Disclaimer : Je ne possède pas MFB.
Je sais que le petit chaperon rouge est censé être un personnage naïf mais, en repensant aux premiers épisodes de MFB (plus particulièrement à ceux où Kyouya intègre la Nébuleuse Noire), je me suis rendu compte qu'il y avait quelques parallèles : Kyouya suit Daidouji (un loup) hors du bon chemin et manque de se faire dévorer par des loups. Puis il est sauvé.
Maintenant, vous savez comment l'idée de cette fic m'est venue xD
Le petit chaperon vert
Il était une fois, dans une grande ville, un adolescent rêvait d'aventures. Il avait une famille aimante, n'avait jamais connu les affres de la solitude et profitait de tout le confort matériel dont on pouvait rêver – par exemple, il lui suffisait de demander pour que son père lui fasse construire un stadium. Il menait une petite vie idéale, sans le moindre événement intéressant. Il était dans une parfaite petite tour d'ivoire et y serait sûrement jusqu'à sa mort. Son chemin était tout tracé : il hériterait de l'immense corporation de son père – il serait payé pour donner des ordres toute la journée, le rêve –, continuerait de graviter dans le même monde sans histoire...
C'était d'un ennui mortel.
Le nom de ce garçon était Kyouya Tategami, et il avait décidé de profiter de la vie. Il n'était plus un enfant, et était donc capable de se débrouiller, mais il n'était pas encore un adulte, et n'avait donc pas une multitude de responsabilités et d'obligations à respecter.
Il s'agissait du moment idéal pour vivre une vie de liberté et d'aventures ! De connaître des péripéties, d'affronter des dangers et de sortir toujours vainqueur – car comment lui pourrait perdre ?
Kyouya était bien décidé à mordre la vie à pleines dents... ou à pleins crocs, pour plus de similarités avec sa chère toupie, Rock Leone.
Le monde était à ses pieds et, du haut de ses douze ans, il considérait qu'il lui restait six ans pour profiter avant de recevoir les horribles chaînes de la vie d'adulte. Il venait de franchir les deux tiers de sa vie-sans-responsabilités... Il ne lui en restait qu'un. Mais, un tiers, c'était amplement suffisant pour ce qu'il avait en tête, pas vrai ?
Kyouya sourit. Il avait l'impression que son être entier frémissait d'impatience. Il avait hâte de goûter à la grandeur et à la liberté. Ce serait tout bonnement sensass. (1)
Il allait... vivre !
XXX
Trois ans étaient passés et Kyouya s'ennuyait à mourir.
Il y avait mis du sien pourtant. Son immense projet n'avait pas été des paroles en l'air. Il avait commencé par se lancer à la conquête de la ville. Tout d'abord, il avait décidé de monter un gang – des tas de gens prêts à obéir à tous ses ordres et à semer la terreur en son nom, ça semblait tellement palpitant dans les animes et les films ! La première étape, assembler des gens, avait été aussi simple qu'il l'avait imaginé – qui ne voudrait pas le suivre ? Kyouya avait vaincu ce blader, Benkei Hanawa, qui avait quelques suiveurs. Ils avaient bien entendu reporté leur attention sur lui, Benkei le premier. Il lui avait suffi de demander pour avoir plus de cent personnes sous ses ordres. Jusque-là, tout avait été parfait. Kyouya avait dirigé ses Face Hunter avec fermeté, les envoyant porter son nom jusqu'aux confins de la ville. Ça avait été divertissant. Au début. Puis, c'était devenu répétitif. Les rassembler et leur donner des ordres avaient fini par ressembler à une corvée... pire ! à des devoirs scolaires.
Kyouya était donc passé à autre chose.
Il s'était mis à arpenter la ville lui-même, combattant de nombreux bladers, et avait vite déchanté : ils étaient tous plus faibles les uns que les autres. Tellement faibles que croiser leurs regards était une perte de temps – alors les combattre ! Il les écrasait si facilement qu'il était sans doute le meilleur blader du monde entier.
De fil en aiguille, Kyouya avait tant cherché une manière de tuer le temps qu'il avait fini par essayer de vérifier des légendes urbaines. Lui, Kyouya Tategami, qui ne croyait pas à la magie ni au surnaturel.
Voilà. À présent, Kyouya était âgé de quinze ans. Il restait trois ans avant le début de sa vie professionnelle et il n'avait plus rien à faire. Il s'ennuyait tant que les responsabilités d'adulte lui semblaient presque attirantes.
