Bonjour!

Après bien des années, me voilà de retour pour ma toute première fanfiction qui, je l'espère, fera de nooooombreux chapitres! J'ai beaucoup de choses à dire, et des scènes magiques à vous raconter. Cette histoire aura pour but de raconter le tout juste après guerre, quelles sont les répercussions et dommages que subissent les personnages, comment gèrent-ils le deuil, et les horreurs qu'ils ont vécu. J.K. Rowling ne l'aborde pas dans ses livres, passant directement à l'épilogue des années après la guerre. J'aimerais donc raconter cette histoire avec le plus de détails et d'humanité possibles, et montrer que non, une fois Voldemort disparu, le monde ne redevient pas tout rose et tout bon d'un claquement de doigt.

J'espère arriver au bout de ce projet! Je suis toute excitée et j'espère que vous serez nombreux à m'accompagner dans cette nouvelle aventure. Dramione est un ship qui m'est très précieux et que je lis depuis près de dix ans maintenant. Je veux leur rendre hommage au travers de cette histoire :')

And now, the show must go on!

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1er septembre 1998

Bercée par le vrombissement du train qui tanguait légèrement sur ses rails, Hermione regardait le paysage défiler avec un air absent. Ses entrailles étaient nouées et son cœur oscillait entre tristesse, anxiété, et excitation. Elle sentait le regard inquiet et presque maternelle de Ginny qui lui faisait face sur sa banquette, faisant semblant de lire un livre de Défense Contre les Forces du Mal.

"Tu es sûre qu'il n'est pas trop tôt, Hermione?"

Clignant des yeux pour sortir de son mutisme, l'intéressée se tourna vers sa meilleure amie en affichant un sourire parfaitement maîtrisé.

"Nous en avons déjà parlé, Ginny. Attendre plus longtemps n'aurait servi à rien… Et puis étudier me manque. Que McGonagall propose une huitième année aux anciens élèves est une opportunité en or pour chacun d'entre nous, tu ne trouves pas?"

Ginny secoua doucement la tête, affichant un sourire attendri et à la fois ahuri.

"Pas tellement non. Mais je n'en attendais pas moins de la sorcière la plus illustre de notre génération!"

Levant les yeux au ciel, Hermione afficha un sourire plus sincère, et se replongea dans la lecture du livre qui reposait sur ses genoux. Cette conversation n'était pas la première qu'elle avait eue avec Ginny, ou même avec d'autres personnes. Beaucoup s'étaient inquiétés pour elle une fois la guerre terminée, et l'hommage aux morts rendu. Elle n'avait plus de maison, ses parents vivant en Australie sans savoir qu'ils avaient une fille. Avoir pratiqué le sort Oubliettes sur eux avait été l'un des plus grands sacrifices de toute sa vie. Mais elle savait qu'elle avait pris la bonne décision. Sa septième année avait été dédiée à pourchasser les Horcruxes avec Harry et Ron, sans mentionner le régime de terreur dans lequel avait été plongé le Royaume-Uni pendant leur cavale. Ses parents n'avaient rien manqué ces derniers mois…

Une fois la bataille de Poudlard remportée, un long processus de résilience s'était mis en place. Le Ministère de la Magie avait dû se relever de ses cendres, réélire de nouveaux membres, organiser les procès des Mangemorts qui avaient été capturés. La liste était longue, même si nombre d'entre eux avaient réussi à prendre la fuite et étaient traqués dans le monde entier par les Aurors.

Certains avaient participé à la reconstruction de Poudlard. Et c'est au milieu du mois de juillet que chaque ancien élève de septième année avait reçu une lettre, une exception prévue par McGonagall dans le but de donner une chance aux jeunes gens de dire au revoir à leur école comme il se devait. Le Trio d'Or avait discuté tout l'été de ce qu'ils allaient faire chacun de leur côté. Ils avaient passé les sept dernières années collés les uns aux autres, la dernière encore plus que d'ordinaire. A présent que Voldemort n'était plus, quel était leur but ?

