Quoi qu'il arrive, il n'aura ni Matt ni mes amis. Quoiqu'il m'en coûte…

POV Emma

Quand je me réveille, je suis encore blotti contre le torse de Matt. Il est doux, chaud, réconfortant. Et moi je n'arrive toujours pas à croire les événements qui se sont enchaînés, malmenant et dorlotant tour à tour mon cœur. Nous sommes samedi, notre premier week-end depuis notre retour. Je baille à m'en décrocher la mâchoire :

– Ce sont nos activités nocturnes qui t'ont épuisé princesse ? me demande une voix caressante.

Je le regarde un sourcil arqué :

– Vous êtes bien présomptueux, Monsieur Ortega ! Le taquinais-je avec un sourire aux lèvres.

Il éclate de rire et m'attire dans ses bras, puis passe une mèche de cheveux derrière une de mes oreilles :

– Alors d'où viennent ces étoiles dans vos yeux, Madame Ortega ?

Je pourrais répliquer, mais chaque fois qu'il m'appelle comme ça, je perds mes moyens. Oui, je ne suis plus juste sa collègue ou sa petite amie, je suis sa femme. Mon attention se pose comme chaque matin sur nos alliances et mon cœur bat un peu plus fort.

– On t'a coupé la langue Emma ?

D'humeur mutine, je ne réponds rien et passe ma langue sur mes lèvres, mes yeux plongés dans son regard noisette qui s'enfièvre. Comme si de rien n'était, je prends son index et le mordille. Ma langue joue autour de sa phalange. Quand je le sens sur le point de me sauter dessus, je me stoppe et fais mine de sortir du lit :

– Il est temps d'aller promener Bambou ! m'exclamais-je.

Mais une paire de bras musclés me ramène immédiatement sous les couvertures :

– Tu crois pouvoir te sauver comme ça, princesse ?

– Si je voulais me sauver, tu n'aurais aucune chance de m'attraper.

Il éclate de rire, enfouit son nez dans mon cou et le parsème de baisers. J'éprouve aussitôt un délicieux frisson parcourir ma colonne vertébrale. Son index caresse ensuite ma clavicule et je sens mon sang bouillonné. J'essaie de me retourner pour conquérir de ses lèvres, mais il ne semble pas décidé à me laisser faire. Il frôle tout mon corps et je me laisse aller contre son torse musclé. Il pince mon téton doucement et un gémissement m'échappe. Sa bouche s'empare de mon lobe et le titille. N'y tenant plus, j'effleure à mon tour les parties de son anatomie qui me sont accessibles dans cette position. Ses flancs, ses cuisses, sa nuque et n'hésite pas à le torturer en caressant son sexe tendu. Un râle lui échappe. Il suspend un instant ses effleurements. Puis semble décidé à garder le contrôle, ses doigts descendent avec une lenteur calculée jusqu'à mon intimité, son pouce titille mon clitoris. Ma peau se hérisse de chair de poule et je ferme les yeux pour m'abandonner à mes sensations.

Soudain, un boule de poil noir et blanche saute sur le lit et nous renverse tous les deux

– Bambou ! s'exclame Matt furieux.

J'éclate de rire et caresse notre border-collie :

– Tu vois, je te l'avais dit, c'est l'heure de la promenade !

Il grommelle et bondit hors du lit. Bambou continu de lui faire la fête, mais mon époux lui lance un regard noir :

– Tu as de la chance d'être adorable sinon tu finirais en carpette.

J'éclate de nouveau de rire et il m'adresse une œillade équivoque :

– Ce n'est que partie remise !

– On verra ! Pour le moment, je vais préparer le petit déjeuner !

– Tu devrais plutôt dire le déjeuner ? Dit-il avec un sourire narquois en me désignant le réveil.

Mes yeux s'écarquillent, il est déjà cette heure-là, je ne m'étonne pas que Bambou ait pu s'impatienter. Je concocte un repas rapide et nous mangeons sans nous quitter des yeux. Nous avons toujours en mémoire notre road trip à moto de notre voyage de noces d'il y a seulement quelques semaines. C'est un souvenir merveilleux, une bulle à part après de nombreux remous. Matt m'aide à faire la vaisselle puis m'indique qu'il va à la salle de boxe avant de me faire pivoter et de m'embrasser fougueusement. Son baiser me laisse pantelante avide d'aller plus loin, mais il s'écarte :

– À charge de revanche ! Me nargue-t-il

Je lui tire la langue ce qui fait briller ses yeux de désir :

– Je te retrouve là-bas après la promenade de Bambou.

Il fusille une dernière fois notre chien puis me sourit :

– Ce ne sera peut-être pas le seul corps à corps de la journée.

