Mirajane aimait le bar de la guilde. Elle aimait y être cliente autant qu'elle aimait en être responsable. Parfois, entre les tournées de Cana et les bastons inopinées des mages, elle se glissait derrière le comptoir et servait un verre à leur maître avec un petit sourire.

Il savait qu'elle appréciait faire danser des choppes sur le bois poli et préparer des cocktails fruités. Mais comme cela cassait un peu son image de démone, elle le faisait le soir, pour les courageux qui rentraient tard de missions et les fêtards qui traînaient des pieds à quitter la guilde.

Elle se servait du manque de monde comme excuse afin de prendre sa place derrière le bar.

C'était un de ces soirs, où elle était en train d'écouter distraitement Cana babiller à propos de Gildartz, ivre morte sur une table devant elle.

Elle avait vite appris qu'il était son père, mais elle n'en avait jamais rien dit à personne, cette information ne lui appartenait pas après tout. Cana finirait par s'endormir et serait réveillée demain matin par les premiers arrivants. Alors elle rentrerait chez elle pour se débarbouiller et reviendrait un peu plus tard à la guilde dans la journée pour une nouvelle tournée, recommençant inlassablement le même rituel.

Parfois, quand les sentiments de Cana l'envahissaient de trop, Mira sautait par-dessus le comptoir et tirait une chaise à ses côtés. Elle s'asseyait alors et passait une main dans le dos de son amie en lui murmurant des mots rassurants à l'oreille jusqu'à ce que ses larmes s'arrêtent de couler et qu'elle sombre dans le sommeil. Cela la peinait de la voir dans un tel état, mais tant qu'elle ne se décidait pas à avouer à Gildartz qu'elle était sa fille, elle ne pouvait faire grand-chose d'autre que panser ses plaies et changer les pansements.

Elle déposa le verre qu'elle était en train d'essuyer sur une étagère et balaya la salle vide du regard. Seule la chevelure brune de sa camarade -étalée sur la table devant sa choppe- habitait la pièce.

Elle jeta un œil à la seule pendule -encore- accrochée au mur et se pinça les lèvres.

Elle ne devrait plus tarder.


Voilà déjà trois ans qu'elle avait passé son examen pour devenir mage de rang S et qu'elle l'avait réussi, la même année qu'Erza.

Excepté le fait que la rousse avait eu son grade attribué à quinze ans et elle à seize. Mais ce fut la première année de tout l'histoire de Fairy Tail que deux mages revenaient victorieux de l'épreuve.

La fête avait été magistrale ce jour-là, elle s'en rappelait comme si c'était hier.

La musique battait son plein tellement fort que toute la ville avait probablement fait une nuit blanche. Les deux rivales étaient au centre de l'attention. Par conséquent, il avait été difficile pour Mirajane de s'extirper de la foule pour aller rejoindre Cana, qui contrairement à elles, avait été éliminée. Elle était assise devant son verre vide, la tête dans ses bras, à l'écart de l'agitation.

Mirajane passa au bar pour lui servir une choppe et la fit glisser timidement devant elle, compatissante. Cana releva la tête, les joues rougies par l'alcool et écarquilla les yeux devant la petite attention de la démone.

La démone se retourna soudain, les doigts fermement ancrés dans la chair de son amie pour couper court à toute tentative de fuite. Elle avait une idée.

"Eh Gildartz ! Viens par ici une minute !"

Le poil de Cana se hérissa à l'entente du nom de son géniteur et elle s'empressa de replonger sa tête entre ses bras alors que le mage s'approchait à grand pas de leur table.

Il félicita la nouvelle mage de rang S d'une grande claque dans le dos qui fit serrer les dents à cette dernière.

Il frappait fort le bougre.

Gildartz avait accepté de rester un peu après leur épreuve, chose rare, sachant qu'il ne s'attardait jamais à la guilde.

Mais Mira ne l'avait pas appelé pour se faire déplacer la colonne vertébrale, alors elle reprit la parole :

"Cana a assuré à son exam' aussi ! Elle était épatante, t'auras dû la voir combattre Mystogan c'était impressionnant, elle n'a rien lâché !"

En effet la plus jeune était tombée face à face avec le mage masqué, qui lui avait fait proprement mordre la poussière. Mais les mots de Mirajane -qu'elle savait sincères malgré tout- lui firent monter les larmes aux yeux alors qu'elle relevait la tête dans sa direction.

Mais c'est le sourire de Gildartz que ses yeux croisèrent.

Il posa une main sur son épaule et se pencha vers elle, un air paternel lissant ses traits.

