La franchise et l'univers de Fire Emblem ne m'appartiennent pas. Ils ont été créés par Shouzou Kaga, et développés par Intelligent Systems.

Il s'agit ici d'une Fanfiction située dans un genre tranche de vie semi canon.

Le contexte du jeu est repris sans son histoire.

Omegaverse : présence de Futanari

Zakuro Ruby Kagame
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On dit qu'il existe une multitude d'univers, ou bien est-ce un moyen pour ceux qui ne se satisfont du leur de pouvoir s'évader, rêver d'autre chose. Espérer mieux. J'ignore pourquoi certains s'entêtent à chercher autre chose, c'est vrai, ce monde n'est pas parfait, mais il nous appartient. Du moins, à certains plus qu'à d'autres. Quant à moi ? Jusqu'à maintenant, je ne m'étais jamais posée tant de questions, après tout, la vie de mercenaire offre nombre de liberté mais aussi autant d'échappatoires. Pourquoi jusqu'à maintenant ? Car cela fait plusieurs mois que j'enseigne à Garreg Mach et que je comprends parfois pourquoi certains espèrent mieux quand d'autres acceptent leur sort. Je me demande à quelle catégorie j'appartiens. Probablement aucune.

Je viens d'avoir vingt ans, un détail qui n'a probablement aucune importance ici. Je suis née à une époque où les puissances imposent encore leurs règles, où se côtoient souverains et seigneurs, où les Saints et la Divinité ont profondément ancrés leur marque. Si la société est régit par un système de castes semblant inébranlable, il existe une autre particularité qui nous différencie les uns des autres et qui nous place de façon inné à des strates sociales et à des rôles dont certains ne peuvent et ne pourront jamais se défaire. Si j'ai longtemps pensé n'être concernée par ceci, je me trompais lourdement.

Alpha & Omega
Les Ames-sœurs Contraires

C'est du soulagement que je ressens lorsque mon cours se termine enfin alors que mon esprit s'embrume un peu plus. Je sais bientôt arriver à ma limite. A la limite de quoi, au juste ? Je suis une Omega, alors à celle de mon corps, tout simplement.

Il existe trois catégories d'individus, j'ai déjà cité celle à laquelle j'appartiens, représentant plus ou moins dix pourcents de la population. Les moins chanceux d'entre-nous, j'imagine. La majorité des gens appartiennent à la classe des Beta, ils sont un peu des monsieur et madame tout le monde, bien loin des problèmes que nous autres, Omega, pouvons régulièrement rencontrer. Les autres ? Ce sont les Alpha. Ils forment l'élite, souvent des nobles, des héritiers, ou même des souverains. Les Alpha sont destinés à de grandes choses, à la domination au sens propre comme au sens figuré. De quoi vendre du rêve, n'est-ce pas ? Si pour beaucoup, cela représente une chance, pour moi, ce n'est qu'une malédiction différente de la mienne, un fardeau à porter. Alpha ou Omega, finalement, nous sommes soumis à la même chose : aux désirs de nos corps. Qui peut vraiment prétendre est satisfait de son sort dans de telles conditions ?

J'ai l'impression que mes jambes flanchent lorsque je quitte la salle de classe que j'occupe, celle des Aigles de Jais. Je pensais que les inhibiteurs que je prends régulièrement auraient fait effet plus longtemps mais force est de constater que plus le temps passe, plus la durée entre deux prises est courte hélas. Avant de rejoindre le monastère de Garreg Mach et d'accepter ce poste, je n'avais pas ce genre de problème. Peut-être parce qu'en tant que mercenaire, je vivais un isolement quasi permanent. C'est pour cette raison que j'ai longtemps pensé être une Beta. Il n'en est finalement rien.

Je dois rejoindre l'infirmerie avant que mes chaleurs ne m'en empêchent. Dit comme cela, j'ai vraiment l'impression de n'être qu'un animal. Les faits sont pourtant là, et les phéromones que je sais commencer à émettre attireront bientôt l'attention des Alpha. Fort heureusement, il existe des inhibiteurs, comme je les ai déjà nommés, mais s'ils s'avèrent très efficaces sur certaines personnes, sont parfaitement inutiles sur d'autres. Quoiqu'il en soit, Alpha et Omega sont sommés d'en prendre et il suffit d'imaginer le carnage que l'inverse engendrerait pour en comprendre la raison. Nous sommes dans une académie, formant l'élite qui plus est, il nous faut bien nous tenir.

–Byleth ? j'entends lorsque j'entre dans la petite pièce dont la porte n'est jamais fermée. Quelque chose ne va pas ? Ou bien peut-être aviez-vous seulement envie de passer un moment avec moi ?

Manuela ne cache pas sa joie lorsqu'elle reçoit la visite de quelqu'un, l'infirmière de l'école aime la compagnie. Elle passe d'ailleurs le plus clair de son temps – entre les cours et les séances de médications bien sûr – à courir les hommes. En vain. Je crois que parfois, elle ne serait pas contre le fait de dégager quelques phéromones pour simplifier sa tâche. J'imagine que le nombre de savates sentimentales qu'elle s'est prises a eu raison de sa lucidité. Qui a dit qu'il était simple d'être une Beta ?

—Je crains hélas ne pas être ici pour un quelconque bavardage, Manuela.

Elle prend un air plus sérieux et comprend à ma respiration plus lourde ce qui m'amène avant de m'inviter à m'asseoir. En temps normal, je n'ai qu'à aller chercher mes inhibiteurs dans ma chambre, mais j'ai pris les derniers il y a une dizaine de jours seulement et mon stock est comme qui dirait… vide. Je pensais avoir plus de temps avant de revenir la voir.

—Vous ne pourriez pas me donner quelque chose de plus fort, cette fois ?

—Vous recevez déjà la dose maximum que je peux vous administrer.

