Résumé
« Je n'ai pas de corps physique. Pas encore, du moins. Je suis une âme.
Je recherche une âme réincarnée spécifique. Elle est née sous le genre féminin. Elle est maintenant un être humain vivant à part entière. Nous avons une connexion et partageons un lien très puissant et profond.
Ce pourquoi j'ai pris place dans l'une de ces mignonnes et jolies poupées, en soie, avec des cheveux fait en crinière de cheval et un visage en porcelaine... »
Note : Ce one-shot est un préquel à ma (non-publiée et corrigée encore) première fanfic de Moribito, « Ransa no Moribito ». J'ai également été inspirée par notre fanfic challenge de style 'Round-Robin' appelé « Finding Home ». Les personnages ne m'appartiennent pas. Je ne possède que mon propre OC, Alika.
Ce one-shot est aussi un cadeau pour Ainikki (qui est aussi une de mes beta-readers pour mes fanfics en anglais). Elle a mis une référence à mon personnage dans son graphique pour sa fanfiction epic. Ceci m'a donc donné l'idée de creuser plus loin à propos du but de la poupée.
La version anglaise est sur mon compte Ao3.
Crossroad
Je n'ai pas de corps physique. Pas encore, du moins. Je suis une âme. J'appartiens à une puissante race spirituelle appelée Templier. Si je me réincarne en tant qu'être humain, il y a de fortes possibilités que je puisse sentir les énergies à cause de ma race spirituelle. Je pourrais être en mesure de voir les esprits possédant un corps physique et également les auras. Je n'ai pas conservé le corps physique de ma dernière incarnation, mais j'ai de très forts souvenirs à propos de mes nombreuses vies antérieures.
Je recherche une âme réincarnée spécifique. Elle est née sous le genre féminin. Elle est maintenant un être humain vivant à part entière. Nous avons une connexion et partageons un lien très puissant et profond. Nous avons partagé plusieurs vies passées en tant que mère et fille, en tant que tante et nièce, en tant que grand-mère et petite-fille aussi bien qu'en tant que cousines. Elle peut être n'importe où, maintenant. Cela rend plus difficile mes recherches, mais j'ai confiance. Toutes les âmes – réincarnées ou pas – sont liées. Elles peuvent être vu comme de petits diamants, attachés à un mince fil qui les relie toutes ensembles : comme une toile d'araignée. Grâce à ce lien, je peux sentir que nos chemins sont sur le point de se croiser très bientôt. Je ne peux pas le dire, mais je peux le sentir. Ce pourquoi j'ai pris place dans l'une de ces mignonnes et jolies poupées, en soie, avec des cheveux fait en crinière de cheval et un visage en porcelaine...
Et... la voilà. L'âme que je recherchais depuis si longtemps. Après ces six longues années de recherches, elle se tenait-là, devant le kiosque. Je pouvais sentir son énergie et je savais que je ne me trompais pas. C'était elle.
Je la regardai : elle regardait attentivement les autres poupées. Je n'avais pas peur de perdre ma place. Elle aurait fini par choisir ma poupée, de toute façon. Elle sembla beaucoup hésiter avec toute la gamme de variétés. Je lui donnai un coup de pouce. Je lui projetai mon énergie.
Prends-moi, cocotte, prends-moi. Je suis celle qu'il te faut.
Ses yeux tombèrent sur moi. Elle approcha sa main, la déposa sur la poupée dans laquelle j'étais et me prit. Elle semblait encore hésiter. Je la comprenais très bien : j'avais de la compétition. Dans son autre main, il y avait une autre belle poupée, mais je savais que j'étais mieux.
Prends-moi, cocotte, répétai-je. Elle est jolie, elle aussi, mais elle est une coquille vide. Je suis celle dont tu as besoin.
Elle sourit, comme si elle avait entendu mes pensées dans son esprit.
« Jiguro. Elle ! dit-elle en Kanbalese. »
Alors ainsi, elle est née à Kanbal, hein ? Ouaip. Notre vie commune avant celle-ci, ensembles, était également dans ce pays. L'homme appelé par la petite fille lui sourit, de façon épuisée. Je pouvais sentir leur stress. C'est ainsi que la petite fille m'emmena partout où elle allait. Nous rencontrâmes un petit garçon et une vieille femme. Le petit garçon semblait curieux par la petite fille, mais cette dernière était trop fatiguée pour parler avec lui. À ce moment-là, j'appris son nom.
