Ain't no rest for the wicked
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Un grand merci à mes betas Xyxo et HelAndNiflel! :D
Lord Voldemort était un homme occupé.
Depuis la chute du Ministère de la Magie, il ne s'arrêtait plus. Lui qui avait espéré un peu de calme pour se livrer à ses expériences dans les Arts Sombres, il avait constaté qu'il y avait toujours quelqu'un à torturer, à rançonner, ou un maléfice à déjouer. À dire vrai, la créativité de de ce qui restait de la résistance pour les lettres piégées l'aurait charmé si elle n'avait pas été dirigée contre lui.
Comme si les ennuis causés par ses ennemis n'étaient pas suffisants, il y avait des Mangemorts en déroute à gérer au cas par cas. Il ne pouvait pas les tuer un par un, et c'était bien dommage : depuis leur victoire, la plupart étaient partis en vrille. Alcoolisme, penchant immodéré pour le risque dans le but de reproduire l'ivresse de la bataille… tant de maux qu'il ne pouvait pas régler d'un Avada Kedavra, au risque de perdre le soutien de la classe Sang-Pur.
Bellatrix, sans surprise, comptait parmi les plus agités. Elle continuait d'officier à la fois en tant que bourreau lors des interrogatoires et en tant que formatrice dans le nouvel établissement pour apprentis Mangemorts. Situé dans l'enceinte du manoir Jedusor (revanche prise sur ses grands-parents moldus, il avait rebaptisé leur demeure « manoir Gaunt » à l'occasion), bardé d'enchantements novateurs, il était le joyau du Seigneur des Ténèbres. Il espérait beaucoup de ces nouvelles recrues : d'origine moins pure, (il acceptait de fermer les yeux là-dessus si elles ne s'en vantaient pas), elles étaient plus dociles, en compétition plus ouverte, ce qui favorisait l'émulation. Avec un peu de chance, ces nouveaux fidèles seraient plus disciplinés que la génération précédente, trop prétentieuse du haut de ses privilèges.
Depuis son bureau, il admira les séances d'entraînement au duel, où les sorts se déchainaient. Les cheveux virevoltaient, on poussait des cris, des insultes. Un écho des batailles passées, pensa-t-il, un sourire moqueur aux lèvres. Cependant, il lui fallait une véritable armée, pas un gang de nobliaux dégénérés. Il avait commis l'erreur grossière dans sa jeunesse de s'acoquiner avec n'importe qui (pour ne pas dire n'importe quoi), pourvu qu'on le suive. On ne l'y reprendrait pas !
Le résultat valait largement les grognements exaspérés de Bellatrix. Les soirs où ils avaient le temps de dîner ensemble, elle faisait invariablement une tête d'enterrement, pestant contre « ce ramassis de Sang-mêlés à peine capable de tenir une baguette ». En réalité, les élèves étaient triés sur le volet à leur sortie de Poudlard, et il n'était pas rare que Voldemort accorde des promotions avantageuses aux meilleures recrues à la fin de leur cursus.
Néanmoins, peut-être avait-il un peu extrapolé quand il avait conclu que les leçons particulières qu'elle avait un temps dispensé à son neveu étaient la preuve de talents pédagogiques insoupçonnés. On ne pouvait pas dire que ses efforts didactiques avaient autant été couronnés de succès avec les classes qu'elle supervisait, surtout la fois où elle avait traité de Sang-de-Bourbe un des rares bleus Sang-pur. La provocation avait eu l'effet escompté, il avait enfin réussi à lancer un Feudeymon. En revanche, il avait mal visé, et dans sa rage, l'aile sud était partie en flamme.
Sans grande surprise, les prisonniers servaient plus que jamais de défouloir à Bella.
En parlant d'insatisfaction, la une d'un des journaux auquel il était abonné attira son attention.
« 80% des sorcières insatisfaites de leur vie conjugale et intime ! »
L'article était sans appel : les sorciers britanniques étaient nuls au pieu. Irlandais, Gallois, Anglais ou Ecossais, jeunes et vieux, de tous les Sangs possibles, la sanction statistique tombait comme un couperet : leurs femmes s'ennuyaient ferme.
Voldemort ne lisait habituellement pas ce genre d'articles à sensation. Il avait horreur qu'on le racole ainsi, mais, il fallait l'admettre, le sujet le titillait. Le chiffre de huit sorcières sur dix lui paraissait impensable.
L'enquête détaillée, réalisée par le biais d'un questionnaire anonyme, ne concernait pas moins de cinq mille sorcières et à peu près autant de sorciers. Si les taux de bonheur conjugal étaient élevés chez les hommes, la majorité des sorcières avouait par écrit des pensées peu charitables. La section « commentaires libres », dont les exemples les plus cinglants avaient été reproduits, ne manquait pas de sel.
« Chaque rapport avec mon mari est une corvée. Je préfèrerais encore dégnomer le jardin. Littéralement. C'est mon excuse pour ne pas le laisser me faire l'amour "Chéri, je dois aller au jardin, il y a des nouveaux gnomes qui sont apparus ! " »
« Je trompe mon mari depuis des années avec ma meilleure amie. Je n'arrive même pas à me sentir coupable. L'amour saphique est sans pareil ! La langue d'une femme contre les lèvres intimes de sa partenaire est une sensation incomparable. Femmes, adonnez-vous à la douceur lesbienne, vous ne le regretterez pas. »
« J'ai épousé mon mari pour l'argent, à part ça, il a le charme d'un Veracrasse. Je couche avec lui par pur devoir conjugal, mais ayant perdu sa fortune dans les boissons et les courtisanes, je suis à deux doigts de rejoindre les rangs de ces dernières. Je crois qu'elles gagnent bien mieux leur vie que moi. Ayant par ailleurs eu toutes les maladies vénériennes par l'intermédiaire de mon mari, je serai au moins immunisée pour mon nouveau métier ».