Il me fait un clin d'œil puis je le vois disparaître avec son casque de moto. Je me change et passe sa laisse à Bambou pour aller me balader à central park. Je me souviens avec nostalgie de certains événements qui ont pu s'y dérouler. Je ne devrais pas, mais en dépit de son comportement, la disparition de Daryl des écrans radars me chagrine, surtout pour Matt, mais c'était devenu trop compliqué. Bambou gambade à mes côtés tandis que je cours. Après avoir déposé Bambou, je me dirige d'un pas décidé vers la salle de boxe remplie d'énergie malgré mon jogging. C'est toujours un plaisir de passer ces portes. Je soupire, car je n'y ai pas que de bons souvenirs, mais ça fait partie de moi, de nous. Je repère Matt entrain de faire une démo à quelques nouveaux, il ne m'a pas vu. La plupart des habitués me saluent avec sympathie, je ne suis pas que la femme de leurs amis, je suis aussi une des leurs. Je me dirige vers les vestiaires et me change de nouveau. Après quelques étirements, j'enfile mes gants et m'acharne sur le sac de frappes. Comme toujours dans ces cas-là mon esprit est concentré et coupé du monde extérieur. Je suis encore pleine d'énergie quand un bras s'enroule autour de ma taille :

– Doucement ma petite warrior, garde en sous le pied, je compte bien sur un face à face sur le ring.

– Même les poings liés dans le dos, je te mettrais au tapis Ortega !

Il lève un sourcil et me fait un de ses sourires canaille :

– Ah ! Vraiment ?

Je colle mon gant contre son pectoral, et le fixe dans les yeux

– Vraiment !

– Et bien, on va voir ça tout de suite madame Ortega !

– Vous allez jouer aux jeunes mariés qui s'appellent monsieur-madame pendant longtemps ? Se moque Connor l'associé et ami de Matt dans l'aventure de cette salle.

– Tu es tout simplement jaloux qu'elle ait craqué pour moi ! ricane Matt.

– Et on se demande tous pourquoi ici !

– J'ai pourtant un charme irrésistible.

– J'aime les défis ! Les coupais-je

Et c'est peu dire, notre histoire à connu beaucoup de tempêtes et j'ai bien faillir abandonner parfois. Matt comprend ce que je veux dire par là et me regarde avec un fond de tristesse dans ses belles prunelles noisettes. Pour le rassurer, je dépose un baiser sur sa tempe. Matt retrouve sa bonne humeur :

– En parlant de défi, tu ne viens pas de dire que tu pourrais battre Matt, les mains dans le dos ? Coupe Connor amusé.

Les deux amis ont un échange de regards fugace et un sourire triomphant s'affiche sur le visage de Matt

– Vas-y, Connor ! On va voir si madame a juste une grande bouche ou si elle peut encore m'épater.

Nous montons sur le ring et visiblement ce petit challenge attise la curiosité, car bientôt nous nous retrouvons sous le feu des projecteurs. Connor me prend doucement les bras et noue les lacets de mes gants entre eux, j'ai bel et bien les bras coincés dans le dos, mais je ne vais pas me laisser me démonter pour si peu. Matt me fait un sourire éclatant, je sais qu'il ne va pas me faire de cadeau et c'est tant mieux. Je ne suis pas une fragile femme en détresse. Je sautille sur mes appuis et prends une profonde inspiration. Matt me scrute, on se jauge pour savoir qui sera le premier a passé à l'attaque. Je ne me fais pas prier et lance un coup de pied qu'il évite sans peine. Matt propulse son poing, je le contre avec mon épaule. Il entreprend une nouvelle offensive. Je me baisse, bascule mon poids sur ma jambe gauche et le frappe à la cuisse avec toute ma puissance. Il vacille, mais ne se laisse pas démonter. Il me touche en retour, le coup est rude, mais ne m'envoie pas au tapis. Je bondis sur mes jambes et lui envoie un coup de genou dans l'abdomen. Les autres boxeurs ne perdent pas une miette de notre confrontation. Ils ne se rendent pas compte que ce n'est pas seulement un combat de boxe qui se joue, mais aussi une mise en bouche à nos futurs ébats. Finalement après plusieurs échanges, Matt me plaque au sol, je gigote pour reprendre le dessus, mais le visage de mon mari se rapproche de moi.

– Hé doucement ma princesse ! Reconnais juste ta défaite, dit-il en me remettant sur mes pieds.

Je suis essoufflée, en sueur, mais je crève d'envie d'en découdre encore. Matt le sent, car il se tourne alentour.

– Visiblement, Emma meurt d'envie de mettre la pâtée à quelqu'un, malheureusement elle n'a pas tenu la route avec moi, des volontaires ?

Je le foudroie du regard, il ne perd rien pour attendre ce satané Portoricain ! Connor me détache et lance à son ami :

– Si vous alliez plutôt régler ça dans un lit !

Si un regard pouvait tuer, Connor ne serait plus de ce monde. Je grogne et descends du ring. Je reste un long moment sous la douche. Je sais que Matt ne va pas tarder quand je m'approche de sa moto. Et la considère. J'ai conscience que même depuis qu'il a appris que Lana n'est pas morte dans cet accident, le traumatisme demeure présent et que c'est toujours difficile pour lui de me laisser grimper derrière lui.

Sa main se pose sur mon épaule, je me retourne pour lui sourire

– Alors pas trop déçu d'avoir été mise au tapis !

– Ce n'est que partie remise, dis-je en écho à sa promesse de ce matin.

Sa bouche s'arrondit de surprise, et je me dépêche de le rassurer en l'embrassant à pleine bouche :

– Doucement Princesse, on va d'abord rentré et il faut que je sois concentré sur la route.

