Bonjour à tous,

Sexyspectrum : Voilà le premier chapitre issu d'une collaboration extrêmement qualitative entre votre serviteur (moi) et Skaelds (qui est vraisemblablement votre serviteur aussi mais je n'ai pas envie de tirer des conclusions hâtives, je lui laisserai le soin de confirmer cela ultérieurement).

Je tiens d'ailleurs à la remercier chaleureusement de m'avoir proposé cette idée de GÉNIE et d'avoir relu et corrigé ce chapitre ! J'espère qu'il saura aussi vous convaincre ! :) Voilà pour les détails concernant ce projet je vous invite à lire ci-après le mot de Skaelds (qui est l'instigatrice et donc la seule responsable de cette fanfiction hahahaha) !

Skaelds : Hello, hello tout le monde ! Avec SexySpectrum, on vous propose une petite collab' caliente sur un petit prompt Insta qui a su nous charmer ! Vous allez adorer ce chapitre, il est absolument génial :O On postera un chapitre toutes les deux semaines, donc préparez votre agenda pour le dimanche 02 août pour le ch2 ! Et on a un procédé type SexySpectrum écrit le POV d'Harry, les chapitres impairs (donc celui-là) et perso je fais le POV de Tom (moins digne qu'on peut le penser) et donc les chapitres pairs (2,4, vous savez, vous avez fait maths au lycée) Bisous, bisous bonne lecture !

Disclaimer : Les personnages & les lieux de Harry Potter ne nous appartiennent pas.


Étape 1 : Rencontrer une source d'inspiration


Le corps était dans une position grotesque. Pour être franc, Agent Weasley (Percy de son prénom) n'avait jamais vu une telle chose de sa vie. Par terre, les genoux repliés sous lui, il avait les mains attachées dans le dos. Cette prosternation était déjà dérangeante en soi mais, plus horrifiant encore, il était entièrement nu. Percy se demanda un instant s'ils venaient de tomber sur les restes d'un culte étrange où l'activité principale serait de se foutre à poil et de se prosterner devant une quelconque divinité. Peut-être qu'une cérémonie vaudou avait mal tournée ? Ou peut-être que l'homme venait de prendre une douche, s'était pris les mains dans une corde, était tombé et était mort.

On ne pouvait jamais savoir. Il y avait de sacrés hurluberlus dans le voisinage.

Bien entendu, Percy réaliserait quelques minutes plus tard que la scène devant lui était encore plus glauque qu'il n'avait pu l'imaginer – et, surtout, qu'elle invaliderait ses hypothèses quant à une douche qui aurait mal tournée. Car là où auraient dû se trouver les organes génitaux de l'homme...il n'y avait plus rien.

Bon, se dit Percy loin d'être découragé. Peut-être que l'homme était sorti de sa douche, avait décidé d'uriner dans son plus simple appareil…

…il réfléchit intensément. Peut-être que la lunette des toilettes se serait fortuitement refermée coupant ainsi et pénis et testicules et qu'ensuite, paniqué, il se serait coincé les mains dans une corde et serait ensuite tombé.

Ah, ces hurluberlus. Il leur en arrivait des catastrophes !

-Peut-être qu'on devrait bouger le corps ? demanda Agent Tonks qui était collée contre le mur à côté de la porte.

Elle travaillait depuis un peu plus longtemps que lui. Mais cela n'empêchait pas qu'elle semblait tout aussi perturbée. Percy, qui avait un petit faible pour elle, espéra que son air bouleversé n'était pas dû au fait qu'elle éprouvait un trouble en voyant le cadavre. Oui, ça aurait soulevé plusieurs possibilités traumatisantes. Soit elle avait un faible pour les hommes particulièrement immondes (les poils du dos de ce type étaient si abondants que Percy était sûr que sa mère pourrait en faire un de ses fameux pulls), soit elle avait un faible pour les hommes morts.

Elle eut un haut le cœur - et disparut par la porte.

Bonne nouvelle, pensa-t-il : Tonks n'était pas attirée par les cadavres.

Constatant qu'ils n'arriveraient à rien s'ils se contentaient de faire des allers-retours entre l'entrée de la pièce et les toilettes, Percy s'approcha du corps, la main plaquée contre la bouche. Il avait envie de vomir. L'homme avait des tatouages. Il pouvait les voir le long de ses bras qui étaient tordus dans son dos. Ils représentaient tous des femmes dans divers degrés de nudité. Il y avait aussi... Quelques hommes. Et Homer Simpson façon strip-teaseuse. Il était presque sûr qu'il pourrait trouver le tatouage "maman" sur la poitrine du type.

Mais il n'était vraiment pas sûr que bouger le corps soit une bonne idée. Retenant l'idée, quelque chose d'autre attira son attention :

-Tu as vu ça ? demanda-t-il à Tonks qui, de retour, s'était accroupie de l'autre côté de la victime.

Elle se redressa – le visage d'une curieuse couleur verte -, contourna le cadavre et vint se placer à côté de lui. Ce que Percy voulait lui montrer, c'était une marque au niveau du poignet. De loin, elle semblait aussi être un tatouage. Mais en s'approchant plus, il constata qu'il s'agissait d'une blessure. D'un dessin.

Un dessin macabre : il avait été réalisé au scalpel, à même la peau.

Un crâne la bouche ouverte dont sortait un serpent. C'était fait avec une précision déconcertante. Percy frissonna malgré lui. Était-ce le symbole d'une secte ? Son intuition lui soufflait qu'il avait visé juste. Percy savait qu'il serait bientôt le chef de la police - en tout cas il en avait l'ambition. Qu'est-ce qu'un serpent dans une bouche pouvait bien représenter... Se demanda-t-il lentement, articulant chaque mot de sa pensée. Un long objet dans une bouche...

Un long objet dans une -

Nom de Dieu.

Cette secte était une secte d'homosexuels.

Il ne serait pas difficile de les retrouver : ce genre de personnes trainaient tous dans les mêmes endroits. Dans des bars et des clubs glauques où ils portaient du cuir comme si c'était du coton. Saloperie, pensa-t-il. Peut-être que l'homme avait décidé d'arrêter ? D'arrêter d'être un sodomite et qu'il s'était fait couper les parties en guise de représailles ?

Il se réjouissait de proposer son idée à son supérieur. Nul doute qu'il serait largement récompensé pour son flair.

Comme si un dieu particulièrement enclin à féliciter Percy avait décidé d'exaucer tous ses vœux, la porte de la petite maison s'ouvrit avec fracas.

Tonks qui elle aussi étudiait la coupure avec attention se raidit significativement.

-J'aurais aimé voir de vrais policiers sur la scène, déclara une voix traînante.

Ni Percy ni Tonks n'eurent besoin de tourner la tête pour savoir qui avait prononcé ces mots. Lucius Malfoy.

Cela dit, politesse oblige, ils se redressèrent les deux avec une vitesse qui aurait rendu jaloux bien des sportifs - particulièrement ceux dont la spécialité était les squats.

-Inspecteur-chef, le saluèrent-ils de concert.

Lucius Malfoy ne daigna pas leur répondre.

Rien, chez leur supérieur, ne semblait indiquer qu'il était policier. Mis à part le badge, bien entendu. En fait, il semblait revenir d'un thé à Buckingham - comme s'il était arrivé là par hasard, curieux de voir ce qui se tramait dans les bas-quartiers de la plèbe.

Habillé avec élégance dans une tenue civile, il avait en plus de longs cheveux blonds qu'il avait attaché derrière le crâne. De là où il était, Percy ne pouvait pas voir sa coiffure avec précision. Mais il avait l'impression qu'à la place d'un d'élastique banal, Malfoy avait un ruban en dentelle. Il ne savait pas pourquoi cette image s'était imposée à lui mais, en fait, Il se représentait très bien Lucius Malfoy habillé avec moultes froufrous et dentelles. Comme un baron français poudré à l'ancienne.

Lucius Malfoy, entouré de son équipe, pénétra dans la pièce avec l'assurance d'un baron français (non poudré). Bientôt, des flashs illuminèrent le cadavre.

-Avez-vous touché à quelque chose ? demanda Malfoy avec mépris.

Tonks secoua vivement de la tête. Elle rougit d'une manière alarmante. Percy se rappela qu'elle avait suggéré de bouger le corps. Heureusement qu'ils n'avaient pas eu le temps de le faire.

-Non, Monsieur, déclara donc Percy en bombant le torse. Il était sûr que son petit manège lui vaudrait au minimum un regard approbateur, au mieux des félicitations concrètes.

Malfoy leva un sourcil et soupira.

Percy décida qu'il soupirait parce qu'il était consterné de voir qu'un jeune homme aussi brillant que lui venait d'entrer dans la police. Il devait se rendre compte qu'il avait désormais... un rival.

-Vous avez tout pris ? demanda le blond aux médecins légistes qui avaient photographiés la scène.

Une dame - ou un homme ? impossible à savoir dans leurs combinaisons leva un simple pouce.

Malfoy s'approcha à pas vifs et assurés du cadavre, releva le bas de son pantalon et, d'une petite poussée, fit tomber le cadavre sur le côté.

La tête de celui-ci roula en arrière. Il y avait une blessure béante au niveau de son cou : il s'était fait égorger.

-Au moins, on sait de quoi il est mort, déclara platement Malfoy. Gants, ordonna-t-il à une personne de son équipe - une jeune femme aux cheveux noirs - qui s'empressa de lui en donner une paire.

Il s'accroupit - ce qui aurait pu paraître incongru pour une personne avec son apparence mais qu'il réussissait à rendre tout à fait naturel ; et du bout des doigts, retourna le cadavre.

Percy, qui était au bord de l'explosion tant il avait envie de prouver sa valeur, n'y tint plus. Il s'exclama :

-Il a une blessure au niveau du bras !

Malfoy ne lui répondit pas mais se pencha vers l'avant-bras de la victime.

-Mon Dieu... déclara Malfoy dans un soupir : Qui a bien pu faire une chose pareille ?

-Ce sont ces saletés d'homosexuels ! s'exclama Percy, persuadé que son coup de théâtre serait apprécié à sa juste valeur.

Lucius se tourna très lentement - ce qui en soit lui conférait un air menaçant qui aurait fait pâlir d'envie bien des petites frappes - pour lui faire face.

-Je vous demande pardon ? demanda-t-il avec une fausse légèreté.

Percy inspira profondément et remonta ses lunettes sur son nez. C'était le moment tant attendu. Celui où il prouverait enfin sa valeur -

Il remarqua que Tonks faisait de grands gestes derrière Malfoy. Elle formait une croix avec ses deux mains. Était-elle en train de l'encourager ? Était-ce un symbole chrétien pour lui signifier qu'elle croyait en lui ?

Forcément.

-Monsieur, je pense que nous avons affaire à une secte d'- .

Tonks s'exclama d'une voix carrément suraiguë :

-Qui veut un café ?

Percy se sentit terriblement floué. Voulait-elle lui voler la vedette ? Cette pensée disparût bien vite, notamment parce qu'il se sentait en grand besoin d'un petit remontant.

-Moi volontiers, répondit-il donc d'un air maussade.

-Et vous voulez une pâtisserie avec ça ? demanda Lucius avec dédain. L'heure était grave et il avait un très mauvais pressentiment. Le meurtre avait été mis en scène, l'assassin avait laissé une marque distinctive sur le corps. C'était comme si l'assassin avait suivi un manuel intitulé Tueur en Série : mode d'emploi.


