Cette fic est supposée prendre place dans un scénario ou Chrollo a aidé Kurapika à rassembler les yeux des Kuruta et ils viennent de terminer. J'ai tagué Chrollo deux fois pour être sûr d'apparaître dans les recherches mais je l'écrirai Chrollo.
N'hésitez pas à laisser une review ça fait toujours plaisir :)
Il existe également une version anglaise à cette fic que je posterai quelques minutes après celle-ci.
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« ... Et maintenant? » demanda Chrollo, prudemment.
L'état mental de Kurapika était aussi fragile que l'on pouvait l'imaginer. Le meurtrier de son clan était de retour sur ses terres maudites et il ramenait avec lui les yeux écarlates.
« Je ne sais pas, articula lentement Kurapika sans bouger de là où il était assis, en face de la tombe. Je n'ai jamais rien prévu pour après. Je pense que je voulais mourir en te combattant. »
Evidemment, le vertueux Kuruta avec une prédisposition au sacrifice n'avait jamais pensé qu'il verrait passer tant de jours. Il ne croyait probablement pas qu'il parviendrait à rassembler les yeux. Il s'imaginait sûrement qu'il serait tué et que ses yeux seraient vendus, la 37e paire d'yeux Ecarlates sur le marché.
Chrollo posa un genou à terre après un moment de silence pour se mettre au niveau de Kurapika.
« Viens à l'Etoile Filante avec moi.
- Quoi ? questionna le blond faiblement, empli de confusion.
- Vraiment, ma ville natale n'est pas un bel endroit, dit-il en toute honnêteté. Il y a des montagnes de déchets à l'infini, nous vivons littéralement dedans, mais c'est la seule chose que nous ayons. »
Ses yeux rencontrèrent ceux, plein de questions, de Kurapika.
« Assez régulièrement, des piles s'effondrent et, lorsque ça arrive, les plus anciennes ordures remontent à la surface. On retrouve des corps, les plus vieux, ceux qui se déchirent et qui fondent. La putréfaction est quelque chose que tu découvres quand tu es un enfant. L'enfance même est une notion étrangère aussi, d'une certaine façon. On n'a pas le temps ou l'énergie pour ça. On dort dès qu'on a du temps libre. Quand on s'est rencontré, Uvogin, Pakunoda et moi, c'est devenu infiniment plus simple puisqu'on se protégeait les uns les autres. C'est elle qui m'a appris à lire, tu sais? »
Il matérialisa son livre avec un léger sourire.
« Trouver des livres n'est pas aussi dur qu'il n'y parait. Tous les livres dont ils ne veulent pas, parce qu'ils exposent des problèmes de leur sociétés bien rangées, s'ils ne les brûlent pas, ils les jettent. L'Etoile Filante est la plus grande décharge du monde. J'ai découvert ce qui était arrivé à la tribu de Benevolov avant d'apprendre l'existence même des écoles. Les poubelles de quelqu'un en disent beaucoup à son sujet et nous avons tout d'abord découvert l'hypocrisie du monde et ses mensonges. »
Kurapika détourna le regard quelques secondes et Chrollo attendit que leurs yeux se rencontrent encore puis enfin il reprit son histoire.
« On vit parmi les déchets et les criminels, c'est plus de la survie si tu veux mon avis. On a dû apprendre le nen tous seuls, les plus jeunes possible pour se protéger des pluies acides. Les gouttes brûlent la peau et les déluges rendent les environs encore plus dangereux. Les collines se transforment en pièges à souris mortels, un faux mouvement et tu trébuches. Fais moi confiance, tu ne veux pas tomber. Les surfaces sur lesquels tu pouvais t'appuyer deviennent soudainement trouées, brûlantes et instables. Ça fait partie des tests de l'Etoile Filante.Si tu peux rester en vie après la pluie, tu peux rester. La ville t'accepte. Les amitiés que tu forges dans l'Etoile Filante te suivront jusqu'à ce que tu meures ou que tu sois seul. »
L'image de la Brigade Fantôme, Pakunoda et Uvogin leur traversa l'esprit. Ils la laissèrent partir, lentement, patiemment, presque gentiment et Chrollo continua son récit.
« C'est encore pire durant l'été, la chaleur du soleil rend l'air irrespirable, à cause de l'odeur. Ça ne sent jamais bon ou même neutre, c'est toujours le même parfum infect. Mais plus il fait chaud, plus la puanteur devient insoutenable. Il y a de toutes les odeurs dans l'Etoile Filante, allant de l'urine aux cadavres et aux cendres. Tu peux essayer autant que tu veux de t'éloigner pour trouver de l'air frais, c'est peine perdue. Avec l'été, la nourriture déjà rare pourrit encore plus vite et les gens meurent en essayant de les manger. Aucune quantité de nen ne peut te protéger d'une maladie. »
Chrollo s'arrêta un instant pour essayer de déchiffrer les pensées de Kurapika, sans succès. Le Kuruta la fixait sans un mot, buvant ses paroles comme il buvait probablement toute forme de savoir.
« Non, vraiment, ma ville natale n'est pas un bel endroit mais, quand la chaleur est étouffante et la puanteur nauséabonde toute la journée, quand lui tombe enfin, tu peux voir le plus beau des ciels.
- Tu veux aller...
- Voir les étoiles filantes. Ce sera bientôt la saison. Est-ce que la difficulté des conditions de vie et l'insupportable odeur valent le coup pour voir des étoiles ? A toi de voir. Kurapika, est-ce que tu viendrais voir les étoiles filantes chez moi? »
Kurapika n'était pas un idiot. Il pouvait voir comment les yeux de Chrollo brillaient. L'Araignée adorait tout simplement sa ville natale. C'était le seul endroit qu'il ne pourrait jamais quitter. Bien sûr, il pourrait aller à l'autre bout du monde, mais quiconque entrait dans l'Etoile Filante ne pourrait jamais exister en dehors. Ceux de l'Etoile Filante ne pouvaient exister que dans l'Etoile Filante.
Chrollo ne lui offrait pas un voyage pour voir des étoiles filantes. Il lui offrait la liberté.
Laisse la tribu des Kuruta disparaître et reviens seul.
Laisse les mourir et reviens libre.
