avec fougue et que toute raison allait bientôt disparaître pour ne laisser place qu'à un ballet de pur frénésie charnelle. Ne pouvant plus se contrôler davantage, le palefrenier aligna son sexe jusqu'à présent négligé, avec le trou humide de sa bouche du baron. Quand il perça enfin, pour la première fois, l'antre du blond, il ne put retenir un gémissement primal, proche d'un grognement, tant il avait attendu ce moment. Lui qui avait toujours un parfait contrôle de lui-même, avait bien du mal à se retenir et ne pas se laisser aller au plaisir que pouvait lui offrir le corps sous le sien.

Le baron ressentit une vive douleur, proche d'une brulure et il poussa un gémissement incontrôlé. Cela n'éteignit cependant pas son désir et s'il avait eu mal un instant, son corps souple et les caresses sensuelles du palefrenier continuaient d'attiser le feu dans son ventre. Les sensations étaient absolument inédites pour lui et il se sentait terriblement vulnérable face au corps qui surplombait le sien. Son propre corps lui semblait de plus en plus fragile et il se laissait caresser et manipuler à souhait par les mains chaudes de l'autre homme. Tout ce qu'il avait entreprit ce soir ne lui avait procuré que plaisir et satisfaction et il s'était abandonné pour de bon. Il n'y avait aucun retour en arrière possible.

Après quelques instants ou son corps avait essayé de s'habituer à cette intrusion si étrangère, il avait pu sentir son palefrenier pousser ses jambes, jusqu'à ce que ses genoux atteignent ses épaules. Si la position était, encore une fois, des plus gênantes, le baron le remarqua à peine. Il l'avait senti commencer à se déplacer : des petits mouvements au début, pour tester ses réactions, puis de plus en plus amples au vu de l'absence de douleur. Le baron avait écarté les bras sur le lit et tirait follement sur ses draps, jusqu'à rendre ses phalanges blanches, tout en dodelinant la tête de droite à gauche, comme n'arrivant pas à se décider sur la position idéale.

Alors qu'il laissait au palefrenier le soin de leur faire plaisir à tous les deux, il essayait tant bien que mal de rester le plus silencieux possible. Il devait absolument contenir ses gémissements s'il ne voulait pas se faire prendre par son personnel de maison. Il voulait à tout prix éviter un scandale. Et éviter qu'on ne les interrompe pour pouvoir faire durer ce plaisir encore et encore.

Il sentait son corps trembler à chaque assaut, comme surpris par le plaisir que chaque à-coup lui procurait. Alors que son palefrenier ne lui accordait pas une seule seconde de répit, il se permit d'ouvrir enfin les yeux pour observer un instant l'homme sur lui: ses lèvres charnues étaient entrouvertes pour laisser passer le bruit de ses gémissements rauques, ses yeux étaient clos, ses sourcils froncés et ses cheveux en désordre sous l'effort intense. Jamais il n'aurait imaginé voir le brun aussi désordonné. Lui qui était toujours si propre sur lui. Toujours tiré à quatre épingles. Un visage composé pour chaque situation. Le baron ne put s'empêcher, sans savoir pourquoi, d'éprouver une certaine fierté de faire tomber ainsi le masque de son palefrenier. Son visage était presque animal et les bruits qu'il laissait s'échapper, remonter le long de sa gorge pour venir mourir durement sur ses lèvres fermes, dans des soupirs rauques que le baron le savait incontrôlés.

Soudain, les yeux alors clos du palefrenier s'ouvrirent et leurs regards se croisèrent. Le baron se sentit happé par l'intensité des pupilles foncées qui l'observaient, et il tendit ses bras en avant, enlaçant le coup de l'homme, le rapprochant de lui, alors que leurs deux corps continuaient de se mouvoir l'un dans l'autre. Le brun fondit sur les lèvres fines et entrouvertes juste face à lui et ne tarda pas un seul instant à faire danser sa langue avec sa jumelle. Les gémissements du baron venaient se perdre dans la gorge de l'autre homme alors qu'il sentait son plaisir monter au plus haut. Il s'agrippa ferment aux cheveux bruns ondulés, déjà bien en désordre, alors que son palefrenier le pilonnait sans répit. Le palefrenier, quant à lui, se tenait fermement aux cuisses relevées, laissant des marques sur la peau si blanche et noble sous lui. Il n'en pouvait déjà plus, il aurait pourtant voulu que leur échange puisse durer toute la nuit, jusqu'au petit matin, mais son désir avait été si exacerbé par le corps souple sous le sien et par les gémissements surprenamment aiguës du blond, qu'il savait ce moment bientôt terminé.

Le baron jouit le premier. La cambrure de son corps sous l'affres du plaisir mit fin à leur baiser passionnel et il poussa un long cri silencieux, les yeux clos, le visage légèrement crispé, puis bientôt, complètement détendu. Le palefrenier sentit l'étau chaud sur son sexe se resserrer davantage et il cacha son visage dans le cou du blond affaissé sur le lit. Ses mains virent caresser les longs cheveux clairs dispersés sur le lit, alors qu'il poussait une dernière fois. Gainé dans cette chaleur enveloppante, il mordit la chair tendre de l'épaule blanche offerte sous lui, pour empêcher un quelconque bruit se s'échapper de ses lèvres.

Son corps, soudainement devenu trop lourd, s'affaissa sur celui plus pâle en dessous. Ils restèrent un moment l'un sur l'autre immobile, cherchant à reprendre leur respiration et à retrouver leurs esprits. Les mains du baron avaient quitté ses cheveux pour retomber mollement sur le lit alors qu'ils se sentaient tous les deux complémentent épuisés. Le brun resta un moment, la joue posée sur le torse de son maître, écoutant peu à peu son cœur de remettre de sa course effrénée.

Quand le palefrenier se redressa enfin, la respiration du baron était presque revenue à un rythme normal mais toujours un peu lourde. On aurait dit qu'il était sur le point de s'endormir. Il l'observa curieusement un moment: ses cheveux étaient étalés partout sur les draps blancs légers. Ces mêmes cheveux qui lui avaient tant plu la première fois qu'il l'avait croisé. Cette crinière douce à la course folle sous la légère brise d'été qu'il avait toujours voulu caresser de la pulpe du doigt. Le palefrenier se pencha en avant et écarta quelques mèches de la frange de son maitre pour révéler ses yeux endormis. Sa main se perdit plus haut, remontant le haut du crane, attrapa une longueur et il fit courir ses doigts, comme un peigne le long des cheveux fins qu'il avait emprisonné. Arrivé au bout, la pointe blonde l'avait conduit jusqu'aux hanches de son maitre. Il n'avait presque jamais dû les couper. Et pourtant, chaque brin semblait impeccable. Parfaitement alignée. À sa place.

Le baron s'était senti rapidement partir, épuisé par leur ébat. Il aperçut à peine le palefrenier se relever et se rhabiller. Sa conscience le quittait alors que le brun l'installait un peu plus confortablement sur le lit et s'occupait de le couvrir des draps pour la nuit. Et le sommeil l'avait déjà emporté au loin quand les lèvres pleines de l'homme se posèrent sur son front, avant qu'il ne quitte la chambre à pas de loup.