-Et vous voulez une pâtisserie avec ça ?

-Non, répondit catégoriquement Harry. J'en veux cinq.

Le barista regarda Harry avec surprise. C'était vrai que le jeune homme en face de lui ne semblait pas vraiment être le genre type à s'empiffrer de pâtisserie. Pas très grand, la peau joliment bronzée - il était aussi plutôt mince.

Il faudrait qu'il pense à lui demander son secret.

Harry, quant à lui, était sur des startingblocks métaphoriques : il tenait absolument à avancer dans son roman et il n'y parviendrait que s'il avait une dose suffisamment élevée de sucre dans le sang.

Qu'on soit bien clair, cela n'était absolument pas une excuse qu'Harry avait fabriquée de toute pièce pour pouvoir avaler cinq pâtisseries sans culpabilité. Définitivement pas.

Le sucre l'aidait à se concentrer, le sucre lui ouvrait les voies de l'inspiration, le sucre révélait son talent d'écrivain.

En somme, il devait tout au sucre. Et non pas à son intelligence ou à son talent. (Et, encore une fois, ce n'étaient pas des excuses.)

Du tout.

Il coinça son double frappuccino caramel avec crème fouettée entre son coude et son torse et prit le plateau contenant les cinq pâtisseries avec ses deux mains. Il n'avait pas pensé à mettre sa boisson dessus - mais ça, ce n'était pas parce qu'il était inattentif ou parce qu'il n'était pas logique c'était... parce qu'il manquait de sucre.

Il se dirigea ensuite à pas lent, prenant bien garde à ne rien laisser tomber, vers la table qu'il avait réquisitionnée. Elle était dans un coin du café, un peu à l'abri des regards. Son ordinateur était déjà ouvert - il ne manquait plus que lui.

Harry posa délicatement le plateau sur la table... puis entreprit de poser sa boisson. Il contempla ensuite son espace de travail.

Magnifique, un chef d'œuvre.

Il s'assit, ouvrit le document qui contenait son roman, posa ses doigts sur son clavier et...

Réalisa que, comme la veille, il était coincé.

Contrairement à ce que le barista qui l'avait servi pouvait penser, Harry n'était pas auteur de livres type : "Comment garder la ligne en toutes circonstances" ou "Les romains : des génies. Comment se faire vomir après chaque repas". Non, Harry était un auteur de roman policier et il avait d'ailleurs un succès tout à fait honorable.

Ses deux premiers romans avaient été salués par la critique. Il était encore bien loin d'être une superstar, évidemment, mais si l'on en croyait la qualité de ses premiers ouvrages, tout portait à croire qu'il le serait dans quelques années.

Il soupira puis but une gorgée de sa boisson et se mit au travail. Le plus dur, c'était la première phrase.

Quelques minutes plus tard, il était lancé.

Il passa une heure à rédiger un chapitre. Il avait réussi à se débloquer et s'en félicitait. Sa concentration était admirable : Il n'aurait sans doute pas remarqué si le petit café où il se trouvait s'était fait cambrioler. Ce merveilleux élan s'intensifia… jusqu'à s'arrêter net.

Il était à nouveau coincé. Il se mordit la lèvre, essayant de réfléchir. Le tueur de son roman devait parvenir à cacher un corps. C'était compliqué : Harry avait déjà utilisé plusieurs idées pour les meurtres précédents de son antagoniste.

En plus, il venait de tuer sa victime dans un appartement vide. Son personnage n'avait pas de voiture, il était donc impossible qu'il puisse trouver des bacs d'acides. Il n'avait pas non plus pensé à faire de son tueur un chimiste aguerri. Merde. Il n'avait aucune envie de devoir modifier les chapitres précédents pour inclure cette idée.

Ses précédents romans s'étaient plutôt déroulés dans la campagne anglaise. Il avait l'impression qu'il était plus facile d'assassiner quelqu'un dans des villages qu'en plein centre-ville. Peut-être manquait-il juste d'expérience ?

Il y avait forcément une solution.

Comment faire disparaître un corps quand on est seul dans un appartement vide ?

- C'est pour quel genre d'assassinat ?

Harry tourna vivement de la tête. Il n'avait même pas remarqué que quelqu'un s'était assis à la table à côté de lui. Quelqu'un qui, manifestement, avait entendu sa question. Harry n'avait pas l'impression d'avoir parlé à voix haute... S'agissait-il d'un médium ?

Bon, pensa Harry avec résignation, il avait probablement pensé à voix haute.

L'homme à côté de lui semblait être un peu plus âgé qu'Harry. Ce fut la seule chose qui se forma dans son esprit pendant quelques secondes. Parce qu'il était surtout diablement beau. Il ressemblait à une vedette américaine tout droit sortie d'une comédie romantique.

-Euh, il a étranglé sa victime avec un fil de fer, répondit-il après une petite hésitation.

Harry était très facilement impressionnable et avoir l'équivalent d'un top-model lui faire la conversation avait de quoi le rendre mal à l'aise.

L'inconnu prit un air pensif.

-C'est sûr que c'est compliqué, pourquoi a-t-il décidé de tuer sa victime à cet endroit-là ?

Harry se sentit rougir malgré lui. Embarrassé, il commença à pianoter sur son ordinateur :

-Il ... Il ne voulait pas que quelqu'un l'entende crier.

-Donc c'est l'immeuble qui est vide ? ou juste l'appartement ? l'homme, très intéressé, avait tourné ses jambes pour qu'elles fassent face à Harry. Il se pencha ensuite sur lui.

-Juste l'appartement, répondit Harry.

-Personnellement, répondit l'autre en croisant les jambes avec élégance : je pense que ce n'est pas très prudent que de commettre un meurtre directement dans un appartement. Les voisins pourraient l'entendre. Mieux vaut tuer et préparer le corps à un endroit et ensuite le placer ailleurs.

Harry hocha frénétiquement de la tête, prenant des notes de ce que disait l'homme. C'était assez logique, en fait.

L'inconnu reprit ensuite :

-Enfin, il reste à savoir si le meurtrier veut faire connaître son crime au public ou s'il préfère le garder secret. Dans le deuxième cas, l'option sûre reste la forêt.

Harry réfléchit un instant. Son antagoniste était certes un tueur en série, mais ce n'en était pas un qui faisait trop dans la démonstration. En fait, plutôt que de laisser des corps au su et au vu de tous, il se contentait de laisser le pied d'une barbie dans la boîte aux lettres de sa victime – ce qui s'expliquait par un traumatisme dans sa jeunesse. Bref, il avait besoin de faire disparaître le corps fictif de son meurtrier fictif. Problème, difficile de trouver une forêt à Londres lorsque le personnage n'avait pas de voiture.

-Le problème, c'est que l'intrigue est en plein centre-ville à Londres… déclara-t-il en fixant des yeux son ordinateur.

-Je vois…, l'inconnu prit un air pensif : il pourrait le jeter dans la tamise ? Ou découper son corps en plusieurs parties et les mettre dans des poubelles à côté de boucheries ? Le laisser dans un immeuble désaffecté, appeler la police pour leur dire qu'un corps a été enterré à un endroit X et, après que les policiers soient allés voir, enterrer le corps là ?

Harry hocha vivement de la tête et se retint de ne pas claquer des doigts :

-Parfait !

Il releva la tête et sourit à l'homme :

-Merci beaucoup, je sais exactement comment je vais pouvoir m'en sortir.

-J'en déduis que vous êtes écrivain ? à moins que vous ne veniez de commettre un meurtre ?

Il lui sourit étrangement, comme s'il venait de faire une blague dont lui seul connaissait la chute.

-Oui, exactement, répondit Harry en attrapant sa pâtisserie numéro 3. Il ne l'avouerait jamais à personne, et particulièrement pas à Hermione qui ne ratait jamais une occasion de le sermonner sur ses habitudes alimentaires, mais il était possible – envisageable, qu'il ait eu les yeux plus grands que le ventre. J'écris des romans policiers, reprit-il ensuite.

-Intéressant, c'est possible de les acheter en librairie ?

Harry posa avec regret la moitié de la pâtisserie. Il n'en pouvait plus. Enfin – il allait les embarquer avec lui et serait parfaitement heureux de les retrouver plus tard.

-Oui, je crois qu'ils sont dans certaines librairies. Sinon ils existent en format pour les liseuses !

Harry était assez fier d'avoir trouvé un éditeur. Certaines personnes malveillantes de son entourage (son oncle et sa tante) affirmaient à qui voulait l'entendre qu'Harry n'avait pu signer un contrat que parce que sa meilleure amie travaillait dans une maison d'édition. Cette idée avait – au début – terrorisé Harry. Il s'était vite rendu compte que les Dursley disaient ça parce qu'ils ne supportaient pas l'idée qu'Harry puisse avoir le moindre succès.

-Je peux vous demander votre nom ? J'aimerais beaucoup y jeter un œil.

Harry se sentit rougir malgré lui. C'était son métier, rencontrer de nouveaux lecteurs faisait partie du job… Il ne comprenait donc pas pourquoi il avait à ce point l'impression d'être sous les feux des projecteurs, nu, devant une salle bondée.

-Harry Potter, répondit-il précipitamment. C'était très loin d'une présentation à la James Bond.

-Enchanté, Monsieur Potter. Je m'appelle Tom Riddle.

Et l'inconnu lui tendit la main. Harry la saisit, manquant de faire tomber un stylo qui était posé devant lui. (Pourquoi avait-il un stylo alors qu'il écrivait principalement sur son ordi ? Excellente question : Harry aimait prendre des notes sur le papier, il avait l'impression de retenir les informations plus facilement). La main du dénommé Riddle était extraordinairement grande. Harry se fit la réflexion que la sienne disparaissait presque totalement dans celle de l'autre. Peut-être était-il pianiste – en tout cas il en avait les doigts.

-Votre nom m'est familier mais je n'ai pas encore eu l'occasion de lire ce que vous avez fait, reprit Tom Riddle, gardant la main d'Harry un peu trop longtemps dans la sienne.

-C'est normal ! je n'ai publié que deux livres pour l'instant, s'empressa d'expliquer Harry.

-C'est déjà beaucoup, le rassura Riddle.

Harry lui sourit et, sans qu'il ne puisse réellement expliquer pourquoi, il rassembla ses affaires, et salua l'inconnu avant d'aller demander un carton de takeaway pour les deux pâtisseries et demie restantes.

Si Harry avait été un peu plus doué en introspection – ce qu'il n'était manifestement pas… Il s'y refusait catégoriquement depuis ses quinze ans – il réussirait à mettre un terme sur le sentiment de malaise qui l'avait saisi. C'était de la simple attraction. Mais Harry préférait largement se dire que le type lui avait paru un peu bizarre à lui rendre service, lui serrer la main et le fixer intensément.

Il sortit donc du café, fit quelques pas dans la rue et se maudit pour son comportement. Le type avait réellement dû se demander quelle mouche l'avait piqué. Il était parti d'une manière réellement trop abrupte. Il eut presque envie de faire volteface pour aller s'excuser ou reprendre leur conversation mais il réalisa que ce serait encore plus bizarre que la manière dont il avait écourté leur conversation.