« J'ai quatre ans ! Je m'appelle Tanda, et toi ?
- ... Balsa... »
Balsa, pensai-je. Quel joli nom, un magnifique.
Balsa se coucha, avec Tanda à ses côtés.
Oh, ma belle, tu as le mal du pays, pas vrai ? Serre-moi très fort contre toi, je vais te réconforter du mieux que je le peux.
Tanda m'accompagna dans mon objectif de réconforter Balsa. Il s'amusa à faire des ombres chinoises sur le mur en face d'elle. Balsa, malgré tout, lui fit un petit sourire.
« C'est drôle, hein ? Je l'ai senti dans ton énergie ! dit le garçon. »
Elle décida de le regarder et essuya ses yeux avant d'hocher positivement la tête. Bien qu'ils devaient dormir, Tanda passa plusieurs minutes à nous raconter de petites histoires, des drôles, et certaines à propos des mystères de Nayug. Doucement, Balsa tomba endormit, pressée contre lui, apaisée et calmée. J'étais comprimée entre les deux. Heureusement, en tant qu'âme, je n'avais pas besoin de poumons, même dans le corps d'une poupée.
Je n'ai pas encore de nom, mais Jiguro m'en a offert un alors qu'il essayait de réconforter Balsa. Le nom n'avait pas une grande signification; ce n'était pas le nom de sa mère, ou celui d'une amie ou d'un membre quelconque de sa famille. Il aimait... juste le nom.
« Jiguro ? demanda Balsa. Tu fais quoi ?
- Me préparer pour le combat, dit-il.
- Encore ? Les méchants vont nous trouver ici ? »
Ses yeux étaient écarquillés et consternés. Elle était effrayée. Jiguro jeta un œil à la vieille dame qui fredonnait une chanson pour inciter Tanda à s'endormir.
« Ils ne nous trouveront pas ici, murmura-t-il alors qu'il essuyait ses mains sur un chiffon propre avant de me prendre et dire d'un ton très solennel : j'ai un devoir très important pour toi, Alika. »
Oui, Jiguro ? répondis-je.
« Je dois aller faire quelque chose de très important, alors c'est ton devoir de veiller sur Balsa quand je suis parti. »
Bien sûre que je le ferai. Sois confiant.
Il me remit soigneusement à Balsa, qui me prit dans ses mains avec une expression de révérence.
« Je sais que c'est difficile, mais tout ce que tu as à faire c'est d'être brave et survivre.
- Brave ? questionna Balsa, me collant contre son cœur.
- Tu as été très brave quand tu as laissé la maison, dit-il.
- J'ai pleuré beaucoup, regretta-t-elle. »
Je pouvais sentir que Jiguro avait pleuré pendant leur fuite, cette première nuit, avec Balsa en face de lui sur le cheval, n'ayant aucune idée d'où ils allaient et ce qu'il ferait avec sa vie à partir de maintenant. Je pouvais lire son âme comme un livre. Jiguro ramassa sa lance à ses côtés et posa son menton contre le front de Balsa.
« Il n'y a aucun mal à pleurer. Tu peux pleurer et être toujours brave, la rassura-t-il alors qu'il se recula un peu et la regarda dans les yeux. »
Elle hocha la tête prudemment. Jiguro se redressa et vérifia une dernière fois son sac pour être sure qu'il avait bien tout ce qu'il avait besoin.
Peu de temps après cet épisode, la vieille dame, du nom de Torogai, regarda la poupée dans laquelle j'étais. Je savais qu'elle pouvait sentir mon âme à l'intérieur, mais je n'étais pas emprisonnée. Je restais juste... dedans comme une maison confortable pour mon âme. Elle commença à me parler, doucement.