Il me tend le second casque puis m'invite à monter derrière lui. J'enroule mes bras autour de sa taille et me laisse enivrer par la sensation de liberté que je ressens quand je suis comme ça derrière lui. La tension sexuelle entre nous me retombe dessus dès que nous franchissons la porte et visiblement je ne suis pas la seule. Une nouvelle fois, notre chien se précipite vers nous, mais Matt lui lance un regard qui fait comprendre à Bambou qu'il vaut mieux qu'il retourne dans son panier.

Mon compagnon ne se fait plus prier et m'entraîne dans la chambre. Rapidement, le monde disparaît autour de nous pris dans le tourbillon de notre étreinte charnelle. Repu, blotti contre lui, je passe ma main dans ses cheveux en bataille. C'est ce moment-là que choisissent nos estomacs pour gronder. On éclate de rire et Matt propose qu'on commande de quoi manger pour ne pas avoir à cuisiner.

Le lundi matin arrive bien vite. Que nous soyons maintenant mariés n'a pas posé de problème à notre manager Gabriel Simons, il sait parfaitement que nous savons faire la part des choses même si ces derniers mois ont été difficiles. Notre binôme s'est sans doute renforcé au fil des épreuves. On s'installe à notre poste de travail et j'allume aussitôt mon ordinateur et planche sur le dossier que j'avais laissé en suspens avant le week-end. Cependant, je ne tarde pas à être interpellé par Gabriel, j'entends Matt grommeler, mais il sait que je n'ai pas le choix, je dois aller dans ce bureau. Je lisse ma jupe, prends un bloc-notes et me dirige à grandes enjambées vers l'autre bout de l'open-space. Non sans sentir le regard de mon conjoint. Gabriel m'invite à m'asseoir et fixe ses yeux bleu outremer dans les miens.

– Bonjour, Emma, tu vas bien ?

– Très bien, merci.

– Si je t'ai demandé de venir, c'est que je dois rencontrer un nouveau client ce midi et j'ai besoin que tu m'assistes pendant ce repas d'affaires.

Son regard ne m'a pas quitté et il joue avec sa chevalière

– Mais je ne connais pas le dossier, protestais-je.

– Le voilà, tu as le reste de la matinée pour en prendre connaissance.

Il dépose les documents devant moi. Son ton ne laisse place à aucun refus, comme toujours. Je lui fais un sourire, prends le dossier.

– On se voit tout à l'heure.

Je hoche de la tête avant de retourner à mon poste de travail, Matt m'interroge du regard. Je lui explique rapidement la teneur de cet entretien ce qui renfrogne mon beau brun.

– Tu es conscient qu'il n'y a que toi dans mon petit cœur, le rassurais-je.

Il pousse un grognement inintelligible qui me fait sourire. Je me consacre au travail que m'a confié Gabriel. Le temps passe et le voilà qui se racle la gorge pour me tirer de mes pensées :

– On nous attend Emma.

– J'arrive !

Matt fait toujours la tête, j'attire discrètement son attention et lui fait un clin d'œil complice. Gabriel me parle du dossier dans l'ascenseur puis m'entraîne dans son bolide vers un restaurant chic. Je vérifie que ma tenue est convenable lorsqu'il gare sa voiture et qu'il me tend la main pour sortir de l'habitacle. On nous dirige vers une table auprès de laquelle un homme de haute stature nous attend, mon regard passe sur son costume impeccable. Quand il se pose sur son profil et que l'inconnu me sourit, mon cœur semble s'arrêter dans ma poitrine. Je sens le sang quitter mon visage, mais j'affiche mon sourire le plus commercial.

Impossible me cri mon cerveau, mais mon instinct lui hurle le contraire.

Gabriel salue l'homme en lui serrant la main. Il se tourne vers moi pour nous présenter :

– Monsieur John Matthews, voici ma collaboratrice Emma Ortega.

Une énorme boule se forme dans ma gorge et je me force à serrer la main qu'il me tend. Le regard de mon interlocuteur me sonde et j'espère qu'il ne m'a pas reconnu, contrairement à moi. On prend place autour de la table, Gabriel en parfait gentleman m'a tiré ma chaise et je fais de mon mieux pour qu'il ne voie pas à quel point je suis contracté. Le repas se déroule dans une sorte de transe, mon cœur ne semble pas vouloir reprendre son rythme normal, mais je n'y prends pas garde. Je ne dois rien montrer du trouble qui m'habite en cet instant. Je suis assez impressionné par ma performance d'actrice, car ni l'un ni l'autre ne parait s'apercevoir de ce qui se passe dans mon esprit. Enfin, ce repas prend fin, nous saluons notre interlocuteur qui a déjà pris rendez-vous avec Gabriel plus tard dans la semaine. Le client se tourne vers moi :

– J'espère que nous nous reverrons, madame Ortega.

– J'ai chargé Emma de ce dossier, elle sera donc présente lors de notre entretien.

– Vous m'en voyez ravi, avoue l'homme et je suis presque sûr qu'il s'est rendu compte de l'effet qu'il a produit chez moi.

