Voici un OS que je voulais poster depuis longtemps, car même si Oblivion n'est pas mon jeu préféré en terme de gameplay (je trouve le système magique très foireux par exemple et ça me rend triste car j'aime beaucoup la magie dans les TES), Cyrodiil est une province magnifique et le scénario du jeu est tout bonnement incroyable.

Je me devais donc d'écrire quelque chose sur le Héros de Kvatch donc… voilà. Je vous souhaite une bonne lecture.


Partie I — L'Ascension

Elle ne se rappelait plus comment elle était arrivée en prison ou pour quelles raisons. Assise sur ce vieux lit miteux, dans une cellule de quelques pieds seulement, face à celle d'un Elfe Noir qui se railla d'elle dès qu'il l'aperçu.

« Oh regardez, une Impériale dans la prison impériale. Je vous parie qu'ils ne jouent pas les chouchous, hein ? Les vôtres vous considèrent même comme de la racaille humaine. Que c'est triste… »

Ses propos piquèrent plus qu'elle n'aurait voulu malgré le ton moqueur exposé par le prisonnier. Oui, il était ironique qu'une Impériale se retrouve ici et elle n'avait pas bénéficié du moindre traitement de faveur, au contraire.

« Je parie que les gardes vous réservent un traitement spécial avant la fin. Oh, c'est exact. Vous allez mourir ici, Impériale ! La racaille de votre espèce donne une mauvaise réputation à l'Empire. Vous nous faites honte. Le mieux serait que vous… disparaissiez. »

Était-ce possible que ce Dunmer dise vrai ? Ce qu'elle avait fait méritait qu'elle disparaisse ? Elle se rappelait vaguement les regards lancés dans sa direction quand les gardes l'avaient fait traversé la Cité Impériale pour l'emmener dans ces geôles lugubres. Du mépris et du rejet. Personne ne regretterait sa mort, pas même elle. Elle n'avait ni attache ni famille – du moins pas à son souvenir – alors peut-être valait-il mieux que tout se finisse ainsi.

« Hé, vous entendez ça ? Les gardes arrivent… pour vous ! Hé, hé, hé… »

Des bruits de pas résonnèrent, s'approchant de leurs cellules. Elle vit l'Elfe Noir s'éloigner et rejoindre le fond de sa cellule avec assurance tandis qu'elle resta assise sur son lit, observant les barreaux de la porte avec résignation.

Elle comprenait la raison du comportement du Dunmer. C'était celui de quelqu'un tentant de sauver les apparences et de faire face à la peur de la mort en trouvant du réconfort dans le malheur et désespoir des autres. Ils partageaient le même sort mais faisaient face à la condamnation à mort de deux manières différentes.

Les cliquetis des armures se firent de plus en plus distincts, comme les voix qui retentirent dans le couloir. Elle fronça les sourcils. Cela ne ressemblait pas aux paroles que des gardes diraient. De plus, ils semblaient à plusieurs et parlaient précipitamment, comme si la situation était urgente. Que se passait-il ?

Elle eut sa réponse lorsque les ''gardes'' apparurent devant sa cellule et l'ouvrirent. Ce n'étaient pas de simples soldats de la Cité Impériale. Elle ne reconnaissait pas leurs armures, ni les longues épées qui pendaient à leur ceinture.

Cependant, en un seul coup d'œil elle reconnue l'homme vêtu de riches habits que ces soldats accompagnaient. Elle se leva, incrédule et partagée entre l'envie de s'agenouiller et sa stupéfaction qui la paralysait et l'empêchait de bouger.

C'était l'Empereur Uriel Septim VII en personne.

Elle entendit vaguement une soldate se plaindre de sa présence dans cette cellule – qui devait apparemment être vide – mais n'écouta pas un traître mot de ce qui était dit à son sujet. Elle fixa l'Empereur en silence pendant que les soldats envahir sa cellule et que l'un d'eux appuya sur une brique, ce qui activa un passage secret.

Ce qui se passait ici ne la concernait nullement. En faite, elle était certaine qu'elle n'aurait jamais dû se trouver ici et que ce n'était que par un heureux hasard qu'elle n'avait pas encore été tuée pour ne jamais divulguer ce qu'elle venait de voir. Elle n'était qu'une simple prisonnière s'étant retrouvée ici par hasard et en ce moment même, l'Empereur était mené par des soldats – donc probablement ceux-ci étaient membres des Lames, l'ordre spécial veillant à la sécurité de l'Empereur et de l'Empire, ce qui expliquait leurs étranges armures qui devaient être akaviroises – dans un tunnel qui menait à des sortes de ruines souterraines.

Que se passait-il de si grave dans la Cité Impériale pour que l'Empereur soit évacué de la sorte ?

Elle n'osa pas le demander. Les Lames paraissaient ne même pas remarquer sa présence. S'ils le faisaient, peut-être se débarrasseraient-ils d'elle. Elle préféra donc observer en silence l'Empereur passer devant lui et s'apprêter à traverser le passage.

« Attendez… »

Les Lames s'arrêtèrent aussitôt lorsque leur souverain le leur ordonna.

Elle écarquilla les yeux quand l'Empereur se tourna vers elle, la dévisageant comme s'il voyait devant lui une personne censée être disparue depuis longtemps.

« Vous.. Je vous ai vu… Laissez-moi regarder votre visage... »

Il se rapprocha d'elle, la scrutant attentivement malgré les protestations de ses Lames qui lui recommandaient de rester loin de la prisonnière.

« Oui, c'est vous que j'ai vu dans mes rêves… Alors, les étoiles avaient raison. Le jour annoncé est bien arrivé. Dieux, donnez-moi la force. »

Elle ne comprit pas tout de suite ce qu'il voulait dire et dû attendre plusieurs minutes plus tard, lorsqu'on lui permit de passer par le passage menant aux ruines qu'empruntèrent l'Empereur et sa garde.

Des assassins encapuchonnés vêtus de robes rouges tendirent une embuscade à la garde, la capitaine des Lames pérît et plus tard, sous ses yeux et sans qu'elle ne puisse faire quoi que ce soit pour empêcher ça, l'Empereur Uriel Septim VII fut tué.