« J'étais au courant de ton âme dans la poupée, depuis la première fois que Balsa t'a emmené ici, Alika. Peut-être que "Alika" n'est pas ton vrai nom spirituel. Ou qu'il n'est pas ton nom antérieur, mais depuis que Jiguro te l'a offert, c'est le tiens maintenant. »
Je dégageai mon énergie comme réponse. Je savais qu'elle pouvait le sentir. Mon énergie et mon aura étaient mes seuls moyens de pouvoir communiquer avec eux.
« Tu aimes le nom ? Comme c'est super ! Peux-tu me permettre de lire ton âme ? demanda-t-elle. »
J'acceptai. Je pouvais enfin communiquer avec une personne qui pouvait comprendre l'objectif de l'âme. Elle mit sa main où le cœur de la poupée était censé être.
« Tu es une âme très puissante... bien plus puissante que moi et une rare, aussi. Nayug et Sagu ne sont pas des places habituelles pour une âme Templier. Si tu es ici, c'est parce que tu dois remplir un devoir très important... enseigner aux gens, tu dis ? De toutes les façons ?... Je vois. Tu attends le parfait moment pour te réincarner à ton tour, aussi. Donc, pour l'instant tu veilles Balsa. Je comprends ton lien avec elle en tant qu'âme. Je vais alors t'accorder un nouveau pouvoir, dans ce cas. Avec, tu pourras être en mesure d'échanger avec elle. Prends soin d'elle, Alika, c'est ton devoir. »
Elle me déposa doucement sur le plancher et invoqua un sort. Une douce chaleur me submergea. Je connaissais désormais le nouveau pouvoir que la chamane m'avait octroyé. Je promets d'en faire un bon usage. Je le jure.
J'avais très hâte d'essayer le nouveau sort. Tout ce que j'avais besoin de faire était d'attendre que Balsa s'endorme. Une fois fait, je sortis de la poupée, toujours sans corps physique. Je me projetai dans une autre dimension : le monde où tous les rêves se côtoyaient. Ce n'était le monde qui emprisonnait le rêveur dans un rêve éternel. Cette dimension était la véritable.
J'étais dans une place sans ciel ni terre. Je me sentais comme si je volais dans une nébuleuse ! J'étais entourée de brumes arc-en-ciel et de vagues multicolores qui ressemblaient à des aurores boréales. C'était ici que le monde spirituel et celui des vivants se tenaient sur un pied d'égalité.
« Es-tu à la recherche d'un rêve en particulier, belle âme ? demanda une voix féminine. »
Je n'avais pas de corps physique, mais j'avais l'impression d'en avoir un. Je me retournai vers elle. C'était une femme, elle aussi, et dégageait une énergie de magic-weaver. C'était Norugai, le maître de Torogai !
Je recherche le rêve d'une fillette appelée Balsa, répondis-je.
« Je vois... tu es cette âme Templier, envoyée à moi par ma propre élève, Tomka. Viens avec moi. »
Nous arrivâmes devant un dôme translucide, caché derrière une montagne de poussière interstellaire.
« Ceci est une barrière qui entoure les rêves. Tous les rêves possèdent des barrières en forme de dôme, plus ou moins puissantes. C'est différent pour chaque personne. »
Est-ce que les rêves des esprits en possèdent, eux aussi ? demandai-je.
« Oui, me dit-elle. Quand un rêveur possède une barrière plus faible, les esprits qui sont spécialisés dans le domaine prennent la responsabilité de la solidifier. Amuse-toi, belle âme. »
J'acquiesçai et passai à travers la barrière des rêves de Balsa. La place était plongée dans une brume blanche. Sans aucun corps physique pour m'asseoir ou pour bouger, j'attendis patiemment que ma Balsa vienne et me rejoigne. La voilà.
Balsa ! l'appelai-je.
Elle tourna sa tête rapidement.
Viens, Balsa, je suis là !
Instinctivement, elle vint à moi. Je savais qu'elle me voyait comme une petite sphère de lumière, laissant de petites étincelles partout où j'allais.
« T'es quoi ? me questionna-t-elle. »
Je t'ai toujours surveillé, Balsa, lui dis-je. Tu ne te souviens plus de moi, mais peu importe. Avec la réincarnation, tu as tout oublié. Mais ton âme, profondément en toi, le sait. Je me souviens de toi.
