Note de l'auteure, tombée dans une marmite de Guinness :

Oops...

Oui, je récidive... Encore...

Voici la suite de mes deux histoires précédentes :

1 - « Il était une fois... Un adorable Jabberwocky »

2 - « Il était une fois... Un terrible Bandersnatch »

Donc oui, c'est mieux de les lires avec celle-ci !

Promis, c'est ma dernière nouvelle dans OUAT !

Ensuite, je retourne dans l'Univers de Captain America, en 1945... (Capisce ?)

Vous connaissez la chanson : pas de lecteurs, pas de Bêta, donc pardonnez-moi pour les nombreuses fautes restantes.

Et l'histoire.

Et le personnage. (Surtout ça...)

.

.

.

.

.

Le mois de septembre arriva lentement et, avec lui, la rentrée des classes. La petite Grace, toujours âgée de onze ans, était étrangement impatiente de retrouver ses camarades d'école. La seule chose qui l'attristait grandement, était que son petit Jabberwocky ; de la taille d'un chien ; ne pouvait décemment pas être admis dans son établissement scolaire. Buck' allait donc rester au manoir, avec Jefferson. Jefferson qui, quant à lui, reprit ses activités créatives dans son atelier.

Père et fille avaient passé l'été à flâner, cueillir des champignons, boire du thé, lire des histoires au sujet du Pays des Merveilles et, depuis que Grace avait sauvé son papa du terrible Bandersnatch ; Jefferson entreprit d'enseigner à sa fille comment fabriquer un chapeau magique digne de ce nom.

Mais, ce lundi matin là, il était temps de reprendre le chemin de l'école.

.

Grace enfila une robe de coton de couleurs pastel avec quelques fleurs imprimées sur le tissu, de-ci, de-là. Elle recouvra ses jambes d'un fin collant blanc et noua ensuite les boucles dorées de ses souliers noirs. Elle coiffa ses longs cheveux en deux grossières nattes, qui tombaient chacune sur ses épaules, à droite et à gauche. Puis, elle glissa un serre-tête pourpre dans ses cheveux couleur miel.

Toujours aussi impatiente, elle descendit les escaliers de l'immense manoir quatre à quatre, avec Buck' qui la suivait en courant derrière elle, pour finalement débarquer tout sourire dans la grande cuisine où Jefferson finissait de préparer le thé matinal.

Jefferson, quant à lui, portait une magnifique chemise sombre, imprimée de motifs baroques en or fins, qui donnaient une touche de couleur délicate à sa tenue. Son veston par-dessus était tout aussi sombre, mais toujours de ce même tissu délicat et ravissant. Comme, désormais, il savait que sa fille appréciait sa cicatrice ; qui lui donnait apparemment un côté héroïque ; Jefferson ne prenait plus la peine de nouer son éternel foulard rouge. Seules ses marques écarlate ressortaient sur son cou, souvenir douloureux du Pays des Merveilles et de l'horrible Cora la Reine de Cœurs, qui lui avait coupé la tête. Il portait, comme d'ordinaire, son éternel pantalon en cuir, sombre, rehaussé d'une épaisse ceinture avec une boucle en or gravée d'entrelacs.

Sa tenue entière dessinait admirablement bien son corps tout en lui donnant un côté aristocratique.

Physiquement, Jefferson avait toujours ce même visage juvénile, et pourtant plein de malice. Ses yeux, d'un magnétique bleu acier, furent ravivés par un fin trait d'un noir eyeliner.

Ses épais cheveux bruns gardaient sempiternellement cette même coiffure Pompadour désordonnée.

Son allure en général représentait à la fois la divagation et l'élégance, lui valant encore le surnom de « Chapelier Fou ».

.

Blanche-neige, ou Mary Margaret Blanchard de son nom dut au Sort Noir, enseignait toujours à l'école de Storybrooke. Grace était dans sa classe, et cela lui convenait parfaitement. La jeune princesse faisait preuve d'une douceur et d'une patience remarquable avec ses élèves.

Pendant que sa fille était à l'école, Jefferson profita des derniers rayons de soleil pour paresser sur une chaise, dans son jardin, avec une énième tasse de thé à la main.

Il respira l'air frais et pur en essayant de vider son esprit. Profitant d'un repos bien mérité après les deux aventures imprévues que lui et sa fille avaient subi contre leur volonté cette année-ci. La plaie proférée par le terrible Bandersnatch, deux mois auparavant, avait certes cicatrisé, mais en laissant une affreuse marque sur son bras gauche. Une trace écarlate, étrangement en forme d'étoile un peu brouillée, qui couvrait l'épaule du pauvre homme.

Perdu dans ses pensées, il n'entendit qu'au dernier moment le bruit perçant dans les fourrées. Il sourit, en disant simplement :

- Buck', arrête de chasser les lièvres !

Mais le Jabberwocky en question releva sa tête, avec un air interrogateur dans son regard de petit dragon, car il était allongé aux pieds de Jefferson, qui ne l'avait de toute évidence pas vu.

- Buck' ? compris l'homme. Mais, si tu es là, alors qu'est-ce... ?

Il n'eut pas le temps de terminer sa question, car une minuscule créature quitta les buissons pour sauter devant Buck' et Jefferson, totalement surpris.

.

.

Le petit personnage devant Jefferson, toujours bouche-bée, et devant Buck', qui commençait déjà à grogner contre l'étranger ; n'était pas plus grand qu'un nain. L'homme portait un costume entièrement vert, tantôt à rayures, tantôt à carreaux, avec des grosses chaussures noires aux pieds. Sa longue barbe rousse tombait jusqu'à son ventre bedonnant et ses cheveux auburn n'avaient pas vu de peigne depuis des mois. Ses fins yeux bruns facétieux, considérèrent Jefferson avec sérieux et espoir.

