HISTOIRE D'UN PAYSAN ET D'UN BIGLEUX


Base: Saint Seiya

Personnages: A découvrir, je le répète! Juste un indice: ils sont pas assez exploités et c'est bien dommage.

Genre: Humour, romance peut-être, ophtalmo...

Notes: Bonjour, bonsoir! De retour pour un OS assez particulier, puisqu'il sort de mes habitudes, surtout en matière de personnages. Je vous souhaite une bonne lecture.


En ouvrant les yeux, il mit un temps pour retrouver ses esprits. Il se sentait engourdi, comme si ses membres refusaient de bouger. En tournant la tête légèrement sur le côté, il ne vit que des brins d'herbe et de la terre noire et humide. Il était allongé au sol. Fixant le ciel, celui ci était d'un bleu profond, pas tout à fait clair, avec des nuages rosés. Matin ou soir? Aucune idée. Mais surtout... Il ne devait pas être mort?

Son dernier souvenir était la puissance d'un coup de la part de son ancien meilleur ami, une frappe d'une violence telle que son souffle fut coupé, alors que tombant dans les bras de son adversaire, il avait entendu sa voix et celle de leur maitre lui dire qu'il était pardonné, qu'il était un disciple qui n'avait jamais été banni et ces dernières paroles qui l'avaient apaisé: ''Repose en paix, mon ami''. Et puis plus rien... jusqu'à présent.

Se trouvait-il dans un rêve, le royaume des morts ou avait-il ressuscité? La dernière idée était tout à fait impensable. On ne pouvait revenir d'entre les morts. Si cela avait été le cas, sa famille qu'il avait vue mourir sous ses yeux alors qu'il était caché impuissant sous un lit...

Il semblait frissonner de froid. Il était revenu à la vie. S'il avait été mort, jamais il n'aurait tremblé de la sorte, jamais il n'aurait senti les odeurs de la nature venir lui taquiner les narines, tout comme la terre qui se laissait aspirer dans son nez jusqu'à lâcher un éternuement sonore et peu gracieux. Et cette douleur au niveau des bras et des jambes... Des courbatures. Ses muscles se réveillaient-ils?

Il fallait tenter. Plier un genou. Il retrouvait peu à peu cette impression de douleur, cet engourdissement, comme une preuve qu'il était bien là, allongé en pleine nature et bien vivant.

Tout en ignorant s'il devait être heureux ou désemparé, il continuait de remettre son corps en route, mobilisant ses pieds, ses chevilles, et puis ses bras, ses mains et ses doigts qui s'élevaient vers le ciel.

En rassemblant des souvenirs datant d'un passé lointain, il utilisa son souffle pour accompagner ses mouvements, tout en respirant cet air si pur, d'une nature qui s'étendait autour de lui. Quelque part c'était agréable ces odeurs, même sentir la terre lui rappelait des choses déjà vécues.

À présent assis, il inspectait son environnement, laissant du temps à ses yeux pour s'habituer à la lumière. Devant lui, de grandes falaises s'élevaient jusqu'aux cieux. Non, plutôt des montagnes dont les sommets formaient des pics. Probablement qu'au loin il y avait ces collines verdoyantes et même des rizières entretenues par des villageois, et une nature luxuriante qui éveillait tous les sens.

Un son familier, non plusieurs lui parvenaient aux oreilles: des oiseaux, peut-être même des bêtes sauvages qui couraient dans la végétation, des écureuils très certainement, et l'eau qui suivait sa course effrénée dans le lit d'une rivière.

En rassemblant ses souvenirs, il devinait l'endroit exact où il se trouvait: proche de récifs, là où il était vraiment déconseillé de se baigner sous peine de se retrouver emporté à tout jamais par le torrent.

Il se souvenait d'une amie proche qui avait failli y laisser sa vie, qu'il avait sauvée in extremis. L'amour de son meilleur ami.

Comment allaient-ils? Étaient-ils en bonne santé ou au moins vivants? Il y avait en tout cas de fortes chances que le vieil homme qui s'était occupé d'eux s'était éteint. Mais comment savoir?

D'après le chant des oiseaux il pensait que c'était la matinée, mais le reste de ses notions du temps ne suivait pas. Combien de temps, de jours, même de mois voire d'années s'étaient écoulés depuis ce combat qui lui fut fatal?

Tant de choses qui restaient dans l'inconnu, mais ce qui semblait de plus en plus sur, c'était que lui même était vivant à nouveau. C'était une chance à saisir, en prenant compte des derniers instants vécus avec ceux qui l'avaient, même l'espace de quelques minutes, enfin considéré comme un membre de leur famille.

Il ressentait en lui les réflexes que son corps avait depuis toujours, et presque sans s'en rendre compte, il était debout, époussetait sa tunique plus brune que le blanc d'origine et arrangeait la tignasse ténébreuse qui lui servait de cheveux.

Ses sens revenaient peu à peu et ses besoins vitaux aussi. Il avait faim. Mais hors de question de tenter de pêcher dans cette partie de la rivière. Il se sentait maladroit, encore faible et ce n'était pas le moment de tenter de mourir à peine revenu à la vie.

Ainsi, lentement, mais surement, il emprunta un sentier sur le bord et remonta le cours d'eau. Dans cette direction, il était sur d'y trouver si ce n'était pas un village, au moins une habitation isolée qui faisait partie de ses souvenirs.

Sa mémoire ne lui fit pas défaut, et en effet, au bout d'un chemin entre la rivière et la forêt, s'étendait sur une minuscule prairie une maison modeste, mais pas abandonnée. La preuve étant ce fumet de poisson qui se dégageait d'une fenêtre, rendant son estomac à lui toujours plus désireux de manger. Il adorait le poisson grillé et depuis sa plus tendre enfance, il s'était toujours vanté d'être un excellent pêcheur, avec ou sans canne.

Il s'était posé des questions sur comment allait-on l'accueillir, comment allait-on appréhender son retour à la vie, ce qui était totalement insensé, quand bien même, durant son adolescence, il avait appris à se battre à un niveau extrêmement élevé, jusqu'à déployer de la lumière de ses poings ou même fendre le sol d'un coup de pied.

Son meilleur ami avait même obtenu la plus belle récompense de cette formation: le droit de porter une armure qui lui prodiguait une puissance supérieure à tout et dans le but de protéger la terre et une déesse grecque, Athéna pour le maintien de la paix en ce bas monde. Leur vieux maitre avait, parait-il, été jadis un de ces chevaliers.

Quant à lui, il avait échoué. Dans son ancienne vie, il était rongé par la perte de sa famille, et ce désir de venger à tout prix ceux qui faisaient du mal aux plus faibles, en devenant lui même fort simplement par les poings, et pas par l'esprit. Cela lui avait couté un bannissement, et, avant de mourir, il n'avait compris que trop tard tous les sermons qu'il se prenait, que l'autre élève n'était pas le chouchou, et que lui même avait un vrai potentiel. Il avait réalisé tout cela dans les bras de son rival, avant de rendre son dernier souffle.

Oui, il avait été stupide, il n'avait pas réfléchi, et il en avait récolté les conséquences.

Sur la falaise de l'autre côté de la cascade qui se déversait éternellement, il remarqua que personne ne l'observait. Le vieil homme qui se tenait là, sans fléchir, qu'il pleuve, qu'il vente, sous la neige ou lors des quelques jours de fortes canicules de ces dernières années, n'était pas là. Ce petit vieillard qui lui arrivait à peine à la taille mais doté d'une force extraordinaire, qui ne parlait que pour dire des choses sensées et qui toisait de son regard noir si intense. Malgré son teint de peau violacé presque maladif, il semblait immortel. Pourtant, il n'était pas à son poste.

C'était presque s'il entendait sa voix: « Alors, on est de retour? » lui aurait-il dit.