« Pourquoi t'es une sphère qui parle ? »
Je m'esclaffai. L'imagination des enfants pouvaient être impressionnante, parfois.
Parce que je n'ai aucun corps, l'informai-je. Mais comme nous sommes dans un rêve... pourquoi n'essayerais-tu pas de m'en faire un ? Tu es libre de choisir !
Je vis ses yeux briller avec excitation. Elle hocha rapidement la tête positivement et commença. Elle m'offrit un visage, un pareil au sien, avec la même couleur d'yeux et le même teint de peau. Elle m'offrit des cheveux, exactement comme les siens, mais les miens étaient plus longs et pouvaient facilement atteindre mes futures cuisses, peut-être même mes genoux. Elle m'offrit une robe blanche Kanbalese à longues manches, avec un collet munit d'une goutte et fait de biais de couleur rose, ainsi qu'une ceinture Kanbalese et des pantalons de couleur bleu poudre. Finalement, elle m'offrit un corps entier et me fit deux têtes plus grandes qu'elle. Elle me regarda et fronça les sourcils.
« Que se passe-t-il, cocotte ? questionnai-je.
- Hum... je peux te donner une lance ? Quand Jiguro n'est pas là...
- Je vois... comme une garde-du-corps. Attend quelques secondes, je vais faire un tour de magie.
- Un tour de magie ?! »
Son visage montrait de l'excitation. Je pris un petit tas de nuage dans mes nouvelles mains. C'était tellement étrange d'être en mesure de pouvoir bouger avec un corps. Ça faisait si longtemps que je n'en avais pas eu un. Quel étrange sentiment. Je me retournai de nouveau vers Balsa et exécutai quelques gestes avec des étincelles roses. Soudain, je fis apparaître une lance comme celle de Jiguro dans ma main. Balsa applaudit.
« Maintenant, c'est bon !
- C'est bientôt le matin. Je voudrais jouer un petit jeu avec toi, avant.
- Quel jeu ?
- ... Connais-tu mon nom, Balsa ? »
Elle plissa les yeux en réfléchissant à la question. Après quelques minutes, elle leva sa tête vers moi.
« Tu es... la poupée Alika ?!
- Je savais que tu étais une enfant brillante, Balsa. Effectivement. C'est bien moi. Alors on va être capable de jouer ensembles, la nuit prochaine.
- Et les autres ?
- Et les autres, confirmai-je avec un doux sourire. Je reste réveillée toute la nuit pour te veiller, mais durant le jour, je vais dormir.
- Pourquoi dormir ?
- Tu es comique ! J'ai besoin de dormir pendant le jour, comme ça, on pourra jouer ensemble la nuit suivante.
- Ah ! oui !
- Maintenant, va dormir. »
Balsa hocha positivement la tête et me donna un câlin. Je pouvais de nouveau lui parler. Je pouvais de nouveau la toucher. La sentir me toucher, et sentir ses cheveux soyeux sous mes doigts. Je me retins de ne me pas pleurer devant elle jusqu'à ce que je sois sûre qu'elle ait quitté la place. C'était des larmes de joie. Maintenant, je pouvais pleurer aussi ! Elle m'a tellement manqué. Je revins dans la poupée alors que le soleil commençait à se lever dans le ciel. Je pouvais entendre Balsa demander à Tanda de faire un petit lit dans une boîte vide pour ma poupée. Ils sortirent du refuge sur la pointe des pieds, une fois que Balsa m'eut couchée dans le lit confectionné. Je souris.
Il y eut pleins d'autres nuits où j'ai joué avec Balsa. Parfois, durant les nuits, elle jouait dans mes cheveux, alors je revenais à la poupée avec mes cheveux attachés en grosse tresse unique dans mon dos. De temps à autre c'était deux tresses, deux lulus – basses ou hautes –, des chignons, avec une boucle sur le dessus de ma tête, ou une queue de cheval comme la sienne. Je revenais de nouveau à ma maison confortable qu'était la poupée lorsque Torogai se réveilla au même moment. Je figeai. Elle pouvait me voir, clairement.
« Alors, murmura-t-elle, voilà à quoi tu ressembles, Alika.
