Note de l'auteure, bloquée au Pays des Merveilles depuis quelques semaines :
J'ai tellement adoré écrire mon histoire précédente :
« Il était une fois... Un adorable Jabberwocky »
Que je récidive avec cette suite.
Donc oui, vous devez vraiment lire : « Il était une fois... Un adorable Jabberwocky » avant la suite, que voici !
Clairement, j'adore m'amuser avec les créatures étranges du Pays des Merveilles, la magie en général, sans parler du lien absolument adorable entre Jefferson et sa fille Grace.
Donc, si vous le permettez, je vais repasser par le miroir pour retourner au Pays des Merveilles et boire mon thé avec le Chapelier Fou pour narrer ses palpitantes aventures !
Vous connaissez la chanson : pas de lecteurs, pas de Bêta, donc pardonnez-moi pour les nombreuses fautes restantes.
Et l'histoire.
Et le personnage. (Surtout ça...)
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L'été arrivait petit à petit dans la ville de Storybrooke, les papillons virevoltaient déjà dans l'immense jardin du manoir de Jefferson. Sa chère Grace, âgée de onze ans, jouait avec Buck', le Jabberwocky de la taille d'un simple chien. La créature chassait les rongeurs entre les haies, les buissons et les feuillages verdoyants. Le soleil de l'après-midi éclairait avec douceur et chaleur la jeune fille qui attendait, patiemment, assise autour d'une modeste table basse en bois. Grace rit lorsque Buck' se cogna la tête contre le tronc d'un arbre, camouflé dans les bosquets.
- Buck' ! Ne chasse pas les lapins, voyons ! Le Lièvre de Mars doit retourner au Pays des Merveilles !
Mais le Jabberwocky sauta à nouveau dans les fleurs multicolores pour chercher d'autres proies à dévorer. Grace tenait sa peluche dans ses bras, un vieux doudou au tissu désormais rêche, qu'elle aimait éperdument malgré les nombreux trous rafistolés par son père, au fil des années. La jeune fille portait une légère robe de coton, d'un rose pâle, avec des petits chatons imprimés dessus ; tantôt pourpre, tantôt azur, tantôt doré. Elle portait un ruban mauve autour de ses cheveux clairs, encore un peu emmêlés de-ci, de-là. Elle avait enfilé un collant blanc avec des petits souliers noirs aux pieds. Son visage angélique était aussi pâle que la plus belle des porcelaines et ses yeux en forme d'amande respiraient la joie de vivre, avec un brin de folie.
Tout comme son père, qui arriva enfin dans le jardin de sa demeure.
Il portait un lourd plateau couleur crème où reposait fièrement une énorme théière rose, jaune et blanche, avec des tasses encore vides, des écuelles remplies de divers gâteaux et gourmandises, un sucrier et une petite cruche qui contenait du lait frais.
Tout sourire, Jefferson s'assit sur le tabouret, visiblement trop bas et trop étroit pour lui, et il posa le plateau sur la table, en disant tout simplement :
- C'est l'heure du thé !
Grace sourit et commença déjà à attraper sa tasse pour la remplir du liquide chaud. Elle y versa du lait et deux morceaux de sucre qui tombèrent dans le thé en émettant deux petits « plock ».
Buck' continuait de faire du bruit dans les fourrés, pendant que Jefferson buvait son thé en admirant sa fille.
- Dis-moi, Grace, as-tu réfléchi pour demain ? Premier jour de vacances, qu'est-ce que tu veux faire ?
La jeune fille posa sa tasse sur la table, et répondit fièrement :
- On peut aller dans la forêt de Storybrooke pour chercher des champignons ? Comme on le faisait dans la Forêt Enchantée ! Et puis, on pourra marcher jusqu'au Pont des Trolls avec Buck' !
Jefferson sourit et acquiesça.
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Comme tous les soirs avant que la petite Grace ne ferme ses yeux dans son grand lit, tenant sa peluche d'un côté et le Jabberwocky qui dormait déjà de l'autre ; son père continua de lui lire la suite d'un nouveau livre :
« Alice, de l'autre côté du miroir »
Assis au chevet de Grace, il reprit la narration :
« L'œuf devint seulement de plus en plus gros et de plus en plus humain. Quand elle fut parvenue à quelques pas de lui, Alice remarqua qu'il avait des yeux, un nez et une bouche. Et quand elle fut tout près, elle vit clairement qu'il s'agissait de Humpty Dumpty en personne. […] »
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Après quelques pages d'aventures, la petite Grace partit à son tour au Pays des Merveilles. Jefferson sourit en déposant un baiser sur le front de sa fille, il éteignit la lampe et il quitta la chambre pour se diriger vers son atelier.
