–Comment vous décrieriez-vous ?
–On est sérieusement obligé de faire ça ?
Natasha leva les yeux au ciel en soupirant bruyamment, n'appréciant pas spécialement cette première séance de psychothérapie imposée par Tony après la bataille de New-York qui les avait opposés aux Chitauris.
–C'est ridicule, dit-elle en croisant nerveusement les bras.
–Ca l'est uniquement si vous le souhaitez, Natasha, répondit calmement l'homme aux cheveux poivre et sel, assis dans un fauteuil de cuir situé derrière le bureau principal du propriétaire des lieux. Vous pouvez me parler de tout ce qui vous passe par la tête sans que je vous juge, mais je préfèrerais en savoir davantage sur vous, et votre ressenti par rapport à vous-même, car j'ai comme l'impression de ressentir un immense conflit interne, reprit-il en réajustant ses lunettes rectangulaires sur son nez aquilin. Vous devriez prendre le temps de vous posez et de vous exprimer, extérioriser chaque petite chose qui vous tourmente, aussi insignifiante puisse-t-elle vous paraitre, et peut-être cela vous permettra de vous sentir mieux.
– « Me sentir mieux » … répéta Natasha d'un ton sarcastique. Et puis quoi, encore… On voit bien que vous n'êtes pas le genre de personne à vous battre là, dehors. Vous, vous restez enfermé toute la journée à écouter les problèmes des autres sans jamais pointer le but de votre nez à l'extérieur, alors épargnez-moi vos commentaires, parce que vous n'avez pas la moindre idée de ce que je vis.
–Natasha…
–Quoi !?
–Veuillez vous rassoir, s'il vous plait.
La rouquine se calma instantanément en découvrant qu'elle s'était brusquement redressée sans s'en rendre compte sous le coup de l'émotion. Elle reprit donc gentiment place dans le divan gris clair, s'allongea et fixa le plafond d'un air perdu, légèrement honteuse d'avoir surréagi de la sorte avec un parfait inconnu qui ne lui voulait pourtant que du bien dans un moment difficile à vivre. Elle venait de découvrir l'existence des dieux, des extraterrestres, son meilleur ami avait eu droit à un lavage de cerveau et elle avait failli mourir une bonne douzaine de fois en moins de deux jours.
–Si vous commenciez par me dire ce qui vous déplait chez vous ? reprit le psychothérapeute. Cela pourrait être un excellent moyen de savoir si la vision que vous avez de vous-même est en corrélation avec l'image que vous renvoyez aux personnes de votre entourage. Je vous en prie, l'invita-t-il à s'exprimer d'un geste de la main, dites-moi ce qui ne va pas.
–Ce qui ne va pas… et « ce qui me déplait » … répéta-t-elle dans un murmure avant de considérer un instant le carnet de l'homme. Vous n'auriez pas plus grand ? demanda-t-elle en tentant de faire un brin d'humour, mais cela n'eut pas l'effet escompté. Désolée, s'excusa-t-elle brièvement. Alors… Ce qui me déplait chez moi… ? Je commencerais par mentionner mon sale caractère et ma manie à toujours me montrer froide envers les autres. Je me montre constamment méfiante envers quiconque oserait m'approcher, ce qui complique un peu les choses en termes de relations professionnelles ou amicales.
–Je vois, déclara l'homme, pensif. Pourriez-vous m'en dire un peu plus ?
–Disons que j'ai toujours été comme ça, lui confia Natasha, se sentant comme une petite fille prise en flagrant délit d'une bêtise. Je refuse de trop m'attacher aux autres parce que je crains de les décevoir. J'ai peur de ne pas être suffisamment fiable, alors que si je reste seule…
–Vous ne pouvez donc compter que sur vous-même et n'avez de comptes à rendre à personne, ce qui est assez triste, compléta le psy. Avez-vous réellement envie d'une vie en solitaire, Natasha ?