Harry, plus que les autres, était perdu. Hermione et lui avaient passé d'interminables nuits à en parler dans la chambre qui leur était réservée au Terrier où ils avaient passé tout leur été - l'un comme l'autre étaient orphelins de leur famille. Il était l'Élu et savait depuis ses 10 ans qu'il était destiné à vaincre le Seigneur des Ténèbres. Mais que faire maintenant que sa mission était réussie ? Et surtout, comment se relever après toutes ces pertes, après toutes ces horreurs vécues ?

L'euphorie et la joie avaient explosé à Poudlard une fois Voldemort vaincu, mais rapidement, une sorte de mutisme abasourdi s'était emparé des rangs. Il n'y avait qu'à regarder tous ces corps qui jonchaient le Grand Hall, et chaque couloir de l'école… La plupart n'étaient que des enfants. Tout le monde dans cette guerre avait perdu un proche…

Finalement, Harry avait décidé de s'engager dans le cursus qui formait les Aurors, déterminé à pourchasser jusqu'au dernier Mangemort. Ron, lui, avait pris la décision de prendre une année sabbatique afin d'aider George à gérer la boutique Weasley. La mort de Fred était encore sourde dans la famille, et George semblait s'être éteint après avoir perdu une partie de lui-même… La seule chose qui ramenait l'étincelle dans ses yeux était la mention de sa boutique, remplie de souvenirs de son frère jumeau. Hermione enfin, s'était jetée sur la proposition de McGonagall, ressentant le besoin de prendre ses distances avec ses deux meilleurs amis, et ressentant par-dessus tout le besoin de faire ce en quoi elle excellait : étudier.

Cela faisait une éternité qu'elle n'avait pas pris de temps pour elle-même, se faisant passer en première peu importe la situation. Toute sa scolarité avait tourné autour de Ron et Harry. Il était temps qu'elle devienne le personnage principal de sa propre histoire…

Hermione fut interrompue dans le courant de ses pensées par la porte de leur comportement qui glissa dans ses gonds. Neville apparut, accompagné d'Hannah Abbot, Parvati Patil et Seamus Finnigan.

"Vous avez entendu la nouvelle ?" S'exclama ce dernier, les yeux écarquillés et le regard légèrement fou.

Hermione n'aimait pas ce regard, qui lui rappelait trop la guerre. Elle pouvait y lire de la colère, de la rage et l'envie de faire du mal, des émotions somme toutes très similaires à celles qu'elle avait lues dans le regard des Mangemorts pendant la guerre.

Ginny se fit un plaisir de fermer le livre qu'elle faisait semblant de lire depuis une heure, et se tourna vers les nouveaux arrivants, sa curiosité piquée. Seamus n'attendit pas la réponse des deux Gryffondors présentes dans le compartiment, visiblement trop révolté par ce qu'il s'apprêtait à dire.

"Cette vieille bique de McGonagall a autorisé ces maudits Serpentards à refaire leur septième année ! Vous vous rendez compte ? Des Mangemorts dans l'école à peine quatre mois après la bataille ! C'est scandaleux !"

Fronçant les sourcils, Hermione échangea un regard avec Ginny, puis détailla ses amis à la porte. Neville semblait déchiré entre deux opinions, regardant ses pieds. Hannah se mordillait nerveusement la lèvre, les bras croisés sur sa poitrine. Parvati, elle, avait le visage fermé et le regard sombre, tout aussi sombre que celui de Seamus. L'image du corps ensanglanté de Padma lui revint alors à l'esprit, allongé sur un lit de camp dans le Grand Hall, quelques minutes après la fin de la guerre… Parvati avait perdu sa sœur jumelle quatre mois auparavant. Comme beaucoup, la blessure était vive et encore sanguinolente.

"Je suis sûre que McGonagall sait ce qu'elle fait" avança prudemment Hermione, mal à l'aise par cette intrusion. "De toute évidence, elle n'aurait pas invité des élèves dont l'allégeance est encore sus-…"

"Cet enfoiré de Draco Malfoy est dans ce train à la minute où on parle ! Il paraît qu'il est surveillé par le Ministère et qu'il n'aura pas le droit de quitter l'enceinte de l'école parce qu'il est en attente de son procès. Un procès Hermione ! Parce que c'est un Mangemort qui a ouvertement participé à la guerre dans le camp de Tu-Sais-Qui !" L'interrompit Seamus, fulminant sur place.

