Hello tout le monde !

Je reviens aujourd'hui avec un petit OS Dramione, histoire de vous faire patienter avant ma prochaine longue fiction. J'ai pris un retard monstrueux ces derniers temps et elle ne devrait pas arriveer tout de suite, je le crains.

Merci à toutes et tous pour les reviews récemment reçues sur mes différentes fictions. Je n'ai pas eu le temps d'y répondre mais je vous assure les lire. Elles me mettent toujours du baume au cœur et me donnent l'énergie pour continuer d'écrire !

En attendant, je vous souhaite une agréable lecture.
Aux amatrices et amateurs de Drago brisé, cette histoire est pour vous !

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Occlumancie


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Il y a une pièce, froide et grise, où Drago se sent bien. Sans fioriture, à usage précis et minutieusement organisée. Cette pièce est le parfait reflet de son état d'esprit : libéré de toute émotion, infiniment plat et cartésien.

Drago ne laisse plus aucune place à la rêverie. Pas plus qu'au bonheur ou à la peine. Il n'y a absolument plus rien qui ne puisse l'atteindre. Drago a trop vécu. Beaucoup trop vécu pour ses malheureuses vingt-sept années. Il a connu le pouvoir autant que sa déchéance, la gloire et la honte, l'angoisse et le dédain. Aujourd'hui, il connaît la paix. Cette paix qu'il a si longtemps cherchée, fouillant dans les tréfonds de son âme pour grappiller quelques miettes de sérénité.

Il a voyagé partout, aux quatre coins du globe pour trouver cet idéal fantasmé qu'il a désiré plus que tout. Mais rien. Ni le corps des orientales, ni la douceur des élixirs tropicaux n'a eu raison de ses tourments. Drago a fini par rentrer chez lui, peut-être moins paisible encore qu'avant son départ.

Et puis, en regardant un vieil album photo, Drago a commencé à comprendre. Son père ne sourit pas. Pas plus que son grand-père, ou son géniteur avant lui. Il n'y a ni fossette, ni rictus sur leur visage. Mais sur chaque trait, il peut lire la sérénité. Le confort de la puissance, la grâce du pouvoir. Ce n'est pas la joie, le plaisir ou les distractions qui ont tracé leur paix intérieure. Non. C'est la certitude de pouvoir, dans toutes les situations, savoir gérer leurs émotions.

Alors, Drago a compris. Il n'a longtemps été qu'un petit gamin prétentieux, cherchant à tout prix le Saint Graal qu'il avait déjà à porté de main. L'enfer abyssal des tourments serait loin lorsqu'il apprendrait enfin à se maîtriser.

Il y a des techniques très simples pour ça : mordre la chair de sa joue pour ne pas laisser les mots sortir, frapper contre un mur, seul, le soir, lorsque la journée avait été trop intense, et puis, sa préférée d'entre toutes. La sucrerie favorite des adultes. La petite douceur qui protège le cœur des moindres afflictions extérieures. La grande et douce occlumancie.

Ah, l'occlumancie ! Crainte par le peuple, adulée par les puissants.
Tu viens de te faire virer ? L'occlumancie va te sauver !
Ta femme vient d'te tromper ? L'occlumancie va te faire oublier !
Ton gosse est un cracmol ? Là mon gars, il va falloir raquer. L'occlumancie n'est pas donnée !

Des dictons comme ceux-là, Drago en connaît par centaines. A chaque situation, l'occlumancie offre une réponse. Que ce soit pour une petite pause d'une heure, ou pour le restant de ses jours, il n'y a rien de tel. Drago a choisi depuis longtemps la seconde option. Et la paix est arrivée. Le lent glissement de la vie sur une surface plane et rigide, vide et froide. Le paradis des âmes tourmentées.

Mais l'occlumancie demande beaucoup d'énergie. Il faut pouvoir en sortir, parfois pendant plusieurs jours, pour pouvoir mieux y retourner. Il y a toujours un moment où l'esprit émerge, renvoyant en pleine face de son sorcier la douleur oubliée. Alors il faut trouver son truc, son astuce, pour mieux replonger.

Dormir beaucoup, faire énormément d'exercice physique - le seul réel moyen de se fatiguer sous occlumancie - et trouver un lieu, un objet ou une personne qui agit comme un déclencheur pour se replonger dans le nirvana.

Drago applique tous ces préceptes à la lettre. Le soir, il se couche à neuf heures, peu importe les invitations loupées ou la solitude, sous occlumancie, le manque n'existe pas. Il se lève à sept heures, petit-déjeune copieusement et part courir avec Bruce pendant une heure. Lorsqu'il rentre, il n'a qu'à peine le temps pour une douche avant de rejoindre son bureau. Il travaille consciencieusement jusqu'à midi, déjeune dans son bureau et embraye pour l'après-midi. Lorsqu'il quitte le Ministère, à dix-sept heures, il se dépêche de rejoindre sa salle de sport, en petite foulée. Dans les bonnes journées, il soulève jusqu'à cent kilos. Il ne rentre chez lui qu'à huit heures pour prendre un dîner frugal et s'endort d'épuisement.