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Le lendemain matin, le soleil chauffait déjà dans le ciel azuréen et Grace se dépêcha de revêtir sa petite robe et ses souliers. Le Jabberwocky attendait patiemment de sortir de la chambre avec elle.
Jefferson se réveilla épuisé, mais il se leva néanmoins pour s'habiller promptement. En ce mois de juillet, il abandonna son long manteau ténébreux pour n'enfiler qu'un simple veston en velours gris, avec quelques reliures fines d'un noir brillant, qui couvrait une chemise de soie blanche. Il attrapa son éternel pantalon en cuir, sombre, rehaussé d'une épaisse ceinture avec une boucle en or gravée d'entrelacs. Comme, désormais, il savait que sa fille appréciait sa cicatrice ; qui lui donnait apparemment un côté héroïque ; Jefferson ne prit pas la peine de nouer son foulard rouge. Ses marques écarlate faisaient le tour de son cou, souvenir douloureux du Pays des Merveilles et de l'horrible Cora la Reine de Cœurs, qui lui avait coupé la tête.
Sa tenue entière dessinait admirablement bien son corps tout en lui donnant un côté aristocratique.
Physiquement, Jefferson avait toujours ce même visage presque trop jeune, mais malicieux. Ses yeux, d'un magnétique bleu acier, reflétaient à la fois sa folie profonde et son amour paternel. Ses épais cheveux bruns gardaient sempiternellement cette même coiffure Pompadour désordonnée.
Son allure en général représentait à la fois la divagation et l'élégance.
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Une fois dans la cuisine de l'immense manoir, Jefferson et Grace prirent le petit-déjeuner ensemble. Composé exclusivement de thé, de biscuits, et de tartines beurrées. Buck' léchait les doigts de la petite fille pour récupérer le beurre fondu sur ses mains. Elle se mit à rire en sentant la langue râpeuse du Jabberwocky contre sa peau douce, comme des petits chatouillements agréables.
Jefferson souriait simplement en préparant les affaires utiles pour leur promenade dans la forêt de Storybrooke. Un panier en osier et un couteau feraient parfaitement l'affaire. Grace emporterait sa peluche entre ses mains, avec Buck' qui la suivrait sûrement comme son ombre.
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Jefferson regrettait souvent les bois magiques de la Forêt Enchantée, car ici, à Storybrooke, les seuls champignons qu'ils pouvaient trouver, n'avaient rien de vraiment magiques. Certes, même en plein été, ils purent cueillir quelques fungus, mais rien de très fabuleux. Quelques cèpes, des pleurotes, des girolles et des bolets à pied rouge.
Grace jouait entre les hauts arbres de la forêt, courant dans tous les sens avec la petite créature qui essayait de la rattraper sans y parvenir. Les rayons du soleil traversèrent difficilement les cimes touffues des sapins, des chênes, des érables, et de tous les autres feuillus et résineux.
Ce fut là, au pied d'un énorme chêne, sous la mousse émeraude, que Jefferson trouva une chose étrange. Un champignon, certes, mais entièrement turquoise. Le chapeau était bleu, les lamelles un peu plus pâles, mais également couleur azure. Le pied et l'anneau avaient une teinte crème, avec une pointe de mauve tirant sur le bleu ciel.
Jefferson reconnut de suite cette espèce, qui proliférait énormément au Pays des Merveilles. De toute évidence, lorsque la magie était revenue à Storybrooke, elle avait ramené quelques petites choses des autres Royaumes avec elle. Le Chapelier attrapa son couteau pour cueillir le champignon magique. Il connaissait très bien les effets qu'avait cette espèce, et peut-être que cela lui serait utile, un jour futur.
Ou proche...
Ils arrivèrent au Pont des Trolls en début d'après-midi. Un simple édifice de pierres, pour piéton, qui permettait de traverser la rivière parfois violente. Mais, en cette belle journée d'été, l'eau était clair et calme. Le Jabberwocky en profita pour y boire à grande goulée tout en se mouillant les pattes.
Une fois de l'autre côté, ils continuèrent leur promenade bucolique.
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Au détour d'un ancien sentier, Jefferson entendit un craquement au loin. Soudain, son ventre se noua et ses instincts de survie se réveillèrent. Il se tourna vers Grace, en essayant de ne pas paraître anxieux, il lui sourit, se baissa à sa taille, et lui chuchota :
- Hey, ma puce, tu veux bien retourner au Pont des Trolls ? Je crois que la forêt n'est pas sûre, ici.
Grace perdit son sourire et demanda, inquiète :
- Tu ne viens pas avec moi ?
Il lui donna le panier en osier désormais plein, et expliqua :
- Pas tout de suite, non. Je vais jeter un coup d'œil. Prend Buck' avec toi, et ne fait pas de bruit, d'accord ?
