Hello !
Bienvenue pour ce petit one-shot dédicaé à Futae ! Si vous aimez bien Haizaki dans cette histoire, sachez que j'ai tâché de m'inspirer de la façon dont elle le joue en RP ! (et j'espère que ça dénotera pas trop pour toi Futae ;)
J'ai eu l'idée de cette fic i peine une semaine alors je n'ai pas eu le temps de faire dans la dentelle, mais j'espère que ça vous plaira !
Enjoy !
I
Une main appuyée sur le mur, Haizaki contait fleurette à une étudiante avec une nonchalance étudiée. Il comptait la charmer avec son bagout et la touche 'bad boy' qui le caractérisait, et il était presque sûr qu'il commençait à susciter son intérêt, lorsque le regard de sa proie dévia sur sa gauche, et s'illumina soudain bien plus brillamment. Il suivit son regard et se décomposa en découvrant ce qui faisait ainsi étinceler les yeux de la jeune femme.
Kise. Fucking. Ryota.
Si Haizaki avait été malin, il aurait fait ses petites recherches avant de s'inscrire à cette fac. Mais il avait fallu qu'il tombe dans la même que celle du blond, et comme toujours, celui-ci aimantait les attentions de ces dames, le laissant relégué au rôle de figurant.
C'était comme ça depuis le collège, et rien ne changeait.
Avec Kise, on ne pouvait juste jamais gagner. Il lui damait le pion, tout le temps. Avec les filles comme au basket. En plus, cet idiot qui avait adressé l'un de ses sourires lumineux à la fille, ne l'avait même pas remarqué, lui ! Bon, d'accord, suite à ce que sa mère appelait l'une de ses « crises capillaires », Haizaki n'avait plus le même look qu'au lycée, avec ses cheveux longs et lisses noués en un chignon lâche qui succédait aux précédents coiffé-décoiffé argenté, aux petites tresses plaquées sur le crâne, et l'année dernière, à une iroquoise rouge. Mais enfin ce n'était pas une raison pour ce que Kise – qui de toute évidence ne traversait aucune crise capillaire – ne le reconnaisse pas ! Était-il possible qu'il l'ignore délibérément ? C'était encore plus rageant que de ne pas être reconnu !
Ravalant sa colère, il abandonna sa proie. Quand il s'était inscrit, il était sûr qu'à la fac, ce serait plus facile de marquer des points auprès de la gent féminine : les filles étaient plus nombreuses et moins mijaurées. Mais avec Kise dans le coin, sa vie allait de nouveau virer au cauchemar !
Contrarié par l'incident, il décida d'aller se détendre en mettant quelques paniers, et bien évidemment, il ne vit pas le temps passer, et quand il sortit des vestiaires, il s'aperçut qu'il avait un quart d'heure de retard pour son prochain cours. Il n'avait jamais été particulièrement soucieux de respecter les horaires ou même d'aller en cours, mais voilà, la fac lui servait de prétexte pour éviter de passer ses journées à faire un job merdique qui ne payait rien, et les études coûtaient cher. Alors si en plus il n'obtenait même pas un petit diplôme, il le prendrait comme un échec personnel. Et puis, se rappela-t-il en sentant un peu de sa bonne humeur lui revenir, les filles se trouvaient aussi dans les salles de classe ! Il accéléra donc le pas et traversait un embranchement dans les couloirs quand un mouvement attira son attention sur sa droite, juste avant qu'un impact étourdissant ne l'envoie rouler au sol. Et comme si ça ne suffisait pas, une pluie de pochettes cartonnées et de papiers divers lui tomba ensuite sur le coin de la tronche.
« Merde, ça fait mal ! protesta-t-il bruyamment en tentant de s'extraire des décombres.
— Oh putain ! Je suis vraiment désolé ! Pardon ! Pardon ! » fit son agresseur en lui tendant la main.
Haizaki lui jeta un regard noir et pour la deuxième fois de la journée, se décomposa.
Kise. Fucking. Ryota.
Le retour.
Le blond l'observait d'un œil inquiet quand soudain il sembla ENFIN le reconnaître.
« Haizaki ?!
— Nan, la reine d'Angleterre ! cracha-t-il en se relevant. Tu peux pas regarder où tu vas, nan ?!
— Excuse-moi, j'étais en retard, et...
— Bah moi aussi je suis en retard ! » fulmina Haizaki en s'éloignant et en frottant ses membres douloureux.
Non mais vraiment, c'était une malédiction ! Chaque fois que Kise se pointait, tout partait en couilles ! Quelle guigne ! Furieux, il continua son chemin en ruminant ses pensées noires. Jusqu'à ce qu'il sente une présence dans son dos et s'arrête net.
Cette fois, Kise parvint à s'arrêter juste à temps, il faut dire qu'il ne courait pas ce coup-ci.
« Pourquoi tu me suis ?! aboya Haizaki.
— Mais... Je te suis pas ! » protesta Kise d'un air confus, les bras chargés de ses pochettes qu'il avait ramassées à la hâte.
Haizaki grogna en guise de réponse et accéléra le pas, tournant dans le couloir de droite.
Et il entendait encore les pas du blond derrière lui.
« Tu me suis toujours ! lança-t-il par-dessus son épaule.
— Mais je te suis pas ! assura le blond avec véhémence. Je vais juste dans la même direction que toi !
— Mouais, c'est ça. »
Ah, enfin, sa salle de classe ! Il allait enfin se débarrasser de ce blond encombrant.
Ou pas. Il tourna lentement la tête dans sa direction et demanda, les yeux plissés :
« C'est là que tu vas ?
— Ben... Ouais ? » Kise le regardait d'un air très méfiant, il avait même reculé d'un pas.
Ha ! Genre je lui fais peur, peut-être ?! Ça serait bien fait !
Mais c'était une trop maigre victoire, car il semblait bien qu'en plus d'être dans la même fac, ils avaient un foutu cours en commun !
Il grogna d'exaspération et ouvrit la porte sans même frapper, allant directement s'asseoir à une table tandis que Kise se répandait en excuses auprès de la prof. Celle-ci les accepta, puis les regarda tour à tour :
« Nous venons de terminer la répartition des groupes pour l'exposé qui fera office de contrôle continu. Il ne reste plus que vous deux, alors vous allez travailler ensemble ! »
On aurait tout aussi bien pu lui annoncer qu'une nouvelle mutation génétique avait fait disparaître les seins de l'anatomie féminine.