Harry passa la majeure partie de son après-midi à flâner dans le centre-ville de Londres. Il avait une lecture prochainement et il savait qu'il devait se trouver une tenue appropriée. Son agent lui avait expliqué en long et en large qu'il était très important qu'il ait un « look » particulier et personnel et qu'il devrait ensuite s'y tenir. Inutile de dire que toutes les idées d'Harry avaient été rejetées catégoriquement (il avait d'abord suggéré se déguiser en Jedi, puis en hobbit – arguant que c'était pas un look si original et que personne ne trouverait ça bizarre – et finalement -agacé par le côté marketing de l'affaire - avait demandé s'il pouvait se ramener en sous-vêtement.)

Bref, la tentative de faire de lui une « marque de fabrique » s'était très largement soldée par un échec pour l'instant. Pour sa première apparition publique, Harry s'était forcé à enfiler un costume trois-pièces – que son agent avait évidemment choisi pour lui. Il avait été horriblement inconfortable pendant toute la durée de la remise des prix. Il y avait d'ailleurs une vidéo YouTube qui le montrait en train d'essayer discrètement de desserrer sa ceinture. Pas le moment le plus brillant de sa carrière.

Enfin bon, il avait passé la majeure partie de son après-midi, donc, à essayer désespérément de trouver quelque chose à se mettre. C'est-à-dire qu'il était passé devant beaucoup de magasins de vêtement, avait contemplé la devanture avec un air particulièrement inspiré puis avait continué sa route. Harry était très doué pour faire des kilomètres à pied sans éprouver la moindre fatigue.

La journée arrivait à son terme. Les rues étaient noires de monde, les travailleurs quittaient leurs bureaux pour rentrer chez eux. La devanture d'un magasin arrêta Harry. Il s'agissait d'une librairie. Saisi par une inspiration bien plus prononcée que pour les magasins de vêtements, il décida d'aller y faire un tour.

Quelques jours plus tôt, Hermione lui avait conseillé un nouveau livre et elle l'avait tellement bien vendu qu'Harry s'était tout de suite dit qu'il allait l'acheter. Comme tout lecteur londonien de son âge, il appréciait particulièrement les librairies indépendantes. Elles avaient un cachet particulier et il s'y sentait tout de suite à l'aise.

Il salua d'un signe de tête la personne qui tenait la caisse. Il remarqua immédiatement que les yeux de la jeune femme s'étaient écarquillés presque comiquement. Elle venait sûrement de le reconnaître. Ça ne lui arrivait pas souvent du tout, heureusement, mais il commençait à se faire connaître dans le monde de l'écriture. Et les libraires – qui étaient obligés de suivre les nouvelles tendances – avaient tendance à le reconnaitre.

Il se dirigea à pas rapide vers la section fiction espérant secrètement échapper aux griffes de la vendeuse. Une fois, il s'était retrouvé à devoir signer les dix exemplaires que la librairie possédait de ses livres. Le but de sa quête était un roman de science-fiction policier. Il ne savait pas dans quelle catégorie il serait classé et se dirigea donc d'abord vers la section de science-fiction. Le genre l'intéressait passablement parce qu'il avait envie depuis quelques temps d'écrire un roman policier qui se déroulerait à l'aube du vingtième siècle. Le mélange des genres pourrait donc lui donner quelques tuyaux.

Il s'arrêta devant les rangées de livre. Merde. Il ne se souvenait ni de l'auteur ni du titre du livre. Il supposait que la vendeuse ne serait pas très enchantée de le voir débarquer pour l'aider alors qu'il n'avait aucune idée de ce qu'il cherchait.

Il soupira et décida de se rendre du côté des romans policiers. Peut-être aurait-il plus de succès s'il essayait de trouver quelque chose là.

Il s'enfonça plus loin dans la libraire (plus grande qu'il ne l'avait cru au premier abord) suivant distraitement les panneaux qui indiquaient les sections. Finalement, tourna au détour d'un rayon et – s'arrêta net.

Il y avait déjà quelqu'un face aux étagères. La personne en question se retourna – elle tenait un de ses propres livres entre les mains.

-Quel hasard, Monsieur Potter. déclara Tom Riddle.

Très bizarrement, Harry eut une nouvelle fois envie de détaler. Une attitude qui ne lui ressemblait pas.

-Re-bonjour, Monsieur Riddle, déclara-t-il donc en s'approchant.

Il avait l'impression que ses jambes pesaient plus lourd que trois immeubles. Ce qui était, admettons-le, extraordinairement lourd.

L'autre homme lui adressa un petit sourire et lui montra la couverture du livre qu'il tenait entre les mains.

L'embaumeur de Mayfair.

Son premier roman.

-Je n'avais pas réalisé que j'avais rencontré une célébrité, plaisanta Riddle.

Et c'était effectivement une blague car Harry était encore loin d'être célèbre. Il sourit et répondit :

-C'est parce que je suis très doué pour passer incognito.

-Pas sûr que je qualifierais « d'incognito » quelqu'un qui se demande comment se débarrasser d'un corps dans un espace public mais bon….

-Il me semble avoir lu quelque part qu'il n'y a pas de meilleure cachette que quelque chose qui est à la vue de tous.

Tom Riddle acquiesça, amusé, et tourna son livre pour lire le quatrième de couverture :

-En tout cas, ça m'a l'air plutôt intéressant. L'embaumeur de Mayfair…Vous avez des affinités particulières pour l'Egypte ?

La couverture du livre représentait le fameux buste de Toutankhamon.

Si Harry avait des affinités particulières pour l'Egypte… Ah, vaste question. Harry était fasciné, passionné, enthousiasmé par tout ce qui avait trait à l'Egypte antique. Pour écrire ce roman, il s'était même incrusté dans des cours universitaires sur le sujet. Son film préféré, quand il était enfant, était évidemment La momie (incroyable classique selon lui mais qui n'était pas un avis partagé par la plupart de ses amis). À chacun de ses anniversaires, quand ses parents étaient encore en vie – il leur avait demandé d'aller au British Museum où il pouvait passer des heures à regarder les statues et les momies. C'est pourquoi il répondit avec assurance :

-On peut dire ça.

-Moi aussi, j'ai toujours été fasciné par les momies. Surtout la manière dont elles étaient fabriquées. De se dire que des hommes ayant vécu des milliers d'années avant nous étaient capables de telles prouesses post-mortem… !

L'air de Riddle était devenu beaucoup plus enflammé. Comme si – effectivement – réussir à faire sortir le cerveau d'un homme par son nez était la prouesse la plus incroyable de l'Histoire.

En tout cas, Harry était parfaitement d'accord :

-Oui ! Et qu'ils arrivaient à faire ça à des crocodiles aussi ! C'est dingue…, il prit un air pensif : parce que leur nez ? Museau ? est quand même vraiment super long…

Riddle hocha de la tête, l'air tout aussi enthousiaste que lui. Harry espérait que le livre lui plairait parce qu'il y avait mis toute sa passion pour l'Egypte antique.

Il tourna la tête pour regarder les autres livres que la librairie proposait. Il reconnut immédiatement les livres policiers qui avaient bercés son enfance et son adolescence.

Il sentit le regard de Tom Riddle sur lui et il décida de s'excuser pour la façon un peu cavalière dont il lui avait faussé compagnie plus tôt dans la journée. C'était quand même fou qu'ils se retrouvent ensuite dans la même librairie !

-D'ailleurs je tenais à m'excuser pour avant : je suis désolé d'être parti précipitamment, j'avais un rendez-vous avec mon éditrice, mentit Harry.

En même temps, l'idée de dire la vérité lui semblait complètement farfelue : oui alors je suis parti parce que je me sentais mal à l'aise – d'ailleurs je ne sais même pas exactement pourquoi – après tout vous étiez tout à fait charmant mais bon j'ai paniqué. Merci et au plaisir !

Riddle sembla surpris par ses excuses. Peut-être qu'Harry, et c'était assez caractéristique de son comportement, il fallait bien l'admettre, venait de s'inventer un truc de A à Z, que son départ n'avait rien eu de bizarre et qu'au final, ils n'étaient que deux adultes ayant une charmante conversation n'engageant rien de particulier. Cette pensée là était bizarre aussi, évidemment que leur conversation n'engageait à rien – AHHH pensa Harry avec éloquence.

-Mais je vous en prie, est-ce que je vous dois aussi des excuses pour avoir interrompu votre inspiration ?

Harry, malgré lui, laissa échapper un rire :

-Au contraire ! Vos conseils m'ont carrément inspiré !

-Je suis ravi de l'apprendre, répondit Riddle dans un sourire.

Harry lui rendit son sourire avec hésitation. Un silence un peu inconfortable s'étira, durant lequel Harry en profita pour contempler l'étagère.

Elle n'était pas particulièrement fascinante, bien sûr. Mais il sentait toujours le regard de l'autre homme ce qui était un peu embarrassant.

-Pour en revenir à l'Egypte, vous avez vu, je suppose, que le British Museum organise une soirée spéciale ?

Harry quitta immédiatement sa contemplation :

-Oui ! Vous allez y aller ? demanda-t-il avec énergie.

Hermione l'accompagnait parfois pour ce genre d'événements, elle avait une telle curiosité qu'elle se laissait traîner dans beaucoup de traquenards. Enfin, c'était elle qui les qualifiait de traquenards parce qu'Harry trouvait toujours que c'était passionnant et qu'on ne visitait jamais assez de musées ou de galeries dans une vie.

Riddle hocha de la tête :

-Bien entendu, je ne rate jamais les soirées du British Museum.

-C'est étrange qu'on ne se soit jamais croisés alors… parce que moi aussi, plaisanta Harry.

Il y avait toujours des centaines de personnes et il était très facile d'y passer inaperçu. Parce qu'Harry avait quand même l'intuition qu'il aurait remarqué Riddle dans n'importe quelles circonstances : il était difficile de ne pas être estomaqué par son physique.

-En effet. Quoiqu'il en soit, ça a été un plaisir de vous rencontrer M. Potter. Je me réjouis de lire, il leva la main dans laquelle il tenait son livre : votre œuvre. Je suppose qu'on se croisera au Musée.

Harry hocha bêtement de la tête, fit un signe de la main qui lui parût tout sauf naturel au point d'être presque gênant et se remit à la recherche du fameux livre.

Qu'il ne trouva évidemment pas.


La soirée du British Museum aurait lieu le vendredi. Il lui restait donc trois jours avant de s'y rendre. Harry se réjouissait étrangement d'y aller. Alors bien sûr, aller dans un musée de nuit était toujours quelque chose qu'il adorait faire. Ses parents avaient aussi été des amateurs d'événements du genre et Harry éprouvait toujours une certaine nostalgie lorsqu'il s'y rendait.

Mais… Cette fois, il était encore plus enthousiaste que d'habitude. Était-ce dû à un certain individu qu'il avait rencontré dans un café – sûrement pas.

Harry avait beaucoup d'amis et il n'avait aucune raison d'en chercher activement des nouveaux. D'ailleurs il avait tellement d'amis qu'il ne savait plus où donner de la tête. Il avait l'impression que tous ses soirs étaient occupés et qu'il n'avait jamais du temps pour écrire.

À part, évidemment, toutes les heures de la journée.