Juste avant, il lui avait confié l'Amulette des Rois en lui demandant de retrouver le dernier hérité de la lignée des Septims. Simplement parce qu'il l'avait vu en rêve, il lui avait accordé sa confiance, révélé qu'il ne survivrait pas à la tentative d'assassinat portée contre lui et dit voir en elle l'âme d'un héros courageux capable de ramener l'espoir et de se dresser contre le culte de l'Aube Mythique.

Elle, une prisonnière qui devait être exécutée aujourd'hui, venait de recevoir une mission de la plus haute importante de la part d'Uriel Septim VII. Elle ignorait si l'Empereur lui avait confié cette quête par désespoir concernant la situation ou s'il avait vraiment vraiment cru ce qu'il lui disait mais elle était prête à accomplir ce qui semblait être son destin : que l'Amulette des Rois revienne au dernier hériter de Tiber Septim encore en vie.

Elle n'avait de toute façon rien à perdre.

. . .

Elle vit le ciel se nimber de rouge à l'approche de Kvatch. Un camp de fortune était dressé non loin de la ville, occupé par ses habitants qui paraissaient avoir assisté à la fin du monde. Certains étaient blessés, d'autres pleuraient toutes les larmes de leurs corps et les seuls capables de se tenir encore debout parlaient à voix basse d'un air lugubre.

C'était ici que Jauffre, le Grand Maître des Lames à qui elle avait remise l'Amulette des Rois, lui avait dit qu'elle trouverait le fils illégitime de l'Empereur et le dernier Septim encore en vie, Martin Septim.

Un homme désemparé la vit approcher et l'aborda, agrippant ses vêtements et lui jetant un regard hanté.

« N'y allez pas ! Il faut fuir ! Plus personne ne peut aider Kvatch ! »

Une Porte d'Oblivion. Elle ne savait pas que ce c'était mais par la manière dont elle en entendit parler, cela ne pouvait être que désastreux.

Pourtant elle devait continuer. Il fallait qu'elle trouver le dernier héritier des Septims, qu'elle amène Martin Septim en sécurité à Chorrol auprès de Maître Jauffre et qu'ainsi que sa dette envers Uriel Septim VII soit enfin remplie.

Le capitaine Savlian Matius lui dit où était l'homme qu'elle recherchait : le Frère Martin, prêtre de la Chapelle de Kvatch, s'était réfugié là-bas avec les derniers survivants mais il était impossible de les rejoindre avec tous les monstres qui ne cessaient de sortir de la Porte d'Oblivion. Il y avait envoyé des hommes à l'intérieur pour la refermer mais ceux-ci n'étaient pas encore revenus – et ne reviendraient probablement pas.

Alors elle s'était proposée pour le faire. Il ne fallait pas que Martin Septim meurt ici, sinon l'Empire ne s'en relèverait pas et tout Tamriel se retrouverait plongé dans le chaos. C'était tout ce dont elle était certaine et cela lui suffisait pour prendre cette décision.

« Vous voulez y aller ? s'était étonné Savlian Matius. Hé bien… C'est de la folie, mais je ne vous arrêterai pas. Nous avons besoin de toute l'aide possible pour fermer cette Porte d'Oblivion. Allez-y et qu'Arkay veille sur vous mais ne prenez pas trop de risques. Votre mort ne nous apportera rien. »

Il dépêcha un soldat de lui apporter une armure, puisqu'aller dans l'Oblivion en portant uniquement des vêtements serait du suicide et en un rien de temps elle fut vêtue de l'uniforme des soldats de Kvatch, un ensemble de côtes de mailles avec un tabard qui affichait le blason de la ville, une tête de loup grise.

Une fois équipée et dotée d'une lame, elle fit face à la Porte d'Oblivion. Cette imposante et immense construction des plus chimériques était oppressante, une puissante et terrifiante magie s'en dégageait et donnait l'impression que le monde pouvait s'effondrer à tout instant, avec un étrange tonnerre retentissant dans le ciel rouge sang.

Elle prit cependant son courage à deux mains et pénétra dans l'Oblivion, sur une terre aride et désolée remplie de mers de lave, de ruines et de végétation morte où ne vivaient que des créatures démoniaques comme des Galopins et des Drémoras. Sur ce plan de l'Oblivion ne régnait que la désolation et une chaleur étouffante qui rendait l'air presque irrespirable.

Sans nul doute périrait-elle ici. Comment pourrait-il en être autrement, une fois arrivé sur la terre la plus horrible et infernale qu'il soit ? Elle ne devait cependant pas mourir avant l'accomplissement de sa tâche. Qu'importe si cet endroit cauchemardesque était son tombeau, tant que cela assurait la sécurité du dernier des Septims.

Progresser dans ce territoire des Daedra s'avéra une tâche des plus ardues et le seul soldat envoyé par Kvatch qu'elle croisa tomba au combat peu après, lorsqu'ils s'engagèrent dans une tour remplie de dangers pour atteindre son sommet. Là-bas, dans une cage suspendue à plusieurs mètres au dessus de pieux situés au pied de la tour, un soldat épuisé et couvert de blessure l'appela. Elle fit face à un Drémora armé d'un gourdin qu'elle ne réussit à vaincre qu'en le poussant au centre de la tour et le vit être empalé dans les pieux.

Elle se recula, s'appuyant contre le mur pour reprendre son souffle et ses esprits, ayant encore l'impression d'entendre les cris enragés de son adversaire.

« La pierre sigillaire ! lui hurla le prisonnier. Elle est au sommet de la tour devant la Porte d'Oblivion. Vous devez vous en emparer pour que ce cauchemar prenne fin et que Kvatch soit sauvé ! À part la fermeture de la porte, j'ignore ce qui se passera. Peut-être ce territoire de l'Oblivion cessera tout simplement d'exister et nous avec lui mais il faut le faire ! Non, ne vous préoccupez pas de moi et rendez-vous à la tour. Dépêchez-vous ! »

Elle avait quitté cette tour secondaire pour pénétrer dans l'imposante cadette qui trônait devant la Porte d'Oblivion avec encore bien plus de dangers. Lorsqu'elle arriva dans une salle nommée Sigillum Sangis – le sommet de cette tour – et une fois débarrassée des derniers adversaires qui se mettaient sur son chemin en baignant son épée dans leur sang, ce fut avec difficulté et fatigue qu'elle s'approcha du coeur de cette Porte d'Oblivion : un noyau au centre d'un rayon de feu qui traversait toute la tour, la pierre sigillaire.

