Bonjour, voici mon nouvel OS, j'espère que vous l'aimerez ! C'est un yaoi, c'est à dire une romance entre deux homme, avec un contenu sexuel explicite. Vous voilà donc prévenu ! Bonne lecture !

La fin

Vernon et Pétunia Dursley, habitant au 4 Privet Drive, sont des gens aimant la normalité. Ils mènent une vie des plus banal, en compagnie de leur fils, Dudley, un garçon tout ce qu'il y a de plus ordinaire.

Pourtant depuis maintenant dix-huit ans, un grain de sable s'est glissé dans leur vie. La plus anormale des anormalités. Harry Potter.

A l'âge d'un an, alors qu'il n'était qu'un bébé ayant perdu brutalement ses parents, il a été déposé sur le pas de la porte de la seule famille qui lui restait, Pétunia Dursley. Pour la plus grande joie des occupants de la maison. A dire vrai, si laisser un bébé mourir de froid et de faim sur le porche de leur maison n'avait pas risqué de leur attirer de gros ennuis, nul doute qu'ils l'auraient fait.

Pendant onze ans, le jeune Harry a vécu dans le placard sous l'escalier, réveillé par les pas lourds de son cousin Dudley, ou par la voie de sa tante lui ordonnant de faire ses corvées.

Et puis un beau matin, Harry a découvert qu'il était un sorcier. Raison pour laquelle il n'y avait jamais eu de place pour lui dans la très normale famille Dursley.

Harry est alors entré dans un monde enchanteur, avec sa part d'ombre, ses devoirs, sa magie. Un monde où il a enfin trouvé sa place.

Il y a un an, le jeune homme quittait enfin cette famille qui n'était pas vraiment la sienne, pour ce qu'il pensait être la dernière fois. Il y a un an, Harry partait et s'engageait dans une guerre dont il était l'un des héros principaux, condamné à tuer ou à être tué par une prophétie faite avant même sa naissance.

Aujourd'hui, Harry est un sorcier de dix-huit ans, héros de guerre, adulé par presque tous les sorciers de Grande Bretagne. De retour à Privet Drive, pour son plus grand désarroi, dans l'espoir d'échapper au moins un peu à la folie médiatique qui l'entoure.

Allongé dans un carré d'herbe ombragé, juste sous la fenêtre ouverte du salon des Dursley, Harry écoute d'une oreille distraite les nouvelles du monde Moldu. A sa plus grande stupéfaction, son retour dans la maison de son enfance n'a suscité aucune réaction chez sa parentèle.

Il a repris tout naturellement le rythme de certaines de ses corvées, fruit de plusieurs années d'habitude. Cela lui permet également de penser à autre chose qu'au monde magique.

Chaque jour, il reçoit un exemplaire de la Gazette du sorcier. Chaque jour ou presque il contemple consterné une photographie de lui s'étalant en première page, accompagné d'un article plus désolant encore que le précèdent.

Dans leur salon, les Dursley écoutent les nouvelles dans un silence religieux. Bien qu'il ne vive plus vraiment dans le monde Moldu, Harry sait au ton du présentateur que l'actualité n'a rien de réjouissante. Pénurie pétrolière et guerre énergétique sur fond de catastrophe climatique. Voilà des semaines que les journaux ne parlent que de cela. Les Moldus sont tendus. L'air extérieur est lourd d'un orage qui va bientôt éclater. Harry espère égoïstement qu'il ne sera plus là quand la tempête se lèvera. Dans le monde sorcier il sera en sécurité. Il ferme les yeux et se perd dans ses pensées, bien loin du 4 Privet drive.

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Cela a commencé avec l'électricité en fin de soirée. Une coupure généralisée, que chacun a pensé temporaire. Personne n'imaginait que cela se répandait dans le monde entier, ville après ville, continent après continent.

Au début, Harry ne s'est pas inquiété. Les Dursley non plus. Chacun est allé se coucher, et le lendemain, Pétunia a constitué une réserve de chandelles et de nourriture non périssable, tandis que Vernon investissait dans un groupe électrogène et plusieurs barils d'essence.

Sur toutes les stations de radio et de télévision, le même message. Pas d'inquiétude. La situation rentrera bientôt dans l'ordre. Continuez votre vie. Tout le monde y a cru. Ou au moins la majorité. Harry aussi.

Dans la gazette du sorcier, toujours les mêmes articles sur lui. Sur le héros. Sur la fin de la guerre. Et dans les dernières pages, tout en bas, un petit encart sur les démêlés du Gouvernement avec les Gobelins.

Mais la situation dure. Au bout d'une semaine, Harry a l'impression d'être coupé du monde. Pas de nouvelle ou presque. Toujours pas d'électricité. De moins en moins d'essence. De moins en moins de nourriture et de plus en plus cher.

Il a un mauvais pressentiment. Tout autour de lui l'angoisse couve. A deux doigts de l'hystérie. Les gens deviennent fous pour quelques produits du quotidien, provoquant le manque.

Un jour, tante Pétunia est rentrée des courses, déversant sa haine contre d'autre ménagères, décrivant les rayons vides et les comportements incivils des autres gens. Le soir même, Harry préparait une malle avec toutes ses affaires de sorcier et de quoi survivre. De l'eau, de la nourriture, des vêtements chauds, des couvertures, des livres, tous ce qui lui paraissait utile pour survivre et fuir. Il a rapetissé sa malle et l'a placé dans un sac à dos, rempli lui aussi de quelques affaires.

Au début, quand il a eu fini de tout préparer, il s'est senti ridicule. A quoi tout cela pourrait-il bien lui servir. Mais son malaise de plus en plus grandissant l'a convaincu de ne rien toucher. Et de garder toujours sa baguette sur lui.

La Gazette du Sorcier, lorsqu'il la lit, lui parait en décalage avec ce qu'il vit. Il ne fait plus que la survoler. Il a peu de nouvelles de Ron et Hermione, ou de ses amis en général. Ils en ont convenu ainsi, pour éviter que les journalistes ne retrouvent sa trace. Il espère que bientôt ce battage médiatique autour de lui s'arrêtera et qu'il pourra quitter l'atmosphère étouffante du monde Moldu, qui lui rappelle bien trop les jours d'avant-guerre.

Puis il cesse de recevoir la Gazette. Et c'est comme si tout son corps se tendait, comme si son esprit se réveillait. Comme si son être tout entier se préparait. Oui mais à quoi ?

Un mois après la coupure d'électricité, il reçoit une lettre.

Cher Harry,

J'espère de tout cœur que cette lettre te trouvera en bonne santé. Tu es bien placé pour savoir que la situation chez les Moldus est tendue. Je pense que très bientôt elle va empirer. Je crains que l'électricité ne revienne pas. L'essence est presque épuisée. Toute cette histoire risque de virer à la catastrophe. J'ai entendu des rumeurs parlant d'émeute, mais je ne sais pas si cela est vrai. Il devient difficile de communiquer.

Et malheureusement les sorciers ne sont pas mieux lotis. Le gouvernement s'est irrémédiablement fâché avec les Gobelins. L'accès à la banque vient d'être interdit. Plus personne ne peut récupérer son or ! C'est déjà l'hystérie... Les journaux n'en ont pas parlé ! J'ai l'impression d'être revenu à l'époque de la guerre. C'est la panique totale. Ne revient surtout pas sur le chemin de traverse ou dans des endroits trop fréquentés par les sorciers ! Là-bas c'est la loi du plus fort, et tu serais seul.

Les Weasley et moi somment en sécurité. Pour le moment en tout cas. Il y a suffisamment d'espace et de nourriture pour assurer notre subsistance. Et nous sommes nombreux pour nous protéger. Comme j'aimerais que tu sois avec nous... Nous allons attendre que les choses se calme, puis nous irons vers Poudlard. C'est le seul endroit qui nous semble pouvoir garantir notre sécurité.

Trouve un endroit sûr. Cache-toi, pour un temps. Et rejoint nous là-bas. Nous viendrons, attend nous. Donne des nouvelles si tu le peux.

Nous t'aimons.

Ron et Hermione

Cette nuit-là, alors que tout le monde dort, Harry rapetisse sa malle d'un coup de baguette, prend veste et sac à dos, libère sa chouette, et quitte Privet Drive. Pour la dernière fois.

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Rapidement Harry se procure une carte. Il a prévu de gagner Poudlard. Ron et Hermione ont raison, c'est l'endroit qui lui parait le plus sûr. Décidant d'éviter les axes trop fréquentés et la civilisation de façon générale, il se trace un itinéraire à travers la campagne anglaise.

Avec la guerre, les combats, et la chasse aux Horcruxes, le corps de Harry est habitué à l'effort physique. Mais ce n'est en rien comparable au fait de marcher toute la journée, traversant un terrain plus au moins accueillant. Durant les premiers jours s'arrêter à la fin de la journée est comme le meilleur des cadeaux. Il avance lentement, déviant souvent du parcourt le plus court pour celui le plus à couvert. Cela rallonge son temps de marche.

Le paysage alterne entre prairies interminables et désertes, et forêts denses. La majeure partie du temps il est entouré par du vert, et un silence apaisant tout relatif, troublé uniquement par le bruit de sa marche et le chant des oiseaux.

L'eau devient vite un problème. Plusieurs fois le jeune homme tombe sur des points d'eau. Il en profite pour remplir les bouteilles qu'il a en sa possession, et pour se laver. Ces haltes sont des pauses bienvenues dans la monotonie de ses journées. Mais le reste du temps il doit rationner la moindre gorgée et prier pour ne pas manquer.

Puis c'est la nourriture qui l'inquiète. En consultant la carte, Harry se rend compte qu'il n'est pas très loin d'une petite ville. Il fait un détour pour s'y rendre, restant prudent, observant. Il sait que même dans la forêt il n'est pas à l'abri.

Les routes et les maisons apparaissent peu à peu, désertes. Il n'y a pas trace de vie. En un sens cela rassure le jeune homme, mais le fait aussi redoubler de prudence. Il y a des voitures abandonnées, sagement rangées le long des routes. Les maisons sont calfeutrées, les ouvertures recouvertes de planches pour certaines. Pour d'autres les portes et les volets pendent, laissant des trous béants. Harry ne sait pas ce qu'il s'est passé, mais le monde semble avoir basculé.

Il repère une supérette. Les vitres sont explosées, les rayons renversés. Discrètement il cherche de quoi faire de plus grandes resserves d'eau et de la nourriture. Harry fouille, se faisant le plus silencieux possible. Il ne se sent pas en sécurité.

Au bout de ce qui lui parait une éternité, il a regroupé une bouteille d'eau oubliée, et quelques boites de conserve abîmées. Il range le tout dans sa malle, qu'il rétrécit à nouveau avant de la ranger dans sa poche.

Tous les sens aux aguets, il refait le chemin en sens inverse. Plusieurs fois il entend des voix, des bruits de choc et de violence. Des objets qui se brisent, des ordres hurlés accompagnés d'injures. Il en déduit la présence d'un groupe, à quelques mètres sur sa droite. Sans doute hostile. Il n'a pas envie de tenter sa chance. Il s'éloigne.

A un moment, peu avant de quitter la ville, il rentre dans une maison. Même sentiment d'abandon que dans la supérette. Dans la cuisine, il ne trouve rien. Il sait que le peu qu'il a déjà trouvé n'est pas suffisant. Avant de partir, il pense soudain à descendre dans la cave. Il se sent en sécurité. Il souffle un peu. Puis redevient nerveux. Une seule sortie, peu de visibilité sur l'extérieur.

Rapidement, il cherche à la lueur de sa baguette. Trouve enfin une réserve de bocaux. Fruit, légumes, c'est bien suffisant pour lui. Il range tout dans sa malle. Puis se crispe. Il y a du bruit à l'étage. Des objets tombent sur le sol. Trois, quatre voix. Des hommes. Dans un flash, les voix se superposent à l'image des rafleurs qui les ont pourchassés Ron Hermione et lui. Il se reprend. Repère une fenêtre au ras du sol. Aussi silencieux qu'une ombre, il s'échappe.

Il ne cesse de courir que bien après qu'il a regagné la forêt.

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Voilà presque trois semaines qu'il marche. Trois semaines que le monde a cessé de tourner rond. Son corps s'est habitué. A la marche et à son ennui trompeur. Au sol dur et irrégulier, traître. A ses points d'eau heureusement pas si rare, mais si dangereux. Tout le monde a besoin d'eau.

Il est retourné deux fois en ville pour se procurer de la nourriture. A chaque fois le même sentiment d'abandon, et de peur.

Parfois il a croisé d'autres personnes. Face à face impromptu, angoissant. Les trois premières fois, des familles, un petit groupe. Aussi surpris et apeurés que lui. Prudemment ils se sont éloignés. On reprit leur chemin sans échanger une parole. La quatrième fois, un groupe de six jeunes. Perdu. Agressif. Tenaillé par la faim, la soif, la peur. Harry a essayé de partir sans faire d'histoire, mais eux en ont fait. Il a sorti sa baguette. Ils ont ri. Puis se sont arrêtés, regardant l'espace vide qui avait provoqué leur hilarité d'un air confus.

Ce jour-là, Harry a compris qu'il ne suffisait pas de gagner Poudlard. Qu'il leur faudrait peut-être se protéger des Moldus, ou des sorciers. Il ignore tout de comment la situation a évolué dans le monde sorcier.