Elle prend mon bras, pique, et presse un petit morceau cotonneux une fois que l'aiguille ressort de ma peau diaphane. Les injections ne sont pas habituelles mais les effets sont ainsi bien plus rapides. Dans deux heures, tout au plus, je devrais retrouver toute ma lucidité et ma température corporelle normale.

—Pourquoi ne pas envisager une autre solution ? la doc' me demande tout sourire au lèvre. Peut-être que si les inhibiteurs ne font plus effets c'est car…

—Car le monastère grouille d'Alpha ? je la coupe avant d'entendre des absurdités sans nom.

—Vous êtes tellement têtue, elle me reproche faussement ensuite, sachez cependant que vous ne pourrez pas supporter des prises plus régulières.

Je sais parfaitement ce que dissimule son regard alezan, et c'est hors de question.

—Et maintenant, que comptez-vous faire, Professeure ?

Elle me sourit, je ne suis pas du genre à rester enfermée des jours dans ma chambre à ne seulement rien faire.

—Ce que je fais de mieux.

/

J'ignore si c'est la fraicheur de la nuit, mes muscles qui se tétanisent ou bien seulement l'injection reçue mais je retrouve le parfait contrôle de moi-même. L'air que je tranche de ma lame et les quelques pantins réduis en tas de paille dont quelques brins dansent encore en témoignent. Si les cours que je dispense la journée m'endorment, les entraînements que je donne pour préparer mes élèves à se battre, à tenir de grands rôles ou d'autres plus modestes, sont bien ce que je préfère ici. Mais ce que j'aime tout particulièrement, c'est m'entrainer des heures durant sous la seule présence de la lune et de ses quelques étoiles. J'aime me battre, et j'ai toujours été naturellement douée pour cela. C'est probablement l'une des raisons pour lesquelles j'ai été recrutée ici. Après tout, je n'ai jamais perdu une seule bataille. Ca, et le fait que je refuse de jurer allégeance à un quelconque souverain, Garreg Mach est en territoire neutre, tout comme je refuse d'offrir mon corps et mon âme comme si je n'étais qu'une chose. Je suis une Omega, certainement pas stupide.

—Professeure ? Vous vous entrainez tard !

La poussière soulevée retombe devant mes yeux bleuets grands ouverts lorsque je croise le regard malachite de l'un de mes poussins. La jeune femme dont les boucles chocolat se soulèvent quand elle approche n'est certainement pas là pour que je lui vole dans les plumes.

—Quelque chose vous tracasserait-il ?

Je me demande ce qui lui fait penser cela puisqu'il n'y a presque pas un seul soir où je ne prends pas possession du terrain d'entraînement mais j'ai très rapidement pu remarquer que derrière les airs enjoués et particulièrement taquins de la brune, se trouvait une femme très perspicace.

—Rien qui ne vous concerne, je le crains.

C'est étrange comme mes lèvres s'étirent en réponse à son sourire naturel, mais qu'y puis-je, je suis particulièrement à l'aise en sa présence. Peut-être est-ce parce que Dorothea – c'est ainsi qu'elle se nomme – peut me comprendre mieux que quiconque. Après tout, derrière ses airs enjoués et particulièrement taquins… se trouve une profonde aversion pour ce système. Ces systèmes même.

—Allons, Professeure, vous savez que vous pouvez tout me dire.

—Allons, Dorothea, vous êtes au courant de tout avant même que les concernés ne le soient, ai-je vraiment besoin d'avoir cette conversation avec vous ? Ne voudriez-vous pas plutôt vous joindre à moi ?

—Quelle charmante proposition ! elle s'écrie avec malice, je crains cependant avoir déjà eu ma dose d'activité physique pour la journée ! reprend-t-elle avant d'ajouter : de plus, vous comme moi savons que je ne peux accepter ce genre d'invitation désormais !

—Vous vous méprenez, je…

Et la voila qui rit, le glas de sa voix, douce mélodie, emportant tout et toute chose, même la nuit.

—Dorothea…

Les notes de sa voix s'évaporent une à une jusqu'à se poser sur une portée plus calme, jusqu'à ce que son regard m'interroge, luisant d'argent.

—Cela change-t-il vraiment quelque chose ?

—Je vous demande pardon ?

—D'être marquée, je réponds très franchement.

—Comment pouvez-vous affirmer que cela est le cas ?

—Son odeur, je n'arrive plus à la discerner de la votre.

Elle me sourit de nouveau, plus sérieusement toutefois. La brune n'est pas la seule à être particulièrement perspicace.

—Votre décision m'étonne toujours autant, j'ajoute avant qu'elle ne puisse me répondre.

—Vous savez ce que l'on dit, Professeure, lorsque deux âmes-sœurs se rencontrent, il n'existe plus rien à part ce lien qui les unit à jamais, même lorsque tout les oppose.

—Vous voulez dire lorsqu'un Alpha vous marque, je me permets de corriger.

—Je vous parle d'amour.

L'amour ? Balivernes. Comment croire en l'amour lorsque l'on sait que tous les Omega finissent muselés et liés à un Alpha. Comment croire en l'amour lorsque l'imprégnation ne se résume qu'à une parfaite soumission ? Trouver l'amour ? Je ne connais même pas le sens de ce mot.

—Je ne suis pas avec Ingrid parce qu'elle m'a marquée, mais uniquement parce que je l'aime. En dépit des apparences, le lien qui nous unit elle et moi nous place sur un même pied d'égalité.

Le marquage… Qui peut souhaiter cela ? Une fois marquée, un Omega ne possède plus aucune liberté. Il voue sa vie, son corps, son âme, à son Alpha. Soumission, domination… Pour moi ce n'est qu'une forme d'esclavage. Une forme de dévotion et d'abandon, que seule la mort peut briser. Du rêve à l'état pur, non ? Malgré tout, on dit aussi que lorsque deux âmes-sœurs se trouvent, il n'y a en effet rien de plus fort que les sentiments qui les lient. Des sentiments, hein ? Qui pourrait croire à une histoire pareille ? Lorsqu'ils se croisent, l'Alpha et l'Omega ne peuvent se résister. J'imagine que je n'ai donc jamais croisée la mienne, d'âme-sœur, et pour être totalement franche, je n'en ai pas la moindre envie. Je préfère mille fois une vie de solitude qu'une vie de soumission.

