DÉFI 2

Voilà plusieurs sujets à vous de choisir celui qui vous inspire ! Possibilité de faire des crossover acceptée !

THEME 2 (Historique, Fantasy…) : Au départ ce n'était qu'un bal classique, long et ennuyeux… Sauf que sous la cloche du mets principal servi au banquet se trouve la tête de l'hôte de la soirée. Alors que la panique s'empare des convives, tous réalisent que les portes sont verrouillées…


Gilles était en train de s'endormir dans la banquette en bois sculptée, garnie de coussins, où il avait pris place. Ce bal durait depuis trop longtemps. Il n'était déjà pas friand des fêtes, avec ces regards posés sur lui en permanence et ces gens qui parlaient dans le dos des autres, mais là, l'atmosphère même ne lui convenait pas. Nous étions le 31 octobre. La nuit tombait dès 6h du soir et rafraîchissait considérablement le temps déjà humide et venteux de l'Angleterre. Gilles n'avait aucune envie de sortir du château de leur père dans ces moments-là et il aurait vraiment préféré être dans son lit… même si les coussins de ce siège étaient confortables et que le feu dans la cheminée juste à côté était agréable.

« Tu as sommeil ? souffla Robin en se penchant vers lui.

-Je suis surtout lassé, répondit son frère. Est-ce que cette fête va durer encore longtemps ?

-Évidemment, le dîner n'a pas encore été servi, sourit l'archer. Tu ne vas quand même pas le manquer ?

-Je pense que si… Tu me garderas une cuisse de faisan. Je vais essayer de trouver une chambre pour dormir quelques heures.

-Nous avons des appartements pour les invités, bien sûr, intervint poliment l'une des cinq sœurs auxquels appartenaient les lieux. Je peux vous y conduire, si vous le souhaitez, Messire Gilles. »

Le jeune homme se leva de sa banquette et acquiesça. Il capta le regard moqueur de son frère et lui fit signe d'adieu avant de suivre la jeune noble. Les fumets du banquet imminent parvenaient déjà jusqu'à lui, mais il n'avait vraiment qu'une seule envie, dormir.

owowowowowowo

Robin prit place avec les autres autour de la table. Marianne étant proche de son terme, elle avait préféré ne pas venir et c'était bien pour ça qu'il avait insisté pour faire venir son frère. Un sourire se dessina sur ses lèvres. Parti dormir, hein ? Vu comme la jeune noble était jolie, il avait quelques raisons d'en douter.

Les serviteurs qui pénétraient dans la grande salle de réception pour servir les plats le sortirent de ses pensées. Ça sentait bon la viande grillée, les légumes rôtis et les sauces fruitées… Mais, quand la cloche du plus grand des mets de la soirée fut soulevée, l'archer sentit son sang se glacer dans ses veines.

Là, au milieu des légumes et des oiseaux rôtis qui l'accompagnaient se trouvait la tête de la plus âgée des cinq sœurs.

« Mais qu'est-ce que cela signifie ? s'exclama quelqu'un dans la salle au milieu des hurlements d'effroi.

-C'est un assassinat ! Une révolte ! Un traquenard ! extrapola un comte. La personne qui a commis cet acte ignoble doit encore être là ! Retrouvons-la ! »

Tout le monde ne semblait pas emballé par cette perspective. Vite, une bonne partie des convives se leva et essaya de forcer les portes de la salle de banquet pour partir… sauf que les battants étaient verrouillés.

« Nous sommes coincés ! cria une duchesse, et la panique s'empara de l'assistance. »

Robin seul resta à l'écart, le cœur battant à tout rompre. Il ne savait pas qui avait assassiné leur hôtesse et il n'avait pas envie de le savoir pour l'instant. Tout ce qui lui importait, c'était Gilles. Il fallait qu'il le retrouve !

owowowowowowo

Au début, Gilles s'était moqué du regard entendu de son frère. Il avait envie de dormir, pas de se compromettre avec la sœur benjamine de la maîtresse des lieux. Mais, une fois dans la chambre isolée de tout, chaude et confortable, il s'était dit que ça n'était pas une mauvaise idée. La jeune femme était vraiment jolie… et les baisers dont elle le gratifia montraient assez qu'elle était plutôt intéressée.

Et puis, les choses étaient devenues franchement bizarres. Sous les volutes de parfum, Gilles avait senti des relents nauséabonds de chair pourrie. Certes, tout le monde n'avait pas une odeur corporelle fleurant la rose, mais là, c'était vraiment trop. C'était même inquiétant.