Alors quand il marche, le jeune homme pense. Il échafaude. Énumère. Passe le temps. Et chaque jour quand il regarde la carte, quand il marque son chemin, quand il mesure la distance qu'il lui reste à parcourir, il est empli d'un sentiment de force, d'assurance. De courage. Déterminé à survivre.

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Le jour ou Harry arrive enfin à Poudlard, il hésite. C'est un haut lieu de magie, il n'est sans doute pas le seul à avoir songé à s'y rendre pour être en sécurité. Il pense que peut être ce n'est pas une bonne idée, qu'il ferait mieux de faire demi-tour et d'aller retrouver les Weasley. D'ailleurs, il est stupide de ne pas y avoir pensé avant.

Puis la réalité le rattrape. Ses réserves de nourriture sont presque épuisées. Il n'est pas le seul à en rechercher. Il est plus que probable qu'en faisant demi-tour il se condamne lui-même à la faim. Il n'a pas d'autre choix que de rester ici. Puis ça le frappe. Il a pénétré les limites de Poudlard depuis un moment maintenant. Mais personne n'est venu à sa rencontre. Il trouve cela étrange. Il s'installe malgré tout. Discrètement. Pas de feu. Pas de bruit. Un sommeil agité.

A l'aube, il est réveillé et ne tient plus en place. Il se met à explorer. La nuit, il l'a passé à l'orée de la forêt, près du stade de Quidditch. Il fait le tour des environs, le lac, la cabane de Hagrid, puis les serres. Tout est fermé, abandonné. Nulle part trace d'un autre être vivant. Partout la nature qui reprend ses droits.

Harry est déstabilisé. C'est comme si une catastrophe avait éradiqué tous les êtres humains de la surface du globe et que personne ne l'avait prévenu. Il n'y a ni être vivant, ni corps. Rien. C'est ce qui le décide à rentrer dans le château. Il se dit que si des sorciers ont trouvé refuge à l'école, c'est là qu'il les trouvera, à l'abri des épais murs de pierre.

La porte grince légèrement quand Harry la pouce. Ce qui le frappe, c'est le silence. Le silence et l'obscurité. Il a toujours connu l'école brillamment éclairée par des torches aux flammes réconfortantes, envahis par le bruit de centaines d'élève joyeux et insouciants. Ce qu'il a devant lui c'est le même hall que dans ses souvenirs, les mêmes murs de pierres grises. Mais seulement illuminé par les deux lampes qui se sont faiblement allumée à son entré. Le reste, il ne le voie pas. Même la lumière du petit matin peine à passer par les grandes fenêtres.

Resserrant plus fermement sa prise sur sa baguette, il fait quelques pas. Les lumières le suivent, mais s'éteignent dès qu'il s'éloigne. Harry est effrayé. Mais aussi déterminé. Alors il continue. La grande salle est vide. Sombre. Le soleil du matin obscurci par une brume opaque qui recouvre le plafond.

Dans chaque pièce, la même scène. Le soleil qui ne parvient presque pas à rentrer, les lumières qui s'éteignent derrière lui, le silence. Les tableaux, noirs, désertés. Et surtout les meubles impeccablement rangés. C'est une désolation propre, ordonné. Aucune trace d'un passage humain. Aucune trace d'un passage de quoi que ce soit.

Ce n'est qu'en regagnant le hall que Harry la sent. La peur. Le désespoir. Puis les respirations, souffle laborieux et angoissant. Et enfin, le froid, lancinant. Cela rampe vers lui, venant des cachots. Il est en sueur, tremble. Ses yeux s'écarquillent, tandis que dans son esprit c'est le vide absolu autour d'un seul mot : comment ?

Il reste paralysé pendant presque une minute, peut-être même des heures, avant d'inspirer et de se mettre à courir. De sa baguette jaillit un long jet argenté. Il dévale les escaliers, saute, glisse, dérape, se rattrape in extremis, le regard fixé sur son patronus. Le cerf lui ouvre la voie, éclairant et repoussant tout à la fois les dizaines de Détraqueurs qui se sont déversés dans les couloirs de Poudlard.

Dans le hall, il aperçoit la porte qu'il a laissé entrouverte, et accélère. Il est presque sorti, quand il sent une main froide l'effleurer, le saisir. Moment de peur absolu et vertigineux. Cela dure une fraction de seconde. Il se dégage, se jette par l'ouverture, roule sur la pelouse verte éclaboussée par le soleil. La porte claque.

Allongé sur l'herbe, il halète, souffle, tremble, tout son corps recouvert d'une sueur froide qui le rend malade. Il se tourne et vomit. Prend plusieurs inspirations. Regrette de ne pas avoir de chocolat. A la place il lève les yeux vers le ciel, se laisse réchauffer tandis que son visage se couvre de larmes. Harry pleure, fort. Toute l'angoisse, la peur, la colère, la détresse qu'il ressent depuis un peu plus d'un mois que tout a commencé, tout cela il le laisse sortir et couler sur ses joues, passer la barrière de ses lèvres en longs gémissements ou en cris sourds.

Il pleure longtemps. Puis se calme. Retrouve une respiration normale. Son regard tombe sur le lac au loin. Il a besoin d'une pause. Sur les rives du lac, il se déshabille, et entièrement nu, rentre dans l'eau. Le contacte froid du liquide lui fait l'effet d'une grande bouffés libératrice. Il nage un peu, paresse, se délace. Puis il s'étend au soleil et se laisse sécher.

Ce moment lui fait du bien. Harry se sent plus serein. Quand il se lève enfin, il est décidé, prêt à finir son exploration, mais en se montrant plus prudent. Il prend la direction de Pres au Lard, effectuant le chemin rapidement.

Le village est vide. Pas une âme. Harry ignore ce qui a pu se passer, il n'y a aucun indice, juste des maisons calfeutrées et visiblement abandonnées. Il a l'impression d'être seul au monde, impression renforcée par le fait qu'il n'y a aucune trace de vie, pas même de corps. C'est comme si tout le monde avait disparu sans raison apparente.

Il visite chaque maison, chaque commerce. Il n'y a rien. Lorsque la lumière commence à décliner, il décide de rentrer à Poudlard. Cela le rapproche du château, mais c'est l'endroit où il se sent le plus en sécurité. Ce qui lui est le plus familier. Et puis hier soir il a passé la nuit à proximité, sans rien ressentir des Detraqueurs. Sans doute sont-ils confinés à l'intérieur.

Plutôt que de dormir dehors, comme il en a pris l'habitude depuis des semaines, il investit la cabane de Hagrid. Il ne fait pas de feu, pour ne pas encore attirer l'attention, mais aussi parce qu'il n'en a pas besoin. Le temps est encore clément. Il s'accorde pourtant d'allumer quelques bougies, pour s'éclairer. Il secoue les draps du lit à l'extérieur. Tout est couvert de poussière. Il a l'impression de renouer avec son humanité. Il s'installe à table, prend le temps de manger, se relâche. La nuit est tombée, il n'a plus rien à faire, alors il s'allonge dans le grand lit du demi géant qui fut son ami. Et s'endort. Profondément.

Le lendemain matin, Harry est presque surpris de s'éveiller en un seul morceau. Il a dormi toute la nuit. Il se sent joyeux, en forme. Sa journée il la commence au lac, en se passant de l'eau sur le visage. Le contact glacé lui fait du bien et dissipe les derniers vestiges du sommeil. Puis de nouveau assis à table, il mange quelques fruits.

C'est l'occasion pour le jeune homme de faire le point. Il décide de passer encore cette journée à explorer les environs. Puis demain, s'il ne trouve rien, il s'installera. Il lui faut se concentrer sur sa propre subsistance.

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C'est le soleil du petit matin qui réveille Harry. Par la fenêtre près du lit, il voit les rayons timides dissiper peu à peu la brume qui recouvre la pelouse de Poudlard. L'herbe est haute, folle. Il sait que quand il sortira, elle lui frôlera les genoux. Autour de lui, le silence.

Dans la petite cabane de Hagrid, encore un peu de poussière. La petite table, recouverte de bocaux vides. Un chaudron rempli d'eau dans la cheminée. Dans un coin, une caisse contenant des bougies et des lanières de coton, et d'autre bocaux de verre, remplis cette fois. Fruits et légumes en conserve, baies séchées, miel.

Comme tous les matins, il se lave rapidement le visage avec l'eau de pluie du tonneau à côté de la porte. Dehors, l'air chaud de ce début de journée le réchauffe agréablement. Septembre est ensoleillé.

Il prend un solide petit déjeuner. Eau, viande, racine, fruits. Il a trouvé la viande dans le conduit de cheminé, placé là à sécher, puis oubliée. Les racines et les fruits, dans les serres. Il se contente pour le moment de faire cuire ce dont il a besoin.

Ensuite, Harry part pour ce qu'il appelle dans sa tête ses expéditions. Depuis qu'il a senti les barrières magiques s'affaiblir, il fait le tour de Poudlard, le stade de Quidditch, le lac, la gare, Pré au Lard. Cherchant des traces de vie, de passage humain ou non. Il termine toujours par les serres. Et se met ensuite au travail.

Si partout ailleurs, la nature croit et reprend ses droits, il s'efforce de la maintenir éloignée des serres. En particulier des deux dernières. Il a découvert que sur les dix serres, seul six étaient utilisées par le professeur Chourave pour ses cours. Les quatre autres servaient à faire pousser de quoi nourrir les élèves affamés.

Il ne fait aucun doute que les elfes de maison se servaient de leur magie pour faire croître plus rapidement les pousses, mais Harry, lui ignore comment faire. Alors il pratique l'ancienne méthode. Il exploite deux serres, ce qui est bien assez pour lui et les réserves qu'il veut faire. L'année prochaine, s'il est encore là, il n'en entretiendra qu'une.

Pour l'heure, il bêche. Il a trouvé des outils dans une réserve. Dans ce quotidien où il travaille de ses mains, la magie ne lui sert pas. Si des sortilèges ont été créés pour ces tâches ingrates, il les ignore. Pendant plusieurs heures, il déracine les pommes de terre, les carottes, les oignons, il les étend au soleil, fait sécher la terre humide. Il ne s'accorde de pause que pour se désaltérer. L'atmosphère sous la carapace vitrée de la serre est étouffante malgré les fenêtres ouvertes. Sa peau est couverte de sueur.

Quand l'air devient trop étouffant, il abandonne ses légumes au soleil. Passant par le lac, il se rafraîchit, avant de s'engager dans la forêt. L'après-midi est juste entamé, et le couvert des arbres lui apporte une fraîcheur bienfaisante. Il commence maintenant à bien connaître la forêt interdite.

Il ne s'enfonce pas trop loin. Il n'en a pas la nécessité. Quelques minutes et il est auprès des ruches qu'il a créées. Peu de temps après son installation il a trouvé deux ruches suspendues dans les branches d'un grand châtaignier. Construire les ruches, déloger et transférer des habitantes ne lui a pas pris beaucoup de temps. La magie étant une alliée précieuse cette fois ci. Maintenant il peut récolter du miel pour sa consommation et surtout de la cire pour fabriquer des bougies. Les abeilles bourdonnantes tournent autour de lui. D'un sort il les repousse légèrement.

Il poursuit un peu, selon un chemin qu'il est seul à connaître. Il se souvient de buissons dont les fruits doivent avoir fini de mûrir.

Au bout d'un mois, Harry a épuisé toutes les ressources alimentaires qu'il avait amené avec lui depuis bien longtemps. Pour assurer sa substance première il a repéré dans la forêt interdite et dans Pres au Lard, des buissons fournis en baie. Il se nourrit essentiellement de fruits, de racines.

Dans l'une des serres, la plus reculée, il s'efforce de récolter des légumes et des fruits. Il défriche, retourne, bêche, arrose, arrache. C'est un travail dur et physique. A la fin de chaque journée il est épuisé.

Dans la cabane de Hagrid, dans laquelle il s'est installé, le confort est spartiate. Il a nettoyé, un peu. Le lit est propre et accueille son sommeil, toujours de plomb. Il a conservé la table. Le reste est envahi. Dans un manuel il a trouvé comment fabriquer des bougies. Il a rassemblé le nécessaire pour faire d'autres conserves lorsque ses légumes seront murs, et entrepose celles qui sont déjà stérilisées. Tout ce dont il avait besoin, il l'a trouvé chez Hagrid et dans les maisons vide de Pré au Lard.

Au bout d'un mois, Harry est ancré dans une routine qui lui permet de tenir. Il pense au futur, se prépare. Il sait que sa situation est encore précaire. Qu'il n'est pas à l'abri. Que des gens effrayés se laissent gouverner par leurs instincts. Qu'un jour, tout ce qu'il a, quelqu'un pourrait lui prendre.

Il se méfie. Il reste sur ses gardes. Il se fait discret. Il a déjà pensé à un endroit où il sera en sécurité. En tout cas plus en sécurité que maintenant. Chaque jour, il s'y rend discrètement, toujours en passant par la forêt. Il répare, lance des sortilèges de protection. D'ici quelques jours, il déplacera ses stocks de nourriture.