Il passait ses journées dans sa chambre, à maudire chaque habitant de la ville pour ne pas apporter un tout petit peu de piment dans sa vie. À croire qu'ils faisaient exprès d'être le plus ennuyeux possible juste pour lui pourrir la vie. Cette théorie lui semblait crédible, tant il lui paraissait impossible d'être aussi inintéressant naturellement. Ça devait exiger des efforts considérables.
Kyouya était dans cet état d'esprit quand des coups frappèrent à la porte de sa chambre. Il grogna, le visage enfoui dans son oreiller, avant de tourner la tête pour toiser la porte. Les coups avaient été brutaux, donc ce n'était pas sa mère. Elle agissait toujours avec délicatesse, même quand elle écorchait vif quelqu'un qui arrivait à l'énerver – uniquement avec des mots, mais elle laissait ses victimes dans un tel état que Kyouya était prêt à parier qu'ils préféreraient être littéralement écorchés. Il leur manquait l'enthousiasme typique de Kakeru. Il ne restait donc qu'une seule possibilité : leur père, Gaou Tategami.
Et Kyouya n'avait aucune envie de lui parler.
Il enfonça son visage dans son oreiller, bien décidé à l'ignorer. Les coups reprirent, trahissant un certain agacement.
Continue de perdre ton temps.
Kyouya ne comptait pas lui parler cet après-midi.
Ses sourcils se froncèrent et il se redressa. Il jeta un coup d'œil à son horloge et s'aperçut qu'il ne se trompait pas : ils étaient bel et bien en milieu d'après-midi.
Pourquoi son père n'était-il pas à son bureau – ou à une de ses réunions ?
Kyouya était tiraillé entre agacement et curiosité. La curiosité l'emporta : il accueillait à bras ouvert tout événement sortant un tant soit peu de l'ordinaire.
- Oui ?
Son père ouvrit la porte. Il était si large d'épaules qu'il passait à peine dans l'encadrement. Son air renfrogné, causé par Kyouya – comme quatre-vingt-dix pour cent du temps – lui donnait l'air patibulaire. Il tenait un colis dans la main.
- Tu me veux quoi ?
Se disputer avec son père lui accorderait une bonne demi-heure de non-ennui – voire plus, si aucun d'eux ne craquait et ne s'éloignait comme une tornade.
- Tu ne peux pas rester toutes tes journées dans ta chambre.
Merveilleux. Ça commençait par des reproches.
- C'est pour me dire ça que tu sèches le boulot.
Son père se renfrogna encore. Kyouya se prépara mentalement. Une dispute allait survenir et il comptait bien la remporter. Il avait un excellent sens de la répartie et il n'épargnerait pas Gaou sous prétexte qu'il était son père. Kakeru était le seul à mériter sa miséricorde.
Kakeru, son petit frère, qui avait décidé de vivre sa passion dans un pays lointain et de le laisser seul avec son ennui. Le traître. Est-ce qu'il méritait vraiment sa miséricorde ?
Je devrais le culpabiliser pour le faire rester.
Kyouya ne ferait jamais une chose pareille, mais il aimait bien prétendre le contraire de temps en temps.
Gaou soupira. Kyouya fronça les sourcils. Il ne semblait pas prêt à provoquer une dispute. C'était quoi son problème ? Pourquoi le monde entier désirait vouer Kyouya à l'ennui ?
Trois ans d'ennui puis une vie entière de travail. Grrr ! C'est... injuste. Je vous hais tous !
Gaou laissa un paquet tomber sur le lit de Kyouya.
- Hé ! s'indigna l'adolescent.
- J'aimerais que tu transportes ce colis jusqu'au siège de la Shogun Steel Corporation.
- Tu m'as pris pour quoi ? Ton livreur ? Il y a des gens pour ça !
- Kyouya... soupira son père avec une pointe d'agacement.
- Est-ce que j'ai l'air de m'ennuyer au point d'accepter un truc pareil ?
Kyouya se pinça les lèvres. En fait, oui, il s'ennuyait au point que cette perspective était presque attirante. Il détourna le regard.
- Réponds pas, marmonna-t-il. C'est bon, j'y vais.
Gaou resta un moment sur le seuil avant de reculer et de tirer la porte derrière lui. Kyouya soupira. Il n'arrivait pas à croire qu'il s'ennuyait à ce point.