La routine aide. Vivre inlassablement la même journée permet de rester ancré dans cet état de semi-conscience qui l'apaise. Mais il suffit que sa secrétaire éternue pour que, d'un coup, sans crier gare, la réalité le rattrape. Il se met alors à suffoquer dans son bureau, ressent le besoin de se tirer les cheveux et commence à faire des pompes, priant pour déclencher de nouveau les effets. Parfois, ça fonctionne. Il ne suffit que d'une série ou deux pour que son visage rebascule dans la tendre indifférence. Et puis, d'autre-fois, sa chemise se trempe de sueur et son esprit brûle toujours d'images en tout genre. Les souvenirs le reprennent, les émotions, si longtemps contenues, rejaillissent de toutes parts et Drago sait qu'il est foutu.

Quelques années plus tôt, il serait rentré chez lui en vitesse, se serait gavé de potion de sommeil et, avec un peu de chance, se serait réveillé aussi calme et plat qu'une journée d'octobre.

Cette période est révolue.

Drago a découvert le truc. Son truc. Ce machin qui, sans vraiment savoir pourquoi, le fait basculer dans les limbes, d'un claquement de doigt.

C'est grâce à Bruce qu'il l'a découvert : cette pièce. Lugubre et grisâtre, elle sent la javel et l'ammoniaque jusque dans ses tréfonds. C'est l'odeur de l'apaisement.

Un matin, alors qu'ils couraient leurs douze kilomètres habituels, Bruce s'était emballé. Maïa était là. Élégante dans sa robe ambrée, elle dodelinait du derrière, cambrant exagérément son arrière-train. Il n'en fallut pas plus à Bruce qui, la langue pendante, avait fait une embardée spectaculaire pour la rattraper.

Drago avait bien aperçu cette foutue voiture qui roulait à vive allure, il s'était époumoné pour l'appeler mais il n'y avait rien eu à faire. Quand Bruce était en chasse, rien ne pouvait l'arrêter. Rien, sauf peut-être cette putain de caisse. Il se l'était prise sur le côté, droit dans la hanche. Son hurlement, le crissement des pneus et le bruit du choc l'avait immédiatement fait sortir de l'occlumancie. Drago avait suffoqué à nouveau. Il avait regardé la scène avec impuissance, son visage se décomposant de secondes en secondes.

Maïa aussi avait regardé. Elle s'était retournée, l'avait toisé avec indifférence, avant de repartir, jouant des hanches dans sa course chaloupée.

Foutue chienne, avait pesté Drago.

Le propriétaire du véhicule avait hurlé, se confondant en excuse mais Drago n'avait pas le temps d'entendre ses jérémiades. Il avait hissé Bruce dans le creux de ses bras, et avait couru à en perdre haleine pour trouver le médecin le plus proche. Il avait rejoint le quartier sorcier en peu de temps et était rentré dans le premier bâtiment médical qu'il avait trouvé. L'agent d'accueil l'avait guidé, en urgence, jusqu'à la salle d'examen numéro trois.

C'est là qu'il l'avait trouvé. Enfin !

Malgré ses inquiétudes et son stress grandissant, il n'avait pas fait un pas dans la pièce que déjà, son esprit s'était apaisé. L'occlumancie grésillait. Lorsque le médecin était entré, Drago était redevenu lui-même : stoïque et monstrueusement neutre.

- Mon dieu mais qu'est-ce qu'il s'est passé ? avait demandé Hermione Granger, ajustant son stéthoscope autour de son cou.

- Il s'est pris une voiture. Sur Overton Road, à deux pâtés de maisons d'ici, avait répondu Drago d'un calme olympien, pas même perturbé par la présence de sa vieille ennemie.

- La hanche est fracturée. Nous allons devoir faire une radio pour vérifier qu'il ne fait pas une hémorragie interne. Je vais avoir besoin de toutes ses informations médicales.

Granger lui avait tendu un formulaire qu'il avait griffonné avant de le lui rendre, nonchalamment. Moins d'une minute plus tard, elle transportait Bruce sur une civière, manageant son équipe.

- On a un berger australien, quatre ans, bonne forme physique, percuté à la hanche par un véhicule moldu. Fracture avérée de la tête fémorale et du col de l'ilium. Bassin immobilisé magiquement. On l'emmène au bloc, avait-elle récité efficacement en disparaissant derrière de lourdes portes battantes.

Voilà comment, après des années de recherches infructueuses, Drago avait fini par trouver son truc.

Bruce, qui jusque-là n'avait jamais été très malade, a commencé à régulièrement fréquenter le vétérinaire.

Drago l'emmène chaque fois qu'il se sent sur le point de basculer. Il demande toujours le Docteur Granger, sa salle d'examen est la plus efficace. Il n'a qu'à inventer une mauvaise digestion ou une forte perte de poil pour qu'elle examine attentivement son toutou. Drago ressort toujours de son cabinet plus apaisé et indifférent que jamais.

Le bonheur.

Parfois, elle amorce une discussion avec lui. Elle lui semble relativement sympathique mais, sous occlumancie, tout est beaucoup plus relatif. Ils n'abordent jamais le passé. Peut-être a-t-elle tourné la page ou craint-elle de réveiller de mauvais souvenirs en lui ? Il n'en sait rien et s'en contre fiche.

Drago n'est pas friand de discussion mais il tâche toujours de lui répondre avec amabilité. Après tout, ils sont amenés à se voir souvent. De plus en plus ces derniers temps. Il n'arrive plus à garder son état plus de deux semaines d'affilée.