Il fallait qu'elle s'en empare pour sauver Kvatch et Martin Septim mais la puissance qui émanait de cette pierre la faisait hésiter à avancer. Était-il possible de s'emparer de cette pierre sigillaire sans provoquer d'horribles conséquences ? Un Mortel pouvait-il la toucher ou bien cela signerait-il son arrêt de mort ? Il n'y avait qu'un moyen de le savoir et de toute manière, elle n'avait pas d'autres choix. Coûte que coûte cette Porte d'Oblivion devait être refermée. Pour les rescapés de Kvatch encore en vie, pour ceux pris au piège à la Chapelle d'Akatosh – dont Martin Septim – et pour ceux qui se battaient et tenaient bon, dans l'espoir que le cauchemar prenne fin.

Alors elle ignora la douleur qu'elle ressentait en s'approchant du rayon brûlant, se força à faire fi du feu qu'elle sentait chauffer le métal de son gant et ravager sa peau et attrapa la pierre, la fermant dans la paume de sa main. Ce fut comme si elle venait enclencher une explosion : l'absence de la pierre sigillaire sembla renforcer le rayon, qui grossit brusquement, ce qui la poussa en arrière par terre pendant que le feu paraissait envahir toute la salle.

La tour se mit à trembler, un bruit assourdissant se fit entendre et elle eut tout juste le temps de voir le rayon exploser dans un torrent de feu avant qu'une lumière blanche lui éblouisse les yeux et qu'elle s'évanouisse, tenant toujours la pierre sigillaire dans la main.

. . .

Lorsqu'elle reprit connaissance, la Porte d'Oblivion avait été fermée et Savlian Matius se tenait auprès d'elle, une lueur d'espoir dans le regard pendant qu'il lui annonçait qu'ils allaient faire une percée dans la ville pour rejoindre la chapelle et conduire les derniers civils en sécurité.

Elle avait ignoré la douleur qui parcourait encore son corps et avait suivi les gardes de Kvatch à travers la ville pour rejoindre la chapelle. Elle y avait aperçu celui qu'elle cherchait : Martin Septim, vêtu de sa tenue de prêtre, qui essayait de calmer les survivants avec lui. Elle n'avait pas eu le temps de lui parler : les civils furent conduits à l'abri dans le camp provisoire installé en dehors de la ville et Savlian Matius lui demanda si elle voulait les aider à sauver le comte, toujours bloqué dans le château.

Elle avait accepté. Quitte à sauver ce qu'il restait de Kvatch, autant le faire jusqu'au bout. De plus, elle ne pouvait ignorer les regards encouragements et admiratifs tournés vers elle : les soldats de Kvatch qui l'entouraient comptaient sur elle, espéraient qu'elle les accompagnerait et sans doute trouvaient-ils en sa présence une motivation supplémentaire, un regain d'espoir pour lutter contre cette situation qui paraissait alors désespérée. Elle ne pouvait pas les laisser tomber maintenant.

Elle s'était donc engagée avec eux et des soldats impériaux étaient venus leur prêter main-forte jusqu'au château de Kvatch – qui semblait peut-être en bon état de l'extérieur mais dont l'intérieur était dévasté. Ils avaient tous lutté contre les dernières abominations qui envahissaient les lieux jusqu'aux appartements du comte. Savlian Matius et elle y étaient entrés et avaient eu la tristesse et la déception d'y trouver le corps du comte. Ils étaient arrivés trop tard pour le sauver.

Les derniers civils de Kvatch avaient été évacués mais tant fut perdu qu'il était difficile de trouver la moindre satisfaction dans le fait d'être parvenu à repousser les Daedra et refermer la Porte d'Oblivion.

Ce fut ce jour là, en quittant le château, que Savlian Matius lui donna son armure – qui avait la particularité d'être essentiellement composée de noire contrairement à celles de ses confrères de la garde de Kvatch.

« Ce n'est pas grand-chose et certainement pas assez pour ce que vous avez fait pour nous, mais je vous prie d'accepter ceci, en remerciement pour avoir sauvé ce qu'il restait à sauver de Kvatch. C'est l'uniforme du capitaine des gardes. Je pense que vous êtes la plus digne de la porter. Vous n'avez pas seulement combattue à nos côtés pour Kvatch, vous avez sauvé cette cité. Vous êtes son héros. Vous avez toute notre reconnaissance. »

Il ne lui avait même pas demander son identité, retenant seulement ses actions ce jour-là tout comme l'avait fait avant lui l'Empereur Uriel Septim VII. Les regards reconnaissants qu'elle reçut en descendant vers le camp pour y rencontrer le Frère Martin, les remerciements à profusion qui lui furent faits et les lueurs d'espoir qu'elle vit dans leurs yeux la confortèrent dans sa décision.

Elle savait désormais où se trouvait sa place en ces temps troublés.

Même si cela devait signer sa perte, elle ferait tout en son pouvoir pour fermer une bonne fois pour toutes ces Portes d'Oblivion et ramener la paix en Cyrodiil, en conduisant Martin Septim à son destin.

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L'épuisement la gagnait lorsqu'elle redescendit vers le camp de fortune de Kvatch en compagnie des gardes survivant, Savlian Matius la soutenant malgré le fait qu'il était tout aussi éreinté et fatigué qu'elle.

Elle oublia cependant sa fatigue dès qu'elle aperçu le Frère Martin parmi les rescapés, l'Impérial réconfortant un confrère du Temple. Elle s'écarta de Savlian Matius et d'un pas aussi assuré que possible s'approcha de lui, remerciant d'un simple geste de la tête les gens qui l'arrêtaient pour faire ses éloges. Elle entendit certaines personne l'appeler un héros, le Héros de Kvatch et se sentit rougir à ces mots : elle n'était pas aussi valeureuse et héroïque qu'ils le pensaient mais comment les convaincre du contraire quand cela semblait leur apporter tant d'espoir ?