—Je sais bien à quoi vous pensez, Professeure. Sachez toutefois que si l'amour frappe sans qu'on ne puisse faire quoique ce soit, l'accepter reste un choix.

Se soumettre à l'amour pour n'en subir la soumission. Un paradoxe qui me dépasse. Si je refuse de croire à cette histoire d'âme-sœurs, Dorothea et Ingrid sont pourtant bien la preuve que cela est possible. Rare, mais possible. Qu'espéré-je vraiment, au fond de moi ? Je ne l'envie en rien, cependant je l'admire. Le marquage, fatal mariage, reste un choix. Son choix.

—Vous deux êtes tellement têtue… je l'entends soupirer avant de tiquer.

—Vous deux ?

J'ignore comment elle fait pour étirer ses lèvres à ce point, mais les faits sont là tout comme ce clin d'œil dont elle seule possède le secret et qui en cache bien plus que toutes mes pensées désordonnées frappant les unes aux autres. Perspicace ? Ce n'est qu'un euphémisme.

/

Si mon élève est partie depuis un moment, je ne suis pas résolue à quitter le sol pavé du terrain d'entraînement du monastère tant que je n'aurais pas pu remettre de l'ordre dans ma tête. Comme si ces chaleurs récurrentes ne suffisaient pas, il faut aussi que les questions m'assaillent. Au moins, le traitement fait effet, du moins je crois.

Certes, ce n'est pas en m'agitant toute la nuit que mon corps retrouvera une température acceptable, mais je sais également que ce n'est pas la seule raison. Être entourée en permanence de mes semblables, et tout particulièrement d'Alpha, met mes nerfs à rude épreuve. Et ce ne sont pas les bruits de pas et l'odeur que porte le vent à mes narines, une odeur que je n'ai aucun mal à reconnaitre tant elle me brûle et m'enivre, qui me faciliteront les choses. Je sais que Dorothea n'a pas changé d'avis, et je sais avant même de me retourner quand tout cela à commencer.

Il fait nuit mais ses cheveux sont recouverts d'une neige qui ne fond jamais comme celle que l'on peut admirer dans le Saint Royaume de Faerghus, mais je crois que la première chose qui m'a frappée chez elle, ce sont ses yeux et leur bel éclat parme, ainsi que la puissance qu'ils dégagent.

—Professeure, vous semblez presque déçue de me voir.

Ainsi que son phrasé très franc.

—Déçue n'est point le mot que j'aurais employé, je suis seulement surprise de vous voir.

—Et pourtant, je suis là.

Malheureusement, elle est là. Pourquoi malheureusement ? Car c'est avec elle que tout à commencé, ce qui m'amène à la raison de ma présence ici.

—Êtes-vous venue vous entraîner, Edelgard ?

Pour quelle autre raison serait-elle là, sinon ? Si le traitement fait effet comme j'aime à le penser, rien d'autre ne l'aurait faite venir à moi. Aucune raison ne me ferait venir à elle, aucune. Elle est pourtant l'une des raisons pour lesquelles je suis toujours ici.

J'ai rencontré les délégués des trois maisons alors qu'ils étaient en mission d'entraînement il y a quelques mois. Une embuscade, mon père et moi nous trouvions là par hasard. Si j'avais à l'époque pensé rencontrer les trois Alpha les plus importants de Fódlan de cette façon, ou même d'une autre… C'est à cet instant que j'ai réalisé. Réalisé qui j'étais. Et depuis, cela n'a cessé de s'amplifier. J'ai cru perdre la tête en une fraction de seconde, devenir folle. Quoiqu'il en soit, nous avons été invités au monastère, je ne l'ai depuis jamais quitté.

—C'est en effet la raison de ma présence ici, je ne souhaitais cependant pas vous interrompre.

—Vous saviez pourtant que je me trouvais ici, Edelgard.

—Vous êtes là chaque nuit.

Elle garde ses distances tout en restant dans l'ombre des préaux, quant à moi, je sens son odeur s'intensifier d'ici.

—J'ai terminé.

Mon épée retrouve le râtelier tout comme la chaleur le chemin de mes veines. Elle garde ses distances mais sa proximité suffit à changer toutes mes pensées en cendres. Il est très rare de voir des Alpha chez les femmes, et Edelgard est probablement la plus importante de toutes. Peut-être est-ce pour cela que sa présence me fait autant d'effet. Sans les inhibiteurs, je serais certainement déjà en train de ramper devant elle. Chose que je ne ferai jamais, pour cette raison, ou pour une autre. Jamais. Jamais je ne m'avilirai de la sorte.

—Bonne soirée, Edelgard, je lâche enfin.

Pourtant je ne bouge pas, sa présence est un écueil semblant infranchissable entre moi et les immenses portes du terrain d'entraînement. Que cela soit lorsque sa main se pose sur sa hanche et qu'elle prend cette posture hautaine, ou bien lorsqu'elle se déplace pour m'ouvrir la voie. Infranchissable. Il n'y a que quelques mètres mais un océan tout entier semble se creuser devant moi. Qui souhaiterait s'y noyer ? Certainement pas moi.

Chaque pas qui me rapproche de la sortie réduit la distance qui me sépare de ma lucidité, alimentant ces quelques braises qui carbonisent ma raison. Même en m'entraînant des heures durant sous un soleil de plomb rien ne saurait être aussi… insupportable. Je refuse cependant de croire que ma seule condition peut ainsi vaincre ma fierté, mon égo, mais surtout mes convictions les plus profondes. Jamais… disais-je.