–… Je n'en sais rien. Je suppose que non. Et votre discours ne diffère pas tellement de celui que Clint me déverse depuis des années…
–Clint Barton, n'est-ce pas ? énonça l'homme, sachant déjà la réponse. Parlez-moi donc de lui, si cela ne vous dérange pas.
–… Clint est… comme une sorte d'ange tombé du ciel, à un moment de ma vie où j'en avais réellement besoin. Même si cela peut paraitre cliché à dire comme ça. Je ne serais plus en vie aujourd'hui s'il n'avait pas décidé de m'épargner. Il est comme… Le grand frère que je n'ai jamais eu, mais que j'ai secrètement toujours voulu avoir. Il est attentionné, compréhensif, c'est un père de famille dévoué à sa femme et ses enfants absolument génial, quelqu'un sur qui je pourrai toujours compter, quoi qu'il arrive. Je… Je ne vois pas ma vie sans lui, avoua Natasha, se moquant des expressions qu'elle dégageait désormais. Je donnerais ma vie pour lui.
. . . . . . . . . . .
–Comment vous décrieriez-vous ?
–Hum… Je ne sais pas, c'est… Disons que je ne m'attendais pas à cette question, répondit Clint, un peu confus en faisant craquer ses doigts. Vous me prenez au dépourvu, doc', poursuivit-il en recherchant un contact visuel avec son interlocuteur, chose qui le rassurait.
–Je voulais dire par là, comment vous voyez-vous ? lui demanda le psychothérapeute, déjà prêt à prendre des notes. Que pensez-vous de l'image que vous renvoyez aux autres, monsieur Barton ?
Clint soupira, les yeux rivés sur le plafond blanchâtre de la pièce. Il n'avait pas trop résisté lorsque Stark avait insisté pour que chacun passe par une séance imposée de psychothérapie après ce qu'il s'était produit dans leur ville, mais maintenant qu'il s'y trouvait, il avait du mal à s'y faire et à s'exprimer devait cet inconnu.
–Comment je me vois ? C'est une très bonne question, reprit l'archer en mettant ses mains derrière la tête. Je dirais que je suis avant tout un père absent. Je vois à peine mes enfants grandir, et même si je fais ce qu'il faut pour leur assurer un meilleur avenir, je ne peux m'empêcher de penser qu'ils doivent m'en vouloir de ne jamais être à la maison, à jouer avec eux à les écouter me raconter leurs journées les border au moment d'aller dormir… Mais malgré ce que je fais, j'ai constamment l'impression que ce n'est pas suffisant, déclara-t-il sérieusement. C'est comme si… J'étais de trop de l'équipe, vous voyez ? Que j'avais moins d'utilité que les autres membres du groupe, comme s'ils pouvaient très bien se passer de moi. Parfois… souvent, corrigea-t-il, je ne parviens pas à trouver ma place. Je ne veux pas que ma vie soit dénuée de sens, je veux faire de belles choses mais j'ignore comment. De temps en temps, je me dis que ma seule action de ma vie de « super-héros » a été de faire entrer Natasha au SHIELD, à mes côtés.
–Mh… Dites m'en plus… Que vous évoque mademoiselle Romanoff ? l'interrogea le psy, curieux de connaitre sa réponse.
–Tasha ? dit Clint en le regardant dans les yeux. Elle est géniale, vraiment. Sans elle, il y a longtemps que je me serais perdu.
–C'est-à-dire ?
–Eh bien… Elle a toujours su trouver les mots justes pour me rappeler que j'avais de la valeur durant les moments où je venais à l'oublier. Elle est droite et juste, et elle n'imagine pas à quel point elle compte pour moi. C'est une femme courageuse et forte, aux émotions controversées, mais qui a toujours su faire la part des choses. Elle sait remonter le moral mieux que quiconque et elle sent quand quelque chose ne va pas. Je l'aime comme une sœur, et je serais capable de donner ma vie pour elle.