- Tu parles d'une vie de liberté, marmonna-t-il en quittant son lit. Il y a rien dont j'ai envie de profiter.
Il avait presque hâte de se retrouver à la tête de la TC. C'était dire ! Au moins, avec la tonne de boulot qu'il aurait à faire et toutes les responsabilités qui lui incomberaient, il n'aurait pas le temps de s'ennuyer.
Kyouya se dirigea vers son placard. Il décrocha la veste émeraude qui était suspendue sur la porte et l'enfila. Il arrangea la capuche derrière sa nuque. Il ramassa le colis et quitta sa chambre, sans cesser de grommeler.
- M'énervent tous. Pas un seul d'entre eux peut rendre ma vie ne serait-ce qu'un tout petit peu plus intéressante.
Kyouya voulait seulement ne pas s'ennuyer. Ce n'était pas trop demandé quand même !
- Je suis sûr qu'ils le font exprès. Ils se sont tous concertés pour me pourrir la vie.
Ce n'était pas possible autrement.
Kyouya descendit les escaliers d'un pas lourd. Le monde entier, y compris les objets inanimés, devait connaître l'étendue de sa colère.
Il traversa l'entrée d'un même pas, ignorant royalement son père, qui ne le lui fit même pas remarquer – pas une toute petite réprimande, rien ! – et sortit. Un beau soleil printanier brillait dans le ciel, comme pour le narguer. Kyouya le toisa avec suspicion, s'aveuglant au passage, avant de darder un regard noir sur les humains qu'il apercevait au-delà de la barrière de sa maison. Ils avançaient comme s'ils avaient quelque chose à faire de leur vie, eux.
Kyouya les détestait.
Il quitta la propriété de leur maison. Celle-ci était grande et luxueuse, sans être sur-dimensionnée. Elle était idéalement placée : au calme, tout en étant à proximité de tout. Ouais, elle criait leur statut social et Kyouya n'en avait aucune honte. Ils possédaient une corporation d'envergure internationale. Pourquoi devrait-il en être gêné ? On ne pouvait pas dire que son père se tournait les pouces. Il méritait tout ce qu'il gagnait. Il le gagnait à la dure. Et Kyouya ferait de même.
À part s'il mourait d'ennui avant.
Il franchit la première centaine de mètres à grands pas avant de ralentir. À quoi bon se presser ? Il n'avait rien d'autre à faire de la journée.
Kyouya avança donc d'une démarche plus tranquille. Il sortit rapidement de son quartier et se retrouva dans un autre quartier résidentiel, un peu plus modeste, où il ne traînait jamais parce qu'il n'y avait rien à faire.
Il n'y avait rien à faire dans la ville entière. Kyouya avait déjà visité les magasins de vêtements et d'accessoires plus que de raison, à tel point qu'il remarquait s'il y avait un nouvel article. Il avait arrêté ces virées complètement inutiles, qu'il avait fini par faire uniquement par habitude, et avait décidé de passer tout son temps étendu dans sa chambre. Quitte à perdre son temps, autant le faire franchement.
Kyouya continua de s'éloigner du centre-ville, pour se rapprocher de sa périphérie, et plus précisément de la ville voisine. Il ralentissait à chaque pas, car dès qu'il terminerait la mission confiée par son père, il n'aurait plus rien à faire.
À quoi était-il réduit franchement ?
- Jeune homme ?
C'était pathétique.
- Jeune homme ? répéta une voix près de lui.
Kyouya se retourna lentement. Il se retrouva face à un homme adulte, vêtu d'un costume violet, agrémenté de motifs jaunes de très mauvais goût. Il avait un visage anguleux, devant lequel retombait une mèche de cheveux jaune. Ses yeux délavés abritaient une lueur malveillante, en rien atténuée par ses lunettes rectangulaires.
- Quoi ?
- Tu es un blader ?
- Ça se voit, non ?
Kyouya ne s'ennuyait pas au point de ne pas transporter Leone et son lanceur. Il y avait des limites !
L'homme opina et Kyouya grimaça de dégoût. Vu où son lanceur et sa toupie étaient accrochés, il préférait ne pas savoir où les yeux de l'homme avaient traîné.
Il allait avoir besoin d'un bain en rentrant chez lui. Il se sentait sale.
- Effectivement, fit l'homme en rajustant ses lunettes sur son nez, cachant brièvement ses yeux. Tu as même l'air d'avoir un haut niveau. Tu es exactement le genre de blader que nous recherchons.