—Professeure…

Sa voix seule a le pouvoir de m'immobiliser, de faire mon corps de plombs. Jamais, disais-je ?

—Votre odeur…

Inutile de me le faire remarquer, je peine à seulement tenir sur mes jambes, et je suis bien incapable de lui faire face. Ca recommence, encore.

—J'imagine que vous ne me proposerez pas de parfaire mes techniques ce soir.

Ni ce soir, ni un autre. Jamais ? Jamais.

Aucun des autres élèves ne me demande de lutter ainsi contre moi-même, et si j'arrive à tenir face à elle durant les cours, c'est uniquement car elle se tient au fond des rangs, et que je surdose mon traitement. Prend-t-elle seulement le sien pour me faire réagir de la sorte ? J'ai l'impression d'être la seule capable de lui tenir tête, mais aussi à chanceler quand je me trouve face à elle. Pourquoi ces foutus inhibiteurs ne font-ils donc pas effet ?

—Vous ne devriez pas rester là, Edelgard.

—Vous, Professeure, ne devriez pas rester là.

—Vraiment ? je me retourne enfin avant d'apercevoir son regard brumé. Vous avez pourtant l'air d'aimer le danger.

—Le danger, dites-vous ? Dois-je vous rappeler qui je suis ?

—Ou bien ce que vous-êtes ? Je crains que cela soit inutile, et vous le savez parfaitement.

C'est une Alpha, mais surtout la future impératrice de l'empire. J'imagine qu'il n'est pas difficile pour elle de satisfaire ses besoins et d'avoir des Omega à la pelle. Je sais néanmoins également qu'il ne suffit que d'un rien pour faire perdre la tête. Mais je connais Edelgard, elle préférerait se tuer elle-même que de céder et prendre quelqu'un de force. Pourquoi ? Car elle à une fierté démesurée en plus d'une beauté d'âme particulièrement fascinante.

—Qu'est-ce qui vous empêche de vous entraîner avec moi, dans ce cas, Professeure ?

Elle me défie et si une part de moi tente de rester lucide, c'est mon instinct qu'elle invite à danser quand ma main frappe. Un geste qu'elle arrête sans difficulté.

—Eh bien, cela m'avait manqué.

Mes mâchoires se crispent devant sa condescendance et son regard qui me toise. Pourquoi me provoque-t-elle alors que je fais tout pour rester loin d'elle ? Si au début, sa présence était supportable, aujourd'hui me semble insurmontable.

—Ne le prenez pas personnellement, Edelgard, vous savez parfaitement que si vous et moi étions sur un même pied d'égalité, je vous ferais taire chaque fois que je le désire.

—Voila bien là l'arrogance à laquelle vous m'aviez habituée, surtout de la part de quelqu'un qui se fiche éperdument de ce genre de détails.

De détails ? Détails qui empoisonnent. Ce n'est pas elle qui perd la tête dés qu'elle me voit, dés qu'elle s'approche. Si ses inhibiteurs fonctionnent et j'en remercie les Saints, ce n'est certainement pas mon cas. Se rend-t-elle seulement compte de ce qu'elle m'inflige ?

Ce ne sont plus seulement mes désirs mais aussi la colère qui prend possession de moi lorsque je frappe de nouveau comme si je voulais briser le reflet que me renvoie son regard. La seule chose qui puisse être brisée, c'est ma raison. Je le sais et pourtant, je lui réponds.

—Vous êtes la future impératrice de l'empire, pourquoi avez-vous autant besoin de me défier, Edelgard ? N'y a-t-il donc rien de plus intéressant à faire en Adrestia ? De vous à moi, je doute qu'une femme telle que vous ait du mal à trouver des proies faciles.

—Des proies faciles ?

Son regard s'assombrit quand le plat de sa main frappe ma poitrine, m'électrisant de toute part comme si un millier d'épines déchargeaient leur poison.

—Pour qui me prenez-vous, Professeure ?

—Je l'ignore, éclairez-moi ? je lance presque sèchement peinant ne serait-ce qu'à penser. Vous n'êtes pas sans ignorer l'état dans lequel je me trouve et pourtant vous êtes là, qu'espérez-vous, que je vous supplie ? Cela flatterait-il l'égo de la future impératrice ?

Mes mots s'échappent de mes lèvres avant même de se former dans ma tête. Ce poison qui circule dans mes veines et dévore tout viendra bientôt incendier le peu de bon sens qu'il me reste. Je suis son professeur, alors pourquoi m'entêté-je à lui répondre de la sorte ? Pourquoi ne pas seulement l'ignorer ? Ha, car son odeur… Son odeur est plus forte que tout.

—De l'égo, dîtes-vous ? elle se braque tout en esquivant chacun des coups que je porte à sa personne. Qui est trop fière ici pour accepter de prendre son traitement ?

—Pardon ?!

—Allons, Professeure, votre odeur ne cesse de s'intensifier… Je… Pourquoi pensez-vous que je suis venue ici malgré tout ?

Ses joues son rouges et ses yeux voilés de ce magnifique éclat argenté que renvoie ce soir la lune.

—Pensez-vous réellement que je me trouve dans cette position volontairement ?! je hurle en attrapant le col de sa veste lorsque je la plaque contre l'un des piliers des préaux. Avez-vous seulement idée de ce que je ressens, de ce que votre présence provoque en moi ? Vous savez parfaitement comme ça marche !

—Qui dit cela, Professeure ? Vous-même savez aussi parfaitement que vous n'êtes pas la seule victime ici !

—Victime ?! je m'insurge. Vous êtes la seule à être venue à moi ! Et si vous me respectiez un tant soit peu vous ne m'auriez jamais infligé ça !

—Et si vous, me connaissiez plutôt que de seulement vous fier aux apparences, sauriez que si je suis ici c'est que je n'en ai pas eu le choix !