En guise de réponse, malgré la distance entre les deux falaises, le jeune homme se serait agenouillé et lui aurait présenté ses excuses. Et son maitre lui aurait très certainement dit « Tu n'es qu'un idiot! Tu seras toujours mon disciple! Va manger, Shunrei a fait le repas pour nous tous. »

Puis, il aurait esquissé un sourire timide avant de se relever et, comme il le faisait réellement, il se dirigeait vers la porte d'entrée de la maisonnette dans l'espoir de retrouver la jeune femme, et même son meilleur ami déjà attablé.

Cependant, après avoir foulé le sol en pierre, il sentit soudain une violente douleur derrière la tête, comme un choc avec un épais tronc d'arbre. Ses forces l'abandonnèrent peu à peu, sans avoir pu distinguer ce qui lui arrivait. Il s'effondra par terre, la tête sur le côté droit, et, juste avant de perdre connaissance, il lui semblait reconnaître ces petites ballerines noires et au dessus, ce pantalon fuchsia. La suite: plus rien.

田舎

Grèce, Sanctuaire d'Athéna.

Shiryu regardait l'horizon, le regard un brin mélancolique, en voyant les silhouettes de dos de son ami Shun d'Andromède et de sa petite amie June, s'éloigner du domaine. Le couple repartait vers le Japon devenir des lycéens comme les autres. Avant cela, ils souhaitaient retrouver leur ancien maitre, Albior de Céphée qui était revenu à la vie comme beaucoup d'anciens guerriers, juste avant la Guerre Sainte face à Hadès et qui logeait en Ethiopie près de l'endroit où à ce qu'il paraitrait on pouvait observer là où se trouvait avant l'ile d'Andromède avant sa disparition. Dans le petit village portuaire d'où le bateau qui menait vers le lieu d'entrainement mouillait jadis.

Le chevalier du Dragon se sentait bien dans cette nouvelle paix, et avait pu soigner ses yeux, grâce au cosmos infiniment pur de sa déesse mais aussi de médicaments confectionnés par le chevalier des Poissons, Aphrodite, qui révélait petit à petit ses dons en matière de produits naturels à base de plantes. Lui même devait éviter de se fatiguer, mais en son for intérieur, il rêvait de retrouver une personne qui lui était chère, à l'instar de Shun et de June, de Seiya qui irradiait de bonheur encore plus depuis qu'il avait retrouvé sa sœur après tant d'années. Même Hyoga, pour qui ces conflits ne furent pas de tout repos sur le plan psychologique, des personnes de confiance étaient là pour lui et ne le laissaient pas tomber. Son maitre, Camus du Verseau, bien sur, et curieusement, Ikki n'était jamais loin du Cygne non plus.

La vie reprenait peu à peu dans le Sanctuaire, la reconstruction des lieux se faisait petit à petit et des relations reprenaient entre les habitants, parfois de nouvelles se créaient, amicales ou bien plus, et une atmosphère de solidarité s'était installée enfin. Comme si des leçons avaient été tirées des conflits intérieurs qui avaient causé tant de pertes dans les rangs, tant de morts inutiles qui auraient du être évitées. À présent, il fallait avancer et profiter de cette chance qu'Athéna leur offrait.

Cependant, Shiryu, malgré ce bien être, sa santé retrouvée et la sérénité qui se dégageait de ses plus proches frères d'arme, lui ressentait un vide profond. Il se sentait comme seul au milieu de tout ce monde. Il ne pouvait pas renier ce cadeau inestimable de la part de son Vieux Maitre, Dohko, qui lui offrit la succession à l'Armure d'Or de la Balance, il en était le digne héritier et tous les chevaliers du rang doré étaient d'accord sur ce point, et étaient prêts à accueillir l'ancien Dragon au septième étage de l'escalier du zodiaque. Une promotion qui aurait été terriblement stupide de refuser, et qu'il ne refusa pas. Mais il se sentait si jeune, si inexpérimenté en comparaison. Et son maitre, lui, en avait définitivement terminé avec l'ordre des chevaliers. Enfin heureux de retrouver l'être qu'il aimait depuis des siècles, l'ancien Bélier et Grand Pope Shion, tous deux, avec l'accord d'Athéna, furent autorisés à partir vers une destination inconnue de tous et vivre comme deux amoureux enfin, le restant de leurs jours. Et à l'occasion, ils reviendraient ''saluer les petits jeunes'' selon leurs propos.

Voilà l'origine de la mélancolie de l'ancien Dragon: lui aussi était éloigné de la personne chère à son cœur. Il était en Grèce, Shunrei s'occupait de leurs terres aux Cinq Pics en Chine. Bien sur, en ces temps paisibles, il pourrait très bien partir sur un coup de tête, et serait rappelé si besoin était. Mais Shiryu était un jeune homme consciencieux... beaucoup trop consciencieux. Et sa nouvelle promotion dorée lui ordonnait presque de rester pour superviser la reconstruction, et conseiller les plus jeunes. Pour l'instant, il devait se contenter de lettres et même d'appels téléphoniques si rares mais qui étaient d'agréables surprises, lorsque sa bien aimée se rendait au village près de Rozan, et s'autorisait à passer un appel international. Avec le décalage horaire, il arrivait que lui même dévalât les escaliers du zodiaque en trombe jusqu'au hameau du Sanctuaire, sans prendre le temps de saluer ses confrères – auprès desquels il s'excusait au retour – afin d'entendre pendant trop peu de secondes la voix de celle qu'il aimait. Un jour, il la fera venir ici. Quand il aura obtenu assez d'économie de sa pension d'ancien combattant. Même pour cela il ne perdait pas espoir. Et il allait devoir mettre en pratique la principale vertu que Dohko lui avait enseignée: la patience à toutes épreuves.

田舎

Quartier réservé aux chevaliers d'Argent. Dans une petite maison de pierres dont toutes les fenêtres étaient fermées, un ancien combattant était alité, un bras sur le visage comme pour cacher les rayons de soleil ou plutôt protéger ses yeux.

Depuis son retour à la vie, Algol souffrait. Il ne supportait plus la lumière du jour, et restait enfermé dans le noir. Il était victime de migraines interminables, et n'arrivait plus à se calmer et contrôler ses douleurs. Même la nuit, la vue des étoiles dans le ciel, pourtant un spectacle qui pourtant émerveillait tous les chevaliers d'Athéna, lui était impossible. Même en mettant ses lunettes.

Le chevalier de Persée avait des problèmes de vue et dès qu'il avait un moment de répit, portait des lunettes. Lors des combats, même pendant les entrainements, il devait concentrer son énergie et faire preuve de vigilance face à ses opposants. Les lentilles de contact ne s'adaptaient pas à sa pathologie. Parce qu'il n'était ni myope, ni astigmate ou quelque soit d'autre. Sa maladie était due à sa constellation, à la technique la plus redoutable qu'il maitrisait à la perfection: le bouclier de la Méduse.

Comme dans la légende, cet artefact changeait en pierre quiconque le regardait. Ce qui faisait du jeune homme un chevalier respecté parmi ceux d'Argent et même ses ainés dorés reconnaissaient sa force. Cependant, il y avait un prix à tout cela. Et Algol le payait fortement depuis sa résurrection.

Il s'était donné de tout son être face à son adversaire le plus coriace, Shiryu du Dragon, bien que chevalier de Bronze, un homme intelligent qui n'eut peur de sacrifier ses yeux pour obtenir la victoire. Et qui, lui, avait été guéri non seulement par la puissance de son cosmos mais aussi par tous les soins qu'on lui avait prodigués. Élevé au rang de Bronze divin, et à ce qui paraissait, promu chevalier d'Or de la Balance désormais. Il y en avait qui avaient de la chance...

