Me revoila avec une nouvelle histoire centrée sur le couple Haruka/Michiru dans Sailor Moon ainsi que leurs relations mères-fille avec Hotaru et d'amitié avec Setsuna, dans un AU sans magical girls. Le rythme de parution risque d'être très lent et irrégulier, mais je vais dans la mesure du possible mener à son terme cette petite histoire sans prétention.
En espérant que cela vous plaira!
Chapitre 1:
Le tintement de la clochette fit lever les yeux de la fleuriste vers l'entrée du magasin. Ses lèvres frémirent et son sourire, d'abord professionnel, se mua en quelque chose de plus sincère lorsqu'elle vit le client qui venait d'apparaître dans l'encadrure de la porte. C'était un jeune homme efféminé, au visage doux et au corps fin, subtil mélange de muscles et de rondeurs... Ou peut-être était-ce une grande jeune femme aux épaules un peu larges, au menton bien dessiné et à la poitrine discrète, belle et garçonne. Mais quoi que recouvrent sa chemise blanche juste assez déboutonnée pour dévoiler des clavicules marquées, quoi que cache son pantalon serré soulignant des fesses rondes, c'était un être sublime et gracieux, attirant et mystérieux. De courts cheveux blonds flottaient autour de ce visage aux traits androgynes, fins et soyeux comme ceux d'un ange, et au milieu de cette peau légèrement dorée, deux grands yeux d'un bleu intense et un sourire séducteur vous happaient.
"Bonjour mons... Bonjour, bredouilla la quinquagénaire. Que puis je faire pour vous?"
L'apparition inclina légèrement la tête sur le côté, l'air amusé, avant de balayer l'intérieur du magasin de ses yeux intenses. Lorsque son regard frôla la fleuriste, elle frissonna, comme si c'était cette main fine aux doigts longs qui lui avait caressé la joue.
"J'aimerais un bouquet de fleurs à offrir pour montrer mon amour.
- C'est pour qui?
- Une dame aussi jolie que vous."
La commerçante passa instinctivement une main dans ses cheveux. Elle avait beau les savoir striés d'argent, sous le regard hypnotisant de cet ange inconnu, elle se sentait belle et désirable.
"Est ce un amour nouveau? Un coup de foudre? "
Un petit rire accueillit cette question, doux et piquant comme un grelot.
"Non, c'est un amour qui dure depuis plusieurs années, et qui j'espère se poursuivra pendant de nombreuses autres."
La fleuriste ne put réprimer une moue de déception. Même si c'était absurde, l'espace d'un instant, grisée par ce sourire dévorant et ce regard insistant, elle s'était laissée à espérer que ce captivant personnage était venu dans sa boutique pour lui offrir ses propres fleurs. Sensible à son désarroi, l'ange s'approcha du comptoir et posa une main tiède sur la sienne :
"... Même si la vue d'une créature sublime comme vous pourrait faire dévier mon coeur."
Les joues de la fleuriste s'empourprèrent. Sa main trembla légèrement sous la caresse délicate de l'apparition. Et puis la légère pression disparut, et la commerçante reprit un peu ses esprits. Se faisant violence, elle s'arracha au comptoir et déambula entre ses plantes, cherchant dans son domaine floral une assurance que le regard insistant de l'autre rendait vacillante. Orchidées, roses rouges et blanches, hibiscus, fleurs d'oranger et œillets lui redonnèrent un peu confiance. Mais chaque fois que l'envoûtante apparition rejetait la proposition d'un signe de tête et reportait son regard transperçant sur elle, elle sentait sa maitrise lui échapper à nouveau, comme un papillon fugace.
Et puis, les yeux bleus la lâchèrent et les lèvres roses à l'air doux comme un pétale de rose, se posèrent sur une autre.
"Et celle ci? L'odeur est exquise."
La fleuriste sourit.
"Du jasmin, une fleur sensuelle et luxueuse. Symbole de l'amour voluptueux. Elle donne un des parfums les plus sophistiqués."
Quand l'ange releva la tête, son sourire n'avait plus rien de séducteur. Il reflétait un bonheur pur, tendre, comme un enfant qui se réjouit d'offrir un caillou poli à son aimée.
"C'est ce qu'il me faut. Je vous prendrai le plus gros bouquet.
- Cela reviendra cher. Celui ci est joli également, et ne coûte que 34 euros" offrit la commerçante, émue par l'amour qu'elle lisait dans ce visage rayonnant.
Mais l'étrange personnage refusa délicatement et paya les 59 euros du plus gros bouquet, refusant de reprendre la monnaie.