—Le choix ? je répète en la lâchant enfin, vous êtes la fu…

—Future impératrice ? elle me coupe. Cela justifie-t-il seulement l'image que vous avez de moi ?

—Ce sont…

Mais je ne finis pas que ma main vient masquer mon visage brûlant. C'est tout mon corps qui s'enflamme, c'est mon esprit qui s'effrite, ces foutues chaleurs qui prennent le dessus sur moi sans que je ne le veuille. J'ai l'impression d'être prisonnière, prisonnière de moi-même et de ce que mon corps réclame à vouloir en mourir, prisonnière de ses mains qui viennent froisser non pas seulement mon haut que je souhaiterais qu'elle arrache mais aussi ma raison. Je sens sa respiration sur ma peau, et son regard me brûler jusqu'à ce que ce manteau d'humanité ne s'envole en un millier de cendres.

—Pourquoi, elle souffle alors. Pourquoi vous obstinez-vous à combattre votre instinct par vous-même ?! Pourquoi refusez-vous de faire comme nous tous, et de simplement prendre des inhibiteurs ? Vous êtres la seule à vous infliger cela… Vous… elle articule difficilement. Vous êtes la seule à vous imposer ma présence, et à me rejeter après cela comme si je n'étais rien.

Mes pensées se désagrègent et mes mots meurent dans ma gorge. D'aucuns ne sauraient franchir la barrière de mes lèvres pour mettre fin à ceci.

—Je les prends.

Son étreinte se relâche sans pour autant me quitter mais ce sont ses yeux écarquillés qui me dévorent comme l'étonnement ravage son visage.

—Pensez-vous vraiment que cela m'amuse, Edelgard… je souffle de façon à peine audible entre mes mâchoires serrées. Les pensées qui m'habitent lorsque je vous regarde ainsi, lorsque votre odeur m'enivre de la sorte alors que mon sang est depuis longtemps devenu lave n'ont absolument rien d'amusant. Croyez-vous réellement que c'est de cette façon que je souhaite penser à vous ? J'ai beau ne pas supporter l'idée de vous considérer seulement comme un prédateur capable de mettre fin aux tortures que je ressens à l'instant, ou bien quand je vous croise, ce sont pourtant bien les seules pensées qui m'assaillent. Je n'arrive à penser à rien d'autre.

Ses mains me libèrent peu à peu mais les miennes, tremblantes, les rejoignent. La dualité de mes pensées, de mes désirs, de tout ce qui fait de moi ce que je suis et qui je suis, ne m'a jamais imposée une lutte aussi terrible.

—Je vous en prie, ne m'obligez pas à vous supplier de mettre un terme à tout ceci, je ne saurais le supporter.

—Venez avec moi, Professeure…

J'ignore pourquoi une telle demande alors qu'elle sait parfaitement dans quel état je me trouve. J'ignore pourquoi je la suis alors que chaque minute, non, chaque seconde de plus auprès d'elle me rapproche d'un inévitable que je ne saurais tolérer. J'ignore pourquoi. Pourquoi ? Jamais ? En suis-je seulement capable ? Si même la force de mes convictions ne suffit pas, pourquoi je me débats autant ? Il me suffirait pourtant de simplement oublier mon nom, ainsi que le sien. Seulement d'abandonner.

Je me laisse entraîner en dehors du terrain, sa main tirant fébrilement mais sûrement dangereusement la mienne alors que je ne suis plus qu'une ombre. Une ombre capable de tout dévorer mais rêvant encore plus de l'être. Rêver ? Non, c'est un cauchemar. Nous descendons la promenade et je sais que le chemin que l'on prend lorsque l'on tourne devant la serre, lorsque l'on passe sous l'arche recouvert de lierres, lorsque l'on grimpe les escaliers dans le silence instaurés par la nuit à cette heure-ci, mène jusqu'à sa tanière. Au bout de ce chemin devrait se trouver la lumière et pourtant le suivre… Est le pire des calvaires.

—Edelgard… j'articule difficilement, mon dos retenue par le poids de la porte de sa chambre qui claque derrière moi.

—Ne dites rien, elle m'ordonne presque. Vos maux causent les miens.

Je la vois chercher dans ses affaires, tirer des livres qu'elle pose les uns sur les autres jusqu'à en poser un devant elle. J'ignore ce qu'elle espère trouver car je sais qu'il n'existe rien de suffisant pour me soulager. Nous soulager. Et pourtant, la petite fiole de couleur rouge qui était dissimulée dans une cachette creusée dans l'amas de pages jaunies, attire mon attention au point de murmurer à ma raison.

—Nombre de chercheurs travaillent sur les inhibiteurs, et certains sont encore au stade expérimental mais je garde celui-ci au cas où je…

—Au cas où vous… ? je force une réponse.

—Au cas où j'aurais envie de…

—De…

—De céder, elle finit par avouer.

—Vous êtes une Alpha, ne serait-ce pas dans l'ordre naturel des choses pour vous de céder ?

—Vous êtes une Omega, alors pourquoi refusez vous de le faire ? Mes raisons sont probablement aussi justifiées que les votre bien que toutefois différentes. Je refuse que les conditions dans lesquelles je suis née soient ma prison dorée.

Son regard me perfore lorsqu'elle se tourne enfin vers moi et son premier réflexe est de se couvrir le visage comme si mon odeur l'atteignait. J'ai l'impression que sa fragilité est semblable à la mienne. Les chaînes qui nous recouvrent prêtes à tomber.

—N'approchez-pas… Je… Je ne suis pas certaine de pouvoir résister si vous n'osez seulement qu'un pas.

Mon cœur bat à tout rompre dans ma poitrine soudain bien trop étroite. Si je ferme les yeux, je sais l'obscurité aussitôt m'emporter. Mes jambes, déjà, sont à deux doigts de lâcher tant je les sens trembler. C'est ma propre conscience qui me dévore. Je deviens folle.

