Note de l'auteure, dans le cosmos :

Le Mardi 15 Juin 2021, j'ai fait un cauchemar (La routine) très étrange :

Je voulais écrire une histoire (Normal...) sur Steve et Bucky (OK) en mode Sherlock Holmes et John Watson. OK, pourquoi pas, bonne idée. Mais au 17ème siècle (Euh...) et ils devaient sauver Louis XIII, qui serait le descendant de Louis XVI, Roi mort décapité... (Timeline improbable) Et toute l'histoire devait se passer en Roumanie (Quoi ?) et j'ai demandé à mon amie écrivaine Litany (En rêve, toujours) des informations sur la Roumanie, car elle est balaise en Histoire-Géographie. Je voulais connaître les préfectures de chaque région et notamment celle de Constanța, où mon histoire devait se passer...

Oui, oui...

Outre le fait que je ne connais absolument RIEN à la Roumanie (Et, non, regarder des vidéos de Sebastian Stan qui parle Roumain, ça ne compte pas !) je trouvais cependant assez intéressant le concept Steve/Sherlock et Bucky/John. Surtout que j'aime beaucoup écrire des récits historiques avec des enquêtes/missions.

Alors, j'ai pris les éléments les moins bizarres de mon cauchemar et je me suis mise à écrire...

Bon, vous connaissez la chanson : pas de lecteurs, pas de Bêta, donc pardonnez-moi pour les nombreuses fautes restantes.

Un petit voyage dans les pays de l'Est au siècle dernier, ça vous intéresse ?

En 1945, il était une fois...

.

.

.

.

.

2 Décembre 1945 – Londres – 221B Baker Street :

La Seconde Guerre Mondiale prit fin deux mois plus tôt, après le suicide du Führer Adolf Hitler et par la capitulation du Troisième Reich qui fut signée par l'Axe et les Alliés.

Tout naturellement, le Sergent James Buchanan Barnes reprit la route de son pays natal par bateau, puis par train. Un long voyage où il arriva finalement sur Baker Street, et marcha lentement, avec son bagage abîmé sur le dos, vers son appartement. Il esquissa un sourire en ouvrant la porte qui affichait « 221B » en vieilles lettres dorées. L'entrée n'avait pas changé depuis qu'il était parti pour la guerre : un court couloir sombre qui donnait directement sur les escaliers des logis.

Instinctivement, il enleva le calot qu'il portait sur la tête pour le déposer sur le porte-manteau contre le mur. Vêtu de son uniforme militaire, il s'apprêtait à grimper les marches usées, lorsqu'une dame âgée sortit de sa chambre personnelle, pour s'écrier :

- Bucky !

Il sourit en découvrant sa logeuse.

- Mrs Hudson !

Elle se jeta dans ses bras pour le serrer fort contre son cœur, heureuse de revoir son locataire, et ami, revenir à la maison. Lorsqu'elle lâcha le soldat, la Londonienne se mit à l'admirer des pieds à la terre, sourire aux lèvres. Bucky souriait également avant de jeter un regard vers les escaliers, et en demandant à la propriétaire :

- Comment va-t-il ?

Mrs Hudson sut pertinemment de la personne dont il était question dans cette demande :

- Lorsque vous êtes parti en guerre, il s'est complètement replié sur lui-même... Il n'acceptait plus aucune enquête de Scotland Yard... Jusqu'à ce que l'Inspecteur Nick Fury lui fasse part d'un étrange mystère... Depuis, sa dépression a viré à l'obsession...

Malgré ses paroles, Bucky sourit :

- Il y a des choses qui ne changent pas.

La vieille dame prit enfin un air très sérieux, pour avouer :

- Il faut que vous partiez avec lui dans sa prochaine aventure.

- Je le ferai, ne vous inquiétez pas.

Bucky déposa un baiser sur la joue de la logeuse, qui rougit et sourit, puis il grimpa finalement les escaliers qui craquèrent sous ses bottes en cuir.

.

.

.

Le Sergent inspira un grand coup avant d'ouvrir le battant de bois. La première chose qui le frappa fut l'odeur de renfermé qui se mélangeait au tabac. Les volets à moitié fermés ne laissèrent passer qu'un mince filet de lumière qui éclairait étrangement la pièce principale, avec des petites particules de poussière voletant dans l'air sec.

Bucky entra enfin, et referma la porte derrière lui. Il posa son sac de toile sur sa gauche et questionna, à la fois inquiet et intrigué :

- Steve ?!

Aucune réponse.

Il se dirigea vers les fenêtres pour ouvrir les volets et les vitres, laissant entrer la fraîcheur hivernale de Londres dans la pièce renfermée. Une lumière plus vive put se répandre sur le mur du salon, où Bucky découvrit enfin la nouvelle obsession de son meilleur ami : des photos, des articles de plusieurs journaux, des notes écrites à la main étaient punaisés sur une carte géante. Le tout relié par des cordelettes de couleurs différentes : bleus, rouges, blanches. Bucky se rapprocha pour survoler des yeux toutes les informations. Deux pays semblaient se trouver au centre de ce mystère : L'Angleterre et la Roumanie.

Plongé dans les documents, il ne vit pas l'homme se glisser lentement à ses côtés. Il sursauta seulement en entendant son nom.

- Bucky ?!

En se tournant, il découvrit enfin son ami, et colocataire, le Détective Steve Rogers. Qui portait un simple T-shirt blanc et sale, un vieux pantalon troué et une robe de chambre trop grande pour lui. Ses cheveux semblaient trop longs, tout comme sa barbe qui rongeait son visage. Il était un peu plus grand que Bucky en traille et ses muscles parfaitement sculptés nageaient clairement dans les guenilles qu'il portait.

Steve scruta Bucky durant plusieurs secondes, avant de finalement tomber dans ses bras, le serrant fort comme pour s'accrocher à l'idée que cette apparition était bien réelle. Ce n'était pas une hallucination : Bucky était bien revenu de la guerre.

.

.

.

2 Décembre 1945 – Londres – 221B Baker Street – Sur le mur :

Sur la carte qui recouvrait le mur, des cordelettes rouges reliaient Londres à la Roumanie, en passant par l'Allemagne et l'U.R.S.S. L'enquête était un véritable casse-tête, car la plupart des Inspecteurs n'y croyaient pas. Il y avait, quelque part dans le Monde, un tueur impitoyable qui assassinait de hautes figures importantes et puissantes. Les autorités ne voulaient pas accepter l'éventuelle existence d'un assassin professionnel. Ceux qui, néanmoins, désiraient y croire, le surnommaient : « Le Soldat de L'Hiver », ayant fait sa première apparition en Janvier 1945.

