31 Mai 2021 – 13h15 :
Thor s'amuse avec son Mjölnir dans mon pauvre crâne à l'agonie.
Je suis allongée sur mon lit avec mon thé, et j'écris...
Pardon, pas de lecteurs, pas de Bêta, donc pardonnez-moi pour les fautes restantes.
Et le thème.
Et le personnage.
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« One pill makes you larger
And one pill makes you small... »
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Un cauchemar.
Sans fin.
Sans fin aucune.
Je marchais le long d'un labyrinthe couleur émeraude, dont le chemin se perdait loin, très loin devant moi. Bien sûr, je savais où je me dirigeais. Il n'y a pas beaucoup d'endroits où aller, à vrai dire. Tous les chemins mènent au château de la Reine de Cœur.
Oh, ma chère Grace, tu sais à quel point je déteste le Pays des Merveilles...
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L'orage grondait au-dessus de moi, le ciel prenait une teinte grisâtre inquiétante. La galerie infinie de haies tout autour de moi sentait étrangement la fumée. Comme celle que la chenille bleue avait l'habitude de me jeter au visage. Lorsque je passais devant le champignon géant.
Ce Monde est fou.
Et je le suis probablement.
Après tout, c'est comme cela que les gens me surnomment.
Le Chapelier Fou.
Mais pas pour toi, ma petite Grace. Pour toi, je serais toujours Jefferson, ton papa.
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La pluie rouge commençait à pleurer sur moi. Il me fallait avancer plus encore dans l'énorme jungle verte. Heureusement que je connais bien ce dédale éternel. Au risque de rester coincé pour toujours à l'intérieur, et accessoirement de me faire attraper par le terrible Ilosovic Stayne. Ou pire, de me faire couper la tête par la Reine de Cœur : Cora, la Sorcière du Pays des Merveilles. La mère de la Méchante Reine Regina. La magie coulait dans leur sang maléfique. J'en ai souffert. J'en souffre encore. Regina m'a piégé et me voilà à mon tour prisonnier de ce Royaume que j'exècre tant. Loin de toi, ma chère petite Grace.
Je suis en retard pour notre thé, pardonne-moi. J'espère au moins que le Lièvre de Mars te tiendra compagnie jusqu'à mon retour.
Si je reviens, bien sûr...
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Une fois hors du labyrinthe, j'ai déboulé sur un sentier de pierres ocres avec quelques buissons de roses blanches peintes en rouge. Il y a des choses qui ne changent jamais. Comme les cartes de Cœurs géantes qui commencèrent à avancer vers moi, munies chacune d'une lance pointue prête à me tuer. Je crois bien que je préfère affronter l'affreux Jabberwocky plutôt que cette armée improbable. Je préférerais tellement me retrouver chez nous, dans la Forêt Enchantée, ou même à Storybrooke, plutôt que dans ce lieu maudit.
Ici.
Les cartes colossales se sont jetées vers moi. Je n'ai pas eu d'autre choix que de me servir de mon chapeau, encore sur ma tête. La fumée pourpre m'a lentement entourée pour me faire disparaître par mon portail magique. Cette porte salvatrice ne me fait voyager que dans le Pays des Merveilles, malheureusement. Je ne peux toujours pas rentrer chez moi.
Chez nous.
Oh, Grace, je jure sur la tombe de ta maman que je me vengerais de Regina !
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Je me suis matérialisé au milieu d'une salle gigantesque. Un miroir sombre recouvrait tout le mur à ma droite. Des lustres de friandises multicolores tombaient du plafond. Le tapis sur lequel je marchais, était en réalité de l'herbe couleur jade. Des petits singes et des grenouilles couraient dans tous les sens. Et pour cause : en me retournant, je découvris le trône derrière moi.
Gigantesque. Tout en pierres précieuses : des rubis, des grenats, des cornalines et des jaspes écarlates. Magnifique. Splendide.
Seulement trop rouge à mon goût.
Une des grenouilles, vêtue d'un costume sombre, sauta à mes pieds et commença à me parler. Cependant, je ne compris absolument pas ses paroles.
Ce Monde est fou.
Tout comme moi.
Voir pire.
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L'atroce bruit d'une porte qui s'ouvre me fit sursauter. Je fis volte-face et mon cœur rata un battement lorsque je découvris deux cartes géantes qui escortaient la Reine.
La Reine de Cœur.
Cora.
La peur me paralysa des pieds à la tête. Que j'avais encore sur mes épaules. Pour l'instant.
Lorsque la Sorcière me découvrit, elle se mit à sourire.
Elle portait une autre extraordinaire robe couleur sang, avec des parures de bijoux de ce même rouge angoissant. Elle souriait toujours en se dirigeant vers moi. Ses cartes restèrent près d'elle tandis qu'elle me toisa durant de longues minutes, avant de finalement murmurer :
- Jefferson... Mon cher Chapelier Fou...
Mon souffle se coupa. Son visage ne se trouvait qu'à quelques centimètres du mien et je pouvais facilement apercevoir la malice et la méchanceté dans ses yeux vides d'humanité. Je ne pus répondre. Alors, elle reprit, tout en souriant comme cet abominable chat de Cheshire :
- Tu m'as manqué, tu sais... Ton charme espiègle, tes yeux bleus, et ce voile de tristesse qui ne quitte jamais ton charmant visage depuis que Regina t'a piégé ici. Chez moi. Te privant à jamais de ton enfant...
Grace.
Ma fille.
Je sentis le désespoir m'envahir. Et Cora dut le sentir aussi, car elle souriait encore plus. Ce qui m'empêcha de respirer. Je savais ce qu'il allait advenir de ma personne. La Reine me jettera à nouveau dans ma cellule, en prison, pour me faire travailler à son plan : fabriquer un chapeau qui puisse nous faire quitter ce fichu pays.
Sauf que...
C'est impossible.
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Il fait toujours sombre dans les geôles. J'ai à peine de quoi m'éclairer pour pouvoir travailler. Il fait froid et humide. Je ne sais pas quelle heure il est.
Je perds la notion du temps.
Je perds la notion de tout.
J'entends seulement les gouttes d'eau qui tombent sur le carrelage rouge. Le son de mes outils qui s'acharnent avec moi à créer encore et encore des centaines de chapeaux magiques.
Aujourd'hui, il y a eu un autre bruit. Une voix aiguë a hurlé une fameuse phrase, depuis la salle du trône :
- COUPEZ-LUI LA TÊTE !
Quelqu'un va mourir.
Il y a une personne dans le cachot à côté du mien. Il vient du Monde Sans Magie. Et il fredonne une chanson, dont certaines paroles me font penser encore plus à toi, ma Grace :
« Je voudrais nous revoir,
Encore une dernière fois,
De ton père tu sauras,
Jamais ne t'oublieras... »*
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THE END
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« When logic and proportion,
Have fallen sloppy dead,
And the White Knight is talking backwards,
And the Red Queen's off with her head,
Remember what the dormouse said :
'Feed your head' »
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« White Rabbit » – Version Emiliana Torrini
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* « La Lettre de Métal » – Indochine, La République des Meteors