« Je n'ai jamais été plus heureuse que depuis mon veuvage. Je peux enfin boire du polynectar et faire des orgies ! Mes amies m'envient fortement. Bonne fille, je leur en passe un peu quand il m'en reste un fond ».
Et autres joyeusetés.
Qu'il y ait des hommes dont l'incompétence déborde jusque dans la chambre à coucher n'étonnait guère Voldemort. Il avait eu le droit à tous les parfums de la nullité, de son enfance jusqu'à maintenant. (Ce qui n'était pas pour rien dans sa quête d'immortalité… une certaine envie de renoncer à l'humanité l'avait toujours traversé).
Ce qui le turlupinait le plus, c'était la différence entre ce que la majorité des hommes pensaient d'eux-mêmes et ce que les femmes en retiraient.
Un malaise s'insinua en lui. Oh, il n'en doutait pas, il devait faire partie des quelques pourcents restant d'hommes qui valaient quelque chose… bien sûr.
Cela dit, rien de pire dans une relation que le doute. Il appela derechef Bellatrix, à l'aide de sa marque. Pendant qu'elle arrivait, il sortit un flacon de Veritaserum, et en versa quelques gouttes dans son thé. Cette version améliorée par Severus avait remplacé l'ancienne dans les rangs des Mangemorts, car il y avait adroitement mêlé un filtre de volubilité. Il permettait de poser des questions larges aux ennemis puis de les laisser parler, au lieu de devoir s'épuiser en questions tordues. Par ailleurs, elle laissait apparaitre leurs émotions, informations parfois cruciales qui étaient anciennement masquées par la froideur provoquée par le Veritaserum.
Jusqu'ici, il n'en avait jamais eu besoin avec elle. Son occlumancie frôlait déjà la perfection quand elle l'avait rejoint, aimable participation de la maison Black à son mouvement. Il avait eu du mal à lui faire confiance, lui qui avait pris l'habitude de fouiller dans l'esprit de ses disciples. Cependant, le Veritaserum était une potion retorse : le sujet pouvait y développer une résistance avec le temps. Il restait donc une solution de dernier recours.
Par ailleurs, Voldemort avait appris à connaître Bella au fil des années, tant et si bien qu'elle avait fini dans son lit. Elle lui avait montré tant de fois sa dévotion absolue qu'il ne voyait pas l'intérêt de la forcer à parler. Elle se serait sentie trahie, il ne prendrait pas le risque d'une crise de nerf alors qu'il lui faisait confiance (enfin, selon son propre standard de confiance, c'est-à-dire jamais entièrement).
Par pure curiosité, il lui était arrivé d'attendre son sommeil, dans l'espoir d'apercevoir quelque chose pendant que ses barrières étaient abaissées. À sa surprise, elles restaient bien en place. Il n'avait aperçu que de vagues brumes, des rêves passés au stade de spectre.
Bella toqua doucement à la porte.
Encore en tenue d'entraînement, le visage rougi par l'effort, les cheveux ramassés dans un chignon approximatif, elle arborait son expression interdite des jours où elle se méfiait de son appel impromptu.
« Assieds-toi, ma Bella. Je n'ai rien à te reprocher, ne prends pas cet air-là ».
Ses lèvres se relâchèrent. Son minois s'apaisa quelque peu.
Elle s'assit, encore sur ses gardes. Quand il leva sa tasse de thé, elle l'imita. Ils burent une gorgée en silence.
« Dis-moi, Bella, j'aurais une question d'ordre personnel à te poser.
- Personnel ?
- J'ai lu un article ce matin, qui affirme qu'une grande majorité de sorcières trouvent leur compagnon sexuel à mourir d'ennui. J'ose espérer que je ne fais pas partie du lot des prétentieux qui se sont convaincus de leurs prouesses ?
Allons, elle allait répondre non, évide…
- À vrai dire, si.
- Pardon ?! »
Bella cacha aussitôt sa bouche de ses mains - une expression qui n'était pas sans rappeler les trois singes japonais se couvrant bouche, yeux et oreilles. La comparaison aurait été distrayante si l'heure n'avait pas été aussi grave.
« C'est… à dire ?
- Pour commencer, vous venez de m'obliger à en parler, ce qui est un manque de chic auquel je ne m'attendais pas venant de vous.
- Tu ne vas pas me dire que tu aurais répondu honnêtement sans un peu d'aide.
- De l'aide ? De l'aide ? Je viens d'ingérer du Veritaserum contre mon gré !
- Répond à la question : qu'est-ce qui te déplait dans notre vie commune ?
- À peu près tout.
- … pardon ?
- Je ne sais pas par où commencer ! »
Elle agita ses bras vers le ciel, comme si elle en attendait une aide. Elle se leva, et se mit à faire les cent pas dans le bureau.
« En premier lieu, vous faisiez beaucoup plus d'efforts envers moi avant votre retour à la vie. C'est comme si quelque chose avait... disparu. Je comprends votre désir de dépasser l'humanité, je l'admire, même. Mais j'apprécierais, qu'au moins en privé, vous me réserviez ce qu'il en reste.