Harry était tout de même d'une mauvaise foi assez impressionnante. Car certes il avait des amis, mais n'était réellement pas sollicité tous les soirs. C'était juste qu'effectivement, il avait quelque chose de prévu ce soir-là.

Et pour une fois, ce n'était pas Hermione qu'il allait rejoindre. Il la côtoyait plus que tous ses autres amis : notamment parce qu'ils travaillaient beaucoup ensemble.

Non, il avait rendez-vous ce soir là avec une grande partie de la famille Weasley pour aller…voir un match de foot dans un pub.

Y avait-il quelque chose de plus anglais que de se retrouver un mardi soir dans un pub pour voir un match de foot ?

Bon, il y avait aussi l'activité qui consistait à boire du thé en se plaignant des gens. Ça aussi, c'était très anglais, mais c'était un passe-temps qu'Harry n'appréciait pas particulièrement.

Par contre, le football, c'était une autre paire de manches. Il en avait fait lorsqu'il était encore à l'école et avait même été plutôt doué. Il s'était toujours dit que s'il n'était pas écrivain, il serait joueur de foot. Comme quoi, Harry avait toujours privilégié les carrières difficiles.

Son meilleur ami, Ron, partageait évidemment cette passion. Mais s'il avait hâte de passer du temps avec lui – et à plus forte raison avec une bière devant un match – il avait presque plus envie de voir Ginny Weasley, sa sœur. Ginny était une footballeuse professionnelle et était rarement à Londres. Elle voyageait beaucoup, évidemment, et passait en plus beaucoup de temps à promouvoir l'aspect féminin du sport.

Ça faisait des mois qu'il ne l'avait pas vue et s'il était moins proche d'elle qu'il ne l'était d'Hermione… Il l'appréciait quand même énormément.

Muni de son portable, de son portefeuille et d'une motivation phénoménale, Harry se pressa donc dans la rue.

Il avait évidemment exagéré sur bien des points, parce c'était la seule chose prévue de la semaine avant vendredi où il irait au British Museum.

Il prit le métro et se rendit dans le quartier où ils avaient décidé de se retrouver. C'était assez loin de chez lui – ce qui n'était pas surprenant du tout.

Tous les bars de son quartiers, à Westminster, étaient absolument hors de prix. C'était logique évidemment – mais ses amis ne pouvaient pas se permettre de boire des bières importées à plus de 10 pounds la bouteille. D'ailleurs, Harry ne pouvait pas se le permettre non plus, dans un sens. Il avait hérité de l'appartement et de la fortune de ses parents à leur décès. Mais il s'était vite rendu compte que l'argent avait une capacité proprement étonnante à fondre. Ses livres se vendaient bien, certes, mais pas à ce point. Au moins, il n'avait pas besoin de payer un loyer.

Le métro était bondé. Harry aurait dû s'y attendre : les deux équipes qui s'affrontaient ce soir là étaient très populaires. Harry voyait distinctement les couleurs de l'équipe favorite des londoniens sur tous les passagers.

Il avait oublié son écharpe. Ce n'était pas grave : connaissant Ron, il en aurait sûrement une à lui prêter.

Il descendit plutôt tôt que la majorité des autres supporters. Sûrement allaient-ils dans un quartier plus reculé mais très populaire pour les pubs et l'ambiance les soirs de match. Ron et sa famille le préféraient d'habitude mais – apparemment – Ginny avait envie d'être dans une ambiance plus calme. Prestement il remonta les marches menant à la sortie du métro, se félicitant d'être à l'heure.

Il trouva vite le pub en question : Ron lui en avait souvent parlé. Il entra et chercha du regard ses amis. Il y avait beaucoup de personnes rassemblées autour des différentes tables. Les discussions, animées, émanaient de tous les coins de l'établissement.

Il fit quelques pas : trouver ses amis n'était normalement pas difficile, il suffisait de trouver cinq roux réunis. La couleur n'était pas très rare en Angleterre, certes, mais de voir cinq personnes réunies comme s'il s'agissait d'une convention « spéciale roux » avait au moins le mérite d'attirer l'œil.

Il les trouva. Ils étaient autour d'une table, leur discussion animée. Harry pouvait l'entendre de là où il se tenait. Entourée par la famille Weasley (Ron, Ginny, Fred, George et Bill) se tenait une sixième personne – blonde.

Harry s'approcha de la table et leva la main en guise de salutation. Ginny lui sauta pratiquement dessus – pas étonnant. Il lui rendit son étreinte et regarda d'un air penaud les autres membres de sa famille qui avaient tous faits divers gestes dans sa direction. Ils n'avaient pas été assez rapides et Ginny leur avait brûlé la priorité.

-Vous allez bien ? demanda-t-il une fois que Ginny l'eut relâché.

Ron leva un pouce dans sa direction – sa bouche étant occupée à ingérer une gorgée de bière. Fred et George allaient répondre plus en détail à sa question – apparemment - mais Ginny les coupa :

-Harry, voilà Luna !

Harry tourna la tête vers la jeune femme blonde qu'il avait tout de suite aperçu. Elle semblait avoir plus ou moins le même âge qu'eux. Son visage était presque banal mais la taille et la couleur de ses yeux rendaient l'ensemble absolument captivant. Comme si elle avait des propriétés qui la rendaient presque…autre. Et son style vestimentaire était pour le moins particulier : Elle portait une salopette rose sur un t-shirt jaune et… avait des radis ( ?!) en guise de boucle d'oreilles.

Harry lui tendit amicalement la main. Ginny ne faisait pas partie des gens (Hem hem Hermione) qui tentaient désespérément de lui trouver une petite amie. Il se sentait donc suffisamment en sécurité pour ne pas avoir l'impression qu'il s'agissait-là d'un guet-apens à peine dissimulé.

-Salut Luna, je suis Harry ! déclara-t-il avec bonne humeur.

Elle serra sa main – un peu trop légèrement pour que ça soit tout à fait agréable et le salua d'un signe de tête. Elle semblait le regarder… sans le voir. C'était une impression très étrange. Comme si, au lieu de se contenter des traits de son visage, elle sondait le fin fond de son être.

Ginny passa un bras autour du cou d'Harry et lui « chuchota » (il s'agissait de Ginny… C'était difficile d'imaginer qu'elle puisse parler doucement ou faire preuve de retenue) à l'oreille d'un air conspirateur :

-C'est ma copine.

La première réaction d'Harry fut de grimacer. Ce qui était une réaction somme toute assez normale lorsque quelqu'un vous hurle dans l'oreille. La deuxième fut le choc – normal – d'une telle révélation.

-Quoi ?

Ginny avait passé environ cinq ans à le suivre partout et à lui écrire des poèmes (qu'il avait évidemment gardés) et l'idée qu'elle puisse avoir une copine au lieu d'un copain lui parût incongru pendant une ou deux secondes.

Il remarqua l'air absolument ravi des deux femmes et il ne put s'empêcher de sourire :

-Bien joué, ajouta-t-il à Ginny en essayant de lui ébouriffer les cheveux (ce qu'elle détestait, évidemment, raison pour laquelle Harry ne pouvait jamais s'empêcher de le faire – surtout devant sa petite-amie) : tu as toujours eu bon goût !

Ginny éclata de rire et s'écarta de lui pour aller embrasser avec affection la dénommée Luna.

Harry ne put se retenir de remarquer qu'absolument aucun de ses frères ne semblait trouver la situation étrange.

Il ne put s'empêcher, bêtement bien sûr, c'était une pensée idiote – le genre de pensée qui n'avait strictement aucun sens et aucun encrage dans la réalité – Enfin elle était tellement ridicule qu'Harry n'avait même pas envie de s'attarder dessus.

Il le fit quand même. Il se demanda quelle serait la réaction de ses amis s'il se ramenait avec un type. Évidemment, il n'avait personne en particulier en tête – loin de là. Il n'avait jamais pensé à un homme de cette manière ha ha ! Quelle bonne blague, il n'avait eu que des petites-amies, des relations plus ou moins longues mais – Cédric Diggory, lui souffla une voix particulièrement malveillante.

Alors qu'on soit bien clair, Harry Potter n'avait jamais fantasmé sur Cédric Diggory. Il avait juste été … amoureux de sa copine à lui et l'avait observé dans le but de le remplacer un jour.

C'était tout.

Il attrapa un verre de bière – pas le sien – et avala une énorme gorgée avant de faire claquer le verre contre la table.

Ron lui lança un regard curieux.

Harry ne comprit pas de tout de suite que Ron pensait qu'il était triste que Ginny ait trouvé quelqu'un, que Harry venait de se rendre compte qu'il avait toujours passionnément aimé la rousse mais qu'il ne s'en rendait compte que trop tard.

S'en suivit une conversation assez poignante mais très gênante dans les toilettes des hommes où Ron essaya de consoler Harry qui n'avait absolument pas besoin d'être consolé, plutôt besoin d'être rassuré quant à son orientation sexuelle. Avoir son meilleur ami essayer de l'enlacer dans des toilettes n'était donc pas très utile.

Il avait ensuite essayé sans succès (parce que sans réelle conviction) de draguer une jeune femme qui était assise au bar mais – après avoir remarqué qu'il avait finalement carrément une chance – il avait fini par détaler comme un lapin.

Rentré chez lui, bien des heures plus tard, il passerait la majeure partie de la nuit à contempler sa table basse en se demandant quel était son putain de problème.


Il y avait beaucoup de monde dans la cour du British Museum. Par petits groupes, ils flânaient parmi les colonnes qui soutenaient l'entrée du bâtiment. Harry pressa le pas et s'intégra dans la file qui – de toute évidence – faisait la queue pour entrer. Il y avait toujours énormément de monde pour les événements et Harry s'était déjà fait refouler parce qu'il était arrivé trop tard et que la capacité maximale du musée avait été atteinte.

Ça n'arriverait pas deux fois.

Harry tira sur sa chemise avec gêne. Il avait fait un effort pour s'habiller : ça avait été un principe de sa mère. Il fallait montrer du respect aux objets qui nous précédaient de milliers d'années et qui nous survivraient. En plus, on ne savait jamais sur qui on pouvait tomber lors de ces expositions. Bien entendu, il faisait là référence aux diverses personnalités londoniennes qui avaient du plaisir à venir écouter des conférences et assister à un vernissage. Pas du tout à l'homme qu'il avait rencontré quelques jours plus tôt. D'ailleurs il ne se souvenait même plus de son nom. Tim ? Tim quelque chose – ah définitivement il ne s'en rappelait plus, pensa-t-il avec obstination alors même que le véritable nom de l'individu lui était apparu instantanément.

Cette amnésie était préoccupante puisqu'il avait réussi à googler l'inconnu deux jours plus tôt. Il n'était tombé que sur un profil Linkedin. Harry aurait préféré tomber sur un réseau social plus … privé parce que Linkedin ne donnait qu'une image faussée des gens. Il en savait quelque chose, le sien était tout sauf représentatif de la réalité. Bref - ce n'était pas du tout TIM qu'il cherchait dans la foule mais un éditeur ou un mécène à qui il pourrait se présenter.

Hermione était toujours utile dans ce genre de cas parce qu'elle connaissait tout le monde (même si ce n'était pas forcément réciproque). À croire qu'elle avait un fichier dans lequel elle avait relevé le nom de toutes les personnes influentes de la capitale.