En regardant cet ange sublime disparaitre dans une rutilante voiture de luxe, le visage à moitié enfoncé dans les fleurs de son immense bouquet blanc, la quinquagénaire rêva à la jeune femme qui allait recevoir ce précieux cadeaux...
Une vingtaine de minutes plus tard, le bel ange blond se garait en faisant crisser les pneus de sa Ferrari jaune. D'un coup d'oeil, il vérifia que le somptueux bouquet de jasmin sur le siège passager à côté de lui était intact. Puis il passa une main dans ses cheveux en étudiant dans le rétroviseur l'effet donné par cette touche de désordre. Un sourire satisfait étira ses fines lèvres. Puis il ouvrit la portière et pénétra dans la cour de l'école primaire d'un pas de conquérant...
Ou plutôt de conquérante. Car derrière ses traits androgynes, ses habits neutres et ses manières garçonnes, Haruka était bien de sexe féminin. La jeune femme salua le gardien de l'école en passant la grande grille noire et fendit la foule de parents pour aller se poser contre un mur jaune de l'école. Là, nonchalamment appuyée contre le béton, une jambe repliée, elle riva son regard intense sur la petite annexe aux parois en verre où se terminait le cours de dessin des enfants. Elle resta indifférente aux regards insistants, interrogatifs ou charmés des parents qui pesaient sur elle et les clavicules bronzées que dévoilait le haut de sa chemise déboutonnée, habituée à soulever les interrogations.
Des enfants s'agitaient comme de petites abeilles dans l'annexe vitrée, rangeant leurs affaires de dessin dans un joyeux désordre, dans la lumière déclinante du soleil. Au milieu de ce bourdonnement, une jeune femme sublime donnait de dernières consignes. Elle avait un sourire doux posé sur ses lèvres roses et des étincelles au fond de ses yeux couleur océan. Autour de son visage fin aux cils immenses, une cascade émeraude de cheveux roulait jusqu'à ses épaules rondes. Petite mais gracieuse, sa taille fine était mise en valeur par une robe à la coupe princesse et dont les voiles bleu clair flottaient autour de ses jambes, comme des pétales. Attirés par cette beauté florale, les écoliers s'accrochaient par grappes à la robe ou aux bras de la jeune femme, cherchant à gagner son attention par un mot, un sourire ou un dessin. La jeune femme répondait à chacune de ces sollicitations avec une aisance admirable. Elle rayonnait, plus éclatante que le soleil de fin d'après-midi, charmante comme une hirondelle. Haruka ne se lassait pas de la voir ainsi, maitresse et muse de toutes ces petites têtes aux cheveux noirs.
La sonnerie retentit et les petites abeilles s'arrachèrent à regret à leur jolie maitresse pour regagner les bras de leurs parents. Haruka regarda le flux et reflux d'élèves quitter cette île paradisiaque pour regagner la berge familiale, jusqu'à ce que le courant se calme et qu'il ne reste plus qu'une poignée de parents à discuter, leurs enfants accrochés à une main ou une épaule.
La professeure de dessin avait encore un bambin collé à la taille. Le visage enfoncé dans la robe bleue, il serrait de toute la force de ses petits bras la taille fine, comme si sa vie en dépendait. La jeune femme caressait ses cheveux noirs d'un geste maternel. Impuissante, une mère regardait et subissait la scène, un dessin déchiré dans les mains. La maitresse lui sourit d'un air d'excuse puis déposa sur les épaules enfantines des paroles qu'on devinait rassurantes rien qu'à voir la douceur de son expression. Calmé par ces mots papillons, le petit corps éploré cessa de trembler, et la petite tête finit par se relever. Avec tendresse mais fermeté, la jeune femme décrocha les doigts de l'enfant des pétales de sa robe et ramena l'enfant dans les bras de sa mère. Celle ci serra le petit garçon contre son coeur, et ils partirent tous les deux enlacés, non sans de vibrants "au-revoir" et "merci" à la petite jeune femme.
Celle ci resta longtemps tournée vers la mère et l'enfant réconciliés, les suivant bien après leur disparition de son champ de vision. Désormais seule au milieu d'une cour silencieuse, crépusculaire, la jeune femme semblait plus mince, plus fragile. Ses cheveux émeraude flottaient légèrement derrière elle et sa robe se déployait autour d'elle, gonflée par le léger vent du soir. Une impression de mélancolie dont Haruka ne connaissait que trop bien l'origine se dégageait de cette scène.
C'etait trop douloureux à regarder après la joie ensoleillée de la fin de journée. La pilote courut vers la silhouette frêle. Elle l'entoura de ses bras, collant sa poitrine contre le dos fin et enveloppant la belle ondine de son amour, pour la protéger du vent et de ses souvenirs. Le corps se détendit à son contact et la tête roula sur son épaule, contre son cou, déversant une cascade émeraude de cheveux sur la chemise de la pilote.