Steve avait relié toutes les enquêtes non élucidées qui correspondaient au mode opératoire de l'inconnu. Il avait également, avec une corde bleue, joint certains meurtres au fameux Baron Helmut Zemo, que seul Steve considérait comme étant un « Criminel Consultant ». Son alter-ego machiavélique. Son meilleur ennemi.

L'Inspecteur Nick Fury pensait réellement que son Détective faisait fausse route au sujet de Zemo. Jamais personne encore n'avait réussi à lui trouver un défaut ou un indice quelconque pour l'inculper des crimes recensés.

Mais Steve savait.

Il savait que Zemo était affreusement intelligent et dangereux. Seulement, il n'avait aucune preuve.

Pour l'instant.

Et le Détective devait avant tout prouver l'existence de ce « Soldat de l'Hiver ». Il avait toutes les raisons de croire que l'assassin se cachait en Roumanie, entre deux exécutions.

La nouvelle mission de Steve consistait à découvrir l'identité du mercenaire et d'intercepter Zemo par la même occasion. Pour ce faire, il avait besoin de son meilleur ami à ses côtés.

.

.

.

3 Décembre 1945 – Londres – 221B Baker Street :

Le lendemain matin, Steve Rogers passa plusieurs heures dans la salle d'eau pour se raser et pour couper ses cheveux touffus. Il prit un long bain et se vêtit de vêtements propres.

Bucky buvait son thé matinal dans ses habits civils, abandonnant son costume militaire.

Debout, face au mur, il analysa chaque feuille, chaque note, chaque information épinglées sur l'immense carte qui recouvrait la tapisserie baroque.

Lorsque Steve revint dans la pièce principale, il semblait plus sain d'esprit avec sa nouvelle coupe et ses effets décents. Il se servit une tasse de thé, en disant :

- Mon cher Bucky, je vais avoir besoin de toi pour cette enquête. L'Inspecteur Fury est complètement perdu et j'avoue avoir du mal à saisir tout le mystère de cette histoire. Prêt pour une nouvelle aventure ?

Bucky sourit.

- Toujours.

Steve attrapa sa tasse et se posta aux côtés de son ami, face au mur recouvert d'indices. Après avoir but une longue gorgée de liquide chaud, il questionna :

- Tu parles toujours Roumain ?

- Da vorbesc Romana.

Steve sourit et Bucky rajouta, en Anglais cette fois-ci :

- Je suis un peu rouillé, mais ça devrait revenir. J'ai plus souvent entendu parler Allemand, que Roumain, pendant la guerre.

Un voile de tristesse traversa son regard en repensant à ces heures noires. Il secoua la tête pour reprendre ses esprits.

- Donc, nous devons nous rendre en Roumanie ?

Steve termina son thé d'une traite. Puis, il posa la tasse sur la table pour pouvoir fouiller dans le tiroir de l'énorme commode derrière lui. Un vieux meuble en bois usé, où il en sortit deux feuilles de papier qu'il donna à Bucky. Ce dernier lut les tickets qu'il tenait dans sa main. Il comprit, stupéfait :

- L'Orient Express ?! Mais, le train a cessé de fonctionner pendant la guerre, comment... ?

- Le train a rouvert le mois dernier. Il n'y a cependant plus la route pour Athènes, ni le terminus à Istanbul. Mais, l'arrêt pour Bucarest est le seul qui nous intéresse.

Bucky sourit, toujours sous le choc. Il chercha la date de départ inscrite sur les billets : la semaine suivante.

.

.

.

13 Décembre 1945 – Paris – Orient Express :

Il leur fallut d'abord prendre un simple train pour joindre Londres à Paris. Mais, une fois dans la capitale Française, les deux hommes purent enfin monter à bord de l'Orient Express.

Une énorme et magnifique machine, posée sur des rails imposants et polis. Bucky tenait son sac en bandoulière, essayant de suivre son ami sur le quai, alors que ses yeux ne quittaient pas la colossale locomotive en face de lui. Steve mit quelque temps pour trouver le wagon correspondant à leurs tickets. Il avait réservé deux lits pour les nuits à venir ainsi que des espaces pour leurs deux bagages.

Une fois leur voiture trouvée, Steve sauta à bord, suivit d'un Bucky toujours sous le choc. Il avait pourtant l'habitude de prendre le train, mais aucun d'eux ne pouvait égaler l'Orient Express.

Les deux hommes arrivèrent dans un compartiment carré, avec quatre lits, dont deux qui leur étaient adressés. Bucky posa son sac aux couleurs militaires sur son lit blanc crème. Steve tenait fermement les deux tickets et il fit signe à son ami de le suivre dans la gueule du monstre métallique.

Ils traversèrent les couloirs bruyants, les passages en accordéon entre les wagons, pour finalement arriver dans un immense espace luxueux. Des tables tantôt rondes, tantôt carrées, recouvertes de nappes pures et fines, attendaient les passagers pour les repas.

Les stupéfiantes capacités d'analyses de Steve, que beaucoup diagnostiquaient comme étant le Syndrome d'Asperger, lui permettaient cependant de voir avec précision ce que le commun des gens ne pouvaient voir ou comprendre. D'un coup d'œil, en croisant les passagers, il sut pertinemment qui aimait qui, qui haïssait qui, leurs vies, leurs quotidiens, tout.

Il voyait absolument tout.

Pour l'heure, Steve se dirigea vers le fond du restaurant, là où un semblant de bar fut dressé. Il posa une tape amicale sur l'épaule de Bucky, toujours aussi perturbé, en disant :

- Je boirais bien un Whisky, qu'est-ce que t'en penses ?

Steve sourit et Bucky secoua la tête en badinant :

- J'en dis que Scotland Yard doit payer beaucoup plus que l'armée.

Steve rit et commanda deux verres d'alcool. Il cligna des yeux pour empêcher son cerveau de voir trop de choses concernant le barman.

Après un surprenant soubresaut sous leurs pieds, le train quitta la gare de Paris.

.

.