Mirajane ne releva pas cette ironie mordante.

"Il faut que tu me racontes ça alors !"

Il s'assit alors sur la chaise libre à côté d'une Cana mi-terrifiée/mi-reconnaissante qui regarda Mirajane s'éloigner avec un sourire fier.

Elle avait toujours eu beaucoup de considération pour Cana et ça l'énervait qu'à part ses copains de beuverie, personne ne s'intéresse à elle. À force de traîner au bar, les mages oubliaient sa présence, comme si elle s'était fondue dans le mobilier. Personne -mis à part la démone- ne s'était posé la question de savoir ce que la jeune fille essayait de noyer dans autant de litres d'alcool.

C'était probablement l'œuvre de son côté protecteur, -le même qu'avec Elfman et Lisanna- mais elle ne l'avouerait pas. Elle avait sa fierté.

Peu de personnes ici bas étaient au courant qu'un cœur battait entre ses ailes noires.

Elle marcha un peu au hasard dans la guilde après ça. Cherchant quelqu'un sans vraiment savoir qui, s'arrêtant pour boire quelques verres avec les plus âgés qui trinquaient à sa réussite. Au bout de huit escales et trop de verres, elle croisa Luxus. Le petit-fils du maître qui s'appliquait à effacer ce lien de parenté. Un bouffon arrogant de première classe à qui elle ferait bien bouffer ses dents. Il ne l'aimait pas non plus, ou peut-être qu'il l'aimait un peu trop justement, donc il lui aurait bien retourné l'initiative. Il la toisa un moment avant de finalement, à sa grande surprise, la féliciter d'une manière un peu bourrue.

Quelle soirée.

L'ambiance finit par s'apaiser quelque peu, certains commencèrent à rentrer, d'autres, moins enclins à partir, s'endormirent à même le sol, entassés les uns sur les autres. Une activité signée Fairy Tail tout craché, pensa-t-elle en contournant une pile de mages ronflants.

Mirajane décida qu'elle avait besoin d'une bouffée d'air frais.

Elle poussa les lourdes portes de la guilde et se glissa à l'extérieur. La clarté du ciel lui indiqua que le jour allait bientôt se lever.

Elle inspira profondément, cette journée, elle en avait rêvé.

À présent elle était forte, assez pour protéger sa fratrie. Rien ne pourrait plus jamais leur arriver, le massacre de leurs parents, la destruction de leur village, la disparition de ses proches, elle ne laisserait plus jamais de telles horreurs se produire. Cette pensée apaisa un peu la culpabilité qui la rongeait -le syndrome du survivant comme disait Polyussica-.

Elle n'y croyait pas vraiment. Selon elle, c'était juste un rappel à vie de la nécessité d'être puissant pour protéger ce qui nous tient à cœur. Et elle avait échoué à cette tâche.

Elle expira longuement, chassant la tristesse et la honte de son organisme.

Elle savait qu'elles reviendraient, mais pour l'instant, elle était mage de rang S.

Plus qu'à espérer que ce grade comble le creux béant dans sa poitrine.

Mirajane s'assit sur les marches de la guilde, un peu émue.

Soudain, elle vit du coin de l'œil une silhouette qu'elle ne connaissait que trop bien s'asseoir à ses côtés.

"Scarlett."

"Strauss."

Elle ne l'admettrait jamais mais elle aimait beaucoup la façon dont leurs noms se répondaient.

La longue tresse de Titania était passée par-dessus son épaule nue. Elle s'était changée, son armure habituelle avait laissé place à un débardeur bleu et un pantalon noir. Une tenue probablement issue d'un pari stupide la défiant de se séparer de sa chère protection de métal pour une journée, le temps de célébrer.

"C'était l'idée de qui de faire tomber l'armure ?"

Erza tourna la tête vers elle avec un sourire en coin.

"Wakaba."

Elle acquiesça silencieusement.

Leurs doigts se frôlaient.

"Eh, Scarlett. Ce serait dommage de commencer notre carrière de mage de rang S sans s'adonner à notre activité préférée, non ?"

"J'ai vraiment pas l'énergie pour une baston là, Mira."

Cette dernière leva les yeux au ciel.

"Je pensais surtout à un défi, vu qu'apparemment tu es d'humeur pour ça aujourd'hui."

Erza haussa un sourcil à l'intention de sa camarade. Elle se doutait que Mirajane avait une idée derrière la tête, elle pouvait presque apercevoir des petites cornes de démon poindre sous ses mèches ivoire.

La compétitivité de ces deux là était si palpable qu'elle aurait pu être tranchée par un couteau à beurre.