Éventuellement, après avoir passé le choc, Jefferson reconnut le Leprechaun devant lui :

- Boq ?!

En réalité, Boq n'était pas vraiment un Leprechaun, mais un Munchkin du Royaume d'Oz. La créature s'avança vers Jefferson, malgré le Jabberwocky qui grognait toujours après lui.

- C'est rien, Buck'. Ne sort pas les dents, Boq est un ami.

Il fallut néanmoins quelques secondes à Buck' pour se calmer et se poster à côté de Jefferson, comme pour le protéger. Juste au cas où.

- Boq, qu'est-ce que tu fais ici ?

Le Munchkin souffla avant d'avouer, peiné :

- La Méchante Sorcière de l'Ouest se trouve ici, à Storybrooke !

- Zelena ? compris Jefferson. Oui, je sais. Emma et Regina s'en occupent déjà.

Le Munchkin jeta un regard noir à Jefferson, en raillant :

- Et toi ? Qu'est-ce que tu fiches assis sur ta chaise à boire du thé ?!

Étrangement, Jefferson se mit à sourire jusqu'aux oreilles, en répliquant :

- Aucune chance pour moi de lutter contre Zelena ! Je ne veux vraiment pas être son ennemi !

Mais Boq s'avança un peu plus vers son ami, avant de lui rappeler, d'une petite voix aiguë :

- Tu es déjà son ennemi ! Tu lui as volé sa boule de cristal, à l'intérieur de la Cité d'Émeraude ! Tu as même essayé de lui voler ses souliers rouges !

Le souvenir revint dans la mémoire brumeuse du jeune homme. Il acquiesça, en se justifiant néanmoins :

- Ah oui... Techniquement, ce n'était pas pour moi ! Une mission du Ténébreux... Et, il payait bien, à l'époque. En or pur ! Grace venait de naître et nous avions besoin d'argent.

Pourtant, Boq ne se démonta pas et donna un minuscule coup de pied dans les tibias de Jefferson, toujours assis sur sa chaise, et qui sursauta en s'exclamant :

- Aïe !

Buck' grogna derechef, mais le Munchkin reprit :

- Zelena ne doit pas rester à Storybrooke, ni revenir à Oz ! Et tu es le seul à pouvoir ouvrir un portail vers un autre Monde ! Fais ton boulot de chapelier, Chapelier !

Puis, la petite créature disparut à toute vitesse dans la verdure du jardin, laissant Jefferson abasourdi, seul, avec sa tasse de thé désormais vide.

.

.

.

Le week-end arriva bien vite, et Jefferson n'était toujours pas convaincu par la proposition du brave Munchkin. Depuis que le pauvre homme avait perdu sa femme, Allyson, il s'était juré de cesser toutes ses activités magiques pour s'occuper uniquement de Grace, encore trop petite à l'époque. Il avait peut-être perdu ses richesses et ses accointances, mais il préférait être présent pour sa fille. Il se devait de rester en vie pour elle.

Ce vendredi soir là, Jefferson borda Grace dans son grand lit. La petite fille tenait sa peluche rafistolée d'un côté et le Jabberwocky déjà endormi de l'autre. Jefferson s'apprêtait à reprendre sa lecture du livre : « Alice au Pays des Merveilles », lorsque Grace demanda, d'une petite voix fluette :

- Dis, papa... Est-ce que je peux aller chez un ami, demain ? Il m'a invité chez lui, pour faire nos devoirs et lire un livre...

Jefferson tiqua, ne s'attendant définitivement pas à cette question.

- Un... Ami ?

Malgré la lampe de chevet qui éclairait faiblement la pièce, Jefferson vit Grace rougir, et cela lui noua le ventre ; absolument pas préparé aux joies et aux peines des premiers amours pour sa chère Grace. Elle grandissait bien trop vite à ses yeux, mais il tenta de cacher sa tristesse, lorsque sa fille répondit :

- Oui. Henry... Henry Mills.

- Le fils adoptif de la Reine ? Je veux dire, de Regina ?

Grace fit « oui » de la tête, en rajoutant :

- Il est aussi le fils biologique d'Emma, tu sais. Ce week-end, il reste au manoir de la Maire. Il m'a invité chez lui pour livre son énorme livre : « Once Upon A Time ». Il m'a dit que ton histoire était dedans, aussi !

Elle semblait si heureuse et si excitée à l'idée d'en savoir plus sur le passé de son père, que ce dernier dut lutter pour ne pas paraître encore plus attristé et perturbé. Il n'était jamais réellement rentré dans les détails concernant sa propre histoire, même en racontant ses aventures au Pays des Merveilles. Et il ne voulait pas vraiment que sa fille découvre exactement comment il avait terminé avec cette horrible cicatrice autour du cou. Cependant, il ne voulait pas non plus interdire quoi que ce soit à son enfant. Il voulait son bonheur par-dessus tout.

Ainsi, il toussota avant de dire, le plus simplement possible :

- Juste pour demain, alors. Samedi, toute la journée. Je t'emmènerai chez Regina, et je reviendrais te chercher. Ça te va ?

Grace sourit jusqu'aux oreilles et sauta dans les bras de son père. Il la serra fort contre lui, en essayant de retenir les larmes qui lui montèrent aux yeux.

.

.

.

Jefferson passa la nuit dans son atelier sans vraiment réussir à trouver le sommeil. Le lendemain matin, Grace était tout à fait prête à partir promptement chez son ami. Elle avait revêtu une longue robe bleu ciel, assortie à son ruban dans ses cheveux coiffés en arrière, et toujours ses fins collants blancs et ses souliers noirs. Elle avait déjà son sac sur le dos et Buck' à côté d'elle, impatiente de le présenter à Henry.