Pourtant Algol ne se plaignait pas de son retour. Il était entouré de ses frères d'armes dont un qu'il considérait comme un membre de sa famille: Astérion, du Chien de Chasse. Tous deux avaient grandi et s'étaient entrainés quasiment ensemble. Leurs centres de formation étant proches l'un de l'autre, et leurs maitres étaient de très bons amis aussi. Ils s'étaient encouragés l'un l'autre, et avaient pu se présenter au Sanctuaire fiers d'avoir obtenu leurs armures d'Argent quasiment en même temps.

Ils avaient décédé à quelques jours d'intervalle également.

Tous les deux se considéraient comme des frères, et Algol pouvait ouvrir son cœur à Astérion sans aucun problème. En même temps, le Chien de Chasse avait la capacité de lire dans l'esprit des gens, et s'en servait comme faiblesse face à ses adversaires. Mais c'était aussi le meilleur confident de Persée. Pas besoin de chercher ses mots, d'un simple regard ils se comprenaient. Comme des membres d'une même famille.

D'ailleurs, ce son de pas à l'extérieur, qui ne réduisait pas sa migraine, il le reconnaissait. Il ressentait également deux autres présences.

« Entre, Astérion, murmura-t-il d'une voix enrouée.

-Tu vas pas mieux, toi, répondit son ami.

-Quelle déduction...

-Je ne plaisante pas. Je t'ai apporté de quoi manger, on se fera des pâtes ce midi.

-Pas faim... Et tu auras beau dire, les macaronis ça me guérira pas.

-Je sais, mais tu adores ça...

-Qui est venu avec toi?

Les deux autres personnes possédaient un cosmos plus puissant. Des chevaliers d'Or?

-Aphrodite des Poissons, se présenta l'un d'une voix douce.

-Shiryu, si tu ne m'as pas reconnu.

-Ca fait des mois que tu es alité comme ça dans le noir avec tes migraines, fit Astérion. Je leur ai exposé ton cas, parce que je ne suis pas médecin et ceux du Sanctuaire ne semblent pas régler ton problème. Aphrodite, lui, a su soigner bon nombre de blessures graves grâce à ses plantes. Il a guéri entièrement Shiryu de ses problèmes d'yeux. Quant au Dragon, il a été ton plus puissant adversaire, et il a su se sortir de ce mal dû au bouclier de la Méduse, si tu vois ce que je veux dire...

-Astérion...

-J'en ai ras le bol de te voir comme une loque dans ta cabane. Alors au moins, tu vas les écouter et au mieux, tu suivras un traitement. Tu n'as pas le choix, je vais te pourrir la vie avec ça. Et pour ton bien! Tu sais à quel point je peux être insupportable. Souviens toi de nos années d'apprentissage...

-... bon d'accord, soupira Algol en se redressant, les yeux plissés.

-Mets tes lunettes aussi, tu verras mieux...

Le chevalier détestait quand son meilleur ami le prenait pour un enfant, à le materner. Tout ça parce qu'il lisait dans les pensées et que c'était pour son bien. Si seulement il pouvait comprendre à quel point c'était insupportable cette sensation semblable à des enclumes balancées à la vitesse de la lumière sur son crâne au niveau de ses yeux...

-Explique le leur, fit Astérion. On pourra alors comprendre.

Il était pas possible ce mec...

Tout en se tenant le haut de la tête, Algol décrivit aux chevaliers d'Or ce qui lui arrivait. Ces migraines incessantes, cette intolérance à la lumière, et cette impression que tout son être pourrait exploser dès qu'il approchait l'armure de Persée.

Une ombre retira une chaise proche de la table et s'y assit dessus.

-Mmh... J'avais lu un rapport de ce genre, dans les archives du Palais du Grand Pope, dit Shiryu. Mon Vieux Maitre m'avait autorisé l'accès au moment de la passation de l'armure de la Balance, et je passe beaucoup de temps là bas. Dans ce dossier, il était dit que les porteurs de l'armure de Persée pouvaient être sujets à de violentes douleurs comparables à des migraines et même une perte de vue progressive dans les pires des cas. Beaucoup d'apprentis avaient abandonné l'idée de revêtir cette armure, à cause de ces terribles conséquences. La raison étant le bouclier de la Méduse, bien évidemment. La légende raconte que ce serait cette gorgone elle même qui a été fixée dessus, ce qui donnerait un pouvoir extraordinaire au bouclier. Et de ce que j'ai compris, lors de l'entrainement pour devenir chevalier de Persée, tu as du t'y confronter à plusieurs reprises pour renforcer ta résistance et être immunisé à son pouvoir. De ce fait, tu en subis les effets secondaires actuellement.

-Pourtant... Jusque là je n'ai rien eu, répondit Algol. Même lors de notre combat, ce qui m'a battu c'est ton poing du Dragon, et non le bouclier.

-C'est vrai. J'ai lu aussi les rapports d'entrainement de ton maitre, et il était écrit que tu avais une très bonne résistance au bouclier. Seulement, comme beaucoup, tu as eu un passage aux Enfers et tu es revenu sur Terre grâce à la bonté d'Athéna. Et comme beaucoup, tu es victime de séquelles à cause de l'atmosphère nocive des Enfers qui a révélé des douleurs enfouies en toi. Pour certains cela reste bénin, pour d'autres, c'est bien plus grave.

-La fragilité de la peau de Misty, lors de la canicule la semaine dernière, ce serait du à ça? Demanda Astérion. Parce qu'il n'a jamais eu aucun coup de soleil de sa vie et là, sa peau pèle, comme pas possible...

-C'est ça, oui, confirma Aphrodite. D'ailleurs, il faudra que j'aille le voir juste après pour lui donner sa crème.

-Et donc, Shiryu... tu crois que depuis ma résurrection, mes yeux se seraient dégradés à cause du bouclier de la Méduse?

-C'est fort probable, oui. Je me rappelle encore aujourd'hui de sa puissance, et pourtant je ne l'ai jamais vu directement. Malgré ma cécité après, j'ai eu de fortes migraines aussi.

-Et comment tu t'en es sorti?

-Je me suis éveillé au septième sens.

-Je... je ne vais pas me battre à mort contre je sais pas qui pour soigner mes yeux non plus, cria presque Algol comme affolé.

-Algol, écoute Shiryu jusqu'au bout, intervint Astérion. Il pourrait te proposer une alternative intéressante. Parce que contrairement à lui, tu n'es devenu pas aveugle.

-... Tu es assez déstabilisant, Astérion quand même... remarqua le Dragon. Bref... Ce que je te suggère, c'est de te rendre aux Cinq Pics, en Chine, là où je me suis entrainé. Il y a là bas des plantes qui peuvent soigner non seulement tes migraines mais aussi ta vue. Afin que la lumière du soleil te soit plus supportable. Je peux te garantir que ce sont d'excellents remèdes.

-Je t'accompagnerai, déclara le Chien de Chasse.

-Si ça peut marcher..., soupira Persée.

-Je préviens Shunrei de notre venue.

-A ton retour au Sanctuaire, Algol, je pense que les pousses des plantes que j'ai utilisées pour soulager pleinement la vue de Shiryu seront prêtes, fit Aphrodite.

-... merci à vous tous... »

田舎

Les Cinq Pics de Rozan en Chine.

Presque regrettait-il d'être revenu à la vie, étant donné la situation dans laquelle il se trouvait...

Voilà deux jours qu'il vivait le même rituel: levé aux aurores avec la jeune fille qui l'avait assommé – la soi disant gentille et douce jeune fille qui ne ferait pas de mal à une mouche, tu parles! Elle cogne dur oui – à peine cinq minutes pour lui le temps de faire une toilette sommaire, puis ligoté à une chaise et sous surveillance le temps d'un petit déjeuner et réduit à labourer les champs pas loin de la demeure dans laquelle ils vivaient. Hautement espionné lors du repas de midi, retour aux champs jusqu'au soir et enfermé à double tour dans la pièce où il dormait sur une paillasse qui devait dater du précédent siècle. Évidemment la petite lucarne qui apportait les rayons du soleil fut barricadée. Qui sait si avec sa grande carrure épaisse et musclée, il aurait pu passer à travers et s'enfuir.