II
Kise poussa un soupir de lassitude tandis qu'il refermait la porte de l'appartement. Quelle journée... Tout avait été de travers, du début à la fin. Le shooting de ce matin avait été perturbé par de multiples problèmes techniques qui avaient mis tout le monde sur les nerfs, lui y compris. En sortant, il s'était pris une averse glacée dans la figure parce qu'il avait oublié son parapluie. Il était arrivé à la fac dégoulinant, s'était cassé la figure en descendant les marches de l'amphi devant deux cents élèves, après quoi il avait dû rentrer en catastrophe chez lui parce qu'il avait oublié ses notes pour une présentation, et, incapable de les retrouver, il avait pris tout ce qui lui tombait sous la main. Cette mésaventure l'avait mis en retard pour son cours suivant, il avait donc tenté de rejoindre sa salle en courant et sur son chemin avait percuté de plein fouet rien de moins qu'un cauchemar surgi de son adolescence. Et il fallait croire que Haizaki avait un corps d'acier parce que vu comme sa poitrine l'élançait, c'était à se demander s'il ne s'était pas fêlé une côte. Et pour couronner le tout, il était maintenant coincé à devoir collaborer avec le brun pour un exposé. Ils n'y arriveraient jamais. C'était impossible. L'huile ne se mélange pas à l'eau, tout comme Kise et Haizaki ne travaillent pas ensemble. Mais enfin, allez expliquer ça à une prof...
À la fin du cours, il avait tenté une approche auprès du brun. S'ils devaient faire cet exposé, il allait bien falloir qu'ils se parlent. Et donc qu'ils sachent comment se contacter.
« Hm... Tu peux me donner ton numéro de téléphone ?
— Dis donc, c'est comme ça que tu dragues, toi ?! Putain, t'as de la chance d'avoir un joli minois sinon t'aurais jamais pécho ! »
Le brun le regardait goguenard, bras croisés sur sa poitrine en se balançant sur sa chaise.
« Très marrant ! avait-il répliqué, vexé. File-moi ton numéro, s'te plaît. Pour l'exposé. »
Pendant quelques instants, il s'était demandé si le brun n'allait pas tout simplement l'envoyer chier, puis s'il comptait l'agresser quand il se leva soudainement et s'approcha dangereusement avant de pêcher son portable directement dans la poche de son jean. Puis, Haizaki avait rentré son numéro dans son téléphone et le lui avait rendu sans un regard de plus.
C'était déjà sans doute une première étape. Il faudrait maintenant convenir d'un lieu et d'une date pour se mettre au boulot. Rien que d'y penser, Kise en avait déjà mal à la tête.
Comme tous les jours, il se contorsionna dans le minuscule hall d'entrée pour enlever et ranger chaussures et manteau, avant de passer dans la pièce principale qui servait également de cuisine et de chambre. Et oui, l'indépendance avait un prix, et son boulot à temps partiel de mannequin ne lui permettait guère plus, d'autant qu'il économisait déjà pour rembourser sans prêt étudiant.
Il déplia son futon et se fit chauffer des nouilles. Il hésitait à sortir ce soir... Il en avait envie, mais il était définitivement trop fatigué. Il jeta encore un regard de regret à son portable, et finalement, il décida de manger ses nouilles devant un anime, puis alla se coucher, un peu déprimé.
Il dormit mal, et le lendemain, il n'avait qu'une seule préoccupation à l'esprit : trouver comment réussir cet exposé avec un type qui le haïssait.
Pour commencer, il ne savait même pas s'il devait déjà le contacter ou bien faire ses recherches de son côté. Ensuite, où travailleraient-ils ? Le terrain neutre idéal, c'était la bibliothèque, mais il doutait que Haizaki daigne y mettre les pieds. Hors de question qu'il l'invite chez lui, donc... Un café, ça ferait l'affaire. Il avait bien envie de le contacter dès maintenant, parce qu'il trouvait ça plutôt stressant de laisser ce projet de côté alors qu'il avait déjà tant à faire de son côté. La note de ce contrôle continu était importante et il ne pouvait pas se permettre de se louper. Alors, n'y tenant plus, il envoya un message.
Kise – 9h03
T'es libre cette aprem ? 15h au café Hanabi ?
Il partit prendre sa douche, et fut un peu surpris en revenant de trouver déjà une réponse à son message.
Haizaki – 9h05
Nan mais vraiment c'est quoi ces manières ? Tu sais faut pas compter à ce point-là sur son physique...
Il leva les yeux au ciel. Ça s'annonçait encore plus compliqué que prévu. Il réfléchit quelques instants. Inutile d'affirmer qu'il ne le draguait pas, il s'attirerait sans doute encore plus de sarcasmes. Il fronça les sourcils et tapa rageusement une réponse brève.
Kise – 9h30
T'es libre ou pas ?!
Haizaki – 9h31
Ouais. Mais c'est toi qui invites.
Il étouffa un grognement de frustration et s'habilla en vitesse. Sinon, il allait encore être en retard. Et il n'avait nulle intention de se récolter un autre hématome comme celui déjà grandissait juste sous le mamelon gauche. En plein cœur, pensa-t-il distraitement.
III
Le café Hanabi. Un sacré repaire de hipsters. Bon, exact, cet endroit s'avérait aussi stratégiquement placé à côté de la fac. De toute façon, Haizaki s'en foutait. Depuis ce matin, il était surtout préoccupé par le fait que Kise l'ait contacté aussi vite pour ce fichu exposé : à neuf heures ! Encore un peu, il croirait que le blond était pressé ! Pour sa part, il avait envie de penser que la note du contrôle continu ne comptait pas du tout et qu'il pouvait bien faire ce dont il avait envie d'ici là, mais il avait besoin de se prouver à lui-même qu'il en était capable. Après tout, il était à la fac pour esquiver l'impératif de vivre sa vie adulte trop tôt, mais... ça ne voulait pas non plus dire qu'il était un incapable. Donc, il allait obtenir une bonne note à ce contrôle continu, point barre.