Et puis un soir, alors qu'il vient pour une soi-disant faiblesse dans la paupière droite de son chien, Hermione l'invite à prendre un verre. Comme ça, brutalement, sans contexte ni préparation. Drago n'avait jamais remarqué qu'elle essayait d'amorcer quelque chose entre eux. A vrai dire, sous occlumancie, il ne remarque jamais grand-chose.

Mais il accepte. Sans trop réfléchir, se disant qu'il doit se la garder dans la poche. Elle, ou plutôt son cabinet, et sa porte d'entrée, son chemin pavé de rose devant le paradis. Et il ne permettrait jamais qu'on lui ferme cette porte bénite.

- Qu'est-ce que tu prends ? demande-t-elle en regardant le menu.

- Un jus de citrouille. Et une gamelle d'eau pour Bruce, je crois qu'il a soif.

- Oh, je ne pensais pas que tu serais si sage. Je vais te suivre.

Elle renvoie la carte jusqu'au bar d'un geste de sa baguette, leur commande glissée à l'intérieur.

Drago vient de faire une folie. Un jus de citrouille, mais qu'est-ce qu'il lui a pris ?

Le jus est à proscrire. Il le sait pourtant. C'est un excitant, un stimulant, rien de tel pour perdre le contrôle. S'il commence à flancher à la terrasse d'un café, en présence d'Hermione Granger, il est foutu.

- Alors Drago, je peux t'appeler Drago ? demande-t-elle sans vraiment attendre de réponse. Qu'est-ce que tu fais dans la vie, mis à part t'inquiéter outre-mesure pour ton adorable chien ?

- Je travaille au Ministère. Au service des usages abusifs. Mais tu devrais déjà le savoir, non ?

- Je plaide coupable. Harry me donne parfois quelques nouvelles de toi.

- Tiens donc.

- Mais il fallait bien trouver quelque chose pour démarrer la conversation, non ? Tu n'es pas du genre loquace.

- C'est vrai.

Le jus arrive et Drago ose à peine y tremper ses lèvres. La simple perspective de pouvoir sortir de son nirvana lui fait déjà glisser un orteil dehors. Il n'a pas besoin de perturbation extérieure pour l'y aider. Il écoute distraitement Granger raconter tout un tas de trucs sur le travail au Ministère, la vie de ses amis et puis son amour des animaux.

Elle parvient à le faire se dérider, une fois ou deux et Drago en frissonne. Il ne veut pas se dérider. Chaque ride doit rester à sa place. C'est essentiel, c'est nécessaire.

Lorsqu'il devient tout naturellement l'heure de rentrer, Drago sent une sueur froide couler le long de son échine. Voilà pourquoi il ne sort jamais. Voilà pourquoi il n'est pas du genre loquace. Son esprit commence à flancher. Et puis, comme une délivrance, Granger se met à sortir les plus beaux mots de la langue française :

- Mince, j'ai oublié mon sac à main au cabinet. Ça t'ennuierait de m'y raccompagner ? Le quartier n'est pas très sûr, en soirée.

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- Et Olivier alors, comment il va ? demande Harry en sirotant sa pina colada.

- Olivier ? Oh, super, il… il va très bien.

- Vous n'êtes plus ensemble, c'est ça ? dit-il en soulevant un sourcil interrogateur.

- Non, bredouille Hermione. Il n'était pas… pas celui qu'il me fallait. Enfin, je crois.

- Non, pas assez dans la merde, c'est certain, rit Ron.

- Oh ça va, arrêtez avec ça, les garçons !

- Quoi, j'ai tort, peut-être ? insiste-t-il. A chaque fois c'est la même histoire, Hermione. Tu te trouves un mec qui ne vaut pas un clou et dès qu'il commence à devenir pas trop mal, hop, tu le largues.

- Tu es mesquin, Ron ! Olivier n'était pas un de ceux-là, c'est un gars super.

- Oui, si on oublie sa tendance maladive à s'empiffrer et rougir dès que quelqu'un lui adresse la parole, renchérit Harry. Mais je te l'accorde, c'était certainement le moins perdu que tu nous a ramené.

- Vous êtes durs, soupire-t-elle. Je ne suis pas sortie qu'avec des ratés non plus !

Harry et Ron échangent un regard complice avant de se mettre à rire.

- Esteban ? commence Ron.

- Dépendant au pur-feu ! termine Harry.

- Joshua ?

- Vit encore chez sa mère à trente ans !

- Paul ?

- Vient de perdre toute sa famille dans une avalanche !

- Julio ?

- A la rue !

- Julio n'était pas à la rue, proteste Hermione. Il entamait une désintoxication urbaine et partait vivre en pleine nature pour élever des abeilles.

- Encore mieux, répond Ron en éclatant de rire. Sois réaliste Hermione, tous ces mecs avaient de gros problèmes. Pourtant il y en a eu des tonnes qui valaient le coup, des gars supers, avec de bonnes situations, une vie stable et des qualités indéniables.

- Tu exagères, il n'y en pas eu tant que ça, se défend Hermione.

- Thomas, Charles, Henri, Simon, dois-je continuer la liste ? demande Harry.