Franchement...

Il avait beau lui expliquer encore et encore qu'il ne comprenait pas sa situation, la raison pour laquelle il avait ressuscité et surtout il insistait que sur le fait que jamais JAMAIS il ne lèverait la main sur elle!

En vain... Elle avait toujours un balai ou même la pioche pour travailler la terre à portée de main en cas de danger. Et elle aussi se butait à lui dire qu'elle en parlerait à Shiryu de ce retour inattendu. Quand il voulait, il venait lui aussi, pour qu'il lui donne l'autorisation de vivre à nouveau pleinement et sans les poings liés en permanence.

En tout cas, derrière son visage d'ange et ses longs cheveux noirs liés en une grande tresse, personne n'aurait imaginé la force de frappe de Shunrei. Mais à l'époque, elle était tout le temps avec eux lors de leurs entrainements, qui sait, elle avait appris avec eux inconsciemment. Ou était-ce son probable devoir de protéger le domaine en attendant le retour de son bien aimé ou même de leur maitre. Si c'était ça, elle se débrouillait un peu trop bien.

La voilà arrivant, tandis que lui attendait un miracle d'être libre un jour...

« Ohko, je dois me rendre au village tout de suite, lui adressa-t-elle de sa voix fluette et charmante. Tu ne bouges pas, je reviens dans une heure ou plus.

Ca... aucun risque de bouger, il était ligoté à une chaise...

-Tu ne veux vraiment pas me libérer? Je pourrai en attendant travailler aux champs.

-Non.

-Pourquoi?

-Je ne te fais pas confiance. J'attends la réponse de Shiryu.

-Mais...

-A toute à l'heure. »

Ohko soupira. Il n'avait jamais autant espéré revoir son ami d'enfance et démontrer à lui et à sa tête de mule de petite amie qu'il ne leur voulait pas de mal...

田舎

Grâce à leur capacité à se téléporter, trois chevaliers d'Athéna, un d'Or et deux d'Argent, arrivèrent sans encombre à l'orée d'une forêt de bambou. La région de Rozan avec les cinq pics montagneux qui s'élevaient majestueusement vers le ciel à l'horizon.

Était-ce dû à la douceur du climat, moins chaud qu'au Sanctuaire, Algol se sentait bien dès son arrivée, malgré sa migraine permanente. Mais l'air lui semblait plus respirable, et ses yeux moins plissés derrière ses lunettes. Shiryu ne mentait pas quand il décrivait le lieu où il s'était entrainé, c'était magnifique de ce qu'il pouvait admirer. Et si ce traitement marchait, il pourrait même en profiter plus en détail, et remercierait l'ancien Dragon pour tout cela.

En compagnie de ce dernier et de son ami Astérion, il avançait sur le chemin de terre battue, jusqu'à s'arrêter quelques mètres plus loin, une présence se trouvant sur la route. Une silhouette féminine de petite taille. Le soleil s'était dégagé du nuage qui le cachait et désormais le chevalier de Persée fixait le sol, tellement il était ébloui. Pourtant les rayons étaient moins puissants qu'en Grèce, surtout en matinée...

« Shiryu! s'écria l'inconnue.

Surement la petite amie de celui-ci.

-Shunrei! Comme prévu me voilà avec les chevaliers dont je te parlais dans ma lettre.

-Je... je suis désolée, je n'ai reçu aucune lettre. J'allais justement au village voir s'il y avait quelque chose pour moi et...

-Tu as l'air essoufflée et stressée, s'inquiéta le Dragon. Quelque chose ne va pas?

-Shiryu je... Ohko... Il est revenu...

-Allons à la maison, tu m'expliqueras tout ça en chemin. »

Ils arrivèrent à la demeure de style traditionnel chinois où résidait Shunrei, une maison qui avait toujours appartenu au Vieux Maitre et qui faisait partie de sa propriété au pied de la cascade des Cinq Pics, où en contrebas se trouvait la petite bâtisse qui servait de refuge lors des entrainements que Shiryu et Ohko suivaient.

Il y avait toujours une pointe de nostalgie en dans le cœur du Dragon, dès qu'il foulait à nouveau cette terre, ses yeux à présent guéris pouvant s'égarer dans la richesse de ce paysage qu'il aimait tant. Une fois qu'il aurait terminé sa formation de chevalier d'Or – qui se résumait surtout à des connaissances théoriques – il reviendrait ici, passer du temps auprès de sa douce. Malgré la distance entre eux, il n'avait pas perdu toute la tendresse qu'il éprouvait pour elle, et en grandissant, en devenant un homme, cette affection grandissait elle aussi en lui. Elle était son seul amour, et au même prix qu'il se battait pour Athéna et pour préserver la Terre d'éventuelles menaces, il protègerait Shunrei avec la même force.

Après avoir posé le peu de bagages emportés, Shiryu et les deux chevaliers d'Argent suivirent la jeune fille qui empruntait un escalier pour descendre une pente dangereuse, en direction de la cascade et de la cabane. Elle leur ouvrit la porte pour laisser entrer la lumière et faire apparaître un curieux prisonnier.

« Ohko? S'écria Shiryu stupéfait, en découvrant son ancien meilleur ami ligoté fermement par des cordes épaisses à une chaise, ses jambes également aux pieds en bois, l'immobilisant complètement.

-Shiryu, c'est toi? Fit le détenu. Tu n'as presque pas changé...

-Et toi... Tu... tu es vivant!

Le nouveau chevalier de la Balance se souvenait de la dernière fois où ils s'étaient vus, affrontés au point d'ôter la vie à Ohko. Leur rivalité de jeunesse n'était plus dès la fin de ce combat, mais ils avaient du se séparer. C'était à peine s'il dissimulait sa joie de le revoir, même dans cette posture inconfortable.

-Je suis vivant, oui... Et je t'assure, et je le répète encore, que je ne veux aucun mal, ni à toi, ni à Shunrei, ni à personne. J'ignore même pourquoi je suis revenu à la vie et...

-Il me répète ça tout le temps, intervint Shunrei, mais...

-Si je puis me permettre, s'immisça Astérion, je peux dire que ce prisonnier ne veut aucun mal à personne. Ça se ressent.

-Qui...?

-C'est Astérion, chevalier d'Argent du Chien de Chasse, affirma Shiryu. Il a la capacité de lire dans le cœur des gens, ce qui fait que personne ne peut lui mentir. Désolé, Shunrei, tu ne comprends pas le grec, mais il me confirme que Ohko est totalement inoffensif. Et moi même je le crois.

-Alors, pourquoi je suis en vie?

-Tu as du faire partie des victimes collatérales de la bataille que nous avons livrées contre le Seigneur Hadès. De près ou de loin, ce conflit a fait des dégâts, expliqua le chevalier de la Balance. Comme l'un des deux chevaliers des Gémeaux actuel a subi ce qu'on croyait un dédoublement de personnalité, ce qui l'a accusé de nombreux crimes, ou tant d'autres drames qui avaient réduit les rangs de l'armée d'Athéna. Or, beaucoup de chevaliers ont été ressuscités grâce à la bonté de notre déesse, alors qu'ils n'avaient pas pu se battre contre les Spectres d'Hadès, tels que ceux qui s'étaient entrainés avec mon grand ami Shun, le chevalier d'Andromède.

-Mais moi, je n'ai pas eu d'armure et je t'avais provoqué en duel à mort et...

-Même au tout dernier moment, tu t'es comporté comme un fidèle à notre déesse. Le pardon de notre Vieux Maitre en est la preuve.

-Je... Merci Shiryu... Le jour où je pourrai circuler librement, je partirai lui exprimer aussi toute ma reconnaissance.

D'un regard bienveillant, l'ancien Dragon fit signe à sa compagne de détacher Ohko.