- Je… n'ai pas eu beaucoup de temps pour toi depuis ma résurrection, je veux bien l'admettre. »
(Depuis quand bégayait-il comme un puceau devant la première femme qu'il saute ? Depuis quand admettait-il ses torts ? Il fallait qu'il reprenne la situation en main. Si elle s'enhardissait trop, cela créerait un précédent détestable dans leur relation).
- Ah, monsieur est immortel, mais n'a point de temps pour sa maîtresse ?
Il en eut le souffle coupé. Il reprit sa tasse, excellent prétexte pour se garder de tout mot de trop.
Profitant de son silence, Bella se lança dans une tirade :
« Parfois je me dis que vous devriez me payer. C'est vraiment un spectacle que je monte pour vous, vous savez? Puisque vous demandez, vous allez être servi. J'en ai plus qu'assez de devoir lancer des lubricare informulés pour ne pas avoir mal. Je ne souffrirai plus de consulter des vieux souvenirs dans ma pensine, pour vérifier comment paraissaient mes cris, à l'époque où ils étaient encore sincères.
- Ce n'est pas ma faute si tu as de tels talents d'imitatrice ! Ne pouvant lire dans ton esprit, j'observe, et de l'extérieur, rien n'a changé par rapport à nos débats d'antan. Parfois, c'est toi qui me sollicites ! Tu frappes à ma porte le soir, vêtue seulement de dentelles - fort seyantes, je tiens à le souligner. Comment suis-je censé deviner ton insatisfaction ? Et tu gémis si joliment, avec tant d'enthousiasme ! Tu simules depuis tout ce temps ? Ma langue est agile, ne me dit pas que même ce type de caresse t'ennuie ?
- Bravo, quelle perspicacité ! Railla-t-elle. La caresse en question est à peine correcte, vous l'expédiez pour passer à la suite. Elle s'est présenté exactement trois fois depuis votre retour - oui, j'ai compté. J'aimerais ne pas avoir à calculer chacun de mes gestes en me surveillant de l'extérieur, pour que vous jouissiez plus vite et plus fort. De plus, je ne veux plus réciter des formules de magie noire pendant l'accouplement. Ou alors, nous pourrions échanger pour une fois, et nous servir de ma jouissance pour renforcer nos forces magiques respectives, qu'en pensez-vous ? Pour votre gouverne, les femmes peuvent enchaîner les orgasmes enfin, remarque, vous aussi, si vous acceptiez une sodomie, mais à voir votre tête, nous allons devoir faire une croix là-dessus. Ah, j'oubliais ! Le but n'a jamais été de faire de moi une sorcière épanouie, sinon vous auriez remarqué depuis longtemps que les formules n'ont d'effets que sur vous. Une chose est sûre : le Seigneur des Ténèbres n'est pas le Seigneur des Orgasmes.
Un sourire narquois se dessina sur ses lèvres, très fière de sa pique.
- Vous parliez de dentelles : en effet, c'est moi qui fais tous les efforts de présentation. Écoutez, symboliquement, j'admire votre corps. Il incarne votre renaissance surhumaine, il n'est pas dénué d'une certaine… élégance reptilienne. Et il est totalement unique, on ne saurait vous l'enlever. Le nez rabougri, passe encore, vu que contrairement aux spéculations des troupes, il n'est pas le signe d'une autre absence. Mais la calvitie… la température corporelle qui manque de quelques degrés... Au sens littéral du terme, je suis refroidie. Vous n'avez pas une vieille brosse à cheveux qui traîne ? Un peu de polynectar pour reprendre votre ancienne forme… voilà qui me ferait du bien. Au fait, vous êtes un brin palot Maître... vous avez pensé à sortir de votre bureau récemment ? Et, non, vos accès de théâtralité nocturnes devant les troupes, ça ne compte pas !
Elle s'était éloignée du bureau et croisait les bras. Elle regardait ostensiblement la porte.
- Avant, nous passions des bons moments ensemble. Vous me lisiez des extraits de fiction dont je n'avais jamais entendu parler. Lorsque le sujet de la lecture n'avait rien d'érotique, je n'en étais pas moins heureuse d'être au centre de votre attention. Je me moquais assez des explications sur l'histoire, le futur, ou les sciences naturelles, je voulais juste que vous continuiez à me parler de ce qui vous passionnait.
Pour cette raison, je ne trouvais pas dégradant que nous passions le plus clair de notre temps en privé à nous envoyer à l'air. Je ne me sentais pas réduite au rang d'objet, car je savais qu'en plus d'être votre générale, j'étais votre amie. Cessez de grimacer, vous êtes encore plus laid comme ça, comment appelez-vous quelqu'un avec qui vous partagiez vos peines et vos joies, même dans votre style distant ? Avec qui, après quelques coupes de vin, vous laissiez votre pensée divaguer, sans peur de dire une sottise ? Une amie à qui vous avez maintes fois prêtés votre baguette ? A moins que vous ne m'ayez fait des cachotteries, aucun autre Mangemorts ne peut se vanter d'avoir tenu entre ses mains la Baguette de Sureau. Bref, j'avais mon rôle dans votre vie, et ce n'était pas celui d'une poupée à foutre !
- Enfin… poupée à foutre ? Bellatrix, ne soit pas grossière !