- Hmmm, ouais, répondis-je. Du moins, c'est le corps que Balsa m'a offert dans ses rêves.
- Je vois que tu utilises très bien le pouvoir que je t'ai octroyé.
- Bien sûre que si. »
Balsa n'était pas le genre d'enfant à avoir des cauchemars récurrents. J'ai dû combattre ses cauchemars moins de dix fois durant une année complète. Mais Tanda était différent. Il avait toujours été un étrange petit garçon. Il était sensible, insécure et pouvait voir des choses que personne d'autre dans sa famille ne pouvait voir. Une fois, je jouais avec Balsa quand nous avons, toutes les deux, été propulsées hors du rêve.
« Quoi ?! paniqua Balsa en se réveillant en sursaut. Tanda, ça va ?
- Un… cauchemar… encore…, frissonna le pauvre garçon, en sueur et ses yeux étaient remplit de larmes. Peux… pas… dormir… »
Balsa me prit et offrit ma poupée à Tanda.
« Tiens. Alika peut t'aider.
- Elle... peut ? sanglota-t-il.
- Oui. Elle combat les cauchemars. Alika est magique ! Fais-lui confiance.
- D'accord... merci... »
Ils se couchèrent à nouveau sur leur futon. Balsa se pressa contre Tanda et tomba endormit rapidement. Elle roula presque par-dessus lui et le serrait comme s'il était un gros ourson pelucheux. Je retournai dans la dimension des rêves et connectai les rêves de Balsa à ceux de Tanda. Je m'assis sur un coussin et attendis Tanda. Le voilà. Il me regarda, surprit. Il n'était pas effrayé, il était curieux à mon propos !
« Tu es... la poupée Alika ? s'intrigua-t-il.
- C'est bien moi, effectivement, souris-je. Alors tu as des cauchemars, mon cher petit ?
- Oui...
- Approche. Je peux t'aider.
- Tu peux ?
- Bien sûre que je peux. »
Les cauchemars de Tanda furent moins récurrents au fil du temps. Mes yeux, mon âme, n'arrivaient toujours pas à croire ce qu'ils voyaient, sur son passé et sa famille. Parfois, je sentais de la rage à l'intérieur de mon âme et voulais le venger en entrant dans la dimension des rêves de ses parents. Mais mon objectif premier me ramenait toujours à l'ordre : je devais veiller Balsa, jusqu'à ce que le temps de ma réincarnation arrive.
Les années se sont écoulées. Balsa ne dormait plus avec ma poupée. Je n'étais pas triste. Je savais qu'elle grandissait et c'était parfait de cette façon. Au moins, je l'avais retrouvé et ne cherchais pas son âme par-ci, par-là. Et mieux encore, elle m'avait donné un corps. Alors mon âme pouvait s'aventurer sur de courtes distances dans un délai de temps limité : pas plus que dix minutes et j'atteignais ma limite proche du petit étang. La poupée était mon lieu de repos principal avant ma future réincarnation. Tanda gardait ma poupée dans un cabinet où lui et Torogai rangeaient les herbes. Je sentais la cannelle, maintenant. J'en ai toujours apprécié le parfum. Je continuais de visiter Balsa dans ses rêves. Nous avons toujours eu du bon temps à discuter et à échanger. Mais je savais qu'au moment où elle se réveillerait au petit matin, Balsa n'aurait plus aucuns souvenirs à propos de nos conversations. Elle m'a peut-être même déjà oublié, ou en est venue à penser qu'elle avait seulement eu une amie imaginaire durant son enfance. J'ai accepté l'idée, mais en même temps, j'avais toujours un nœud dans l'estomac quand j'y pensais...
Je reçus une image très rapide en tête, le quart d'une seconde : de petits diamants, attachés à un mince fil qui les reliait tous ensembles : comme une toile d'araignée. C'était le signal. Mon temps de réincarnation était proche. Je ne pouvais pas le dire, mais je pouvais le sentir. Jiguro est décédé il y a deux ans déjà, et ma Balsa était sur ses vingt-trois ans maintenant. Lorsque Jiguro est mort, nos âmes se sont rencontrées, comme deux bons vieux amis. Il était familier avec mon énergie et me reconnaissait. Il avait conservé l'apparence physique de sa vie précédente, en tant que lancier.