"Tu es sublime Michiru, comme toujours." souffla Haruka contre l'oreille blanche qui emergeait du ruisseau de cheveux.
Un petit rire mélodieux accueillit sa déclaration. Mais ce rire à peine esquissé n'était pas accompagné d'une répartie piquante comme à l'accoutumée.
"C'était il y a un an." lâcha Michiru.
Haruka resserra son étreinte, mue par un besoin vital de chasser la tristesse de celle qu'elle aimait. Contre ses bras, sous les tendres rondeurs de la poitrine de sa nymphe, elle sentait son coeur battre. Un oiseau qui agite son aile blessée pour tenter de reprendre son envol. Sa propre impuissance face à la détresse de son aimée déchirait Haruka.
"Je t'aime 'Chiru. Je serai toujours là pour toi.
- Je sais."
Sous les doigts d'Haruka, la poitrine de la maîtresse de dessin se souleva sur une longue inspiration. Puis le corps délicat retrouva son maintien et Michiru s'arracha aux bras aimants de sa moitié. Elle fit face à Haruka, dévoilant son beau visage et lui offrit un sourire légèrement moqueur.
"Alors, tu as ramené mon carrosse?"
Jouant le jeu, Haruka se fendit d'un sourire séducteur. Elle mit un genou à terre et tendit une main théâtrale vers l'artiste.
"Tout est près pour vous conduire dans votre palais, belle Dame.
- Eh bien allons y, la nuit ne sied pas à mon teint."
Les deux jeunes femmes quittèrent la cour déserte, leurs doigts enlacés, laissant derrière elle les blessures du passé. Dans la voiture de luxe, un capiteux bouquet de jasmin les attendait, ultime moyen pour Haruka de chasser les souvenirs douloureux en rappelant son amour...
Haruka se dépêcha de sortir de la voiture pour aller ouvrir la portière à sa belle dans un geste exagérément galant. La divine Michiru esquissa un petit sourire qui ravit son coeur, puis mit pied à terre d'un pas fluide comme une fée. Elle serrait dans ses bras l'immense bouquet de jasmin dont elle humait rêveusement les fleurs. Avec ses cheveux émeraude et sa robe vaporeuse flottant dans le vent, ses bras blancs fermés sur ce bouquet pâle, elle ressemblait plus que jamais à une nymphe florale.
"Elles sont vraiment belles, 'Ruka." murmura la jeune femme de sa voix chaude.
La blonde glissa une main sensuelle sur la hanche de sa compagne et répondit d'une voix caressante :
"Mais la fleur la plus belle reste la tienne."
Comme par inadvertance, sa main s'attarda sur la naissance des fesses de la professeure de dessin. Celle ci coula un regard intense vers son aimée, par dessous ses longs cils noirs, avant de chuchoter dans le creux de son cou :
"Une fois que j'aurai posé ce bouquet dans l'eau, voudras tu t'occuper de cette autre fleur et lui donner l'eau dont elle a besoin?"
Un frisson de désir parcourut Haruka. Sa main agrippa la robe légère de Michiru, frôlant sa hanche sous le tissu, et elle serra ce corps aérien contre elle, le capturant, en anticipation de leur prochaine fusion. Déjà ivre de désir, elle baissa la tête et déposa un petit baiser dans le cou offert, avant de mordiller doucement la peau blanche et d'y tracer un chemin de langue.
"Mon eau n'existe que pour ta fleur."
Le rire cristallin de Michiru acheva de la griser. Haruka poussa la porte de la maison de sa main libre et tira sa petite amie dans l'ouverture pour ne pas que leurs corps se séparent. Sa jambe s'introduisait entre celles frissonnantes de sa fée lorsqu'une voix enfantine s'éleva :
"Bonjour!"
Haruka écarquilla les yeux. Une petite fille d'environ 7 ans aux grands yeux innocents avec un ruban rouge délavé dans ses cheveux noirs venait d'apparaître dans l'encadrement de la porte. La porte de leur maison, où Michiru et elle vivaient seules avec leur colocataire Setsuna, une amie.
La voix de celle ci s'éleva depuis le salon, ironique :
"Salut les filles. Vous allez rire, mais on va accueillir une gamine quelques temps."
Haruka baissa les yeux vers Michiru. Elle s'était figée contre elle, le visage très pâle, sa bouche rose ouverte sur une expression de choc. Un an jour pour jour après l'incident. Ironie, clin d'oeil ou cruauté de la vie?