C'est en mode automatique que je rejoins l'habitacle de la voiture de luxe. Gabriel semble satisfait de ce repas d'affaires et ça ne m'étonne pas de lui. Moi en revanche, je sens que je vais me sentir mal très prochainement si je ne retrouve pas Matt. Cette constatation me trouble d'autant plus. Que vais-je bien pouvoir dire à mon mari ?

Gabriel se gare dans le parking souterrain, je sens mes jambes flageoler tandis qu'on se dirige vers l'ascenseur. C'est justement à ce moment que Mark Leviels choisit pour interpeller mon manager. Il me fait signe de continuer sans lui et je ne me fais pas prier. Une fois isolée dans la cage d'ascenseur, je me sens me liquéfier. Je me retiens au mur pour ne pas m'écrouler. Je commence mon ascension et je sais que je dois absolument me reprendre. Les autres employés de carter Corp semblent s'être évaporés vu que je reste seule dans le petit espace. Mon regard se perd dans le vide, et mon cœur se serre à m'en faire mal. Je me rends à peine compte que quelqu'un m'a finalement rejoint. Mon cerveau n'arrive pas à effacer l'image de cet individu, il ne l'a jamais pu malgré les années qui sont passées. Impossible d'oublier ses yeux et ce sourire même transformé par le passage du temps.

– Félicitations madame Ortega, lance une voix suave que je ne peux que reconnaître.

Je sursaute, ce n'est vraiment pas le moment pour tomber sur cet homme. Mon regard se porte sur le visage de Ryan Carter.

– Pardonnez-moi je vous ai fait peur, s'excuse-t-il en réel gentilhomme qu'il est.

– Monsieur Carter… je… félicitations ? Balbutiais-je au bord du malaise.

– Pour votre mariage, répond t-il

Je me rends compte qu'effectivement il m'a appelé madame Ortega, rien ne lui échappe donc à cet homme ? Il semble également lire dans mes pensées, car il reprend.

– Un mariage entre deux de mes employés les plus efficaces ne risque pas de m'échapper, s'amuse-t-il en levant un sourcil.

– Je… merci monsieur, ma voix se casse.

Son regard magnétique me sonde et il semble prendre conscience de mon état

– Vais-je bientôt apprendre l'arrivée de notre premier bébé carter corp ? demande-t-il taquin.

J'ai une soudaine envie de pleurer ou de vomir, peut-être les deux. J'essaie de reprendre consistance devant mon patron.

– Non, monsieur Carter.

J'ai peut-être fait une erreur dans mon choix de réponse, car il semble qu'il s'inquiète tout d'un coup. Cet ascenseur ne va donc jamais arriver au quarante-deuxième étage ? Mais si je ne suis pas capable de faire illusion face à lui, je ne le pourrai pas plus face à Matt.

– Vous vous sentez bien ? Vous êtes très pâle.

Si seulement il savait pourquoi, mais évidemment je ne peux pas dire pourquoi, il s'agit après tout d'un des clients de son entreprise. Je me redresse et mes mains se crispent l'une sur l'autre :

– Tout va bien, monsieur, peut-être un peu de fatigue, rien qui ne puisse nuire à mon efficacité au travail.

Un rictus amusé passe de nouveau sur ses traits et je n'ose pas imaginer ce à quoi il songe. Enfin, la porte s'ouvre à mon étage, je fais de mon mieux pour ne pas tituber en sortant. Je me tourne et souhaite une bonne journée à Ryan Carter. Un poids supplémentaire s'abat sur mes épaules et si c'est possible je me sens encore plus mal. Je me dirige vers les sanitaires. Quand je me vois dans le miroir, je me dis que je ne pourrais jamais berner Matt ni Lisa, même Colin découvrirait tout de suite que quelque chose cloche. Je me passe de l'eau sur le visage et la nuque. Je ne peux pas rester là éternellement, il ne manquerait plus que je tombe sur Cassidy.

POV Matt

Mon Emma vient de disparaître avec Gabriel et je ne peux m'empêcher de serrer les dents malgré le sourire rassurant de ma femme. Ne voulant pas manger et ruminer seul, j'invite Lisa et Colin qui acceptent, car ça fait longtemps que nous n'avons pas mangé ensemble depuis notre mariage. On va chez Felipe :

– Tu vas faire la gueule encore longtemps mon pote, m'attaque l'informaticien.

– Oh ! mais il n'arrive juste pas avaler qu'Emma puisse avoir un repas d'affaire avec Gabriel, explique Lisa, un sourire aux lèvres.

Comment sait-elle ça au juste ? Je ne sais pas par quel prodige, mais Lisa à l'œil partout, elle pourrait presque faire de la concurrence à Colin. La bouche de celui-ci s'étire en un rictus moqueur.

– Rappelle-moi, vous êtes mariés non ? Il me semble même que nous y ayons assisté, lâche-t-il sarcastique.

– Ça me dit effectivement quelque chose, renchérit Lisa amusée.

– Oh ! ça va ! grognais-je.

– Et toi arrête avec ta jalousie à deux sous, tu sais très bien qu'Emma n'a d'yeux que pour toi, s'agace mon amie.

– Ce n'est pas elle qui m'inquiète.