Jefferson garda sa sempiternelle même tenue, en changeant seulement sa chemise sombre contre une propre, plus noire encore.

Le cœur serré, il quitta son immense manoir avec une Grace follement joyeuse à ses côtés, et le Jabberwocky également très heureux de se promener à Storybrooke.

Ils arrivèrent rapidement devant l'énorme maison de la Maire, au numéro 108. Un petit sentier, au milieu d'un verger rempli de pommiers aux fruits rouge sang, mena les invités à une imposante porte. Jefferson souffla un coup avant de sonner. Son cœur battait la chamade, et rata même un battement lorsque Regina ouvrit la porte.

L'ex-Reine portait un fin débardeur blanc, qui mettait sa poitrine en valeur, avec une veste anthracite absolument élégante, et des boutons de manchettes en or. Son pantalon impeccablement bien taillé était de cette même couleur grise, et elle portait de hautes chaussures noires à talons aux pieds. Ses cheveux ébène, coupés au carré, avaient un brushing parfait, et son rouge à lèvre vif donnait une touche de couleur à sa personne.

- Jefferson. Grace.

Regina se força à sourire, tout comme Jefferson. Sa fille le serra rapidement autour de sa taille avant d'entrer en trombe dans la maison pour rejoindre son ami. Buck' suivit la petite fille avec autant d'enthousiasme. Regina maugréa en voyant la créature débarquer dans sa demeure.

Le cœur de Jefferson se serra à nouveau.

.

.

- Je reviendrais la chercher ce soir... lâcha Jefferson, toujours attristé.

- Bien.

Il commença à faire demi-tour, tout comme Regina commença à refermer la porte, lorsque Jefferson s'enquit, au dernier moment :

- Est-ce... Est-ce que je peux te parler d'une chose délicate ?

Regina rouvrit la porte et avoua, peiné à son tour :

- Je crois savoir quoi. Mais, si tu veux tout savoir, j'ignorais totalement que mon fils Henry avait le béguin pour ta fille Grace. Je ne l'ai su qu'hier soir.

- Non, ce n'est... Attends, quoi ?!

Le cœur de Jefferson rata un battement. Encore.

À la limite de la panique, il répliqua :

- De quoi ?!

Regina leva les yeux au ciel, elle referma la porte derrière elle pour ne pas que les enfants, certes à l'étage, ne puissent entendre la conversation. Face à Jefferson, elle révéla :

- Je sais ce que tu ressens... Je le ressens aussi. On ne veut pas voir nos enfants grandir. C'est difficile. Pourtant, ça arrive.

Jefferson se pinça l'arête du nez en essayant de reprendre un semblant de contrôle sur sa panique. Il maugréa néanmoins :

- Je suis à deux doigts d'utiliser mon chapeau magique pour nous téléporter au Pays Imaginaire. Là-bas, personne ne grandit, ni ne vieillit !

- Je sais... répondit Regina qui n'avait pas un bon souvenir de ce Royaume.

Elle souffla un coup et répliqua, sérieusement :

- Mais, ça ne serait pas juste pour Grace. Ni pour toi, d'ailleurs... Jefferson, je sais que nous avons une histoire... Compliquée. Tous les deux... Mais nos enfants ne doivent pas subir notre passé.

Jefferson retrouva un semblant de calme. Il acquiesça, et reprit :

- Je sais... Mais ce n'est pas de ça, dont je voulais te parler... Il y a quelques jours, j'ai reçu une étrange visite dans mon jardin...

Regina esquissa une mine dégoûtée :

- Si ce sont encore tes créatures du Pays des Merveilles, ça ne me...

- Non, le Royaume d'Oz.

Un ange passa. Regina comprit.

.

Jefferson lui raconta absolument tout au sujet du brave Munchkin, venu pour le prévenir de la présence de la Méchante Sorcière de l'Ouest ici même, à Storybrooke. Regina écouta attentivement ses paroles et, à la fin du récit, elle maugréa à son tour :

- Zelena... Ma sœur veut se venger de moi.

Jefferson lui jeta un regard cinglant, comprenant clairement les griefs que pouvaient encore avoir les gens contre Regina. La Maire intercepta son regard noir, et revendiqua, un peu amer :

- Oh, ne me regarde pas comme ça, Jefferson ! Je ne suis plus la même personne que j'ai été par le passé. J'ai changé, pour Henry, tu le sais. D'ailleurs, même ta petite Grace m'apprécie. Elle me trouve très gentille.

Jefferson sourit jusqu'aux oreilles. Ce même sourire un peu fou qui lui valait son surnom si connu.

- Pour l'instant...

Cette fois-ci, ce fut au tour de Regina de lui jeter un regard noir :

- C'est une menace, mon cher Chapelier ?

Elle se rapprocha de lui pour le toiser de tout son long en essayant de l'impressionner, mais Jefferson ne se laissa pas berner par la prestance de l'ex-Reine. Il avoua, tout sourire :

- Oh non. Non, du tout. Mais, ton fils Henry veut faire lire son livre de Contes : « Once Upon A Time » à ma fille. Même si j'ai tout raconté à Grace, au sujet de mes aventures au Pays des Merveilles, je ne suis jamais rentré dans les détails... Elle ignore que j'étais en réalité prisonnier du Royaume de ta mère, et elle ignore surtout pourquoi je me suis retrouvé emprisonné là-bas...

Regina perdit son sourire. Jefferson aussi. Il tira sur le col de sa chemise sombre pour que Regina puisse voir de plus près encore, l'énorme marque écarlate qui faisait le tour du cou du pauvre homme.

- Grace ignore aussi la véritable raison de cette cicatrice. Elle lui trouve un côté héroïque, certes, mais c'est tout. Et elle compte lire mon histoire dans le livre de ton fils. À ton avis, comment va-t-elle réagir quand elle apprendra que tout est de ta faute ? Qu'elle a été orpheline pendant trente ans à cause de toi, car tu m'as piégé ?!

