Salut !

Hum... J'ai pas grand-chose à dire sur cet OS. C'est juste du fluff.

Spoilers sur NeoTWEWY, évidemment.

Vous pouvez le prendre comme de la romance ou comme de l'amitié, peu importe. Je voulais juste écrire des câlins.

Bonne lecture !


« J'dis pas que t'as plus l'droit d'écouter c'groupe. Juste, faut pas l'dire aux gens.

-Rha mais merde, hein… J'ai pas eu quatre ans pour me lasser des musiques, moi.

-Bah, mais t'as plein de nouveaux morceaux dans ta playlist Spotify, pourtant. Comment ça s'fait ? »

Neku haussa les épaules, assis en tailleur sur le lit qui, visiblement, lui appartenait.

Beat, en face de lui, fouillait son téléphone et commentait ses goûts musicaux, alors que la petite enceinte de poche diffusait certains d'entre eux, en aléatoire. Le son se répercutait sur les murs de la minuscule chambre d'étudiant, décorée de divers posters qui semblaient déjà bien usés, probablement récupérés çà et là. Avant ce soir, Beat n'avait jamais mis les pieds dans cet endroit, mais on y sentait bien l'identité de Neku.

Neku qui, deux jours auparavant, n'avait encore jamais foutu les pieds là-dedans non plus.

« J'sais pas trop comment ça marche, avoua-t-il. Mais Shiki me dit qu'Eri n'a aucun souvenir de ma disparition. Pour elle, c'est comme si j'avais été… Juste, là. Pendant trois ans. J'ai appelé mes parents, pareil. Pour eux, j'suis jamais parti.

-Mec. C'est méga chelou. »

Beat, lui, ressentait encore très clairement l'absence de Neku, comme un vide béant de trois longues années. Alors, que d'autres puissent ne plus s'en rappeler, comme si tout ça n'était jamais arrivé, comme s'il n'avait pas vu son meilleur pote disparaître devant ses yeux… Bon. Il était optimiste de nature, hein. Il allait essayer d'oublier, lui aussi, et l'aider du mieux qu'il pouvait à se réajuster. Mais merde. Truc de dingue.

« Bah, j'suppose que Josh a fait un truc. J'préfère autant. J'avais pas trop envie d'expliquer à mes darons pourquoi j'étais porté disparu tout ce temps.

-J'vois. Enfin, pas trop, mais j'aurais pas aimé non plus, à ta place. »

Neku hocha la tête avec un fantôme de sourire. Il paraissait à l'ouest, depuis leur retour dans le RG. Déjà deux jours, que la vie normale avait repris son cours. Trop bizarre. La fin heureuse, Shibuya sauvée, puis pouf, coincés de nouveau avec les études et le boulot et tous ces machins.

Et franchement ? Il comprenait que Neku aille pas bien. Il avait passé trois ans à errer dans l'UG puis là, on lui sortait qu'il avait fini le lycée sans y avoir jamais foutu un pied et qu'il devait rattraper un trimestre de fac, faire semblant de connaître des gens dont il avait jamais entendu parler, poursuivre une existence qu'il n'avait pas vraiment vécue jusqu'ici.

C'était chiant parce que, lorsqu'ils se trouvaient encore dans l'UG de Shibuya, Neku avait l'air trop content. Juste satisfait d'être de retour, et Beat avait l'impression que tout irait bien, qu'il allait le ramener avec lui et que ce serait facile.

Mais déjà, la vie, c'est pas évident quand on a l'habitude, alors là… Ouais.

Et Neku était pas vraiment du genre à se plaindre, mais même lui ne pouvait pas cacher une angoisse pareille. Ses yeux se perdaient dans le vide, parfois, ou il n'écoutait qu'à moitié. Comme s'il avait encore un pied dans l'UG.

Là, il ne répondait plus. Le réveil sur la table de chevet – un modèle basique mais décoré de motifs colorés, probablement dessinés aux marqueurs – annonçait deux heures du matin.