Mes amis ouvrent grands les yeux puis éclatent de rire. Finalement, ils passent le reste du repas à parler du prochain concert des Nightmareden. Quand je retourne à mon bureau, Emma n'est toujours pas de retour. J'essaie de me plonger dans le travail, mais ma jalousie me titille et surtout elle me manque. La vue de Cassidy aux détours d'un couloir me rend ma concentration. Enfin, Emma se laisse tomber sur son fauteuil ce qui me fait sursauter :

– Je ne t'attendais plus princesse !

Son absence de réponse m'étonne, mon regard se pose sur elle et je vois tout de suite que quelque chose ne va pas. Aussitôt, la colère m'envahit, je me penche vers son box :

– Ça va princesse ?

Elle me sourit, mais son sourire ne gagne pas ses magnifiques yeux verts.

– Tout va bien, beau brun, s'exclame-t-elle d'un ton un peu trop enjoué.

Mon poing se serre, je vois bien qu'elle me ment. Je fais le tour du bureau, regarde alentour pour m'assurer que personne ne nous épie et m'agenouille pour prendre son visage dans mes paumes, je la sens imperceptiblement se tendre.

– Est-ce que je dois aller casser la gueule à Gabriel ? Murmurais-je

Elle détourne le regard et la rage m'envahit, Emma pose une main sur mon bras pour m'apaiser.

– Gabriel n'a rien à se reprocher, dit-elle la voix faussement assurée.

– Regarde-moi princesse.

Elle soupire profondément comme pour gagner du temps et finalement ses iris émeraude se plantent dans les miens. Ce que j'y lis malgré ses efforts m'alerte.

– Tout va bien, j'ai juste croisé Ryan Carter dans l'ascenseur.

– Et c'est ça qui te met dans cet état ?

Elle me lance un petit sourire amusé

– Tu es jaloux de notre PDG maintenant ?

Je m'apprête à répondre, mais un raclement de gorge me coupe dans mon élan, je me redresse d'un bond et mon regard croise celui furieux de notre chère DRH : Cassidy Sparke

– Je vous rappelle que vous êtes sur votre lieu de travail, monsieur Ortega.

– Je ne risque pas de l'oublier, grommelais-je.

– Ça vaut aussi pour vous mademoiselle Johnson !

À croire qu'elle y prend un certain plaisir, Emma ne relève même plus et vu la tête qu'elle fait, elle n'est pas en état de le faire de toute façon. Je croise mes bras sur ma poitrine :

– C'est madame Ortega, j'aimerais que vous en preniez note !

– Vous oubliez à qui vous vous adressez, réplique la vipère en talons hauts.

– Je pensais qu'en tant que DRH consciencieuse, comme je sais que vous l'êtes, ce changement d'état civil ne vous avez pas échappé.

Elle fait une grimace, mais ne répond rien, elle me jette un regard assassin puis finalement se désintéresse de nous et se dirige vers le bureau de Gabriel. Je m'apprête à reprendre la conversation là où on l'a laissé, mais Emma est concentrée sur son ordinateur. Je sais que je ne tirais plus rien d'elle, mais elle ne pourra pas me fuir bien longtemps. Je me remets au travail, le ventre noué. Soudain, le téléphone d'Emma et le mien vibrent simultanément sur nos bureaux. Le visage d'Emma s'éclaire légèrement et je comprends rapidement pourquoi :

– Lisa nous propose d'aller au Starlite ce soir, j'espère que tu es partant parce que je lui est déjà dit oui.

– Je ne vais pas te laisser y aller seule et abandonner ce magnifique corps aux yeux du premier ivrogne venu.

– Très bien !

On repasse chez nous et je suis sûre qu'Emma est ravie que la moto ne permette pas vraiment d'avoir une conversation. Elle s'est enfermée dans la chambre après le dîner où elle a parlé de tout sauf de ce qui la tracasse. Pendant ce temps, je vais promener Bambou. Quand je reviens, elle a revêtu une superbe robe moulante noire qui met ses formes en valeur. Je la trouve toujours aussi belle et je crois que je ne me lasserais jamais de la regarder. Une fois au Starlite, on retrouve Lisa, mais j'ai également la surprise de découvrir Colin à côté d'elle. Après avoir avalé son cocktail d'un trait Emma se laisse entraîner sur la piste par Lisa et encore une fois j'ai l'impression qu'elle me fuit. Colin me scrute avec sérieux, nonchalamment appuyé contre la banquette :

– Qu'est-ce qui ne va pas avec Emma ? Questionne-t-il

– Toi aussi tu l'as remarqué, dis-je en posant mon menton dans ma paume.

– Qu'est-ce que t'as encore fait mon pote ?

– Justement rien.

– C'est peut-être ça le problème, se moque ouvertement mon ami.

Je le fusille du regard ce qui semble l'amuser, mais il reprend son air sérieux

– En tout cas, elle n'a pas l'air de vouloir t'en parler vu comment elle a filé sur la piste avec Lisa.

Colin le cache bien, mais il est particulièrement observateur et derrière son apparente indifférence, je sais qu'il se préoccupe réellement de ses amis.

– Elle est comme ça depuis qu'elle est revenue de son repas avec Gabriel.

Mon interlocuteur fronce les sourcils

– Je ne pense pas que cela est un rapport avec Simons.

– Je me le demande.