Malgré ses traits emplis de tristesse et d'inquiétude, Martin Septim lui offrit un sourire reconnaissant dès qu'il la vit approcher.

« C'est vous qui avez fermer la Porte d'Oblivion et aidé la garde de Kvatch à reprendre la ville ? Vous avez toute notre reconnaissance. Ce fut vraiment très courageux de votre part. Néanmoins, votre visage ne m'est pas familier. Vous ne venez pas de Kvatch, n'est-ce pas ? »

Il détourna brièvement les yeux et fronça les sourcils.

« Qui êtes-vous ? reprit-il. Je ne crois pas que vous soyez un simple voyageur qui passait par là. Je me trompe ? »

Elle n'avait jamais été douée avec les mots et pourtant, bien qu'il parut d'abord réticent à croire ce qu'elle lui disait, Martin Septim finit par accepter ce qu'elle lui disait. Elle lui expliqua sa présence lors de la mort de l'Empereur, les dernières paroles de celui-ci et la mission dont il l'avait chargé. La menace de l'Aube Mythique – la secte derrière l'assassinat d'Uriel Septim VII – et l'ouverture d'une Porte d'Oblivion à Kvatch ne pouvant être une coïncidence finirent de le convaincre de venir avec elle jusqu'au prieuré de Weynon où Maître Jauffre les attendait.

Ils partirent aussitôt, laissant le camp de réfugié de Kvatch aux bons soins de Savlian Matius. L'homme désormais en charge comprit que quelque chose d'important se passait en voyant l'air grave de celui qu'il connaissait sous le nom de Frère Martin mais n'insista pas pour en savoir plus se contenta de leur souhaiter bonne chance. Avant de partir, Martin lui promis d'essayer de faire envoyer des renforts et des vivres à Kvatch s'ils passaient par Skingrad.

Leur voyage vers Chorrol dura deux jours. Deux jours durant lesquelles ils ne prirent que peu de repos et ne s'attardèrent que quelques heures dans Skingrad, le temps d'informer ce qui s'était passé à Kvatch et de prendre un repas à une taverne avant de repartir sur la route.

Ils n'eurent pas grand-chose à se dire durant ce trajet. Ils parlèrent essentiellement des évènements survenus à Kvatch, des Daedra et de la Porte d'Oblivion. Martin tenta de se renseigner sur qui elle était mais à toutes ses questions sur son passé et ce qui l'avait emmené dans la prison de la Cité Impériale, elle se contenta d'hausser les épaules.

Elle n'était pas très bavarde et lui bien trop préoccupé par la tragédie de Kvatch pour s'efforcer d'entamer la conversation. Ils finirent par voyager en silence, le bruit devenant un signe qu'un danger pouvait être non loin – même si heureusement ils n'en croisèrent qu'un, sous la forme d'un bandit de grands chemins qui eu le malheur de menacer le futur Empereur de sa dague avant de se faire transpercer par la lame du Héros de Kvatch.

Ils arrivèrent au prieuré de Weynon au crépuscule du deuxième jour de voyage et furent accueillis par les moines du lieu saint se battant vaillamment contre un assaut de l'Aube Mythique. Ils retrouvèrent Maître Jauffre qui n'eut pas le temps de se réjouir et de se présenter correctement au dernier hériter des Septims. Ils partirent tous les trois à chevam de nuit comme des voleurs, en direction de Bruma, vers le Temple du Maître des Nuages où le Grand Maître des Lames assurait que Martin serait en sécurité et que rien ni personne ne parviendrait à attenter à sa vie là-bas.

Bien qu'ils cavalèrent vers le nord-est dans une atmosphère pesante et inquiétante, Maître Jauffre eu le temps de s'enquérir des évènements de Kvatch car les rumeurs allaient vite en Cyrodiil et certaines avaient déjà atteint Chorrol.

« Vous avez réussi à fermer une Porte d'Oblivion ? Je dois admettre que suis étonné, et très inquiet qu'une telle menace soit apparue en si peu de temps et semble avoir repéré l'héritier de l'Empereur si rapidement. Quoi qu'il en soit, toutes mes félicitations. Quand nous arriverons au Temple, pourquoi vous joindriez-vous pas les Lames ? Nous servons et protéger l'Empereur. Vous agissez dans le même but. Vous avez plus que votre place parmi nous, Héros de Kvatch. »

Elle lui sourit poliment et le remercia de sa proposition, lui promettant qu'elle y réfléchirait. Elle n'osa pas lui dire que cela devait faire trois jours qu'elle n'avait pas fermé l'œil et qu'elle était bien trop épuisée pour réellement penser à l'offre qui lui était faite – ou ce qu'elle représentait.

Elle se contenta de le regarder s'adresser à Martin Septim et sentit le soulagement l'envahir. Avec le Grand Maître des Lames, le dernier hériter des Septims était enfin en sécurité.

L'espoir de Tamriel n'était pas mort avec l'Empereur Uriel Septim VII.

. . .

Les températures du nord de Cyrodiil se différenciaient beaucoup des autres de la province par sa fraîcheur et ses brouillards fréquent, cette région étant à l'image de sa proximité avec la province froide de Bordeciel, la terre des Nordiques. Cela n'aidait pas qu'il soit minuit passé lorsque Martin, Jauffre et elle approchèrent enfin du Temple du Maître des Nuages, visible au loin malgré l'obscurité grâce à ses feux allumés.

Ils descendirent de leurs montures devant les portes – qui furent ouvertes à leur venue – et une Lame vint les accueillir et les faire entrer dans le Temple. Un cortège de Lames les attendait dans la cour devant l'entrée du bâtiment, dans un silence religieux et respectueux.

Elle ne se sentit pas à l'aise de se tenir à côté du Grand Maître des Lames et du futur Empereur, d'être observée par ces soldats fidèles à l'Empire avec curiosité et admiration comme si on la prenait pour une personne d'importance mais il était trop tard pour tenter de s'écarter discrètement.