14 Décembre 1945 – Vienne (Autriche) – Orient Express :

Par les fenêtres transparentes du train, Bucky put apercevoir le décor époustouflant sous ses yeux : un paysage blanc de neige et de froid. Le train roulait désormais en Autriche, passant par Vienne, juste à côté de l'immense rivière : le Danube. Le second plus long fleuve d'Europe, qui prend sa source en Allemagne pour finalement se jeter dans la Mer Noire entre la Roumanie et l'Ukraine.

Mais, en ce mois de Décembre, le Danube dormait, gelé par le froid hivernal, tout comme le paysage autour de lui. Bucky sentit son cœur se serrer, sans trop savoir pourquoi.

Steve arriva à ses côtés pour se diriger tous deux ensemble vers le wagon-restaurant pour leur premier petit-déjeuner à bord du train.

Une fois autour d'une petite table contre les fenêtres froides de la voiture, Steve commença à boire son thé chaud en jetant des coups d'œil sur son carnet de notes en main. C'était un simple calepin bordeaux avec, en son centre, une étoile rouge. Steve avait réécrit tous les indices qui figuraient sur son mur à Baker Street. Pendant ce temps, Bucky admirait derechef le paysage blanc qui défilait sous ses yeux. Comme des flashs épileptiques qui le ramenèrent quelques mois plus tôt, les heures les plus sombres de l'Histoire. De son histoire.

Il revoyait les rayons saphir tirant depuis des tanks ennemis sur les lignes d'Azzano, au milieu du No Man's Land, juste avant que...

- Bucky ? reprit Steve.

L'intéressé sursauta presque en se tournant vers son ami.

- Quoi ? Tu disais ?

- J'essaye de te parler depuis cinq minutes déjà, mais tu sembles complètement ailleurs.

Bucky souffla et se frotta les yeux avant de finir son thé d'une traite et de questionner :

- Du nouveau ?

Steve ferma son carnet et considéra son ami un long moment. Bucky, gêné, secoua la tête en répliquant :

- Quoi ?

Steve jeta un regard par-dessus son épaule, avant de lui murmurer :

- Les deux autres personnes de notre cabine sont venues me parler, ce matin... Tu as encore eu un cauchemar cette nuit. Comme à Baker Street, la semaine dernière.

Bucky rougit et se frotta à nouveau les yeux avec les paumes de ses mains. Ses cernes noirs accentuaient son regard bleu pâle. Malgré la boule qui se formait dans sa gorge, il dit :

- J'irai m'excuser auprès d'eux.

- Ce n'est pas ce que je te demande.

Lisant l'inquiétude sur le visage de Rogers, Bucky le rassura :

- Je vais bien. Après mon service, le médecin militaire m'a donné l'autorisation de retourner à la vie civile. Il a dit que les cauchemars seraient assez communs, quelques temps.

Steve acquiesça :

- OK, d'accord. Très bien. Et... Vous êtes tous revenus, de votre Régiment ? Le 107e, c'est ça ?

Le cœur de Bucky rata un battement. Il fit tourner la tasse de thé, désormais vide, entre ses doigts pour s'accrocher à quelque chose.

- Oui, le 107e. Mais, non... Nous ne sommes pas tous revenus. Il y a eu beaucoup de pertes, lors de la bataille d'Azzano. Et... Des prisonniers de guerre, aussi.

Steve se contrôla pour ne pas paraître triste face à son ami. Il essaya tant bien que mal de plaisanter, pour lui redonner le sourire malgré tout :

- Je suppose que tu as sauvé tout le monde, pas vrai ? Le Sergent Barnes, à la rescousse des prisonniers !

Il sourit. Bucky esquissa également un semblant de sourire. Avant de toussoter et d'avouer, à demi-mot :

- En fait, non. Non, je n'ai pas pu les sauver.

Steve souffla.

- Désolé. Tu sais, tu ne peux pas sauver tout le monde...

Bucky baissa son regard, le souffle à moitié coupé, il lâcha :

- Non, je veux dire... Ce sont eux, qui m'ont sauvé. J'étais l'un des prisonniers de guerre.

Un ange passa.

Steve resta sans voix.

.

.

.

16 Décembre 1945 – Constanța (Roumanie) :

Ils arrivèrent à la fois épuisés et revigorés à Bucarest, en descendant de l'Orient Express. Pour la suite de l'enquête, Steve laissa faire Bucky, qui retrouva bien vite la langue Roumaine en demandant son chemin et disant tantôt des :

« Mulțumesc frumos »

Et tantôt des :

« Vă rog »

Steve l'écoutait parler sans jamais comprendre, bien qu'il pensa avoir saisi la phrase :

« Sunt din Marea Britanie »

Quelques minutes plus tard, ce fut Bucky qui se ramena avec deux billets de train en main. Direction : Constanța.

La température était plus douce et élevée qu'en Angleterre, à côté de la Mer Noire, il n'y avait pas de neige, mais toujours un vent inconfortable. Pour les deux Londoniens, les 5°C hivernaux furent plutôt agréables. La seule chose contre laquelle les locaux luttaient sans cesse au bord de l'eau, fut les tempêtes incessantes.

Pendant que son ami parlait aux gens pour avoir le plus d'informations possibles, Steve repensa à ce qu'il lui avait avoué dans le train. Ses phrases, à demi-mots, le peinaient énormément. Il n'avait cependant pas reparlé de ce sujet avec Bucky depuis. Comme si les deux hommes avaient fait un vœu silencieux de ne jamais remettre ce passé dans une quelconque conversation.

.

La ville portuaire de Constanța essayait de retrouver sa paix et sa beauté d'antan. Le bombardement Soviétique du 26 Juin 1941 et l'occupation Allemande avaient laissé les pauvres habitants passablement aigris et affaiblis. Énormément de navires de guerre gisaient désormais au fond de la Mer Noire. Si la Roumanie était au départ un membre de l'Axe, le pays avait cependant changé de camp au milieu de la Seconde Guerre Mondiale pour rejoindre les Alliés.

Steve suivait Bucky comme une ombre, au milieu de ce pays étranger dont il ne comprenait absolument pas la langue. Son ami s'arrêta dans une rue non loin du port, pour toquer à la porte d'une vieille bâtisse usée par le temps et la guerre. Une dame âgée en sortit et Bucky lui sourit en lui disant simplement :

- Bună ziua ! Mă numesc Bucky.