Mais Grace ne semblait pas rassurée. Elle fit cependant un énorme câlin à son père, puis elle revint sur ses pas avec le Jabberwocky à ses côtés, et le panier de champignons qui tanguait dans sa main droite.
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Jefferson avança doucement, suivant les bruits étranges à l'oreille. Lorsqu'il arriva au milieu d'un espace vide de tout arbre, il découvrit une personne devant lui. Qu'il reconnut aussitôt :
- Rumplestiltskin ?
L'intéressé se retourna et esquissa un semblant de sourire :
- Jefferson. Je ne devrais pas être surpris de te croiser ici.
En revanche, Jefferson était tout à fait surpris de croiser son ancien associé au milieu de nulle part. Surtout que Rumplestiltskin portait un costume absolument fabuleux, jurant complètement avec la forêt sauvage. Comme toujours, il faisait preuve d'une parfaite élégance : des vêtements entièrement noirs, certes, mais avec une cravate mauve en tissu fin, assortie à un mouchoir de poche, ainsi que des boutons de manchettes en or. Ses mocassins en cuir n'étaient absolument pas prévus pour une longue promenade en forêt, raison pour laquelle Jefferson demanda, intrigué :
- Que faites-vous ici ?
Le Ténébreux souffla, avant d'avouer, un peu impatient :
- Aussi étrange que cela puisse paraître, j'aide Emma et Regina à traquer une vicieuse créature.
Jefferson esquissa un sourire. S'imaginer Rumplestiltskin aider une autre personne que lui-même semblait, en effet, tout à fait étrange.
Jefferson s'avança vers le magicien et dit, très sérieusement cette fois-ci, un peu peiné :
- Au fait... Je n'ai pas eu l'occasion de vous présenter mes condoléances pour votre fils, Baelfire...
Un voile de tristesse traversa le regard sombre de Rumplestiltskin, qui fit seulement un signe de tête sans répondre.
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Les deux hommes sursautèrent en entendant un bruit à leur droite. Au bout de quelques secondes, ils découvrirent Emma et Regina arriver vers eux.
- Toujours rien ! râla l'ex-Reine.
Elle non plus, n'était absolument pas habillé pour une recherche en forêt. Elle portait un magnifique tailleur noir, avec un décolleté plongeant sur sa poitrine relevée. Sa jupe s'arrêtait au-dessus de ses genoux et, au moins, elle portait de hautes bottes sombres qui lui permettaient de ne pas trébucher sur les racines des arbres. Ses cheveux ébène, coupés au carré, tombaient sur ses épaules et son rouge à lèvre vif donnait une touche de couleur à sa prestance.
- Jefferson ! s'écria Regina en découvrant l'homme en face d'elle. Qu'est-ce que tu fiches dans cette maudite jungle ? Encore en train de chercher tes fichus champignons ?
Pour toute réponse, il se força simplement à sourire. Emma, quant à elle, portait un pull gris avec, par-dessus, sa fameuse veste de cuir rouge, qu'elle gardait toujours sur elle. Son jean et ses chaussures de randonnées étaient déjà beaucoup plus adaptés à une marche dans cette forêt dense. Ses longs cheveux, aussi blonds que les blés, cascadaient sur ses épaules et virevoltaient derrière elle à chacun de ses pas. Elle se tourna vers Jefferson, en demandant avec espoir :
- Tu n'aurais pas vu une horrible créature traîner dans le coin, par hasard ?
Jefferson fit « non » de la tête.
Rumplestiltskin souffla et maugréa :
- Si vous le voulez bien, je retourne auprès de Belle. Votre petite équipe de Super-héros n'est définitivement pas faite pour moi.
Regina lui jeta un regard noir. Mais Rumplestiltskin leva déjà les mains en l'air et sa magie opéra : Une tornade de fumée sombre entoura sa fine silhouette et lorsque la brume se dissipa, il disparut.
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Emma souffla de désespoir. Ses yeux se posèrent sur Jefferson, qu'elle n'avait pas revu depuis quelques années déjà. Elle et lui ne s'étaient pas quittés en bon terme. Emma découvrit l'imposante cicatrice rouge qui courait le long du cou du pauvre homme. Elle essaya cependant de ne pas paraître malpolie en le dévisageant si longuement, elle baissa donc les yeux au sol. Jefferson, qui ne s'en offusqua pas, questionna, pour en savoir un peu plus sur leur traque :
- Quel genre de créature vous recherchez ?
Ce fut Regina qui répondit :
- On ne sait pas vraiment ce que c'est. Elle a attaqué la ville, hier, en faisant pas mal de dégâts. Il y a eu des blessés, aussi, malheureusement. On pense que c'est ma stupide sœur, Zelena, qui l'a ramené du Royaume d'Oz.