Et alors qu'il se prenait la tête à imaginer comment il allait réussir à obtenir une bonne note à cet exposé, il se demanda à quel moment au juste les choses avaient commencé à devenir aussi compliquées. Il aimait bien attribuer la paternité de ses malheurs à l'an zéro de l'ère Kise. Et s'imaginer qu'avant, tout allait bien. Que sa nemesis, son antéchrist, avait mis en lambeaux tout ce qui faisait sa vie et que c'était donc bien cette personne la responsable de la spirale descendante qui, à l'instar d'un trou noir, bouffait avec un appétit insatiable tout ce qui était bon en ce monde. Et il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il aurait pu être quelqu'un d'autre, si on lui avait donné la même reconnaissance qu'à Kise.
Et pourtant, une voix tenace habitait le fond son crâne, remettant perpétuellement en doute sa sainte colère.
Et si ce n'était pas aussi simple ?
La simplicité, il aimait ça. La meilleure arme contre l'injustice et l'absurde.
Et oui, sinon comment expliquer que c'était sur lui que ça tombait de vivre sans père ? De se sentir aussi seul ? De voir ses interactions sociales résumées à la recherche d'une partenaire sexuelle ou bien à la pure agressivité ? Il n'avait pourtant pas l'impression d'avoir choisi tout ça. Juste, perpétuellement – fatalement – de réagir. Comme s'il était incapable d'exister au-delà de ses réactions épidermiques. Sa colère seule le faisait encore exister. Ou plutôt, c'était la seule émotion qui le faisait encore un peu se sentir lui-même.
Mais enfin, il n'allait pas ruminer là-dessus toute la journée : on avait dit de la simplicité ! Et en l'occurrence, ça consistait à se rendre au café Hanabi et à trouver une solution pour travailler avec sa nemesis.
Il était arrivé à l'heure, sans même le faire exprès, et à peine s'était-il posé sur une confortable banquette devant un café que Kise faisait son apparition. Il approcha prudemment comme s'il s'attendait à un coup fourré, puis s'assit. Haizaki s'amusa un moment à le regarder en silence tandis que la confusion du blond augmentait, visiblement incapable de trouver quoi dire.
« Est-ce que... t'as une idée pour notre angle d'approche ? balbutia finalement l'antéchrist.
— Nan. J'me suis dit que si t'étais si pressé, c'est sûrement parce que t'avais déjà des idées. »
Haizaki regretta rapidement d'avoir lancé le blond, qui reprit aussitôt confiance et se mit à lui expliquer en long et en large toutes ses idées. Il ne tarda pas à décrocher, son regard dérivant par la fenêtre sur une jolie passante.
« Hé, tu m'écoutes ?!
— Hm ? »
Haizaki reporta son attention sur Kise, ce qui suffit apparemment à ce dernier, qui commença à mordiller le bout de son stylo tout en relisant ses notes d'un air concentré. Bizarrement, cette vision le fit sourire. Il lui piqua ses notes et les lut.
« Ok, j'vais faire des recherches là-dessus », dit-il en désignant la deuxième partie des notes.
Kise le regarda un peu étonné, puis demanda d'un ton prudent :
« Alors... On peut se voir dans deux jours pour mettre en commun ce qu'on a trouvé ?
— Tu vois, ça c'est déjà un peu mieux ! Faut y aller en douceur, quand on drague ! »
Il s'amusa de l'expression dépitée et confuse de Kise et enchaîna en lui piquant son portable éhontément. Il le déverrouilla en un clin d'œil. Aucune sécurité.
« Tss-tss... C'est pas bien prudent, ça... »
Il afficha les derniers messages et un sourire carnassier se peignit sur son visage.
« Ah tiens, alors on sort ce soir ? On a rendez-vous en bonne compagnie ? »
Furieux, Kise lui arracha son portable des mains en marmonnant :
« Ça te regarde pas. »
Non, sans doute pas, pensa Haizaki. Mais puisque tu me piques tous mes dates, je vais pourrir le tien !
IV
À part quelques sarcasmes et sournoiseries prévisibles, Haizaki s'était montré étrangement coopératif, et Kise se demandait ce que ça cachait. Mais peu importait, il avait mieux à penser ce soir. Il devait se mettre sur son trente-et-un. Aller boire un verre, puis s'envoyer en l'air, c'était ça le plan de la soirée. Un plan simple, et il espérait efficace, car il avait bien besoin de se détendre un peu.
Il avait rendez-vous dans un bar discret et intimiste dans lequel il avait pris ses habitudes pour ses rendez-vous nocturnes. Il revêtit une chemise blanche près du corps sous une veste gris clair ajustée, et enfila un jean noir moulant avantageusement son fessier. Il passa ensuite un moment à se coiffer, puis sortit, les mains dans les poches, se dirigeant vers le lieu de son rendez-vous, absorbé dans ses pensées.
Un quart d'heure plus tard, il entrait dans le bar. Il s'avança vers le fond de la salle et trouva la personne qu'il devait rencontrer. Un sourire se peignit sur ses lèvres : il n'était déçu par rapport aux photos, comme ça arrivait de temps en temps. Le jeune homme lui rendit son sourire, et Kise aima ce qui émanait de lui. C'était un sourire franc et lumineux qui l'enveloppait de chaleur. Il s'assit et entama la conversation.
Une demi heure suffit à le convaincre qu'il ne rentrerait pas seul ce soir, et il devait s'en avouer ravi. Il travaillait beaucoup ces temps-ci et parfois, la solitude se faisait ressentir dans son minuscule appartement, surtout la nuit quand il écoutait les trains passer sur la voie ferrée voisine, et les voisins écouter la télé ou s'engueuler.
Le jeune homme avait pris sa main et la caressait doucement, un sourire enjôleur sur les lèvres. Puis, il se leva, fit le tour de la table pour s'asseoir sur la banquette à ses côtés. Il posa une main sur sa nuque et se pencha pour l'embrasser. Kise entrouvrit les lèvres, conquis par le parfum épicé et sensuel de l'inconnu, et posa une main sur sa cuisse tandis que leurs bouches se mêlaient. Il eut soudain hâte de rentrer, et il rompit le baiser, s'apprêtant à dire quelque chose, lorsqu'il réalisa qu'il y avait une troisième personne à table.
« J'arrive pas à croire que tu me trompes ! » dit Haizaki.