La Roumaine semblait reconnaître sa voix et son nom. Il lui avait parlé par téléphone, depuis la gare, lorsqu'il cherchait une chambre d'hôte pour les nuits à Constanța. Pendant que son ami continuait de parler en Roumain, Steve admirait la rue et le paysage autour de lui. Il n'y avait cependant pas grand chose à voir, de par les ravages de la guerre. Mais l'esprit aiguisé qui rendait Steve si intelligent pour le commun des mortels, sondait absolument chaque recoin de la ville.

-... Eu sunt britanic...

Steve sursauta lorsque la dame s'énerva contre Bucky, refermant presque la porte sur lui. Mais ce dernier l'en empêcha et prononça plusieurs phrases incompréhensibles aux oreilles de Steve. Comme l'étrangère ne se calmait visiblement pas, Bucky sortit un objet de sous sa chemise : c'étaient ses plaques militaires, qu'il gardait constamment sur lui. Le collier tangua devant les yeux de la Roumaine, et Bucky répéta :

- A vedea ! A vedea !

Steve se pencha vers Bucky, puis lui demander, en chuchotant :

- Un problème ?

La dame souffla et s'apaisa. Lentement. Elle esquissa même un sourire et reprit la discussion dans sa langue maternelle. Bucky souffla à son tour et sourit en avouant :

- Bine, mulțumesc !

Elle ouvrit la porte de bois en grand, et elle fit signe aux deux hommes d'entrer chez elle.

.

La femme accompagna Steve et Bucky à l'étage, en passant par de vieux escaliers rongés de mites, ils débarquèrent dans une minuscule pièce au bas plafond, aux murs décrépis, avec un seul lit d'une place contre le mur ainsi qu'un sofa usé et humide. Bucky sourit à la dame et lui donna 5 Leu en disant, avec sincérité :

- Mulțumesc frumos.

La dame prit l'argent et rougit en répondant :

- Încântat de cunoștință.

Puis, elle quitta la chambre, laissant enfin les deux hommes entre eux, pour parler Anglais. Steve questionna aussitôt :

- Tout va bien ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Bucky souffla et posa son sac sur le canapé troué, en expliquant brièvement :

- La guerre est encore trop récente dans l'esprit des Roumains et ils n'apprécient pas vraiment les étrangers. Notamment les Britanniques. Cela dit... Elena, c'est son prénom, avait l'habitude de recueillir les soldats de guerre, ici-même.

Steve comprit.

- C'est pour ça que tu lui as montré tes plaques militaires ?

Bucky fit « oui » de la tête, puis il se frotta les yeux, en rajoutant :

- OK, on va rester ici pour cette nuit. Prends le lit, je dormirai sur le divan. Je vais nous acheter quelque chose à manger, je reviens dans pas longtemps. Ensuite, on parlera de notre plan d'action pour demain.

Steve obtempéra. Il sourit à son ami, qui partit quelques secondes plus tard par le battant rongé et défraîchi. Steve souffla et posa son sac sur le lit. Lorsqu'il s'assit dessus, son corps failli passer au travers du matelas humide et abîmé.

Étrangement, il sourit.

.

.

.

17 Décembre 1945 – Constanța (Roumanie) :

La nuit ne fut pas réellement agréable, mais cela n'empêcha pas Bucky et Steve de marcher le long du port avec le carnet d'indices en main. Au bout de la jetée, se trouvait un magnifique et immense Casino de briques blanches, qui donnait un côté futuriste à la ville décrépie. Posé là, comme s'il flottait sur la mer agitée. Le vent soufflait sur les deux Londoniens qui essayaient tant bien que mal de se protéger du temps impitoyable dans leurs manteaux sombres. Les mains tremblantes de Steve tenaient la page ouverte sur un dessin incomplet. Il expliqua, tout en posant ses yeux affûtés tout autour de lui :

- L'assassin que l'on recherche a pour habitude de laisser derrière lui sa marque. Un graffiti sur un mur ou une bâtisse. N'importe quoi. Malgré toutes mes recherches, je n'ai jamais réussi à retrouver l'image dans son entièreté. C'est tout ce que j'ai.

Il montra la page à Bucky. Qui analysa la seule partie visible du croquis.

- OK... Donc, on cherche... C'est quoi ? Un tentacule ?

- Quelque chose qui s'en rapproche, en tout cas.

- On recherche une pieuvre ?!

Il fit la moue, visiblement impatient et sceptique. Malgré tout, il suivit le Détective dans toutes les ruelles, tous les coins reclus, tous les quartiers riches ou pauvres, bondés ou abandonnés.

.

Ce ne fut qu'en fin de journée que les deux hommes décidèrent de s'arrêter pour manger et boire dans un estaminet du coin. En route vers le seul bâtiment à la cheminée fumante, Steve s'arrêta net. Bucky mit quelques secondes pour réaliser qu'il marchait désormais seul. Lorsqu'il se retourna, il découvrit son ami qui gardait son regard fixé sur un seul point.

- Steve ?

L'intéressé pointa du doigt le mur ouest du bistro, en disant, tout sourire :

- Trouvé.

Bucky suivit des yeux la direction de Steve. Il vit à son tour le dessin peint sur la façade.

Et son cœur rata un battement.

.

L'image était aussi noire que l'encre de Chine et six tentacules encerclés une tête-de-mort. L'esprit de Bucky s'évada, loin de la Roumanie. Il repartit en Autriche. Dans un Bunker secret et isolé. Des flashs étranges et sporadiques vrillèrent son cerveau, il revoyait le Docteur fou, en face de lui. Dans sa blouse blanche, avec ce logo angoissant sur sa poche extérieure. Une tête-de-mort, avec des tentacules de pieuvre, sur un fond rouge, comme une tache de sang. Et un nom, juste en dessous... Et puis, la douleur. Seulement, la douleur, encore et encore. Le cœur qui battait la chamade, le feu qui coulait dans les veines, et...

- Bucky ?

- Я готов отвечить.

Steve dut attraper son ami par les épaules pour le faire revenir à la réalité, inquiet.

- Bucky ?!

L'homme secoua la tête et plongea son regard bleu océan dans celui de son ami.

- Quoi ?

- Tu... Tu parles Russe ?

Bucky ne comprit pas la question. Il secoua simplement la tête pour dire « non ». Mais Steve reprit :

- Tu connais ce dessin ?

