Disclaimer : L'univers et les personnages d'Harry Potter appartiennent toujours à JK Rowling (merci à elle de nous les prêter). Cette histoire, par contre, est à moi, ainsi que les éventuels personnages additionnels qui pourraient éventuellement y apparaître.

N/A : Coucou, me revoilà, après ce long hiatus. Pas que ma vie soit devenue plus simple, mais l'écriture me manquait, et oui… Vous me manquiez !
J'espère que cette nouvelle histoire vous plaira autant que les autres. Elle met en scène… Non ! Vous n'allez pas me dire que vous avez deviné ! Elle n'est pas terminée à ce jour, aussi, je ne peux pas vous donner de calendrier de publication, mais j'essaierai de le faire au moins toutes les deux semaines, si vous êtres sages.

Et surtout, n'oubliez pas que les Reviews sont plus que jamais la nourriture de la muse ! Alors n'hésitez pas à me dire ce que vous pensez de ce prologue.

Ceci dit, Enjoy & Review !


PROLOGUE
Le rayon vert

...

« Regardez… moi ! » murmura-t-il.

Les yeux verts rencontrèrent les noirs l'espace d'une seconde, avant que quelque chose ne semble s'éteindre au fond du regard sombre, qui devint fixe, vide, dépourvu de toute expression. La main qui agrippait Harry retomba sur le sol, et Snape ne bougea plus.

Venu de nulle part, tel un Avada Kedavra à la puissance mille, un rayon de lumière verte déchira l'horizon. Aveuglant.

Severus resta un instant désorienté. Assis dans son lit, des papillons verts dansant derrière ses pupilles douloureuses. Le corps entier trempé d'une transpiration glacée, il frissonnait, tandis que l'écho de son propre hurlement résonnait encore dans ses oreilles. Instinctivement, il porta une main à son cou, tant la sensation de la douleur atroce était encore présente à son esprit.
Se félicitant une fois de plus d'avoir eu la prévoyance, comme chaque soir, de jeter un Silencio sur ses courtines, il passa une main encore tremblante sur son front.
Ce n'était pas le premier cauchemar qu'il faisait, et ce ne serait sûrement pas le dernier, mais c'était certainement le pire qu'il ait jamais eu à endurer. Et ce n'était pas rien. En seize ans d'existence, il avait certainement subi plus d'épreuves que la plupart des personnes en une vie entière. Assez pour que ses rêves en soient perturbés à jamais. Il fit jouer les muscles douloureusement contractés de son cou et de ses épaules, tentant de calmer sa respiration haletante et de reprendre le contrôle de son esprit. Mais pour une fois, l'Occlumentie ne lui fut d'aucun secours. Le rêve était gravé dans sa tête aussi clairement que s'il était en train de le vivre. Sentant monter une nausée, il se leva précautionneusement, afin de ne pas réveiller ses camarades de dortoir, et pieds nus sur les carreaux glacés, se précipita dans la salle de bains.

Après s'être rincé la bouche et copieusement aspergé le visage d'eau froide, il releva lentement la tête, rencontrant un regard hanté dans le miroir fixé au-dessus du lavabo. L'artéfact dût lire le danger au fond de ces yeux hagards, car contrairement à son habitude, il renonça prudemment à faire la moindre remarque sarcastique à leur propriétaire.
Une fois qu'il eut rejoint son lit, il jeta un coup d'œil au vieux réveil posé sur son chevet, pour constater qu'il était moins tard qu'il ne l'aurait cru. Il restait encore quelques heures avant le lever du soleil, et il savait qu'il ne pourrait pas se rendormir. Mais à peine à un peu plus d'un mois des BUSEs, il avait besoin d'un minimum de repos, et il voulait, au moins pour quelques heures, oublier le cauchemar qui s'obstinait à tourner en boucle dans sa tête. Pointant sa baguette sur l'un des montants de son baldaquin, il ouvrit la cachette qu'il avait pris soin d'y aménager à la dernière rentrée, dévoilant un flacon rempli d'un liquide violet, dont il mesura soigneusement quelques gouttes dans un verre d'eau. Avec un peu de chance, lorsqu'il se réveillerait, il aurait oublié son rêve.