Cette phrase, tout comme sa présence en ces lieux, n'avait pas la moindre sens, et Kise bugua, restant figé à regarder le brun sans que la plus petite réplique ne lui vienne à l'esprit. Sa conquête du soir, en revanche, réagit immédiatement :
« Tu trompes ton mec ?! Hé, je me mêle pas de ça, moi ! Je sors qu'avec des célibataires ! Nan mais franchement, t'abuses... »
Visiblement très vexé, il se saisit de sa veste et tempêta hors du bar en lui laissant la note. Ça sembla sortir Kise de sa transe, et il réalisa ce qui venait de se passer en sentant croître en lui une colère glaciale. Il reporta son attention sur Haizaki :
« Je peux savoir ce que tu fous ? »
Le brun haussa les épaules.
« T'inquiète, j'ai dit ça juste pour qu'il s'en aille. Ça peut être dangereux de rencontrer des inconnus, tu sais. »
Kise le fusilla du regard.
« Qu'est-ce que ça peut te foutre ? »
Il serra les poings, poursuivant d'une voix tendue, pleine de rage rentrée :
« T'avais vraiment besoin de venir me pourrir la vie jusqu'ici ? T'es content, maintenant ?
— Un peu », avoua Haizaki.
Kise leva les yeux au ciel. Merde, il le voulait vraiment, ce mec. Et maintenant il n'avait plus qu'à rentrer seul chez lui.
« Et puis qu'est-ce que tu fichais ici ? Tu m'as suivi ?
— Guilty...
— Juste pour me pourrir mon rendez-vous ?! Mais qu'est-ce que je t'ai fait à la fin, merde ?! »
Haizaki ne répondit pas et il était trop exaspéré pour chercher à en savoir plus. Il n'avait même pas envie de régler ça. Il n'était pas sûr non plus qu'il le pouvait, de toute façon. Non, ce mec le haïssait et prenait son pied à lui pourrir la vie, voilà tout. Il se leva, remis sa veste et jeta quelques billets sur la table avant de se diriger vers la sortie à grandes enjambées.
« Kise, attends... »
Mais il ne se retourna pas.
V
Haizaki soupira et prit le verre de Kise pour le terminer. Et il en commanda un autre. Il avait menti, il n'était pas vraiment content. Enfin si, mais seulement à moitié.
Il l'avait suivi après les cours, sachant que ce qu'il faisait était carrément creepy, il se disait que c'était tout de même pour la bonne cause. Il fallait bien qu'il se donne les moyens de se venger, non ?
Il avait donc attendu dans le café d'en face que Kise ressorte de chez lui, et le blond avait mis une ÉTERNITÉ à se préparer ! Il se sentait dans la peau d'un flic en planque, à enchaîner les cafés jusqu'à voir réapparaître sa cible, habillée très classe, qui s'éloignait sur le trottoir. Il avait quitté le café et avait filé Kise à distance respectable, mais le blond semblait distrait et il n'eut aucun mal à le suivre, et à entrer derrière lui dans le bar sans se faire remarquer.
Il avait été très surpris de constater que le date de Kise était un homme. Le blond cachait bien son jeu, à s'afficher avec des nanas sans arrêt ! Quoique... S'il y réfléchissait bien, Haizaki ne l'avait jamais vraiment vu sortir avec une nana, l'embrasser et tout. Juste traîner avec des nanas. Il en avait naturellement conclu qu'il sortait avec. Mais après tout... Il s'était peut-être trompé.
Il s'était installé dans un coin où il pouvait observer ce qui se passait avec une relative discrétion, de toute façon les deux tourtereaux avaient l'air bien trop absorbés par eux-mêmes pour remarquer sa présence.
Et puis, à mesure qu'il observait, un drôle de malaise avait commencé à poindre en lui. Quand il voyait Kise avec des filles, il était jaloux de l'attention que ces dames lui accordaient, de sa facilité à interagir, de son sourire éblouissant. Mais avec cet homme... Il était jaloux tout court. Il avait d'abord pensé que c'était stupide et que cette espèce de rivalité à sens unique qu'il entretenait avec Kise avait formé une sorte d'attachement et que là encore, c'était le fait que Kise accorde son attention à quelqu'un d'autre qui le gênait. Et il y avait de ça... Mais il n'aimait vraiment pas la façon dont cet homme le touchait. Et quand il l'avait embrassé, là, son corps avait agi de lui-même et il s'était levé pour s'interposer. Et fait fuir le date de Kise en deux secondes.
Voilà pour le moment de satisfaction. Mais ensuite, le regard glacial de Kise s'était posé sur lui, et ça, ça ne lui avait pas plu. Il savait d'expérience que le blond pouvait se montrer d'une froideur polaire quand il avait une dent contre quelqu'un, et là, il était clairement dans son collimateur. Il l'était déjà avant, certes, mais ce soir il avait bien conscience qu'il avait dépassé les bornes.
Donc, non, il n'était pas vraiment content. Il était même carrément dépité. Il avala son verre et quitta le bar, cet endroit lui fichait le cafard. Et il rentra chez lui en se demandant comment se faire pardonner.
VI
Kise se réveilla mélancolique le lendemain matin. Mais toujours furieux après Haizaki.
Quand ils s'étaient rencontrés au collège, il était vite devenu évident que leurs capacités si semblables au basket les mettraient en compétition. Cela dit, ce n'était pas quelque chose que Kise avait choisi, en fait il aurait largement préféré que les choses soient différentes. Il n'avait jamais rien eu contre Haizaki, mais il avait vite appris à se tenir à distance pour éviter les ennuis. Et n'étant pas d'un naturel belliqueux, il n'était jamais entré dans ce petit jeu où Haizaki semblait vouloir l'entraîner perpétuellement. Alors il l'avait ignoré. Et il se disait aujourd'hui qu'il avait sans doute aggravé le problème en voulant l'éviter. Mais il n'allait pas refaire le passé. Il était venu cette après-midi en toute bonne foi dans ce café pour travailler sur leur exposé, il n'avait aucun désir de reprendre leurs chamailleries d'adolescents – mais visiblement, Haizaki ne l'entendait pas de cette oreille. Et il était allé trop loin.
Il s'habilla le cœur lourd, sans aucune motivation pour cette autre longue journée de cours. Il attrapa son sac qui traînait dans un coin, sans même prendre le temps de replier son futon, et sortit.
Seulement, quelqu'un se tenait devant la porte et il le heurta de plein fouet, réveillant sa douleur à la poitrine. Un peu hébété, il regarda l'importun et un mélange de surprise et de colère figea les excuses qu'il allait prononcer par réflexe.
C'était encore Haizaki.