Beat savait que Shiki était restée avec lui hier. Ils avaient passé la nuit à parler, alors… Ouais, il devait être crevé. Il devrait sans doute lui foutre la paix. Ils auraient tout le loisir de rattraper le temps perdu, de toute façon. Plus rien ne menaçait de leur tomber sur le coin de la gueule, pas de ville à sauver ni de gens qui allaient débarquer pour leur tirer dessus. Enfin, normalement.

« Il est grave tard. J'vais te laisser, nan ?

-Hum ? Ah. Si tu veux. »

Yup, définitivement claqué. Ça se voyait à son teint pâle et tout. Il devait avoir plein de sommeil à rattraper. Beat se sentit un peu coupable de pas l'avoir remarqué plus tôt. Il était pas très doué pour repérer ce genre de trucs, et ça faisait tellement longtemps qu'il n'avait pas passé de temps comme ça avec son ami, que… m'enfin. C'était pas une excuse. En plus, il se souvenait que Neku aimait la solitude, qu'on lui fiche la paix.

Il se redressa, posa ses pieds sur le sol et son téléphone dans sa poche.

« Allez. À, hum… J'sais pas. Tu veux qu'on se voie quand ? »

Encore, Neku haussa les épaules et répondit du bout des lèvres :

« Quand tu veux… »

Beat aurait bien dit « demain », mais peut-être qu'il voulait du temps pour remettre de l'ordre dans son existence, ou un truc du style ? Ou juste se reposer, rattraper les dernières sorties musicales, parcourir les jeux vidéos qui se baladaient sur ses étagères, réviser les cours auxquels il n'avait jamais assisté.

Du coup, il n'allait pas s'incruster trop souvent, même si ça le démangeait. Même si ça paraissait presque douloureux, de l'abandonner sans avoir la certitude qu'il serait encore là demain. Après tout, ils pouvaient pas vraiment savoir, hein ? Avec les tarés qui dirigeaient Shibuya et tout…

« Bon, on s'tient au courant, t'façon » esquiva-t-il.

Il commençait à se lever lorsque cinq doigts se refermèrent autour de son poignet.

Lorsqu'il se retourna, il aperçut l'air gêné de Neku, qui retira sa main comme s'il venait de se brûler, avant de détourner le regard.

Encore une nouveauté qu'il avait remarquée, chez son ami. Il était devenu plus tactile. Avant, il se tendait dès qu'on le touchait. Depuis son retour, il lui arrivait de chercher le contact, même s'il reculait dès qu'il s'en rendait compte. Comme s'il le faisait même pas exprès. Qu'il en avait juste besoin.

« Pardon.

-T'inquiètes, fit-il. Y a un problème ? »

Neku ramena ses genoux contre lui avant de secouer la tête, la mine fermée.

« Nan. C'est rien. Ça va. »

Ok, Beat était bête, mais pas si bête. Il sentait bien que quelque chose clochait.

Avec résolution, il se retourna pour faire face à son ami sur le matelas, voulu poser la main sur son épaule, mais sa paume descendit jusque la sienne et Neku n'esquiva pas le contact. Beat serra sa main froide entre les siennes, se demandant s'il parviendrait à la réchauffer.

« Mec. J'vois bien que ça va pas.

-J'vais pas t'embêter avec ça, argua Neku avec obstination. Tu dois être crevé. »

C'était dingue, quand même, cette difficulté à exprimer ses sentiments, comparée à la confidence dont il faisait preuve quand il effaçait les Échos dans l'UG. Sans doute que le reste des Wicked Twisters auraient du mal à reconnaître leur Légende, s'ils le voyaient là, avec son regard fuyant, recroquevillé sur lui-même.

Mais ça faisait aussi partie de Neku, pourtant. Il réagissait vachement bien dans les questions de vie ou de mort, mais alors au quotidien, c'était un désastre ambulant… Pas que Beat se plaigne. Il ne le changerait pour rien au monde, mais quand même. Ça semblait compliqué, d'être lui, avec cette carapace qu'il savait toujours pas quand retirer. S'il était resté avec eux dans le RG pendant ces trois années, est-ce que ça irait mieux à ce niveau, aujourd'hui ?