La respiration de Regina se coupa.

Jefferson lui jeta un dernier regard accusateur avant de faire demi-tour.

.

.

.

Regina porta un lourd plateau chargé d'une petite assiette contenant divers biscuits et gâteaux, un mug de chocolat chaud à la cannelle pour son fils et une tasse de thé au lait pour Grace. Elle connaissait très bien leurs boissons chaudes favorites.

Regina entra donc dans la chambre, tout sourire, en voyant les deux enfants assis sagement au bureau, en faisant studieusement leurs devoirs. Buck' le Jabberwocky sautillait un peu partout dans toute la pièce, découvrant ce nouvel endroit avec enthousiasme.

Regina posa le plateau sur le lit, et découvrit ; sur la couette bleue ; l'énorme ouvrage brun, aux lettres dorées qui indiquaient : « Once Upon A Time ».

Bien sûr, elle aurait voulu attraper le livre et l'enfermer à clef dans son caveau secret. Mais son fils Henry aimait éperdument ces Contes. Cependant, il allait faire lire les histoires à Grace, et Regina savait parfaitement que Jefferson avait raison. Une fois que la petite fille saurait toute la vérité, Henry la perdrait sûrement, par peur de la Méchante Reine.

Qu'elle n'était plus, certes. Mais le passé la rattrapait toujours.

Elle quitta la chambre le cœur serré.

.

.

.

Jefferson essayait de ne pas penser à sa fille, qui grandissait bien trop vite à ses yeux. Il était, de nouveau, assis sur sa chaise extérieure, au milieu de son immense jardin, buvant une autre tasse de thé, en profitant des rayons du soleil de l'après-midi. L'endroit semblait bien trop silencieux sans le Jabberwocky et, n'ayant pas dormi de la nuit, Jefferson tomba rapidement dans un sommeil étrange.

Jusqu'à ce qu'il se fasse violemment réveiller par une petite créature, qui sauta tout d'un coup devant lui, en criant, d'une voix aiguë :

- Jefferson !

Le Chapelier sursauta sur sa chaise, et renversa la moitié de sa tasse de thé sur le sol et sur l'accoudoir. Tout en maugréant, il jeta un coup d'œil au Munchkin à ses pieds :

- Boq, tu pourrais prévenir !

Le nain lui jeta un regard noir, en maugréant :

- Et toi, qu'est-ce que tu fiches ici ?!

Jefferson sortit un mouchoir en tissu de la poche de son pantalon, pour essuyer le thé sur sa main et sur l'accoudoir. Il posa sa tasse par terre, et souffla en répondant, visiblement agacé :

- Oh non, Boq, ne commence pas. J'ai des problèmes beaucoup plus importants que ta Méchante Sorcière !

Le Munchkin se planta devant l'homme pour le toiser de haut en bas, et malgré sa petite taille, il en imposait beaucoup. Il railla :

- Et qu'est-ce qui peut être PLUS important que Zelena ?!

- Ma fille ! s'écria Jefferson.

Il s'écroula sur le dossier de sa chaise et frotta ses yeux endormis de ses deux mains tremblantes. Ses iris bleu acier perdirent de leurs éclats, et ses cernes accentuaient encore plus son regard perçant et triste. Il reprit, angoissé :

- Je crois que ma fille a un copain...

Il laissa tomber son front dans la paume de sa main, et ferma les paupières. Mais Boq ne semblait pas partager son inquiétude, il s'écria :

- Quoi ? C'est tout ?!

Boq s'approcha encore plus de Jefferson pour, une nouvelle fois, lui donner un violent coup de pied dans le tibia. L'homme sursauta, en lâchant :

- Aïe ! Boq, nom de Dieu !

Le visage du nain devint très rouge car, visiblement énervé, il réprimanda d'une voix horriblement criarde :

- Je te jure que si tu n'envoies pas Zelena dans un autre Monde, le copain de ta fille sera le DERNIER de tes soucis, car tu n'auras plus de famille !

Le cœur de Jefferson se serra. Il allait répliquer, mais Boq reprit :

- S'il te plaît, aide Emma et Regina a piéger Zelena dans un Monde sans magie !

- Nous sommes déjà dans un Monde sans magie... railla Jefferson.

Derechef, Boq lui donna un coup de pied. Jefferson hurla encore, en plaidant :

- Mais arrête !

- Nous sommes peut-être dans un Monde sans magie, mais Storybrooke est une bulle magique de ce Monde ! Tu dois envoyer Zelena de l'autre côté de la frontière ! S'il te plaît, Jefferson... Au nom de notre amitié, depuis ce funeste jour où tu as débarqué au Royaume d'Oz, nous avons besoin de toi !

Jefferson souffla un long coup pour se calmer et accepter les paroles de son ami.

- S'il te plaît... plaida Boq.

Légèrement à contre-cœur, il accepta.

.

.

.

Jefferson grimpa quatre à quatre les escaliers de son manoir pour se diriger directement vers son atelier. Dans un coffre de bois, aux gravures dorées, situé au fond de la pièce, se trouvait son fameux chapeau magique. Un magnifique haut-de-forme bleu nuit, noué d'un épais ruban noir en soie fine, surmonté d'une simple boucle délicate. Les bords du chapeau étaient quelque peu élimés, cicatrices de ses nombreux, très nombreux, voyages entre les Mondes.

Jefferson sourit en tenant son chapeau. Puis, d'un geste habituellement précis, il le posa directement sur sa tête avant de quitter son atelier, puis sa demeure.

.