Bucky se frotta les yeux avec ses mains froides et avoua, à demi-mot :

- Oui... Les... Les prisonniers du 107e Régiment n'ont pas été capturés par les Nazis, mais par une autre organisation de terroristes paramilitaires... Ils ont utilisé les membres encore vivants de mon unité pour les faire travailler à... La fabrication d'armes ennemies...

Il lui fallut du temps pour trouver les bons mots et faire du tri dans ses souvenirs. Steve le tenait toujours par les épaules, anxieux.

- J'étais trop malade pour être forcé au travail... Ils m'ont emmené dans leur laboratoire pour... Faire des expériences sur moi. Le Docteur avait ce même symbole sur sa blouse. En dessous, des lettres noires indiquées « HYDRA ».

Steve resta silencieux, sous le choc.

.

.

.

- Vous ne devriez pas être là !

Steve et Bucky sursautèrent en même temps. Ils se retournèrent ensemble pour faire face à l'homme derrière eux, qui parlait visiblement très bien Anglais. Une colère fulgurante s'empara de Steve lorsqu'il reconnut l'étranger.

- Zemo.

Bucky lui jeta un coup d'œil interrogateur. Puis, il analysa le Baron : Il portait un long manteau sombre à fourrure beige, qui lui donnait un petit côté Russe, ainsi qu'une tenue entièrement noire et des bottes de cuir. Avec un air hautain, il s'avança vers les deux Londoniens, pour répéter :

- Vous n'êtes pas censé vous trouver ici...

Steve s'approcha de lui, prêt à le frapper violemment, mais le criminel l'arrêta dans son élan :

- À votre place, je ne ferais pas ça, Détective Rogers.

- Ah oui ? Parce que, personnellement, je peux faire ça toute la journée...

Il sourit. Zemo leva les yeux au ciel et rétorqua, visiblement impatient :

- J'ai des réponses à vos questions et je peux vous aider à stopper le Soldat de l'Hiver.

Steve tiqua :

- Il existe ?

- Oh oui, oh oui, il existe.

Zemo jeta un coup d'œil vers Bucky, puis il rajouta :

- Parlons de tout ça au chaud, voulez-vous ?

Les trois hommes marchèrent en direction du petit Pub derrière eux, un établissement du nom de RoxXon.

.

.

.

17 Décembre 1945 – Constanța – RoxXon :

L'intérieur du vieil établissement était sombre et poussiéreux. De faibles lampes accrochées aux murs éclairaient à peine le bar et les tables. Les locaux semblaient cependant être habitués à cette semi-obscurité, car ils parlaient vigoureusement entre eux, tout en mangeant des plats faits maison et en buvant des petits verres au liquide foncé. L'air ambiant sentait à la fois l'humidité et le tabac, le tout mélangé à une odeur faible de nourriture et une plus forte d'alcool. Les hommes reluquèrent les trois arrivants d'un mauvais œil. Encore plus lorsque le Baron demanda au serveur, certes en Roumain, mais avec son accent Britannique :

- Trei țuică Vă rog.

Le barman grogna, mais prépara la commande. Pendant ce temps, Steve et Bucky s'installèrent à la table la plus éloignée des habitants de la ville. Toujours avec son air hautain et sérieux, Zemo s'assit en face d'eux, pour entamer son petit laïus :

- Détective Rogers, je sais pertinemment que vous me voyez moi-même comme votre pire ennemi, et ce même si vous ne pouvez en aucun cas prouver vos accusations à mon encontre.

Steve souffla et lâcha, pour mettre les choses au clair :

- Vous êtes un Criminel Consultant et auteur de plusieurs meurtres à Londres et en Europe.

- Encore une fois, vous ne pouvez pas prouver ces dires.

Steve allait rétorquer à nouveau, lorsque le barman déposa trois petits verres au milieu de la table, rempli de ce même liquide sombre que les autres personnes buvaient dans le bistro. Bucky analysa son shot d'un air dubitatif.

- Qu'est-ce que c'est ?

- « Țuică »... répondit le Baron. De la liqueur Roumaine. Ça se boit généralement avant les repas.

Il en avala une petite gorgée, tandis que Steve fixait sévèrement son ennemi sans bouger. Étrangement, le Baron se mit à sourire :

- Oh, Détective Rogers, je connais ce regard. Malgré votre incommensurable intelligence, je dois cependant vous avouer que vous n'allez pas être le centre des réponses que je vais vous divulguer.

Zemo tourna son regard vers Bucky, qui humait suspicieusement l'alcool avant d'en boire une lampée.

- C'est à votre sujet, James.

Bucky tiqua :

- Comment connaissez-vous mon vrai prénom ? Personne ne m'appelle jamais ainsi.

Le criminel sourit. Il fit tourner son verre entre ses doigts. Ses yeux aux iris sombres et remplient de malices fixaient intensément Bucky. Comme pour lire à travers sa personne. Après quelques secondes de silence gênant, il avoua :

- Gentlemen... Ce que je vais vous révéler va vous sembler insensé, dans un premier temps. Je dois vous demander de garder votre esprit ouvert. Détective Rogers, votre esprit de déduction doit resté focaliser sur les faits... L'assassin que vous recherchez, ce « Soldat de l'Hiver » existe réellement. Non, il ne travaille pas pour moi, mais pour l'HYDRA.

Derechef, Bucky sursauta à l'entente de ce nom.

- Ce sont eux qui m'ont gardé prisonnier pendant plus d'un mois !

- Exact, James. Malheureusement, je sais exactement le genre d'expériences que ces scientifiques ont testé sur vous.

Un voile de tristesse traversa le regard de Bucky, Steve serra le poing pour se contrôler, en lâchant :

- Comment ?

Zemo inspira un bon coup avant d'expliquer, mystérieusement :

- Parce que, s'ils n'avaient pas fait ce qu'ils ont fait, le Soldat de l'Hiver n'existerait pas.

Bucky plissa des yeux :

- Je ne comprends pas. Ils ont créé un assassin ?

Steve tressaillit, son esprit rapide permit de comprendre les allégations de son ennemi.

- Impossible...

- Quoi ?! s'inquiéta Bucky.

Le Baron sourit.

- L'assassin que nous recherchons, le Soldat de l'Hiver, c'est vous, James.

.

.

.

Pendant que Steve et Bucky essayaient d'accepter cette énorme et irrecevable information, le Baron Helmut Zemo en profita pour commander trois autres Țuică au barman qui râla derechef.

Bucky, sous le choc, souffla simplement :

- Ce n'est pas possible...