Neville tendit une main hésitante dans sa direction, comme pour le calmer, avant de se rétracter. Les yeux de Parvati s'étaient remplis de larmes, de toute évidence blessée par la véracité des mots de Seamus, et ce qu'ils impliquaient. Hermione elle, sentait le sang rugir dans ses oreilles. Son coeur s'emballait malgré elle, tandis qu'une émotion qu'elle s'était efforcée de de cacher au plus profond d'elle-même pendant ces sept dernières années, menaçait de refaire surface. Elle ferma calmement son livre et serra les poings sur ses genoux, s'efforçant de rester maîtresse d'elle-même. Malfoy était dans le train. Malfoy allait faire cette huitième année avec elle. Malfoy était surveillé de près par le Ministère, en attente de son procès… Elle expira doucement par le nez.

"Si le Ministère lui permet de revenir à Poudlard, alors nous n'avons pas de souci à nous faire. De toute évidence, il est surveillé de près, et Malfoy est beaucoup de choses mais il est loin d'être stupide. Il ne tentera rien qui nuira à son image à l'approche de son procès, d'autant plus lorsque l'on sait que sa famille toute entière est dans le viseur du Ministère" expliqua-t-elle en s'efforçant de garder le contrôle de sa voix.

L'émotion et l'anxiété menaçaient de l'engloutir. La colère emplissait désormais tout le compartiment alors qu'Hermione ne supportait plus d'être entourée d'ondes négatives sans se faire submerger par ses émotions. C'était un des nombreux effets secondaires de la guerre… Elle n'était plus la même que celle d'il y a un an auparavant. Comme tous, elle avait changé… Et faire face au conflit avec le mordant propre aux Gryffondors était au-dessus de ses forces.

"Ah ! Sa famille, parlons-en ! Comment Harry a-t-il pu témoigner en faveur de la mère Malfoy ?! Les journaux ne parlent plus que de ça, j'en ai la nausée. On parle des Malfoy, Hermione ! Les fidèles serviteurs de Tu-Sais-Qui ! Par Merlin, ce fichu serpent a même tué Dumbledore ! Comment peux-tu tolérer sa présence à Poudlard ?"

Fronçant les sourcils de nouveau les sourcils, Hermione se leva pour faire face à ses camarades qui se trouvaient toujours à l'entrée du compartiment. Elle n'aimait vraiment pas le tournant que prenait cette conversation… Seamus était connu pour son caractère sanguin, ce n'était un secret pour personne. Mais de quel droit s'en prenait-il à elle ? Sa colère était légitime, certes. Mais ses arguments étaient pour la plupart faux, rien d'autres que des spéculations. Inspirant et expirant profondément par le nez, Hermione s'avança jusqu'à venir se planter devant son camarade.

"Narcissa Malfoy a sauvé la vie d'Harry et par la même occasion, permis à cette guerre de prendre fin. Quant au témoignage d'Harry au Magenmagot, cela ne te concerne en rien. Il s'agissait de sa décision, et si tu as quelque chose à dire là-dessus, je te prierais de te diriger vers Harry et non de t'en prendre à moi!" S'exclama la lionne avant de pousser ses camarades pour sortir de son compartiment. Elle déboucha dans le couloir, voyant déjà plusieurs têtes curieuses tendues dans leur direction. Il ne manquait plus que ça… Se faire remarquer avant même d'avoir mis un pied au château. Furieuse, la brune se tourna de nouveau vers Seamus.

"Pour ta gouverne, Severus Rogue a tué Dumbledore, pas Malfoy! Et il l'a uniquement fait parce qu'il était un agent double et parce que Dumbledore, mourant, le lui avait lui-même ordonné! Si Minerva McGonagall a permis aux Serpentards de revenir à Poudlard, j'imagine que cela a été mûrement réfléchi auparavant! Par Merlin, on parle d'un des piliers de la résistance et de la nouvelle directrice de Poudlard!" Ajouta Hermione, singeant Seamus.