Les filles reviennent et se laissent tomber à côté de nous, j'enroule mon bras autour de la taille d'Emma. Elle se laisse aller contre moi et malgré mon inquiétude, je sens le désir que j'ai pour elle se réveiller. Lisa ne tarde pas à se lever pour aller chercher de nouvelles boissons. Emma l'avale d'un trait de nouveau, ce qui n'est clairement pas dans ses habitudes. Elle discute avec Lisa et je n'arrive pas à faire de même avec Colin. Elle enchaîne avec un troisième cocktail et quand elle s'apprête à en ingurgiter un quatrième, je lui prends le verre des mains :

– Hé ! Proteste-t-elle

– Si tu continues comme ça, demain je vais devoir te porter sur mon épaule pour aller au boulot.

Elle se mordille la lèvre, mais ne répond rien. Après le Starlite, on rentre à la maison et je me rends compte que j'aurais dû l'empêcher de boire dès le deuxième verre. Elle titube et se laisse tomber dans notre lit. Elle n'est clairement pas en état d'avoir la moindre conversation. Je lui enlève ses vêtements et ses escarpins puis la glisse sous la couette. Malgré mon inquiétude, je ne tarde pas à m'endormir à mon tour. Quand le réveil me tire du sommeil, je prends conscience qu'Emma n'est pas à mes côtés. Cependant, je comprends rapidement où elle se trouve, car j'entends du bruit dans la cuisine. Je la rejoins et la découvre en tenue de sport. Elle a dû sortir pour promener Bambou. Elle est penchée sur le plan de travail :

– Bonjour ma belle ! M'exclamais-je

Elle sursaute puis me sourit, je remarque aussitôt son air fatigué, mais après tout, nous sommes rentrés tard. Elle vient se lover dans mes bras puis m'embrasse tendrement :

– Bonjour, le bel endormit ! Murmure-t-elle les yeux rieurs.

– Et toi, tu es bien matinale !

– Je ne sais pas comment je dois le prendre, me taquine-t-elle avant de me pincer les fesses.

– Hé !

– Être ta femme a quelques avantages en fin de compte. Lance-t-elle avant de me tirer la langue.

Elle a beau faire comme si de rien n'était, la détresse n'a pas quitté ses yeux. Elle retourne aux fourneaux, elle dépose une assiette, une seule sur le bar :

– Tu ne manges pas ?

– J'ai déjà mangé, je file sous la douche.

Elle ne me laisse pas le temps de répondre quoi que ce soit et disparaît dans la salle de bain. J'interroge Bambou du regard comme s'il en savait plus que moi. De nouveau au boulot, Emma se plonge dans le travail. Je l'observe pendant un moment, une ride s'est formée entre ses sourcils et je sais que ça n'a rien à voir avec le travail. Ce midi, elle ne m'échappera pas et j'arriverais à lui tirer les vers du nez. À l'heure du repas, je me laisse aller contre le dossier de mon fauteuil et m'étire.

– Tu viens manger, princesse ?

Elle me regarde à peine, concentrée sur son écran :

– Je dois finir ce…

– Emma ! Le dossier peut attendre, vient manger.

Mon ton est sûrement plus sec que je ne l'aurais voulu, car elle me fusille du regard.

– Très bien, j'arrive, lâche-t-elle finalement.

Elle s'étire à son tour et prend son sac. Mon bras s'enroule autour de ses hanches et je l'entraîne vers l'ascenseur. Emma tapote quelque chose sur son téléphone tandis que la cabine descend. Je la traîne chez Bob et commande nos tacos favoris avant de la rejoindre sur un banc. Elle tripote son taco :

– Tu vas me dire ce qu'il t'arrive princesse ?

Elle me regarde surprise

– Tout va bien, Matt.

– Tu ne me prendrais pas pour un imbécile ?

– Je ne vois pas de quoi tu parles.

– Je te connais par cœur Emma, je vois bien que quelque chose ne va pas depuis hier.

Elle hausse des épaules et croque dans son repas. J'attends qu'elle poursuive.

– C'est juste ce nouveau dossier qui me préoccupe.

– Vraiment ? dis-je en haussant un sourcil.

– Vraiment monsieur Ortega. Répond t-elle en me lançant un sourire.

– Et quel est le problème avec ce dossier ?

– Il est compliqué, le client à l'air difficile, pas sûr que je sois la plus qualifiée pour ce job.

– Hé ! Tu es la meilleure employée du quarante-deuxième étage, ma belle.

– Tu dis ça seulement pour me mettre dans ton lit, me taquine-t-elle.

Je ricane et lui lance de ma voix la plus suave

– Je n'ai pas besoin de ça pour te mettre dans mon lit.

– C'est bien possible en effet. Et pas que dans un lit.

Je manque de m'étrangler avec ma bouchée, ce qui fait rire Emma, bon sang ! ce que j'aime entendre ce son.