Elle se contenta donc d'ignorer la fatigue qui la suppliait d'aller se reposer et tenta de garder une posture droite en écoutant d'une oreille distraite ce que Maître Jauffre disait à ses Lames. Elle n'écouta pleinement que lorsque Martin Septim s'avança pour prendre la parole, remerciant les Lames pour leur accueil et promettant qu'il ferait de son mieux pour remplir le devoir qui lui était confié. Les Lames le saluèrent et l'acclamèrent avant d'être renvoyées à leurs tâches par leur Grand Maître, qui invita Martin et Héros de Kvatch à aller prendre du repos.

« Vous avez fait un long voyage depuis Kvatch et n'avez pas eu le temps de vous reposer. C'est à peine si vous ne vous écroulez pas de fatigue tous les deux. Une chambre réservée à l'Empereur est déjà mise à votre disposition, sire. »

Ils entrèrent tous les deux dans le hall d'intérieur du temple, dont la chaleur fut plus que la bienvenue après ces longues heures à cavaler vers le nord dans l'obscurité et le froid et se rendirent dans la partie du Temple réservée au couchage.

Elle accompagna Martin Septim jusqu'à ses appartement, passant dans un couloir gardé par une Lame qui inclina respectueusement la tête lors du passage de l'héritier d'Uriel Septim VII. La chambre destinée à l'Empereur se distinguait effectivement de tout le reste. Là où les Lames se contentaient de coucher sur des lits de fortune à même le sol, la chambre impériale disposait d'un lit double des plus attrayants pour le voyage éreinté, dans une salle joliment décorée et munie de nombreux placards, d'une étagère et même de coffres, avec une fenêtre qui donnait vue sur les montagnes de Jerall.

Le Héros de Kvatch souhaita une bonne nuit à l'héritier avant de prendre la direction de la salle où se reposaient les Lames, supposant qu'on lui céderait sans trop de mal un lit pour dormir. Avant qu'elle puisse passer la porte, Martin Septim l'arrêta.

« Attendez. Que diriez-vous que je vous laisse ma chambre pour cette nuit ? »

Elle cligna des yeux, pas certaine d'avoir comprise ce qui venait de lui être proposé. Le fils de l'Empereur sourit à son étonnement.

« Je n'ai pas encore eu l'occasion de vous remercier comme il se doit pour ce que vous avez fait à Kvatch. Ce n'est pas grand-chose mais une bonne nuit de sommeil dans un vrai lit devrait être un bon début. Ne vous en faites pas pour moi. Même si on m'appelle maintenant sire, j'ai grandi dans un milieu modeste et cela ne me dérange nullement de me contenter d'un sac de couchage. En faite, je le prendrais mal si vous refuser mon offre. »

Sa première réaction fut de protester et refuser. C'était la chambre de l'Empereur. Seul lui devait avoir le droit d'y demeurer. Sauf que d'un autre côté, il devait être encore plus impoli de refuser un ''cadeau'' de la part du futur empereur de Tamriel.

Finalement, son épuisement l'emporta sur sa raison et elle le remercia. Il parut satisfait qu'elle accepte son offre et la laissa passer, prenant la direction de la porte. Il s'arrêta sur le seuil et lui sourit.

« Que les Neuf Divins veillent sur vous au cours de cette nuit, mon amie. »

Elle lui sourit en retour et le regarder partir en fermant la porte derrière lui avant de s'écrouler sur une chaise de la chambre impériale en face du lit double.

Elle ne savait quand est-ce que Martin Septim s'était mis à la considérer comme son amie ou si un jour elle oserait faire de même mais en tout cas son coeur se réchauffait qu'une douce chaleur.

Que cela soit parce qu'elle avait rempli son devoir auprès de feu l'Empereur Uriel Septim VII en trouvant son dernier héritier et en le mettant en lieu sûr ou pour la reconnaissance qu'elle recevait, cette impression qu'elle avait fait quelque chose de bien et le fait que les regards qu'on lui lançait étaient chaleureux et bienveillants – ce qui changeait de ceux dédaigneux et méprisants qu'elle avait reçu jusque là dans toute sa vie.

Oui, malgré les récents évènements catastrophiques auxquelles elle avait dû faire face, elle se sentait en paix comme elle l'avait rarement été jusque là et elle n'ignorait pas que cela était dû à ce qu'elle avait fait à Kvatch et sa rencontre avec Martin Septim.

Ainsi, même si Maître Jauffre lui offrait le choix de ne plus risquer sa vie et lui assurerait que les Lames se chargeraient de récupérer l'Amulette des Rois volée par l'Aube Mythique, elle déclinerait son offre.

Que les Neuf Divins soient ou non à l'origine de sa présence aux côtés de Martin Septim, elle s'assurerait que celui-ci réalise son destin en devenant empereur. Sa tâche ne prendra fin qu'une fois cela fait ou que la mort l'emporte avant.


Partie II — Le Déclin

Tous l'acclamaient et désiraient le rencontrer mais ressortaient souvent déçus d'avoir pu tenir une conversation avec le Héros de Kvatch. Cette Impériale qui revêtait l'armure des gardes de la cité déchue dévastée par les Daedra n'était pas exactement ce à quoi ils s'attendaient.

En y réfléchissant bien, ils ignoraient pratiquement tout d'elle et elle ne tentait pas ardemment de s'intégrer et de les aider à mieux la comprendre. Pour tout ce qu'ils pouvaient dire et sans doute l'élément principal qui la caractérisait, c'était sa dévotion envers l'Empereur qui les marquait. Parfois, elle semblait même être son ombre, son bras droit qui lui vouait une confiance sans borne et irait jusqu'au bout du monde pour accomplir ses désirs et lui permettre de réaliser son ascension au trône impérial.

Ses exploits au combat le prouvaient : le Héros de Kvatch si silencieux et solitaire en société, lorsque venait le moment de lever son épée et de se précipiter dans une Porte d'Oblivion pour la refermer, se lançait sans la moindre hésitation dans la bataille. Sa manière de se battre laissait deviner qu'elle ne craignait pas la mort qui pourrait arriver à chaque instant, était prise d'une combativité et d'une volonté que rien ne serait en mesure de faire chanceler et devenait cette source d'espoir qui les encouragerait à ne pas renoncer, à faire face à l'ennemi même si la situation paraissait désespérée.

Elle n'était pas seulement le Héros de Kvatch ou le Sauveur de Bruma, c'était surtout le Champion de Martin Septim – bien plus que le Septième Champion de Cyrodiil par ailleurs.