Harry passa docilement devant le garde. Il ne portait pas de sac et n'eut donc pas à le présenter avant de pouvoir pénétrer dans l'enceinte du musée.

Les quelques personnes qui traînaient encore devant l'entrée donnaient une impression résolument trompeuse : le musée était plein à craquer.

Il se fraya un chemin dans la foule. Le hall du british muséum était gigantesque. D'habitude, il lui donnait l'impression d'être minuscule. Mais il y avait là un tel nombre de personne que le plafond de verre semblait plus bas que d'habitude. Le bruit des conversations résonnait et lui semblait assez oppressant.

Harry, agacé de voir toutes ces personnes debout et peu pressée d'aller s'asseoir, décida d'aller trouver une place lui-même. Il savait très bien que certains d'entre eux avaient le privilège d'avoir des places réservées. Ça n'était pas son cas.

Les sièges étaient disposés de l'autre côté de la rotonde principale. Harry devait donc en faire le tour avant d'arriver à l'endroit où il pourrait prendre place. Il regardait autour de lui, cherchant inconsciemment une figure familière.

Il n'en trouva aucune. Déçu malgré lui (bien qu'il n'apposerait jamais cet adjectif à ce qu'il ressentit à ce moment-là) il s'assit sur l'une des dernières chaises libres disponibles.

Il soupira, regarda sa montre et croisa des doigts. La conférence ne commencerait pas avant trente minutes. En réalité, elle ne commencerait pas avant quarante-cinq minutes, le temps que les retardataires soient tous installés. L'idée qui lui avait paru géniale en début de soirée – c'est-à-dire de ne pas emporter de sac – lui parût carrément moins bonne. Il n'avait pas de livre pour s'occuper, pas de quoi écrire pour avancer dans son roman (où pour noter des idées) …

Il sortit son téléphone en rechignant et consulta les divers réseaux sociaux sur lesquels Hermione l'avait obligé de s'inscrire. Étonnamment, il s'était pris au jeu et ce qui lui avait paru être une horrible corvée au début était maintenant quelque chose qu'il faisait de bon cœur. Il faudrait qu'il poste une photo de sa soirée : c'était une bonne chose si ses lecteurs le trouvaient cultivé. Surtout avec son roman lié à l'Egypte, pouvoir prouver que c'était réellement un sujet qui l'intéressait et pas simplement une lubie serait une excellente chose.

Mais il se voyait mal prendre une photo de là où il était assis. La meilleure chose à faire serait de prendre une photo de l'entrée du British Museum une fois qu'il en sortirait. En plus, il n'était pas sûr que les photos soient autorisées et il n'avait pas très envie de se faire engueuler publiquement.

Un couple de personne âgée prit place à côté de lui. Il était entre deux couples. Apparemment, c'était une sortie assez prisée pour les rendez-vous amoureux. Il étudia les gens autour de lui. Pas de trace du fameux type qu'il avait rencontré le week-end précédent.

Peut-être avait-il eu un empêchement.

Cette idée lui donna presque envie de se relever et de quitter la conférence. C'était complètement stupide il n'était pas venu pour ce mec, il serait venu de toute façon alors –

Il se releva. Se retourna et se retrouva presque nez-à-nez avec Tim qui avait apparemment l'intention de s'asseoir derrière lui.

Harry se sentit raidir. Il adressa un sourire qu'il voulait amical à l'autre homme et – comme si le bon sens avait définitivement quitté son corps en entier – sortit de sa rangée de siège (en dérangeant au passage six personnes qui s'étaient assises). Il n'avait qu'à aller aux toilettes et revenir d'un air digne.

Bon sang, la conférence allait forcément commencer bientôt. Il serait le dernier crétin à arriver. Oh non. Pensa-t-il avec horreur. Qu'est-ce qu'il lui avait pris ?

D'un pas vif il alla effectivement dans les toilettes et s'enferma dans l'une des cabines. Il n'avait évidemment pas besoin du tout d'y aller. Il inspira et expira. Combien de temps prenait-il habituellement lorsqu'il se rendait dans ces lieux ? Est-ce que s'il retournait maintenant s'asseoir ce serait bizarre ? Il contempla ses options une seconde de plus et sortit de la cabine.

Il décida de se laver les mains pour parfaire l'illusion (Harry aurait pu être un criminel s'il en avait ressenti l'envie) et retourna trouver sa place.

Evidemment, les lumières du hall avaient baissées en intensité. La conférence était sur le point de commencer. Il pressa le pas, essayant toutefois de garder un air tout à fait flegmatique et trouva l'endroit où il s'était assis. Il y avait une veste à sa place. Quelqu'un d'autre avait profité de son absence pour la lui voler.

Scandalisé, il regard à tour de rôle ses anciens voisins. Ni le couple de personnes âgées ni celui plus jeune n'avait indiqué au malotru que la place était prise ?

Il croisa le regard de Tim.

Tim qui lui adressa un signe de tête et enleva sa veste. Ah, Harry comprit soudainement : l'autre garçon lui avait réservé sa place. Ce n'était… Pas ce qu'il avait compris.

Il s'avança, carrément plus content – dérangea une nouvelle fois toutes les personnes devant qui il devait passer – et s'assit avec beaucoup d'élégance.

Il sentit qu'on lui tapait doucement l'épaule. Il se retourna légèrement. L'autre homme était entièrement penché en avant et lui chuchota presque au creux de son oreille :

-Je suis très heureux de vous voir, Monsieur Potter.


Harry aurait très certainement pu (dans d'autres circonstances) passer une excellente conférence. Après tout, ce n'était pas tous les jours qu'on avait l'occasion de voir un Egyptologue parler de sa dernière trouvaille. Et quelle trouvaille ! Existait-il sur cette planète objet plus passionnant qu'un dé à coudre antique ? Harry était persuadé que non. C'était la chose la plus fascinante qu'on lui ait jamais montré. Et le PowerPoint de 250 slides sur le sujet ? Ah ! Un chef d'œuvre de concision, de magnificence … honnêtement jamais Harry n'avait eu le privilège de vivre un moment pareil.

Et pourtant, étrangement, il lui fut tout simplement impossible de se concentrer sur ce qu'il écoutait. Il essayait pourtant avec toute la bonne volonté du monde de s'intéresser à ce dé à coudre mais… cela se révéla être une tâche proprement impossible.

À vrai dire, il était surtout concentré sur un certain nombre de trucs absurdes. Se tenait-il assez droit ? avait-il l'air suffisamment décontracté ? Est-ce que la manière dont il regardait la conférence était bizarre ?

Il avait même l'impression que sa manière de respirer était ridicule. Et la manière dont l'autre type lui avait chuchoté des trucs à l'oreille… ça n'avait rien de normal est-ce qu'il ferait ça à Ron ? Est-ce qu'il tapoterait sur son épaule pour lui chuchoter quelque chose ?

Non.

La réponse était claire et limpide. Non, il ne ferait certainement pas ça. Ce serait carrément bizarre. D'accord. D'accord – chaque être humain avait ses spécificités, peut être que Tim aimait susurrer des – Non. Harry allait arrêter de paniquer, le mec n'avait rien « susurré » dans son oreille. Il maudit son cerveau d'avoir choisi un terme pareil.

Je suis très heureux de vous voir.

Est-ce qu'il sous-entendait quelque chose ? Est-ce que cette phrase avait un sens particulier ? Ou est-ce qu'il était complètement en train de s'inventer une histoire qui n'avait aucun fondement réel ?

Bon, ça ne servait à rien de se poser mille questions. Voilà la conclusion à laquelle Harry arrivait invariablement. Il essayait ensuite d'écouter ce que racontait l'Egyptologue. Tout ça pour se remettre à penser ensuite au type assis derrière lui.

Harry ne savait même pas s'il avait hâte (ou si au contraire il craignait) la fin de la conférence.


Fin qui arriva fatalement, ponctuée par les applaudissements des centaines de spectateurs. Harry, qui n'avait rien écouté, fit de même.

Regardons les faits, pensa-t-il. Je me suis bien habillé (parce que c'était une tradition familiale), j'avais très envie d'y aller (parce que c'était une conférence sur l'Egypte), je n'ai rien écouté (parce qu'un inconnu me drague). Il n'y avait rien de bizarre.

Il y avait tout de bizarre. Il s'était bien habillé parce qu'il avait espéré croiser Tom Riddle (il avait décidé d'admettre qu'il se souvenait parfaitement de son nom), il avait eu envie d'y aller parce qu'il avait espéré croiser Tom Riddle, il n'avait rien écouté parce que Tom Riddle était assis derrière lui.

C'était une première.

Avoir une crise existentielle à 22 ans, c'était ridicule. En même temps, pensa-t-il alors qu'il se relevait et qu'il se tournait vers l'autre homme, qui n'aurait pas une crise existentielle face à ce mec. Riddle portait à nouveau des habits extraordinairement bien coupé qui mettaient en valeur … son physique. Harry se sentait terriblement quelconque. Peut-être avait-il tout mal interprété.

Ce serait assez typique. Il interprétait souvent assez mal ce que les gens attendaient de lui… Sauf que c'était d'habitude dans l'autre sens. Ah ? Cette fille qui m'a proposé un cinéma s'attendait à ce que ce soit un « date » en bonne et due forme ? Ah ce mec qui me propose de me montrer sa bibliothèque à une autre idée en tête ?

Il était quand même assez naïf, il le réalisait, et franchement il ne serait pas étonné de découvrir que Tom Riddle n'avait, en fait, pas d'autres intentions que de passer un moment agréable en sa compagnie.

-Vous avez l'intention de visiter la collection ? lui demanda d'ailleurs l'objet de ses pensées.

-Oui, répondit simplement Harry.

Le musée serait exceptionnellement ouvert jusqu'à minuit.

-Je peux vous accompagner ?

Harry hocha de la tête, essayant de calmer son appréhension. Sois cool, sois cool, sois cool, se supplia-t-il.


Ils constatèrent bien vite que la majorité des autres auditeurs avaient précisément la même idée qu'eux. Puisque la conférence avait été sur l'Egypte, seule cette partie-là du musée était ouverte. Le monde qui se pressait entre les vitres était donc vertigineux. Harry lança un regard agacé à un homme qui venait de le pousser sans ménagement pour regarder le contenu d'une vitrine. En plus, c'était sa favorite : il y avait toutes les momies d'animaux.

C'était fou comme l'être humain avait ce désir incontrôlable de contempler la mort. Tout le monde se fichait des dés à coudre, tout le monde voulait voir les chats préservés depuis quatre mille ans.

Une autre personne le poussa à sa gauche. Bon Dieu, il détestait la foule et il détestait encore plus être touché de part et d'autre. Il se sentait prisonnier, comme si la foule était un mur qui au fur et à mesure de son avancée, l'étouffait.

Riddle dû remarquer son inconfort.

-Est-ce que vous voulez qu'on s'éloigne ? demanda-t-il.

Harry se tourna pour lui faire face. Il s'était tenu dans son dos, ce qui était assez logique au vu de sa taille. Plus grand qu'Harry, il pouvait regarder par-dessus sa tête pour voir le contenu l'exposition.

Il voulut répondre que non (après tout il venait de patienter dix minutes pour voir les momies, il n'allait pas y renoncer parce que des impolis ne pouvaient pas s'empêcher de faire passer leur plaisir avant ceux des autres) mais une énième personne s'appuya contre lui et il ne put retenir une grimace.