Il avait dû le suivre depuis la fac la veille, et s'était ensuite débrouillé pour trouver sa porte.
Mais qu'est-ce qui n'allait pas chez ce mec ?!
Puis, comme le brun ne disait rien, il l'examina plus attentivement. Il avait l'air fatigué, avec de gros cernes comme s'il n'avait pas dormi de la nuit. Et il lui fourra un tas de feuilles dans la main en annonçant :
« J'ai fait mes recherches pour l'exposé. Le sujet est plutôt difficile. Je me suis dit que ça serait mieux de s'y prendre à l'avance. »
Kise regarda les feuilles, interdit. Plus il passait de temps avec Haizaki, moins il le comprenait.
« C'était... pas si pressé », murmura-t-il finalement.
Le brun haussa les épaules.
« J'arrivais pas à dormir hier soir. »
Kise releva les yeux et l'expression sur le visage de Haizaki fit fondre sa colère sous le coup de la surprise. Le brun avait l'air... penaud ?!
« Moi non plus j'arrivais pas à dormir... marmonna-t-il. Sûr que tu peux deviner pourquoi. »
Haizaki le dévisagea quelques instants, puis déclara platement :
« Si c'est tirer un coup qui te manque, je peux toujours me dévouer. »
Kise se dit qu'il avait sûrement dû mal comprendre, et à sa plus grande confusion, Haizaki avait l'air mortellement sérieux. Et c'était lui, ou il semblait même espérer une réponse positive ?!
« En général je préfère le faire avec des mecs qui éprouvent pas le besoin de 'se dévouer', précisa donc le blond.
— Oh bah si y a que ça qui te gêne... Disons plutôt que je le ferais avec le plus grand plaisir. »
Et en prononçant ces mots, Haizaki s'approcha dangereusement, le bloquant contre la porte en appuyant ses mains de part et d'autre de sa tête. Son expression avait changé, affichant un sourire malicieux, et un éclat de luxure luisait dans ses yeux sombres.
Eh bien voilà une situation que Kise n'avait pas vue venir. Certes, le brun avait toujours su se montrer imprévisible, mais de là à lui proposer au débotté de coucher ensemble... Aussi, la seule chose que fut capable de prononcer le blond, ce fut un « Hein ?! » étouffé.
« Tu m'as très bien compris », réagit Haizaki.
Et il avait très sûr de lui, en plus ! Comme s'il allait dire oui !
« Je couche pas non plus avec les mecs qui peuvent pas m'encadrer », lâcha-t-il froidement avant de se baisser pour lui échapper. Puis, il s'éloigna dans le couloir à grandes enjambées. Le brun ne le suivit pas, cette fois. Et malgré la tentation, Kise ne se retourna pas.
VII
Bon, il fallait bien admettre que même pour lui, ce genre de tentative était un peu tirée par les cheveux. Haizaki n'avait même pas prévu d'y aller aussi franco, mais voilà, il était impulsif. Et quand il avait ouvert la porte, Kise avait l'air triste. Il ne pensait pas l'avoir déjà vu triste avant, ou peut-être qu'il n'y avait pas prêté attention. Il faut dire que le blond se montrait d'ordinaire plutôt impénétrable, mais là, Haizaki l'avait pris au dépourvu : pas le temps d'afficher un sourire de façade ou, au vu de leurs relations actuelles, de se composer son expression « froid polaire » avec laquelle Haizaki était également très familier. Mais quand il avait vu cette tristesse dans ses yeux, avec une pointe de lassitude étonnante pour quelqu'un qui lui avait toujours semblé volontaire, tenace et d'un optimisme presque inébranlable, ça l'avait déstabilisé, et pire que ça, ça lui avait serré le cœur. Alors il avait dit de la merde dans l'espoir de faire sourire le blond, ce qui avait été un échec retentissant. Enfin, ce n'était pas vraiment surprenant. Il s'y prenait mal. Cela dit... ce qu'il avait dit était vrai, même s'il en était le premier surpris. Voir Kise en charmante compagnie lui avait fait comme un déclic, il fallait croire. Il y avait pensé toute la nuit, entre deux articles qu'il décortiquait pour leur exposé. Et sa conclusion était la suivante : il aurait voulu que ce soit lui qui ait droit à un baiser la veille, pas ce mec random.
Après être resté un moment à réfléchir dans le couloir, il décida de rentrer chez lui : après cette nuit blanche, il allait piquer du nez en moins de deux s'il essayait d'aller en cours. Tant pis, c'était pour cette raison qu'on avait inventé l'après-midi !
Et à peine s'était-il étalé dans son lit qu'il fermait les yeux et s'endormait. Ce repos diurne ne fut cependant pas tout à fait aussi revigorant qu'escompté, puisque le blond hanta ses rêves de la plus érotique des façons. Il se réveilla donc avec une érection en béton et beaucoup de frustration. Kise n'allait pas s'en sortir comme ça : d'abord, il lui volait les filles, son équipe de basket, la gloire, tout. Et maintenant, il prenait le contrôle de ses rêves érotiques pour y figurer en vedette ! Non mais vraiment, le blond trouvait tous les moyens de le faire enrager. Bon, d'accord, il ne le faisait peut-être pas tout à fait exprès. Quand bien même, ça n'excusait rien. Il allait falloir le payer, et de son corps, cette fois ! Vengeance sous la couette ! Best plan ever !
Mais comment parvenir à ses fins ? Les mots de Kise ce matin lui revinrent en tête : Je couche pas avec les mecs qui peuvent pas m'encadrer.
Compréhensible, mais... Était-ce tout ce que Haizaki éprouvait pour le blond ?
Il attrapa son oreiller et y enfouit son visage en poussant un grognement de frustration. Pourquoi est-ce que ce mec lui compliquait tout le temps la vie ?!
Bon, d'accord, il était peut-être un peu obsédé par lui.
Il écarta l'oreiller de son visage et se redressa, une nouvelle étincelle de détermination lui redonnant toute son énergie. La solution s'imposait : il allait falloir qu'il séduise Kise de façon à faire naître chez lui une obsession similaire.
Il n'y avait absolument rien qui pouvait mal tourner. Pas vrai ?