Jefferson marcha lentement vers la nouvelle maison d'Emma Swan, qu'elle partageait désormais avec son conjoint, le très connu Capitaine Hook. Le Chapelier n'eut aucun mal à trouver la grande bâtisse de la Sauveuse, sa sempiternelle petite coccinelle jaune était garé devant une immense demeure, à plusieurs étages, aux murs extérieures vert-de-gris et aux bordures d'un blanc pur.

Il passa le portail couleur crème, pour continuer sa route sur un simple sentier qui menait directement aux six marches d'escaliers face à la porte d'entrée.

Jefferson s'arrêta quelques secondes, avant de finalement appuyer sur la sonnette.

Une minute plus tard, Emma lui ouvrit la porte. Elle portait, comme à son habitude, son éternelle veste en cuir rouge et, en dessous, un léger débardeur noir. Un jean slim comme pantalon avec des chaussures sombre à talons. Ses longs cheveux, blonds comme les blés, virevoltaient dans son dos à chacun de ses pas. Ses yeux clairs se posèrent sur le visiteur, et son visage prit un air surpris lorsqu'elle demanda :

- Jefferson ? Qu'est-ce que tu fais ici ?

Pour toute réponse, il sourit jusqu'aux oreilles. Sourire qui, disparut très rapidement lorsqu'une autre personne débarqua derrière Emma. Une jeune femme aux cheveux ébène.

- Regina ? compris Jefferson, paniqué. Qu'est que TU fais ici ?

Emma se renfrogna :

- J'ai posé la question la première...

Le cœur de Jefferson se serra atrocement, et il tendit un doigt accusateur vers la Maire, en maugréant :

- Non, non, non. Où sont nos enfants ?!

Regina leva les yeux au ciel, en signe évident de découragement :

- Ils sont toujours chez moi, où veux-tu qu'ils soient ?! Ils vont seulement passer l'après-midi à lire ce stupide livre de Contes !

- Tout seul ?!

Regina s'avança vers le Chapelier, visiblement perturbé, et lâcha, avec impatience :

- Mon cher Jefferson, bien que ça me coûte de te dire ça : nos enfants ne sont plus des bébés. Ils peuvent très bien se garder tout seul. Henry a déjà sauvé Storybrooke et ta fille t'a déjà sauvé la vie.

- Et Ruby va leur apporter des cookies en fin d'après-midi... rajouta Emma pour rassurer le pauvre homme, au bord de l'infarctus.

Bien qu'il ne semblait pas du tout plus rassuré. Regina ronchonna et répliqua, avec malice, comme pour se venger des dernière paroles que Jefferson lui avait proféré le matin-même :

- Qui sommes-nous pour interdire le premier grand amour de nos enfants... ?

- Regina... maugréa Emma.

Le cœur de Jefferson rata un battement. Il bredouilla, sans vouloir accepter cette horrible évidence :

- … premier... am... amour ?

Regina esquissa son sourire malicieux, visiblement satisfaite de l'effet de sa phrase. Jefferson s'apprêtait déjà à faire demi-tour pour récupérer Grace, mais Emma le retint par le bras pour lui demander, très sérieusement :

- Pourquoi es-tu venu ?

- Mais... Grace... bredouilla derechef le Chapelier.

- Oh, coupe le cordon ! hurla Regina, plus impatiente que jamais. Ta fille peut très bien se passer de toi une journée entière ! Alors, qu'est-ce que tu fiches ici ?!

.

.

.

L'intérieur de la maison d'Emma était tout aussi sobre et moderne que l'extérieur. Rien de très personnel, elle venait tout juste d'acquérir ce bien immobilier pour elle et son fiancé. Fiancé qui se trouvait à bord de son Jolly Roger en cet instant précis.

Le couloir donnait sur un immense salon aux murs clairs, avec, au centre, une magnifique table ronde en verre. Jefferson était assis sur une chaise, avec sa tasse de thé à moitié vide devant lui. Emma et Regina, quant à elles, dégustèrent un fond de Whisky pour écouter attentivement l'étrange histoire de Jefferson au sujet de Boq le Munchkin et de la Sorcière Zelena.

- Tu saurais ouvrir un portail en dehors de Storybrooke ? questionna Regina, avec espoir.

Pour toute réponse, Jefferson sourit jusqu'aux oreilles, avec ce petit air fou qui lui traversa le visage. Regina leva les yeux au ciel, visiblement agacé, en raillant :

- Un simple « oui » suffit.

Puis, elle se tourna vers Emma, à sa droite, pour rajouter :

- Nous devons faire ça aujourd'hui. Henry est en sécurité chez moi, j'ai jeté un sort de protection sur la maison.

Jefferson perdit son sourire en se mettant à râler. Regina comprit, et lâcha, toujours agacé :

- Ta petite Grace est aussi en sécurité, d'accord ?

Il souffla un coup avant de demander, le plus sérieusement possible :

- OK. C'est quoi le plan ?

Ce fut Emma qui répondit :

- Regina va nous téléporter chez Zelena. Pendant qu'elle utilisera sa magie pour la retenir, toi, tu devras ouvrir le portail pour l'expulser hors de Storybrooke. Une fois de l'autre côté de la frontière, elle ne pourra plus revenir. La ville est invisible depuis l'extérieur et personne ne peut y entrer à moins d'y être invité.

Jefferson acquiesça sans problème, mais rétorqua néanmoins :

- Très bon plan, en effet. Je me demande ce qui va mal tourner...

Il sourit, tandis que Regina lui jeta un autre regard noir.

.

.

.

La demeure de Zelena était plutôt isolée, loin de la ville, pour lui permettre d'utiliser sa magie à mauvais escient en toute tranquillité. Son manoir, aussi grand que celui de Jefferson, avait cependant une allure bien plus sombre et sinistre. Il n'y avait aucune végétation aux alentours, même l'herbe semblait enterré sous la terre sèche. Le petit sentier de briques grises ne donnait pas vraiment envie de marcher dessus, et les deux pauvres arbres plantés dans le faux jardin se retrouvèrent totalement nus de toute feuille ou fleur ; et ce, même en plein été. L'endroit entier respirait la mort et la désolation.