La potion de Sommeil-sans-rêves ne faisait pas partie de celles qu'il confectionnait en secret dans une salle de classe désaffectée qu'il avait transformée en mini laboratoire, et qu'il revendait sous le manteau contre espèces sonnantes et trébuchantes. Depuis l'année précédente, en effet, outre une acceptation tacite, même intéressée, même de surface, par les Sang-pur de Serpentard, son petit négoce lui procurait une source de revenus plus que bienvenue.
Il la brassait uniquement à son usage personnel, et lui-même n'en prenait jamais qu'exceptionnellement, ne connaissant que trop bien l'addiction et les effets secondaires qu'elle pouvait entraîner. Il avait appris à la confectionner, encore enfant, en regardant, jour après jour, sa mère la préparer. C'était le seul moyen qu'elle avait trouvé pour échapper, l'espace de quelques heures à sa vie misérable et à son mari violent. Au fil des années, il l'avait vu la brasser de plus en plus souvent, en proportions de plus en plus concentrées. De plus en plus souvent aussi, il la trouvait endormie sur le fauteuil du salon, le soir en rentrant de l'école, et un jour, cinq ans plus tôt, elle s'était endormie pour de bon. Le médecin moldu avait conclu à une crise cardiaque. Plus tard, Severus avait retrouvé le flacon, qui avait roulé sous le fauteuil, et l'avait conservé jusqu'à l'année précédente. Mais il avait finalement renoncé à analyser les résidus qu'il contenait. Il avait réalisé qu'il ne voulait pas vraiment savoir s'il s'agissait vraiment d'un accident, ou si Eileen l'avait abandonné sciemment, le laissant seul, à la merci de son père.
Tobias n'avais pas été là, bien sûr. Il n'était jamais là. Lorsqu'il avait enfin fini par le trouver, accoudé au comptoir du troisième pub où il l'avait cherché, plus qu'au trois-quarts ivre, tout ce qu'avait trouvé son géniteur à faire après qu'il lui eut raconté ce qui était arrivé, avait été de commander une autre tournée afin de célébrer sa 'liberté enfin retrouvée'. C'était la seule fois où son père ne lui ait pas tapé dessus après qu'il soit venu le chercher dans un bar. Les obsèques de son épouse rapidement expédiées, Tobias s'était désintéressé de son rejeton, tant qu'il restait hors de sa vue. C'était avec les parents de Lily que quelques semaines plus tard, il s'était rendu sur le Chemin de Traverse, afin d'acheter ses premières fournitures en vue de son entrée à Poudlard.

La mort de sa mère avait, paradoxalement, en partie sonné le glas des sévices paternels. Lorsque Severus rentrait à l'Impasse du Tisseur, pour les vacances d'été, il était le plus souvent livré à lui-même. Il y avait même eu des années où il avait réussi à ne pas rencontrer son père une seule fois. Il se débrouillait très bien tout seul, et se passait fort bien des accès de violence de plus en plus brutaux de celui-ci. Le petit pécule laissé par Eileen dans la cachette du grenier, couplé à sa débrouillardise d'enfant très tôt délaissé, auquel s'ajoutait, depuis l'année dernière le profit que lui rapportait son 'petit commerce' de potions clandestines, suffisaient à ses besoins limités. Quant aux sévices… il était simplement passé d'un tortionnaire à quatre, et si les dégâts physiques causés par les 'plaisanteries' des Maraudeurs restaient heureusement, pour la plupart un peu moins sévères que ceux occasionnés par Tobias, ceux, psychologiques, qui étaient venus s'y ajouter étaient de loin les plus douloureux. Il recommença à trembler au souvenir d'une gueule grande ouverte sur deux rangées de crocs monstrueux, qui avaient manqué de peu de le tuer, l'année précédente. Le traumatisme subi, couplé à celui de l'indifférence dédaigneuse de Dumbledore pour son sort, ne s'en effacerait sûrement jamais tout à fait. Le seul 'avantage' de ce nouveau cauchemar, avait été d'éloigner provisoirement celui qui lui faisait revivre ce moment, où il avait commis la bêtise suprême de s'aventurer dans le tunnel qui menait à la Cabane Hurlante par une nuit de pleine lune.

Sur le moment, il avait maudit les Maraudeurs. Son ressentiment envers eux s'était définitivement mué en haine contre leur petite bande de harceleurs certains de leur impunité, et contre un Directeur dont la partialité frôlait la complicité. Avec le recul, il s'en voulait maintenant au moins autant à lui-même qu'il en voulait à Black, l'instigateur de ce qui aurait pu causer la mort de deux adolescents dont l'un était pourtant l'un de ses meilleurs amis, et le plus grand scandale de l'époque. Comment avait-il pu être aussi stupide, alors qu'il soupçonnait Lupin d'être un Loup-Garou ? Comment avait-il pu penser un instant qu'il s'en sortirait indemne ? Frissonnant, il porta le verre à ses lèvres, et le vida d'une seule longue gorgée, sentant la somnolence le gagner immédiatement. Il eut à peine le temps de le reposer sur la tablette du chevet, avant que tout ne devienne flou. Déjà à moitié endormi, il ramena machinalement les couvertures par-dessus sa tête et sombra dans un profond sommeil.