VIII
Kise avait été préoccupé toute la journée, ce qui l'avait rendu si distrait qu'il avait carrément oublié qu'il avait un shooting le soir et arriva avec trois quarts d'heure retard. Ça le contraria beaucoup, car il détestait manquer de professionnalisme, et en plus de ça, il se fit engueuler. Ce fut un véritable soulagement quand cette maudite journée finit par toucher à sa fin et qu'il retourna à sa loge pour se remettre en civil.
Tout ça, c'était de la faute de Haizaki. Ce mec le faisait tourner en bourrique et depuis quelques jours, il lui envoyait des signaux contraires qui le perturbaient au plus haut point. Le brun était passé de l'agressivité à la drague, au repentir, et même parfois à la... gentillesse ?! Il n'arrivait plus à le cerner. Mais après tout, il ne le connaissait pas bien, n'est-ce pas ? En tout cas, il était tout le temps sur les nerfs parce qu'il ne savait pas ce que Haizaki avait en tête, à part peut-être un plan élaboré de vengeance.
En rentrant dans sa loge, il alluma la lumière et ses yeux tombèrent sur une boîte de chocolats fermée par un ruban rouge, où figurait une petite carte avec cette simple inscription : « Désolé. » Avec un petit cœur rouge à côté. Et c'était l'écriture de Haizaki. Il ouvrit la boîte et examina son contenu... Ça avait l'air délicieux et ça sentait divinement bon... Il prit son portable et envoya un message :
Kise – 20h15
Les chocolats sont empoisonnés ?
Haizaki – 20h16
Non. Promis. Et puis de toute façon, tu vas pas résister à des chocolats fourrés à la pâte d'amande, hein ? :)
Kise fixa son portable, éberlué. Comment Haizaki savait que c'étaient ses préférés ?! Et il avait raison... Comment dire non à des chocolats à la pâte d'amande ? Autant demander comment dire non à du shopping dans une boutique de luxe en soldes à 75% !
Il se mordilla la lèvre et finalement prit un chocolat et croqua dedans.
La coque légèrement amère se fendit, libérant un paradis de douceur enveloppante.
Une bouchée de pure extase.
Kise s'assit devant le miroir et un à un, engloutit les chocolats. Il ne lui restait plus qu'à espérer qu'ils ne soient effectivement pas empoisonnés.
Quand il termina la boîte, il fut envahi par un mélange d'euphorie du drogué qui a enfin pris sa dose, et de la culpabilité qui accompagne la satisfaction, ainsi que d'une pointe amère de doute et d'appréhension : Haizaki était-il sincère ? Et si oui, où cela les amenait-il ?
Soupirant, il jeta la boîte à la poubelle et se prépara pour rentrer chez lui. En espérant que la nuit porte conseil.
Mais les jours suivants apportèrent un peu plus de confusion. Ils s'échangeaient pas mal de textos. Sans hostilité. Il finit même par y prendre du plaisir. Ils se revirent même quelques fois au café pour travailler sur leur exposé, et ça se passa bien. Par conséquent, il commença à baisser sa garde... Tout en conservant un fond de méfiance qui le mettait mal à l'aise en présence du brun. Et finalement, il décida de prendre le taureau par les cornes et de faire une tentative pour en avoir le cœur net sur la situation entre eux.
Alors, puisque la date du rendu de l'exposé approchait, il invita Haizaki à venir chez lui pour tout boucler. Quitte à y passer la nuit.
IX
Haizaki avait le cœur qui battait si fort qu'il avait l'impression d'avoir enchaîné dix cafés. Kise l'avait invité chez lui... C'était son moment ! La phase finale de son plan ! D'une manière ou d'une autre, c'était sûr, après cette nuit, le blond serait officiellement obsédé par le brun.
Alors qu'il marchait d'un pas pressé dans la rue pour rejoindre l'appartement de Kise, si fébrile qu'il avait tendance à sursauter au moindre éclat de voix, il se disait que tout ça n'était pas bien normal. Jamais il ne stressait comme ça pour un rendez-vous, et là, ce n'en était même pas un ! Comment se faisait-il que le blond ait une telle emprise sur sa vie ? Et pire, comment se faisait-il qu'il en demandait toujours plus, au lieu de partir sans se retourner et oublier tout ça ? Il devait être un peu maso. Cela dit... Il avait aussi découvert quelque chose de troublant pendant ces quelques jours d'accalmie. Lui qui était toujours si en colère... s'apaisait en la présence de Kise. Il avait l'esprit plus clair et se sentait plus en maîtrise de lui-même... Enfin, presque. Car il restait une chose qu'il avait du mal à contrôler : le désir grandissant d'arracher ses vêtements au blond.
Quand il entra dans l'ascenseur, il vérifia son apparence dans le miroir. Ça devrait bien se passer. Quand Kise ne captait pas l'attention de ses conquêtes, il n'avait guère de difficultés à mettre qui il voulait dans son lit. D'ailleurs il avait déjà essayé les garçons aussi, et il avait aussi du succès auprès de ses congénères masculins. Il savait séduire et se mettre en valeur, et se flattait d'être un bon amant. C'était sûr, Kise finirait par craquer comme les autres.
Alors pourquoi est-ce qu'il stressait autant ?!
L'ascenseur émit un petit ding, et il sortit, traversa le couloir, et prit une grande inspiration avant de taper à la porte du blond.
Celui-ci lui ouvrit presque immédiatement. Et lui sourit. Et son cœur déjà affolé se mit à faire des bonds. Il se traita intérieurement d'imbécile et lui rendit son sourire.
« Salut Ryota. »
Le blond s'écarta pour le laisser passer. Il n'y avait pas grand-chose à voir dans son minuscule appartement, mais c'était propre et cosy. Il s'installa à la table basse tandis que Kise leur servait du café. C'était surréaliste d'être là. Entrer dans l'intimité du blond – sans mauvais jeu de mots –, c'était inimaginable jusqu'à maintenant.
Ils ne tardèrent pas à se mettre studieusement au travail, et les heures passèrent. Vers minuit, Haizaki posa son stylo et regarda Kise. Il ne pouvait plus tenir dans ce suspense insoutenable, il fallait qu'il lui pose la question.
« Ryota... Est-ce que tu m'as pardonné pour l'autre fois ? »
Le blond posa également son stylo et le considéra de son fameux air impénétrable, laissant s'éterniser le silence.
« Si je comprenais mieux pourquoi t'avais pourri mon rendez-vous, ce serait plus facile », dit-il finalement.
Haizaki se sentit rougir malgré lui et détourna le regard, buvant son café pour se donner contenance.