Alors une fois que Martin Septim se sacrifia pour repousser dans l'Oblivion Méhrunes Dagon, que restait-il de ce Champion sans personne à servir et soutenir dans sa noble quête ?

La chute du Héros de Kvatch ne les surpris qu'à moitié.

Cela commença de manière assez discrète. Ocato et les soldats impériaux la trouvèrent affalée contre un mur à moitié démoli de ce qu'il restait du Temple de l'Unique, son regard incrédule ne quittant pas l'immense statue draconique en lequel l'avatar d'Akatosh s'était changé après sa victoire sur le Prince Daedra.

Elle paraissait ne pas réaliser ce qui s'était passé sous ses yeux, bien qu'elle parvint tout de même à décrire avec précision les derniers mots et actes de Martin Septim. Elle fut amenée à la Tour d'or blanc – comme le sera plus tard Jauffre, le Grand Maître des Lames – pour donner autant d'informations que possible sur sa version de la Crise d'Oblivion, afin que ceux-ci retranscrits et restent gravés dans l'Histoire.

« Que comptez-vous faire à présent, champion ? » lui demanda Ocato une fois le compte-rendu fini.

Elle s'était contentée de hausser distraitement les épaules. Il semblait au conseiller Altmer qu'elle n'avait pas encore réalisé ce qui s'était passé aujourd'hui. Il lui avait proposé qu'en guise de remerciement pour ses agissements – et en plus de son titre de Septième Champion et de l'Armure de Dragon Impériale qu'il avait ordonné de faire forger pour elle –, il s'occupe de lui offrir une chambre dans leur meilleur hôtel de nuit en attendant de lui trouver une résidence digne de son rang de Champion de Cyrodiil mais elle s'était contentée de décliner son offre d'une secousse de la tête et était sortie de la Tour d'or blanc.

Le Héros de Kvatch ne quitta pas complètement la Cité Impériale. Il arrivait parfois que les citoyens la croisent dans un quartier, portant l'armure en maille de la cité au nom damné dévastée par les Daedra – ce qui était un signe qu'elle quittait la capital. Ils ne s'en inquiétaient pas : le Champion était demandé aux quatre coins de la province mais revenait toujours à la Cité Impériale. Ils supposaient qu'elle vivait ici mais personne ne savait où.

On raconta que la veille où elle quitta définitivement la Cité Impériale pour ne plus jamais être aperçue où que ce soit en Tamriel, elle passa sa soirée dans le quartier où trônait la statue de l'avatar d'Akatosh après s'être rendue au Temple de l'Unique pour recevoir la bénédiction d'Akatosh – et sans doute de Martin Septim…

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La paix ne lui avait pas apporté le sentiment de réconfort auquel elle s'attendait. Au contraire : depuis la fin de la Crise d'Oblivion, il lui semblait que toute son existence avait perdu son sens. Jauffre, au nom des Lames, avait proposé qu'elle devienne un membre à part entière de leur ordre et s'installe au Temple du Maître des Nuages mais elle avait décliné son offre, sans pour autant lui révéler le fond de sa pensée : l'Ordre des Lames existait pour servir l'Empereur mais le dernier des Septims était mort quelques jours plus tôt.

Au lieu de cela, elle s'était installée dans une miteuse cabane en bois du quartier portuaire de la Cité impérial qui, à défaut d'être confortable, lui permettait d'être dans l'anonymat le plus complet.

Elle ne supportait plus les regards lancés dans sa direction, les remerciements et compliments qu'elle entendaient à son sujet. Ils ne comprenaient pas. Personne ne comprenait. Pourquoi se réjouissaient-ils tous que la Crise d'Oblivion soit finie ? Pourquoi l'acclamaient-ils alors qu'elle avait échoué dans son plus grand devoir : protéger l'Empereur. Martin Septim était mort et avec lui, la lignée des Septims. Si une nouvelle menace daedrique se présentait, qui pourrait s'opposer à elle cette fois-ci ?

Un nouvel ordre du monde se mettait en place et elle avait l'impression d'être la seule à le remarquer. C'était une exagération, car d'autres comprenaient la situation critique actuelle mais cela la désolait d'autant plus que la paix instaurée grâce au sacrifice de l'Empereur n'était que factice : le banditisme n'avait jamais autant sévi qu'en cette période et c'était sans compter sur un roi Ayléide fou et ses fanatiques qui avaient essayé de se venger des Neuf Divins. Sans même y réfléchir, elle avait rassemblé les différentes reliques de l'armure du Divin Croisé et avec les nouveaux Chevaliers des Neuf, l'avait affronté et défait grâce à la bénédiction de Talos.

Elle avait également apprise à son réveil qu'elle avait failli mourir – ou peut-être était-elle morte un instant après l'affrontement contre Umaril ? Encore aujourd'hui, elle ne saurait le dire. Elle n'avait rien ressenti de particulier et c'était bien là le problème : depuis la mort de Martin Septim et la fin de la Crise d'Oblivion, elle avait l'impression de ne plus rien ressentir…

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Chaque nuit, ses songes étaient nimbés de rouge. Elle revoyait sans cesse le ciel incandescent et sinistre qui entourait les Portes d'Oblivion, le crépitement des éclairs qui se mêlait aux cris des Daedra alentour, l'effroi que ressentaient ceux avec assez de courage pour s'engager dans l'Oblivion avant de réaliser ce que cela l'impliquait, leurs yeux vides après qu'un Drémora leur ait ôté la vie…

Parfois, lors de ces expéditions dans l'Oblivion, il lui semblait que sa survie relevait d'un miracle, orchestré par les Neuf Divins qui voyaient qu'elle avait encore un rôle à jouer et ne pouvait pas mourir ici.

Dans ces moments où elle se sentait accablée, elle prenait la direction de Bruma et rejoignait le Temple du Maître des Nuages. Il faisait en général nuit lorsqu'elle arrivait alors elle marchait aussi discrètement que possible dans la place forte.