Et il attend. Il attend, les Weasley. Ou une autre personne. Qui ne soit pas mal intentionnée. Parce que depuis qu'il a quitté les Dursley, Harry est seul. Cela fait soixante-quinze jours. Et si personne ne vient, bientôt, il deviendra fou.

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Comme tous les jours, Harry se réveille avec le soleil. C'est une nouvelle journée qui commence. Encore une. Lorsqu'il ouvre les yeux, elle lui paraît identique à toutes les précédentes. Mais il lui suffit de sortir se rincer le visage pour voir immédiatement que quelque chose cloche.

La pelouse entre la cabane de Hagrid, et le château est inondée de lumière. Il fait déjà bon dehors. Le chant des oiseaux résonne dans ses oreilles. Et son cœur s'est figé, à la fois d'espoir et d'horreur. Les portes de Poudlard sont ouvertes.

Les pensées de Harry se bousculent, tandis que sans même s'en apercevoir il se met à courir. Il se dit que si les portes sont ouvertes, c'est que quelqu'un les a poussés, une personne faite de chair et de sang. Il espère que cela ne fait pas longtemps ou alors les Détraqueurs auront déjà fait leur œuvre. Il sent la sueur couler le long de son dos à la pensée qu'il va devoir pénétrer dans le château. Mais il ne peut renoncer à la possibilité de rencontrer un autre être humain alors que cela fait si longtemps qu'il est seul.

Harry n'a jamais été courageux. Il a renvoyé cette image mais en réalité, il n'est pas plus brave qu'un autre. Ces dernières années il s'est juste contenté de faire ce qu'il devait faire, de la même manière qu'il accomplissait ses corvées chez son oncle et sa tante. S'il avait vraiment été courageux, il n'aurait pas passé onze ans dans un placard, au sein d'une famille qui ne voulait pas de lui. Il serait allé chez Serpentard, et n'aurait pas supplié le Choixpeau pour qu'il l'envoie dans une maison ou ce serait plus facile. Il n'aurait pas espéré tant de fois que tout se termine. Et pourtant il court.

Dans le hall, rien n'a changé. Tout est toujours sombre, froid, vide. Pas de trace du passage de qui que ce soit. Soudain, il se dit que peut être c'est un piège. Il a observé les portes, a testé, cherchant à savoir si les créatures pouvaient sortir du château. Elles se sont contentées de se masser sur le seuil de la porte ouverte, incapable de sortir. Pourtant il se dit que peut-être il s'est trompé. Peut-être qu'il est trompé. Par eux. Par son imagination. Que la solitude a eu raison de lui. Tout son corps se met à trembler alors que son esprit lui hurle de partir. Sur le champ.

Pourtant, il continue. Si sa tête doute, dans son cœur raisonne la certitude que tout cela est réel. Qu'il n'est plus seul. Au loin, il croit percevoir un bruit. Un cri, un appel, un murmure. Qui pourrait tout aussi bien provenir d'un Détraqueur. C'est presque sans s'en rendre compte qu'il lance son patronus.

Le cerf tourne autour de lui, avant de faire quelques pas en direction des cachots, tournant sa tête argentée en direction de Harry. Le brun le suit, plus calmement. Sur ses gardes. Il descend lentement, envahi par le froid, le désespoir. Glacé jusqu'au fond de son âme. Assourdi par le silence.

Il s'enfonce dans le dédale des cachots. Dans le noir, éclairé par la lumière de son patronus, il est perdu, désorienté. Un bruit provenant du couloir sur sa droite le fait sursauter. Il tourne la tête, son regard essayant de percer les ténèbres. Mais le cerf continue son chemin, droit devant. Alors il abandonne. Il marche encore. C'est comme évoluer dans un rêve, ou un cauchemar. Comme marcher sans avancer.

Un cri. Bref, hystérique, terrifié. Humain, il en est certain. Il accélère. Il finit par déboucher dans un espace plus grand. Il lui faut plusieurs minutes avant de comprendre.

Il y a des dizaines de Détraqueurs, massés le long des murs. Au centre, un garçon. Sur le ventre, il rampe pour échapper à la créature qui lui a saisi les épaules. Ce n'est pas cela qui a fait crier le garçon.

A l'opposé des Détraqueurs, ils sont assis en tas informe, pressés les un contres les autres, ou bien debout, les bras ballants, immobile. Le regard vide. Des sorciers. Harry reconnaît certains visages. Des professeurs, des habitants de Pré au Lard. Sorte de cadavres vivant. Vision plus terrifiante que celle de centaine d'Inferis.

Harry inspire brusquement, douloureusement. Il reprend ses esprits. Se précipite sur la seule personne encore vivante de cet endroit, son patronus repoussant les Détraqueurs. Il le saisit à bras le corps, le portant presque, un de ses bras passé en travers de ses épaules.

Il sent la peau encore chaude, les tremblements de l'autre, son souffle et ses sanglots. Et cela lui remplit le cœur de joie. Il voudrait rire et pleurer et crier. Il a à peine accordé un regard au visage de l'autre.

L'âme gonflée de joie et d'espoir, son patronus tellement lumineux qu'il lui brûle les yeux, il avance. Vers la sortie. Il distingue à peine les corps sur sa route. Ils sont tous là. Les professeurs, ceux qu'il n'a pas vu dans la salle. D'autres visages, inconnues. Hommes, femmes, enfants, elfes. Tous ceux qui étaient vivant avant, et qui aujourd'hui sont mort ou presque. Ils bougent un peu, comme attiré par la lumière, la chaleur du cerf qui le protège et le guide. Attiré par sa propre joie comprend Harry.

Les Détraqueurs les poursuivent, il entend leurs râles, sent leurs souffles. Mais ils ne peuvent l'atteindre ni lui, ni le garçon. Quand ils sortent enfin du château, il lui semble entendre comme un cri de détresse provenant des créatures.

Il est incapable de s'arrêter. Ses épaules sont endolories, sont dos lui semble tordu dans un position tout sauf naturelle. Ses lèvres étendues en un sourire large qui lui fait mal aux joues. Puis il tombe. Il pense avoir trébuché, avant de comprendre que le garçon s'est évanoui. C'est son poids qui l'a fait chuter.

Se retournant sur le dos, Harry éclate de rire. Il n'arrive plus à s'arrêter. Il rit et ce son lui semble étrange, incongru. Étendu dans l'herbe haute, le soleil l'éblouissant, le réchauffant, aveuglé par le bleu du ciel, il est heureux.

Il lui faut plusieurs minutes pour se calmer. Retrouver une certaine lucidité. Puis il se penche sur le garçon. Le retourne sur le dos. Au premier regard il ne le reconnaît pas. Il est maigre, le visage pâle et émacié. Ses cheveux sont d'un gris sale. Et ça le frappe. Le menton pointu caché par un début de barbe blonde. Le nez aristocratique. Les vêtements, abîmés mais pourtant d'une qualité supérieure.

Drago Malfoy, parmi tous les autres.

Pour un peu il aurait presque envie de repartir dans un fou rire. A la place, il le secoue, tente de le réveiller. Sans succès. Alors à l'aide d'un sort, il le fait léviter jusqu'à la maison. L'étend sur le lit de Hagrid. Lui nettoie un peu le visage. Et s'assoit. Il passe un long moment à attendre qu'il ouvre les yeux. Avant de décider qu'il ne sert à rien de rester inactif plus longtemps.

Il a déjà réfléchi au fait que la cabane de Hagrid n'était pas l'endroit le plus sûr de Poudlard. Et il a déjà commencé à préparer sa nouvelle habitation. L'arrivée de ce nouvel habitant le décide à déménager dès maintenant. Malfoy est peut-être le premier d'un grand nombre. Il est temps qu'il investisse une habitation moins exposée, et qu'il cache ses provisions.

Harry se met donc au travail. Il commence par les conserves et les légumes, s'aidant de sortilèges de lévitation. Cette fois ci il ne passe pas par la forêt, il prend un chemin plus direct.

Le saule cogneur est toujours à sa place, toujours vivant, et toujours bien décidé à expulser loin de lui tout intrus, de préférence dans la douleur. Les hautes herbes sont un avantage. Elles permettent de masquer Harry tandis qu'à l'aide d'un long bout de bois, il immobilise l'arbre.

S'approchant tranquillement, il se sert d'une lourde pierre pour maintenir la pression sur la racine du saule, le temps de faire les transferts. Descendant dans l'ouverture suivit par son chargement docile, il remonte le long du tunnel reliant Poudlard à la Cabane Hurlante.

Après quelques minutes, il aboutit dans une cavité circulaire. Il l'a faite à l'aide de la magie. Tout le long, des étagères récupérées chez Zonko. Il installe ses provisions. Il lui faut plusieurs voyages pour que tout soit en ordre.

A chaque fois qu'il revient dans la cabane du garde-chasse, il jette un coup d'œil sur Malfoy. Mais ce dernier ne bouge pas, sans doute épuisé.

Quand son œuvre est terminée, il fait un dernier voyage. Le corps de son ancien camarade flottant doucement derrière lui, il ferme pour la dernière fois la porte de la cabane de Hagrid. Puis prend la direction de la forêt.

Il a décidé de n'emprunter le chemin du saule cogneur qu'en cas d'urgence. C'est sa sortie de secours, mais aussi un passage jusque dans sa nouvelle demeure et surtout à sa resserve de nourriture. Autant ne pas attirer l'attention.

Ce n'est qu'au bout d'une bonne demi-heure de marche qu'il arrive près de la cabane hurlante. Il a défriché un large carré d'herbe autour de la maison, créant un espace à découvert pour quiconque s'approcherait.

Il a utilisé les planches obstruant la porte et les fenêtres pour faire des volets, laissant ainsi passer les rayons du soleil. Il va vivre ici, il lui faut de la lumière. A l'extérieur, un tonneau pour recueillir l'eau de pluie. Un peu plus loin, un puits, lui aussi dégagé.

Tout lui semble calme, alors il entre. Dans la pièce, face à la cheminé, un canapé et deux fauteuils. Il les a réparés à l'aide de la magie. A gauche de l'âtre, coincé sous l'escalier, un lit et un matelas. Ça lui a paru une meilleure idée que de s'installer à l'étage. Et puis de toute façon il n'a pas encore eu le temps de nettoyer l'étage.

Contre le mur du fond, deux étagères. L'une supporte plusieurs ouvrages, l'autre est un peu moins remplie. Plus facile à déplacer. Derrière, une petite porte donne accès à la réserve de nourriture et au passage menant à Poudlard. Dans le coin droit, au fond, une table, des chaises, une autre étagère, avec quelques bocaux. Pour ne pas éveiller les soupçons.

Enfin, à droite de l'entré, un espace cuisine, de quoi faire la vaisselle, la ranger, cuisiner. Une réserve d'eau potable prise dans le puits. Et le long d'un mur, une cuve pour prendre des bains. Une heureuse trouvaille selon Harry.

Il fait bon à l'intérieur. Le jeune homme se sent en sécurité. Il connaît les protections posées. Sait qu'il a les moyens de se défendre. Alors il commence à s'occuper de son invité.

L'évaluant d'un œil critique, son corps toujours en lévitation, il commence par le déshabiller. Malfoy sent la crasse. Il le lave sommairement, ce qui pour le moment suffit. Puis en caleçon, et en t-shirt, il l'étend dans son lit.

Les chambres du haut n'ont pas été nettoyées, et il veut pouvoir le garder au plus près. De plus il fait meilleur dans la pièce du bas. Puis il reprend son rythme quotidien. Il est déjà tard, alors il se déshabille rapidement. D'un sort, il remplit sa baignoire de fortune, réchauffe l'eau, et s'immerge. Il fait une toilette rapide, récurant la crasse et la sueur de la journée. Puis il se sèche et fait disparaître l'eau sale.

Manger, lire un peu. C'est son quotidien, rythmé, presque minuté. Pourtant cette fois, une chose diffère. Son regard revient sans cesse à cet autre être humain, ce garçon qu'il a connu à l'école, si mince maintenant, le visage mangé par une barbe de plusieurs jours, qui dort dans son lit.

Quand il finit par s'étendre à coté de cet autre corps, ses yeux se ferment seul, et il s'endort en quelques minutes.

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Le lendemain, Harry se prépare pour sortir quand Drago Malfoy finit par ouvrir les yeux. Cela fait si longtemps qu'il n'a vu personne, parlé a personne qu'il reste figé, ne sachant pas comment réagir.

Il observe Malfoy se redresser assis dans le lit, ses yeux gris se fixant sur lui, longuement, puis ils font le tour de la pièce, s'abaissent sur son propre corps, avant de revenir à leur point de départ.

Lorsqu'il parle, c'est sur un ton plat, comme s'il énonçait une évidence.

« Potter. Bien sûr ça ne pouvait être que toi. »

Harry pas quoi penser de cette entrée en matière. Dans sa tête c'est le vide. Drago finit par se lever du lit, lentement, comme s'il testait ses forces. Puis il s'avance vers le brun.

« Potter, mon héro ! Je me souviens des Detraqueurs et de toi. Et de ce qu'il y a dans les cachots. Tu m'as sauvé, encore une fois. Saint Potter ! »

Le ton est un peu sarcastique mais pas agressif. C'est presque familier. Alors le cerveau de Harry se remet en marche. Il hausse les épaules comme seul réponse aux paroles de l'autre homme.