Les poings serrés le long de ses cuisses, elle toisa son camarade réduit au silence par son explosion de colère. De toute évidence, il ne s'était pas attendu à ce genre de réaction de sa part en venant se plaindre dans son compartiment… Mais à quoi s'attendit-il alors ? A ce qu'elle s'indigne avec lui ? A ce qu'elle maudisse les Malfoy et mette en place une révolution à Poudlard dans le but de renvoyer les Serpentards ?

Avec amertume, Hermione réalisa que cette année paisible ne le serait pas. Pire, elle craignait qu'elle soit désastreuse. Cette guerre avait fait trop de mal, et les choses ne pouvaient pas se résoudre par magie. Les gens ne pouvaient pas oublier leur douleur, leur perte et leur désir de vengeance du jour au lendemain, simplement parce que la guerre était finie. La réalité était bien plus dure : des Mangemorts étaient encore en liberté, et beaucoup souhaitaient venger leurs proches, à commencer par des élèves de Poudlard…

Les yeux rivés au sol pour éviter de voir toutes les personnes qui la regardaient passer devant leur compartiment, Hermione avançait sans savoir où elle allait ; elle voulait simplement fuir toute l'attention, et fuir toute la colère qui suintait par tous les pores de Seamus. C'est ainsi qu'elle vit brusquement des chaussures noires et impeccablement cirées apparaître dans son champ de vision, lui laissant juste le temps de piler au dernier moment afin de ne pas entrer en collision avec la personne qui se trouvait là. Lentement, Hermione leva la tête, ses yeux suivant la silhouette qui lui faisait face, et elle sut avant même de voir son visage à qui elle appartenait : Draco Malfoy.

Leur regard se croisèrent, s'accrochèrent, et Hermione perdit soudainement la capacité de respirer. Son souffle avait comme déserté sa bouche, sa gorge et sa poitrine. Draco Malfoy se trouvait là, devant elle, et à mesure qu'elle prenait conscience de sa présence, un millier de souvenirs et d'images l'assaillirent. Les insultes, les moqueries, les moues de dégoût, et puis tout le reste, ce qui était secret…

Un silence assourdissant emplissait le couloir tandis que des dizaines et des dizaines d'élèves s'étaient amassés, sortant la tête de leur compartiment pour entendre les éclats de voix, et puis soudain le rien, l'absence de bruit. Lointainement, elle entendit la voix sarcastique de Seamus marmonner quelque chose à quelqu'un. Elle avait également vaguement conscience de la présence de Serpentards derrière Draco ; Pansy Parkinson et Theodore Nott, si ses souvenirs étaient bons. Mais son cerveau avait du mal à enregistrer d'autres informations qui n'étaient pas Draco Malfoy.

Elle le regardait, presque effrayée de bouger, et à la fois avec affront. Après tout, ne venait-elle pas de se disputer avec l'un de ses amis pour "défendre" la famille Malfoy ? Avait-il tout entendu ? Très certainement, comme le reste du train tout entier.

Draco la regardait également, toujours avec cet air imperturbable et impénétrable. Aujourd'hui, nulle trace de dégoût ou de moquerie. Ses yeux semblaient simplement… Vides. Il l'observait, sans qu'elle puisse parvenir à savoir ce qu'il pensait, sans qu'elle sache la tempête qui faisait rage à l'intérieur de lui.

Il la dépassait de presque une tête. Encore aujourd'hui, elle était surprise par sa taille. Il avait été tellement discret en sixième année, et elle ne l'avait pas vu en septième année, si ce n'était lors de cette cauchemardesque soirée au Manoir Malfoy qui lui donnait encore de nombreux cauchemars… Elle avait l'impression de ne pas l'avoir vu grandir, vu devenir un homme. Aujourd'hui, il était à quelques centimètres à peine, et elle pouvait voir le moindre détail de sa personne. Sa peau extrêmement pâle, presque transparente, comme si elle allait se déchirer. Ses yeux bleus, tirant sur le gris orageux, d'ordinaire si haineux et inquisiteurs. Et puis ses cernes si prononcées, si noires, qui venaient entacher la statue de marbre… Il portait toujours un élégant costume noir, qui venait souligner sa silhouette longiligne et accentuait la carrure de ses épaules.