Généralement le thème des défis variait autour des occupations récurrentes -mais indémodables- de lancer Natsu le plus loin possible ou faire le plus gros trou dans le mur de la guilde avec une seule attaque. Elles se battaient rarement, car leurs combats avaient toujours la même issue, elles finissaient ex-aequo, complètement épuisées et une partie de la ville terminait carbonisée. Makarov leur avait intimé d'arrêter leurs vrais affrontements quand le maire de Magnolia avait failli faire un arrêt cardiaque en voyant les dégâts.

"Et que proposes-tu ?"

Un éclat diabolique passa dans les prunelles de Mirajane.

"Embrasse-moi."

Erza mit un moment avant de se rendre compte qu'elle avait bien entendu. Lorsque ce fut le cas, elle devint aussi rouge que ses cheveux, regardant son interlocutrice avec des yeux ronds. Mirajane éclata de rire, basculant sa tête en arrière. Elle aurait dû se douter que Scarlett n'oserait jamais. Un point facile pour elle.

Mais devant la courbe exposée de sa gorge et ses clavicules saillantes, Erza déglutit, soudain prise d'une bouffée de chaleur.

Mirajane était belle, elle ne pouvait le nier. Son regard s'attardait souvent sur ses hanches graciles et ses épaules nues sans vraiment savoir pourquoi elle y revenait toujours. Au début, elle pensait simplement que c'était de la jalousie. Les formes de Mirajane lui accordaient beaucoup d'attention de la part de la gente masculine. Mais très vite, elle avait réalisé qu'elle aurait aimé faire partie des chanceux avec qui elle sortait le soir parfois. Elle savait qu'elle déclinait n'importe quelle offre sérieuse de leur part, mais juste l'idée de prendre un verre seule à seule avec elle lui plaisait.

Alors elle prit son courage à deux mains et dit son nom, qui roula lourdement sur sa langue.

Mirajane s'arrêta de rire et fixa la rousse, elle allait se moquer d'elle mais fut interrompue par le contact doux de ses lèvres se posant sur les siennes.

Et aussi étonnant que cela puisse paraître, elles ne s'étaient plus jamais quittées depuis.

La rivalité entre elles s'était lentement muée en lutte pour asserter la dominance. C'était purement physique. Mirajane lui volait des baisers dès qu'elle en avait l'occasion et Erza répliquait le plus souvent en la plaquant contre un mur. Elles s'arrangeaient aussi pour prendre leur bain en même temps. Il n'était pas rare qu'elles se faufilent dans le même lit après l'extinction des feux à Fairy Hills. Il arrivait même qu'Erza porte des écharpes en été quand Mirajane lui laissait des marques un peu trop visibles.

Ce n'était qu'un jeu, un autre moyen de titiller l'autre, jusqu'au moment où ça ne le fut plus.

Mirajane continuait de voir des gens en parallèle et Erza ne pouvait faire autre chose que la regarder bavasser à leur bras.

Ce fut lors de la Fête des Moissons que ça arriva.

La plus grande célébration de Magnolia.

Mirajane dansait au milieu de la rue principale, mêlée à la grande parade traditionnelle. Un défilé de chars gigantesques accompagné de feu d'artifices, d'orchestres, de danseurs et d'acrobates qui couraient sur les toits de la ville en répandant des confettis sur leur passage.

Elle était là, au milieu de la foule, tapant furieusement des pieds par terre, en longue robe noire flottante, tourbillonnant comme si le monde lui appartenait. Tous les yeux étaient sur elle, mais elle n'avait d'yeux que pour Erza, qui marchait paresseusement, un verre à la main, la suivant de loin. Malgré les nombreux regards qu'elles se jetèrent ce soir-là, leurs yeux ne se croisèrent jamais.

Une sensation désagréable s'était installée entre les poumons de la rousse, pensant que son amie l'ignorait. Lorsque la parade toucha à sa fin, les habitants se ruèrent aux stands de nourriture éparpillés dans le parc de la ville. Alors que Natsu et Gray dévalisaient une échoppe de fritures, elle se dirigea lentement vers un stand dédié aux pâtisseries. Elle allait croquer dans son fraisier pour noyer sa solitude quand elle l'aperçut.

Mirajane.

Maintenue contre le flanc d'un homme par un bras musclé. Elle titubait alors que lui semblait bien plus sobre. Erza ne réfléchit pas et fourra son gâteau bien aimé dans les mains de Cana qui lui avait tenu compagnie jusque là. Elle se leva -suspicieuse- et entreprit de les suivre.