- Grossière ? Vous vous riez de moi, j'espère ! Je vais vous dire, moi, ce qui est grossier, espèce de mufle : traiter ainsi votre maîtresse de toujours !
Elle marcha à grand pas vers la porte, son courroux faisant vibrer les meubles autour d'elle. Voldemort se jeta hors de son siège pour la rattraper par le bras. Elle se dégagea aussitôt de son emprise. Il regarda sa propre main avec étonnement.
- Vous ne vous étiez jamais abaissé à me retenir physiquement. J'ai presque envie de dire, à la moldue. J'imagine qu'avoir usé d'une potion à mon encontre vous suffit comme petit tour de magie pour la journée ? »
Il recula d'un pas, établissant une distance respectueuse entre eux. Il croisa son regard. Elle avait les yeux rouges.
Il tendit la main vers la sienne, d'un geste plus apaisé, espérant qu'elle la prendrait. Elle garda les bras le long du corps.
- Vous n'en avez pas fini de m'humilier ? C'est donc une nouvelle forme de torture ? Si seulement vous étiez aussi imaginatif au lit que pour me rendre malheureuse !
Sa voix se brisa sur les derniers mots. Elle claqua la porte derrière elle.
Le silence du bureau lui était insupportable.
Une seule solution. Sa méthode en deux volets contre la mauvaise humeur ne lui avait jamais fait faux bond.
1) Torturer les prisonniers pour se passer les nerfs.
2) Lire jusqu'à être saoul d'informations.
Une fois passé dans les cachots, il s'enferma dans la bibliothèque. Il consulta frénétiquement ses vieux ouvrages érotiques ou informatifs. Il constata que le souvenir qu'il se faisait de ses volumes, principalement lus jeune pour ne pas se ridiculiser lors de ses premières expériences, était excessivement flatteur. Ils manquaient de précision, en particulier quand il s'agissait du plaisir féminin. En outre, leur vulgarité étonna Voldemort. Très racoleurs, les titres des chapitres offraient des informations assez pauvres, le tout dissimulé sous des couches de style mi-aguicheurs, mi-ampoulés. Il avait dû être très empressé de se dépuceler pour faire l'impasse sur une telle faute de goût.
À contre-cœur, il éplucha des livres plus récents, qui lui firent comprendre qu'il était en effet, pour s'exprimer de manière épouvantablement franche, un bourrin, mais pas incurable.
Il avait toujours récusé le concept d'intuition pure. Le talent, élément essentiel, ne se suffisait pas. Il fallait le raffiner, le battre à blanc, le nourrir de connaissances et d'une pratique sans relâche, voire abrupte. Quand elle était devenue son élève, Bella s'était parfois plaint de ses méthodes, mais il ne les avait appliquées à son projet spécial qu'après les avoir testées personnellement. Presque artiste, il aimait faire croire à ses partisans que le brio seul l'avait amené où il était, mais rien n'était plus éloignée de la vérité. Sans une discipline de fer, il travaillerait encore chez Barjow et Beurk.
Il était inconcevable qu'il ait pu posséder sans s'en être rendu compte le don naturel de procurer des plaisirs intenses à sa partenaire, puis qu'il l'ait brutalement perdu, toujours sans rien remarquer. Cela allait contre toute sa vision de soi. Il soupesait chaque aspect du monde, agençait les choses à sa convenance, détruisait s'il le fallait, y compris quand il s'agissait de sa personne. Rien ne devait lui échapper !
Lord Voldemort s'était élevé par ses propres moyens, avait développé ses habilités seul, avait créé sa légende. Qu'avait-il donc perdu en prenant un nouveau corps ? Ses sens étaient la majorité du temps les mêmes, voire plus aiguisés. Sa magie, décuplée. Ses valeurs restaient identiques. Par quelle sournoiserie le destin avait-il pu lui faire perdre quelque chose, alors que tous ses efforts tendaient à une amélioration sans précédent dans l'histoire de la magie ?
Maintenant, s'il était honnête avec lui-même (et dieu savait qu'il détestait l'introspection), il devait admettre que ses sensations se trouvaient parfois brusquement brouillées. Il n'habitait pas ce corps comme l'ancien. Parce qu'il était son jouet, son écrin - osons le terme, son œuvre, - il en tirait une grande fierté. Néanmoins, concentrer tant de puissance magique dans une seule enveloppe corporelle avait peut-être défié trop de lois naturelles à la fois. Son corps, arme parfaite, s'était substitué au corps en tant que partie d'un soi. A force de traiter son enveloppe corporelle comme un moyen vers l'immortalité, il avait abandonné tout ce qui n'était pas immédiatement utile.
Ainsi, l'appétit sexuel restait présent pour la simple raison que ce divertissement procurait une distraction plus absolue que la plupart des autres activités de loisir, et que la clarté d'esprit qui en résultait était proportionnelle à l'oubli du monde et de ses responsabilités. Le plaisir bonifiait l'énergie magique, surtout couplé à des rituels d'amplification, ceux dont se plaignaient Bella. Il aurait pu supprimer ces envies aussi en modifiant un peu le rituel de renaissance, puis avait calculé qu'au passage, il perdrait aussi beaucoup de temps en fâcherie avec Bella.
Auparavant, il ne lui serait pas venu à l'idée de transformer l'acte en pure action machinale. Dans des instants de coordination parfaite, il leur était arrivé de faire de la magie sexuelle accidentelle.