« Au début c'était juste pour te faire chier... avoua-t-il. Mais en fait... J'étais jaloux. »
Kise leva les yeux au ciel.
« Comme d'hab, nan ? Pourtant je suis à peu près sûr que tu peux coucher avec qui tu veux sans trop de problèmes, alors qu'est-ce que tu me reproches au juste ?!
— Nan... J'étais jaloux... De ce mec avec qui t'avais rendez-vous... J'ai pas aimé quand il t'a embrassé. »
Un nouveau silence s'installa. Long. Trop long.
« Donc... reprit enfin Kise. Tu me dragues vraiment ?
— Ben ouais, contrairement à toi ! s'offusqua-t-il soudain. Pourquoi tu me dragues pas ?! »
Ça sembla semer la confusion chez le blond, qui se passa une main nerveuse dans les cheveux.
« Je... Je devrais ?
— Ouais ! J'suis pas à ton goût ?
— Nan c'est juste que... Je comprends pas... Tu me détestes pas ?
— Si ! Enfin, je veux dire, nan ! »
Il soupira, frustré.
« Je suis obsédé par toi. Voilà. Du coup je fais et je dis que des conneries. »
Kise cligna des yeux, apparemment pas très satisfait de cette explication.
« Je suis sincère, Ryota... » insista-t-il.
Le blond se leva, et pendant quelques horribles secondes, Haizaki crut qu'il allait le foutre dehors. Mais Kise fit le tour de la table et s'assit à côté de lui en le fixant intensément. Puis, il approcha ses lèvres des siennes jusqu'à ce que leurs souffles s'entremêlent... Il effleura sa bouche... et enfin happa ses lèvres entre les siennes. Il se figea, un flot d'adrénaline courant dans ses veines. Le choc se dissipant, il attrapa la nuque du blond et l'embrassa sauvagement, le poussant pour tenter de le plaquer sur le sol.
Mais Kise le repoussa. Et un sourire sadique se peignit sur ses lèvres.
« Si t'es vraiment sincère... Passe la nuit avec moi. Mais sans me toucher. »
Celle-là, il ne l'avait pas vue venir. Et après, c'était lui qui inventait des plans de vengeance diaboliques ! Mais c'était une occasion à saisir pour prouver sa sincérité. Et un autre défi à relever, même s'il redoutait que celui-ci soit au-delà de ses capacités. Il déglutit et hocha la tête pour marquer son assentiment.
X
Après avoir lancé son défi, Kise s'était ensuite retrouvé à devoir négocier toutes les clauses du contrat, et surtout ce que « toucher » signifiait. Est-ce que les câlins ça passait ? Ou les massages ? Il accepta les câlins. Mais ils devaient dormir habillés, et s'en tenir aux caresses chastes.
Ce qu'il n'avait pas imaginé en revanche, c'était que ça serait aussi difficile pour lui que ça l'était probablement pour Haizaki, dont il sentait la vaillante érection se presser contre ses fesses. Il ne semblait pas vouloir le lâcher et ses lèvres se promenaient sur sa nuque tandis que sa main caressait doucement son ventre à travers son t-shirt. Il songea à remettre en question le caractère chaste de la situation, mais il devait bien s'avouer qu'il appréciait énormément ses attentions. C'était si agréable de sentir son souffle chaud sur sa nuque, ces frissons qui s'enroulaient le long de sa colonne vertébrale alors que le corps musclé du brun se pressait dans son dos, et le bien-être qui irradiait dans sa poitrine et son ventre à se sentir enveloppé de sa présence, et même de sa tendresse.
À un moment, lui sembla-t-il, il s'endormit. En tout cas, il émergea après avoir eu l'impression de faire un rêve sans vraiment dormir, et cette fois, il se trouvait face à Haizaki, qui avait passé une jambe autour de sa taille. Ça, ce n'était définitivement pas chaste. Leurs bassins se touchaient, s'emboîtaient, même ! C'était une rupture du contrat ! À chaque inspiration, l'entrejambe du brun se pressait légèrement contre la sienne. Sa main, un peu fraîche, reposait sur sa nuque, ses doigts glissés dans ses cheveux, lui provoquant des frissons à chaque effleurement.
Et il lui apparut soudain tout à fait clairement que la situation était beaucoup trop chaste. Ignorant si Haizaki dormait ou non, il remonta sa main sur sa cuisse, lentement, attrapa sa fesse et plaqua son bassin contre le sien tandis que ses lèvres venaient chercher les siennes. Le brun tressaillit légèrement au baiser, mais ne se dégagea pas, et y répondit tandis que ses ongles labouraient doucement sa nuque. Le désir se rua en lui et il poussa Haizaki pour le renverser sur le dos, abandonnant ses lèvres pour poser des baisers mouillés dans son cou. Son odeur l'envirait, sa chaleur palpitante, quelque chose de magnétique dans sa présence l'attirait d'une façon qu'il n'avait plus la moindre volonté de réprimer. Il s'installa à califourchon sur lui et se frotta lascivement à lui, laissant échapper un grognement possessif. Il avait terriblement envie de lui. Et toute la frustration accumulée ces derniers jours – il avait évité toute autre tentative de rendez-vous galant – le taraudait maintenant comme la soif après un violent effort physique. Et des efforts physiques, il avait bien l'intention d'en faire.
Il laissa Haizaki lui arracher son t-shirt et fit de même, puis se décolla de lui pour retirer son jogging. Haizaki, qui n'avait pas prévu d'affaires de rechange, ne portait qu'un caleçon. Assis sur ses cuisses, Kise contempla d'un regard gourmand la bosse qui enflait le tissu stretch. Puis son regard remonta sur son torse, découpé dans les ombres jetées par la lumière urbaine qui entrait par la fenêtre. Il se mordilla la lèvre. Damn... que ce mec était hot. Il se recula et glissa les doigts sous l'élastique de son boxer et tira doucement, dévoilant peu à peu sa verge dressée. Il se pencha pour goûter cette friandise tentante du bout de la langue alors qu'il continuait de faire glisser son sous-vêtement, et eut le plaisir d'entendre un gémissement étouffé de la part du brun. Il acheva de lui retirer son boxer et revint goûter plus franchement sa verge, découvrant sa forme et sa texture sous ses lèvres et sa langue.
« Oh fuck, Ryota... » marmonna Haizaki d'une voix rauque, l'incitant à le suçoter doucement pour le faire encore gémir.