Stoïquement, le Baron récita :

- « Lorsque vous avez éliminé l'impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, est nécessairement la vérité. »

Steve lui jeta un regard noir. Pourtant, Zemo ne s'en offusqua pas le moins du Monde et reprit ses explications :

- Le Soldat de l'Hiver que vous recherchez vient en réalité de l'année 2016.

- Les voyages dans le temps n'existent pas... railla Bucky, encore perturbé.

- « Pas encore »... corrigea l'homme en face de lui. Croyez-moi, j'ai quelques accointances scientifiques dans beaucoup de pays développés, et ils suivent cet assassin depuis des mois. Ils ont réussi, malgré quelques pertes Humaines, à récupérer des armes et objets utilisés par le Soldat, et ces gadgets ne sont clairement pas de notre époque.

Steve souffla.

Son esprit de déduction fonctionnait à toute vitesse. Il assimila les informations et les données dans son génie de cerveau et... Il comprit que son ennemi avait raison.

Il tourna sa tête vers Bucky, dont le visage pâle semblait tordu par la tristesse et par la peur. Steve posa une main amicale sur l'épaule de Bucky, qui esquissa un sourire en buvant son shot de Țuică. L'alcool brûla la gorge de Bucky et monta très vite à sa tête. Malgré tout, il leva les yeux vers son ami et posa une question dont il connaissait déjà la réponse :

- Il a raison ?

Steve fit « oui » de la tête, l'air peiné. Une voile de tristesse passa derechef dans le regard de Bucky, qui attrapa son second verre en le buvant d'une traite.

- Comment on arrête le Soldat de l'Hiver ? demanda Steve avec sérieux.

Zemo secoua la tête :

- On ne peut pas. Mes équipes et moi-même avons essayé à de nombreuses reprises... Il est trop puissant... Cependant... Eh bien, nous ne pouvons pas détruire ce Soldat de l'Hiver, mais nous pouvons stopper l'autre... L'original.

Steve intercepta le regard de Zemo, qui fixait Bucky sans cligner des yeux. Le Détective comprit avec horreur :

- Non ! N'y pensez même pas !

Mais Bucky releva les yeux pour plaider :

- Steve, peut-être que c'est la seule solution, si je meurs...

- Non ! coupa son ami. Nous allons trouver un autre moyen, jamais tu ne...

- Je ne veux pas devenir un assassin !

Ils élevèrent ainsi la voix pour entamer le débat qui séparait leurs deux points de vues différents. Le Baron leva les yeux au ciel, visiblement impatient, et tenta de les calmer, en criant presque :

- Gentlemen ! Je n'ai jamais dit qu'il était question de tuer James !

Bucky et Steve se turent de concert, pour considérer leur ennemi, qui reprit ses explications :

- Non, ça ne servirait à rien de tuer James, maintenant. Il a déjà le sérum dans son sang. Techniquement, il ne peut pas mourir.

Bucky allait rétorquer, mais Zemo le coupa :

- Oui, James, les tests que l'HYDRA a réalisés sur vous, consistaient principalement à vous injecter ce super sérum. Ils préparaient déjà leur assassin, via votre personne. Vous tuer maintenant ne servirait à rien, ça ne ferait qu'activer le Soldat de l'Hiver. J'ai une autre idée.

Steve réfléchit à toute vitesse est comprit la seule solution plausible de ce problème :

- Un anti-sérum ? Vous avez un antidote ?

Le Baron se mit à sourire en attrapa son verre d'alcool.

- Tout juste. Gentlemen, je vous invite humblement dans mes quartiers généraux, en Sokovie.

Il but son Țuică d'une traite. Un espoir soudain commença à envahir l'esprit de Bucky, qui demanda, avec désir :

- Vous pouvez me guérir ?

- Élémentaire, mon cher Barnes...

.

.

.

19 Décembre 1945 – U.R.S.S – Train de marchandise :

Le Baron Helmut Zemo, de par son titre et ses associés, put facilement détourner un train marchant, et permettre à lui, ainsi qu'à Steve et Bucky, de voyager à l'intérieur, et ce, dans l'anonymat le plus absolu. Le bruit assourdissant de la locomotive faisait déjà regretter aux deux Londoniens leur voyage à bord de l'Orient Express. Sans parler de l'inconfort d'être assis à même le sol, entre une caisse remplie de charbon et une autre pleine de magnésium.

Steve ne quittait pas le Baron des yeux, son esprit de déduction fonctionnait sans discontinuer dans son cerveau surdoué. Pourtant, le Baron en question ne baissa en aucun cas son regard. Au contraire, il scrutait lui aussi son ennemi juré en réfléchissant au futur, essayant sans cesse d'avoir plusieurs coups d'avance sur lui. Son désir de sauver Bucky n'avait rien de sentimental. Le Soldat de l'Hiver assassinait ses associés dans tous les pays de l'Est, et Zemo devait rapidement stopper cette machine de guerre. Pour son propre intérêt. Certainement pas pour Steve ou Bucky.

Qui lui, ne quittait pas le sol tremblant des yeux.

Les dernières révélations à son sujet l'avaient laissé passablement affaibli, et en proie à d'horribles déclencheurs mémoriels qu'il n'appréciait pas vraiment.

Steve donna un coup de coude à son ami pour le ramener dans la réalité. Bucky se tourna vers lui en souriant.

- Hey, ça va aller Bucky, tu sais ?

- Je sais...

- Tu ne deviendras pas un assassin.

- Je sais...

Zemo, qui écoutait la conversation d'une oreille, coupa :

- Si je puis me permettre...

- NON ! hurlèrent Bucky et Steve en chœur.

- Oh... Toutes mes excuses...

Steve souffla et desserra son poing qui le démangeait depuis l'apparition de son ennemi juré en Roumanie. Il sourit à son ami, lorsque soudain, les trois hommes entendirent une détonation à l'extérieur. Définitivement pas à bord du train, certes, mais dehors. Le Baron se leva et ouvrit la porte métallique, juste assez pour jeter un coup d'œil au paysage blanc de neige. L'hiver Soviétique n'était pas des plus clément, et quelques flocons de neige pénétrèrent déjà dans le train.

Steve vit au loin, au milieu du froid, des hommes armés tirer contre d'autres personnes, dont il n'arrivait pas à distinguer les silhouettes dans le blizzard. Clairement, des Bolcheviks combattaient à mort. Un voile de tristesse traversa les yeux de Bucky, qui marmonna, plus pour lui-même que pour les deux Britanniques à ses côtés :

- Mais... La guerre est finie...