Ils baisaient à l'improviste, en soirée entre deux toasts, et Bella était encore en sueur quand il prononçait son discours.
Ou dans la serre du manoir Malfoy, comme des ados, pendant les fêtes d'été.
Sur son bureau de travail, une fois, pour assouvir un fantasme de Bella (un peu limite, y compris pour lui).
En soubrette, dans la bibliothèque du Manoir Gaunt. Heureusement qu'elle ne comprenait pas vraiment à quoi rimait cet accoutrement à base de tablier blanc court sur minuscule robe noire, à part que le plumeau indiquait une tâche ménagère. Il lui était intérieurement reconnaissant de ne pas avoir posé de question. On ne choisit pas ses fantasmes, se répétait-il, on ne choisit pas ses fantasmes, on ne choisit pas de bander pour des choses banales.
Il avait failli comprendre ce que signifiait faire l'amour sous un arbre, par une belle journée d'été, alors qu'ils s'encanaillaient en lui apprenant à faire du vélo. Sans jamais prononcer le terme « d'enfance chez les moldus », il lui enseignait de temps à autre des choses parfaitement inutiles, conjurant le spectre du travail, qui plane toujours quand votre amante a pris votre marque.
Il s'était risqué une fois ou deux à lui lire des œuvres moldues. On avait vite fait le tour de la littérature sorcière, au vu du nombre restreint de « locuteurs ». Il avait abandonné en constatant qu'il y avait trop à lui expliquer, ce qui gâchait le plaisir, et amenait la terrible question mais comment en savez-vous autant sur qui vous haïssez ?
Ce jour-là, après une balade à bicyclette, il l'avait prise contre un bouleau. Il avait admiré son charmant visage, vibrant d'un orgasme causé seulement par une pénétration enthousiaste. Toute vêtue de blanc, dans une jupe courte de sport moldue qu'elle trouvait scandaleuse, essoufflée, presque fragile dans cette position improbable d'appui contre un arbre, assise sur la mousse asséchée par la chaleur de saison, ses cheveux ébouriffés en vaguelettes effleurant sa poitrine mi-dénudée, mi-engoncée dans le tissu de sa robe, elle était à ravir. Il eut un bref aperçu de ce qu'aurait pu être une nuit de noce avec elle, l'eût-il connue dans d'autres circonstances. Elle était déjà brûlante quand il était entré en elle, et son miaulement ne fût que plus délicieux lorsqu'il se réverbéra dans la campagne alentour.
Ils faisaient leur besogne gaiement, la faim appelait la faim, le plaisir le plaisir, sans chercher à délimiter un rapport de dette ou d'utilité entre eux deux.
Il avait peu eu d'occasion de jouer dans son enfance, aussi le sexe était devenu un terrain de créativité, un rattrapage inattendu. Il se fiait entièrement au langage corporel de Bella, à ses petits cris qui se muaient souvent en hurlements, en grognements d'animal satisfait à ses encouragements crus qui, prononcés en début des préliminaires, manquaient de le faire jouir avant l'heure.
Il n'entendait guère ce terme d'« amour ». Quelle était la différence entre attachement, possessivité, désir, besoin, affection, niaiserie et simple envie de combler son temps libre de manière plaisante ? Tout ce qu'il avait lu à ce sujet, tout ce qu'il avait vu dans l'esprit d'autrui ne l'avait aidé qu'à dessiner les contours de chaque notion, comment elles se recoupaient et se complétaient.
Comment les agencer selon ses propres règles, comment ne pas tomber dans le piège de la faiblesse, comment s'offrir certains bonheurs sans renoncer à ceux que procurent la puissance, comment éviter la collision entre le public et le privé, il ne parvenait pas à le théoriser. Après quelques mois d'improvisation au début de leur relation, Bella et lui avaient trouvé des accords tacites sur assez de sujets pour qu'ils ne soient pas nécessaire de discutailler indéfiniment.
Il préférait lui faire l'amour plutôt que de le lui dire, la nudité du corps restant toujours moins intime que celles des mots.
Lors de son retour, il s'était rapproché d'une sorte de divinité reptile, au mépris des besoins de sa compagne. Son refus de l'inefficace, du tendre, du mou, bref, de tout ce qui avait permis sa chute, l'avait poussé à négliger d'autres aspects. L'écrasement utilitariste de ce qui ressemblait à de la sensiblerie avait au passage malmené sa sensibilité aux choses humaines nuance que, trop pressé de sortir des limbes, il n'avait pas saisi au moment de recréer son corps.
Son indifférence aux préoccupations d'autrui était passée de propension naturelle à dessein assumé. Son sang, froid comme la pierre, avait donné le « la » du reste de sa métamorphose.
Sa magie réagissait sans heurt à ses moindres désirs, et cette nouvelle maîtrise lui procurait des frissons extatiques quand il s'essayait à des expériences plus ambitieuses que jamais.
A vouloir contrôler chaque aspect de sa vie, personnelle comme politique, il avait pris pour acquises les attentions de Bella. Jusque-là, si elle lui avait déjà demandé de modifier certains de ses comportements (demandes auxquelles il se pliait à condition qu'elles respectent la hiérarchie entre eux), elle n'avait jamais exigé qu'il change qui il était. Elle l'aimait, non pas en dépit de ce que certains appelaient sa folie des grandeurs, mais à cause d'elle. Néanmoins, transformer radicalement chaque parcelle de soi signifiait bien une rupture de contrat, une tromperie sur la marchandise.