Regina souffla un coup avant de prendre la tête du trio, pour avancer vers l'austère manoir. Bien décidé à stopper sa demie-sœur dans ses machiavéliques plans, Regina leva la main en l'air avec colère, et la porte d'entrer s'ouvrit par magie, dans un fracas assourdissant.

Avant de passer l'arcade, Regina prévint ses deux alliés :

- Préparez-vous à passer à l'action dès que possible. Ne la laissée pas utiliser sa magie sur vous.

- Facile à dire... murmura Jefferson.

Ils entrèrent tous les trois dans la demeure, dont l'intérieur était tout aussi angoissant que l'extérieur. Regina garda son bras droit à moitié levé, avec une boule d'énergie magique dans sa main, prête à l'action. Jefferson attrapa le chapeau qu'il portait sur sa tête et attendit le bon moment pour ouvrir son portail. Emma, en tant que Shérif de Storybrooke, sortit le revolver de sa ceinture en le tenant fermement des deux mains, droit devant elle.

Lorsqu'ils débarquèrent dans un immense salon, à moitié plongé dans l'obscurité, ils découvrirent Zelena juste là, devant eux.

Une grande femme, aux très longs cheveux roux, portant un imposant chapeau pointu, noir de jais. Une robe très moulante recouvrait ses courbes parfaites et sa poitrine généreuse, avec un profond décolleté. Elle portait un collier en argent avec une émeraude brillant de mille feux en son centre. Ses yeux clairs étaient remplis de malice, et sa bouche charnue était peinte d'un rouge sang. Sa robe semblait comme étinceler à chacun de ses pas, lorsqu'elle marcha vers le petit groupe, en faisant claquer ses hauts talons sur le parquet usé. Les mains posées sur les hanches, elle souriait affreusement, heureuse de découvrir les trois intrus chez elle.

- Je vous attendais plus tôt...

Et elle se mit à rire.

Un rire machiavélique qui résonna dans la sinistre salle.

.

.

.

- Maintenant ! hurla Regina.

Aussi rapide que l'éclair, Emma tira trois balles sur Zelena. Mais cette dernière, toujours souriante, arrêta les projectiles d'un simple revers de la main, par sa magie qui étincela d'un vert émeraude. Emma, perdue, n'essaya même pas d'utiliser à nouveau son arme humaine sur la Sorcière. Ce fut alors au tour de Jefferson de poser son chapeau magique sur le sol pour ouvrir le portail. Une fumée pourpre commença à s'échapper du haut-de-forme, mais Zelena n'attendit pas plus longtemps pour passer à l'action à son tour. Encore une fois, d'un geste de la main, elle ferma le poing devant elle et tira son bras vers elle. Jefferson fut propulsé par magie contre le mur derrière la Sorcière. Il tomba au sol, sans pouvoir se relever, complètement sonné par le violent coup. Le portail se referma en quelques secondes.

Regina s'énerva et se posta devant sa sœur, pour déclarer, avec véhémence :

- Ça suffit !

- C'est tout ce que tu as pour moi, sœur ? cracha Zelena. Tu me déçois.

Regina lança son sort sur sa demie-sœur, qui l'esquiva avec une facilité déconcertante. Emma essaya à son tour d'utiliser sa magie de Sauveuse sur la Méchante Sorcière, mais le combat restait toujours aussi inégal. Pendant que les trois femmes luttaient les unes contre les autres avec férocité, Jefferson, derrière Zelena, commença à ouvrir les yeux, certes avec difficulté. Une migraine fulgurante lui vrilla le crâne et il dut se concentrer pour réfléchir posément.

Dos à Zelena, il eut une idée. Il chercha quelque chose, n'importe quoi, du regard aux alentours, et trouva une vieille poutre de bois usée. Le mur du manoir s'ébranlait sur lui-même. Jefferson attrapa lentement son arme, et la serra fortement de sa main droite. Puis, toujours sans aucun bruit, il se releva et prit tout son élan pour frapper violemment Zelena par-derrière.

.

Malheureusement, la Sorcière se retourna juste à temps, pour utiliser sa magie, et pour figer Jefferson dans son action. Son arme tomba sur le sol, et il se retrouva immobile devant la Méchante Sorcière, qui le scruta avec intensité et le reconnu, avec colère :

- Toi ! Tu es le voleur qui m'a dérobé ma boule de cristal dans ma cité d'Émeraude !

Jefferson s'apprêtait à expliquer, encore une fois, que ce n'était pas pour lui, mais pour le Ténébreux. Cependant, il n'eut pas le temps, car Zelena, folle de rage, prit son élan de son bras droit pour passer sa main à l'intérieur de la poitrine du pauvre homme. C'était une magie noire très connue, une fois qu'elle agrippa de ses doigts serrés ce qu'elle cherchait, elle ressortit sa main hors du corps de Jefferson. Et il put découvrir, avec horreur, qu'elle tenait son cœur dans la paume de sa main...

Son cœur, protégé par un sort, rutilant et battant, entre les doigts de la Sorcière qui souriait d'une façon malsaine.

- ZELENA, non ! hurla Regina.

Mais Zelena se délecta de la souffrance qui traversa le visage de Jefferson, surtout lorsqu'elle écrasa de plus en plus le cœur dans sa main. Jefferson tomba à genoux, à terre, en serrant sa poitrine, par réflexe. Certes, son cœur n'était plus à l'intérieur de son corps, mais il pouvait néanmoins ressentir la douleur atroce de sa mort future.