« Je t'ai ramené chez moi. Enfin dans la cabane hurlante. C'est chez moi maintenant. Tu as faim ? »

La voie est un peu éraillée de ne pas avoir servie, rauque. Il n'est pas à l'aise sous le regard de son ancien ennemi. Trop de choses demeurent entre eux, et tout ce temps passé seul fait que Harry ne sait pas comment se comporter.

Sans attendre de réponse il se met en mouvement, s'ancrant dans des gestes quotidiens. Sous le regard scrutateur, il prépare un déjeuner pour Malfoy. Et curieusement, il se met à babiller de tout et de rien.

« Il y a une baignoire dans le coin si tu veux te laver, ou le puits dans le jardin. Je pense que tu devrais te laver. Je t'ai juste débarbouillé avant de te mettre dans le lit, histoire de … Bref. Tu veux peut-être des affaires ? »

A ces mots, Harry se retourne comme sous le coup d'une idée lumineuse. Pour découvrir Malfoy nu devant la baignoire. Le brun sent son visage s'embraser. Il se retourne si vite que la tête lui en tourne un peu. Sur ses rétines, le corps pale du blond s'imprime au fer rouge, bien malgré lui. Il déglutit et tente de sortir des excuses, bafouillant lamentablement.

Un rire le surprend.

« Du calme Potter. Le déjeuner est en train de brûler. »

Harry acquiesce et reprend nerveusement ses préparations. Son esprit est vide. La situation incongrue, la solitude des derniers mois. Il se sent vaciller. Malfoy reprend.

« J'avais oublié à quel point ceux qui viennent du monde Moldu sont prudes. Pour ma part, je ne vois pas de raison d'avoir honte de mon corps devant qui que ce soit. Mais désolé que ça t'ai gêné. »

Le brun hoche la tête. Le repas est servi. Il attend que Malfoy termine de se laver, assis dos à lui sur une chaise. Ils finissent par se retrouver face à face, le blond engloutissant la nourriture. Tellement habitués au silence, ils ne le trouvent pas pesant. Mais les mots sortent malgré tout.

« Ça fait presque trois mois que je suis arrivé ici. Je n'ai vu personne depuis. J'ignore ce qui s'est passé à Poudlard, quand je suis arrivé les Détraqueurs étaient déjà là. Et probablement que les autres aussi étaient déjà là. »

Le regard de Harry demeure fixé sur la table. Il a les mains qui tremblent et son cœur serré d'angoisse. Il est perdu dans l'étrangeté de la situation. Installé face à son ancien ennemi, discutant et se livrant. Il n'a rien oublié de leur passé commun, mais c'est comme si plus rien de tout cela ne comptait vraiment. Ne reste que la peur de le voir partir, la peur de retourner à sa solitude, et la folie, qui guette.

Alors il parle, il explique les Moldus, sa fuite, les Détraqueurs, la cabane de Hagrid, l'attente de voir un autre être vivant. Malfoy l'écoute, ses yeux le fixant. Il écoute et il comprend, ce que l'autre ne dit pas. La solitude, la routine, l'espoir qui se fait chaque jour plus petit, le travail pour survivre, prévoir le futur, mais quel futur si on reste seul. La peur, chaque jour un peu plus présente, de devenir fou.

Quand Harry se tait enfin, ses yeux verts remontent pour le regarder, remplis de questions et de peur. Drago est un instant déstabilisé. C'est le moment. Ils le sentent tous les deux, c'est diffus mais présent. Le moment charnière, celui qui va déterminer toute la suite. La poursuite de leur ancienne relation, la haine, la confrontation. Ou un autre futur. Incertain, différent. Drago prend une inspiration et entame son propre récit.

Il raconte les procès d'après-guerre, les responsables à designer, parce qu'il en faut bien. La Gazette qui ne parle que du Héro. Le ministère, dépassé, les Gobelins, la fermeture de Gringotts. La panique des sorciers, violente. Puis les attaques, les sorciers dépouillés.

Il raconte le manoir, la nuit, les protections qui tombent, la panique de son père, devenu fou, le courage de sa mère, face à ces ombres remplis d'avarice. Elles sont venues à la recherche de l'or des Malfoy, sans pouvoir imaginer, entendre, que l'or a disparu, englouti bien avant leur arrivé, par la guerre.

Drago a fui, sous l'impulsion de sa mère. Il a marché longtemps, a eu froid, faim et soif. A Poudlard, il a pensé trouver un refuge et de l'aide. Il n'a trouvé que les Détraqueurs. Et Harry. Il n'a nulle part ailleurs où aller.

Les deux garçons se fixent, comme des étrangers, pourtant relié par tant de choses. Dehors, les derniers jours de chaleur et de soleil. Les humains ont perdu la tête, mais le monde reste calme et paisible.

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Décembre. La neige, le froid. Dehors, Harry travaille dans la forêt. Il coupe le bois, récolte certaines herbes, prépare les serres pour le printemps. Parfois il s'arrête pour regarder la nature. Il pense quelques fois qu'il devrait se sentir seul. Ce n'est pas le cas. Plus depuis que Drago est arrivé.

Le travail extérieur le tient occupé, et quand il rentre il n'est plus seul. Étrangement, la cohabitation n'a pas été difficile. Ils parlent, font des projets, apprennent à se connaître. A travers Drago, Harry redécouvre le monde magique.

La nuit tombe doucement tandis qu'il rentre. Au loin, il aperçoit la maison éclairée, le jardin qui l'entoure, espace dégagé qui leur permet de repérer d'éventuels intrus. Depuis que Drago est arrivé, ils n'ont interagi avec personne. Tout juste ont-ils aperçu quelques Moldus, passant près de la forêt interdite. Aucun ne s'est approché des constructions sorcières. Les deux garçons ont préféré rester éloigné.

Quand il pousse la porte, il est couvert de neige. La chaleur lui tombe dessus, presque étouffante. Dans la cheminé le feu flambe, orange et jaune, réconfortant, léchant un chaudron bouillonnant.

« Salut Potter. »

Drago est dans la partie cuisine, maniant un long couteau avec dextérité, réduisant une carotte en rondelle sans aucune pitié.

« Bonsoir Drago. » Rétorque le brun, un sourire malicieux étirant ses lèvres.

« Tu seras gentil de ne pas mettre de la neige et de la boue partout, je ne suis pas un elfe de maison ravi d'éponger derrière saint Potter. »

La remarque fait rire Harry, qui imagine le blond drapé d'une taie d'oreiller sale. Il s'arrête pourtant rapidement, son imagination prenant une direction inattendue en lui rappelant qu'il n'a aucun mal à s'imaginer le corps du blond puisqu'il l'a déjà vu nu. Et que cette image est encore particulièrement vivace.

Se reprenant, il retire soigneusement manteau et chaussures et s'approche du feu, main tendue.

« Tu t'es remis à la potion ? Parce que si c'est ce qu'on mange, je crois que je vais m'abstenir... »

Demande-t-il en avisant l'étrange liquide orangé qui bouillonne tranquillement dans le chaudron dans la cheminé. Du coin de l'œil il aperçoit Drago soupirer et lever les yeux au ciel.

« Très drôle Potter. Vraiment. On reparlera de ton humour quand tu auras pris froid et qu'il te faudra de la pimentine. »

Harry grimace, certain que ce ne sont pas des menaces en l'air. Puis il se dirige vers la baignoire dans le coin de la pièce. La remplissant d'eau chaude en quelques sort, il se déshabille rapidement tout en questionnant Drago sur sa journée.

Le brun est devenu plus à l'aise avec l'autre garçon, comprenant qu'il n'y avait aucune raison pour que l'autre regarde son corps. Ils se comportent tout deux comme le ferait deux camarades de dortoir, habitués à partager une certaine promiscuité. Ce qui n'est pas peu dire puisqu'ils partagent encore le même lit.

En effet, en voulant réhabiliter une des chambres de l'étage, ils ont découvert que seul le conduit de la cheminé principal était utilisable. Impossible donc de chauffer une des autres pièces sans ramoner et réparer le conduit. Ils ont décidé de repousser la tache aux beaux jours. Après tout, ils partagent déjà le lit du bas, la situation est restée en l'état.

Revenant à ses ablutions, Harry prête attention à son compagnon, qui lui raconte ses dernières péripéties à l'étage, riant sans retenue en l'imaginant attaqué par la colonie de doxie de la dernière chambre.

« C'est ça moque toi Potter ! En attendant, les chambres sont maintenant propres et utilisables, ou ce sera le cas quand il fera plus chaud, parce que pour le moment on gèle en haut. »

Le brun hoche la tête, tandis qu'il se sèche rapidement, le nez envahi par l'odeur de la nourriture en train de cuire.

« C'est bien, ça nous servira toujours. Encore plus quand on aura trouvé comment déboucher les conduits. »

Il poursuit tout en commençant à mettre la table.

« Moi je n'ai pas beaucoup avancé. C'est plus dur que je ne le pensais de rentrer chez les gens et de fouiller dans leurs affaires. Je me suis arrêté pour aller prendre l'air. »

Drago hoche la tête tandis qu'il s'assoit à table et les sert. Leurs gestes habituels montrent que les deux garçons ont appris à vivre ensemble et qu'ils s'entendent bien. Ils sont en confiance, discutant de projets qu'ils ont établis ensemble.

Le blond se lèche les lèvres, hésitant, avant de proposer.

« Je pourrais t'aider si c'est trop pénible. A deux cela irait plus vite aussi. »

Harry soupire, son front se plissant de contrariété.

« Drago on en a déjà parlé. On s'est mis d'accords pour que l'un de nous reste toujours à la maison, pour la défendre. Si tu veux sortir plus, dis-le et on s'arrangera. »

Le blond secoue la tête.

« C'est vrai que les journées sont longues, mais ça va. Je voulais juste que tu ne sois pas trop seul. »

Même si le ton est détaché, l'attention est sincère, Harry le sent. Touché, il sourit au blond, enchaînant sur des sujets plus légers.

Le repas finit, Harry s'occupe de débarrasser et ranger, tandis que Drago termine sa potion. Ils finissent tous deux assis sur les fauteuils devant l'âtre. Si Drago a choisi de poursuivre sa lecture, Harry lui est pensif.

« Je peux te poser une question indiscrète ? »

Drago lève les yeux, refermant son livre. Voilà plusieurs mois qu'ils vivent ensemble. Ils ont parlé de nombreuses choses, sont allés jusqu'à évoquer la guerre, leurs rôles et leurs espoirs. Il a du mal à imaginer un sujet plus personnel.

« Va-s'y je t'écoute. »

Harry s'agite quelques secondes, ses yeux croisent ceux de son vis-à-vis avant de se reporter sur le feu.

« Tu as déjà été amoureux ? »

La question est surprenante et pour le blond, pas si intrusive.

« Oui, je l'ai déjà été. Si je dois être sincère, je le suis encore et je pense que je le serais encore pendant longtemps. »

Drago a décidé de se montrer honnête. Dès le premier jour, il a tout abandonné. Bien sûr son caractère ne change pas, il est toujours sarcastique, malicieux, parfois blessant. Mais il ne se cache plus, il est moins en colère, sur la défensive. C'est pourquoi Harry n'est pas surpris de sa réponse.

Patient, le blond croise les jambes élégamment, attendant la suite.

« Je n'ai jamais été amoureux. Du moins pas vraiment. »

« Il y a pourtant eu cette Serdaigle non ? Et Weasley aussi. Vous êtes sortis ensemble. »

Harry réfléchit un peu, se mordillant la lèvre. Puis il secoue la tête.

« Non. Enfin oui. J'ai embrassé Cho mais... Ce n'était pas ce que j'imaginais. Pour Ginny, c'était différent. Je ressentais des choses, des choses plaisantes. Mais je ne l'ai jamais désiré. Ça n'a jamais été passionné. Ça n'était pas... Je sais pas. J'en attendais peut-être trop. »

Voilà donc le versant personnel de la conversation. Drago reste de marbre tandis que les joues de Harry sont écarlates. Le silence s'installe, gênant.

« J'étais promis à Daphné Greengrass, même si Pansy essayait de faire croire autre chose. Mais j'ai toujours préféré les garçons. »

Harry lève les yeux, surpris.

« Ce n'est pas une honte chez les sorciers. Surtout chez les anciennes familles. Seule compte la lignée et les avantages apportés par l'alliance. J'ai déjà couché avec des garçons. »

Harry se sent mal à l'aise. Il ne s'attendait pas à ça. Ce n'est pas tant le contenu que ce que cela lui renvoie. Drago le regarde toujours, presque impassible. Lui se sent dépité.

« Je n'ai jamais fait l'amour. Je n'ai jamais fait quoi que ce soit avec personne. »

Il murmure. Se sent comme un petit garçon alors qu'il devrait être un homme. Il ignore pourquoi tout ça prend soudainement autant d'importance. Mais voilà plusieurs semaines que son esprit est occupé. Il est seul. Bien sûr il y a Drago, mais c'est différent. Il voudrait une personne avec qui tout partager, le quotidien, mais aussi des moments plus intimes. Des frôlements, des caresses, une proximité physique. Il n'a pas eu comme les autres, le temps d'explorer ce qui lui plaît, de faire des expériences.