- C'est bon, j'ai saisi l'idée, grommelle-t-elle en se cachant derrière son mojito.

- Et certains d'entre eux n'ont même pas eu le droit à un second rendez-vous ! Sérieusement Hermione, tu abuses parfois.

- Il n'y avait pas ce truc, cette alchimie entre nous, je n'y peux rien !

- De toute façon, c'est toujours la même chose, renchérit Ron. Plus le gars est désespérant, plus il t'attire. En fonction de ses problèmes tu restes quoi, un mois, peut-être six avec lui et lorsqu'il commence à remonter la pente, qu'il trouve enfin un emploi, qu'il a fait le deuil de sa famille ou même qu'il revient à la vie civilisée, tu le largues, il n'est plus assez intéressant. En fait Hermione, tu n'aurais pas dû être vétérinaire, tu aurais dû être psy. Les causes désespérées, c'est ton fonds de commerce.

- Merci pour ce portrait plus que flatteur de mes relations amoureuses, Ronald, grogne-t-elle.

- Ron a raison, Hermione. Tu ne resteras jamais dans une relation si tu gardes ce schéma. Personne n'est assez mal en point pour te plaire toute ta vie !

- Sauf peut-être Malefoy, renchérit Ron avant de se mettre à rire, suivit de Harry. Ce type est aussi froid qu'une porte de prison, il me fiche clairement la trouille !

- Tu imagines ? balbutie Harry, entre deux éclats de rires. Hermione et Malefoy, en couple ? Ce serait la meilleure.

Très drôle.

Franchement hilarant !

Hermione les regarde s'esclaffer en continuant de boire son cocktail. Elle ne s'arrête que lorsque sa paille commence à toucher le fond, créant un désagréable bruit de succion contre le verre. Il ne reste qu'un pauvre glaçon, fondant mollement contre une feuille de menthe, qui la nargue en disparaissant. Elle sait qu'elle va devoir relever la tête, qu'elle ne pourra plus rester penchée au-dessus de son verre bien longtemps. Mais quand elle croisera le regard d'Harry, il lira en elle comme dans un livre ouvert.

- Pourquoi tu ne rigoles pas, Hermione ? demande-t-il, la voix crissant d'inquiétude.

- Oh non tu déconnes, là ? s'enflamme Ron.

- Laisse ce glaçon tranquille et regarde nous !

Alors, soupirante et avec le plus de lenteur possible, Hermione redresse son visage penaud jusqu'à eux, les laissant la toiser du regard.

- Là, il va falloir que tu nous expliques, trancha Harry.

Hermione voudrait bien leur donner toutes les raisons du monde, les plus rationnelles, de préférence. Mais au fond d'elle, elle doit admettre qu'ils ont raison. Qu'est-ce qu'elle peut bien trouver à Malefoy ? Si ce n'est son charme indéniable, ses allures mystérieuses, le dévouement qu'il porte à son chien et son charisme naturel, Malefoy n'est rien d'autre que le roi des causes perdus au royaume de ses conquêtes.

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- Tu sais, si tu veux me voir, tu peux aussi m'envoyer un hibou, sourit Hermione, Bruce va tout aussi bien que la semaine dernière, il n'y a pas de quoi s'inquiéter.

Assise derrière son bureau, Hermione regarde Drago caresser le dessus du crâne de son chien. Il a l'air profondément ancré dans un ailleurs qui la dépasse. Drago a cet air serein et détaché qui ne le quitte pas. Elle se demande comment il parvient à vivre en laissant systématiquement les émotions couler sur lui, sans même tenter de les retenir. Quand il lui adresse enfin un regard, il ne semble pas avoir compris sa question et fronce les sourcils.

- Bruce mérite une surveillance constante.

- Evidemment, et c'est tout à ton honneur de prendre aussi soin de lui. Mais de là à venir consulter deux fois par mois… Est-ce que tu prends ta santé autant à cœur que la sienne ?

Drago sait qu'il devrait lui répondre ce qu'elle attend. Il devrait lui dire que Bruce n'est qu'un prétexte pour venir la voir, qu'il apprécie passer du temps avec elle, ses sourires et sa simple présence. Mais son état de détachement est tel qu'une simple idée bourdonne en boucle dans son esprit : sa salle d'examen. La froideur grisâtre de ses murs lui donne des frissons de plaisir.

- Et si nous allions déjeuner ensemble, plutôt ? insiste-t-elle en lui décrochant un sourire à faire bander un mort.

Mais Drago n'est pas mort. Pas plus qu'il ne vit. Si la salle d'examen ne trottait pas à ce point dans son esprit, il serait certainement parti sans même se retourner. Mais elle est là, autour de lui, l'enveloppement dans son aura de banalité. Alors, sans vraiment comprendre comment, il hoche la tête et se retrouve à marcher dans les rues de Londres, Bruce le séparant du Docteur Granger.

- Est-ce que tout va bien ? lui chuchote-t-elle alors qu'il ne touche pas à son assiette.

- Très bien, répondit-il d'un ton plat.

- Ton poisson n'est pas bon ? insiste-t-elle.

- Il est comme il faut.