Regina, qui connaissait bien cette façon cruelle de tuer, pour l'avoir utilisé bien trop souvent, savait ce qui se passerait lorsque Zelena écraserait totalement le cœur : l'organe se changerait en cendres, tuant ainsi Jefferson.

Jefferson qui, quant à lui, lança un regard implorant vers Regina. Ses yeux bleu acier remplient de larmes toucha l'ex-Reine. Emma rajouta, à côté d'elle, une supplique, en disant simplement :

- Regina...

- Je sais... murmura la Maire. Je sais...

Jefferson se mit à hurler en s'allongeant sur le sol, agonisant et mourant lentement. Zelena se tenait au-dessus de lui, sourire aux lèvres, en serrant le cœur encore et encore entre ses doigts.

Le pauvre homme n'avait plus que quelques secondes à vivre et, tout naturellement, ses pensées s'envolèrent vers sa petite Grace. Et une larme coula le long de la tempe de Jefferson, pour s'écraser sur le sol poussiéreux...

.

.

.

Regina passa à l'action aussi rapidement que possible. D'un simple sort, elle téléporta le cœur de Jefferson dans sa main à elle. Zelena, sous le choc, se retourna vers sa demie-sœur, pour lui lancer un regard noir, empli de haine. Mais, avant que la Sorcière ne jette un nouveau sortilège, Regina la figea sur place, comme elle venait elle-même de le faire quelques minutes plus tôt sur Jefferson. La Maire n'avait pas beaucoup de temps, elle attrapa à toute vitesse le chapeau magique à sa gauche et courut ensuite vers Jefferson, inconscient. Elle prit son élan pour remettre le cœur de Jefferson à sa place, dans sa poitrine. Mais l'homme ne se réveilla pas pour autant. Qu'importait pour le moment, Regina attrapa la main inanimée du pauvre homme, pour la poser sur son chapeau. Le portail s'ouvrit, et comme Jefferson n'était toujours pas conscient pour guider le chapeau, Regina dut utiliser toute sa magie restante pour choisir la bonne porte de sortie, à savoir : la frontière de Storybrooke, hors de la ville.

Au moment où le sort qui retenait Zelena se dissipa, la fumée pourpre du chapeau entoura la Méchante Sorcière, qui hurla à son tour :

- NON !

Avant d'être aspiré par le portail.

.

Un silence pesant plana dans la pièce sombre. Emma, qui mit du temps à réaliser ce qu'il venait de se passer, courut vers Regina, et s'agenouilla près de Jefferson, toujours inconscient. L'ex-Reine secoua le pauvre homme pour le réveiller. Elle dut s'y reprendre à plusieurs fois, avant que Jefferson ne finisse par grogner, en ouvrant ses yeux d'un bleu profond.

- Suis-je toujours en vie ? marmonna-t-il.

- Malheureusement, oui... railla Regina, qui aida néanmoins le Chapelier à se relever.

Emma souffla de soulagement et se mit à sourire.

.

.

.

Emma, Regina et Jefferson se téléportèrent tous les trois ensemble devant l'imposante demeure de la Maire. L'après-midi touchait à sa fin, et il était temps pour Jefferson, qui avait remis son chapeau magique sur sa tête, de récupérer sa petite Grace.

Regina dut d'abord lever le sort de protection d'un simple revers de la main, et le trio put passer la porte d'entrée.

Une fois de l'autre côté, Jefferson appela directement sa fille en criant presque, dans le corridor. Elle descendit les escaliers quelques secondes plus tard, suivit par Henry et par Buck' le Jabberwocky.

Cependant, lorsque Grace aperçut Regina, elle sursauta, et un air effrayé traversa son visage juvénile. Elle se jeta sur son père, en le tirant vers elle, loin de la Maire.

Regina comprit, et leva les yeux au ciel en soufflant. Son fils Henry se dirigea à son tour vers elle, en expliquant :

- Désolé, maman, Grace a lu tous les Contes du livre, et...

- Ce n'est rien, Henry.

Emma jeta un coup d'œil inquiet vers son amie, visiblement peiné. Grace tira derechef sur la manche de son père, en disant, avec angoisse :

- Papa, papa, je sais tout ! La Méchante Reine t'a fait du mal, et c'est à cause d'elle que nous avons été séparé !

Jefferson jeta à son tour un coup d'œil vers la pauvre Regina, dont le cœur se serra face à ses souvenirs douloureux. Le Chapelier souffla, puis s'agenouilla face à sa fille, pour être à sa hauteur, et lui dire, avec un air solennel :

- Grace... Ce livre de Contes raconte des histoires vraies, certes, mais passées. Tous les personnages à l'intérieur, sont aujourd'hui des gens différents, ici, à Storybrooke. Moi y compris. Tout comme Regina... Oui, elle était la Méchante Reine, il y a trente ans de ça, dans la Forêt Enchantée. Tout comme ton institutrice, Blanche-neige, était une fugitive. Et le Prince Charmant, un simple fermier. Et moi, j'étais le Chapelier Fou, qui voyageait de Mondes en Mondes, en travaillant pour le Ténébreux. Et ta maman est décédée à cause de mon travail... Mais tout ça, c'est du passé. Nous ne sommes plus les personnages de ton livre. Ces Contes sont uniquement nos origines, c'est tout. Notre présent est maintenant. Ici.

Regina posa une main sur son cœur, très touchée par les propos inattendus de Jefferson. Tout comme Emma, qui se mit à sourire, avec Henry autour de sa taille, souriant aussi.

Grace tendit sa petite main pâle vers le cou de son papa, pour toucher sa cicatrice, en répliquant, presque convaincue :

- Mais, c'est à cause d'elle que tu as cette marque... Et... Tu détestes le Pays des Merveilles ?

Jefferson sentit les larmes lui monter aux yeux.