—Pr- Professeure… elle murmure entre ses doigts devant son regard sombre. Combien en avez-vous pris ? Vous ne devez pas ignorer que votre corps ne supporterait pas un surdosage.

Mes mains se referment sur mon haut que je froisse au point que je pourrais me lacérer la peau tant je n'en peux plus de ces flammes noires qui me consument. Même en enfer, il ne pourrait faire si chaud. Jamais je ne m'étais retrouvée dans un état aussi… déplorable, s'il faut le qualifier. Je n'arrive plus à penser et la seule chose que je désire, c'est qu'elle me fasse sienne. Par tous les Saints… Mourir serait tellement plus facile.

—El… prononcé-je entre deux lourds soupirs. Je crains qu'il ne soit déjà trop tard… Je…

Tout s'assombrit autour de moi, comme si la lumière se mettait à danser avant de péniblement s'éteindre tout comme l'espoir de rester intacte encore quelques heures, quelques minutes, quelques secondes… Dépossédée de moi-même, je sais qu'il n'existe hélas qu'une seule solution pour pouvoir respirer. Et ces mots, désespérés, honteux, qui se forment dans ma tête, livrant batailles avant de rejoindre mes lèvres, auront raison de moi…

—Je vous en pr…

Mais ce sont ses doigts plaqués sur ma bouche qui me font douloureusement taire et me sauvent. Je sens à ce seul contact toute la puissance de son corps mais surtout celle de ses désirs qui l'assiègent comme si nous étions devenues champs de bataille. Que restera-t-il ensuite ? Des ruines ? Ou les vestiges de qui nous sommes ? Qui nous étions.

—Ne dîtes-rien… elle murmure entre ses lèvres entrouvertes, ou bien j'aurais seulement l'impression de vous rendre service…

Sa main glisse lentement pour couvrir ma bouche toute entière plus fermement tandis que l'autre remonte jusqu'à sentir ses doigts cercler ma gorge. J'ai l'impression de n'être plus qu'une chose sous son emprise, incapable de me débattre, de me mouvoir, de me libérer d'elle. En ai-je seulement envie ? Comment le saurais-je alors que ces phéromones sont plus fortes que le plus puissant des alcools.

—Byleth… elle lâche entre ses doigts qui découvrent mes lèvres. Si je fais cela… Je… J'ignore si je saurais m'arrêter…

Par tous les Saints, elle m'assassine. Il est déjà trop tard, pour elle, pour moi. Pour nous. La rencontrer m'a condamnée, au tout premier regard. Il n'existe rien d'assez fort, ce dernier me brûle, mon corps l'implore.

Inutile de prendre la parole car mes gestes sont plus éloquents que je ne l'ai jamais été lorsque mes bras passent de part et d'autres de sa taille et que mes doigts remontent s'agripper dans son dos. Que suis-je en train de faire ? Notre condition justifie-t-elle seulement tout ça ? Edelgard reste mon élève, je suis son professeur… Une telle relation n'a pas sa place. Alors pourquoi, pourquoi suis-je incapable de résister ? Je me déteste.

Je maudis mon corps lorsqu'elle me jette presque violement sur son lit, mes jambes qui refusent de bouger quand elle prend place sur mon bassin sous mes yeux qui ne peuvent se détacher de mon propre reflet que me renvoient les siens. Je suis lamentable, non seulement car j'ai envie d'elle, mais aussi pour ce que je lui impose. Même si elle n'y peut rien, je sais l'obliger à faire cela… C'est trop, bien trop pour être supporté.

—Byleth… j'entends murmurer alors que mon bras sur mon visage me piège dans les ténèbres. Byleth… Regardez-moi…

Cette lumière, elle aussi, est insupportable. Celle qui m'entoure, celle qu'elle dégage. Je suis si faible. Pitoyable.

Je crois pouvoir affirmer que c'est la première fois que mes larmes guettent ainsi et menacent de pleuvoir, mais sa respiration, lourde, désarticulée, gonflant sa poitrine de façon désordonnée, balaye les nuages. Derrière ses airs forts et supérieurs, je n'ai aucun mal à la sentir trembler et je crois qu'elle ne prend même pas la peine de le cacher.

—Je ne vous marquerai pas… Alors…

Elle se penche vers moi et ses lèvres prennent la suite de ses mots pour apaiser mes maux. Pourquoi m'embrasse-t-elle ? Pourquoi ne se contente-t-elle pas seulement de… De quoi, au juste ? Je n'ose même pas y penser tant je me sens coupable. Coupable de la désirer. Et ce désir s'embrase un peu plus, si c'est seulement possible, lorsque je sens sa langue jouer sur mes lèvres, bientôt rejointe de la mienne.

Quand mes doigts attrapent fébrilement sa chemise et font tomber sa veste qui glisse le long de ses épaules, lorsqu'elle se penche encore et encore sur moi, lorsque son bassin se plaque au mien qui remue et s'agite, témoignant ma faiblesse, il ne fait aucun doute que ces derniers sont partagés. La pression qui augmente et que je devine, cachée sous ses collants et ses habits, n'est qu'une invitation au vice. Si j'en avais la force, seulement la force. Si je pouvais la repousser… Mais je suis privée de libre-arbitre. Je suis une Omega, c'est une Alpha, je n'ai point d'autre choix que celui de céder et de m'offrir à elle, alors… Pourquoi mon cœur me fait si mal ?

Cette douloureuse sensation se resserre sur mon âme quand la main d'Edegard vient emprisonner les miennes qu'elle lie au dessus de ma tête, quand sa seconde déboutonne violemment le short que je porte. Si la sensation du tissu qui glisse sur mes jambes comme un pelage tombant à l'arrivée du printemps aurait du être libératrice, je ne m'en sens qu'un peu plus oppressée. Qu'espérais-je d'autre, après tout ? Qu'elle prenne son temps et soit douce ? Elle a seulement besoin de me prendre, comme un animal le ferait. Alors, pourquoi m'embrasse-t-elle de nouveau provoquant la course d'un millier d'étincelles sur ma peau ?