Serrant les points, il laisse sa tête cogner contre le dossier du fauteuil.

« Pourquoi m'en parler ? Ça ne me dérange pas, nous sommes amis maintenant, mais... Il s'est passé quelque chose ? »

« Non. Je pense que c'est juste toute cette situation, toute cette solitude. Avant que tu n'arrives, j'ai cru que je finirais par devenir fou. Depuis que tu es là, je ne me sens plus aussi seul bien sûr, mais c'est comme s'il me manquait un truc. »

Drago acquiesce, ses yeux gris toujours fixé sur le brun. Soudain il se lève, venant s'asseoir sur les genoux de Harry, ses cuisses pressées de chaque côté des siennes. Pendant un instant il pense qu'il va finir au sol, repoussé violemment. Mais son compagnon cesse de remuer, le fixant avec des yeux écarquillés.

« Qu'est-ce que tu fais Drago ? »

La question n'est que murmurée. Les mains du brun sont à quelques centimètres du blond, ne sachant pas vraiment si elles doivent reculer ou se poser.

« Je tente quelque chose, qui je pense nous fera du bien à tous les deux. »

La voix est calme et assurée, un peu basse, tandis que la bouche qui prononce ces mots se rapproche petit à petit. Harry a le cœur qui bat fort. Il n'a jamais battu aussi fort de toute sa vie. Il se sent en feu, son corps le brûle. Et pourtant, ce n'est pas une mauvaise sensation. C'est étourdissant.

Il regarde Drago dans les yeux. Il a l'air calme et déterminé. Mais il ne lui fait pas peur. Il ne le force pas. Il l'observe de ses yeux gris. Baissant parfois le regard sur les lèvres de Harry. Il ne bouge plus, attendant du brun quelque chose.

Son regard se pose sur la bouche de l'autre garçon, si proche, mais pas encore assez près. Il voit sa langue passer furtivement entre ses lèvres, les laissant humides. Il ne sait pas pourquoi cette vision lui coupe la respiration. Il a envie de rester ainsi pour l'éternité. Mais il veut plus. Tellement plus.

Il regarde à nouveau Drago, les yeux écarquillés, brûlant d'envie. Et enfin l'autre se penche un peu plus.

C'est d'abord, un effleurement de lèvres. C'est doux, délicat, incendiaire. L'instant se fige, flottant doucement entre eux.

Puis, leur bouche se pressent, plus fermement. Une fois. Deux fois. Trois fois.

Harry a fermé les yeux. Il est figé. Mais d'une bonne façon. Son corps comme extra conscient de celui de Drago, qui le frôle, qui l'effleure, qui le presse.

Drago laisse sortir un souffle tremblant. Ils se regardent. Les iris grises ont presque disparues sous la pupille dilatée. Il ferme les yeux et s'approche à nouveau.

Quand leurs lèvres se touchent, Harry gémit. Ses mains, dont il ne savait toujours pas quoi faire, se posent dans le dos du blond, le rapprochant, pressant son corps contre le sien. Le feu qui court sous sa peau augmente encore en intensité. Et il embrasse Drago.

Il ne sait pas s'il s'y prend bien, mais il n'a aucune envie d'arrêter. Il sent des mains se poser sur son épaule et dans ses cheveux, l'agrippant et le serrant fort.

Ça l'embrase complètement.

Il rapproche encore Drago, ses mains se posent sur son bassin, presque sur ses fesses. Il sort le bout de sa langue, la glissant lentement sur les lèvres de l'autre garçon.

Et puis soudain, il l'embrasse. Vraiment. Une autre langue danse contre la sienne, et c'est une autre bouche qu'il a le droit d'explorer. Il n'a jamais ressenti ça, ce feu, cette impression de justesse.

C'est un baiser mouillé, un peu sale, mais de la bonne façon pense Harry. Il est sans doute maladroit. Il n'a pas vraiment d'expérience dans le domaine. Les baisers qu'il a échangé avec Ginny n'avaient rien à voir.

Il est inondé de fierté quand Drago gémit contre sa bouche. Son corps se presse plus fort contre le sien, son bassin s'imbriquant au plus près du sien.

Harry sent son érection se presser contre celle de l'autre garçon, et c'est bon et juste.

Drago finit par reculer sa bouche, juste un peu, ses yeux d'argent liquide le fixant tandis qu'il reprend son souffle. Harry lui a encore faim. Il ne veut pas arrêter de sentir le parfum, et la douceur de la peau de l'autre. Il veut entendre d'autres gémissements et savoir que c'est lui qui les provoque. Il pose ses lèvres et sa bouche ailleurs.

Il commence par le creux sous l'oreille, dardant sa langue. Petit souffle étranglé. Puis ses lèvres descendent, lentement, le long du cou. Inspiration tremblante. Enfin, il descend à la jonction du cou et de l'épaule. Il mord un peu, pour mieux embrasser ensuite. Et Drago gémit enfin, son bassin ruant involontairement contre le sien, lui envoyant des petites étincelles dans le bas ventre.

Des mains remontent dans ses cheveux et tirent dessus, lui faisant pencher la tête en arrière. Il l'embrasse à nouveau. Et c'est aussi bon, aussi juste, que les autres fois.

C'est le cri strident d'une chouette qui les sépare, les faisant sursauter. Ils ne bougent pas de là où ils sont, ils observent la nuit noire dehors, attentif au moindre bruit. Mais il n'y a rien dehors. La nature est redevenue silencieuse.

Ils se regardent, observant leurs lèvres gonflées par les baisers et leurs regards enfiévrés. Harry est le premier à rompre le silence.

« J'ai encore envie de t'embrasser Drago. »

Il le dit dans un souffle, sincère, candide et brutalement honnête. Drago écarquille les yeux, avant que son regard s'adoucisse, devenant presque tendre. Alors il se penche à nouveau.

Ils s'embrassent encore un long moment. Jusqu'à ce que leur fatigue respective les fasse trop bailler. Alors ils se séparent, se préparant pour la nuit, Harry venant chercher d'autres baisers qui parfois s'éternisent.

Enfin ils s'allongent face à face, dans le lit qu'ils partagent. Harry l'embrasse encore, lentement, doucement. Puis il s'endort, ses lèvres étirées par un petit sourire.

Drago a plus de mal à trouver le sommeil malgré la fatigue. Il ne sait pas ce qui vient de se passer, a du mal à le gérer. C'est différent de tout ce qu'il a pu vivre, différent de tout ce qu'il a pu imaginer. Mais c'est bien, il le sent au fond de lui. Et puis il lui suffit de se rappeler le regard de Harry et de voir son sourire serein pour savoir que quoi que décide l'autre garçon, il suivra son choix.

Il s'endort lui aussi.

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Le lendemain matin c'est Harry qui se réveille le premier. C'est une habitude. Quand il était seul, il se couchait tôt, faute d'activité ou de compagnie, et se réveillait avec le soleil. S'il ne se lève plus à l'aube, il reste plus matinal que son compagnon.

Drago dort, la respiration lente, le visage enfoui dans l'oreiller. Harry ne veut pas le réveiller. Il se sent un peu perdu ce matin. Il voudrait embrasser encore l'autre garçon. Sentir encore sa peau, ses lèvres, entendre ses gémissements.

Mais d'un autre côté, il a peur. Sans savoir de quoi exactement. Hier ils n'ont pas parlé. Peut-être que ce qu'il s'est passé restera isolé. Que le blond a juste eu pitié de lui.

Non. Ce n'était pas de la pitié. Ce n'est pas dans le caractère du blond. Pourtant, il ne sait toujours pas quelle attitude adopter. Alors il suit sa routine.

Se lever, se laver rapidement, rallumer le feu car il fait de plus en plus froid. Puis sortir pour faire le tour de cet endroit qu'il s'est approprié. Il cherche des traces de passage, près de la maison, puis dans Près au Lard, et enfin à Poudlard.

Il a neigé cette nuit encore. Une fine couche. Dans ces cas-là, Harry lance un sort pour que ses traces se recouvrent. Il ne veut pas prendre de risque. Le risque de quoi ? Ni Drago ni lui n'ont vu personne depuis une éternité. Ils ont cette impression d'être seul au monde. Et plutôt que de laisser des indices, des signes pour conduire d'autres personnes jusqu'à eux, ils se cachent. Pourtant, ils sont deux et ils sont fort, ils ont posé des sortilèges. Ils ne sont pas démunis ou vulnérables (proposition : « Ils ne sont ni démunis, ni vulnérables »). Ils ont de quoi accueillir d'autres personnes. Mais la peur est encore là, un instinct qui leur dit de se protéger, de ne pas prendre de risque, de rester sur le qui-vive. Inexplicablement.

Une fois son tour terminé, Harry rentre. Une certaine appréhension lui noue l'estomac. Drago est levé. Les volets sont ouverts. Quand il passe le seuil de la porte, le blond agite distraitement sa baguette pour que le petit déjeuner se prépare seul, tout en lisant un livre de sortilège. Il lève un instant les yeux sur Harry avant de reprendre sa lecture.

« Salut Potter. »

Simple, laconique. Harry retire lentement son manteau et son écharpe. Il se sent comme un animal sur le point d'être dévoré.

« Salut »

Il répond lentement, doucement. Sans bouger du seuil de la porte. Les deux garçons se regardent. Harry voit passer quelque chose dans les yeux gris de son compagnon. De la peur, de la déception, et autre chose qu'il ne comprend pas.

Alors il s'approche. Drago ne bouge pas, appuyé contre le meuble de la cuisine, son livre a la main. Mais ses yeux parlent pour lui. Ils brillent et se remplissent d'une lueur que Harry ne comprend pas. Pas en totalité du moins. Tout ce qu'il sait, c'est que ça veut dire oui.

Il se penche doucement, et enfin, il l'embrasse. C'est doux et timide, délicat. Puis, ça devient puissant tandis que Harry laisse parler son envie. Plus entreprenant que la veille, il exprime ses doutes, ses hésitations, sa fougue.

Il dévore la bouche de l'autre garçon dans un baiser étourdissant qui les laisse pantelant. Prenant le visage de Drago en coupe dans ses mains il plante ses yeux dans les siens.

« Ok. Je peux t'embrasser alors ? Je veux dire, quand j'en ai envie ? »

Drago fait la moue, ses yeux se teintant de cet éclat particulier laissant présager une moquerie.

« Potter tu veux peut-être m'envoyer un hibou avant chaque baiser ? »

Puis il poursuit plus doucement.

« Oui Harry tu peux m'embrasser. Quand tu veux. Sans demander de permission. Ne réfléchit pas trop Potter c'est mauvais pour ton cerveau. »

Le brun ri en se reculant, redressant les épaules comme libéré d'un poids. Ils s'installent à table tous les deux, discutant du programme de leur journée, déjeunant tranquillement.

Le temps passe ainsi. Ils surveillent les alentours, tentant de déterminer si des humains, des sorciers passent à proximité. Entretenant les serres, les plantations près de la cabane hurlante. Les journées, Harry les passe à Prés au Lard, triant, jetant, entreposant les possessions des anciens habitants qui ne reviendront plus de Poudlard. Il range les maisons, les ferme, les prépare pour un long sommeil. Avec le secret espoir qu'un jour des sorciers viendront à la recherche d'un endroit où s'établir. Drago fini par le rejoindre, quand ils trouvent enfin des sortilèges de protection suffisamment puissants pour protéger leur maison. Ils se partagent le travail. Rient. Discutent. Vivent.

Et parfois ils s'embrassent. De plus en plus souvent. Ils s'enlacent. S'effleurent. S'apprivoise. Ça ne va jamais très loin. Ils n'en parlent pas. Se contentent de ressentir et de laisser parler leurs envies. Se laissent le temps.

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L'hiver est passé et a laissé place aux pluies de printemps. Tantôt chaudes, tantôt glacées. Tantôt éphémères, tantôt durant des jours et des jours. Ce matin, c'est un matin de pluie interminable, froide, bruyante. Le vacarme des gouttes assourdit tout. Des grosses gouttes glacées qui s'écrasent sur la tête et la nuque de Drago, penché sur des herbes à la lisière de la forêt interdite. Il doit récolter certaines herbes qui ne poussent que les jours comme celui-ci, pour faire des potions qui leur seront utile pour la reprise des plantations dans les serres.

Penché sur son travail, il est renfrogné. Il déteste ce temps. Il aurait préféré rester au lit. Blotti contre Harry. Le brun est de moins en moins gêné par leurs étreintes. Car s'il est le plus souvent à l'origine des baisers qu'ils s'échangent, c'est Drago qui rapproche leurs corps. Des contacts délicieux qui les électrisent.

Mais ce matin, Harry l'a repoussé. Et si habituellement le blond ne se formalise pas trop, aujourd'hui ça l'a mis de mauvaise humeur. Il peine à suivre le rythme lent de son compagnon, voulant plus. Il sait que le brun le désire. Il comprend qu'il puisse être effrayé. Mais il a de plus en plus de mal à supporter que leurs étreintes soient interrompues de façon aussi abrupte.

Il s'est levé et s'est habillé sous les protestations de Harry. Ce qui l'a encore plus énervé. Il a claqué la porte. Tout juste a-t-il pensé à prendre son panier de récolte. Mais il a oublié de prendre sa baguette. Ce qui a achevé de le rendre d'une humeur exécrable. Il est donc condamné à finir trempé, ne pouvant même pas se jeter un sort imperméabilisant.