Kyouya faillit lever les yeux au ciel. Ce type était naïf ou il ne savait pas à qui il avait affaire pour lui lancer un compliment et croire que ça l'inciterait à écouter ? Les gens passaient le temps à lui passer de la pommade, espérant s'attirer par son biais les bonnes grâces de son père. Tous des idiots mais, grâce à eux, Kyouya était capable de repérer les serviles manipulateurs mielleux à des kilomètres.
Comme ce type, qui lui parlait actuellement.
- Je suis Kyouya Tategami. Je ne suis pas n'importe qui.
- Je vois, fut la seule réaction de l'adulte.
Ce qui était particulièrement vexant. Qui n'avait pas entendu parler des Tategami ? La TC était une corporation immense, d'envergure internationale. Pour qui se prenait ce type pour ne pas en avoir entendu parler ?
Ou il faisait semblant. Ouais, c'était forcément ça. Ce n'était pas possible autrement.
- Et je ne me mets au service de personne, continua Kyouya d'un ton hautain.
- Bien sûr. Jamais je n'ai imaginé le contraire.
Les sourcils de Kyouya se froncèrent encore, se rejoignant presque. Ce type avait dit qu'il cherchait des bladers comme lui. Kyouya n'était pas stupide. Ça signifiait qu'il voulait se servir de lui.
Même pas en rêve.
- Fiche-moi la paix alors. J'ai autre chose à faire que perdre mon temps avec toi.
Il avait du temps à perdre, mais pas à ce point.
Son père serait sans doute irrité de le voir tutoyer un adulte mais un type qui ne connaissait pas la TC – ou le prétendait – ne méritait pas le plus petit respect.
- Bien entendu. Mais je me disais que rencontrer des bladers de votre niveau vous intéresserait sûrement.
Ça n'aurait pas dû faire s'arrêter Kyouya. Vraiment. Ce type était louche, indigne de confiance, même un aveugle pourrait le voir. Pourtant, il fut incapable de faire un pas de plus.
- Raconte.
Le sourire de l'adulte s'accentua, attisant la méfiance de Kyouya... sans le pousser à partir.
- Je réalise des recherches sur le pouvoir des toupies – certaines sont tout bonnement stupéfiantes. Pour que le résultat soit le plus complet possible, il me faut les données de nombreux bladers, de haut niveau de préférence.
Et voilà qu'il essayait encore de lui passer de la pommade.
Bien qu'il le voyait, Kyouya ne pouvait s'empêcher d'être intrigué. Et si c'était vrai ? Une minuscule lueur d'espoir naissait dans les ténèbres de son ennui.
- Je pourrais les rencontrer où, ces bladers ?
- Pour cela, il va falloir me suivre.
Kyouya haussa un sourcil. L'adulte était sérieux ?
- Te suivre, répéta-t-il, laissant paraître dans son ton à quel point l'idée était grotesque.
- Exactement.
L'adulte lui tourna le dos et commença à s'éloigner. Il semblait réellement penser que Kyouya allait le suivre. C'était quoi son problème ? Aucun parent ne conseillait à ses enfants de suivre un type louche, ils ne savaient où, et les parents de Kyouya ne faisaient exception. Au contraire, ils craignaient plus de motifs d'enlèvement : les classiques par des tordus, mais aussi les pressions, chantages, demandes de rançon et projets de revanche en rapport avec la TC.
Le suivre était une mauvaise idée. Kyouya pouvait le sentir.
Pourtant, il lui emboîta le pas.
XXX
Kyouya s'adossa à un mur, le cœur battant à tout rompre, incapable de retrouver son souffle. Depuis combien de temps il courait comme ça ? Il serait incapable de le dire, mais il s'approchait de ses limites. Les muscles de ses cuisses brûlaient, ses genoux et ses chevilles étaient en compote, un point de côté le tiraillait et il ne parvenait pas à respirer normalement.
- J'aurais pas dû suivre ce type ! explosa-t-il.
Qu'est-ce qui lui avait pris ?! Il savait que c'était une mauvaise idée. Il l'avait su à l'instant même où l'adulte lui avait adressé la parole. Alors pourquoi il se retrouvait dans cette situation ?
…Ah oui. Parce qu'il s'était ennuyé.
Tu parles d'une raison.
La respiration et les battements de cœur de Kyouya se calmèrent. Il se redressa, même s'il avait encore mal partout, et jeta un coup d'œil à l'angle du couloir, qui s'étendait sur une vingtaine de mètres avant de tourner abruptement. Celui dans lequel Kyouya se trouvait était conçu de la même façon.