Bella avait attendu treize ans un homme de chair et de sang, pas un demi-serpent qui avait tant rebattu les cartes de l'humanité qu'il s'était perdu dans le tour de magie.
Ah, le génie n'avait rien à voir avec ça. Sa stupidité, si.
Il avait aussi prise pour acquises ses intuitions, ces rares moments où il mettait de côté l'intellectuel pour que s'exprime quelque chose de plus viscéral. Il s'était imaginé que sa longue phase spectrale n'endommagerait pas ce qu'il y avait d'animal en lui, qu'il intégrerait son corps comme si de rien n'était que des lustres sans chaleur, sans sensations, sans rien à part la morsure de l'absence, le laisserait intact.
Mortifié, il sortit de son bureau, et alla frapper doucement (une fois n'est pas coutume) à la porte de Bella.
- Rod, il est cinq heures du matin, tu n'as pas honte ?! Et j'espère que cette fois, tu n'es pas bourré ! Mais puisque tu es là, entre donc…
- Non, Bella, c'est moi.
Un silence de quelques secondes, puis un bruit de tissu (elle devait être en train de se rhabiller ou d'arranger ses draps de manière plus ordonnée). Son « entrez » avait rarement été aussi glacial.
Lumière éteinte, le visage de Bella se trouvait dans la pénombre. Assise sur son lit, la lune éclairait violemment des draps blancs ramenés contre son torse. Une couverture bleu roi était posée [ER1] [LL2] sur sa couche, une seconde nuit choyait autour d'elle. Il sembla à Voldemort que dans l'agitation, il avait peut-être mal choisi son moment. Cependant, il ne pouvait se retirer maintenant sans perdre en autorité. Elle l'avait laissé entrer, pour le reste.
« Vous savez, Maître, j'ai réfléchi à ce qui s'est passé ce matin.
- Ah, vraiment ? Fit-il sur son ton le plus neutre.
- Le problème, c'est ce que vous venez de faire.
- … c'est-à-dire ?
- Vous rentrez chez moi à une heure impossible, tout ça pour me troubler avec vos petits problèmes d'ego masculin déplacés (petits problèmes qui, au passage, n'auraient jamais eu lieu si vous n'étiez pas un butor), et je ne peux pas vous dire d'aller voir là-bas si j'y suis sans risquer une sanction. Le Veritaserum ne fait plus effet à présent, mais puisque que la boîte de Pandore a été ouverte, avec bien peu d'égard pour ma dignité, soit dit en passant, allons jusqu'au bout.
Voldemort s'assit sur le fauteuil le plus éloigné de Bella, une minuscule chose trapue dans laquelle il rentrait à peine. Afin de ne pas entretenir plus de quiproquos, il lança un modeste lumos, juste assez pour qu'elle puisse lire ses expressions faciales.
- J'ai réfléchi aussi, tu avais raison il y a quelques années, lorsque tu m'as dit que nous avions tous les deux besoin de vacances. Ne crois-tu pas que prendre l'air loin de nos préoccupations quotidiennes nous ferait le plus grand bien ?
Bella joua avec ses draps, comme s'il allait en sortir une quelconque réponse, oracle improbable.
- C'est drôle que vous vous souveniez de ça. Je l'avais oublié. J'ai oublié comment jouir en votre présence, aussi, termina-t-elle sur un ton si acrimonieux qu'il se retint de grincer des dents.
- Tu n'as pas répondu à ma question de ce matin : parfois tu viens réclamer un rapport. Si je suis une catastrophe, que je ne te plais plus physiquement, pourquoi continues-tu à me fréquenter ?
Elle se leva d'un coup, furibonde. Elle cintra sa robe de chambre autour d'elle dans un geste de protection. Elle regarda ostensiblement par la fenêtre. Depuis cet angle, Voldemort devinait que la lune éclairait son visage, mais il était trop éloigné d'elle et trop bas sur son siège. Il ne pouvait pas mieux déchiffrer ses expressions qu'auparavant.
- Je continue à vous voir parce que je suis naïve, pour ne pas dire sotte. Parce que je m'attends toujours à une illumination de votre part qui ne me demanderait pas d'avoir à vous dire les choses de mon propre chef. J'espère secrètement que d'un coup, vous allez à nouveau prendre le temps de me donner du plaisir, de me caresser avant de passer à l'attaque (l'expression fit grimacer Voldemort). Que vous allez non seulement satisfaire ma faim, mais aussi faire montre de tendresse… ne faites pas cette tête-là, vous étiez délicat à une époque, j'appelle ça de la tendresse.
Vous chauffiez ma nuque de vos doigts, puis vous les glissiez en moi. Vous me prodiguiez un massage attentionné avant d'entrer. Vous me flattiez le museau d'un baiser esquimau, vous embrassiez mes paupières quand vous me pensiez endormie. Vous papillonniez ma clavicule, vous frottiez votre joue contre la mienne avant de me mordiller dans le cou. Dans le délire qui succède à la jouissance, vous me faisiez des compliments « tu es parfaite, ma Bella, tu es divine ! ». Je ne m'ennuyais jamais, à chaque fois nous inventions quelque chose de nouveau, positions originales ou gestes infimes. Nous étions nature !