Jefferson enregistra les informations, et reprit :
- Et, cette bestiole, elle ressemble à quoi ?
Ce fut au tour d'Emma de la décrire, avec le plus de détails possibles :
- Elle est énorme ! Minimum trois mètres de haut. Avec des poils gris et des tâches noires. Des yeux transparents et des centaines de dents pointues. Une longue queue touffue, aussi, et quatre pattes.
Jefferson tiqua. Un doute atroce vrilla ses pensées. Il demanda, avec peur :
- Est-ce que, par hasard... La créature dégage une odeur de... Viande pourrie ? Comme de la chair en décomposition ?
Regina lui jeta un regard interrogateur en s'exclamant, surprise :
- Comment tu sais ça ?!
- Tu connais ce monstre ? rajouta Emma.
Le cœur de Jefferson rata un battement. Apeuré comme jamais, il posa une dernière question :
- Attendez, attendez... Pourquoi vous cherchez cette créature dans la forêt ?!
Surprise, Emma répondit :
- Parce que nous l'avons vu partir ici. Et comme elle n'a pas attaquer la ville ce matin, on pense qu'elle doit toujours se trouver dans les bois. Pourquoi ?
Jefferson devint tout pâle, mais trouva néanmoins la force d'expliquer :
- Elle ne vient pas du Royaume d'Oz, mais du Pays des Merveilles...
- Splendide... maugréa Regina, qui comprit ce que cela signifiait.
- C'est un Bandersnatch ! s'exclama Jefferson, en proie à la panique. Un terrible Bandersnatch, dans la forêt !
Il se retourna tout d'un coup, vers le sentier duquel il était arrivé quelques minutes auparavant. Puis, il murmura avec horreur :
- Grace...
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Jefferson courait aussi vite que possible, sans s'arrêter, sans souffler, ni même respirer. La peur lui donna des ailes et il pria intérieurement dans sa tête.
Emma le suivait comme elle pouvait, quant à Regina, elle avait beaucoup de mal à cavaler dans ses bottes au milieu de la forêt. Quelques minutes plus tard, Jefferson s'arrêta net devant le Pont des Trolls. Il faillit glisser sur le sol couvert d'épines et de poussières, mais il réussit à se figer juste à temps en découvrant avec horreur la scène sous ses yeux. Il n'arrivait toujours pas à respirer malgré son cœur qui cognait ardemment dans sa poitrine. Une affreuse créature aux poils gris et noir se tenait debout, menaçante, devant la petite Grace, qui ne bougeait pas d'un centimètre. Son panier en osier était posé à ses côtés, tout comme le petit Jabberwocky, lui aussi cloué sur place.
Un voile de tristesse et de terreur traversa le regard acier de Jefferson, qui murmura à nouveau :
- Grace...
Sa fille tourna lentement sa tête vers lui. Son air apeuré serra encore plus le cœur de son père.
- Papa... Je n'ai fait aucun bruit, comme tu m'as demandé. Mais le Bandersnatch était déjà là quand je suis arrivée.
Emma débarqua à son tour derrière Jefferson, qui lui fit signe de ne pas parler, ni de bouger. Seul Jefferson lui-même avança à pas lents et contrôlés vers le Pont des Trolls. Le Bandersnatch tourna son regard vers lui, et il ouvrit sa gueule remplie de centaines de dents acérées.
Derechef, Jefferson s'arrêta net, en équilibre entre deux roches glissantes, les bras en l'air, sans se mouvoir. Puis, il murmura à nouveau :
- OK... OK...
Il ferma les yeux pour se concentrer et souffler un coup. Son cœur cognait encore et encore, et il n'entendait que ça dans sa tête vide : ses battements effrénés.
Il rouvrit ses yeux embués de larmes, et chuchota en direction de sa fille :
- Grace... Je vais compter jusqu'à trois, d'accord ? Et, à trois, tu cours le plus vite possible vers Emma. Pendant ce temps, je me jetterais sur le Bandersnatch.
Mais Grace sembla plus effrayé que jamais, et murmura à son tour :
- Papa... Tu ne peux pas...
- Fait-le, ma puce. Juste ça... Prête ? Un... Deux...
Grace se prépara, et lorsque son pète cria :
- Trois !
Tout le reste se passa affreusement vite.
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Grace courut à toute vitesse pour se jeter dans les bras d'Emma, qui la rattrapa en quelques secondes. Car, pendant ce temps, Jefferson se rua vers le Bandersnatch, tel un bouclier, pour que sa fille puisse avoir le temps de se protéger. La créature leva une patte griffue vers le pauvre homme, qui s'écroula au sol au moment où les serres acérées le blessèrent cruellement au bras. Jefferson pouvait sentir cette odeur atroce de chair en décomposition qui émanait du monstre à quelques centimètres de lui. Étendu sur le dos, sur le sol poussiéreux, il entendit sa fille hurler au loin :
- PAPA !