« Je vais me réincarner, aussi, l'informai-je.
- Je sais. Es-tu nerveuse ?
- Non. J'ai très hâte de pouvoir croiser son chemin à nouveau. »
Même si Jiguro avait trouvé la paix qu'il méritait dans l'au-delà, il n'était pas passé dans le monde de Nayug. Il restait dans la dimension de Sagu, flânant ici et là. Balsa et Tanda n'étaient plus des enfants. Ils étaient maintenant des adultes et appréciaient, de temps en temps, quelques jeux sous la couverture. Ils avaient eu des relations sexuelles pour la première fois quand Jiguro était décédé et c'était devenu une habitude au fil du temps. Quand cela arrivait, je sortais du refuge, le temps qu'ils terminent de soulager la tension. Balsa était une femme impatiente, alors ça ne durait jamais très longtemps.
Et puis, il y eut cette nuit. Mon âme quitta la poupée pour la dernière fois, à tout jamais. Je la regardai, inclinant ma tête comme si je voulais la remercier pour m'avoir offert une maison confortable pour mon âme en attendant ce moment. Mon corps, offert par la petite Balsa, se changea en particules scintillantes qui disparurent dans l'air : l'incantation avait atteint sa limite aussi.
Mon âme se dirigea où Balsa et Tanda dormaient après avoir fait l'amour. Je n'ai jamais osé la regarder quand elle était nue, après une relation sexuelle. Mais pour cette fois-là, je n'eus pas d'autre choix. C'était ma chance, et si ce n'était pas possible, j'aurais refait cette étape de nouveau, encore et encore, jusqu'à une réincarnation réussite. Mon âme fut attirée vers son ventre et, passant à travers son nombril, je me retrouvai dans son utérus, là, où une très forte et possible fécondation pourrait être possible. Où – seulement après six semaines – le premier battement de cœur pourrait se faire entendre à l'intérieur d'un futur, minuscule, corps en développement.
Elle ne voulait pas de moi...
Je pouvais le sentir dans son énergie. Je pouvais entendre sa voix et mes propres battements de cœur, mais je ne pouvais pas sentir le corps du futur bébé. Je ne pouvais rien voir. Tout était noir. Mais clairement, elle ne voulait pas d'un bébé, pas maintenant… Je pouvais sentir sa détresse, sa panique et ses peurs. Les paroles de Torogai me revinrent en mémoire.
Si tu es ici, c'est parce que tu dois remplir un devoir très important... enseigner aux gens, tu dis ? De toutes les façons ?...
Oui. C'était mon but. Et je voulais apprendre à Balsa des choses, beaucoup de choses. Elle ne faisait pas confiance à son instinct maternel. Elle pensait que ses mains étaient plus adaptées à tenir une lance et des armes qu'un enfant.
Ce n'est pas vrai. Je l'ai toujours su de par nos vies passées, crois-moi, Balsa.
Elle niait tous les signes comme quoi elle pouvait être enceinte. Elle se répétait nombre de fois à elle-même, encore et encore, qu'elle aurait pu perdre mon corps physique – pas mon âme – avant les trois premiers mois. Même quand elle a déboulé le flanc d'une montagne durant un combat : je m'accrochais toujours à elle.
Je veux vivre avec toi.
Je ne la laisserai jamais partir, ou même la quitter. Toujours dans son ventre, je pouvais sentir sa panique. Elle alla voir une magic-weaver pour me retirer de là, après trois mois de grossesse. Mon cœur se serra. Je pouvais parfaitement comprendre ses motifs. Elle était déterminée à le faire. L'affaire la plus triste dans tout ça, c'était que Tanda n'était au courant de rien concernant sa grossesse. Elle l'avait laissé derrière – était partie durant plusieurs semaines déjà – et était sur le point de lui faire ça dans le dos et agir sur sa décision en secret.