Il mordilla légèrement son gland et le lapa d'un coup de langue, récoltant un léger goût salé, puis laissa glisser son membre entre ses lèvres. Haizaki souleva le bassin et sa queue s'enfonça plus loin dans sa gorge, mais il le laissa faire et commença à le sucer avec une lenteur qui devait être exaspérante. Et d'ailleurs Haizaki protesta en tirant sur ses cheveux, ce qui le fit sourire. Il continua sa torture encore quelques instants, puis se redressa et se réinstalla à califourchon sur ses hanches. Il se pencha pour attraper un préservatif dans le tiroir de la table de chevet. Il regarda Haizaki d'un air interrogateur. Les yeux du brun luisaient dans l'ombre d'un éclat affamé, et il hocha la tête imperceptiblement. La pièce habituellement dominée par le ronronnement de la circulation et les divers bruits domestiques de l'immeuble était à présent emplie des halètements rauques du brun, une musique érotique qui plaisait terriblement à Kise. Il déchira l'emballage du préservatif et le déroula lentement sur la queue de Haizaki, puis l'enduisit soigneusement de lubrifiant, ses gestes précis et sensuels, mais conservant toujours une certaine lenteur. Il avait envie de faire languir le brun tant qu'il en était encore capable. Une fois cette tâche achevée, il souleva le bassin et fit glisser sa queue entre ses fesses pour appuyer contre son intimité. Et doucement, il commença à onduler, laissant l'extrémité de sa verge masser son anus, lui arrachant une plainte de plaisir. Haizaki agrippa ses hanches, le dévorant littéralement du regard, soulevant le bassin en rythme à la fois pour accompagner ses mouvements et dans l'impatience visible de le pénétrer. Quand il se sentit prêt, Kise s'empala sur lui, un aiguillon de plaisir s'enfonçant dans ses reins à mesure que la verge du brun s'imposait en lui. Il posa les mains sur le torse de son amant et y planta ses ongles, plongeant son regard dans le sien. Il resta quelques instants immobile, haletant, ivre d'excitation. Puis, il imprima un mouvement de balancier à ses hanches, lentement d'abord, puis de plus en plus vite, incapable de refouler le désir qui fourmillait sous son épiderme, lui donnant la chair de poule. Très vite, sa peau se moira de sueur alors qu'il chevauchait le brun avec fougue, se délectant des ondes plaisir irradiant dans son bas-ventre, de la mélodie érotique de leurs gémissements rythmée par le claquement mat de la chair contre la chair. Il accéléra encore, n'ayant plus qu'une pensée en tête : assouvir ce désir intense, obsédant, qui consumait son corps en le poussant à onduler frénétiquement jusqu'à la libération. Celle-ci survint en lui arrachant un cri, des spasmes de plaisir contractant son bas-ventre en lui faisant voir de petites étoiles blanches. Puis, lentement, la vague se retira, le laissant haletant et plus profondément satisfait qu'il ne l'avait jamais été.
Il baissa les yeux sur Haizaki. Celui-ci le contemplait les yeux mi-clos d'un air vague, comme s'il était ivre. Mais il sourit quand leurs regards se croisèrent.
« Fuck... Je savais que tu pourrais pas résister. »
Kise ne songea même pas à nier ou s'offusquer. Haizaki avait raison, et il avait respecté sa part du marché. Il se pencha et mordilla amoureusement ses lèvres, puis s'allongea à ses côtés. Il dut se rendormir, parce qu'après ce qu'il lui sembla être seulement un instant, un corps chaud le plaquait contre le futon, sur le ventre, et une bouche avide mordait sa nuque. Il poussa un gémissement de plaisir alors qu'une nouvelle fois, le membre de son amant s'enfonçait en lui.
Et après ça il eut une troisième fois. Et une petite quatrième juste avant que le réveil ne sonne.
XI
Devant la porte de l'appartement, Haizaki regardait Kise se débattre avec ses clés avec un sourire sur les lèvres. Ils s'étaient rendormis après le réveil et maintenant, ils étaient en retard. Et c'était aujourd'hui leur exposé ! Le blond paniquait, mais lui, il se sentait strictement incapable de stresser. Il ne serait probablement plus jamais capable de stresser. Du moins pas tant qu'il aurait des nuits comme ça. Il pinça les fesses de Kise.
« Dis, au fait... Est-ce qu'on peut considérer que tu es obsédé par moi, maintenant ? »
Le blond lui jeta un coup d'œil par-dessus son épaule, perplexe.
« Obsédé ? Euh...
— Nan, réponds pas ! C'était encore qu'une seule nuit. Tu verras ce que je te réserve ce soir !
— Ce soir ?! Hm... »
Kise réussit finalement à verrouiller sa porte et se tourna vers lui.
« Est-ce que... On sort ensemble maintenant ?
— Ça dépend de toi.
— Nan, pas de réponse à la con ! Dis-moi clairement comment toi, tu vois les choses. »
Il sourit légèrement, son cœur se gonflant alors que Kise le regardait avec inquiétude.
« Je veux être avec toi, Ryota », déclara-t-il avec sérieux.
Le blond hésita un instant, puis un sourire splendide se dessina sur ses lèvres. Pas un sourire poli, pas un sourire de façade, l'un de ceux qu'il utilisait pour dissimuler ses véritables émotions. Non, un sourire qui irradiait de joie.
Haizaki l'attira à lui pour l'enlacer. Il se sentait irrémédiablement amoureux. Et il avait bon espoir que Kise lui rende ses sentiments.
Le blond lui rendit son étreinte mais se dégagea rapidement.
« On est en retard ! » lui rappela-t-il d'un air sévère avant de s'éloigner d'un pas pressé.
Haizaki le suivit. Tout lui paraissait léger ce matin, plus coloré, et tout ce qui n'était pas Ryota, sans importance. Et tandis qu'ils se hâtaient vers le métro, il se repassait tous les détails de cette nuit agitée. Et il lâcha finalement avec un sourire :
« Je suis pas étonné que t'étais si grognon quand j'ai interrompu ton date l'autre jour. T'as vraiment le feu au cul. »
Le blond lui jeta un regard assassin.
« C'est de ta faute », marmonna-t-il.
Oh, oui, c'était de sa faute. Et de loin le méfait dont il était le plus fier jusqu'à maintenant.