Il est plongé dans ses pensées, travaillant mécaniquement. Démêlant ses sentiments en même temps que les herbes. Il repense aux baisers de ce matin. Il ne comprend pas pourquoi Harry se montre si entreprenant pour les baisers, mais refuse toute proximité supplémentaire.

Pourtant, il sait que l'autre garçon aime ça. Les moments où il se laisse aller sont pleinement satisfaisant pour eux deux. Il ne s'agit que de câlins et de quelques frottements. Alors Drago ne comprend pas. Il se sent frustré.

Il est tellement absorbé, qu'il n'entend pas. Ils sont quatre. Entre vingt et trente ans. Ils ont suivi la route en silence, cherchant un endroit où s'abriter de la pluie. Quand ils ont aperçu Drago, ils ont ralenti et ont souri.

Ce sont des Moldus. Ils se sont trouvés quand le monde a commencé à sombrer. Ils ne cherchent pas à survivre, à s'établir et recommencer à vivre. Pour eux la vie c'est ça. Marcher, et parfois trouver d'autres personnes. Alors ils peuvent s'amuser.

Drago n'a pas le temps de comprendre. Il sent une masse lui tomber dessus et sa tête heurte violemment une pierre au sol. Il est sonné, voit flou et ses oreilles bourdonnent. Il distingue à peine les quatre silhouettes sombres.

Ils rient et s'interpellent mais Drago ne comprend pas. Il roule sur le sol et gémit de douleur, une nausée soulevant son estomac. Les hommes rient. Puis cela commence. A coup de pied, de poing. Les hommes le frappent et s'amusent de l'entendre gémir, de le voir essayer de leur échapper.

Parfois, il doit s'évanouir. Un voile noir tombe devant ses yeux, il n'entend plus, ne sent plus. Ça ne dure que quelques minutes. Il n'arrive plus à penser. Autour de lui tout n'est que bourdonnement et rire.

Puis elles sont là. Ils sont trois. Le quatrième reste à l'écart et regarde. De leurs mains, ils le déshabillent, arrachant ses vêtements, griffant, marquant un peu plus sa peau. Les cris changent, se teintent d'excitation. Drago est presque nu, son corps reposant sur les lambeaux de ses vêtements et dans la terre gorgée d'eau.

Il pleure mais ne s'en rend pas compte. Il supplie mais ne s'en rend pas compte. Il sent leurs mains sur lui et a envie de vomir. Mais il ne peut pas bouger, trop sonné. Son corps ne lui répond pas plus qu'une poupée de chiffon.

Soudain elles s'arrêtent. Elles disparaissent.

Les quatre hommes ont aperçu le château. Certains veulent profiter du garçon tout de suite. Mais un refuse. Ils explorent, trouvent un endroit sec, de la nourriture. Et ils pourront profiter ensuite du garçon. Le jeu durera plus longtemps. Ils approchent prudemment. Cherchant des signes de vie. Puis plus vite, ne voyant rien.

Ce seront les premiers Moldus à pénétrer dans Poudlard. Dans le noir, ils hurlent. Mais personne ne leur vient en aide. Ils ne ressortent pas.

Drago ne sait pas tout ça. Quand ils partent, il essaie de se traîner. Mais sa tête lui fait trop mal. Les hommes n'ont pas fait trois mètres qu'il s'est déjà évanoui.

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Harry est énervé. Un énervement qu'il juge tout légitime, entièrement dirigé vers la personne qui partage sa vie depuis quelques mois. Et sans doute aussi un peu contre lui-même.

Alors il évacue sa colère et sa frustration dans l'une des dernières maisons de Pré au Lard. Une fenêtre restée entrouverte a fait rentrer l'eau et l'humidité, faisant gonfler le bois des meubles. Il a passé presque toute la journée à lutter contre des portes récalcitrantes, tirant et poussant tour à tour durant de longues minutes. Il a peu avancé dans son travail. Et s'il est honnête avec lui, sa colère et sa frustration n'ont en rien diminué non plus.

Harry regrette que ses amis ne soient pas là. Cela fait un moment qu'il n'a pas pensé à eux. Il se sent un peu coupable pour ça même s'il sait qu'ils ne lui en voudraient pas. Ron n'aime pas trop parler de sentiments, mais il aurait soutenu Harry dans son énervement, l'aidant à évacuer et sortir tout ce qu'il garde au fond de lui. Hermione aurait analysé, compris et aidé à comprendre.

Soufflant, le brun s'assoie près d'une fenêtre qu'il a ouvert, l'air doux caressant sa peau en sueur. Il pleut dehors, le bruit des gouttes s'écrasant au sol étouffant tout autres bruits. C'est apaisant.

Il pleuvait déjà ce matin quand il s'est réveillé. Drago était levé, terminant sa toilette. Harry l'a observé quelques secondes, ses yeux glissant le long du corps du blond. Leurs regards se sont croisés et ils se sont souri. La journée commençait bien.

L'autre garçon est revenu dans le lit, son corps se collant contre celui du brun tandis que leurs lèvres se rencontraient déjà pour une danse devenue familière. Les mains dans ses cheveux, Harry a embrassé Drago avec passion et plaisir. Il a apprécié les petits bruits qu'il a tiré de l'autre. Rien qu'avec sa bouche. Ça l'a rendu fier. Et fou aussi. Comme à chaque fois.

Son esprit calme, il n'était plus que sensation et cela lui plaisait. Il sentait son corps s'embraser. Il ne pensait plus, ne réfléchissait plus. Comme chaque fois, il vivait un instant figé dans le temps.

Et puis Drago s'est fait plus entreprenant, comme souvent ces temps derniers. Son corps brûlant se rapprochant du sien, le surplombant lentement. Son odeur de savon et de propre l'entourant. Ses mains emmêlées dans ses cheveux, tirant doucement. Sa bouche le dévorant toujours. Ses jambes de part et d'autre de son bassin. Et son pénis, durcissant contre son ventre.

Harry a paniqué, encore. Et il a repoussé Drago, encore. Figé, ses yeux s'écarquillant face au blond, il a vu sa colère, sa frustration mais aussi sa tristesse. Il n'a pas compris. Il a bien essayé de le retenir, mais ses mots lui ont paru vides, automatiques, sans qu'il sache pourquoi. Ils n'ont pas suffi en tout cas à retenir le blond qui est sorti sans un mot.

Alors il s'est laissé envahir lui aussi par la colère. Une colère dirigée contre son compagnon. Il n'a pas voulu chercher à comprendre d'où elle venait ou pourquoi elle était là. Il s'est laissé porter par elle. S'habillant rapidement, il a lui aussi quitté la maison. Brièvement la pensée de Drago rentrant et paniquant en ne le trouvant pas lui a effleuré l'esprit. Il a souri, éprouvant un petit sentiment de vengeance très satisfaisant.

Maintenant, plusieurs heures plus tard, la colère n'est plus qu'un voile qui suffit à peine à masquer la réalité. Harry a encore le choix. Il peut continuer à faire l'autruche, à vivre au jour le jour. Il sait faire ça, il le faisait déjà avant que tout ne change. Mais à cette époque il avait ses amis pour l'aider à y voir clair le moment venu et surtout à réparer ses erreurs. Ils ne sont pas là. Et Harry se dit qu'il est peut-être déjà trop tard pour réparer quoi que ce soit.

Il a passé la matinée à imaginer Drago renter pour venir s'excuser et à se satisfaire de son visage qu'il imaginait affolé en constatant son absence. À présent il y a juste cette petite voie qui lui dit que peut être Drago ne va pas rentrer du tout. Qu'il va partir et le laisser seul. Qu'il s'est lassé. Que plus jamais ils ne pourront s'embrasser.

Assis contre un mur, Harry souffle profondément plusieurs fois, ne laissant s'infiltrer dans son esprit que le bruit de la pluie. Il fait le vide. Puis il accepte, tout simplement. Une chose après l'autre.

Avant Drago, il était seul, et si le garçon n'était pas arrivé, il serait devenu fou.

Il aime ce que sa vie et son quotidien sont devenus. Avec Drago. Leurs conversations, leurs silences, leurs projets, la façon qu'il ont d'être étrangement sur la même longueur d'onde alors qu'ils se sont détestés pendant si longtemps.

Il aime leurs baisers. Les petits, les longs, les chastes, les profonds, les passionnés. Il ne supportera pas de les perdre.

Il aime aussi le corps de Drago. Le regarder habillé ou non, le toucher innocemment ou non, le sentir contre le sien.

Il aime la façon dont Drago lui parle, le regarde, le touche, l'embrasse.

Il aime le désir assumé de Drago. Pour lui. Tout entier.

Il aime le faire rire, le faire bouder, le mettre en colère parfois, le frustrer, le faire gémir. Et il aime que Drago le laisse lui faire tout ça.

Mais il a peur aussi. Peur de son propre désir qu'il sent si dévorant. Dès le premier instant, dès le premier baiser. Il était là et il brûlait tout sur son passage. Il a eu peur de se faire submerger. Peur de disparaître. Et surtout peur de faire disparaître Drago.

Il a tout contenu, se retenant, retenant Drago par peur de le perdre, par peur de ne pas être à la hauteur et de le lasser. Et maintenant, il a peut-être tout perdu. Il déteste le sentiment de désespoir qu'il sent en lui.

Il aime Drago. Et si Drago est partit, s'il ne l'aime pas, si ce que Harry ressent lui déplaît, il se brisera.

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La journée touche presque à sa fin quand Harry décide de rentrer chez lui. Chez eux. Il se sent calme, vidé, en paix avec lui-même. Ne reste plus qu'à faire la paix avec Drago.

Pourtant quand il rentre, il est seul. La maison est vide et froide et il est saisit par l'angoisse. Ça le paralyse un instant. Puis il remarque la baguette du blond dans la cuisine. Il respire. Drago ne serait jamais partit sans sa baguette. Il est sans doute encore dehors à évacuer sa colère. Ce qui ne présage rien de bon pour Harry.

S'encrant dans le quotidien pour éviter de trop réfléchir, il refait du feu et prépare le repas. Quand il a fini, la nuit est presque tombée, plongeant les alentours dans un clair-obscur. Drago devrait être là. Et tant pis s'il est encore énervé, Harry ne veut plus l'attendre.

Il sait qu'il n'est pas à Pré au Lard, alors il prend la direction de Poudlard. Les mains dans les poches, il réfléchit à comment il va pouvoir s'excuser et s'expliquer. Drago ne sera pas tendre avec lui. Ou peut-être que si. Non, Harry va devoir ramer un peu, c'est dans le caractère du blond.

Il est presque arrivé aux grilles du château quand il l'aperçoit. Il fait encore quelques pas, pour être sûr. Il y a une forme sombre étendue au sol. Ça pourrait être n'importe quoi. Mais il sait. Il sait que c'est le corps de Drago étendu dans la boue. Encore quelques pas et il voit les cheveux si blonds, presque blanc, la peau pale, nue, couverte de boue. Il ne bouge pas.

Il entend un cri, un hurlement, quelque chose de si déchirant que son cœur se comprime dans sa poitrine durant une éternité. Puis il réalise que c'est lui qui crie. Il sent ses larmes couler sur ses joues. Son esprit tourne au ralenti tandis que son corps s'élance déjà, baguette en main, prêt à réagir au moindre danger.

Il est à genoux à côté du corps du blond. Son corps nu, couvert d'hématomes et de griffures sanglantes. Son visage est marqué aussi mais moins que le reste de son corps, il a essayé de se protéger. Il voit les traces des larmes dans la boue qui le recouvre. Le sang sur l'une de ses tempes.

Harry n'ose pas le toucher, il a peur de lui faire mal, peur d'être arrivé trop tard. Enfin il voit la poitrine bouger faiblement, entend la respiration sifflante. Le soulagement déferle en lui. Il pleure encore. S'étouffe a moitié dans ses sanglots tandis qu'il récite les quelques sortilèges de soins qu'il connaît.

Puis il le touche enfin. Son corps est glacé. Il le ramène près de lui, contre sa propre chaleur, délicatement. Il le porte, ramenant son corps brisé dans leur maison. Une fois là-bas, il fait bon grâce au feu qu'il a rallumé un peu plus tôt. Des siècles plus tôt. Il hésite un instant sur la marche à suivre.

Se servant seulement de sa magie, il fait léviter le corps de Drago au-dessus de la baignoire. Avec un peu d'eau tiède, il le lave, nettoyant les blessures, évaluant leur étendue. Il fait ce qu'il peut pour les panser correctement, il dépose Drago dans leur lit, le recouvrant de couvertures chaudes.

Fouillant un peu dans le stock de potion, il en trouve quelques-unes de soins. Redressant le buste du blond, il lui fait péniblement ingurgiter. Il agit délicatement, observe le moindre changement, la moindre grimace. Enfin il s'assoit et attend.

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Drago reprend conscience alors que la nuit est tombée depuis longtemps déjà. Il a un instant de panique tandis que tout son corps se crispe. Ses yeux s'ouvrent, découvrant le décor réconfortant de sa maison. Pendant quelques minutes, il savoure la certitude qui l'envahi, celle de savoir qu'il est en sécurité.