Hermione fronce les sourcils et Drago ne voit rien. Plus elle le sent perdu, détaché et hors-norme, plus elle ressent les papillons s'activer dans son ventre. Il lui plaît quand son regard se perd, quand il mastique pendant de longues minutes avant d'avaler, quand il ne répond pas et plante ses yeux dans les siens sans même la voir. Drago n'est jamais là et Hermione s'épuise à le ramener près d'elle.

Les semaines qui suivent la mettent dans tous ses états. Il ne prononce jamais plus de trois mots à la fois et ses absences lui donnent chaud. Harry et Ron ont raison. Elle a un sérieux problème. Drago est sûrement l'homme le plus perdu qu'elle connaisse et son indifférence l'accroche à lui comme une bernique à son rocher. Elle le porte, de rendez-vous en rendez-vous. Il flotte, inconscient, et elle doit crisper ses doigts autour de la bouée qu'elle constitue pour qu'il s'y accroche.

Le matin, elle le rejoint pour courir. Hermione n'est pas une grande sportive et Drago ne remarque même pas quand, à bout de souffle, elle crache ses poumons, accroupie contre le tronc d'un arbre. Elle le voit continuer sa course et l'abandonner sans même se retourner. Alors, plus seule et humiliée que jamais, Hermione ne mordille la lèvre et s'impatiente encore un peu plus de le ramener dans son lit.

Mais Drago ne laisse jamais penser qu'une relation charnelle pourrait s'instaurer entre eux. Il ne fait rien pour la laisser croire qu'elle lui plaît et moins il la regarde, plus elle devient folle de lui.

Pourtant, Hermione tente sans relâche de lui montrer des signes, d'amorcer un rapprochement entre eux. Quand ils promènent Bruce, durant leur pause du midi, elle caresse sa main du bout des doigts pour lui prendre la laisse. Drago ne bronche pas. Quand ils se quittent, elle laisse traîner ses lèvres sur sa joue quelques secondes de trop. Il ne frémit pas.

Mais Hermione n'est pas du genre à baisser les bras. Au contraire, cette indifférence est grisante.

Drago ne prend plus aussi souvent rendez-vous pour Bruce. Il la rejoint, tous les midis dans son cabinet, quinze minutes avant qu'elle ne termine et semble s'extasier de l'attente. Un jour où elle voit fleurir un maigre sourire béat sur ses lèvres, Hermione ne tient plus.

Drago est assis sur le fauteuil qui fait fasse au bureau d'Hermione. Sur ses genoux, écartés l'un de l'autre de quelques centimètres, ses longs doigts fins se décrispent lentement. De sa tête, légèrement basculée en arrière, se dégage un souffle d'apaisement.

Hermione ne réfléchit plus. Guidée par le besoin de mêler ce souffle au sien, elle contourne le bureau, passe ses jambes autour de lui et se laisse glisser le long de son torse jusqu'à s'asseoir sur ses genoux. Drago ne bouge pas, il se contente de fermer les yeux. La langue de Drago se laisse embarquer par celle d'Hermione et joue au même rythme, guidée par ses mouvements.

Quand elle pose délicatement sa main contre sa nuque, il ouvre de nouveau les yeux. Son regard fixe le plafond. Un blanc immaculé lui accroche les rétines. Hermione, à bout de souffle, se défait hâtivement de ses vêtements. Elle fait glisser la femerture du pantalon de Drago, glisse sa main à l'intérieur et ressort son sexe pulsant entre ses doigts.

Quand elle se glisse autour de lui, la tête de Drago se renverse un peu plus. Il peut admirer une nouvelle partie de ce plafond. Pas une tâche. Pas un élément perturbateur. C'est la perfection. Ce néant le mène à un état second, Drago n'a jamais été aussi loin. Alors qu'il touche du bout du doigt l'état de plénitude absolu, il gémit de bien être.

Hermione mêle son cri au sien et colle ses lèvres sur son cou. Drago laisse son esprit le guider. Il n'est plus là depuis quelques minutes déjà et ni les soupirs d'Hermione, ni ses mains contre son torse ne peuvent le ramener à lui. Il est si bien qu'il ne voudrait jamais revenir.

Mais quand Hermione, dans un cri étouffé, se crispe autour de lui et qu'il se déverse en elle, la magie disparaît. Peu à peu, il revient à cet état de semi-conscience qu'il connaît sur le bout des doigts.

Elle est radieuse quand elle se rhabille en le regardant et Drago ne comprend pas vraiment ce qu'il vient de se passer ni pourquoi ce bien-être le quitte déjà, peu à peu.

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Hermione n'aurait pas voulu se confier. Harry et Ron ne la comprennent jamais, à ce sujet. Harry vit une vie parfaite et modèle. Il est père de deux enfants, rentre tous les soirs pour leur donner le goûter et leur lit une histoire avant de dormir. Ron regarde avec minutie le ventre de sa femme pousser de jour en jour avec un sourire béat collé sur le visage. Et Hermione ? Hermione baise Drago Malefoy quatre fois par semaine.

Comment pourraient-ils comprendre qu'elle n'a jamais joui si fort qu'enroulée autour de la queue de l'homme le plus perdu de Grande-Bretagne ? Elle sait qu'ils parleraient encore de ce foutu syndrôme de l'infirmière, qu'ils lui diraient d'essayer, pour une fois, d'avoir une relation saine. Mais Hermione a des aigreurs d'estomac rien qu'en s'imaginant à la place de leurs femmes. Elle ne veut pas vivre une histoire déjà écrite cent fois par quelqu'un d'autre. Elle ne veut pas se réveiller tous les matins avec la certitude que tout ira bien pour le restant de ses jours. Hermione ne s'est jamais sentie aussi vivante que depuis qu'elle fréquente Drago et peu importe leur avis, elle ne compte pas laisser tomber cette histoire.