-Par contre, tu ne partiras pas de suite à sa recherche.

-Non. Je veux aider un peu plus aux champs pour remercier Shunrei. Malgré sa petite taille et sa douceur apparente, elle sait défendre les terres des Cinq Pics.

-Ohko, je voudrais que tu restes ici, parce que tu es désormais le nouveau prétendant à l'armure de Bronze du Dragon, déclara Shiryu.

-Comment?!... Mais...

-Nous avons suivi les enseignements de notre Vieux Maitre, il doit te rester des bases. Et en tant que chevalier d'Or de la Balance, je suis chargé en mission d'achever ta formation. Shiryu regarda non sans dissimuler une pointe de tendresse en direction de la jeune fille. Shunrei, je resterai avec toi le temps nécessaire pour cela. Et je servirai aussi d'interprète pour les soins que tu devras apporter à Algol. Tu connais bien les forêts alentour, je peux te faire confiance pour guérir mon ami.

-Bien sur, Shiryu, tu peux compter sur moi, répondit-elle en lui rendant son sourire.

-Shiryu, fit Asterion qui était resté un peu à l'écart avec Algol. Puis-je rester quelques jours avant de rentrer au Sanctuaire?

-S'il te plait... »

Ces derniers mots prononcés par l'ancien Dragon étaient empreints d'une once d'inquiétude, en voyant le chevalier de Persée se laisser glisser contre le mur de la petite maison jusqu'au sol, comme pour se cacher des rayons de soleil qui pénétraient à l'intérieur. Sa cure risquait de prendre du temps...

田舎

La terre se mit légèrement à trembler et la chute de gravats provenant d'une falaise toute proche stoppa net le chant matinal des oiseaux qui avaient probablement du s'enfuir loin d'ici.

Le quotidien de Algol depuis plus de six mois désormais. Ouvrir les yeux avec les sons de la nature était tellement agréable, bien plus que la sonnerie effrayante du réveil de Moses avec cet appareil électronique qui affichait l'heure d'une forte lumière la nuit et qui lançait une musique insupportable quand l'alarme se déclenchait. Son ami chevalier de la Baleine était quelqu'un de gentil, mais son addiction pour les gadgets de toutes sortes ne lui manquait pas ici, isolé dans la Chine profonde.

Les secousses incessantes n'étaient pas dues à une activité sismique que l'on pourrait qualifier de naturelle. Et leur intensité augmentait au fil du temps. Même la solide et plusieurs fois centenaire bâtisse dans laquelle il logeait allait finir par s'effondrer à force de répliques. Leur cause étant le cosmos enfin révélé de Ohko qui grandissait et Shiryu était un maitre bon, mais intransigeant, même avec son meilleur ami. Le nouveau chevalier du Dragon serait redoutable, tout comme l'ancien, aucun doute là dessus.

Quant à lui même, le chevalier de Persée sentait sa vue apaisée grâce aux infusions et aux pommades à base de plantes des Cinq Pics. Il était toujours dépendant de ses lunettes, mais ses migraines étaient moins fortes, et surtout, depuis deux semaines, il tolérait la lumière du soleil en plein jour, et la veille, il était sorti observer l'entrainement de Ohko pendant plusieurs heures d'affilée. Cela tenait du miracle, presque.

Il était bien entouré dans cette région, grâce à la gentillesse de Shunrei qui s'occupait des trois hommes de bon cœur, n'hésitant pas à se faire entendre si quelque chose n'allait pas. La sagesse et l'intelligence de Shiryu et même le côté brut et naturel de Ohko rendaient sa convalescence plus agréable.

Jamais Algol n'avait pensé pouvoir s'entendre avec son ancien ennemi et son meilleur ami. Pourtant, le soir venu, il leur arrivait tous les trois de chahuter en jouant à des jeux de société, à rire comme trois jeunes hommes sans histoire, et se faire ensuite crier dessus par une jeune femme épuisée qui voulait dormir après s'être occupée toute seule des tâches ménagères.

Dans ces moments là, Shiryu quittait la partie en s'excusant auprès de Ohko et Algol et partait se faire pardonner auprès de sa petite amie. Les deux restants échangeaient des sourires à la fois moqueurs et complices.

Un autre tremblement de terre. Le chevalier d'Argent allait finir par se retrouver avec le toit de la maison directement sur la tête à force... Il se leva et, une fois habillé, il se dirigea dans la pièce principale où son petit déjeuner l'attendait, composé de produits locaux, et de son infusion de plantes encore fumante. Shunrei avait du partir au village, il ne sentait aucune autre présence que lui même dans l'habitation.

En jetant un coup d'œil au ciel, par la fenêtre, il remarquait que le soleil n'était pas encore là. Il jaugea les éventuelles douleurs à la tête, et ne sentait rien pour le moment. Son corps entier n'était surement pas encore réveillé, mais il pouvait s'autoriser à descendre près de la cascade de Rozan pour observer Shiryu et Ohko.

Chose qu'il fit, en prenant son temps pour respirer à plein poumon l'air pur de ce site, et regarder où il mettait les pieds. C'était comme s'il revenait encore une fois à la vie, une migraine violente en moins. Même si ça commençait à bourdonner un peu, la douleur restait supportable.

Arrivé au pied de la cascade, il ne découvrit qu'un seul homme qui donnait incessamment des coups de pied et de poing dans l'eau qui coulait vers le bas éternellement. Il était torse nu, les muscles puissants du dos roulant à chaque mouvement, et ce n'était pas l'imagination de Algol qui parlait. Il voyait précisément chaque geste effectué par Ohko. Il sentait également son cosmos prêt à exploser à force d'attaques, et cela ne tarda pas. Une lumière d'un vert clair entoura l'ami de Shiryu, un cri rauque s'échappa de sa gorge avant de se jeter de tout son être vers le torrent dont il inversa le cours de son pied, l'eau remontant vers le ciel à une vitesse extraordinaire et un nouveau séisme se produisit, bien plus puissant que ceux qui avaient réveillé le chevalier d'Argent une heure plus tôt.

Malgré l'absence de nuages noirs, une pluie intense s'abattit sur lui même et toute la zone de la cascade. Et Algol ne put s'empêcher d'applaudir Ohko, celui-ci revenu sur un bord de la falaise, essoufflé.

« Je pense que tu es prêt, fit-il.

-Algol? J'avais pas remarqué que tu étais là, désolé. J'étais concentré et...

Ohko se retourna, le visage comme grimaçant des efforts qu'il avait fournis et le corps trempé de l'averse qu'il avait provoquée.

-Tu es seul pour t'entrainer aujourd'hui?

-Oui. Shiryu a dû repartir au Sanctuaire en vitesse. C'est un chevalier d'Or maintenant, il a d'autres obligations, tu comprends...

Algol avait appris la relation entre les deux anciens disciples du Vieux Maitre, une rivalité entre eux qui restait encore ancrée malgré le temps, même si elle se transformait bien plus en chamailleries entre jeunes hommes désormais. Et récemment, la promotion de Shiryu en chevalier de la Balance était le sujet de piques préféré de Ohko.

-Et dire qu'il n'est pas là pour voir l'exploit que tu viens de faire...

-Je vais m'entrainer toujours plus et ce soir, je vais lui montrer que je peux être un meilleur chevalier du Dragon que lui, tu vas voir!

-Je ne te demande qu'une chose, Ohko: ne détruis pas la falaise, ni rien autour. La maison tremble dangereusement et on va finir par se retrouver dessous à force... Et évite de détourner la rivière, pense aux agriculteurs de la région qui risquent de voir leurs champs inondés et détruits par ta force... Et surtout... à la colère de Shunrei dans ce cas là...

-Elle me tuerait oui, t'as raison...

Les deux jeunes hommes se turent et se fixèrent quelques secondes sans rien dire. Puis un fou rire les envahit d'un coup.