Il était piégé dans un foutu labyrinthe. Comme un rat. Et pas un labyrinthe où on était récompensé d'atteindre la bonne sortie, non. Plutôt le genre constellé de pièges où on mourait au moindre faux pas.
Je vais mourir. Juste parce que je m'ennuyais et que je me suis conduit comme un idiot.
Le pire, dans tout ça, c'était de savoir qu'il allait mourir parce qu'il n'avait pas écouté ses parents. C'était ce que l'on inscrirait sur sa stèle funéraire. Pas fils ou frère bien-aimé, mais "il aurait dû écouter ses parents". Et c'était l'unique chose dont on se souviendrait à son sujet. La honte.
C'est hors de question ! pensa-t-il belliqueusement. Je ne vais pas mourir maintenant, et certainement pas comme ça.
HORS DE QUESTION !
Kyouya devait trouver un moyeu de sortir de là. Il était intelligent, plus que la moyenne – ce qui n'était pas compliqué. Il pouvait trouver une solution. Avec de la chance, il se débrouillerait suffisamment bien pour pouvoir prétendre que cette histoire n'était jamais arrivée et, plus important encore, faire en sorte qu'elle n'atteigne jamais les oreilles de son père.
Avec beaucoup de chance. Après tout, ça ne servait pas à grand chose de survivre maintenant si c'était pour que son père le tue plus tard.
(Soyons honnêtes. Son père ne le tuerait pas vraiment, mais Kyouya n'avait aucune envie de se faire disputer par lui à ce sujet. Surtout qu'il aurait raison et que Kyouya ne pourrait pas répliquer.)
On laisse ça pour plus tard. Pour l'instant, je n'ai qu'un seul problème : comment je sors d'ici ?
Malheureusement, son Leone ne serait d'aucune utilité. Il l'avait déjà utilisé pour déjouer des pièges et en avait profité pour le lancer contre l'un des murs, sans résultat – ils étaient bey-proof.
- Vous vous êtes assez reposé, grésilla une voix. Reprenons les évaluations.
Kyouya l'avait entendue plus d'une fois depuis son arrivée dans ce foutu labyrinthe. Elle était sirupeuse, mais il lui manquait la pointe de condescendance présente dans celle de Daidouji.
- Je t'en ficherai des évaluations, marmonna Kyouya.
- Vous devez respecter les termes de notre accord...
- Un accord ?! Il n'y a aucun accord ! J'ai pas signé pour ça, moi.
On l'avait appâté avec des tournois et des combats épiques. On ne lui avait jamais parlé de labyrinthe piégé.
Même s'il aurait dû s'en douter.
- Personne ne vous a forcé à venir, répondit la voix, touchant douloureusement juste. Reprenons, voulez-vous ?
- Essaie de m'y obliger pour voir !
OK. Ce n'était peut-être pas la meilleure idée de provoquer un des maîtres du jeu, surtout après avoir résolu de survivre, mais Kyouya en avait plus qu'assez. Il avait l'impression d'être la greluche qui se faisait tuer dès les premières minutes du film, parce qu'elle était stupide et qu'elle suivait les gens qu'il ne fallait pas en toute confiance.
Si Kyouya avait pris le temps d'y réfléchir, au lieu de se laisser guider par la colère, il s'en serait rendu compte. Il aurait aussi pu deviner quelles conséquences son coup d'éclat aurait.
Kyouya entendit un chuintement. Des cavités s'ouvraient dans les murs de chaque côté du couloir. Un instant plus tard, des propulseurs automatiques de toupies en sortirent. Les yeux de Kyouya s'étrécirent. Ça sentait pas bon.
- Je vous laisse cinq secondes pour vous décider.
Les mains de Kyouya tressaillirent. Il faisait quoi maintenant ? L'idée d'obéir lui faisait horreur mais était-il capable de se défendre contre une multitude de toupies lancées à une vitesse surhumaine ?
S'il avait eu plus de temps, il aurait pu faire appel au Rugissement Tempétueux du Lion, mais là...
- Quatre. Trois.
Kyouya entendit un sifflement et vit un éclat bleu. Un instant plus tard, les canons des propulseurs automatiques tombèrent, et leurs munitions aussi. Il y eut un silence, puis des pas résonnant entre les murs. Kyouya tourna la tête. Un garçon de son âge, aux cheveux d'un roux flamboyant et aux yeux couleur miel, avançait dans le couloir. Il portait une courte veste bleue par-dessus un t-shirt jaune. Une écharpe nouée autour de son cou marquait le rythme de ses pas.