Il s'éloigna de la foule en empruntant une ruelle jouxtant la fête et elle ne voulut pas attendre la suite des événements pour agir.

"Hé !"

L'homme se retourna, une Mirajane complètement ivre dans les bras, riant toute seule.

"Je vais la ramener, c'est gentil de vous être occupé d'elle mais je prends le relais." Déclara-t-elle d'une voix forte.

"Nan pas la peine, elle vient chez moi, elle a dit oui. On a passé la soirée ensemble."

"Je m'en fiche, elle repart avec moi."

Elle matérialisa son épée et la pointa vers l'homme qui plissa les yeux devant sa stature menaçante. Il remarqua l'emblème de la guilde sur son épaule.

"Attends, t'es une de ces tarées de Fairy Tail ?"

Elle serra les dents et n'en attendit pas plus pour se jeter sur lui avec une vitesse phénoménale. Elle le frappa du plat de son arme et il tomba à la renverse, le souffle coupé. Erza attrapa le bras de son amie pour l'empêcher de tomber aussi et la serra contre elle. Le souffle chaud de Mirajane trouva son chemin jusqu'à son cou et elle l'entendit glousser contre son épaule.

Laissant l'homme face contre terre, elle murmura en tournant les talons.

"Je te ramène à la maison, Mira."


L'eau froide glissa dans son dos et la fit frémir. Elle cligna des yeux, la tête lourde et mit un moment avant de retrouver un semblant d'équilibre. Elle était engourdie, et elle avait froid, terriblement froid, pourtant l'eau chaude existait déjà non ? Elle n'était pas chez elle, cette couleur de rideau n'était pas celle de son appartement.

Une petite fille aux mèches blanches flasha soudain dans son esprit.

"Lisanna !"

Un doigt fin se posa sur ses lèvres pour la faire taire et Erza émergea de derrière ledit rideau.

"Elle va bien, Elfman et elle sont chez Cana pour la nuit, je l'ai autorisée à faire une soirée pyjama avec les autres."

Mira se détendit d'un coup et se laissa glisser dans la baignoire, soulagée.

"Comment j'me suis retrouvée ici ?"

Erza soupira.

"Un mec voulait partir avec toi mais je l'ai intercepté et je t'ai réquisitionnée."

"Tu parles comme un commissaire de police." Pouffa la plus âgée.

Le regard sévère qu'Erza lui lança suffit à la faire taire.

"Merci du coup de main. Promis, je ne boirais plus jamais."

Évidemment elle ne la crut pas, donc son expression resta toujours aussi menaçante.

"Quoi ?"

Elle soupira.

"Si je n'avais pas été là-"

"Je m'en serais très bien sortie seule et puis il était gentil." Coupa Mirajane, agacée. "Je n'ai pas besoin de baby-sitter."

"Et pour Lisanna et Elfman ?"

"Il étaient avec les autres. Je m'occupe d'eux vingt quatre heure sur vingt quatre, je ne peux pas avoir deux heures de répit ?"

"Pas si tu te mets en danger comme ça."

C'en était trop, elle se leva et sortit de la baignoire comme une tornade, claquant la porte au nez d'Erza qui voulut la suivre. La rousse resta un moment derrière le battant fermé, réfléchissant à ce qu'elle allait bien pouvoir faire pour calmer la furie de Mirajane.

Un doute frappa Erza. Était-elle vraiment en danger ? Ou bien avait-elle surévalué la situation ? Il était clair que partir au bras d'un inconnu n'était pas franchement prudent mais ce n'était pas juste de la jalousie, si ? La voir avec quelqu'un d'autre… Elle secoua la tête pour arrêter là sa réflexion. Peu importe ce que c'était, le résultat restait le même et une Mirajane en pétard l'attendait derrière la porte.

Elle l'entrebâilla finalement, pour retrouver son amie assise sur son lit, enroulée dans sa couverture, regardant ses pieds nus sur le plancher.

Elle ouvrit le battant complètement, fixant la jeune femme devant elle, en proie à un conflit intérieur évident.

Après la disparition de leurs parents, Mirajane étant devenue la tutrice de sa fratrie, elle dû faire une croix sur son statut de grande sœur et devenir un substitut de mère pour eux. Elle les aimait plus que tout, c'était évident, mais cette situation l'écrasait. Erza avait compris en quelques sortes que Mirajane était tiraillée entre une crise d'adolescence difficile et une maternité précoce. Elle mettait le feu à des poubelles la journée et semait les autorités à grands coups de magie puis rentrait le soir border son frère et sa sœur après leur avoir mijoté un bon dîner.