J'aimerais que vous criiez ce qui, autrefois, vous venait naturellement pendant l'orgasme, c'est-à-dire « Oh mon Dieu ! » et pas cette connerie de « Par Merlin ! ». Je sais que vous êtes de sang-mêlé, que vous avez été élevé à l'orphelinat, mon père me l'a dit avant de mourir. Ce n'est pas la peine de faire tant de pantomime, en particulier dans l'intimité. Je ne vous l'ai jamais dit, pour ne pas vous vexer. Cela aussi me peine. Vous savez tout de moi - ma famille, mes amis, mon histoire. La première fois que vous m'avez adressé la parole, j'étais encore une enfant ! Moi, je ne connais que des bribes. Vous avez créé une mosaïque autour de vous, n'est-ce pas ? Je comprends cette stratégie en tant que politicien, je dirais même qu'elle est nécessaire à tout personnage public. Mais envers moi ? Ne vous trouvez-vous pas ridicule ? Vous exigez la vérité de moi, sans me rendre la politesse. De quoi ai-je l'air ? Je me force parce que je crains que vous me délaissiez pour une jeunette. Mes charmes sont déclinants, personne d'autre ne voudra de moi.
Elle secoua sa tête, ses boucles détachées luisant d'une teinte argentée. Elle posa ses coudes sur le rebord de la fenêtre, puis son front contre ses avant-bras. Il n'entendait plus que le bruit des oiseaux dans les arbres, et le souffle difficile de sa maîtresse, comme si elle effectuait des exercices de respiration. Quand elle releva la tête, sa face exprimait une résolution nouvelle.
- Levez-vous. »
Il était tard, ses yeux le piquaient après tant de textes avalés sans trêve. Surtout, il était tourneboulé.
Le fatidique jour où il avait perdu son corps avait été le chambardement le plus brutal qu'on puisse imaginer, cela ne faisait pas de doute. Mais d'habitude, de simples paroles étaient incapables de le toucher, à part si elles présentaient une menace à son intégrité physique. S'il n'hésitait pas à punir la moindre trace d'irrespect auprès de ses fidèles, c'était plus par principe que par blessure réelle de son amour propre. Il tuait l'insubordination dans l'œuf, sans en prendre ombrage.
Ainsi, peu de nouvelles avaient ébranlé son monde, à part le jour où il avait appris que son père n'était qu'un moldu et sa mère, une sorcière ratée. Même l'existence d'une prophétie qui affirmait sa chute prochaine aux mains d'un enfant ne l'avait pas inquiété outre mesure, persuadé qu'il trouverait une solution.
Il avait horreur des émotions excessives, plus encore celles qui impliquaient de se remettre en question. Habituellement, quand quelque chose l'agaçait, il s'en épanchait auprès de Bella. En prenant soin de masquer tout émoi disproportionné, il était parvenu à un équilibre entre son besoin d'écoute et sa dignité. (À en croire la moue de son amante, il l'avait longtemps soupçonnée de trouver insondables ses conversations qui se muaient en tirades prononcées sans la moindre agitation dans la voix).
Le manque de diversité dans ses interlocuteurs, c'est-à-dire, son unique interlocutrice, tombait mal. Dans d'autres circonstances, il l'aurait remise à sa place. À présent, il voulait juste apaiser l'orage, retrouver sa confidente et aller se coucher.
Il s'approcha de la fenêtre, visage tourné vers Bellatrix, la lune dans le dos. Brusquement, elle se détourna des carreaux, recula d'un pas, et s'interposa entre lui et le reste de la chambre. Il voyait enfin son visage. Furieuse, épuisée, la phrase assassine allait tomber.
Il était le plus grand mage noir de tous les temps et pourtant, il se sentait acculé par ce petit bout de femme.
Les paupières tremblantes, elle regardait dans le vide, ou plutôt un point qui devait se situer juste à côté de sa tête, comme pour lui signifier sa colère sans avoir à affronter son regard.
- Vous avez raison, dans le fond. L'amour est une faiblesse. Si je savais comment m'en débarrasser, croyez-moi, je m'en serais chargée depuis des lustres. Ma sentimentalité vous arrange, pourtant. Osez me dire le contraire ! Osez me dire que vous n'en profitez pas à chaque instant !
Elle approcha son visage du sien. Cette fois-ci, droit dans les yeux, elle asséna sa dernière carte.
- Mais si vous ne m'avez pas encore remplacée par une de vos groupies écervelées, c'est que dans le fond, je dois posséder quelques qualités que vous ne savez trouver ailleurs. Je me propose de vous en faire l'inventaire, au cas où vous les auriez oubliées.
Elle s'approcha de lui. Sa poitrine frôla la sienne, avant qu'elle recule d'un pas félin. Sa robe de chambre entrouverte, il pouvait distinguer ses formes, à la fois le décolleté exposé et les seins qui pointaient sous l'étoffe. Entre deux pans de tissus pourpre irisés, sa peau suave. À sa surprise, elle ne portait pas de chemise de nuit, une simple culotte noire de satin. Son parfum évoquait le suc d'une pêche et la torpeur d'une nuit d'août. Elle pencha sa tête en arrière, repoussa une mèche de cheveux de sa main gauche, puis la déposa sur son torse - geste cavalier, mais délicieux (Ah, l'attrait de la nouveauté ! Même en pleine impertinence, il est si dur d'y résister).
De l'autre main, elle déposa un doigt sur les lèvres de son amant, à la manière dont on fait taire quelqu'un.
D'un sourire carnassier qu'elle réservait habituellement aux prisonniers, elle cingla :
- Puisque j'ai été intègre avec vous, je vous propose de faire de même. Pourquoi continuez-vous à me fréquenter ?