Puis il baisse le regard, tombant sur les cheveux noirs en bataille de Harry. Il a la tête posée sur ses bras croisés et l'une de ses mains tient la sienne. Quand Drago bouge un peu, il se redresse immédiatement, en alerte. Ses beaux yeux sont rouges, signe qu'il a pleuré, mais son regard est dur et froid. Leurs regards se rencontrent alors que le blond se tourne lentement vers son compagnon.

« C'était des Moldus. Quatre je crois. Je ne sais pas où ils sont partis, mais quelque chose les a fait arrêter. »

Harry hoche la tête. Il hésite quelques instants, puis embrasse finalement le front de Drago avant de se mettre debout. Prenant sa cape et sa baguette, il sort dans la nuit, verrouillant la porte derrière lui.

Drago laisse échapper un souffle tremblant qui se transforme en une plainte rauque. Seul il se laisse aller, pleurant et gémissant. Il sait qu'il a échappé au pire. Quel que soit la chose qui a détourné l'attention de ses hommes, cela l'a sauvé. S'ils n'étaient pas partis, Drago serait mort.

Maintenant il est chez lui, dans son lit, au chaud. Quelqu'un s'occupe de lui. Il n'a pas mal. Et bientôt, quand Harry rentrera il sera de nouveau en sécurité. Mais en attendant, il s'autorise à pleurer encore un peu.

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Une fois, Remus lui a parlé de comment il se sentait quand il se transformait en Loup, et de comment il adorait à ce moment le plaisir de la chasse. Voir ce que les autres ne remarquent pas, sentir les odeurs, traquer sa proie. Il a montré à Harry comment faire, mais ils n'ont jamais chassé ensemble. Remus n'aimait pas cela et Harry n'avait aucune raison de le faire. Il ne ressentait pas ce que le loup de Remus ressentait.

Harry le ressent maintenant. La chasse. Ses sens sont comme exacerbés. Il n'a pas pris la peine d'allumer sa baguette pour s'éclairer. Il se contente de la lumière de la lune. Il a repéré les traces laissées par les Moldus un peu plus haut. Il les a suivis jusqu'au lieu de l'agression.

Il poursuit, traquant. Des brindilles piétinées. Une empreinte, pas encore effacée. Une branche au milieu du chemin. Il lève la tête. Poudlard est là. Sombre, vide. Il comprend. En plein jour, les Moldus ont dû penser trouver à manger, ou des vêtements. Peut-être même d'autres personnes à agresser. Ils sont tombés sur autre chose. Harry en est étrangement satisfait.

C'est la première fois qu'il se sent aussi intraitable, aussi peu enclin au pardon et à la compréhension. Pendant quelques instants il hésite. Il est certain que les Moldus sont mort mais il voudrait pouvoir le confirmer. Peut-être que l'un d'entre eux s'est échappé et va revenir pour faire du mal à Drago.

D'un autre côté, après autant de temps sans manger, les Detraqueurs doivent être affamés. Ça les a frappés, lui et Drago les rares fois où ils sont entrés dans le château à la recherche de livres ou de matériel. Une atmosphère de plus en plus pesante, étouffante. Ils les ont trouvés plus rapidement, semblaient plus dangereux. Il entre quand même, son patronus brillant tournant autour de lui. Il trouve un premier Moldus dans le hall. Son corps vide est prostré dans un coin.

Il hésite ensuite sur la direction à suivre. Descendre dans les cachots lui parait être une très mauvaise idée. Il ne veut pas déranger les Detraqueurs dans ce qui semble être leur repaire. Et puis il ignore ce que sont devenu les corps des autres victimes. Il ne veut pas savoir s'il peut l'éviter. Alors il monte.

Il parcourt les couloirs, ouvre les portes. Il finit par trouver les trois autres Moldus, leurs corps vidés de leurs âmes errants dans les couloirs. Il y a passé plusieurs heures. Il est épuisé. Harry redescend. Dans le hall, il sent le froid des Detraqueurs. Ils ne sont pas loin, ils l'on senti. Pourtant, Harry quitte le château sans encombre.

En regagnant la maison, Harry prend le temps de respirer, de se calmer. Quand il rentre, Drago est toujours couché dans le lit. Ses yeux sont rougis, mais il ne pleure plus.

« Ils sont rentré dans le château. Ils sont tous mort. »

Le blond hoche la tête et observe son compagnon tandis qu'il se déshabille. Puis il le rejoint dans le lit. Harry reste écarté. Mais sous le secret des draps, sa main rejoint celle de Drago.

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En mai, fais ce qu'il te plaît. Un dicton Moldu que Harry a toujours apprécié. Pour lui il était synonyme de beau jour et de plus de temps passé en dehors de la maison des Dursley. Maintenant, il est toujours synonyme de plus de temps passé dehors et de soleil qui réchauffe la peau. Il rime aussi désormais avec le retour de Drago.

Voilà un mois que l'agression a eu lieu. Et si le blond a toujours démontré une certaine force de caractère, il a eu du mal à se remettre. Les jours qui ont suivis il a soigné son corps, seul, à l'aide de potions. Pour guérir son esprit les choses ont été un peu plus compliquées.

Pendant longtemps, il est resté à l'écart de Harry, fuyant tout contact physique. Plus de baiser, plus de caresses, plus d'étreinte. Tout juste quelques frôlements d'une main sur une autre. Plus de regard glissant sur un corps, plus de beauté impudique. Il a fallu installer un rideau pour permettre une certaine intimité pendant leur toilette.

Ces dernières semaines ont été longues pour les deux jeunes hommes, peinant chacun à dépasser leurs craintes et leurs incertitudes.

Avec le retour du soleil et de la chaleur, il semble que cette période soit terminée. Tandis que Harry travaille à rénover l'étage, il sent le regard de son compagnon sur lui. Torse nu, transpirant et couvert de poussière il n'a pourtant rien de séduisant. Mais il fait mine de ne rien remarquer, profitant encore un peu des frissons que Drago provoque encore en lui par sa seule présence.

Ils sont dans l'une des trois chambres de l'étage, la plus petite qu'ils ont décidé de transformer en salle de bain. Cela leur offrira plus d'intimité lors de leurs ablutions, ce qui était devenu nécessaire pour le blond, et un espace supplémentaire au rez-de-chaussée. Drago envisage déjà d'y installer un petit laboratoire pour ses potions.

Pour l'heure, Harry termine tout juste de tout déblayer. Le chantier n'en est qu'à ses débuts. Avec le retour du soleil, il faut aussi reprendre le travail à l'extérieur. Les deux garçons doivent partager leur temps. Mais ce moment, Harry veut le faire durer encore un peu. Alors il reste immobile, ne faisant même pas semblant d'être occupé.

Sur son dos, il sent le regard du blond descendre lentement, détaillant les muscles secs sous la peau dorée. Il imagine les yeux gris, l'étincelle de désir impertinent qui les habite.

Puis le moment passe. Se retournant Harry regarde Drago. Il ne cache pas son désir. Mais il ne bouge pas. Depuis l'agression c'est sa ligne de conduite. Il montre son envie, mais ne fait rien. Il laisse l'autre avancer à son rythme. Presque comme s'ils avaient échangé leur rôle.

Il pense que c'est une bonne façon de faire, elle a déjà payé en quelque sorte. Depuis quelques jours, les baisers ont repris. Pour le plus grand bonheur des deux. Si les premières fois Drago restait tendu, les fois suivantes ont retrouvé leur naturel.

Aujourd'hui pas de baiser. Pas encore. Mais l'étincelle de désir que Harry s'est imaginé est bien présente. Accompagnée par un sourire moqueur.

« Très séduisant toute cette poussière Potter. »

Harry rit, avant de faire mine de s'avancer pour enlacer le blond. Cela le fait rire aussi. Il recule et se contorsionne pour l'éviter, même s'il sait que le brun n'ira pas jusqu'au bout, par peur de sa réaction. Mais il s'aperçoit que finalement cela n'a que peu d'importance. Il n'a plus peur que Harry le touche. Il ne se sent plus aussi sale. La colère, la frustration, la peur, ce sentiment de faiblesse. Tout s'est atténué. Ne reste plus que Harry. Alors il rit un peu plus.

Le brun le regarde. Il y a quelque chose, dans ses yeux, dans son attitude. Drago ne sait pas quoi, mais ça le rend heureux. Il a envie de prolonger le moment.

« Et si pour nettoyer toute cette crasse on allait se baigner dans le lac ? »

Harry jette un coup d'œil par la fenêtre. C'est le milieu de l'après-midi, mais ils peuvent bien se permettre une journée de détente. Pour une fois ils vont s'amuser tous les deux, partager du temps sans travailler. Il demande tout de même.

« Tout les deux ? Juste pour nager et s'amuser ? Pas d'ingrédient de potion à collecter ou de travaux quelconques à faire ? »

Drago rit encore. Depuis ce fameux jour, sortir seul pour chercher des ingrédients est devenu mission impossible. Alors pour ne pas renoncer, il a mis Harry à contribution. Visiblement le brun fait savoir qu'il est un peu lassé de leurs sorties presque quotidiennes.

« Oui Harry, toi, moi et le lac. Rien d'autre. »

« Ok ! Dépêchons-nous alors, avant qu'il ne fasse plus aussi chaud ! »

Ils prennent des serviettes et quelques vêtements de rechange et s'en vont en direction du lac. Sur le chemin, ils rient et se poursuivent comme des enfants. Ils ont presque oublié ce que c'était.

Ils arrivent essoufflés, transpirants et hilares. Harry se jette à l'eau en premier, sifflant quand sa tête émerge à nouveau.

« Putain elle est froide ! »

Il nage rapidement, se tournant et défiant son compagnon de le rejoindre. Drago ne tarde pas, se mouillant progressivement en poussant de petit glapissement. Cela fait rire le brun. Ils se rejoignent finalement, souriant, l'éclat du soleil les réchauffant et faisant miroiter l'eau autour d'eux.

Pendant plusieurs minutes ils se mesurent à qui nagera le plus vite. Puis naturellement ils se font plus tactile. Ils se cherchent, se touchent sous couvert de chamailleries. Les jeux ne durent pas longtemps. C'est agréable de retrouver un peu de leur proximité passée mais l'eau est trop finissent étendus sur la berge, leur corps réchauffé par le soleil.

« Harry, j'ai envie de t'embrasser. »

La phrase est murmurée, mais le brun se redresse, surpris. Ils ont déjà échangé des baisers, avant bien sûr. Et depuis quelques jours, ils ont recommencé, sous l'impulsion du blond. Mais toujours de petit baiser, des lèvres contre d'autres lèvres. Là, c'est différent. Drago ne parle pas de ces petits baisers. Harry tremble un peu.

« J'ai envie que tu m'embrasses aussi. J'en crève d'envie putain. »

Il se passe la main dans les cheveux, prêts à en dire plus sur son désir de l'autre. Mais il est coupé par un corps qui s'installe sur ses cuisses. Il se fige, réprimant le réflexe premier de poser ses mains sur le corps de l'autre. Son sang rugit déjà dans ses veines, charriant son envie pour l'autre homme.

Drago pose ses mains de part et d'autre de son visage et enfin l'embrasse. Il a un flash de cette première fois où ils ont échangé un baiser. Et tout est balayé par le moment présent. C'est un vrai baiser. Un baiser rempli de passion, d'envie, de désir.

Les souffles sont plus profonds. Un premier gémissement résonne entre eux. Harry sert les poings dans l'herbe, se faisant violence pour ne pas agripper son partenaire, pour ne pas toucher la peau offerte qu'il sait douce. Sa verge est dure et tout son corps réclame plus. Il grogne, laissant transparaître son envie et sa frustration.

Et soudain, il est là. Plus proche, leur torse collés, leur bassin se pressant doucement. Il sent le désir de Drago, entend ses gémissements, devine les contours de son pénis pressé contre le sien, tous les deux durs. Il ne peut plus se retenir.

Du bout des doigts, il effleure les cuisses du blond. Le baiser cesse. Harry se mord la lèvre, observant Drago d'un œil contrit.

« Je suis dessolé Drago je n'ai pas réfléchi. »

Le blond l'observe toujours, et Harry recule ses mains, les reposant dans l'herbe derrière lui. Il attend, n'osant pas relancer le baiser. La culpabilité d'avoir interrompu un instant si agréable s'installe petit à petit, tandis que Drago ne bouge toujours pas.

Finalement il secoue la tête, soufflant doucement.

« Harry, touche-moi. »

« Vraiment ? Tu es sûr ? Je ne... »

Une main vient couvrir sa bouche, et un sourire se dessine doucement sur les lèvres de Drago.

« Oui je suis sûr. »

Les mains de Harry quittent la terre et se posent à nouveau sur la peau pale. Du bout des doigts il caresse, aussi légèrement qu'une plume. Il sent le corps de Drago frissonner. Puisqu'il en a le droit, il va plus loin, lentement, touchant plus franchement. Ses paumes redessinent le galbe des cuisses, puis remontent sur le ventre. Son passage sur les côtes tire un souffle plus court à son partenaire et Harry s'en délecte.