Mal à l'aise, le jeune homme essaya de s'écarter, mais la noble le mordit violemment dans le cou. Il poussa un cri de douleur et sentit immédiatement du sang gicler sur son épaule. Elle l'avait mordu jusqu'à l'os ! Mu par un réflexe qui remontait à des âges qu'il avait même oubliés, Gilles sortit un couteau de sa manche brodée et le planta dans le bas-ventre de la jeune femme. Elle poussa un cri, elle aussi, et recula. Du sang dégoulinait de sa bouche et elle le dévisageait avec des yeux furieux qui n'avaient plus rien d'humain.

« Qu'es-tu ? exigea Gilles en se retenant au mur derrière lui. Un monstre ? Un démon ?

-Ça n'a pas d'importance ! cracha-t-elle. Tout ce que tu as besoin de savoir, c'est que j'ai le droit de te dévorer ! Ma sœur me l'a promis ! »

owowowowowowo

Au milieu du branle-bas qui régnait dans la salle de banquet, Robin essayait de trouver une fenêtre par laquelle s'échapper. Il se moquait bien de devoir gravir la façade à mains nues, tout ce qui lui importait était de retrouver son frère. Si l'aînée des cinq sœurs avait été tuée, qu'en était-il des quatre autres ? Quelqu'un était sûrement à leur recherche ! Et Gilles était avec l'une d'elles.

Il avait grimpé sur une balustrade pour gagner un balcon extérieur et s'apprêtait à dire aux autres de le suivre quand toutes les bougies de la pièce s'éteignirent d'un coup. Un silence parfait s'abattit sur les lieux. Puis, une seconde plus tard, des hurlements de terreur retentirent dans la nuit, suivis de bruits de grognements et de souffles courts. L'horreur qui suivit, Robin ne put pas la voir mais il la devina aisément aux mastications et aux sons de chair déchirée qui envahirent la pièce. La nausée lui monta dans la gorge mais il la ravala. Il devait retrouver Gilles immédiatement avant que quelque chose de similaire ne lui arrive.

owowowowowowo

Gilles sentait son bras faiblir et se mettre à trembler. Le sang qui continuait de couler de sa blessure dans le cou drainait ses forces. Celles de la noble, en revanche, semblaient ne jamais avoir de fin malgré sa plaie au ventre. Elle était moins rapide, ce qui avait permis au jeune homme de survivre, mais plus acharnée. Des marques de griffure et de morsures parsemaient de plus en plus son corps. Au bout d'un moment, il trébucha en arrière et s'effondra au sol contre le lit. La créature sourit de ses dents ensanglantées et s'apprêtait à bondir sur sa gorge quand une flèche lui transperça soudain le crâne. Elle rugit, tituba, et une silhouette surgit derrière elle pour lui trancher violemment la tête avec son épée.

Le sang de la jeune noble éclaboussa Gilles, qui sentit la nausée lui monter dans la gorge. Mais il la ravala. Ce n'était pas le moment… il était déjà assez faible comme ça.

« Gilles ! Que s'est-il passé ? s'exclama Robin – car c'était lui – en accourant à ses côtés.

-La fille… une créature malfaisante…, répondit son frère en tremblant. Un démon ou que sais-je encore… Elle a essayé de me dévorer…

-Dieu soit loué, tu as tenu assez longtemps pour me permettre d'arriver, souffla l'archer en passant ses doigts dans ses cheveux, comme pour se rassurer sur le fait qu'il était bien vivant et à peu près entier. Ton cou… je vais te soigner. »

Il déchira une partie de sa tunique brodée avec son épée et en fit des bandes pour compresser la blessure de son frère. Puis, comme ça ne suffisait pas, il en fit autant avec la chemise qu'il portait en-dessous.

« Comment m'as-tu retrouvé ? demanda le jeune homme faiblement, en tentant de ne pas gémir sous les mains qui pressaient sa plaie.

-C'était la seule pièce où la lumière était encore allumée, expliqua Robin, concentré sur son ouvrage. Et dans la salle de réception, c'est un vrai carnage… Toutes les chandelles ont été soufflées, les portes verrouillées et des choses nous ont attaqués. Sûrement du même genre que cette jeune femme.

-Qu'est-ce que ça pouvait être ? … Tu le sais ?