Oui, j'avais pris ma chance plus tôt, et je me disais constamment que si ce n'était pas possible, je répèterai cette étape encore et encore, jusqu'à une réincarnation réussit. Mais encore... même si je la comprenais entièrement, je ne pouvais m'empêcher de ressentir de la tristesse à l'intérieur de mon âme. Je pouvais entendre sa conversation avec la magic-weaver. Elle était totalement respectueuse à l'égard de Balsa. Je fus touchée par sa gentillesse. La plupart des femmes auraient été culpabilisées par leur famille, par leurs amis, par des étrangers, mais pas elle. Elle expliqua à Balsa toutes les étapes et les risques que ça pouvait engendrer, après avoir pris la médication. Elle perdrait beaucoup de sang. Pour la préserver d'une infection mortelle, la magic-weaver lui a proposé de la garder à son refuge jusqu'à ce que le saignement se calme et arrête de lui-même, naturellement. Balsa était sûre de sa décision. Rien n'aurait pu la faire changer d'idée… je le savais. Alors je ne pouvais rien faire sauf accepter le destin de cette première grossesse...
Je voulais juste crier. J'étais en colère. Je voulais vivre ! Mais en même temps, oh kami-sama, que je la comprenais, sincèrement. Maintenant, c'était mon âme qui commençait à paniquer.
S'il te plait, Balsa, s'il te plait, laisse-moi la chance de te montrer que tu es plus qu'une guerrière endurcie. Laisse-moi la chance de te prouver que tu seras une merveilleuse maman... alors s'il te plait ! Tu n'as pas fait ce bébé toute seule... il y a un père à quelque part... Tanda... c'est lui...
Mon âme continuait de paniquer. Ce n'était qu'une question de minutes avant de mon âme ne se fasse expulser du corps du fœtus.
S'il te plait, Balsa, s'il te plait, laisse-moi la chance.
Mon âme commença à pleurer. C'était inutile. Personne ne pouvait m'entendre de là. Personne ne pouvait prendre ma défense de là. Souffrant. Sans espoir. Tristesse. Même la colère était dans cette tempête d'émotions qui submergeait mon âme. Si j'avais été le résultat d'une agression, j'aurais totalement compris et je ne me serai même pas réincarnée. Mais dans ce cas-ci... juste parce que Balsa avait le sentiment de ne pas être prête à abandonner sa vie actuelle en tant que guerrière, avec un enfant...
Je t'en supplie, s'il te plait... s'il te plait...
« Calme-toi, petite âme, résonna une voix dans mon esprit. »
Hein ?! Où ?! Où es-tu ?! Jiguro ? C'est toi ? Je ne peux pas te voir, je ne peux même pas parler...
« Je sais. Mais je peux le faire pour toi. »
Comment ?! Elle ne veut même pas du bébé…
« Fais-moi confiance. Je t'ai toujours veillé depuis tes premiers pas dans le ventre de Balsa. N'aies craintes et laisse-moi faire. »
J'entendis tout l'échange entre Jiguro, la magic-weaver et Balsa. La présence de Jiguro m'apaisait. Oui. Nous étions seulement comme de très vieux amis, lui et moi, dans la dimension spirituelle. Je savais que Balsa n'était pas capable d'entendre sa voix, mais je le pouvais.
« Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Balsa.
- ... Un esprit vient d'entrer dans la pièce, indiqua la dame magic-weaver. L'esprit en question a un message pour toi... es-tu encline à l'écouter ? »
Balsa eut de l'hésitation, mais elle hocha doucement la tête de façon positive. Je le ressentis.
« Dites-lui que je suis un homme, déclara Jiguro.
- L'esprit est un homme,traduisit la dame.
- Je comprends ton état actuel mental et tes motifs. Mais si tu ne veux vraiment pas garder le bébé, tu devrais, au moins, dire la vérité en premier au père. »
La femme répéta les mots exacts des phrases de Jiguro. Balsa était confuse et méfiante. Elle essaya de demander quel était le nom de l'esprit en question.
« Je ne veux pas qu'elle le sache, dit Jiguro. Ne lui répète pas ce que je suis sur le point de te dire : je ne veux pas qu'elle le sache parce que je ne veux pas interférer avec ses choix et sa vie. Elle pourrait être troublée par ma présence spirituelle et se bloquer.