L'homme tourna sa tête vers le Jabberwocky, qui sautait partout, effrayé et paniqué. Soudain, Jefferson eut une idée en découvrant le panier rempli de champignons. Il sourit, en disant au petit animal :
- Hey, Buck'... Mange !
Le Jabberwocky comprit. Il ouvrit sa petite bouche pour dévorer le contenu du panier en osier. Le Bandersnatch ouvra lui aussi sa gueule pour tuer Jefferson, qui ferma les yeux, s'attendant au pire.
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Mais le pire ne vint pourtant pas, parce que le champignon remplit parfaitement son office, et le Jabberwocky se mit à grandir, grandir, et grossir. Sous le choc de cette étrange vision, le Bandersnatch abandonna Jefferson, pour observer l'autre créature en face de lui.
Jefferson profita de cette diversion salvatrice pour se relever, tout en serrant sa blessure dont le sang coulait le long de son bras gauche, et il courut vers Grace et Emma. Regina, à son tour, arriva enfin devant le Pont des Trolls.
La petite fille regarda avec panique son cher Jabberwocky, désormais aussi énorme qu'un dragon, attaquer le Bandersnatch. Jefferson serra fort sa fille de son bras droit valide, et il jeta un regard vers Buck' qui défendait sa famille avec rage.
Emma et Regina assistèrent à la scène, totalement bouche bée, surtout en voyant le dragon cracher du feu pour pourfendre le terrible Bandersnatch une bonne fois pour toutes.
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Lorsque le Bandersnatch s'écroula au sol, terrassé par le joyeux Jabberwocky, Jefferson aussi s'écroula par terre, au milieu d'Emma, Grace et Regina. La petite fille cria derechef :
- Papa !
En s'agenouillant par terre pour secouer son père, qui commençait déjà à fermer les yeux. Sa main droite essayait encore d'empêcher son sang de couler le long de son bras gauche. Emma s'inquiéta à son tour :
- Nous devons l'emmener à l'hôpital !
Elle se tourna vers Regina, qui ne bougea pas d'un centimètre. Face à l'air paniqué de son amie, l'ex-Reine souffla un coup, avant d'expliquer :
- Ça ne servirait à rien... Les griffes des Bandersnatch sont empoisonnées... Il n'y a pas d'antidote à Storybrooke.
Grace se mit à pleurer. Entre deux sanglots, elle arriva cependant à dire :
- L'antidote doit se trouver au Pays des Merveilles !
Des larmes salées coulèrent des yeux du pauvre Jefferson, qui tremblotait à cause du poison dans ses veines. Sa fille tenta de le serrer fort contre elle pour stopper ses spasmes, sans toutefois y parvenir. Emma réfléchit à haute voix :
- Jefferson peut voyager entre les Mondes ! On doit pouvoir nous rendre au Pays des Merveilles pour le sauver !
Grace pleurait à chaudes larmes, mais informa, encore une fois :
- Papa a un chapeau dans son atelier ! Il peut voyager avec ça.
Emma se tourna vers Regina, avec un regard implorant :
- Tu peux nous téléporter chez lui ?
- Oui, mais...
Grace coupa l'ex-Reine :
- Il faut amener Buck' avec nous aussi.
Regina, visiblement impatiente, railla :
- C'est qui ça Buck' ?
- C'est mon petit Jabberwocky...
Regina jeta un regard vers Buck' en question, qui avançait lentement vers la petite fille, avec une patte folle. Blessure résultante de son combat contre le terrible Bandersnatch. Regina souffla derechef, mais acquiesça toutefois en lâchant :
- Il n'est plus « petit »... J'espère que ton père a un grand jardin...
Elle leva ses mains en l'air, et une tornade de fumée noire entoura tout le groupe. Quelques secondes plus tard, il n'y avait plus personne dans cette maudite forêt.
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En s'écroulant sur le canapé de son salon, Jefferson serra les dents tant la douleur devint de plus en plus insupportable. Du feu empoisonné traversait ses veines, se mélangeant à son sang avec agonie. Grace, à genoux à ses côtés, lui tenait fermement la main gauche immaculée de rouge. Emma courut jusqu'à la salle de bains pour attraper quelques bandages, elle voulait stopper l'hémorragie. Quant à Regina, elle fouilla l'atelier du Chapelier pour trouver son artefact magique. Le Jabberwocky, désormais de la taille d'un dragon, se trouvait dans le jardin de l'immense demeure ; sa tête devant la porte-fenêtre de la grande salle pour suivre sa maîtresse du regard.