D'un geste tout à fait naturel, Riddle attrapa son bras, le fit passer devant lui et appuya une main sur son dos. Il le poussa ensuite légèrement, l'éloignant de la vitrine.

-Mais… les chats, marmonna Harry avec désespoir alors que la poigne de Riddle se raffermissait sur son bras.

Il lança un regard triste à la vitrine, déjà obscurcie de monde.

-Rien ne nous empêche de revenir demain, répondit doucement Riddle.

Harry fut mené jusqu'à un banc où personne n'était assis et l'autre homme le contempla les sourcils froncés.

-Vous n'avez pas vraiment l'air bien.

Effectivement, Harry avait l'impression d'avoir terriblement chaud. Des gouttes de sueurs avaient perlé sur son front et il ne sentait plus ses jambes.

-Je n'aime pas la foule, répondit-il d'un air désolé.

Riddle lui sourit – c'était un sourire étonnamment chaleureux qui détonnait avec son beau visage. Comme si celui-ci n'avait été taillé que pour avoir un air majestueux et sérieux.

-Je reviens, déclara Riddle avant de s'éloigner à pas vif.

Harry grogna : il ne manquait plus que ça. Il avait été tellement enthousiasmé à l'idée de visiter la partie Egyptienne avec Riddle qu'il n'avait pas pensé … qu'effectivement, la foule avait un caractère anxiogène qu'il avait parfois du mal à gérer.

Faire une chute de tension… Le truc le plus sexy du monde. Pensa-t-il avec ironie. À moins, évidemment, que Riddle ne soit un psychopathe qui appréciait se trouver face à des proies sans défense.

L'idée, complètement absurde, le fit sourire.

Quelques minutes plus tard, l'autre garçon était de retour, une bouteille d'eau dans les mains. Il la tendit à Harry qui, reconnaissant, s'empressa de l'engloutir.

La prochaine fois, il serait un peu plus malin et emporterait avec lui sa propre bouteille. Bon sang, passer pour un damoiseau en détresse… Bien joué, Harry, pensa-t-il.

-Vous vous sentez mieux ?

Harry hocha de la tête et se releva. Il déboutonna distraitement deux boutons de sa chemise. À croire qu'il avait fait exprès de se mettre dans la meilleure position pour s'évanouir. Le col lui avait paru impossiblement serré en plein milieu de la foule. Et ce n'était pas qu'une impression.

-Merci pour l'eau, est-ce que je peux vous remercier d'une quelconque manière ?

Riddle fit un geste qui signifiait clairement que c'était tout naturel, qu'il n'y avait aucune raison de le remercier et que c'était tout simplement sa personnalité d'être prévenant et de venir au secours des âmes en peine qui croisaient son chemin.

-Mais je vous en prie… Monsieur Potter. Je peux vous appeler Harry ?

Harry lui sourit : très peu de gens s'étaient à ce point escrimé à l'appeler « Monsieur Potter ». Peut-être parce qu'il faisait jeune ou peut-être parce qu'il ne dégageait tout simplement aucune autorité. Malheureusement, c'était probablement la deuxième hypothèse.

-Vous pouvez aussi me tutoyer ! Monsieur Riddle, ajouta Harry dans un sourire.

-Il en va de même pour toi, évidemment.

Ils se sourirent. Était-ce là le début d'une magnifique amitié ? se demanda Harry. Une partie de lui espérait que non.


Harry prit une grande inspiration. L'air frais de la nuit calma instantanément ses nerfs. Il faisait presque froid – une température typique de la saison, mais loin de le déranger, cela le soulagea.

-Tu as déjà mangé ? lui demanda Tom qui était en train de nouer son écharpe autour de son cou.

Il semblait sortir tout droit d'Oxford. Ou, plutôt, il ressemblait au stéréotype qu'Harry se faisait des étudiants d'Oxford.

-Pas encore.

-Je connais un restaurant plutôt pas mal dans le coin, ajouta ensuite Tom : ils font de très bons desserts.

Il avait clairement un sourire en coin. Bon Dieu, il avait sûrement remarqué les diverses pâtisseries d'Harry le jour où ils s'étaient rencontrés.

Bon, en soi, c'était un argument extrêmement convainquant.

-Je ne peux jamais refuser un dessert, répliqua Harry d'un ton faussement sérieux.

Tom se mit en marche et Harry lui emboita le pas :

-C'est une information intéressante.

Il y avait une intonation clairement – du point de vue d'Harry – dragueuse. Comme s'il allait métaphoriquement lui proposer un dessert auquel Harry serait tenté de dire non. Enfin bon il était aussi probablement en train de s'inventer des films.

Ils marchèrent une dizaine de minutes, échangeant plusieurs banalités. Harry apprit que Tom était ingénieur microbiologiste et qu'il travaillait dans un centre de recherche spécialisé au centre-ville. C'était… Assez impressionnant. Harry était plutôt spécialiste des arts (évidemment) et n'avait que peu de connaissances ou amis qui travaillaient dans les sciences.

Il apprit également que Tom avait un appartement vers la city. En gros, sa vie se passait très bien et il avait brillamment commencé sa carrière.

Harry soupira alors qu'ils s'asseyaient à une table. Alors certes, il avait quand même publié deux romans mais … Certaines mauvaises langues prétendaient que c'était grâce à Hermione. Et, en plus, il n'avait pu se consacrer à l'écriture que parce qu'il avait hérité d'un appartement et que ses parents avaient été riches. Si ça n'avait pas été le cas… Il pensait sincèrement qu'il serait sans doute encore étudiant.

Mais il n'était certainement pas sur le point de dévoiler ce genre d'insécurités à Tom. Il ne comprenait pas très bien pourquoi l'autre cherchait sa présence – si ce n'était qu'il était un écrivain au début de sa carrière. Il n'allait pas briser toute l'estime que l'autre avait pour lui en lui expliquant qu'il n'avait pu se lancer dans cette carrière que parce que ses parents étaient morts.

En plus, c'était très glauque.

-Tu as toujours vécu à Londres ? lui demanda Tom après un court silence.

Harry hocha de la tête en regardant la carte :

-Oui, j'y suis né et j'y ai grandi et toi ?

-Pareillement. Je me dis parfois que j'aimerais bien voir ce qu'il y a ailleurs mais…, Tom regarda autour de lui comme si tout ce qui les entourait était teinté d'une aura londonienne symbolique : je suis vraiment bien dans cette ville. J'ai l'impression que je ne me sentirai jamais chez moi ailleurs.

Harry lui sourit :

-Je comprends clairement le sentiment. À part en Ecosse pour des vacances... Je ne suis jamais parti bien loin…

C'était d'habitude une source d'embarras. Alors que tous ses amis partaient sur le continent ou pire, sur un autre continent, Harry n'avait jamais ressenti le besoin de bouger plus loin que la frontière.

-Même pas en Egypte ? demanda Tom : il paraît qu'ils ont pourtant de très beaux dé-à-coudres.

-Heureusement, ils ont tous été volés par les anglais, répondit Harry avec ironie : Donc pas besoin de se déplacer pour les voir.

Tom éclata de rire. Un rire bref, mais qui pendant un quart de seconde ne le rendit que plus beau. Harry en rougit presque.


Le repas se passa d'une façon tout à fait banale. C'était comme ils étaient des connaissances qui, par le coup du hasard, se trouvaient à discuter plus en détail et réalisaient qu'ils avaient beaucoup de points communs.

Enfin, Harry se rendait bien compte que Tom se penchait un peu trop sur la table, comme s'il était captivé par chacun de ses mots. Leurs jambes entrèrent plusieurs fois en collision. Bon, Harry réalisa que dire « en collision » était complètement faux. Parce qu'il n'avait aucun geste brusque, aucun choc. Disons plutôt qu'il sentit plusieurs fois la jambe de Tom effleurer distraitement la sienne.

Harry, la première fois, écarta sa jambe en s'excusant platement. (Il se maudit évidemment la seconde d'après – qu'est-ce qu'il venait de faire bon sang ?!). Et lorsque cela arriva pour la seconde fois, il laissa sa jambe. Tom n'enleva pas non plus la sienne. C'était une situation très étrange. Par le passé, il avait toujours été … eh bien, celui qui draguait. C'était lui qui laissait sa main un peu trop longtemps sur l'avant-bras d'une fille ou qui la prenait par la taille en lui racontant une histoire.

Il avait l'impression que les rôles s'étaient complètement retournés. C'était très étrange – ce n'était plus lui qui avait les cartes en main. Il y avait un côté plaisant : il supposait qu'il n'avait strictement rien à faire. Que s'il devait se passer quelque chose (il ne savait pas exactement quoi) ce serait Tom qui prendrait les rênes et qui ferait en sorte que cette chose arrive.

Une fois le repas terminé, Tom proposa à Harry d'aller boire un verre. Harry n'hésita évidemment pas une seconde avant d'accepter sa proposition. Ils firent à nouveau quelques mètres et tombèrent devant un pub qui ne paraissait pas très fréquenté. Ils entrèrent.

Il y avait une dizaine de clients. Ils semblaient tous être des touristes : ils avaient tous des t-shirts I love London, ou autres babioles vendues aux touristes. L'instant d'après, Tom lui plaçait une bière entre les mains.

Ils s'assirent à une table placée contre un mur. Le bar ressemblait à un pub quelconque. Tout était en bois massif et tout était… un peu collant. Lorsqu'Harry relevait le bras pour prendre une gorgée, sa veste s'accrochait un peu à la table.

-J'ai complètement oublié de t'en parler, déclara soudainement Tom : mais j'ai beaucoup aimé ton livre. J'ai hâte de lire les autres.

Harry en aurait presque rougi :

-Merci !

-Et sinon ? Tom prit une autre gorgée de bière : Il y a d'autres choses que tu aimes faire à part écrire ?

Harry réfléchit quelques secondes :

-J'aime bien faire… des pâtisseries, déclara-t-il avec gêne alors que Tom émettait à nouveau un rire, aller au cinéma… Rien de bien fou... Et toi ?

-Débarrasser la planète des ordures qui la polluent.

Harry éclata de rire :

-Dans le sens que tu vas ramasser des déchets dans la campagne ? Ou que tu assassines des criminels dangereux ?

-Les deux, répondit platement Tom.

Harry rit une nouvelle fois avant d'ajouter :

-Je suis quelqu'un de bien si jamais, et je ne pollue pas !

Tom lui attrapa doucement le bras et le pressa légèrement :

-Je n'en ai jamais douté.

Harry contempla la grande main de Tom autour de son bras. Il ne se dégagea pas tout de suite. Soudain, alors que le silence commençait tout juste à devenir inconfortable, il retira promptement sa main, se redressa et déclara :

-Je vais… aux toilettes.

Et, sans accorder un regard à l'autre, s'y dirigea à grand pas. Sa sortie, certes dramatique, n'était pas du tout liée à de la gêne, mais réellement à une envie pressante. La vessie d'Harry était un mystère pour tout le monde (évidemment plus particulièrement pour lui). Il lui semblait que c'était soit tout, soit rien. Bref –

Il s'excuserait ensuite auprès de l'autre homme. C'était vrai que le contact l'avait un peu troublé (ha ha, comme toute la soirée, comme la rencontre la semaine précédente, comme le fait qu'il n'était pas aussi hétérosexuel qu'il ne l'avait pensé, décidemment Harry avait raison d'écrire des romans policiers parce qu'il maîtrisait l'art de la déduction comme personne) et qu'il avait pressentit que quelque chose allait se produire, et il n'avait pas du tout eu envie de devoir interrompre la chose en question parce qu'il devrait aller se soulager.