POV Colin

Je suis entrain de pianoter sur mon clavier, du Hammerfall dans les oreilles quand je sens la porte de mon bureau s'ouvrir dans mon dos. Cependant, je suis un peu surpris quand l'arrivant ou plutôt l'arrivante pose sa main sur mon épaule. Je fais pivoter mon siège et me retrouve nez à nez avec Emma. Elle me sourit et me tend un gobelet de café. J'enlève mon casque, car si elle est venue jusqu'ici ce n'est sûrement pas pour jouer aux secrétaires. J'ai connu Emma peu après son arrivée à Carter Corp, au début je ne voyais en elle que la collègue de Matt, mais rapidement j'ai compris pourquoi elle plaisait à mon ami. Fraîche, dynamique et drôle. Une vraie battante que la vie n'a pas épargnée. Je dois dire qu'à un moment quand Matt n'avait pas l'air de vouloir céder à ses charmes l'idée m'a effleuré de tenter une approche. Sa force de caractère m'a une fois de plus épater lorsque Lana a refait son apparition dans l'existence de Matt. Je lui étais déjà reconnaissant d'avoir aidé mon ami à reprendre goût à la vie, mais quand j'ai su que cette folle avait failli la tuer… Je me concentre de nouveau sur Emma qui a l'air mal à l'aise et il y a ce quelque chose dans son regard qui m'inquiète.

– Je peux faire quelque chose pour toi, Emma ?

Elle se mordille la lèvre, visiblement anxieuse.

– Je n'ai jamais mordu personne, Emma.

– On devrait interroger à tes groupies si c'est bien la vérité, me taquine-t-elle ce qui m'arrache un sourire.

Elle boit une gorgée de café puis soupire

– J'ai un service… pas très réglo à te demander…

– Du genre ?

– Du genre quelques renseignements sur quelqu'un.

– Comme ?

– Tu peux être encore plus laconique Colin ?

– Ouep, dis-je avec un sourire en coin.

Elle me donne un coup dans l'épaule et ça me ferait presque rire si Emma ne faisait pas de la boxe et que si elle le voulait vraiment elle pourrait me faire mal.

– Bon, voilà l'histoire, il y a un client que j'ai rencontré à l'occasion d'un déjeuner d'affaires avec Gabriel. J'ai l'impression de le connaître et je n'ai pas envie de faire de conneries si jamais ce n'est pas le cas.

– Je vois, alors que veux-tu savoir.

– Les informations de base, sa date d'anniversaire, s'il a une femme, trois enfants et un chien… basique quoi.

– Je ne crois pas que tu as besoin de moi pour ça, tu connais ce réseau social obscur : Facebook.

Elle me toise avec un sourire en coin

– Tu crois que je peux trouvé des infos sur sa ville d'origine sur Facebook ou tu n'as juste pas envie de m'aider.

– Très bien, mais la prochaine fois propose-moi un défi à ma hauteur.

– Promis, monsieur Spencer.

Sa répartie m'amuse, je me retourne vers mon clavier et écoute Emma me donnait l'identité du type et pour qui il bosse. Il ne me faut pas longtemps pour tout connaître de sa vie, de sa naissance jusqu'à son arrivé récente a New York. Emma est penchée par-dessus mon épaule, je sens son souffle sur ma joue. Je fais défiler les infos, on tombe sur une photo du gars dans sa jeunesse. Et j'entends Emma s'étrangler avec une gorgée de café. Je me tourne vers elle prêt à me moquer, mais elle est figée comme une statue et elle serre son poing si fort que les jointures blanchissent.

– Un problème ?

Elle se reprend et me fait un de ses sourires radieux dont elle a le secret

– Aucun, ce gars a l'air d'avoir une vie banale à pleurer, se reprend t-elle.

– C'est sûr que comparé a la tienne avec Matt, sa vie parait chiante.

Elle me sourit de nouveau :

– Ou a la tienne monsieur l'informaticien slash chanteur qui embrase les culottes.

J'écarquille les yeux devant sa répartie, elle éclate de rire.

– Tu devrais voir ta tête. Bref merci Colin, tu passes bientôt à la maison ?

– Si ça peut faire plaisir aux jeunes mariés.

Elle s'apprête à sortir quand elle se tourne vers moi, légèrement soucieuse :

– Ce petit service reste entre nous, n'est-ce pas ?

– Et comment comptes-tu acheter mon silence ?

– Ça me ferait chier d'abîmer ce beau visage de métalleux taciturne.

J'éclate de nouveau de rire, je lève les mains en signe de reddition

– Je suis une tombe, tu me connais.

Elle sourit visiblement soulagé et sors de mon bureau avec un petit signe de la main.

POV Matt

Emma a disparu avec deux cafés et je me doute qu'elle est allée voir Colin. Je sais qu'Emma apprécie mon ami et puis après tout c'était mon témoin. C'est donc tout naturel qu'ils se soient aussi lié d'amitié puis de toute façon même ce ronchon ne peut pas résister au caractère solaire de ma femme.

Elle se laisse tomber sur son fauteuil, je lui jette un regard, elle ronge l'ongle de son pouce trahissant une certaine nervosité :

– Tout va bien princesse ?

Elle sursaute et plonge ses yeux dans les miens :

– Hein ? Quoi ?

– Est-ce que je dois être jaloux de Colin ?

Elle esquisse un sourire et se penche vers moi :

– Évidemment, tu ignorais que je fantasme sur les guitaristes sexy ?

– Ce que tu peux être drôle quand tu t'y mets !