Draco Malfoy avait de la prestance, il en avait toujours eu. C'était la prestance d'un sang-pur qui avait été élevé comme tel. Mais quelque chose avait changé… Il ne levait plus le menton, l'air supérieur, et n'arborait plus cette moue dégoûtée. Aujourd'hui, il semblait… Épuisé. Et avec choc, Hermione se reconnut dans cet air fatigué et éteint. Ils n'étaient plus le Prince des Serpentards et la Princesse des Gryffondors prêts à se déchiqueter mais simplement deux jeunes adultes éreintés par leur adolescence.

Quelle avait été la dernière fois où ils s'étaient réellement parlés ? Dans la Salle sur Demande, pendant la bataille ? Non, Draco et Harry s'étaient échangés quelques mots avant que Crabbe ne perde le contrôle du Feudeymon… Au Manoir ? Non plus, Hermione n'avait fait que croiser son regard. Sans doute cela avait-il été au cours de leur sixième année… Elle ne s'en rappelait plus. Trop de choses s'étaient passées entre-temps ; rien qu'une guerre.

Finalement, Draco glissa lentement ses mains dans ses poches, l'air nonchalant.

"Granger" Salua-t-il d'un faible hochement de tête, l'air presque ennuyé qu'elle se trouve sur son chemin.

Il se décala d'un pas et continua sa route, suivi par ses amis. Pansy lui lança un regard noir et Theodore un regard curieux. Mais elle n'en fit pas cas, continuant elle aussi sa route sans demander son reste. Elle venait de retrouver le contrôle de ses poumons et inspirait de grandes goulées d'air en bousculant ceux qui se trouvaient sur sa route. Une furie rousse bousculait elle aussi ceux qui se trouvaient sur son passage, et adressa un regard énigmatique à Draco en le dépassant, s'empressant de rejoindre Hermione.

Quelques minutes plus tard, les deux jeunes femmes se trouvaient dans un nouveau compartiment. Ginny avait chassé les deuxièmes années qui s'y trouvaient avec le tact qui la caractérisait, c'est-à-dire aucun. Elle regardait Hermione avec un mélange de curiosité et d'inquiétude, laissant à son amie le temps de reprendre ses esprits. Elle savait qu'elle n'arriverait à rien en la poussant dans ses retranchements. Mais après avoir fait mine d'inspecter ses ongles pendant près de dix minutes, elle perdit patience.

"Ok, qu'est-ce qu'il vient de se passer?" Demanda-t-elle finalement, levant les bras au ciel.

Hermione la regarda entre les doigts qui cachaient son visage, avant de soupirer profondément et de s'affaler dans sa banquette, levant les bras au ciel à son tour.

"Je ne sais pas! Seamus est un idiot, c'est tout" Répondit-elle.

"Ugh, évidemment Hermione, tout le monde sait que Seamus est un idiot. Mais toi tu n'en es pas une. Alors que s'est-il passé pour que tu t'énerves à ce point avant même d'être arrivée à Poudlard?"

"Je ne sais pas, Ginny. Honnêtement, je ne sais pas! Peut-être que je ne supporte pas qu'on dise des idioties pareilles. Peut-être que je ne supporte plus qu'on spécule après tout le mal que cela a pu faire avant et pendant la guerre. Peut-être que je ne supporte pas qu'on me rapporte les faits et gestes d'Harry alors qu'il n'est même pas là! Peut-être que j'en ai marre d'être celle à qui on veut faire entendre justice! Peut-être que j'en ai marre de toute cette colère et de cette guerre qui n'en finit pas! Peut-être que…"

"Ok, ok, ok! J'ai compris, Mione, j'ai compris. Souffle un coup" L'interrompit Ginny, les yeux écarquillés.

Repoussant ses longs cheveux roux derrière ses épaules, elle se leva pour venir s'asseoir près de sa meilleure amie et doucement lui caresser le dos. Hermione soupira en venant blottir sa tête dans le creux de l'épaule de Ginny et ferma les yeux, retrouvant lentement son calme en respirant l'odeur familière et en profitant de la chaleur maternelle de son amie.