Parfois, elle ne croisait absolument personne à cette heure et se traînait jusqu'à un lit quelconque avant de s'effondrer dessus et de s'endormir. D'autres fois, quelqu'un était près de l'âtre de la cheminée qui diffusait une douce chaleur qui contrastait avec le climat froid des Montagnes de Jerall.

À chaque fois qu'elle apercevait l'Empereur en train de lire des grimoires et des parchemins, avec une expression concentrée, elle essayait de passer sans le déranger. Sauf qu'il remarquait toujours sa présence et levait alors le nez de ses bouquins. Ses traits soucieux s'effaçaient pendant qu'il chuchotait :

« Il est bon de vous revoir saine et sauve, mon amie. »

Avant qu'elle ne puisse répondre – ou au moins lui offrit un faible sourire puisqu'elle se sentait trop las pour dire quoi que ce soit –, il remarqua son état et fronça les sourcils avec inquiétude.

« Par Akatosh ! Vous êtes blessée ? »

Elle grimaça mais n'osa pas lui dire qu'elle allait bien puisque la plupart du sang qui tâchait son armure n'était pas le sien : elle se doutait que cela ne changerait pas grand-chose.

L'Empereur ignora ses faibles protestations et délaissa ses ouvrages pour la conduire dans ses appartements, bien plus confortables et intimes que la salle où couchaient les membres des Lames.

Elle se laissa tomber sur une chaise près de la porte, déposa son épée akaviroise et entreprit de défaire son armure de mailles pour ne garder que son gambison usé après tant de Portes d'Oblivion traversées et fermées.

« Vous semblez avoir traversé bien des épreuves depuis la dernière fois que vous êtes passée ici », dit Martin avec sympathie en revenant.

Il sourit devant son air intrigué face aux feuilles dans une concoction aux teintes sombres dans un bol en argent qu'il tenait en mains.

« Ne vous en faites pas, ce n'est qu'un simple remède pour soulager la douleur que tout alchimiste ou apothicaire connaît. J'ai reçu une formation de guérisseur auprès d'un prêtre d'Arkay autrefois mais mes talents en magie sont trop déplorables pour servir à quiconque, je le crains. »

Cela la fit esquisser un sourire et elle accepta l'étrange mixture.

Ils restèrent un instant ainsi, dans un silence religieux que ni l'un ni l'autre osa briser. Il ne lui demanda pas où l'avait mené son dernier voyage et elle en fut soulagée. Elle ne voulait pas avoir à raconter son dernier périple dans l'Oblivion et l'inquiéter plus qu'il ne l'était déjà en reconnaissant que les Portes d'Oblivion semblaient de plus en plus nombreuses partout en Cyrodiil et les Daedra qui s'y cachaient plus féroces que jamais. Il avait déjà bien trop à faire avec le Mysterium Xarxes pour qu'elle l'accable encore plus avec ça.

Finalement, ce ne fut pas elle qui rompit le silence mais Martin :

« Mon amie… Je sais que la situation est critique mais je vous en prie, soyez prudente. »

Elle le regarda sans comprendre. Il lui sourit tristement :

« J'ai appris à vous connaître, depuis notre rencontre. Je comprends que votre devoir vous pousse à prendre des risques inconsidérés et sans vous, les Portes d'Oblivion seraient un danger constant mais votre vie est plus importante que votre dévotion à l'Empire. Votre mort serait une perte incommensurable pour nous tous. Je vous assure que qu'importe le serment que vous avez prêté auprès de mon père l'Empereur Uriel VII, vous l'avez rempli. »

Il se trompait. Elle l'avait certes trouvé et amené en sécurité jusqu'à Maître Jauffre mais l'Amulette des Rois était toujours dérobée, entre les mains de Mankar Camoran. De plus, son serment ne serait entièrement rempli que lorsque Martin Septim entrerait dans la Cité impérial en tant qu'Empereur et que la Crise d'Oblivion ne serait plus qu'un mauvais souvenir.

Seulement à ce moment, elle se permettrait de croire avoir enfin accompli son devoir. Martin pensait que sa fidélité allait à l'Empire mais ce n'était pas le cas. C'était envers lui qu'allait sa dévotion et personne d'autre.

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Après la défaite d'Umaril et puisque aucun danger menaçait Cyrodiil dans l'immédiat, elle était allée chercher des traces de son passé dans la province. Il ne lui fut pas difficile d'en trouver : à Chorrol, dès son premier séjour là-bas, elle avait remarqué un Orque, assis sur un banc sous le Grand Chêne, la dévisager avec surprise pendant qu'elle se rendait à l'armurerie de la ville.

Ce jour-là, elle n'y avait pas prêté attention mais en retournant à Chorrol pour une histoire de disparitions liées au sinistre village de Coupeterre, elle décida d'en apprendre plus et retrouva l'Orque en question à la Guilde des Guerriers. La plupart des membres de celle-ci la dévisagèrent étrangement lorsqu'elle entra dans le bâtiment : certaines agissaient comme s'il venait de voir un fantôme pendant que d'autres l'observaient avec intérêt – peut-être en devinant son identité à cause de son armure.

Heureusement, cela ne dura pas longtemps. L'Orque qu'elle cherchait était assis à une table dans le hall et dès qu'il la vit, il se leva et l'entraîna dehors.

« Je savais que vous finiriez par venir ici, lui dit-il d'une voix bourrue mais familière. Vous avez tout de même été longue. Je m'attendais à ce que vous reveniez plus tôt mais je suppose que vous aviez plus important à faire, pas vrai ? »

Lorsqu'elle lui demanda qui il était, il se contenta de rire grossièrement mais son rire s'estompa dès qu'il comprit qu'elle ne plaisantait pas.

« Kurz gro-Baroth, se présenta-t-il, confus. Vous ne vous rappelez vraiment pas de moi, camarade ? »

Quand il lui fut évident qu'elle ne s'en souvenait pas, il lui raconta qu'elle travaillait autrefois pour la Guilde des Guerriers, jusqu'à ce qu'elle disparaisse sans crier garde et ne soit plus aperçue à Chorrol jusqu'à ce fameux jour où Kurz l'avait vu se rendre à l'armurerie et qu'elle l'avait regardé comme s'il était un étranger.

Là encore, elle n'apprit rien de bien important la concernant.