—Byleth… Ton odeur… Je… elle articule laissant les bonnes manières derrière elle. Je n'arrive plus à penser.

Ses doigts tremblent avant de se paralyser lorsque j'en sens les vibrations remonter pour éprouver mon bas-ventre.

—Pourquoi sens-tu encore plus fort…

Des questions qu'elle me pose mais dont je n'ai les réponses. Si seulement je savais, peut-être aurais-je pu éviter tout cela.

Edelgard est déjà dure quand mes mains échappées vont à la rencontre de son sexe toujours prisonnier dans sa tunique sombre. J'ai du mal à réaliser qu'elle me veut autant que j'ai besoin d'elle en moi. Penser ses mots est une torture, mais celle que subit mon corps est encore pire, alors je la libère quand son regard m'échappe. Je crois qu'aucune de nous ne souhaitait ce qui arrive et pourtant, nous ne pouvons nous arrêter. J'imaginais de la violence, mais derrière ses muscles qui se contractent un à un, elle n'est elle aussi qu'un petit oiseau fragile. Et l'oiseau, fragile pourtant, me plaque soudain violemment.

Je donnerais cher pour que tout cela s'arrête mais encore plus pour que son regard me dévoile ce qu'il recèle. Il en dit tant mais semble en cacher d'avantage. Il m'arrive de penser qu'elle et moi nous ressemblons plus que je ne voudrais l'admettre, et il ne s'agit pas seulement de fierté. Je sais cependant que nous ne serons jamais sur un même pied d'égalité. Nous pouvons toujours danser, cette distance qui nous sépare, malgré cette improbable proximité… Ne pourra jamais être comblée. Alors céder ? Jamais ? Le temps d'une nuit, peut-être n'est-ce finalement pas le plus terrible péché.

Quand je ramène son visage vers moi, quand son regard me perfore comme le ferait un millier de lances acérées, il ne suffit que d'une seule seconde pour nous comprendre. Ses mains font glisser mon boxer celle qui suit et je n'ai qu'à descendre à peine ses collants puisque sa tunique retombe sur ses cuisses pour voir son sexe se présenter à moi. Dire que je n'ai pas peur de ce qui va suivre, et je ne parle pas de l'acte, ne serais que mensonge. Encore une fois, il est déjà trop tard car sa bouche trouve le chemin de la mienne quand j'écarte les cuisses, et qu'elle me prend comme si j'étais sa chose.

Son corps chaud me semble soudain plus lourd quand tout son poids s'étale sur le mien, mais tout ce que j'imaginais s'effondre. Je devrais certainement ressentir un certain soulagement de bientôt pouvoir me décharger de cette oppression physique qui m'étreint et m'étouffe mais je sens ce désir qui brûle grandir en moi jusqu'à penser qu'il me dévorera toute entière. Les quelques pensées encore indemnes qu'il me reste se livrent à nouveau bataille. J'aimerais que tout s'arrête et pourtant mourir dans ses bras. De cette façon, cette unique erreur ne se reproduirait pas mais serait salvatrice.

—El… je prononce difficilement quand mes jambes se croisent sur ses fesses.

—Tu es si… étroite… j'ose à peine avoir entendu, je vais perdre la tête…

La mienne est tombée depuis longtemps déjà, que risque-t-elle à me rejoindre, après tout.

—Ton odeur est encore plus intense… Elle est partout.

Sa bouche dévale mon cou jusqu'à mon épaule sur laquelle elle referme ses dents tout en maintenant son rythme de va-et-vient lorsqu'elle se retire pour s'enfoncer en moi un peu plus. Je la sens, toute entière… mais j'ai l'impression que ça ne me suffira jamais et les lourds soupirs qui s'échappent de ma bouche prennent entièrement possession de la pièce comme sa présence le fait en moi. J'ai l'impression d'être ivre, mais cette ivresse est de mes maux.

—Byleth…

Le temps que mon propre prénom ne rejoigne mes oreilles, je me retrouve sur le ventre sans même comprendre ce qu'il m'arrive. Je sais qu'un Alpha sous l'influence des phéromones d'Omega peut soudain faire preuve d'une force plutôt bestiale, mais je n'imaginais pas Edelgard capable d'une telle prouesse, du moins pas sans que je l'y aide. L'aurais-je fait ? C'est une question qu'il m'est bien inutile de me poser, plus maintenant que je vois le reste de ses vêtements rejoindre le sol, et que je sens son sexe toujours fièrement dressé s'aventurer une nouvelle fois en moi quand ses doigts, eux, agrippent ma nuque. Ses gestes ne sont pas brutaux, ni violents, mais déchargent toute la tension qui s'est accumulée entre nous en quelques minutes seulement. La pointe de ses seins m'électrifie le dos, trace d'invisibles lignes lacérantes quand elle se penche sur moi, encore et encore, carbonisant mes dernières pensées chaque fois jusqu'à ce qu'il n'en reste aucune. Ce sont ses lèvres, sa respiration remontant le long de ma colonne jusqu'à arriver à ma nuque qui me réveillent, tel l'orage qui frappe.

—El ! Ne…

Mais je ne finis pas, sa langue me fait taire quand je comprends qu'elle ne brisera ses paroles. C'est une promesse tacite qu'elle m'a faite. Alors je m'abandonne, je m'abandonne à cette sensation d'oppression et de délivrance qui prend entièrement possession de moi-même comme Edelgard le fait. Je m'abandonne un peu plus à chacun de ses assauts, à ses baisers fiévreux qui semblent encore plus brûlant que mon sang devenu lave. J'abandonne mon corps, j'abandonne mon nom. J'abandonne tout et toute chose quand sa main rejoint mes cuisses, en redessine le pourtour avant d'accompagner ses allers et retours qui n'en finissent plus. Ma conscience n'est déjà plus, une part de moi a déjà abdiqué, alors, pourquoi mon cœur bat-il violemment de la sorte ? Il le fera pendant des heures encore, tout comme me bercera la douleur dansant avec cette terrible oppression avant que mort s'en suive. L'amour ? L'amour n'a aucune raison, il s'agit seulement de soumission.