Il reprit conscience presqu'instantanément, haletant sous l'assaut de la douleur qui irradiait de la morsure de Nagini dans tout son corps, se répandant dans le moindre de ses vaisseaux comme au travers d'une toile d'araignée. Il était seul. Les adolescents étaient partis et il ne pouvait qu'espérer que Potter ferait bon usage de ce qu'il lui avait donné… à supposer que cette tête de mule vindicative accepte de plonger dans les souvenirs de son professeur abhorré. Il ferma les paupières. Il avait fait tout ce qu'il avait pu, c'était aux autres de terminer le travail.
La souffrance devint rapidement intolérable, le venin brûlait comme un acide
. S'il l'avait pu, il aurait hurlé à s'en déchirer les cordes vocales, mais le seul son qui pouvait encore s'échapper de sa gorge déchiquetée était un horrible sifflement, qui se transformait peu à peu en un gargouillis immonde. Le sang remplissait sa bouche de son goût métallique. Il se demandait comment il se faisait qu'il ne soit pas encore mort. Il se prit à… prier ? Non qu'il fût croyant, il n'avait jamais reçu aucune éducation religieuse de quelque sorte que ce soit, mais les sorciers étaient bien placés pour savoir que la mort n'était pas vraiment une fin. Les fantômes du château étaient là pour le leur prouver jour après jour.
Il voulait juste que ça s'arrête. Il voulait juste ne plus souffrir. Les mots qu'il ne pouvait prononcer se bousculaient dans sa tête : « Je vous en supplie, faites que ça s'arrête ! J'ai assez souffert. J'ai mérité de me reposer, même un instant, avant d'aller en enfer ! » Il doutait de l'existence d'un Paradis ou d'un Enfer tels que les religions moldues se plaisaient à les décrire, mais il savait bien que ses actions passées ne lui permettraient pas vraiment un repos dans la paix, même si depuis seize ans maintenant, il faisait tout son possible pour racheter ses péchés. Même en faisant cela, il avait fait du mal. Beaucoup. En grande partie par devoir certes, afin de pouvoir continuer à tromper Voldemort, mais il avait fait du mal. Il avait été cruel. En toute connaissance. Et s'il ne s'en était jamais pris physiquement à eux, il avait volontairement blessé moralement des enfants. Et peu importait si son comportement avait été guidé par sa propre souffrance, passée et présente, il l'avait fait.

Et il le regrettait sincèrement.

Cette dernière année, en particulier, avait été la pire de son calvaire. Même s'il avait fait son possible pour protéger le plus possible les élèves, il n'avait pas pu tenir entièrement la promesse qu'il avait faite à Dumbledore. La présence permanente des Carrow et la nécessité de jouer son rôle de manière crédible l'en avaient empêché. Il aurait tellement voulu que ça se passe autrement… tellement voulu que… Il s'enfonçait. Il était complètement paralysé maintenant, et la douleur commençait enfin à s'estomper, dans un bienheureux sentiment de flottement. Il n'avait plus que cette idée, ce désir en lui. De plus en plus fort. De plus en plus violent. Un désir qui remplissait tout, qui occultait tout, qui submergeait tout. Il aurait tellement voulu… tellement… tellement… Son cœur pulsait dans ses oreilles, et son dernier battement lui sembla résonner comme un coup de canon dans le silence.

—Snape ! Quelqu'un lui secouait une épaule. « Réveille-toi, les cours commencent dans une heure ! « Qu'est-ce qu'il lui arrive ce matin ? D'habitude il est déjà à la bibliothèque depuis au moins deux heures.

—Chais pas l'est 'têtre malade, répondit une autre voix, mal réveillée, dans un bâillement étouffé. « Tu penses qu'on devrait prévenir Rosier ?

Ces derniers mots finirent de réveiller le dormeur, qui grogna un commentaire inintelligible, en se redressant sur son lit.

—Merlin ! Tu as une tête à donner des cauchemars à un Sombral.

—Bonjour à toi aussi. Ça va aller, j'ai juste passé une mauvaise nuit, pas la peine de déranger son altesse pour ça !

Lestrange étouffa un gloussement. Rosier prenait un peu trop au sérieux ses prérogatives de Préfet, et commençait sérieusement à taper sur le système de tout le monde. Surtout en cette période de révisions intenses où les nerfs et les susceptibilités de chacun étaient à fleur de peau. Raison de plus pour mettre de côté son Statut de Sang, et ménager le petit génie des potions, qui fournissait gracieusement ses camarades de dortoir en potion calmante, sans compter l'Aiguise-méninges que Madame Pomfresh leur refusait systématiquement : « vous devez faire travailler votre cervelle toute seule, vous ne pouvez pas toujours vous reposer sur la magie. » Ce qui faisait lever les yeux au ciel au gratin au sang pur de Serpentard (et pas seulement), qui ne pouvaient même pas concevoir une vie d'où la magie serait absente.