Ron a beau lui répéter qu'avec Malefoy, il n'y a plus rien à sauver, Hermione est persuadée que cette fois-ci, elle n'essaiera pas. Elle va simplement se contenter d'accepter Drago comme il est. D'ailleurs, pourquoi voudrait-elle le faire changer ? Leur relation lui convient en tout point. Drago est parfait et elle n'aurait aucune raison de le sortir de sa léthargie qu'il semble tant apprécier.

- Tu ne trouves quand même pas ça glauque ? grimace Harry.

- De quoi ? demande innocemment Hermione en piochant dans les gâteaux apéros devant elle.

- On dirait un fantôme, explique Harry. Il déambule toute la journée avec les yeux vitreux et dans le vague. Tu pourrais le suivre avec une fanfare entière qu'il ne le remarquerait même pas. Il décroche à peine un mot quand tu lui poses une question et semble à côté de la plaque la majorité du temps. Qu'est-ce que tu veux construire avec un gars pareil ?

- Mais pourquoi est-ce que je voudrais construire quelque chose ? soupire Hermione. Drago me plaît, d'accord ? Ce n'est peut-être pas votre genre, je veux bien le comprendre, mais vos femmes ne sont pas non plus celles que j'aurais choisies, vous savez. Je ne suis pas comme vous, à vouloir me caser et fonder une famille. Ce que Drago et moi vivons me convient parfaitement.

Hermione tente d'ignorer le regard qu'Harry et Ron se lancent. Elle sait qu'ils n'en croient pas un mot. Elle même commence à se demander combien de temps tout cela durera. Elle doit l'admettre, elle le sait, un jour ou l'autre, ses vieux démons la rattraperont. Un jour ou l'autre, elle voudra comprendre. Et alors, sans prévenir, Drago deviendra un sujet à étudier, un patient comme un autre qu'elle soignera jusqu'à ce qu'il reparte, frais et débordant de santé, jusqu'à une autre vie où elle n'aura plus de rôle à jouer.

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- Et si on allait dans ton cabinet, plutôt ? demande Drago avec une nonchalance feinte.

Hermione n'a rien remarqué. Du moins, il l'espère. Mais au coin de son front, une goutte commence à perler. Bientôt, c'est son corps tout entier qui sera couvert de sueur. Son pouls va s'accélérer, sa respiration deviendra erratique et il tremblera de tous ses membres jusqu'à ce qu'il parvienne à replonger.

La lumière commence déjà à l'aveugler, la voix d'Hermione lui paraît si aiguë que sa mâchoire se crispe. Elle ne semble pas comprendre et s'arrête, au milieu du trottoir, en fronçant les sourcils.

- Pourquoi veux-tu qu'on aille au cabinet ?

- Je…

Ça y est, Drago commence à perdre ses moyens. Sa voix s'éraille, ses mains commencent à le brûler et l'angoisse accélère le processus.

- J'aime bien ton cabinet, il sent bon.

Hermione à l'air partagée entre l'envie d'éclater de rire et celle de partir en courant. Il vient de passer pour un abruti, à dire n'importe quoi. Et plus que tout, il déteste se tourner en ridicule.

- Laisse tomber, je suis fatigué. Nous devrions plutôt nous voir demain, lâche-t-il sèchement.

L'amusement dans le regard d'Hermione s'est dissipé. A la place, l'inquiétude s'immisce doucement.

- Allons chez toi, Drago, tranche Hermione. Nous pourrons nous reposer.

Le voilà pris au piège. Il ne peut pas reculer. Déjà, Hermione lui emboîte le pas et Drago a l'impression de marcher sur la crête d'une montagne. Tel un équilibriste, toujours à deux doigts du précipice, il se faufile dans les rues de Londres en se sommant de rester normal. Mais il y a bien longtemps que Drago ne sait plus ce que normal signifie.

La foule se densifie et l'angoisse, à son tour, semble l'emmurer. Et puis, détachée de l'amas d'anonymes qui se bousculent, une main vient à lui. Elle est douce entre ses doigts crispés. Pour se détendre, il fait rouler la petite bague en argent qu'elle porte à l'index et sa chaleur commence à apaiser ses sens. Plus il se concentre sur cette main dans la sienne, moins le soleil lui semble aveuglant.

Quand il arrive chez lui, Drago ne tremble plus. Sa chemise est sèche et seul l'étourdissement l'habite encore.

- Tu voudrais bien m'expliquer ? souffle Hermione en retirant sa veste.

Sa main à quitté la sienne et déjà, Drago commence à ressentir les affres du manque sur sa peau. Son pouls accélère de nouveau et il doit s'asseoir pour pouvoir lui répondre.

- J'ai la tête qui tourne, répond-il sommairement.

- Drago… soupire Hermione, je sais bien qu'il n'y a pas que ça.