« Vous n'avez jamais évoqué votre histoire personnelle et ce n'est pas le genre de la maison d'insister sur ce genre de chose, expliqua Kurz avant d'ajouter d'un ton railleur : En fait, vous n'étiez pas très bavarde tout court. Vous n'avez même pas déclinée votre identité et nous n'avons jamais réussi à vous tirer les vers du nez à ce sujet. Je ne sais pas pourquoi vous tentiez tant de fuir votre passé mais en tout cas, ça fonctionnait. Vous étiez presque une ombre, camarade. »

Il lui proposa de venir boire un verre à l'intérieur et partager les récits de ses aventures avec ses anciens partenaires – « vu votre armure et votre regard, je ne doute pas que vous en avez vécu, des choses ! » – mais elle déclina son offre, le remercia d'avoir pris le temps de lui parler et s'en alla sans jeter un coup d'œil en arrière, pensive.

Son passé restait un mystère pour elle mais elle réalisa que cela la décevait moins qu'elle ne le pensait.

Peut-être qu'être une ombre était son destin. Cette perspective ne pas dérangeait mais elle aurait préféré être l'ombre de l'Empereur et non pas juste l'ombre d'elle-même. Malheureusement Martin Septim n'était plus et personne ne pourrait jamais prendre sa place…

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Elle avait entendu dire qu'il se passait des choses étranges près de Bravil.

Une Porte d'Oblivion y aurait été vue sur un îlot dans la baie de la Niben. Par son allure, elle mènerait aux Îles Trémensides, royaume du Prince Daedra de la Folie. Tous craignaient une nouvelle invasion daedrique et même s'il était évident que ce n'était rien de tel, elle comptait s'y rendre pour tirer cette histoire au clair et comprendre pourquoi Shéogorath avait ouvert cette Porte d'Oblivion ici.

Elle prépara ses affaires, revêtit l'armure du Croisé Divin et ses armes et quitta la misérable cabane en bois qui lui servait de maison. Les lunes de Nirn brillaient dans une resplendissante voûte céleste parsemée d'étoiles et une douce fraîcheur soufflait sur les quais le soir où elle quitta la Cité impériale et pour la première fois depuis longtemps, elle s'interrompit un instant pour contempler ce paysage éphémère et songea combien il était agréable de partir sous une si belle nuit étoilée.

Cela lui rappela ses premiers voyages à travers Cyrodiil et la ramena inévitablement aux souvenirs d'une époque où Martin Septim vivait encore et où, même avec la menace omniprésente provoquée par la Crise d'Oblivion, l'avenir de Tamriel lui semblait plus assuré et sûr que maintenant.

Alors le coeur lourd et l'esprit absent, elle se mit en route. Avec de la chance, ce serait peut-être son dernier voyage…

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Des bruits de pas rompirent le silence de la chapelle du Temple du Maître des Nuages.

« Tout va bien, Votre Majesté Impériale ?

— Votre Majesté Impériale ? Je ne suis pas encore empereur et même si je l'étais, vous n'auriez pas besoin de m'appeler ainsi, mon amie. »

Il soupira et croisa ses bras derrière son dos.

« Je me sens un peu nerveux, voilà tout.

— Maître Jauffre vous dirait de ne pas vous en faire, que tout se passera bien.

— Vous partagez son avis ?

— Oui. Vous ferez un grand empereur, n'en doutez pas. »

Ils se dévisagèrent sans un mot, jusqu'à ce qu'il murmure dans un souffle :

« Le danger qui nous attend pourrait être bien plus grand que tout ce que nous avons vu jusque là. Vous tiendrez-vous à mes côtés jusqu'au bout, mon amie ? »

Elle lui sourit.

« Je serai toujours à vos côtés, Martin. »


Navrée, pas de romance entre le Héros de Kvatch et Martin Septim. Je voulais vraiment juste exploiter le « lien » entre le personnage qu'on incarne et Martin Septim et surtout ce que devient le Héros de Kvatch après la Crise d'Oblivion (en dehors de reformer les Chevaliers des Neuf, de devenir Shéogorath, etc.).

Vous l'avez probablement remarqué mais dans cet OS j'ai tenté de donner le moins possible d'identité au Héros de Kvatch. Ainsi il n'est pas nommé (je reconnais que c'est peut-être car j'aime beaucoup le titre de « Héros de Kvatch ») et le fait qu'il n'ait pas vraiment de passé rend pour moi crédible son dévouement dans les évènements du jeu. Parce que sinon je vois mal pourquoi un prisonnier qui s'est échappé grâce à un concours de circonstances serait prêt à aller dans un Plan d'Oblivion pour sauver une ville en ruine pour retrouver en personne le fils illégitime de l'Empereur et ensuite se mêler à toute l'affaire avec l'Aube Mythique, etc.

Après tout, je peux trouver ça logique dans Morrowind ou Skyrim (dans le premier, le héros est la réincarnation du Nérévarine et semble donc « incité » à réaliser son destin – son rêve prémonitoire avec Azura qui lui parle avant son arrivée à Vvardenfell le prouve – et le deuxième est l'Enfant de Dragon, donc à peu près le seul à pouvoir arrêter Alduin grâce au pouvoir de la Voix et tout ça…) mais dans Oblivion, le Héros de Kvatch est personne. Ce n'est pas l'élu d'une prophétie ou un être aux talents exceptionnels, juste un Mortel ordinaire embarqué dans des évènements qui devraient le dépasser. Je veux bien que la Crise d'Oblivion (et donc accessoirement un genre de fin du monde) concerne tout le monde mais être prêt à se rendre dans l'Oblivion, qui est un enfer de feu et de désolation, et faire face à des Daedra me semble un peu surréaliste sans une très bonne raison derrière.

Donc ma version de tout ça, c'est un Héros de Kvatch solennel et qui n'a rien à perdre, ce qui le rend assez téméraire pour aller dans l'Oblivion sans y être obligé (par devoir envers l'Empire par exemple) et prêt à offrir son dévouement à la première personne qui lui accorde de l'importance (d'autant plus que cette personne est l'Empereur Uriel Septim VII, donc par extension l'Empire lui-même – ce qui est très ironique du fait que ce même Empire allait le faire exécuter juste avant, je reconnais).