—Tu ferais bien de te dépêcher, si tu veux pouvoir avaler quelque chose avant le premier cours. Je te rappelle qu'on a le BUSE blanc de Potions aujourd'hui. Manquerait plus que tu tournes de l'œil devant ton chaudron, même si je te soupçonne de pouvoir préparer les recettes que nous donne le vieux Slugh plongé dans le coma.

Debout sous le jet de la douche, qu'il fit progressivement passer de quasi brûlant à presque glacé, manière de se donner un coup de fouet, Severus repensait à son rêve. Contrairement à ce qu'il avait espéré, celui-ci ne s'était pas estompé pendant son sommeil, et il s'en souvenait aussi bien que s'il y était encore dedans. Du monstre aux yeux rougeoyants qu'il appelait servilement Maître avec un sentiment de dégoût intense, au non moins monstrueux serpent enfermé dans sa bulle magique. De sa terreur lorsqu'il avait compris qu'il allait mourir. De la gueule aux crochets démesurés, à côté desquels ceux du Loup Garou qui hantait encore récemment ce qu'il croyait être ses pires cauchemars paraissaient dérisoires. De la douleur indicible, de la peur de ne pas pouvoir terminer sa… mission ? De la vision dérangeante des yeux de Lily derrière les lunettes de Potter. Et surtout des images… non, des souvenirs. Il ignorait pourquoi, mais il savait que c'étaient des souvenirs, qui s'étaient soudain mis à déferler en vagues serrées dans son esprit. Peut-être parce que les premiers lui étaient tellement familiers… Lily. Spinner's End. Le train. Les premières provocations de Black et Potter. Poudlard. La Répartition. Encore Lily. Les Maraudeurs. Lupin en pleine transformation. Et puis les BUSEs, et les Maraudeurs s'en prenant à lui, une fois de plus. L'humiliant comme jamais devant la moitié de l'école, et lui traitant Lily de… Non ! Il ne pourrait jamais lui dire ça ! Pas à elle ! Pourtant, dans son rêve, il l'avait fait, et elle ne lui avait pas pardonné. Jamais. Dans son rêve, elle s'était tournée vers son pire tourmenteur. Et lui, lui, il l'avait trahie. Il avait… elle était… ses deux poings vinrent s'écraser contre le carrelage dans un craquement sinistre, mais la douleur fut noyée dans le gémissement qui échappa à sa gorge alors qu'il tombait à genoux, le jet glacé continuant à s'abattre sur son dos. « Lily ! » Mais le flot des souvenirs ne s'arrêtait pas, et le temps défilait à une vitesse hallucinante. Le seigneur des Ténèbres. La Marque : fierté, appartenance, importance, et puis, très vite, désillusion, dégoût de soi, honte... Le fils de Lily. 'Il faut protéger l'enfant… il a ses yeux'. Toute une vie. De souffrances. De trahisons. De haine. Pour Voldemort, qui lui avait tout pris. Pour l'enfant, qui avait survécu à sa mère. Pour Dumbledore, qui n'avait pas su tenir sa promesse. Pour lui-même, surtout, qui avait tout gâché, qui avait même accepté de laisser se sacrifier un enfant innocent… l'enfant de Lily ! Lui qui était finalement le seul à blâmer. Lui qui à force de mauvais choix avait été la cause de tout !
Il semblait tellement réel ce rêve, qu'il en avait l'amertume d'un véritable souvenir. Il s'était vu vieillir. Seul. Amer. Désespéré. Universellement détesté, mais acceptant son sort avec le sentiment qu'il était encore bien trop bon pour lui. Il ne croyait pas à la divination, ni aux rêves prémonitoires, mais ça… ça ! C'était au-delà de toute expérience, et tout au fond de lui-même, tout en repoussant cette idée de toute la force de son esprit, il savait sans aucun doute possible que…

Quelqu'un tambourinait contre la porte de la salle de bains. Depuis combien de temps était-il là ?

—Snape ! Grouille, Tu vas être en retard ! Je t'ai laissé un toast sur ton chevet.

Il devait vraiment avoir eu l'air mal en point pour que Lestrange se soucie de repasser voir comment il allait, et aille même jusqu'à lui rapporter de quoi manger… presque une souillure de son précieux Sang Pur ! Il se sécha d'un sort, lança quelques Episkey sur ses doigts, grimaçant alors que les articulations se remettaient en place, et s'habilla tout en mâchonnant le bout de pain grillé. Il n'avait pas faim, mais il reconnaissait le bien-fondé des arguments de son camarade. Il arriva bon dernier devant la classe de Potions dans laquelle il se faufila juste à temps pour que son retard ne soit pas remarqué par Slughorn et gagna sa place habituelle le plus discrètement possible.

/*