Et voilà. Le moment tant craint avait fini par arriver. Hermione avait envie de se maudire. Elle se voyait déjà ne plus supporter sa présence, s'agacer au moindre de ses sourires quand, comme avec tous les autres, elle aurait fini par le sauver. Elle n'avait aucune envie d'en arriver là mais tout ça était plus fort qu'elle. Elle ne pouvait pas ignorer les signes plus longtemps. Hermione avait besoin de soigner et par-dessus tout, de maîtriser. L'idylle avait assez duré, il était temps qu'elle requinque ce Malefoy qui ne tenait presque plus debout.

Drago ne comprend plus vraiment ce qui lui arrive. Il oscille si vite entre les phases de bien-être et d'angoisse qu'il commence à en avoir le tournis. Hermione le fixe avec un regard si perçant qu'il se demande si elle n'est pas en train de sonder son âme. Quand elle s'assoit à côté de lui et pose sa main sur son genoux, il respire enfin. Quand elle se lève pour aller lui chercher un verre d'eau, il suffoque à nouveau.

Il la voit allumer un feu dans la cheminée et regarde ses joues rosir sous la chaleur. Quand elle retire son gilet et s'offre à son regard dans un fin débardeur bordé de dentelle, ses sens se remettent à s'embrouiller. Mais cette sensation, grisante et désagréable à la fois, ne lui rappelle rien de connu. Il ne ressent pas les fourmillements des abîmes que lui offre l'occlumancie, ni la peur qui accompagne sa sortie. Ce sont d'autres émotions qui le portent, plus profondes, intimes et localisées. A son tour, il commence à avoir chaud et défait les premiers boutons de sa chemise.

Le regard qu'Hermione porte sur lui change et bientôt, elle se mord la lèvre inférieure et se penche en avant pour ramener ses cheveux en une queue de cheval floue. Sa poitrine se balance sensuellement lorsqu'elle se redresse. Alors, soumis à cette vision enchanteresse, Drago implose. Les idées jaillissent en lui de toute part, il a envie de crier au monde le bonheur de la voir approcher sensuellement de lui. La parole lui revient et quand elle s'assied à califourchon sur lui, Drago ressent le besoin de se livrer.

- Je suis sous occlumancie, lâche-t-il sans préalable, affrontant son regard étonné.

- Alors tout s'explique, souffle-t-elle. Depuis combien de temps ?

- Le temps est une notion floue quand on voyage dans les limbes.

- Tu le faisais déjà à Poudlard ?

- Par intermittence, je crois. Quand mes émotions devenaient trop fortes pour que je puisse les canaliser seul. Mais je n'ai vraiment commencé qu'à m'y plonger plus tard, en grandissant.

- Par intermittence, toujours ?

Drago voudrait bien rire. Cette question lui paraît si futile qu'il se demande si elle attend réellement une réponse. Mais Hermione n'en démord pas. Elle reste silencieuse, le fixant droit dans les yeux. L'espace d'un instant, il craint d'y lire du dégoût ou du reproche. Mais rien de tout ça n'émerge. Hermione tente simplement de comprendre.

- Tu n'es pas le premier à te laisser embarquer, reprend-elle. Mais je n'ai jamais vraiment compris l'attrait qu'on pouvait trouver à s'enfermer dans son propre esprit.

- Les prolos ont le vin des elfes, pour oublier. Moi, je n'ai besoin d'aucune aide extérieure. Je ferme les yeux, je me concentre et puis, je virevolte, dans cet océan de glace, dans ce néant apaisant qui me transporte là où je le souhaite. Ne me dis pas que tu n'as jamais essayé ?

- Non, répond-elle simplement.

Drago semble plus surpris que jamais. Hermione se demande s'il envisage seulement de vivre autrement. Ses yeux estomaqués lui répondent que non et alors, elle se remémore tous les instants passés ensemble, se demandant quand il était lui-même. Cette pensée franchit la barrière de ses lèvres avant même qu'elle soit conscientisée et Drago ne paraît pas plus comprendre sa question.

- Moi-même ? Mais je suis moi-même, sous occlumancie. C'est lui, le vrai Drago.

Hermione a peur. Peur qu'il soit perdu à jamais, peur qu'emprisonné dans ses convictions, elle ne parvienne jamais à le faire sortir de ce schéma rassurant qu'il s'est construit. Mais finalement, n'est-ce pas ce qu'elle a toujours cherché ? Un homme qu'elle ne peut pas sauver et sur lequel elle s'épuisera, jour après jour, se complaisant dans cette lutte infinie ? Mais en voyant son regard vitreux, elle n'en est plus vraiment certaine.

- Et là, maintenant, est-ce que tu es toi-même ? demande-t-elle.

Drago aurait voulu lui répondre que oui. Bien sûr qu'il est lui-même. Mais les mots ne peuvent franchir ses lèvres. Alors, il prend le temps de la réflexion. Depuis combien de temps n'a-t-il pas parlé à qui que soit avec autant de sincérité ? Depuis quand n'a-t-il pas tout simplement eu une réelle discussion ? Depuis quand n'entend-il plus les voix en échos mais aussi clairement que maintenant ?

Est-il toujours sous occlumancie ? Cette pensée l'angoisse plus encore que toutes les autres. La sueur revient, les palpations également et son souffle se coince dans sa gorge. Il est là. Il est totalement présent dans ce monde auquel il tente d'échapper depuis des années et il ne s'en était même pas rendu compte.