« Tu m'embêtes jamais. »

Il n'eut pas l'air convaincu. 'fin, merde, ils étaient partenaires, nan ? Et il lui avait tellement manqué. C'était presque une bénédiction, après tout ce temps, de pouvoir régler les problèmes de Neku, parce que ça signifiait que Neku se trouvait à ses côtés. Vivant et tout.

Après une longue minute à contempler leurs mains jointes, il secoua finalement la tête.

« C'est rien, c'est juste… Quand j'étais coincé à Shinjuku, y avait… personne. Vraiment personne. À part Coco, quelques fois. C'est super con mais quand j'me retrouve tout seul, maintenant… J'sais pas. J'sais pas expliquer. J'ai l'impression que je suis là-bas de nouveau et que je vais rester seul toute ma vie et -

-Hé, l'interrompit doucement Beat. Viens. »

Il le lâcha pour ouvrir les bras. Neku hésita, mais pas très longtemps. Peut-être qu'il pensait pouvoir cacher ses tremblements en se blottissant contre le pull de Beat. Ça marchait pas des masses. En refermant ses bras autour de lui, il sentit tous les sanglots que l'autre essayait de réprimer et qui faisaient tressauter ses épaules.

Ça le rendit un peu triste, que Neku croit qu'il ne pouvait pas se laisser aller devant lui. Comme s'il allait le juger sur ça, après tout ce qu'ils avaient vécu ! Franchement.

« Hum. C'est normal de pleurer, hein, tu sais ? Y a pas de mal.

-Mais c'est r-ridicule… protesta faiblement l'autre contre son épaule. Je sais que j'suis en sécurité maintenant, j'devrais plus l'inquiéter pour ça et… J'devrais… »

Il ne termina jamais sa phrase, incapable de contenir les larmes plus longtemps. Beat se contenta de le serrer plus fort. Les mots, il savait pas trop comment ça marchait. Les câlins, en revanche, ça le connaissait. Il pouvait en distribuer autant qu'il voudrait.

Il sentit Neku s'agripper à sa veste comme si sa vie en dépendait, comme s'il allait s'évaporer s'il s'écartait. Et en retour, il ne pouvait que passer sa grande paume dans ses cheveux et espérait que ça le rassure un peu.

« J'suis là. C'est ok. J'te laisserai plus disparaître. »

Il le disait autant pour Neku que pour lui. Parce que Beat aussi avait peur. Il avait eu peur en le quittant la veille, même si Shiki se trouvait à ses côtés, et il aurait sans doute peur un bout de temps. Et s'il quittait Neku des yeux et qu'il se volatilisait, que leurs retrouvailles n'avaient été qu'un rêve ? Il ne pourrait pas supporter ça une deuxième fois.

Au bout de quelques minutes, un reniflement étouffé. Les tremblements avaient cessé, un peu. Il sentit Neku remuer contre son torse, s'installer un peu mieux sur ses genoux. Ça le rassura, qu'il n'essaie pas de s'écarter.

« Tu, euh… Pardon. J'sens pas trop de rester seul cette nuit.

-T'as pas b'soin de demander. Évidemment que j'reste. »

Neku laissa échapper quelque chose qui ressemblait à la fois à un rire et à un sanglot. Sa respiration finit par s'apaiser. Beat ne le lâcha pas. Pas avant qu'il ne déclare, d'une voix un peu embarrassée :

« Hum, j'crois que j'ai des mouchoirs dans le tiroir…

-Ah ! »

Il recula et se contorsionna pour accéder à la table de chevet pendant que Neku reniflait piteusement. Il devait avoir un peu tâché sa veste, mais bah… Quand les gens pleurent, ils ont le nez qui coule. C'est pas glamour mais voilà.

Neku accepta le paquet en silence. Malgré sa mine grise et ses yeux rougis, il paraissait aller un tout petit peu mieux. Il se tourna de côté pour se moucher.

« Merci. Vraiment.

-Bah. Ça sert à ça, les potes, nan ? J'sais que tu f'rais pareil pour moi.

-Bah ouais, mais même…

-On devrait dormir, par contre » suggéra Beat devant le regard éteint de l'autre.

Celui-ci baissa le nez sur ses mains à nouveau. Se laissa de nouveau retomber contre son ami, comme trop fatigué pour lutter son propre besoin de réconfort.