- Oui. Oui, je déteste le Pays des Merveilles. Et puis... Tu l'aimes bien cette cicatrice, maintenant, pas vrai ? Grace... Aujourd'hui...

Il souffla un coup avec d'avouer, à demi-mot :

- Aujourd'hui, nous avons vaincu une ennemie, et... J'ai failli mourir.

Un voile d'angoisse traversa le visage de Grace, Jefferson reprit rapidement :

- Oui, j'ai failli mourir. J'ai pensé à toi lorsque Zelena a essayé de me tuer. Mais, tu sais qui m'a sauvé la vie ?

Grace fit « non » de la tête. Jefferson tourna son regard vers Regina, toujours sous le choc de ces paroles.

- C'est Regina qui m'a sauvé la vie. Sans elle, je ne serais pas ici, avec toi. Malgré nos différents, elle m'a sauvé... Regina n'est plus la Méchante Reine du livre. Elle s'est repentie. Je pense qu'Henry a dû te le dire, aussi.

Regina essuya rapidement la larme qui coula sur sa joue. Grace fit derechef « oui » de la tête. Elle sourit enfin, en se jetant dans les bras de son père pour lui faire un énorme câlin. Jefferson laissa, quant à lui, tomber les larmes sur son visage.

.

.

.

Une fois les émotions passées, Jefferson se releva en terminant d'essuyer ses joues humides. Grace glissa sa main dans celle de son père. Buck' attendait patiemment à côté d'eux. Grace rougit en regardant Henry, et en disant :

- Merci pour les Contes...

Henry rougit à son tour. Puis, il se tourna vers Regina, en questionnant :

- Maman, est-ce que Grace peut revenir ici, la semaine prochaine ?

Regina plongea ses yeux sombres dans le regard, désormais rouge, de Jefferson, comme pour attendre son accord. Qu'il donna :

- C'est bon pour moi.

- Pour moi aussi.

- Pareillement... rajouta Emma, en souriant.

Pendant que Grace et Henry se dirent au revoir, Jefferson tendit sa seule main libre vers Regina, qui la serra avec émoi.

- Nous sommes quittes... avoua Jefferson.

Regina sourit enfin. Et rajouta, en signe de bonne volonté :

- Si tu veux, je peux chercher un sort pour retirer ta cicatrice...

Mais Jefferson sourit jusqu'aux oreilles, en admettant pour la première fois, à haute voix :

- Non. Je crois que je commence à l'apprécier. Et Grace aussi.

Regina comprit.

.

.

.

La soirée tombait tout doucement et il faisait encore bon, en ce mois de septembre. Le Jabberwocky sautillait partout en suivant Jefferson et Grace, qui marchaient main dans la main, dans les rues de Storybrooke. Presque arrivé au manoir, Grace toussota avant de demander, d'une voix timide :

- Papa ?

- Oui, ma puce ?

Elle rougit en posant sa question :

- Comment... Comment on sait qu'on est amoureux ?

Le cœur de Jefferson rata un battement, définitivement pas préparé à ce genre de discussions. Pourtant, il réfléchit quelques minutes, avant de déclarer :

- C'est difficile à expliquer... C'est quelque chose que tu ressens dans tout ton corps : ton cœur tambourine dans ta poitrine. Ton ventre se noue, et tu ressens des chatouillis, comme des papillons. Ton esprit s'embrume, et tu n'arrives plus à réfléchir, ni à correctement parler. Car, tout ce qui importe vraiment, ce n'est pas toi, mais la personne qui se tient en face de toi. Comme si, soudainement, le Monde était vide. Totalement vide de gens, et que la seule personne restante sur Terre était là. Pour toi. Avec toi. Et tu sais, à ce moment-là, que c'est elle. Comme une pièce manquante d'un puzzle. Une pièce manquante dont tu ignorais le manque. Mais, en la découvrant, tu sais désormais que cette pièce manquait à ton âme, pour compléter la personne que tu es.

Jefferson se força à sourire. Grace posa ses yeux brillants d'émotions sur son père, en disant :

- Tu as ressenti ça pour maman ?

Le cœur de Jefferson se serra à nouveau en repensant à sa défunte femme.

- Oui. Oh oui. Et puis, lorsque tu es venu au Monde, j'ai compris que tu étais une pièce manquante, toi aussi. La seule personne au Monde pour laquelle je devais me battre et rester en vie.

Grace analysa les paroles de son père. Qui, quant à lui, attendit quelques minutes pour poser à son tour sa question, qui lui brûlait tant les lèvres depuis la veille :

- Et toi, Grace ? Est-ce que... Est-ce que tu ressens ça, pour Henry ?

La petite fille rougit derechef, en baissant ses yeux sur le sol. Elle haussa les épaules et dit, simplement :

- Je sais pas... Je crois... J'ai les papillons dans le ventre, moi aussi. Ça compte ?

- Oui...

Jefferson souffla un coup pour calmer sa panique.

- Tu as ressenti ça après maman ? Pour une autre dame ?

Le souffle de Jefferson se coupa totalement, mais il avoua, avec tristesse :

- Non. Non et ça ne m'intéresse pas. Tu es la seule personne dans mon Monde, Grace.

.

Ils étaient désormais devant le portail de leur demeure, et la fille se jeta dans les bras de son papa pour lui faire un autre câlin. Durant plusieurs longues secondes.

Lorsque soudain, Buck' se mit à grogner, car une petite créature apparut par magie devant Grace et Jefferson, en s'exclamant :

- Bravo, mon cher Chapelier ! Tu vois, c'était pas si difficile de vaincre Zelena !

Jefferson sourit néanmoins et se tourna vers sa fille, pour faire les présentations :

- Grace, voici Boq : un brave Munchkin.

.

.

.

THE END