Un chapitre deux fois par semaine

Disclaimer : Harry Potter, ses personnages et lieux appartiennent à J.K Rowling (même si je lui emprunterais bien Charlie Weasley si je le pouvais) et je ne suis pas rémunéré pour les histoires que j'écris à partir de la sienne.


Prologue


Harry regardait le parc au-dehors du manoir, au travers de la fenêtre. Les sapins ployaient sous le poids de la neige qui encombrait leurs branches, et les rares oiseaux, principalement des corbeaux, croissaient sans interruption, bruyants et agités.

Le jeune garçon les observait, engourdi par la chaleur de la pièce et la fraicheur de la vitre gelée contre laquelle il avait appuyé son épaule et sa tempe.

La neige tombait telle une avalanche du ciel, épaisse, lourde, blanche comme la robe d'une mariée. Harry sourit à cette image. Une robe de neige, voletant dans le vent frais…

-Harry ? Que fais-tu ici mon ange ? Demanda une voix douce, qui le tira de ses pensées.

-Père ! Je réfléchissais. Je crois avoir oublié ma peinture dans la maisonnette…

James sembla attendri et glissa une main dans les mèches brunes de son fils, plus longues que les siennes et plus disciplinées. D'un mouvement de baguette, une grosse boîte se matérialisa, sous l'air penaud et ravi du garçonnet.

-Problème réglé ! Sirius compte donner quelques cours théoriques de métamorphose à ta sœur, tu peux les rejoindre si tu veux.

-Bien. Et où est mère ?

-Quelque part dans le manoir, peut-être aux serres… il me semble que les viornes d'hiver ont fleuri pendant la nuit.

-Alors je pars voir mère.

-Comme tu voudras, sourit James, les yeux pétillants de tendresse. Tu me montreras le tableau final ? Le taquina-t-il.

-Comme toujours !

Le rire de son père le suivit jusqu'à sa sortie du petit salon, alors qu'il partait vers les serres d'intérieur, un des lieux de prédilection de Lily. Tout au long du trajet, Harry fut accompagné des salutations agréables des tableaux, et son attention fut retenue par ses grands-parents, qui s'intéressèrent à son itinéraire. Ils lui firent promettre de peindre leur belle-fille, et le garçon s'inclina avec plaisir face à la demande.


Comme prédit par son époux, Lily était penchée au-dessus des fleurs rosées, un calepin à la main, un crayon moldu entre les dents et le visage concentré. Harry entra sans bruit pour ne pas la déranger et s'assit sur une table propre, s'adossant à la baie vitrée.

Harry était un jeune garçon parfaitement au fait du monde autour de lui. Il savait l'amour, l'amitié, la famille, la beauté et le bonheur autant que la violence, la haine, l'injustice, le malheur et la laideur. Pourtant, s'il y avait bien une chose face à laquelle il refusait de revoir son point de vue, c'était que sa mère était la femme la plus belle du monde.

Elle n'était pas la plus fine, pas la plus souriante. Mais elle avait ce visage doux et ouvert, ces yeux tendres, ce sourire discret, ces mains délicates, et cette aura apaisante. Tout chez elle était beau, de ses cheveux qu'elle disait trop voyants à ses cuisses soi-disant trop épaisses, que James adorait pourtant plus qu'à peu près tout au monde.

Harry vouait et montrait à sa mère une affection que beaucoup de ses amies disaient jalouser, tandis que la jeune femme se contentait de sourire sans rien dire, plantant ses yeux dans la copie parfaite qu'était ceux de son fils. Elles ne comprendraient sans doute jamais à quel point elles avaient raison.

La relation entre ces deux-là était particulière. Là où Norah, sa sœur, passait la plupart de son temps à regarder avec des étoiles dans les yeux son père et le parrain de son frère, Harry avait la même attitude avec sa mère et le parrain de sa sœur, Remus. Souvent, le couple avait plaisanté, disant que leurs amis s'étaient trompés en nommant le responsable de chacun des enfants. Ils n'avaient pu qu'acquiescer, entre un chagrin feint et un amusement bien réel.

La toile claire ne mit pas longtemps à se noircir des couleurs brunes et beiges caractéristiques des pièces utilisées majoritairement par Lily. Quand James aimait les couleurs vive et joyeuses, Lily se complaisait dans des endroits aux allures anciennes et classiques. Le juste milieu se faisait cependant de lui-même dans les pièces que tous les deux foulaient avec la même régularité ; le charme d'un couple qui se comprend.

A l'extérieur du manoir des Potter, la neige n'avait pas ralenti, et les arbres résistaient toujours, profondément enfoncés dans le sol ancestral. A l'intérieur, une savoureuse chaleur régnait, si bien qu'Harry ne se sentit pas fermer lentement les yeux au bout de presque deux heures, le pinceau dans un verre d'eau et la toile terminée.

Quand Lily le remarqua, le garçon était déjà profondément endormi, le corps relâché, la tête appuyée à la vitre. Envahie par une vague d'affection, la femme rousse décala une mèche longue tombant dans les yeux de son aîné, qui se rapprocha d'elle dans son sommeil.

La vie était douce.