Il s'arrêta à quelques pas de Kyouya et lui sourit.
- Salut.
Kyouya eut besoin d'un moment pour assimiler la scène et sa seule réaction fut de fixer bêtement l'inconnu. Celui-ci ne s'en formalisa pas. Il tendit la main et une toupie bleue vint se nicher dans sa paume.
- Oh-oh, fit la voix artificielle.
L'adolescent leva la tête et agrandit son sourire. Kyouya voyait que son action était volontaire, réfléchie. Il y discernait même quelque chose de... provocateur.
Il ne savait pas qu'on pouvait utiliser un sourire de cette manière.
- Salut Merci.
- Ginga Hagane. Je dois prévenir le maître.
- Ce ne sera pas nécessaire.
Le dénommé Ginga ne se départit pas de son air enjoué, mais Kyouya sentit que l'adulte louche – dont il ne connaissait toujours pas le nom – n'était pas sorti indemne de leur rencontre. Il n'allait pas le plaindre, bien sûr, mais il aurait aimé pouvoir se venger.
- Oh. Je vois.
Il y eut un silence, qui s'éternisa. Merci ne semblait pas savoir quoi faire de cette information.
- Bon, nous allons partir, reprit Ginga. Tu nous ouvres la voie Merci ? Que je n'ai pas à employer encore la manière forte aujourd'hui.
La voie était devenue plus tranchante à sa dernière phrase.
- Bien sûr, répondit immédiatement Merci, comprenant la menace. Retournez sur vos pas sur une dizaine de mètres et vous serez devant un ascenseur.
- Cool.
Ginga se retourna et regarda Kyouya.
- Tu viens ?
Le vert opina et le suivit. Une dizaine de mètres plus loin, comme promis, le mur s'ouvrit pour les laisser face à un ascenseur. Dire que la solution était si près et que Kyouya ne l'aurait jamais trouvée.
- Il vous conduira à la sortie. Au plaisir de ne jamais vous revoir.
- De même, Merci.
Les deux adolescents entrèrent dans l'ascenseur. Les portes se refermèrent et ils descendirent dans un silence tout relatif. L'appareil s'immobilisa, les portes s'ouvrirent sur l'extérieur et ils sortirent. Kyouya s'arrêta à quelques pas du bâtiment. Ils étaient en pleine ville mais il pouvait enfin respirer.
Des picotements dans la nuque l'avertirent qu'on l'observait. Il se retourna, agacé, et constata que Ginga le fixait. Qu'il le détaillait même.
- Quoi ?
Il l'avait peut-être sauvé, mais ce n'était pas une raison pour...
La pensée de Kyouya s'interrompit. Ginga l'avait... sauvé ? Ça faisait de lui une demoiselle en détresse ? C'était encore pire que la greluche qui se faisait tuer dans les dix premières minutes du film.
- Que tu as de grands yeux.
- T'es en train de me draguer ?
Ginga leva les yeux au ciel. À propos de lui, Kyouya Tategami ! Jamais il n'avait subi un tel manque de respect.
- Si tu comprends pas la référence, ça explique pourquoi t'as suivi un loup... Tes parents ne t'ont jamais dit de ne pas suivre d'inconnus ?
Kyouya s'empourpra.
- La ferme !
XXX
Kyouya rentrait chez lui, se demandant comment il allait pouvoir expliquer à son père qu'il avait perdu le colis et qu'il n'avait pas été capable d'accomplir une mission aussi simple que le livrer. Il ne voulait pas lui avouer la vérité, mais est-ce qu'il avait le choix ? Il allait s'en prendre plein les oreilles, et il était agacé d'avance.
Mais ce n'était pas l'unique cause de son irritation.
- Tu comptes me suivre encore longtemps ?
Ginga avançait fièrement à ses côtés.
- Il faut bien que quelqu'un t'empêche de suivre des adultes louches dans leurs pièges à rat.
Kyouya grogna.
- Je sens que c'est le début d'une belle entente, continua Ginga d'une voix joyeuse.
- Dans tes rêves !
Mais Kyouya ne pouvait pas dire qu'il s'était ennuyé, aujourd'hui.
FIN
(1) Kyouya utilise ce mot dans l'anime.