-Cette créature ? Sûrement une goule… Un démon femelle qui dévore les cadavres dans les cimetières. J'ai toujours pensé que ce n'était qu'une légende… »

Fermement, Robin finit de nouer la dernière bande de tissu autour du cou de son cadet, qui couina de douleur.

« Pardon, murmura l'archer en lui caressant la joue pour le récompenser de son courage. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, mais il faut qu'on sorte d'ici tant que ces goules sont occupées à manger.

-Je te suis… mais aide-moi à marcher... »

Robin hocha la tête, se pencha et souleva le bras de son frère pour le passer autour de ses épaules.

« Allez, en avant ! s'exclama-t-il pour leur donner du courage. Nous allons rester dans le noir pour ne pas attirer leur attention. Accroche-toi bien à moi, Gilles. Je te protègerai.

-Je sais… Moi aussi, avec mes couteaux… »

L'archer sourit et ouvrit la porte de la petite chambre pour se faufiler dans le couloir. Son cœur battait la chamade à l'idée de ce qui pouvait se cacher dans le noir… à ces créatures féminines, violentes et sauvages, aux dents acérées, qui n'avaient eu aucun scrupule à piéger des dizaines de personnes pour les dévorer. Et à tuer leur sœur… mais pourquoi faire ça ? Si c'était une goule elle aussi ?

Et puis, le comte se souvint que ces quatre filles, la maîtresse des lieux les avaient reconnues comme ses sœurs alors que tout le monde savait qu'elles ne l'étaient pas. Une action généreuse qui avait fait beaucoup parler dans les fêtes nobiliaires… et qui avait coûté sa vie à la comtesse.

Le cœur de Robin se serra. Les histoires fraternelles lui faisaient toujours quelque chose. Il devait absolument sortir Gilles d'ici le plus vite possible et trouver de l'aide.

Par il ne savait quel miracle, il parvint à rejoindre la basse-cour et ouvrit une petite poterne humide et vermoulue, qui déboucha sur la campagne, verdoyante et balayée par le vent. Gilles frissonna et Robin rajusta son manteau autour de lui avant de se mettre en marche. Il ne voulait pas essayer de récupérer leurs chevaux aux écuries, c'était trop dangereux. Il préférait encore essayer de survivre par eux-mêmes dans la lande humide, au moins jusqu'au prochain village.

Les deux frères avancèrent deux heures dans le noir et les bourrasques avant de trouver un coin de forêt où s'abriter. Gilles était glacé et Robin l'installa entre ses jambes, tout contre lui, pour le réchauffer. Heureusement, les pansements de fortune avaient stoppé l'hémorragie. Ils dormirent deux heures et demie puis se remirent en route. Quand le ciel commença à rosir à l'horizon, ils parvinrent enfin devant un village, qui les accueillit, les abrita dans la maison du plus aisé d'entre eux et leur fournit de la nourriture et des couvertures. Pendant que l'épouse de leur hôte soignait un peu mieux le cou de Gilles, Robin se mit en quête d'un moyen de contacter Marianne. Il fallait que quelqu'un soit mis au courant de ce qu'il s'était passé chez la comtesse et que sa femme envoie quelqu'un les chercher. Ce qu'elle fit elle-même le lendemain, malgré son enfant à naître, pour être sûre qu'ils allaient bien.

Quelques jours plus tard, alors qu'ils étaient assis tous les deux dans un salon et que Robin vérifiait la blessure de son frère, ils virent arriver un envoyé du roi. Apparemment, la plupart des invités de la réception avaient été dévorés, sauf ceux qui avaient réussi à fuir ou à se cacher, et les trois sœurs cadettes de la comtesse avaient disparu. La quatrième, celle qui avait piégé Gilles, avait été retrouvée morte et il s'agissait bel et bien d'une créature non-humaine.

Robin accueillit cette nouvelle avec beaucoup de malaise. Les goules, semblait-il, pouvaient prendre l'apparence de la dernière personne qu'elles avaient mangée. Ça signifiait que les trois sœurs restantes pouvaient, à l'infini, tuer des paysannes, se repaître de leur chair et prendre ensuite la place de sœurs, cousines, enfants dans des familles qui voudraient bien les adopter. Et que le massacre recommencerait… Le comte déglutit et serra inconsciemment le genou de son frère, dont la jambe était passée par-dessus ses cuisses. Il espérait que, où que les trois goules aient décidé d'aller, ce serait loin de chez lui.