« T'es sûr que ça te dérange pas, hein ? J'veux dire, t'as une vie et tout, j'veux pas…

-J'avais pas envie de partir, t'façon. Juste, t'avais l'air complètement crevé, j'me suis dit que j'allais te laisser pioncer tranquille. J'aurais dû comprendre que tu voudrais pas rester seul après un truc pareil, mais bon, j'ai pas gagné de neurones en t'attendant. »

Au moins, la blague fit sourire Neku.

« Bah. Les chutes en skate doivent pas aider.

-Hé ! »

Mais il n'était pas vraiment vexé, évidemment. Neku aurait eu bien du mal à le contrarier, surtout avec ce ton éreinté qu'il se traînait.

Ils stoppèrent la musique et se préparèrent pour la nuit sans trop parler, avant de s'allonger sur l'étroit matelas de Neku. Ce ne serait pas une mauvaise chose, cette proximité, vu les circonstances.

« J'éteins ?

-Ouais. »

En revanche, il ne demanda pas avant de passer le bras dans le dos de Neku. Son intuition fut bien accueillie, puisque l'autre se baissa un peu sur le matelas pour se blottir contre lui sans demander son reste, le nez contre son épaule, aussi proche que possible.

C'était agréable, de dormir avec un autre être humain, du point de vue de Beat. La chaleur était toujours bienvenue. Mais c'était mieux avec quelqu'un qui comptait autant que Neku, bien sûr.

Il se passa quelques secondes de silence dans l'obscurité avant que la voix de Neku ne s'échappe, avec un semblant de rire sans joie :

« Il est jamais venu me voir, tu sais ? Joshua. »

Beat serra les dents. Ça lui brisait le cœur autant que ça le rendait furieux.

« Alors celui-là, si je l'attrape… marmonna-t-il.

-Bah. Il devait avoir ses raisons, protesta faiblement Neku. Et puis, il m'a envoyé à Shinjuku pour me sauver la vie.

-Y a pas de raison qui justifie de te laisser moisir là-bas pendant trois ans. »

Qu'il l'ait sauvé ou pas. La putain de décence aurait au moins voulu qu'il lui tienne compagnie. Qu'il se trouve à ses côtés, surtout vu la confiance que Neku lui portait.

Merde, ç'aurait été à Joshua de se trouver là d'ailleurs, à réparer ses conneries et à veiller sur lui. Sans doute que Neku aurait préféré, d'ailleurs. Peut-être qu'il n'avait pas d'autre choix que de l'envoyer à Shinjuku, mais ça ne justifiait pas le reste.

Pas que ça dérange Beat d'être là à sa place. Au contraire. Seulement, l'attitude du Compositeur le dégoûtait. Ce foutu lâche.

« J'sais pas. Il serait sûrement venu s'il avait pu. »

Et Neku qui essayait de lui trouver des excuses. Vraiment, ça le butait.

Mais il ne dit rien et se contenta de serrer son ami contre lui, d'enfouir son visage dans ses cheveux.

Ça allait. Ça irait. Neku était là, contre lui, et il ne partirait plus. Et même s'il disparaissait de nouveau, Beat le retrouverait. Ressasser le passé, ça servirait à rien. Ça changerait que dalle.

Il s'écoula un moment avant que Neku ne cesse de remuer contre lui et que sa respiration devienne régulière. Même là, Beat ne le lâcha pas. Ça l'apaisait, de le sentir détendu contre lui.

C'était encore nouveau, pour lui, de s'endormir sans se demander où se trouvait son partenaire, sans l'absurde terreur d'ignorer s'il se trouvait encore quelque part, même. Ça paraissait presque irréel, la disparition soudaine de cette angoisse. Pourtant, en respirant son odeur, il parvenait à y croire. À se dire que tout irait bien. Que tout allait bien.

Malgré le temps qu'il mit à trouver le sommeil, il passa sa meilleure nuit depuis trois longues années.


Yup, c'était pas grand-chose. Mais si vous avez une ligne ou deux de review à m'offrir, je crache pas dessus !

À pluche !