-Mais ce que tu peux être con, quand tu t'y mets, Algol! T'as de la chance d'être encore sous traitement sinon je t'aurais balancé à la flotte, rien à battre de tes lunettes!

-Tu m'en vois ravi ouais!

-A propos, elle est là, Shunrei?

-Non, elle a du partir au village avant que je me lève. Mon petit déjeuner était déjà là.

-N'empêche, elle arrive à nous supporter, elle a vraiment du mérite. Ça te dit qu'on aille chercher du bois dans la forêt? Ça lui fera ça de moins à faire pour les jours à venir. Enfin, comme tu le sens, avec tes yeux...

-Je vais bien aujourd'hui, on dirait. Et c'est la moindre des choses, en effet.

-Allez, on est partis »

Sur ces paroles, Ohko récupéra sa tunique blanche et humide qu'il mit sur lui, cachant son corps musclé des yeux de Algol. Et ce dernier s'insultant mentalement d'observer son nouvel ami de la sorte...

田舎

Le soleil allait finir sa course dans le ciel, quand deux présences arrivèrent près de la propriété au bord de la cascade de Rozan, tandis que Algol et Ohko aidaient Shunrei à ranger le bois et le linge à l'intérieur.

« Shiryu, bon retour, s'écria-t-elle. Bonjour, euh... désolée, je ne me souviens plus de ce chevalier...

-Astérion du Chien de Chasse, répondit Shiryu. Bonsoir, Shunrei, et Algol et Ohko.

-Je te manquais à ce point? railla le chevalier de Persée

-A ce qui paraît, tu vas beaucoup mieux, je voulais le constater par moi même, oui. »

Peu après le diner, les deux chevaliers d'Argent s'isolèrent près de la falaise pour discuter, comme auparavant, comme des amis, des frères qui avaient été séparés bien trop longtemps.

« Je suis content que tu ailles mieux, constata Astérion. Shiryu a eu une bonne idée de te faire venir ici. C'est un lieu vraiment reposant et tu es bien entouré aussi.

-Oui, je ne me plains pas. Shiryu et Shunrei m'ont bien accueilli, et la vie ici est des plus simples. Une fois rétabli, j'aimerais pouvoir les remercier de leur hospitalité.

-Tu trouveras comment, j'en suis certain.

-Oui...

-Et ce Ohko, alors?

Inconsciemment Algol détourna le regard, faisant mine de regarder le ciel étoilé. Une erreur de débutant, alors qu'il connaissait tellement bien Asterion et sa capacité de lire le cœur des gens mais aussi d'analyser les comportements...

-Ohko? Disons qu'il semble un peu homme des cavernes aux premiers abords, mais c'est un gars sympa et il fait vraiment son possible pour devenir le successeur de Shiryu, malgré le retard qu'il avait pris dans sa formation. Ce sera un chevalier vraiment puissant, je pense...

-Et puis... Il a un regard incisif qui ne laisse personne indifférent, sans compter sa voix grave et cette manière adorable qu'il a de galérer à parler grec, son rire franc, son épaisse tignasse brune qui part dans tous les sens, sa détermination et ce corps musclé et comme sculpté dans les falaises de Rozan qui te fait baver quand tu vas le voir s'entrainer face à la cascade, entre autres, je me trompe...?

-Tu fais chier Asterion, répliqua Algol incapable de dissimuler la chaleur sur ses joues qui devaient rougir malgré l'obscurité. Ce sont juste des remarques comme ça...

-Menteur!

-Oui bah... Tu sais ce que je pense alors j'ai rien à te dire de plus... De toute façon, c'est... comment dire... un plaisir pour mes yeux pratiquement guéris. Une fois de retour au Sanctuaire, il y a de fortes chances qu'on ne se voit plus. Ohko veut aider les paysans en parallèle de son futur devoir de chevalier. Il est attaché à cette région et c'est normal.

-Rien ne t'empêcherait de vous revoir quand même.

-A quoi bon... Je pense n'être qu'un ami pour lui, rien de plus.

-Tu voudrais que je...

-N'y pense même pas Asterion! Laisse les pensées de Ohko là où elles sont!

-OK, mais c'est pour vous aider, enfin surtout toi. Tu y tiens à ce gars, n'est-ce pas?

-Je devrais pas. Ma place est au Sanctuaire, avec les autres chevaliers d'Argent, et il faut une raison valable pour quitter le domaine. Un crush, c'est même pas une excuse pour partir en mission diplomatique.

-C'est là que tu te trompes. Je connais quelqu'un qui le fait, et toi aussi, tu le connais très bien.

-C'est qui?

-Misty. D'après toi, pourquoi il tient à être l'assistant de Kanon lorsqu'il part au Sanctuaire Marin de Poséidon? Je te donne deux indices: ce n'est ni pour faire pâlir de jalousie les poissons ni pour soigner ses problèmes de peau. L'eau salée est plutôt nocive pour cela, et il a supplié Aphrodite pour le soigner le plus rapidement possible. D'ailleurs, ça fait plusieurs mois qu'il est redevenu le Misty qu'on connait, fier encore et encore de sa beauté.

-Et donc? Pourquoi il va sous l'eau alors?

-Par amour, banane! Il sort avec un des Généraux de Poséidon. Baian de son prénom.

-Asterion, tu n'as pas lu dans ses pensées contre son gré quand même?

-Pas eu besoin, c'est lui même qui me l'a confié. Le coup de foudre entre les deux, et ce serait bien plus que le fait qu'ils soient francophones. Ce Marina serait doté d'une beauté insoupçonnée qui aurait charmé notre Lézard préféré, en gros. Ses visites là bas se faisaient de plus en plus fréquentes et sans raison diplomatique. Comme ça peut paraître louche, il a voulu que je le couvre.

-Tu fais jamais ça gratuitement, je le sais.

-Je l'ai senti sincère dans ses sentiments pour ce Baian, il a juste payé le restau une fois quand on sortait dans Athènes avec les autres.

-... t'es pas croyable, fit Algol en riant doucement. Vivement que je rentre pour me mettre à jour de vos exploits.

-Tout ça pour te dire que si tu veux toi aussi te mettre avec ce Ohko, je peux t'aider. Même si Shiryu est un mec assez coriace dans le genre consciencieux et à cheval sur les règlements... Et je te fais ça, sans rien te demander en retour.

-Pourquoi tu fais ça?

-Parce qu'on se connait depuis toujours. Tu es pratiquement mon frère, du moins, je te considère comme tel et tu as beaucoup trop souffert ces derniers temps. Je peux te dire que tu m'as angoissé à te voir aussi mal, dès les premiers jours de notre résurrection. Je te l'ai jamais dit, mais...

-Merci Asterion. Je vais mieux maintenant. Pour preuve, aujourd'hui je n'ai pratiquement pas massé mes tempes avec la pommade à base de plantes que j'ai toujours sur moi, confia Persée en montrant un petit écrin qu'il avait sorti de la poche de son pantalon. C'est comme si j'étais à peu près redevenu comme avant. Bigleux et dépendant de mes lunettes et avec un peu de migraine.

-... et amoureux!

-C'est pas vrai!

-Pas besoin de lire dans tes pensées pour le deviner, tu sais!

-Casse-toi! Tu m'épuises, Asterion! »

Il n'y avait qu'au Chien de Chasse que Algol se dévoilait entièrement. Il était son ami le plus proche et celui en qui il avait une confiance aveugle. Ils se connaissaient si bien, qu'il s'autorisait à lui ouvrir son cœur, et l'aider à répondre à ce trouble qui l'habitait depuis ces quelques mois qu'il vivait en Chine. Ohko ne le laissait pas indifférent du tout, bien au contraire. Mais lui même n'avait jamais été confronté à cela, à l'amour. Chaque jour, il l'encourageait à devenir le chevalier du Dragon, riait franchement en sa compagnie et discutait de choses et d'autres, une fois que Shiryu les quittait pour rejoindre Shunrei. Jusqu'à une heure tardive, ils parlaient de leurs vies, de leurs cultures différentes, et même de leur quotidien passé dans les Cinq Pics. Il ne se lassait pas de la présence de cet homme imposant et pourtant, au fur et à mesure que ses souffrances disparaissaient, le jour où il devrait quitter la Chine approchait. Ce jour où il devrait se séparer de Ohko avant de le revoir, il ignorait quand...