Le Baron ne décrocha pas ses yeux du champ de bataille, sans émotion aucune, il lâcha simplement :

- Pour vous, James, la guerre est finie. Mais pas pour eux. Pas encore...

Sur cette phrase obscure, il referma la porte argentée du train.

.

.

.

20 Décembre 1945 – Novi Grad (Sokovie) – Quartier Général :

Bucky et Steve furent enchantés de descendre du train inconfortable pour poser le pied en Sokovie, un simple pays isolationniste que le Baron utilisait pour se cacher de temps en temps. Une fois à la frontière étrangère, une voiture miliaire vint chercher les trois hommes. Visiblement, une autre étrange accointance de Zemo, avec qui il parla Sokovien. Cette fois-ci, Bucky ne fut pas capable de traduire la langue à son ami, à côté de lui. Tous les sens aux aguets, les deux hommes suivirent le Baron à bord du véhicule inconnu.

La route tortueuse secouait les passagers à bord. Le paysage blanc et froid n'aida pas Steve à trouver un point de repère pour aider son orientation. Seul Zemo semblait à l'aise dans ce milieu, il osa même parler aux deux Londoniens, assit derrière lui :

- La Sokovie a une histoire mouvementée. Rien d'exceptionnel en soit mais proche de tout ce qui est exceptionnel.

- C'est pour cette raison que vous utilisez ce pays comme moyen d'évasion ? railla Steve.

Zema esquissa un sourire.

- Oh, Détective Rogers, j'admire votre ténacité. Cependant, encore une fois, vous n'avez aucune preuve contre moi, et j'offre mes services pour sauver votre ami.

- Pour m'aider moi, ou vous ? lâcha Bucky, un peu en colère.

Steve se mit à sourire. Mais le Baron aussi.

.

Une petite heure de route plus tard, les trois Londoniens, et le chauffeur, arrivèrent devant un grand établissement ressemblant à un Bunker secret, situé au milieu de nulle part. Lorsque Steve et Bucky descendirent de la voiture militaire, dans le froid mordant, ils purent admirer l'infrastructure plutôt futuriste pour le pays. En levant la tête, ils lurent les trois lettres écrites en relief sombre sur les murs de la forteresse :

« T.V.A »

Bucky ne chercha pas à comprendre, il suivit simplement le Baron dans l'antre ennemi, suivit de Steve.

L'intérieur était tout aussi glacial que l'extérieur. Les murs de béton ne donnaient pas vraiment envie de déambuler dans les couloirs métalliques et monstrueux. Le Baron s'y promenait comme s'il se trouvait dans ses propres appartements. Deux personnes armées fermaient la marche derrière Steve et Bucky. Quelques longues minutes de silence plus tard, ils arrivèrent dans un laboratoire spacieux et éclairé. Pourtant, Bucky tiqua et son cœur rata un battement, en voyant la table en acier inoxydable en face de lui. Un souvenir de son séjour en prison, qu'il n'appréciait toujours pas. Des personnes vêtues entièrement de combinaisons blanches et de blouses immaculée faisaient des allées et retours dans la salle, avec un masque sur le visage et des ustensiles en verres dans les mains. Des scientifiques, sans aucun doute. Tandis que Steve et Bucky jetèrent des coups d'œil dans toutes les directions, le Baron Zemo se planta devant eux, pour entamer :

- Gentlemen... Il est temps, si vous le voulez bien...

Il fit signe à Bucky de se diriger vers la table au centre du laboratoire. Mais ce dernier hésita quelques secondes, se rappelant encore de la fois où il s'était trouvé dans ce même genre d'endroit. Éventuellement, Zemo intercepta ses doutes :

- James, nous avons l'antidote pour annihiler le sérum que l'HYDRA vous a inoculé.

- Qu'est-ce qui me dit que ce n'est pas du poison que vous allez m'injecter ? railla Bucky, perplexe.

Le Baron leva les yeux au ciel, en rappelant :

- Vous ne pouvez pas mourir. C'est la raison pour laquelle notre seule chance de stopper le Soldat de l'Hiver et de vous empêcher vous, de le devenir.

Bucky souffla.

Il se tourna vers Steve, visiblement tout aussi contrarié que lui. Son ami lui fit simplement un signe de tête et Bucky retrouva la confiance nécessaire pour se diriger vers la table de métal.

.

.

.

20 Décembre 1945 – Novi Grad (Sokovie) – Laboratoire de recherches secrètes :

Steve et le Baron se retrouvèrent au fond de la salle. Le Détective gardait ses deux yeux bien fixes sur son meilleur ami, déjà sanglé à la planche froide, car les docteurs s'apprêtaient d'ores et déjà à lui injecter l'antidote. Le cœur de Bucky battait la chamade. Son regard ne pouvait qu'apercevoir le plafond gris au-dessus de lui. Il souffla longuement pour calmer son angoisse et retenir ses souvenirs, qui revenaient sans cesse comme des tsunamis infernaux dans son crâne. Éventuellement, il ferma les paupières pour ne pas voir, du coin de l'œil, la seringue se rapprocher de son bras gauche.

Il sentit néanmoins l'aiguille percer sa peau et pénétrer sa veine. Il sentit très vite le liquide étrange couler dans son sang. L'antidote n'était pas aussi intolérable que le sérum en lui-même, mais c'était cependant assez douloureux.

Bucky serra les dents et lutta pour ne pas crier.

.

Contre le mur, Steve gardait ses poings serrés, soutenant son ami du regard. Même si ce dernier ne pouvait pas s'en apercevoir. Seul Zemo, impassible, se pencha lentement vers Steve, pour lui murmurer avec mystère :

- Votre meilleur ami ne deviendra pas le Soldat de l'Hiver. L'assassin n'existera plus. Votre enquête est terminée et je suppose que Scotland Yard vous récompensera comme il se doit.

Steve tourna sa tête vers lui, comprenant le sous-entendu :

- J'imagine que vous désirez quelque chose en échange ?

Le Baron esquissa un sourire :

- Disons que, le moment venu, un jour au besoin, sachez que vous m'êtes redevable...

Mais Steve, et sa droiture légendaire face à l'injustice, ne purent s'empêcher de répliquer :

- Soit. Mais, je ne cesserais de vous poursuivre, pour vous jeter en prison.