"Nous ne sommes même pas encore arrivés à Poudlard, et c'est déjà la guerre, Gin'... Je n'en peux plus. Je savais que cette rentrée serait difficile et sensible pour tout le monde mais… J'aimerais tellement aller de l'avant et pouvoir juste… Respirer sans avoir peur que quelqu'un explose et ne s'en prenne à quelqu'un d'autre."

"Je sais, Hermione… Mais nous gérons tous le deuil de manière différente et… Nous gérons tous les horreurs de la guerre de façon différente, à des vitesses différentes… Malheureusement peu de personnes sont aussi empathiques et idéalistes que toi. Seamus… C'est un idiot. Il a toujours été impulsif et la guerre ne l'a pas aidé. Tu sais qu'il n'a pas mauvais fond, il est juste… En colère."

Moi aussi je suis en colère, Gin', je suis tellement en colère, avait envie de lui dire Hermione. Mais elle garda le silence, car cette conversation lui était trop familière et avait toujours la même issue: une impasse.

"Um… Et c'était quoi ce regard avec Malfoy?" Demanda soudain Ginny.

Cette fois-ci, Hermione se raidit de tout son long en ouvrant brusquement les yeux et en sentant la chaleur gagner sa nuque et ses tempes. Elle se redressa en fronçant les sourcils.

"Pardon?"

"Dans le couloir. Quand tu as failli percuter Malfoy. Vous vous êtes regardés. Comme dans ces films Moldus que tu m'as montré. C'était un regard interminable… Alors je répète ma question: c'était quoi ce regard?" Demanda Ginny, un sourire malicieux aux lèvres, un sourcil levé.

Ayant brusquement chaud, Hermione se leva en s'efforçant de remettre de l'ordre dans ses vêtements qui n'en avaient pas besoin. Elle lissa ses cheveux en arrière, remettant des mèches derrière ses oreilles. Puis, ayant décidément trop chaud, elle s'empara de l'élastique autour de son poignet pour les arranger en un chignon rapide. Quand elle se tourna de nouveau vers Ginny, celle-ci la regardait les bras croisés, l'air confortablement installé dans sa banquette et le sourcil toujours levé, l'air de dire "J'attends".

Hermione s'éclaircit la gorge en haussant les épaules, les sourcils toujours froncés. Elle croisa les bras sur sa poitrine.

"Je ne vois pas où tu veux en venir, Gin'. Il était sur ma route. On s'est regardés. Il m'a salué avant de continuer sa route. Point barre" Se justifia-t-elle, cherchant beaucoup trop ses mots pour une Miss-je-sais-tout.

Ginny poussa un grognement, l'air peu convaincu, et leva les yeux au ciel.

"Tu sais, tu n'as du tout l'air naturel, Hermione, et tu sais toujours aussi peu mentir" lâcha-t-elle nonchalamment en se relevant. "Je ne te forcerai pas à en parler si tu ne veux pas. Mais sache que tu es rouge comme une tomate, et qu'une fille qui rougit comme une tomate à la mention d'un garçon, c'est sacrément suspect" ricana-t-elle en se dirigeant vers la porte du compartiment.

Ouvrant et refermant la bouche, l'air indigné, Hermione s'avança d'un pas avant de s'arrêter. Elle? Rougir pour Malfoy? C'était ridicule. Elle pointa un doigt menaçant sur son amie mais celle-ci sortait déjà en lançant à la volée "Change-toi, on arrive à la gare", la laissant ainsi toute seule avec ses pensées coupables.

C'est le visage toujours en feu que d'un coup de baguette, elle remplaça ses vêtements Moldus par son traditionnel costume d'écolière. Hermione jeta sa cape de sorcière sur ses épaules avec un délicieux sens de familiarité. Son coeur s'apaisa en reconnaissant la tenue qui l'avait accompagnée ces six dernières années. Au même moment, le train hurla leur arrivée en s'arrêtant dans un crissement de métal contre les rails. C'est alors que par la fenêtre, elle le vit. Le château de Poudlard…

Un raz-de-marée d'émotions la balaya mais celle qui dominait était la joie d'être de retour à la maison. Enfin, elle y était… Ne restait plus qu'à prier pour que cette année soit meilleure que la précédente.