田舎

Quelques jours après la rapide visite de Astérion, Algol restait toujours troublé par ces révélations. Il se forçait à rester le même face à Ohko, faisant en sorte de ne pas changer ses faits et gestes, mais il se rendait à l'évidence, le Chinois lui plaisait bien plus que de raison. Le plus difficile était désormais de ne pas rougir à chaque fois qu'il le croisait torse nu. Et vu la fréquence à laquelle il s'entrainait et oubliait de se rhabiller directement après, c'était devenu insurmontable. Si bien que le chevalier d'Argent décida d'aider Shunrei aux champs. Se sentant de mieux en mieux, il rentrerait en Grèce en même temps que Shiryu, pour de bon cette fois ci. Quand bien même en son for intérieur il espérait le plus tard possible...

Alors qu'il récoltait des herbes en compagnie de la petite amie du chevalier de la Balance, Algol sentit le sol trembler sous ses pieds. De plus en plus fort, l'obligeant à venir contre lui, pour la protéger d'éventuelles chutes de branches autour d'eux. Peu après la fin des secousses, une averse s'abattit au creux de la forêt. Ohko. Il n'y avait que lui pour créer de tels phénomènes.

Cette fois ci, il avait dû inverser la cascade de Rozan encore plus fort, encore plus haut dans le ciel au point de faire pleuvoir la rivière jusque dans les bois. Quelle force!

Shunrei proposa de rentrer à la maison. Elle craignait pour la bâtisse et son toit qui menaçait de tomber à force.

Arrivés aux abords du cours d'eau, ils virent Shiryu et Ohko allongés à même le sol, sur une pointe de la falaise, tous deux torse nu et comme essoufflés mais souriants. Juste à côté d'eux, une urne aux tons de gris proche de celle des armures d'Argent, mais elle ornée d'un dessin de Dragon. Il avait réussi lui aussi, enfin! Un nouveau chevalier de Bronze rejoignait les rangs de leur déesse Athéna. Même dans cette période de paix, cela restait une grande nouvelle.

La jeune fille jeta un œil au dessus des deux hommes. Oui le toit était encore là, à priori en un seul morceau.

Quelques minutes plus tard, le chevalier de la Balance, tout en félicitant son disciple et meilleur ami, annonça officiellement qu'il le reconnaissait comme son successeur. Dans quelques jours, tous deux, en compagnie de Algol, rentreraient en Grèce pour faire part de cette nouvelle, mais aussi de la guérison de Persée.

田舎

Comme s'ils avaient été punis comme des enfants, Ohko et Algol attendaient dehors que le couple eut fini les préparatifs d'une petite fête en leur honneur. Le nouveau Dragon se sentait enfin en vie, et fier d'endosser cette armure. Une fois sa présentation au Sanctuaire faite, il irait à la recherche du Vieux Maitre, Dohko, pour lui annoncer ce retour bien plus glorieux, là. Il était fier, oui, et il ne trouvait pas d'autres mots pour qualifier son état d'esprit. Il avait retrouvé son ancien meilleur ami, il lui avait montré sa détermination au delà de sa force physique, réveillé ce cosmos enfoui en lui et devenu un vrai chevalier, résolu à servir une cause noble. Il avait également gagné la confiance de ce petit bout de femme qu'était Shunrei, et avait promis à Shiryu de la protéger elle, mais aussi cette région de Rozan en son absence. Et puis il avait fait une rencontre totalement inattendue en la présence de ce chevalier d'Argent, Algol. Victime de sa propre constellation, il l'avait vu débarquer dans un état pitoyable, souffrant même à en hurler par moment de ses yeux et de ces migraines dont lui même ne pouvait imaginer l'intensité. Il l'avait vu au plus mal, et petit à petit, les plantes de cette région avaient un effet bénéfique sur ces douleurs, et révélaient un homme dont les traits du visage se desserraient, de la même stature que Shiryu – quoique un peu plus mince même – avec des cheveux châtains foncés et un regard profond même caché par ces lunettes toujours fixées sur son nez. Les mois passant, tous deux sympathisaient et se soutenaient. Ohko était sincèrement soulagé de la guérison de Algol, même s'ils n'allaient plus se voir aussi souvent. Jamais il ne l'avouerait, encore moins au concerné, mais il s'y était attaché. Bien plus que s'il était un ami. Il n'arrivait pas à poser un mot sur ce qu'il ressentait et quelque part, il ne voulait pas chercher. Même en tentant, il ne trouvait pas un terme exact à cette chaleur dans son cœur juste parce qu'il était assis sur un vieux tronc d'arbre à côté de lui, à rien dire, à attendre de pouvoir rentrer dans la maison.

À part juste se dire qu'ils avaient l'air de deux idiots...

Leurs regards se croisèrent, et aucun des deux ne purent se retenir de rire...

« Toi aussi tu te sens débile, là? Demanda Algol.

-T'as pas idée! Je savais pas que c'était comme ça qu'on fêtait la naissance d'un nouveau chevalier.

-Moi non plus. Ou alors c'est une tradition d'ici...?

-On demandera à Shiryu, oui!

Ohko se sentait simplement bien en sa présence. Juste dire des bêtises, rire en sa compagnie, et rien de plus. C'était surement cela. Il ne se prenait pas la tête. Juste rester là, comme un idiot, Algol à ses côtés. Même leurs mains qui se touchaient, leurs doigts jouant ensemble ne lui posaient pas de problème. C'était agréable, juste.

-Algol, je sais pas si je viendrai souvent au Sanctuaire, mais quand j'y serai, on pourrait se voir. Même si t'es un chevalier d'Argent et moi un de Bronze.

-Bien sur. Et puis tu sais, en temps de paix, la hiérarchie est moins sévère. On discute tous ensemble, peu importe notre rang. Shiryu a du te le dire que la bonne coordination entre les guerriers d'Athéna, l'esprit d'équipe et d'union est un pas en avant vers la victoire.

-Surement... dans ses discours théorique oui...

-On y est tous passés aux cours comme ça. Enfin, moi à l'époque c'était avec Astérion. Nos deux maitres se connaissaient, et on a grandi ensemble. Et aussi bien siesté pendant ces leçons. Et bien punis après...

Ohko se mit à rire. Il aimait beaucoup cet humour bien placé d'Algol quand il parlait de façon si naturelle.

-Dire que quand t'es arrivé ici, je croyais que t'étais un faiblard qui avait des petits maux de crâne, avoua-t-il.

-Je te souhaite de jamais autant souffrir que moi, pendant autant de temps... Et moi je croyais que t'étais vraiment un délinquant qui avait besoin d'être discipliné et qui tentait de draguer Shunrei.

-J'ai été un délinquant dans mon ancienne vie, oui. Un imbécile, même, pour reprendre les mots du Vieux Maitre. Mais jamais je n'aurais fait de mal à Shunrei. Déjà parce que Shiryu m'aurait tué et elle aussi m'aurait achevé ensuite.

Ce fut au tour de Algol de rire.

-N'empêche, ils forment un beau couple tous les deux, et bien unis, continua Ohko. Je leur souhaite de vivre heureux éternellement.

-Oui, qu'ils profitent de cette chance...

Les deux jeunes hommes se turent alors, profitant du silence un moment. Leurs doigts jouaient toujours ensemble, créant une douce sensation dans le cœur du nouveau Dragon. Comme s'il ne voulait pas retirer sa main de celle du chevalier d'Argent, comme s'il voulait le garder à ses côtés, même tout contre lui si c'était possible.