Il n'a jamais été très attiré par les tétons, mais quand il voit ceux de Drago, roses et pales, il meurt d'envie de les mettre dans sa bouche. Alors il le fait. Le blond a une petite exclamation surprise, mais ses deux mains agrippent les cheveux bruns et tire un peu pour le rapprocher.

Il y a un nouveau gémissement quand les mains de Harry, qui n'ont pas arrêté leurs caresses, se posent sur les fesses de son partenaire, le rapprochant un peu plus. Ils n'ont jamais fait cela avant, Harry a toujours interrompu leurs moments bien avant, quand son désir devenait trop honteux pour lui. Maintenant il n'a plus honte.

Sa bouche quitte la poitrine de Drago, remontant vers les lèvres du blond. Sur le chemin, il lèche, suce, mord. Il se délecte des gémissements de l'autre. Ses mains, toujours sur les fesses du blond, pétrissent et explorent, avant d'initier un mouvement de va et vient.

Enthousiaste, Drago se rapproche encore, enlaçant les larges épaules brunes, et faisant rouler son bassin. De sa bouche prisonnière de celle de Harry, s'échappe des gémissements profonds entrecoupés de soupirs. Il se perd dans le plaisir qu'il ressent.

Harry se sent décoller. Il a chaud, il bouillonne de désir et de l'envie de plus. Mais en même temps, l'idée de se décoller du corps du blond lui est insupportable. Sa verge est plus dure que jamais, frottant impitoyablement contre celle tout aussi dure de l'autre garçon. C'est meilleur que tout ce qu'il a pu connaître ou s'imaginer.

Il ne peut s'empêcher d'ouvrir les yeux pour regarder son partenaire se perdre dans le plaisir lui aussi. Drago a fermé les yeux, la tête rejetée en arrière. Son cou pale est tellement étiré que Harry vois les vibrations de ses gémissements se répercuter sur la peau fine.

Son corps s'imprime dans un mouvement de balancier fort et régulier. Sa respiration est accélérée, et une légère rougeur couvre sa gorge et le haut de son torse. Pour Harry, il est l'image même de l'érotisme. Quand ses yeux descendent enfin, sa bouche s'assèche.

Son regard passe sur l'abdomen plat et reste fixé sur la verge de Drago. Elle est là, dure, se pressant contre la sienne, emprisonnée par le tissu du boxer que le blond porte encore. Son extrémité déjà un peu suintante forme une auréole plus sombre sur le tissu.

Harry a envie de plus. Il veut en voir plus. Sans réfléchir, ses mains passent sous le sous vêtement et dénude le fessier qu'elles caressent toujours. Le mouvement fait apparaître un peu du pénis du blond. Ce dernier gémit un peu plus, se mordant la lèvre.

Ouvrir les yeux pour découvrir Harry qui contemple son corps et sa virilité le fait presque basculer. Presque. Interrompant tout mouvement, il baisse au maximum son vêtement avant d'en faire autant avec celui de son partenaire. Il reprend ensuite sa place, les deux verges dénudées se touchant et se pressant de la plus délicieuse des façons.

Il reprend la bouche de Harry, la dévorant dans un baiser intense. Il gémit quand le brun gémit aussi et accélère le rythme. Il veut que son compagnon vienne le premier, il veut le voir jouir grâce à lui. Pourtant c'est lui qui atteint l'orgasme le premier quand il sent les mains de son partenaire presser et écarter ses fesses, les doigts du brun effleurant cet endroit si intime niché entre elles.

Harry le sert plus fort tandis qu'il jouit à son tour. Il l'embrasse, pénétrant sa bouche de sa langue douce. Puis ils s'effondrent, dans un désordre de membres et de sperme. Ils s'embrassent encore, le souffle court, les lèvres étirées par leurs sourires et des étoiles dans les yeux.

« Putain, Drago… »

Harry a un sourire extatique. Il vient de vivre le meilleur moment de sa vie mais ne sait pas comment l'exprimer. Sa main cherche et trouve celle de son compagnon. Sa joie retombe un peu quand il regarde l'autre garçon. Drago est toujours allongé, son visage est lisse de toute émotion et ses yeux sont dans le vague.

Le brun se redresse un peu, inquiet soudain d'avoir fait quelque chose de mal. Il pose sa main sur l'épaule pale près de lui.

« Drago, est ce que ça va ? »

Les yeux gris se tournent vers lui, remplis d'une étincelle de bonheur qu'il n'avait pas vu depuis longtemps.

« Oui Harry, ça va. Ça va même très bien. C'était fantastique. »

Harry sourit, rassuré et fier. D'un commun accord ils retournent dans le lac pour se rincer puis rentrent dans leur maison. Ce soir-là, tandis qu'ils accomplissent leurs tâches quotidiennes, ils se touchent, se frôlent, se caressent et s'embrassent, comme pour rattraper toutes ces semaines ou ils n'ont pas pu le faire.

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La journée est chaude et ensoleillée. Voilà presque un an, une crise majeure a fait tomber le monde magique et le monde Moldu. Allongé sous l'ombre d'un arbre, Harry et Drago méditent sur ce constat qui les a frappé ce matin.

Un an qu'ils ont passé à réorganiser leur vie, à préparer leur avenir et leur survie. Ils sont conscients tous les deux que se trouver est la meilleure chose qui leur soit arrivé dans toute cette histoire.

Le corps réchauffé par le soleil, Drago se détend, sa main nouée à celle grande et forte de Harry. Si le destin devait exister, il est déterminé à le remercier chaque jour pour ce qu'il lui offre. Ouvrant les yeux, il observe le profil de son partenaire avant qu'un lent sourire n'étire ses lèvres.

Dans un mouvement fluide, il finit assis sur les hanches de Harry, les mains posées sur son torse solide. Le travail dans les serres et la remise en état de leur maison ont forgé une bonne musculature. Il la parcoure lentement, appréciant simplement.

Sous lui, Harry sourit mais garde les yeux fermés. Il aime sentir les mains de Drago sur lui, il se sent aimé, désiré, adoré. Des sentiments qui gonflent son cœur de joie et d'amour. Il aime Drago Malfoy. Et il pense que Drago Malfoy l'aime, aussi surprenant que cela soit.

« Harry. J'ai un secret à t'avouer. »

Le brun ouvre les yeux, perplexe. Il tombe sur les iris grises de Drago, sérieuses et malicieuses.

« Tu m'as demandé un jour si j'avais déjà été amoureux. Le soir ou on s'est embrassé pour la première fois. »

Harry hoche la tête. Il se souvient. Il a plutôt intérêt à se souvenir de ce genre de chose car il s'avère que le blond y est lui très attaché.

« Je t'ai dit que j'avais aimé quelqu'un, et que je l'aimais encore. »

« Et que tu l'aimerais encore pendant longtemps. »

Termine le brun, pas très sûr de la direction que prend cette discussion.

« C'était toi. »

Harry écarquille les yeux, surpris. Drago se contente de conserver son petit sourire sûr de lui.

« Tu veux dire que tu étais amoureux de moi ? Mais on se détestaient ! Tu passais ton temps à m'insulter ou me faire enrager ! »

Le blond secoue la tête. Il se penche un instant, ses lèvres se posant sur celle de son vis-à-vis pour un baiser profond.

« Je sais. Tu m'énervais à un point inimaginable. Mais je savais que je ne pouvais et ne voulais pas vivre une vie sans toi. Je t'aimais déjà. Et je t'aime toujours Harry. Je n'aurais pas pu rêver une vie ou j'aurais été plus heureux. »

Le brun sourit, attirant l'autre garçon pour un baiser. Il s'arrête pourtant vite, son visage déformé par une mou scandalisée.

« Putain tu l'a dit ! En premier ! Merde Drago ! C'est censé être moi le premier à te dire je t'aime ! »

Il y a un instant de flottement. Puis Drago pouffe.

« Jolie déclaration Potter. »

Harry se mord la lèvre, dépité.

« Fait chier. Je t'aime aussi Drago. Et tu me rends heureux. »

Les deux garçons se sourient avant d'échanger un baiser passionné. Ils sont seuls, le soleil dessinant des ombres sur leur peau à travers le feuillage d'un arbre. Bien vite, les vêtements s'éparpillent et l'air s'emplit de soupirs. Ce n'est pas la première fois qu'ils font l'amour, pourtant ce moment a une saveur spéciale.

Étendu sur l'herbe chaude, Drago ferme les yeux pour profiter des sensations. Le corps ferme de Harry le surplombe, ses mains caleuse faisant naître des étincelles de désir sur leurs passages. Sa bouche se perd tantôt sur un téton, tantôt dans son cou, léchant, suçant et mordant.

Drago adore ça, cette sensation que plus rein n'existe en dehors d'eux. Il sait que Harry ressent ça aussi. Il sait le brasier qui couve dans le corps de son compagnon. Il prend plaisir à l'attiser, le caressant à son tour, soupirant sous ses attentions.

Bientôt, la bouche habille de Harry descend et descend encore, son souffle chaud effleurant le pénis dressé du blond. Quelques morsures sur l'intérieur de ses cuisses le font gémir un peu plus fort. Harry aime l'entendre, il aime la sensation de pouvoir qu'il en ressent. Le pouvoir de donner du plaisir, de faire perdre la tête.

Et Drago la perd belle et bien entre ses bras, quand sa virilité se retrouve entourée par une bouche accueillante et chaude. Il cri, ses mains agrippant les cheveux noirs de son compagnon. Pris d'un mouvement involontaire, son bassin bouge, s'enfonçant un peu plus.

Il gémit, demandant plus alors que Harry le suce avec plus d'ardeur.

« Harry ! Harry ! S'il te plait! »

La bouche le quitte soudainement avant de venir s'emparer de ses lèvres avec faim. Il goûte sa propre saveur sur la langue du brun. Faire l'amour avec Harry est la meilleure sensation qu'il ait connue. Il embrase son corps et son cœur comme personne n'a jamais su le faire avant lui.

Alors Drago s'agrippe, caresse, mord, et fait savoir à son compagnon que ce qu'il lui fait est bon. Les jambes écartées de part et d'autre du bassin de Harry, il se frotte contre lui. Une main se faufile pourtant entre eux, avant qu'un doigt frais s'immisce doucement dans son intimité, vite suivi par un deuxième.

Si Drago aime le sexe, ce qu'il préfère c'est la sodomie. Harry le sait, ils en ont parlé. C'est pourquoi il n'hésite jamais avant de le pénétrer. Drago gémit un peu plus fort son corps devenant l'instrument de son compagnon. Un troisième doigt vient détendre son anus.

A genoux entre les jambes pales du blond, Harry admire le spectacle du plaisir de son partenaire. C'est une vision dont il ne se lasse pas, savourant chaque minute de son pouvoir, de la satisfaction qu'il ressent à savoir que c'est lui qui est responsable de tout cela.

Sa main bougeant plus vite, il tire des cris plus sonores venant de Drago. Pourtant il s'arrête. Quand Drago ouvre les yeux pour lui lancer un regard de reproche, il sourit.

« Tourne toi Drago. Je veux te voir à quatre pattes. »

C'est une chose qu'ils ont découvert ensemble. Ils aiment ces rôles de domination et de soumission. C'est pourquoi la demande est exécutée si rapidement. A quatre pattes, les fesses relevées vers Harry sans aucune pudeur, Drago attend d'être de nouveau rempli. De son pénis coule déjà quelques gouttes de son plaisir.

Ce ne sont pas des doigts, mais la verge de Harry qui vient pousser contre l'anneau de son anus. Ses mains posées sur ses fesses, il les écarte pour pouvoir entrer plus facilement. Drago gémit, longuement, savourant la brûlure de la pénétration et la sensation d'être rempli.

La verge de Harry n'est pas encore totalement rentrée que Drago commence déjà à mouvoir son bassin. Ses mouvements sont restreints par les mains de son compagnon toujours posées sur ses fesses. Harry prend le temps d'observer sa verge déformer et pénétrer ce petit anneau de muscle. Quand enfin ses bourses se pressent contre le derrière du blond il s'immobilise, ses mains migrant sur les hanches de l'autre garçon.

Puis il ressort, et donne un coup de reins puissant. Relevant le buste de Drago, l'un de ses bras vient s'enrouler autour de lui tandis que son autre main immobilise son bassin. Le torse pressé contre le dos de son partenaire, le visage niché dans son cou, il entame la danse. Ses coups de reins fort et régulier tirent des cris à Drago.

Le jeune homme s'abandonne avec passion dans les bras forts de son partenaire. Son corps est balayé par une brise fraîche, mais il ne la sent pas. Il n'y a que les mains qui le caressent, la bouche qui l'embrasse, la verge qui le pénètre.

Harry ressert son étreinte, la fin est proche pour eux deux. Drago gémit plus fort, son bassin se mouvant à la rencontre de ce qui lui donne tant de plaisir. Puis il jouit, son sperme éclaboussant la pelouse tandis que son partenaire le rempli de sa semence.

Ils restent immobiles, enlacés tous les deux. Ils s'aiment, ils sont ensemble. Peut-être pour longtemps, peut-être pas. Peut-être qu'un jour un groupe composé de têtes rousses arrivera jusqu'à Poudlard et que les choses changeront. Mais pour le moment ils sont ensemble, en sécurité sous cet arbre, et c'est tout ce qui compte.

Fin