Ceci est ma 100ème publication sur ! C'est fou !

Et si Grands-Pas n'était pas Grands-Pas à l'auberge du Poney Fringant ? Je vous souhaite une bonne lecture !


Un matin de juin, Gandalf remit à l'aubergiste Poiredebeurré une missive à faire envoyer au plus tôt à un Hobbit dénommé Sacquet. Ou Soucolline. L'aubergiste aussi bien intentionné qu'étourdi le lui promit et fourra la dite missive dans la poche de son tablier et l'oublia.

Dans un autre monde, elle ne lui serait revenue à l'esprit qu'un soir pluvieux de septembre alors qu'une équipée de quatre Hobbits aurait causé un fort émoi au Poney fringant après un numéro de prestidigitation et de poteries brisées.

Mais non. Fin juillet, il la retrouva, à peine tachée de bière et des tomates qu'il venait de cuisiner. L'idée du magicien lui jetant un maléfice ne lui laissa aucun répit et il chargea tout de suite un marchand Hobbit qui se dirigeait vers la Comté en charrette de délivrer le message.

Frodon Sacquet reçut rapidement le message et il se mit en route tout aussi prestement et si les aventures qu'il vécut avec ses trois compères furent globalement similaires, il ne fut poursuivi que par des oies et des paysans grognons plutôt que par des cavaliers noirs et il parvint à Bree à pied, en pleine journée sous un soleil éclatant. Les portes de la ville étaient ouvertes et personne ne leur posa de questions sur leur venue. Harry le gardien, tout comme Bill Fougeron vaquaient à leurs occupations.

Frodon, Sam, Merry et Pippin trouvèrent vite leur chemin jusqu'à l'auberge qui n'avait que peu de clients à cette heure là. Leur déjeuner fut copieux et le chat roux de l'auberge vint réclamer sa part. Dans sa lettre, Gandalf leur avait parlé de Poiredebeurré avec qui ils firent connaissance. L'homme était charmant et fut ravi de leur faire la conversation. Mais de Gandalf ou de Grands-Pas, il n'avait pas entendu parler depuis plusieurs semaines. Décision fut prise d'attendre quelques jours que l'un des deux arrive.

Le soir même, la salle de convives n'était guère remplie et les quelques visiteurs parlaient surtout de la sécheresse qui durait et de la mauvaise tenue des routes autour de Bree. Un nain parla d'un cavalier noir mais personne ne l'écouta. Sauf Frodon. Un mauvais pressentiment le saisit et tandis qu'un frisson lui parcourait l'échine, il vit une silhouette sombre dans un coin qui l'observait. Au coin de la cheminée, enroulé dans une cape sombre en dépit de la chaleur, il avait les yeux mi-clos. Frodon n'était pas dupe cependant, toute son attention était portée sur les gens qui parlaient et son oreille s'était dressée à la mention de l'inquiétant cavalier noir et il avait feulé.

Le Hobbit n'y connaissait pas grand-chose aux chats mais celui-ci s'était révélé très amical pendant les repas, surtout quand il était question de charcuterie et son instinct lui disait qu'on pouvait s'y fier. D'ailleurs, il sortit de sa cachette au chaud et vint faire des huit autour des jambes de Frodon avant de s'éloigner vers la sortie en trottinant. Sur le pas de la porte, il se retourna et le fixa d'un regard péremptoire. N'osant désobéir, il appela ses compagnons et tous quatre sortirent à la suite du chat roux.

Malgré les petites jambes des Hobbits, le félin devait trottiner pour rester devant eux. Aussi l'appelèrent-ils d'un commun accord Petits-Pas.

Prosper Poiredebeurré devait être complice de Petits-Pas car il les attendait à la porte de la ville, les affaires des Hobbits empaquetées et le sac de provisions ainsi que du jambon pour le chat. Sam tenta bien de laisser le chat à Prosper, arguant qu'il allait les retarder, qu'il allait falloir le nourrir, le protéger, le porter, … Le dos rond et la queue ébouriffée, Petits-Pas lui fit « Pffftt » et l'affaire fut réglée.

Petits-Pas les guida sans sourciller et sans jamais les perdre à travers les plaines, les plateaux et les bois. Son instinct animal ne le trompait pas et il savait éviter les groupes de prédateurs ou de curieux. Les Hobbits apprirent à grimper aux arbres en cas de danger et à y faire la sieste en cas de fatigue, à masquer leur odeur en faisant soigneusement leur toilette, y compris derrière les oreilles. Malheureusement, presque arrivés à Rivendell, un papillon passa sous le nez du félin et malgré toute sa détermination, il ne put résister. Sans passer par le refuge des Elfes et sans nouveaux compagnons, ils longèrent la montagne. Le col du Caradhras n'était même pas envisageable car le chat ne voulait pas avoir les pattes mouillées et les flocons de neige qui lui tombaient sur le bout du nez le faisaient loucher.

Devant la porte de la Moria, il dit « Meow » qui s'avéra être une version acceptable de Mellon dite avec un accent de nain grippé. Ils pénétrèrent silencieusement et entreprirent la traversée. Pippin fit mine de lancer un caillou mais un regard de Petits-Pas qui veillait au grain suffit à le lui faire reposer tout penaud. Ce fut long, ce fut sombre, mais le chat roux avançait à pas de velours, les sens en éveil et il trouva la sortie sans encombre.

Dans la forêt, un Elfe tenta d'intervenir mais quand il attrapa le petit félin, il se mit à éternuer si longtemps que les Hobbits eurent le temps de s'éclipser et de traverser la forêt avant que l'allergie ne se fût calmée.

Il s'agit ensuite de traverser l'Anduin. Tâche rendue fort difficile par l'aversion de Petits-Pas pour l'eau. Mais à force de chercher, les Hobbits trouvèrent un endroit où l'eau n'était pas trop profonde et le courant pas trop fort. Ils traversèrent à pied et Sam porta le chat à bout de bras au dessus de sa tête. Celui-ci lui laboura le cuir chevelu de ses griffes tant il avait peur, mais arrivés sur l'autre rive, il ne lui lança aucun regard réprobateur. Pour Sam, c'était une grande première et il apprécia le remerciement à sa juste valeur.

Le chemin qui les mena ensuite jusqu'aux pentes du volcan fut sans embûches et le voyage était joyeux. Les Hobbits chantaient des chansons de leur contrée et le chat ronronnait en les écoutant. Ils organisèrent même un pique-nique en haut d'Orodruin et la chaleur de la lave leur donna envie de s'assoupir un instant. Lorsque Petits-Pas se réveilla, les quatre Hobbits dormaient encore profondément mais quelque chose était sorti de la poche de l'un d'entre eux. C'était rond alors, il mit un coup de patte. Cela fit Ding en roulant. Très amusant ! Il attaqua de nouveau et le faisant passer d'une patte à l'autre comme si c'était une souris peureuse, il joua tout un moment avec.

Il faisait souvent ça avec Prosper qui lui jetait un bouchon de liège mais le bouchon finissait toujours sous un meuble après un mouvement maladroit. Il se passa exactement la même chose et un coup de patte inconsidéré propulsa le petit anneau droit vers le cratère. Bien sûr, ce fut le moment que choisit Sam pour se réveiller et le Hobbit qui commençait à bien le connaître lui jeta un regard soupçonneux. Conscient de sa bêtise, Petits-Pas vint se frotter en ronronnant contre les jambes du Hobbit et tout fut oublié.