- ... Il ne veut pas me le dire, répondit la dame. Peu importe, tu peux prendre tout le temps nécessaire concernant ta décision, encore une fois. Peu importe ce que tu choisiras, je t'appuierai. »
Balsa se mit à pleurer en voyant la compassion que la dame avait pour elle. Elle était une parfaite inconnue et malgré tout, la magic-weaver était toujours restée gentille, douce et compréhensive à son égard. Je pouvais sentir qu'elle était une vraie guérisseuse, une vraie médecin et une magic-weaver avec un cœur en or. Je suis contente de voir que Balsa ait pu être en mesure de croiser son chemin. Balsa était sur le point de la quitter, pour penser à sa décision, quand elle s'arrêta.
« Est-ce que... l'esprit de l'homme est toujours avec nous, en ce moment ? »
J'entendis Jiguro rire.
« Ne pense surtout pas que je t'aurais laissé seule tout ce temps avec une telle décision.
- Oui. Il est toujours avec nous, répondit la dame avec un sourire. »
Balsa passa deux grosses semaines à pleurer sa vie. Elle n'avait jamais pleuré autant depuis... depuis que je ne peux même pas me souvenir, pour être honnête. Elle était déchirée par sa décision. Elle semblait si sure d'elle avant l'intervention de Jiguro. Balsa était une femme obstinée et aussitôt qu'une décision était prise, elle ne changeait pas d'avis – c'était ce qu'elle avait toujours cru. Elle changea sa robe pour son kimono rouge avant de retourner au refuge de Tanda, plus calme avec sa décision finale. Il n'était pas encore là. Il était probablement sorti, dans les montagnes, ramassant ses herbes et chantonnant distraitement à lui-même. Elle n'avait jamais pensé qu'elle le ferait : elle ouvrit le cabinet où lui et Torogai rangeait les herbes. Je pouvais la sentir prendre mon ancienne confortable poupée qui m'avait servi de maison, avec précaution. J'étais particulièrement certaine qu'elle sentait encore la cannelle à ce jour.
« Oh, que devrais-je dire, Alika ? Que devrais-je faire ? Tu as toujours été là pour moi quand j'avais de la difficulté avec une décision ou des émotions. »
Elle s'assit sur le sol et pressa ma poupée contre son cœur. Je me sentis soulagée : elle ne m'avait jamais oublié.
Calme-toi, Balsa, tout ira bien.
Elle remit ma poupée dans le cabinet avant que Tanda ne revienne de la montagne. Le jour suivant, ils eurent une profonde et sérieuse discussion. Balsa dit toute la vérité à Tanda : à propos du fait qu'elle était enceinte, premièrement, et qu'elle avait entamé l'étape pour me retirer de son ventre. Elle avait la tête basse, comme si elle avait honte de sa confession. Elle avait beaucoup pleuré, mais il l'avait réconforté. Elle était enceinte, épuisée, submergée par les hormones et mon énergie pouvait se faire sentir. Mais avant toutes choses, Tanda et moi savions qu'elle était un être humain. Une guerrière aguerrit, oui, mais un être humain en tout premier lieu. Sa décision était prise.
« C'est correct, Balsa, je comprends, dit Tanda.
- Je ne peux pas le faire..., sanglota-t-elle en essuyant ses yeux avec ses mains.
- Tu as raison.
- ...
- Tu ne peux pas le faire... »
Je sentis l'énergie de Tanda changer.
« Seule, du moins. Je serai-là avec toi et nous élèverons l'enfant, ensembles. Ne t'inquiète pas à propos des détails superficiels. »
Les tensions s'apaisèrent. Au fil du temps, je pouvais enfin utiliser mon nouveau corps pour donner un coup de pied sur la main qui se pressait sur moi. Je jouais avec mon cordon ombilical et bougeais par-ci, par-là. Soudainement, j'entendis une voix.
Le temps est bientôt venu, petite âme. Il ne reste qu'un seul dernier mois. Es-tu prête à tout oublier ? Es-tu prête à oublier ta vie passée, ton but et tes pensées ?
Oui, je suis prête.
Alors, nous y voilà. Aies une belle vie et amuse-toi, petite âme.
Une lumière blanche et pure m'aveugla.
« C'est une fille ! »
FIN~