Jefferson sentit la fièvre monter violemment en lui. Sa vision floue l'empêcha correctement d'admirer sa petite fille, une dernière fois. Il se força à sourire face à sa chère Grace, en larmes, pour la rassurer :
- Hey, ma puce... Ça va aller, tu sais...
Son sourire s'effaça lentement, et ses paupières se fermèrent toutes seules. Grace le secoua pour le réveiller, mais le pauvre homme ne pouvait plus sortir de son cauchemar fiévreux. Le poison fut plus fort et l'emporta loin, très loin...
- EMMA ! hurla la petite fille.
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La Sauveuse débarqua dans le salon, les bras chargés de pansements et d'antiseptiques. Elle s'agenouilla aux côtés de Grace pour s'occuper de son père. Elle coupa d'abord la manche gauche de sa chemise blanche pour accéder à ses plaies. Emma et Grace découvrirent, avec horreur, la profondeur de la blessure ainsi que ses bords noirs qui commençaient déjà à s'infecter. Mais la grande blonde ne se laissa pas impressionner, elle vida la moitié du flacon d'antiseptique sur la griffure purulente. Grace pleurait encore en tenant fermement la main de son père, toujours endormit.
Lorsque Regina arriva dans le salon, chapeau en main, Emma était en train d'éponger tout le sang et tout le produit désinfectant du bras gauche de Jefferson, toujours dans le coaltar. Ensuite, elle attrapa les bandages propres qu'elle avait trouvés pour entourer fermement la plaie. Empêchant ainsi le sang de couler et l'infection de se propager.
Une fois les soins de secours prodigués au blessé, Emma se releva et considéra Regina, le chapeau toujours en main :
- Tu sais utiliser son portail, pas vrai ?
Regina secoua la tête.
- Non... Ce n'est pas pour rien que toute la Forêt Enchantée demandait à Jefferson d'utiliser lui-même son portail, personne d'autre n'a jamais su s'en servir... Pas même Rumplestiltskin, ni même moi...
Emma souffla de découragement. Impossible, en effet, d'imaginer un simple homme plus puissant que la Méchante Reine et le Ténébreux. Pourtant, il fallait trouver une solution pour sauver l'homme en question. Grace pleurait sans discontinuer, ce qui serra le cœur d'Emma. Qui se tourna vers son amie, pour plaider :
- Regina...
- Je sais, je sais...
L'ex-Reine souffla et chercha une solution à cet horrible problème.
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Regina décida de téléphoner à la seule personne qui, dans son esprit, pouvait éventuellement sauver Jefferson. Même si cela allait certainement lui coûter un jour. Avoir une dette de vie avec le Ténébreux n'était jamais bon, mais elle n'avait pas le choix. La vue de la petite Grace pleurant sur le corps de son père l'attrista grandement.
Rumplestiltskin répondit à la troisième sonnerie, visiblement contrarié d'être dérangé dans son travail d'antiquaire.
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La tête du Jabberwocky cogna contre la fenêtre lorsque Regina raccrocha.
- Alors ? questionna Emma avec espoir.
La Maire lui avoua, à voix basse pour ne pas que Grace n'intercepte ses paroles :
- Rumple m'a dit que seul Jefferson peut utiliser son portail... Cela dit, c'est une magie liée au sang...
Emma se mit à réfléchir.
- Comment ça ?
- Seul Jefferson lui-même, ou une personne de son sang, peut utiliser le portail...
Les deux femmes tournèrent en même temps leurs têtes vers la petite Grace, toujours en sanglots.
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Emma s'avança lentement vers la petite fille, toujours attristée. Elle s'agenouilla auprès de Grace, et entama, d'une voix douce :
- Hey... Nous avons trouvé un moyen de sauver ton papa... Mais, nous avons besoin de toi...
Grace tourna ses yeux plein de larmes vers la Sauveuse. Elle questionna, avec espérance :
- Comment ?
Emma jeta un coup d'œil vers Regina, avant d'expliquer, lentement :
- Ton papa ne peut pas ouvrir le portail, toi seule peux le faire.
Grace essuya ses larmes avec ses petites mains sales, puis, elle avoua tristement :
- Mais... Je ne sais pas me servir de son chapeau. Je ne l'ai jamais fait.
Regina s'avança à son tour vers la fille et dit, d'une voix gentille :
- Tu l'as déjà vu faire, n'est-ce pas ?
Grace fit simplement « oui » de la tête. Regina esquissa un sourire :
- Nous avons juste besoin que tu ouvres le portail, je me chargerais du reste avec ma magie, d'accord ? Je serais avec toi et je t'aiderais.
- Moi aussi... rassura Emma.