/

Cette nuit là, j'ai attendue que la blanche s'endorme pour quitter sa chambre et rejoindre la mienne, mes pensées sans dessus dessous, mon corps endolori, et mon esprit brisé. Seul mon cœur semblait encore intact, bien que ses battements trop douloureux. Les quelques jours qui ont suivi, je n'ai pu trouver le sommeil, ne pensant à rien d'autre qu'à sa présence sur et en moi. Seul son nom accompagnait mes nuits, et son regard mes journées, car en dépit des circonstances, je reste son professeur. Les inhibiteurs de Manuela ont du finir par faire effet puisque je n'ai fait aucune autre crise depuis cette fameuse nuit, et ni Edelgard ni moi-même n'avons rebordé le sujet. Qu'aurais-je eu à lui dire, après tout ? Je me surprends encore parfois à inhaler son parfum laissé sur mes vêtements mais le temps passant lentement fait effet, lui aussi, car si j'ai détesté devoir faire ce que nous avons fait, je ne peux nier avoir aimé le faire. Comment seulement cessé d'y penser ? Elle est partout, même lorsqu'elle n'est pas là. Je n'en ai plus besoin, mais l'envie m'accompagne, devenue très étrange obsession.

Cela fait une semaine maintenant et la porte de ma salle de classe s'ouvre alors que je termine de lire une énième copie. Je sais qu'à peine mes yeux levés, je sentirai mon cœur s'emballer cruellement, une certaine forme de colère, étrange elle aussi, guetter dans l'ombre. Elle s'avance, silencieusement sans dire mot. J'imagine qu'elle a eu le message que j'ai glissé sous sa porte en partant ce matin mais maintenant qu'elle est là, devant moi, je ne sais par où commencer. Je me contente alors de la regarder, avec la même éloquence qu'elle, contemplant une fois encore ses longueurs, blanches comme l'hiver mais à la senteur du printemps. Un parfum qui lui non plus, ne me quitte jamais.

—Edelgard…

Le silence se brise et son regard parme me vrille. Il ne suffirait pas de grand-chose pour me faire flancher de nouveau, craquer, céder, j'ai pourtant parfaitement conscience que mon corps s'est calmé. Alors, pourquoi je brûle un peu plus à chaque pas réduisant cet enfer pavé de flammes qui nous sépare elle et moi ?

—Que m'avez-vous fait, Edelgard ? je finis par lâcher certainement trop froidement puisqu'elle se braque et croise sur sa poitrine ses bras.

—Et que vous aurais-je fait, au juste, Professeure ?

Je sais que derrière ses airs hautains et son attitude condescendante, elle sait très bien de quoi je parle. Pourquoi lui faire face serait si difficile, sinon ? Je me demande ce qui m'agace le plus, cette attitude emplie d'indifférence comme s'il ne s'était jamais rien passé, ou bien le fait de ne penser plus qu'à elle dés que j'en suis éloignée ? Ce besoin de la voir est devenu viscéral.

—Vous aviez pourtant dit que vous ne le feriez pas… je fais difficilement entre mes mâchoires serrées. Pourquoi m'avoir marquée ?!

—Vous êtes tellement têtue… soupire l'Aigle de Jais.

—Vous êtes la troisième personne à me le dire mais de votre bouche c'est encore plus agaçant.

—Peut-être la votre devrait-elle rester close, dans ce cas.

Si une chose est certaine, c'est qu'elle ne manque pas de mordant. Et ce n'est pas peu dire. Ces simples mots me suffisent pour que mes doigts déjà caressent ma nuque sur laquelle elle a laissé sa trace. J'imagine du moins.

—Pourquoi ne puis-je penser à autre chose qu'à vous…

Ses doigts redessinent ses sourcils et rejoignent l'arrête de son nez. Elle a l'air agacée, mais ne peut certainement pas l'être autant que moi.

—Alors vous pensez réellement que je l'ai fait, Professeure ?

Je la vois s'approcher et avant même que je ne le réalise, elle se trouve assez proche pour que son souffle chuchote doucement au mien.

—Je ne vous ai pas marquée. Et je ne le ferai jamais. Jamais sans votre consentement.

—Mon… consentement ? je ne suis sûre de suivre.

Ses doigts trouvent rapidement ma joue et puis mes lèvres, mais elle ne fait rien. Rien de plus que de seulement me regarder, me perforant comme elle sait maintenant parfaitement le faire sans en avoir elle-même conscience. Mon cœur accélère dans son écrin, rendant ce moment particulièrement insoutenable. Si elle ne m'a pas marquée, et si mes phéromones se sont calmées, pourquoi mon corps et mon âme la réclament ?

—Pour ma part, je ne pensais déjà plus qu'à vous avant même que vous et moi… mais elle ne termine pas. Qu'en est-il de vous ?

Mais elle s'éloigne et le silence prend la parole. Pendant la moitié d'une seconde, j'ai l'impression d'imaginer un sourire. Ou bien se moque-t-elle tout simplement de moi. Comment pourrais-je seulement la comprendre ? Nous somme si différentes, je suis une ancienne mercenaire, au mieux son professeur et elle est mon élève, fille de l'empereur. Nous sommes comme qui dirait deux parfaits contraires. Pourtant tout me ramène à elle. Si elle ne m'a pas marquée, il ne fait aucun doute que je suis imprégnée. Il demeure toutefois une chose qui, ni à elle, ni à moi, je ne pourrais pour le moment avouer.

C'est bien pour elle que mon cœur a toujours battu à rythme effréné.