– C'est trop tard pour t'en rendre compte on est lié à la vie à la mort mon cher.

– Pauvre de moi, soupirais-je la main sur le cœur.

Elle me tire la langue et se replonge dans son travail. Cependant derrière ses plaisanteries je sens qu'Emma est nerveuse, car ses ongles tapotent sur le bois du bureau. Une fois la journée finit, nous nous rendons ensemble à la salle de boxe. Quand je sors du vestiaire Emma œuvre déjà sur Bobby et le moins qu'on puisse dire c'est qu'elle n'y va pas de main morte. Nous sommes mardi soir et je me dirige donc vers le groupe de jeunes que je coache. Du coin de l'œil, je vois qu'Emma a laissé tomber Bobby et qu'elle vient de passer les cordes du ring. Connor vient de grimper sur le ring aussi et il toise ma femme. Il sait très bien qu'il ne faut pas se laisser attendrir par son apparente fragilité. Je reporte mon attention sur mes élèves, ils boivent mes paroles. Soudain, j'attends des exclamations d'excitation en provenance du ring. Un petit groupe s'est formé autour de celui-ci et je comprends vite pourquoi. Emma se bat comme une vraie furie, Connor ne peut que parer du mieux qu'il le peut. J'adresse un mot aux jeunes et me dirige rapidement vers le ring, j'arrive à me frayer un chemin puis je me hisse dessus. Connor m'envoie un regard et ce moment d'inattention lui vaut un coup en plein dans l'abdomen. Je n'ai jamais vu Emma dans cet état, ou plutôt si… dans son face à face avec Lana. J'attrape Emma par la taille et la tire dans un coin du ring. Elle fulmine et je ne comprends pas pourquoi. Je prends le visage de ma princesse dans mes mains et la force à me regarder, elle semble se détendre aussitôt.

– Tout doux, Emma, tu comptes tuer Connor, j'ai encore besoin de lui, tu sais.

Elle semble tout d'un coup très mal à l'aise, elle se mordille la lèvre

– Excuse-moi Connor, je ne sais pas ce qu'il m'a pris.

– Ça va Emma, même s'il me faudra un petit moment pour redorer ma fierté masculine.

Connor descend du ring et est directement encerclé par le groupe de jeunes qui n'hésite pas à se moquer gentiment de lui. Mon attention se reporte sur ma femme :

– Viens, on va s'asseoir.

Elle me suit sans discuter, parvient après quelques gesticulations à se débarrasser de ses gants et se laisse tomber sur le banc. Elle avale une gorgée d'eau :

– Qu'est ce qui t'arrive princesse ?

– Je…, elle s'interrompt et son regard se perd dans la salle, je ne veux pas t'inquiéter Matt, lâche-t-elle enfin.

Je me rapproche d'elle et prends sa main dans la mienne

– C'est trop tard princesse, parce que c'est déjà le cas. Explique-moi.

Sa main se crispe sur la mienne et je la vois déglutir.

– Des mauvais souvenirs qui me hantent…

Mon cœur se serre, car j'ai ma petite idée de quels souvenirs il s'agit. Lana. Après tout, ces événements sont encore frais. Soudain, elle bondit sur ses pieds. Je remarque qu'elle s'essuie le visage.

Merde ! elle pleure

Je la rattrape par le poignet, elle ne me regarde pas.

– Je vais rentrer Matt…

– Attends, je t'accompagne.

– Non ! Je sais que ce que tu fais ici est important pour toi et je t'ai déjà fait perdre assez de temps.

– Ne dis pas n'importe quoi.

Elle se dégage de ma prise et lâche dans un sanglot

– J'ai besoin d'être seule.

Cette remarque me tort les tripes, pas parce qu'elle me repousse, mais parce que sa volonté de s'isoler m'inquiète d'autant plus. Je ne la retiens plus, elle s'excuse une dernière fois auprès de Connor puis disparaît. J'ai du mal à me concentrer les heures suivantes, même si elle m'a envoyé un SMS pour me prévenir qu'elle était bien rentrée à la maison. Quand enfin je remonte sur mon Hayabusa, je n'ai qu'une hâte la retrouvé. Lorsque je pénètre dans l'appartement, il est plongé dans la pénombre. Bambou redresse les oreilles, mais comprends que ce n'est pas le moment de me faire la fête. Les affaires d'Emma traînent dans le salon, je saisis rapidement qu'elle n'a pas mangé avant d'aller se coucher. Je le découvre endormie dans notre lit. J'avale un en-cas et ne tarde pas à la rejoindre. Je la prends délicatement dans mes bras et tente de trouver le sommeil, mais rien à faire, je suis trop inquiet. Au milieu de la nuit alors que je suis plongé dans mes pensées. Emma s'agite dans son sommeil et soudain elle se réveille en criant. Elle ne s'aperçoit même pas que je suis présent, elle se roule en boule et se met à trembler. Je l'attire doucement dans mes bras, elle se laisse faire. Je frôle son visage, elle me regarde, ses yeux sont remplis de peur… non de terreur.

– Tout va bien chérie… je suis là.

Elle se blottit contre mon torse et je caresse ses cheveux.

– J'ai peur… murmure-t-elle d'une voix chevrotante.