Elle écrasa une larme qui dévalait sa joue.

"Pourquoi t'as fait ça ?"

Ses yeux bleus rencontrèrent de nouveau les siens mais plus aucune colère ne les habitait. Erza s'assit à ses côtés, le matelas s'affaissant sous leur poids les fit se rapprocher, à croire qu'il était dans le coup.

"De quoi ?"

"Pourquoi es-tu venue me chercher ?"

Le rouge lui monta aux joues et elle chercha à détourner son attention des yeux bleus profonds qui la fixait. Un bleu abyssal, peuplé de monstres, de créatures terrifiantes se nourrissant des démons non exorcisés de leur hôte. Pourtant Erza voulait les caresser, les apprivoiser, ça lui était bien égal qu'elles soient dangereuses, elle voulait les aimer comme elle aime Mirajane, parce qu'elles étaient indissociables d'elle. Alors Erza, le cœur battant et les mains moites, se pencha vers elle et s'abandonna sur ses lèvres.

Elle recula vite, espérant tout de même que le message était passé.

Mirajane ne réagit pas.

Oh. Bon sang. Bon sang. Bon sang. Bon sang. Bon sang.

Et soudain Mira s'effondra, recroquevillée au milieu de cette couette bien trop imposante, tremblante et fragile. Une fille de porcelaine, couverte de veines dorées et d'arabesques bleues.

Erza l'observa attentivement, interdite face à de tels sanglots.

"Je ne comprends pas." Articula doucement la rousse.

"Je t'aime, sombre imbécile."

Elle n'entendit même pas l'insulte, l'air s'engouffra dans ses poumons alors que le choc la frappa de plein fouet.

"J'suis pas douée pour ces trucs là, c'est pour ça que j'essaie de t'oublier avec des mecs mais ça ne marche pas."

Erza avait l'impression que son cerveau fonctionnait au ralenti. Ce n'était peut-être pas qu'une impression.

"Et puis t'as l'air si indifférente… J'ai fini par abandonner l'idée que ça pouvait être réciproque… Je suis désolée, c'est vraiment misérable."

Un silence.

"Tu... Tu m'aimes aussi ?"

Les larmes de Mirajane se calmèrent devant sa mine ahurie -qu'elle trouva hilarante-, mais elle n'eut pas la force de se moquer d'elle.

"Oui, Erza."

C'était sorti dans un murmure, avec un faible sourire.

L'horizon passa soudain à la verticale alors que la rousse se jetait sur elle, déposant des bisous fugaces sur ses joues et son nez.

Elle se mit à rire aux éclats avant de saisir ses joues dans la paume de ses mains et de l'attirer vers elle pour l'embrasser.

Pour la première fois, elles ne se débattirent pas pour acculer l'autre, leur baiser fut doux et affectueux.

Le premier d'une longue lignée.


Mirajane sourit tendrement alors que ce souvenir ressurgit des tréfonds de sa mémoire.

La porte de la guilde s'ouvrit soudain et ombre rousse se glissa à l'intérieur, scrutant le bâtiment à la recherche de quelqu'un. Sa petite-amie lui sauta au cou en criant et Erza l'accueillit en la serrant fort contre elle, appréciant le parfum fleuri de ses boucles ivoire.

"Bonsoir, ma chérie."

"Tu as quinze minutes de retard !" Glapit Mirajane avec un air indigné.

"Désolée pour ça, je suis passée prendre un fraisier en chemin."

Elle s'écarta soudain de leur étreinte.

"C'est pour une occasion spéciale ?"

Erza haussa un sourcil inquisiteur devant sa réaction.

"C'est l'anniversaire de nos deux ans demain, Mira."

Ses yeux s'écarquillèrent d'effroi.

"Merde, j'avais oublié."

Sa copine baissa les yeux, déçue, mais une main se glissa sous son armure, repoussant immédiatement ses pensées désagréables.

Mirajane se colla contre elle, son bassin appuyant contre le sien. Elle glissa son nez entre ses mèches rousses pour lui susurrer à l'oreille :

"Tu sais quoi ? Je crois que je sais comment me faire pardonner."

Erza sourit contre sa tempe, ce n'était pas une démone pour rien.

Elle passa ses mains sous les cuisses et la souleva, Mirajane gloussa en agrippant ses mèches rousses.

"Bonne nuit Cana !" Lancèrent-elles en chœur avant de fermer la porte derrière elles.

Bien des secondes après, la brune leva la tête, encore somnolente.

"Hein ?"