Lui qui, à la moindre seconde de flottement au bord de la surface, se décompose totalement, le voilà la tête hors de l'eau et capable de respirer.

- Qu'est-ce que tu m'as fait, couine-t-il, la voix bloquée par l'angoisse.

Hermione ne comprend pas. Elle le voit se battre avec ses poumons pour recracher l'air et se lève, lui laissant de l'espace pour respirer. Mais à peine a-t-elle quitté ses genoux que Drago se met à bleuir. Ses yeux sont hagards et Hermione, paniquée, ne sait plus quoi faire.

- Ta main, parvient-il à articuler avec peine.

Hermione, à genoux devant lui, le laisse saisir ses doigts entre les siens. Progressivement, son souffle revient et alors qu'elle caresse ses cheveux avec l'autre main, il semble revivre peu à peu. Les minutes de silence qui suivent sont lourdes et étouffantes. Hermione ne semble plus trouver de raison et quand, finalement, il ouvre la bouche, c'est le poids d'une chape de plomb qui s'envole de son estomac.

- Je suis moi-même.

- Tu veux dire… tu veux dire que tu n'es pas sous occlumancie ?

- Je crois bien, répond-il sans vraiment comprendre comment cela est possible.

- Et c'est ça qui te met dans cet état ? D'en sortir ?

- D'en prendre conscience, oui. Je crois que j'en suis sorti depuis quelque temps, déjà, déglutit-il. Mais je n'en avais aucune idée avant maintenant. C'est terrifiant de revenir, tu sais. Ne me lâche pas la main, d'accord ?

Drago a toujours détesté supplier. Le fait même de lui demander quelque chose aurait dû le rendre malade. Pourtant, alors qu'Hermione tient sa main, il se sent plus fort que jamais, prêt à affronter le monde.

Il la regarde et pour la première fois, certainement depuis toujours, il la voit. Ses quelques taches de rousseurs grignotent sa joue en sublimant son teint. Derrière son oreille droite, une mèche rebelle insiste pour ne pas rejoindre sa chevelure. Et ses lèvres, charnues et avides, lui donnent envie de les croquer pour en connaître le goût.

Drago et Hermione se sont déjà embrassés, de nombreuses fois, mais ce baiser-ci à une saveur différente. Drago prend enfin conscience de sa langue contre la sienne, de son buste qui se soulève contre le sien, au rythme de sa respiration. Hermione semble si petite entre ses bras, quand il la soulève. Mais quand il la plaque contre la porte, avide de découvrir chacune de ses odeurs, elle paraît plus forte que jamais.

Du bout des pieds elle le repousse, jusqu'à ce qu'il s'allonge sur le tapis et quand elle s'agenouille devant sa bouche, Drago n'attend pas une seconde pour mordre la dentelle de son sous-vêtement jusqu'à la déchirure. Il a l'impression de n'avoir connu aucune saveur quand sa langue découvre enfin celle d'Hermione. Il pourrait passer la journée entière, allongé, à lécher avidement son corps qu'elle lui offre. Alors, quand elle commence à gigoter pour se redresser, Drago place fermement ses mains sur ses fesses et elle retombe, son clitoris collé contre les lèvres gourmandes de Drago.

Hermione gémit et quand elle se contracte contre sa langue, Drago n'a pas fini d'étancher sa soif. Alors, il la maintient, encore et encore, continuant de jouer avec son corps qui, petit à petit, ne devient que frissons et convulsions. Il ne relâche sa pression que lorsqu'à bout de force, Hermione le supplie de venir en elle.

Quand il se redresse, elle est déjà allongée sur le ventre, sur le tapis du salon. Les frissons n'ont pas lâché sa peau et sa jupe remonte suffisamment pour que son postérieur se dessine élégamment sous ses yeux. Drago se dépêche, il sait qu'elle n'attend que lui. Quand il rentre en elle, c'est l'humidité qui se dégage d'elle qui le surprend d'abord. Et puis, sa chaleur, l'encerclant comme un étau de rêve, doux et bienfaiteur.

Il regarde sa joue frotter sur le tapis à chacun de ses coups de reins. Sa bouche, entrouverte, laisse échapper des gémissements qui le conduisent au bord de l'extase. Et quand il jouit, enfin, ce n'est qu'après s'être assuré qu'à nouveau, elle franchisse avec lui les portes du nirvana.

Alors, répandant en elle son désir, Drago n'a plus peur. Il comprend, pour la première fois, que d'autres voies sont possibles. Que le paradis ne réside pas seulement dans son esprit. Du bout des doigts, il touche ce corps à la peau de velours et se promet de ne plus jamais s'absenter. Il sait qu'il continuera à partir, à voguer dans les limbes à la recherche du néant. Mais il sait tout autant qu'avec elle, le voyage aura une toute autre saveur.

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Merci d'avoir pris le temps de lire cet OS. C'est une fin assez ouverte, que je vous propose, mais je ne pense pas écrire une suite pour autant. Je préfère vous laisser l'imaginer et me la raconter en commentaire !

Un grand merci à mes copines The White Quill et Mrs Yoflam qui m'ont relues et corrigées sur cet OS.

A bientôt !