Grace jeta un dernier regard vers son père avant d'obtempérer.
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Entre les mains de la petite Grace, le chapeau semblait énorme. Désormais debout au milieu du salon, elle posa délicatement le haut-de-forme sur le sol, comme elle avait déjà vu son père le faire. Emma et Regina, côte à côte, étaient prêtes à aider la jeune fille. L'ex-Reine rappela :
- Souviens-toi : tu dois imaginer le Pays des Merveilles. Pense à la crypte du château de cartes, c'est là-bas que Cora gardait toutes ses potions.
Grace fit « oui » de la tête, et se concentra de toutes ses forces. Elle connaissait très bien les histoires et les paysages du Pays des Merveilles, l'image du caveau se créa rapidement dans son esprit, et elle pensa très fortement à l'antidote.
Il fallut plusieurs minutes pour que de la fumée sorte lentement du chapeau. Une brume pourpre entoura la petite fille, et Regina en profita pour se poster au-dessus de l'artefact, main tendue, en jetant son sort de localisation.
Emma entendit un bruit strident : Buck' cognait sa tête contre la fenêtre, en proie à la panique, pour attirer l'attention sur ce qu'il voyait. Cela fonctionna, Emma se tourna vers Jefferson, pour comprendre que ce dernier commençait à se réveiller en délirant complètement à cause de la fièvre. La jeune femme s'agenouilla sur le tapis, et tenta ensuite de calmer Jefferson, que le poison rendait fou. Allongé sur le dos, sur le sofa, Jefferson commença lentement à ouvrir les yeux. Ses iris perdirent de leur bleu acier, pour n'être désormais que deux perles presque transparentes.
Fantomatiques.
Emma s'inquiéta de plus en plus, elle toucha le front du pauvre homme, mais enleva aussitôt ses doigts, tant sa peau était brûlante. Son regard perçant plongea dans les yeux apeurés d'Emma, qui murmura pour le consoler :
- Hey, ça va aller, l'antidote est en chemin...
Une larme coula le long de la tempe de Jefferson, qui chuchota simplement :
- Grace...
Puis, il ferma les yeux et sa respiration se ralentit doucement, jusqu'à complètement s'arrêter.
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- Regina ! hurla Emma.
La fumée violette disparut du salon et l'ex-Reine se tourna en tenant une fiole en main. Une potion aussi écarlate que du sang. Sous le regard choqué d'Emma, Regina comprit que quelque chose n'allait pas. Emma fit simplement « non » de la tête. Grace courut vers Emma pour s'agenouiller à côté d'elle et tenir la main de son père.
- Grace... commença Emma. Ton...
Regina la coupa en lui donnant la fiole :
- Fais-lui avaler ça !
- Mais, il est...
- Fais-le ! reprit Regina, en proie à la panique à son tour.
Emma obtempéra. Elle attrapa la fiole, et enleva le bouchon de verre. Une douce odeur sucrée émana du liquide rouge. La jeune femme versa tout le contenu du flacon dans la bouche de Jefferson. Elle dut cependant la refermer elle-même, tout en lui bloquant la respiration au niveau des narines pour qu'il soit obligé d'avaler la potion.
Grace tenait fermement la main de son père. Mais rien ne se passa. Durant de longues minutes, Jefferson ne bougeait toujours pas. Emma lança un regard abattu vers Regina, debout derrière la petite fille. L'ex-Reine murmura :
- Allez Jefferson... Reviens... Pour ta gamine...
L'enfant poussa un étrange cri lorsqu'elle sentit les doigts de son père bouger dans sa petite main. Emma tendit deux doigts vers le cou de Jefferson, en faisant attention de ne pas toucher sa cicatrice, pour prendre son pouls. Elle sentit quelques battements. Très légers, certes, mais elle les sentait quand même. Elle sourit, Grace et Regina comprirent avec joie.
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En cette belle journée d'été, le soleil se couchait tard et lentement à l'horizon. Jefferson, toujours allongé sur le canapé, avait rouvert les yeux et pouvait désormais parler. Seulement, il restait bien trop faible pour bouger ou faire quoi que ce soit d'autre. Regina décida de prendre le premier tour de garde pour la nuit, pendant qu'Emma s'occuperait de leur fils Henry chez elle.
Grace, plus heureuse que jamais, apporta un autre coussin et une grande couverture pour que son père se sente à l'aise sur le sofa. Il souriait en tenant la main de sa fille avec ses doigts encore tremblants.
- Hey, ma puce... Tout va bien ?
Elle fit « oui » de la tête en souriant toujours.