Il passa la porte et soupira en constatant que les cabines étaient fermées. Il se plaça donc devant un urinoir baissa la braguette de son pantalon… et vit avec horreur la porte des toilettes s'ouvrir et Tom entrer.

Son expression horrifiée se trouva parfaitement reflétée non pas dans les nombreux miroirs des toilettes mais sur le visage de l'autre.

Oh putain, pensa Harry avec horreur. Heureusement il n'avait pas été… EN PLEIN MILIEU de ce qu'il était venu faire. Tom pinça des lèvres se retourna et quitta les lieux sans émettre la moindre parole.

Harry avait désespérément envie de lui courir après maintenant, mais … Bon. La nature est ainsi faite, etc, il est des choses que l'on ne maîtrise pas etc.

Une fois qu'il eut terminé et après s'être lavé les mains, Harry sortit des toilettes, mortifié. Il s'attendait à ce que Tom Riddle ait définitivement disparu et qu'il ne le revoie jamais. C'était quand même l'une des choses les plus humiliantes de sa vie. Il se rendait bien compte pourquoi l'autre s'était pointé, il ne pouvait pas lui en vouloir il devait passer pour un énorme barjo… Le genre de type qui a un fétiche sur les fluides humains. Génial, bien joué Harry pensa-t-il. Mais, contre toute attente, Tom était dans le couloir qui séparait les toilettes du reste du pub. Il avait une expression qu'Harry n'avait encore jamais vue, c'est-à-dire qu'il semblait extraordinairement paniqué. Bon c'était normal qu'Harry ne connaisse pas vraiment ses expressions… Après tout…il était quand même pratiquement un inconnu.

-Je suis vraiment désolé. Je pensais que c'était un sous-entendu pour que je te rejoigne.

Olala. Pensa sobrement Harry. Il ne voyait pas comme se sortir de cette situation.

-C'est un peu ma faute, décida-t-il de répondre : ma sortie était peut-être un peu trop dramatique.

Tom lui adressa un sourire hésitant auquel Harry répondit. Le plus grand s'approcha ensuite de lui. Lentement, comme s'il laissait à Harry la possibilité de reculer. Ce qu'il ne fit pas, bien entendu.

-Je propose de prétendre que je ne viens pas d'entrer dans les toilettes alors que tu y allais vraiment, dit-il.

-ça me va très bien, répondit Harry.

L'instant d'après, une main de Tom était sur son épaule, l'autre entourait sa nuque. Et il l'embrassa.

D'accord, Harry était tout à fait prêt à avoir été de mauvaise foi pendant toute la semaine. Mais il dût bien admettre qu'il avait carrément anticipé ce moment. Et c'était tout ce à quoi il s'était (secrètement, inconsciemment) attendu – voire plus. C'était étrange d'embrasser quelqu'un de plus grand que lui – toutes les filles qu'il avait embrassées avaient été plus petites que lui. Mais c'était loin d'être désagréable. Très loin de l'être.

Et il n'y avait strictement aucun doute quant au fait que Tom savait ce qu'il était en train de faire. Harry était bien incapable d'avoir la moindre pensée cohérente. Il n'arrivait tout simplement pas à croire qu'il était en train de rouler des pelles à un type dans le couloir des toilettes d'un pub miteux.

Quelques secondes plus tard, les deux à bouts de souffle, Tom recula de quelques centimètres :

-j'espère que tu t'es lavé les mains.

Harry, qui avait les joues complètement rouges, qui n'en revenait toujours pas – qui avait toujours les mains accrochées (dignement, évidemment) à la veste de Tom - répondit :

-Je ne me lave pas les mains après être allé aux toilettes, je me les lèche –

Il n'eut même pas le temps de rajouter qu'il plaisantait (ce qui était son but) – une expression étrange était passée sur le visage du plus grand et – il l'embrassa à nouveau. Harry comprit (difficilement, ses pensées s'évaporaient apparemment dès qu'un type l'embrassait) qu'il venait en fait de faire un énorme sous-entendu et que c'était sûrement comme ça que l'avait compris Tom.

Problème, Harry n'avait aucune expérience avec les hommes.

Le bruit d'une cloche les interrompit. Tom tourna vivement la tête en direction du bar. Ils étaient censés partir dans la demi-heure, après quoi le pub fermerait ces portes.

Harry se sentit vaguement anxieux. Qu'allait-il se passer après la fermeture ? Il était loin d'être naïf : si Tom avait été une fille, il lui aurait proposé un verre chez lui et, une chose en entraînant une autre, ils auraient fini par passer une nuit très agréable quoique condamnée par l'Eglise.

La question était donc : allait-il suivre le même schéma ? Au vu de la dynamique qui s'était installée entre eux, il ne faisait aucun doute que ce serait plutôt à Tom d'inviter Harry chez lui pour un « dernier verre ».

Est-ce qu'il allait accepter ? Harry n'était pas naïf : il n'était pas en train de vivre le prélude à une histoire d'amour rocambolesque, passionnée et durable. Non, il s'agissait juste de deux adultes se trouvant (apparemment, il ne comprenait pas trop ce que Tom pouvait bien trouver de si fantastique chez lui) mutuellement attirants.

Pas de quoi écrire la moindre ligne sur leur rencontre, en d'autres termes. S'il décidait d'aller chez Tom (enfin s'il l'invitait) nul doute qu'il serait attendu d'Harry qu'il se tire au milieu de la nuit (où le lendemain matin – si Tom était un hôte sympa) et ils ne se reverraient probablement jamais.

Ce qui était dans l'ordre des choses et tout à fait standard.

Le seul problème, c'est que puisqu'Harry était totalement inexpérimenté vis-à-vis de ces trucs là… (ces trucs là étant les relations homosexuelles) il allait être horriblement nul. Est-ce que l'humiliation valait la peine ?

Il contempla un instant Tom et la beauté proprement aberrante de l'autre homme.

Ouais. Il serait complètement con de laisser passer une opportunité pareille. Ce n'était pas tous les jours qu'un type pareil lui témoignait de l'intérêt.


Ils se rassirent à leur table : ils n'avaient pas terminé leurs verres. Harry regretta vaguement ne pas avoir plus bu – peut être serait-il moins stressé et embarrassé s'il était ivre.

Tom tendit les jambes et les colla sciemment contre celles d'Harry. Qui n'enleva évidemment pas les siennes – ils avaient passés ce moment d'incertitude.

Quelques minutes plus tard, Harry posait son verre d'un geste définitif. Tom fit de même (les geste carrément moins saccadés – ils n'étaient pas en train de vivre le même genre de tourments…). Puis, de concert, les deux hommes se relevèrent et sortirent du pub.

Il faisait encore plus froid qu'auparavant, ce qui n'était pas étonnant au vu de l'heure avancée de la soirée.

Ils firent quelques pas dans la même direction. Harry remarqua que Tom l'étudiait avec attention. Ça va être le moment pensa Harry. Il fallait qu'il prenne sa décision – non, ok, il l'avait déjà prise.

-Ce serait dommage que la fermeture d'un pub mette un terme à cette soirée, non ? demanda Tom dans un sourire.

-En effet, répondit Harry.

Les dés étaient jetés, il espérait juste qu'il ne s'humilierait pas totalement.

Comme il s'y était attendu, s'ensuivit les politesses habituelles « j'ai une super boisson X chez moi, tu veux boire un dernier verre ? oh oui volontiers, merci ! »

C'était marrant – cette propension qu'avaient tous les jeunes de moins de trente ans à tourner autour du pot. Harry se demanda s'ils se comporteraient de cette façon à quarante ans ou si, confiant d'avoir plus d'expérience, ils ne passeraient plus par des sous-entendus et des phrases bateau.

Les choses réglées – Harry allait chez Tom – ils firent quelques pas avant de rejoindre une rue dont le trafic était plus dense. Le plus âgé héla un taxi.

Il y avait quelque chose de très nonchalant dans sa façon d'appeler un taxi. C'était ridicule de le remarquer et d'y faire attention mais – mais Harry était réellement admiratif. Il le faisait toujours avec beaucoup d'hésitation ce qui, généralement, lui coûtait sa place dans le taxi. Les gens confiants et plein d'assurances le dépassaient toujours.

Le trajet en taxi se passa en silence. Le conducteur (un dénommé Bob) essaya tant bien que mal de faire la conversation mais comprit bien vite que ses clients n'avaient pas le cœur aux discussions superficielles. Harry, d'habitude, était tout à fait du genre à parler avec les chauffeurs. Mais Tom était en train de caresser discrètement le haut de sa main – et sa voix semblait coincée dans sa gorge.


L'appartement de Tom correspondait exactement à ce à quoi Harry s'était attendu. Il était bien plus petit que le sien (pas étonnant, puisque celui de ses parents témoignait de la richesse de la famille de son père) mais était très confortable et très élégamment décoré.

Harry constata aussi que Tom était très méticuleux – l'appartement était rangé à la perfection et était très propre.

Le plus grand le débarrassa de sa veste et l'accrocha avec soin à son porte-manteau. Harry était comme paralysé sur place.

Il décida d'enlever ses chaussures, réalisant que Tom était probablement le genre de personnes qui n'appréciait pas que les gens répandent de la saleté sur toute la surface de son appartement.

Il se redressa et constata que Tom était juste devant lui. Il lui offrit un sourire auquel l'autre homme répondit facilement.

L'instant d'après, il était à nouveau en train de se faire embrasser comme si sa vie en dépendait. Les mains de Tom étaient carrément plus aventureuses. Olala, pensa Harry alors qu'il constatait que c'était aussi le cas des siennes.

Avec une délicatesse qu'Harry ne pouvait que lui envier, Tom le guida progressivement vers sa chambre. (Il constata qu'ils n'avaient plus de chemises. Avait-il enlevé celle de l'autre garçon ? C'était difficile à dire, il était bien trop absorbé par le moment). Le contact de la peau de l'autre garçon contre lui, qui aurait dû le déranger – après tout c'était un torse tout ce qu'il y avait de plus masculin, l'excitait.

Tom ferma du talon la porte de sa chambre, et d'un geste expert, déboutonna le pantalon d'Harry avant de l'aider à l'enlever. C'était très impressionnant puisqu'ils étaient toujours en train de s'embrasser. L'instant d'après, Harry était poussé sans ménagement sur le lit. Il regarda avec envie Tom retirer son propre pantalon et le rejoindre. Sous lui, il était impossible de ne pas sentir la chaleur de son corps et la délicieuse friction qui se produisait entre leurs deux corps.

Sentant que son inexpérience allait être percée à jour dans les prochaines minutes, Harry décida de prendre le taureau par les cornes. Mieux valait prévenir Tom avant que, fatalement, il ne s'en rende compte.

-Il faut que je te dise quelque chose, déclara précipitamment Harry.