-Algol... J'ai pas envie que tu partes...

Ohko ne s'était pas aperçu des mots qu'il venait de prononcer, comme si ses pensées l'avaient précédé.

-Ohko...

-C'est... vraiment débile, tu vas me prendre pour un abruti, mais ça va me faire bizarre quand je reviendrai ici, après. Je me suis habitué à toi, à ta présence. Je me suis inquiété pour toi, je... désolé, c'est totalement con ce que je dis. Oublie...

-Non je... je crois que je pense pareil. Ça va être calme le Sanctuaire, même si je vais retrouver mes amis. Je veux dire, que même si on s'écrit et tout, ce sera différent.

-Et puis je sais toujours pas écrire en grec...

-Et mon chinois écrit est désastreux...

-Je tiens à toi...

-Moi aussi, Ohko. Très fort...

Le cœur du Dragon bondit d'un coup, sans crier gare. Comme si ces mots étaient ceux qu'il souhaitait entendre. Peu à peu, il s'approcha du chevalier d'Argent et posa sa main de libre sur l'épaule. Il ne contrôlait presque plus ses gestes, tout se faisait si naturellement. Et Algol ne semblait pas le repousser, bien au contraire. Il sentait son souffle léger comme pour l'inciter à poser ses lèvres sur les siennes. Comme si tous deux le voulaient depuis un bon moment ce baiser...

Une voix féminine retentit soudainement.

-Algol, Ohko! Tout est prêt, vous pouvez rentrer!

Pourquoi?...

-On... on arrive, Shunrei, répondit Persée d'une voix hésitante.

-Sérieux... soupira Ohko.

-... Allez, viens. Ils ont du se donner à fond pour cette petite fête.

-Attends, Algol... »

De sa main puissante, il retint le chevalier d'Argent pour le ramener lentement vers lui. Il avait attendu, hésité et maintenant le Dragon était sur de lui, de ce qu'il ressentait pour cet homme. D'un doux baiser, il lui transmit toute cette affection qu'il avait gardée dans son cœur.

田舎

Sanctuaire d'Athéna, quelques mois plus tard. Dans le quartier des chevaliers d'Argent, plus précisément dans une maison de pierre aux volets grand ouverts, à l'intérieur de laquelle des cris retentissaient.

« Dégagez! Laissez-moi faire mes affaires, hurlait Algol, en poussant trois chevaliers hors de chez lui.

-Mais tu vas nous manquer, suppliait Dio de la Mouche d'une voix faussement triste.

-Je reviens dans trois semaines grand maximum!

-T'es sur que t'as besoin de tant de temps pour chercher une crème? Insista Capella du Cocher.

-Je fais ce que je veux. Et puis je préfère rester prudent.

-Oublie pas de prendre des photos cette fois, ajouta Jamian du Corbeau.

-Vu la dizaine de pellicules que tu m'as refilée je pense que j'aurai de quoi, oui...

-Je parle pas que des paysages, si tu vois ce que je veux dire...

-... Bon ça suffit, foutez moi la paix! » s'écria Algol repoussant toujours plus ceux qui n'étaient pas vraiment ses amis mais plutôt des fouines sur le moment.

Il ferma la porte ensuite, et s'appuyant contre celle ci pour souffler un peu.

Ce qui lui tardait de plier sa valise et de filer à l'aéroport direction la Chine, et sa campagne profonde des Cinq Pics de Rozan. Là bas, attendait celui qui était son petit ami. Jusqu'à présent, ils arrivaient à maintenir leur relation, en s'écrivant maladroitement dans leurs deux langues, et de temps en temps, ils arrivaient à se voir pendant quelques jours, voire des semaines. Quand il y avait des rassemblements dans le domaine d'Athéna ou bien, comme là, quand Algol avait besoin de cette pommade qui soulageait ses migraines devenues légères au fil du temps. Non pas qu'il doutait de l'efficacité des fleurs d'Aphrodite, loin de là. Mais le parfum de cette pommade lui rappelait son long séjour en Chine, ses moments passés avec Ohko dans l'attente de le revoir à nouveau. Elle soignait non seulement sa tête et ses yeux, mais aussi son cœur.

L'on frappa à nouveau à la porte. Logiquement, enfin, selon les plans de ses amis pour l'embêter, ce devait être au tour de Babel du Centaure de venir lui proposer... il n'en savait trop rien en fait. Juste qu'ils lui laissent le temps de faire sa valise, après il irait dire au revoir à ses amis argentés.

C'était Asterion qui attendait dehors. Lui, il lui ouvrirait la porte peu importait la raison.

-Alors ça y est, tu es sur le départ? Demanda le Chien de Chasse.

-Je fais tout pour! À croire que pour les autres, je pars pour des années loin d'eux...

-Bah tu sais... comme ta mission est d'aider les paysans chinois à se remettre des tempêtes de ces derniers jours, forcément...

-Que veux-tu dire?

-Ben c'est ça la raison de ton départ, non? Fit Asterion d'un air malicieux.

-... oui bien sur! La région de Rozan est sujette à des inondations importantes, il est tout à fait normal qu'un chevalier d'Argent aille aider un de Bronze déjà sur place, renchérit Algol prêt à éclater de rire. Et puis il n'y a que là bas où je peux trouver le remède à mes yeux.

-Et celui à ton cœur...

-Oui...

-Dépêche-toi, on va aller tous ensemble t'accompagner à l'aéroport.

-''tous''?

-Oui, les autres attendent dehors. »

Algol soupira entre l'exaspération et le fou rire prêt à sortir. Aussi vrai qu'il aimait Ohko et qui lui tardait vraiment de le retrouver, il était également attaché à sa bande d'amis argentés. Mais là, non il n'allaient pas lui manquer. Son cœur était déjà arrivé aux Cinq Pics.

FIN


Notes de fin: Merci d'avoir lu ce long OS. A la base, il devait faire partie de mon recueil L'épreuve de la Bénédiction, avec le Ohko/Algol comme crack ship et Astérion qui devait bénir le couple. Mais il y avait tellement de choses à dire sur ces deux personnages que faire un petit OS avec une moyenne de 2000 mots et sans gros background autour c'était impossible. Et mon inspiration grandissait petit à petit. Donc j'en ai fait un OS indépendant que j'ai pris grand plaisir à écrire. Ohko m'avait beaucoup marquée dans l'anime, et j'avais vraiment envie de lui donner son moment de gloire. Quant à Algol, c'est mon chevalier d'Argent préféré (avec Asterion et Misty). Je me suis fortement inspirée d'une fic d'une auteur, Queenie, sur les chevaliers d'Argent, Road Trip Argenté (disponible sur AO3 (si la pub te gêne, tu me le dis, je l'enlève ^^")) qui est une histoire honnêtement géniale et qui donne envie de s'attacher aux Argents. Je la remercie également pour les conversations qu'on a eues ensemble et nos échanges d'idées sur les Argents, et même sur ce qui m'a inspiré pour créer ce OS (les HC sur les caractères et les détails des chevaliers d'Argent présents, dont ce HC que j'adore sur les problèmes de vue de Algol, le Misty/Baian que je valide aussi fortement, Jamian accro à la photo etc...). Et j'ai également pris un sacré plaisir à écrire sur Shiryu, un Bronze que j'adore, Shunrei et son caractère bien trempé et insoupçonné et aussi Asterion qui lit les pensées.
Le titre de l'histoire, j'avoue c'est n'importe quoi, mais après tout, pas si loin de la vérité, avec Algol et ce HC qu'il porte des lunettes, et Ohko qui n'est pas un gars de la ville définitivement!
J'ai choisi ces caractères 田舎 en guise d'interlude, qui signifient inaka, la campagne en japonais.
Je vous dis à la prochaine et des bisous.