Avec l'aide de Regina, Grace avait rouvert le portail vers le Pays des Merveilles pour y chercher un champignon bien spécifique. Un qui permit au Jabberwocky de retrouver une taille de chien normal, et ainsi quitter l'immense jardin pour se jeter sur Jefferson avec joie. Buck' avait un petit bandage à sa patte droite, réalisée par Grace, pour permettre à ses os de se guérir.
Regina arriva dans le salon avec un lourd plateau en main, contenant une théière pleine, trois tasses vides, un sucrier et une petite cruche remplie de lait. Elle s'installa ensuite sur un des fauteuils confortables autour de la petite table, pour commencer à remplir les tasses, tout en disant :
- J'imagine que tu aimes toujours autant le thé, mon cher Chapelier ?
Jefferson sourit simplement. Avec l'aide de sa fille, et du Jabberwocky qui voulut donner un coup de patte, Jefferson réussit à se relever juste assez pour s'asseoir sur le canapé. Sa fièvre descendait lentement et son bras le faisait un peu moins souffrir. Il accepta la tasse, désormais pleine, que Grace lui tendit et il fut très satisfait de pouvoir boire un peu de breuvage chaud.
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Après quelques lampées de thé, Grace monta à l'étage pour y chercher un objet. Buck' la suivit sans même sourciller. Seul à seul, Jefferson considéra Regina pour lui avouer, avec sincérité :
- Merci...
Elle souffla, et posa sa tasse sur la petite assiette de porcelaine, pour dire à son tour :
- J'essaye d'être une meilleure personne, pour Henry. De quitter mon costume de Super-Vilain pour devenir le Héros dont il a besoin. Comme Emma.
Jefferson comprit et acquiesça simplement. La Maire reprit :
- Après tout ce que je t'ai fait subir... D'abord au Pays des Merveilles, en te faisant emprisonner chez ma mère. Et puis, ici, à Storybrooke, lorsque je t'ai utilisé pour tuer Emma et garder le Sort Noir... Tu... Tu as perdu deux fois ta fille à cause de moi. J'imagine qu'aujourd'hui est une bien piètre compensation pour ces dernières trente années, mais c'est un début...
Jefferson baissa les yeux au sol, touché par ses paroles. Il répliqua ensuite :
- Merci... Je n'aimerais pas que Grace redevienne orpheline, en effet... Même si... Je ne suis pas si innocent que ça non plus.
Il releva ses yeux, redevenus bleu acier, vers Regina, pour lui révéler :
- La première fois que nous nous sommes rencontrés, je savais que le Docteur ne pourrait pas ramener Daniel à la vie... Rumplestiltskin nous avait demandé de jouer la comédie devant toi, de faire en sorte d'échouer pour que tu deviennes la Méchante Reine.
Honteux, il baissa derechef ses yeux. Pourtant, Regina ne s'en offusqua pas :
- Je sais... Je l'ai découvert il y a quelque temps déjà. Rumplestiltskin a manipulé tout le monde pour venir dans un Monde sans magie. Pour retrouver son fils.
Jefferson leva sa tasse de thé et dit, tout simplement :
- Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour nos enfants...
Regina acquiesça à son tour, tout à fait d'accord avec lui.
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Grace débarqua en trombe dans le salon avec un livre ouvert à la main. Le petit Jabberwocky courait derrière elle, aussi rapidement que sa patte folle lui permis, avec amusement. La fille se jeta ensuite sur le canapé, à côté de son père, et posa le roman sur ses genoux.
- Il faut lire la suite de nos aventures !
Jefferson sourit. Il posa sa tasse de thé, désormais vide, sur la table, et tourna les pages du livre pour retrouver le dernier passage à relire.
Pendant ce temps, Regina sourit en débarrassant le plateau. En quittant le salon, elle entendit déjà Jefferson lire à haute voix le livre de Contes :
« 'Ma parole, on dirait exactement les cases d'échiquier !' s'écria enfin Alice.
'Il devrait y avoir des pièces qui se déplacent quelque part... Et il y en a !' ajouta-t-elle d'un ton ravi, tandis que son cœur se mettait à battre plus vite.
'C'est une grande partie d'échecs qui est en train de se jouer... dans le monde entier... du moins si ce que je vois est bien le monde. Oh ! comme c'est amusant ! Comme je voudrais être une des pièces ! Ça me serait égal d'être un Pion, pourvu que je puisse prendre part au jeu... mais naturellement, je préférerais être une Reine.'
Elle jeta un coup d'œil timide à la vraie Reine en prononçant ces mots, mais sa compagne se contenta de sourire aimablement et lui dit :
'C'est très facile. Si tu veux, tu peux être le Pion de la Reine Blanche, étant donné que Lily est trop jeune pour jouer. Pour commencer, tu es dans la Seconde Case, et, quand tu arriveras Huitième Case, tu seras une Reine...' »
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THE END