Tom se redressa un peu : encore une fois, Harry fut surpris de voir à quel point il lui paraissait naturel d'avoir un homme au-dessus de lui. Voyant que Tom le laissait parler il ajouta :

-Je n'ai jamais…, il se sentit rougir affreusement, enfin (il fit un geste montrant successivement son torse et celui de Tom) … avec un homme.

Au moins, pensa Harry en remarquant le visage de l'autre, j'ai réussi à le surprendre.

Tom se redressa complètement en fronçant des sourcils :

-Je suis désolé – je (il secoua la tête en regardant Harry comme s'il le voyait pour la première fois) tu es vierge ?

-Non ! S'exclama Harry, presque vexé. Enfin, si dans un sens. J'ai déjà couché avec des filles !

-Je suis rarement surpris, dit platement Tom mais je pense que je te dois des félicitations en bonne et due forme.

Harry essaya de l'attraper pour l'attirer contre lui une nouvelle fois :

-Désolé, je me voyais mal placer ça dans la conversation. Tu veux que je parte ? demanda-t-il, réalisant qu'il était incapable de déchiffrer le visage de l'autre garçon.

-Je ne sais pas, tu as envie de partir ?

-Non ! s'exclama-t-il, outré.

Finalement, Tom lui sourit. Il soupira et ajouta :

-Si tu es inconfortable avec quoique ce soit, on arrête. Ok ? Tu peux dire stop à n'importe quel moment.

Harry hocha lentement de la tête alors que Tom se penchait à nouveau vers lui, et – bien plus délicatement qu'avant, l'embrassa à nouveau.


Nom de Dieu, pensa-t-il en se réveillant le lendemain matin.

Il avait couché avec un homme.

Il repensa vaguement à Cédric. Ouais.

D'accord. Il avait quand même été un peu dans le déni.

Il se retourna et constata que le lit était vide. Il n'avait pas fait exprès de s'endormir – il avait été tout à fait disposé à quitter les lieux une fois qu'ils auraient finis. Mais … voilà. Ils avaient commencé à discuter et Tom avait caressé distraitement son dos et il… s'était endormi.

Devait-il se sentir mortifié ? Rien, dans l'attitude de l'autre, sous-entendait qu'il n'avait pas été le bienvenu. Au contraire, Tom avait été très accueillant et il ne lui avait pas lancé le genre de regard entendu qui sous-entendait : « à plus ».

Il soupira, s'étira et se redressa. Le réveil qui était placé à côté du lit indiquait qu'il était dix heures passées. Heureusement que c'était un samedi, il ne devait se rendre nulle part. Et Tom ne travaillait pas le samedi, d'après ce qu'il avait compris. Il n'aurait plus manqué qu'il se fasse mettre dehors à sept heures du matin (se réveiller à ces heures-là ne faisait vraiment pas partie de ses habitudes.)

Il se leva et chercha des yeux son caleçon. Il était posé sur une chaise… plié. L'idée que Tom se soit levé et ait décidé de plier son slip lui donna envie de rire. Il était clairement maniaque. Il l'attrapa, le passa distraitement et décida de chercher son hôte.

Il espérait sincèrement que Tom ne serait pas froid et cassant il n'avait de toute façon pas l'intention de rester, ils pouvaient se comporter comme des adultes.

Il passa la porte de sa chambre et fut immédiatement agressé par une délicieuse odeur. Il pourrait la reconnaître en toutes, c'était une odeur de muffins dans un four.

Il réalisa qu'il mourrait de faim.

La cuisine était assez facile à trouver, heureusement. Contrairement à chez lui (son appartement était dans une ancienne maison de maître. L'agencement des pièces était donc assez aléatoire puisqu'il n'avait pas été conçu pour être pratique) trouver la cuisine s'avérera assez instinctif. Il entra dans la pièce et y trouva Tom, en train de lire le journal.

Devant lui, il y avait deux tasses de café et une assiette.

Tom leva son beau visage dans sa direction :

-Bien dormi ?

Harry hocha de la tête. Il était loin d'être un abruti et apparemment, Tom avait décidé que sa présence était bienvenue pour le déjeuner.

-Oui, merci ! Et toi ?

Tom lui répondit par l'affirmative en souriant.

-Café ? ajouta-t-il : j'ai aussi fait des muffins, je préfère le salé d'habitude mais puisque tu ne « peux jamais refuser un dessert » je me suis dit que je pouvais tout autant essayer de faire quelque chose de sucré.

Qu'est-ce que c'était que ça, se demanda Harry.

-oui volontiers.

En tout cas, il n'allait certainement pas refuser.

Tom attrapa les deux tasses et fit signe à Harry de le suivre. Ils retournèrent dans la pièce principale dans laquelle se trouvait une table à manger.

Tom y disposa les deux tasses. Il fit signe à Harry de s'asseoir. Mais le regard de l'intéressé avait été attiré par la bibliothèque de son hôte. Il s'en approcha, constata que Tom avait des goûts très étudiés en matière de littérature et … son regard tomba sur le coffret d'une nouvelle série qu'il n'avait pas encore eu l'occasion de voir.

Il attrapa l'objet et le retourna pour lire le résumé :

-C'est comment ? demanda-t-il à Tom qui venait de revenir, deux assiettes dans les mains.

-Plutôt pas mal, répondit-il après avoir regardé ce qu'Harry tenait entre les mains : On peut regarder un épisode si tu veux… Enfin, sauf si tu es pressé.

-Je veux bien ! Je n'ai rien prévu de spécial aujourd'hui.

Évidemment, un épisode se transforma en deux, puis en cinq épisodes. Le tout entrecoupé par diverses activités. Harry ne revenait toujours pas de trouver ça si facile, si évident. Comme si effectivement, être dans les bras d'un mec, se faire embrasser par un mec, se faire toucher par un mec était tout à fait normal.

Dire que ça ne lui avait jamais traversé l'esprit… Il était définitivement con.


Finalement, il ne retourna chez lui que le dimanche vers 11 heures – il avait rendez-vous avec Hermione l'après-midi.

Et, contre toute attente, il reverrait Tom le soir. Il l'avait invité chez lui pour lui rendre la pareille, après tout, l'autre homme l'avait si bien accueilli chez lui.

Et, alors qu'Hermione lui demandait encore des nouvelles de sa vie sentimentale, Harry se demanda si… Pour la première fois depuis deux ans, son statut de célibataire aguerri ne venait pas de changer.


La sonnette résonna dans l'appartement. Harry, debout dans la bibliothèque, laissa promptement tomber le livre qu'il avait entre les mains (sur un canapé évidemment, il n'était pas un terroriste) et se précipita vers la porte.

Il savait parfaitement qui serait derrière la porte. Tom, son…petit-ami ? Difficile à dire. En tout cas, ils se voyaient, ils se fréquentaient, ou tout autre adjectif témoignant du fait qu'ils passaient pratiquement tout leur temps libre ensemble et qu'ils entretenaient une relation romantique. Harry n'était pas tout à fait sûr de l'étiquette qu'il pouvait apposer à leurs rapports.

À part que leurs rapports étaient … fantastiques (ha, ha, Harry savait que s'il en avait envie, une carrière de comédien lui était tout à fait accessible).

Il se jeta un regard dans le miroir qui était placé dans l'entrée. Il était tout à fait présentable – il s'en était assuré en sortant de la douche quelques heures plus tôt. Puis, en prenant un air décontracté comme s'il ne venait pas littéralement de traverser son appartement en courant, il ouvrit la porte.

Tom était en face de lui, le visage caché parce que derrière un énorme carton. Recouvert de papier cadeau. Ça, c'était nouveau. Il plaça l'objet entre les mains d'Harry sans cérémonie :

-Je t'ai trouvé ça, déclara-t-il laconiquement.

-Euh, merci, répondit Harry. C'était assez lourd. Il se demandait ce que Tom avait bien pu lui dénicher.

Son petit-ami/ami/amant entra à sa suite l'embrassa légèrement avant d'enlever ses chaussures.

-Tu as passé une bonne journée ? demanda Harry.

Il hocha de la tête et désigna le carton :

-Ouvre-le !

Tom semblait jubiler ce qui était étrange puisqu'Harry n'avait pas le souvenir de lui avoir parlé d'un objet qui lui ferait plaisir.

Il quitta l'entrée pour aller dans le salon où il fut rejoint par le plus grand qui pris place à côté de lui sur son canapé:

-J'ai vraiment hâte que tu l'ouvres, tu vas être tellement impressionné !

L'expression et le langage corporel de Tom était assez étrange : il ressemblait à un enfant à qui on va offrir un cadeau. Pas à quelqu'un qui offre un cadeau.

Soit.

Délicatement, Harry déchira le papier cadeau. C'était un carton standard. Délicatement, il ouvrit les bords – regarda à l'intérieur – et dans un geste de surprise et d'horreur, jeta le carton par terre en reculant précipitamment.

Chose difficile à faire en étant assis sur un canapé.

Il croisa le regard de Tom :

-Tu m'as offert UN CHAT EMPAILLÉ ?

L'autre homme semblait… interdit. Comme s'il s'était attendu à toutes les réactions sauf celle-là.

-Tu avais dit que tu adorais aller voir les momies égyptiennes – je me suis dit logiquement que –

Harry éclata d'un rire nerveux à deux doigts d'être carrément un rire hystérique :

-Je suis désolé mais …je … n'en voudrais pas une chez moi ? Tu aurais une momie chez toi, toi ?

Tom se redressa, très raide et ramassa le carton :

-Je réalise que je me suis un peu laissé emporter, déclara-t-il tranquillement.

Il avait le regard baissé sur l'objet fantastique qu'il venait de dénicher. Un regard nostalgique, comme s'il regrettait que son splendide cadeau ne soit pas accueilli comme escompté.

-J'arrive pas à déterminer si c'est une blague ou si tu viens vraiment de m'offrir un animal empaillé, ajouta Harry dans un sourire.

Tom leva les yeux vers lui et lui rendit son sourire :

-C'est vrai que… réflexion faite, c'est un peu…

-Mais je te remercie pour l'attention, le coupa Harry.

Harry se rassit plus confortablement, Tom passa un bras derrière ses épaules. Il se pencha ensuite sur le lui pour l'embrasser, le carton abandonné par terre à leur pied.

-Il faudra que tu le ramènes, déclara Harry d'un ton joyeux en lui enfonçant son doigt dans les côtes.

Tom se décala, essayant d'échapper à son attaque. Il finit par attraper son doigt :

-Qu'est-ce que je vais bien pouvoir dire au vendeur ? Mon petit-ami n'a pas apprécié que je lui offre un animal mort ? Elle va te prendre pour un fou !

Ils se sourirent. Ça faisait plus d'une semaine qu'ils se voyaient – Harry avait pour l'instant gardé leur relation (si c'était une relation ?!) un secret… Il n'était pas sûr d'assumer sa bisexualité au grand jour, du moins pas tout de suite. Et Tom s'était avéré très compréhensif.

Et alors que Tom se moquait de l'état lamentable de son appartement (il y avait trop d'objets pour lui, ce n'était ni assez bien rangé ni assez bien trié), Harry lui sourit en espérant qu'il pourrait bientôt le présenter à ses amis.

Il était sûr que tout se passerait bien.


Merci à ceux qui seraient arrivés jusque-là ! Nous serions très heureuses d'avoir vos impressions donc n'hésitez pas à nous laisser un mot ! à dans deux semaines :D