Pourtant, Zemo n'effaça pas son sourire du visage. Il tourna ses yeux vers ses docteurs, qui commençaient déjà à détacher Bucky de la table. Puis, il murmura :

- Nous verrons bien...

.

.

.

25 Décembre 1945 – Londres – 221B Baker Street :

La neige tombait lentement dans la ville de Londres, qui s'apprêtait à célébrer Noël. Le premier Noël de l'après-guerre. Comme un peu de paix après la mort.

Mrs Hudson, la logeuse, avait préparé un bon repas chaud pour tout le monde. Des petits plats, certes simples, mais dont l'odeur alléchante éveilla les papilles des invités.

L'Inspecteur Nick Fury fut convié, et il arriva de bonne humeur, très satisfait d'avoir bouclé sa dernière enquête casse-tête. Steve ne lui avait pas tout révélé, il avait laissé de côté les expériences scientifiques et la possibilité d'un voyage temporel. Il avait seulement menti à moitié en disant que le Soldat de l'Hiver n'existait plus. Ce qui, en réalité, était la vérité absolue.

Une technicienne de Scotland Yard, Peggy Carter, qui avait un faible évident pour le Détective Rogers, fut également invité par Mrs Hudson. La propriétaire essayait, tant bien que mal, de trouver une compagne pour son locataire. Elle pensait, naïvement, qu'être en couple pourrait considérablement aider Steve avec son syndrome d'Asperger. Ce n'était pas tout à fait idiot, car l'homme en question observa longuement la belle Peggy avec admiration, dans sa robe de soie mauve, moulant parfaitement ses formes féminines, avec ses beaux cheveux sombres et son rouge à lèvre vif et magnétique. Nick Fury portait son costume de service, tout comme Bucky qui avait revêtu ses attraits militaires pour l'occasion. Seul Steve était habillé d'une façon tout à fait civil, alors que même la logeuse avait ressorti une de ses plus belles robes de soirée.

Ainsi, tous ensemble dans le grand appartement, ils levèrent leurs coupes de champagne pour célébrer leur premier Noël sans guerre et leur investigation terminée.

Après le toast, Steve se dirigea vers la fenêtre de la pièce. La neige tombait toujours sur les rues de Londres, le ciel gris ne permettait pas de voir très loin devant soi. Cependant, Steve avait l'esprit ailleurs, il pensait au Baron Helmut Zemo, qui vivait quelque part dans la capitale. Le Détective tourna sa tête vers les invités derrière lui. Il contempla son meilleur ami, en pleine discussion avec Nick Fury. Bucky riait et souriait, en buvant sa coupe de champagne.

Steve esquissa un sourire.

Oui, il avait sauvé Bucky, mais il savait aussi que le Baron allait un jour ou l'autre revenir pour récolter cette dette.

Un jour.

Mais pas aujourd'hui.

Aujourd'hui, c'est Noël.

.

.

.

THE END

.

.

.

Notes et clins d'œil que vous avez manqué :

Comme toujours, j'aime mettre des « codes » et des anecdotes dans mes écrits. Voici une courte liste des petites notes mélangées à mon histoire :

- L'histoire se passe en Roumanie, car ce pays se trouvait dans mon cauchemar. Mais, j'ai fait en sorte que seul Bucky sache parler Roumain, car c'est la langue natale de Sebastian Stan, l'acteur qui joue Bucky dans les Marvel.

- Steve et Bucky devaient forcément prendre un train pour se rendre en Roumanie. J'ai seulement accentué sur le fait qu'ils passent en Autriche et à côté du Danube gelé, car c'est là-bas que meurt Bucky dans « Captain America : The First Avenger » : en tombant d'un train ennemi, en Autriche, dans le Danube gelé par l'hiver.

- Je voulais faire un parallèle entre l'Orient Express qui traverse le continent en hiver et le train « Snowpiercer », mais la Timeline était incorrect. Les premiers comics de Snowpiercer ont étés publiés en 1982, bien après mon histoire donc. Dommage, car le parallèle est assez fou !

- Le carnet de notes de Steve, le : « calepin bordeaux avec, en son centre, une étoile rouge. » est pour rappeler le carnet du Soldat de l'Hiver dans lequel l'HYDRA garde toutes les informations au sujet de Bucky ainsi que les mots-clef pour activer le Winter Soldier.

- Pour mieux comprendre les souvenirs de guerre de Bucky, dans cette histoire, je vous conseille de lire mon récit précédent, intitulé : « La Bataille d'Azzano »

Cependant... Âmes sensibles s'abstenir...

- « Я готов отвечить » signifie « Ready to comply » en Russe. Autrement dit, c'est la phrase que dit le Soldat de l'Hiver une fois qu'il est activé avec les mots triggers. (Pardon, je ne connais aucune appellation Françaises car je regarde tout en VO.)

- « Roxxon » est une entreprise très connue dans l'univers de Marvel, vous pouvez la retrouver dans presque tous les films et/ou en « Easter egg » dans les séries, comme dans celle de « Loki », par exemple. Je trouvais ça sympa de mettre le nom en Easter egg ici aussi.

- Le Baron Helmut Zemo est le seul personnage hors de son temps dans cette histoire (Avec Nick Fury), car il est né en 1978 en Sokovie. (Pays slave fictif dans l'Univers de Marvel) Je voulais utiliser son personnage ici, pour jouer le rôle du Professeur James Moriarty.

- « T.V.A » est un clin d'œil à la série « Loki » du moment, signifiant : « Time Variance Authority ». Ce sont les gardiens de la Timeline sacrée. J'aimais l'idée d'incruster cette information ici. Je ne veux pas vous spoiler, mais toute mon histoire est inspirée de la série Loki, en fait...

.

.

Traduction des phrases en Roumain.

(Traduction en Anglais car c'est ainsi que j'ai tout appris)

Da vorbesc Romana : Yes, I speak Romanian.

Mulțumesc frumos : Thank you very much.

Vă rog : Please.

Sunt din Marea Britanie : I am from the Great Britain.

Bună ziua ! Mă numesc Bucky : Hello, my name is Bucky.

Eu sunt britanic : I'm English.

A vedea ! A vedea ! : Look ! Look !

Bine, mulțumesc ! : Good, thank you !

Încântat de cunoștință : Nice to meet you.

Trei țuică Vă rog : Three țuică please.