Le frémissement de Voldemort changea de style quand ces mots sortirent de sa bouche :
« Parce que tu es la seule qui me plaise.
- S'il y en avait une plus jolie, vous seriez déjà parti, alors ?
- Mais non ! C'était un compliment ! Un compliment sincère, comme tu t'en es si bien assurée. Ce que tu peux être tête de mule quand tu t'emportes ! Au passage, très culotté d'user d'un stratagème que tu trouvais vil il y a quelques heures.
- … Certes. Donc, je réitère ma question, qu'est-ce qui vous plaît chez moi ?
- Tu es une femme fatale, ce qui a toujours été mon fantasme. Tu es de très loin ma plus grande et ma plus fidèle soldate, diablement intelligente quand les... disons, séquelles d'Azkaban ne se manifestent pas. Tu ris à mes plaisanteries, tu m'écoutes quand quelque chose me tracasse (elle arqua un sourcil devant ce terme, drôlement sentimental pour lui). Je ne suis pas salaud au point de te remplacer avec n'importe qui. Tu es parfaitement à mon goût, ton âge ne me dérange pas. Je n'ai jamais fait partie de ces grossiers personnages qui ne s'intéressent qu'à la chair fraîche. (Elle en fut brièvement bouche bée). Ce que je crois deviner à travers tes mots, c'est que tu voudrais une relation plus égalitaire, plus humaine, comme avant que Potter ne me raye de la carte. Or, je ne peux pas me le permettre. Je serais obligé de t'épouser selon les règles de la bonne société, donc d'avoir une relation de beau-père à beau-fils avec mon propre serviteur et ancien ami, qui savait des choses peu reluisantes sur ma jeunesse.
- Mes deux parents sont morts. Qu'est-ce qui vous retient ? Ne me dîtes pas que vous craignez son portrait.
- Il reste ta sœur et ta belle-famille, c'est hors de question. Tu ne veux quand même pas que je les tue tous les trois ? (Elle haussa les yeux au ciel). Le problème est plus profond que celui des allégeances familiales. Si nous étions à égalité, il faudrait que je te parle de mon passé, ce qui me répugne profondément. Il faudrait que je prenne tout ce que tu dis en compte, que je fasse des compromis.
J'ai été assez humilié dans ma jeunesse en tant que pauvre orphelin. Soit j'attirais la pitié, soit on voulait profiter de moi. Quand j'ai appris que par-dessus le marché, mon père était un moldu, l'assassiner n'a pas apaisé ma peur d'être découvert, sans parler de mon dégoût à l'idée d'une origine aussi peu reluisante. J'ai dû rester sur mes gardes et me faufiler, ce qui a été très pénible pour ma fierté.
Il est rassurant pour moi que tu aies pris la marque : je sais que tu ne te permettras jamais de me remettre en question ou plutôt, je le pensais jusqu'à aujourd'hui, mais je ne te tiens pas rigueur de cet accès de franchise, puisque c'est moi qui l'ai provoqué.
Si la loyauté librement donnée est théoriquement une grande et noble chose, dans la pratique, elle induit nécessairement une insécurité des plus déplaisantes, surtout s'agissant des relations intimes. Ayant grandi sans attaches, je me suis toujours assuré que les allégeances qu'on me prête soient au pire, solides, au mieux, indéfectibles.
La seule chose qui me chagrine dans notre relation, c'est que tu n'es pas immortelle, et quand tu ne seras plus là, j'ignore qui sera à la fois, ma générale, ma stratégiste, ma confidente et le bonheur de mes nuits. Car, je tiens à le dire, tes fellations sont merveilleuses. En fait, tu es unique, à la fois dans tes talents et dans les concours de circonstances qui ont permis notre rapprochement. Dis donc, tu l'as chargé ce Veritaserum. »
Quelle humiliation d'avoir à dire ça en pleine érection. S'abaisser à la mièvrerie la plus totale alors que le sérum réclamait ardemment de dire « Bon et si on se réconciliait sur le canapé, tu me suces, je te rends la pareil et on en parle plus, hein ? ».
Heureusement qu'il était le plus grand mage noir de tous les temps et que sa magie, si elle ne pouvait annuler les effets de la potion, lui permettait de retenir ce qui n'avait pas été demandé de façon explicite. (Note à lui-même : inventer la fameuse méthode de mithridatisation contre le Veritaserum qui fait s'arracher les cheveux aux Maîtres des Potions depuis des siècles. Incessamment).
« Vous ne m'avez jamais complimenté ainsi ! Jamais ! Ça vous tuerait de me flatter ? Vous êtes tellement avare !
- Il est vrai que je n'aime pas tomber dans la niaiserie. Cela me paraissait évident. À homme exceptionnel, femme exceptionnelle. Si tu ne veux pas te mettre dans tous tes états, tu n'as qu'à me dire les choses ouvertement. Si j'avais su, j'aurais ajusté le tir - pour la question des compliments, le reste, je ne peux rien promettre.
Les mains dans les cheveux, elle semblait sur le point de se les arracher.
- À ce stade-là vous n'êtes pas goujat, vous êtes stupide ! Comme si je pouvais être honnête avec quelqu'un à qui j'ai vendu mon âme ! Comme si j'avais le loisir de m'exprimer sans que vous rentriez dans une colère noire ! Déjà, j'ai de la chance de ne pas avoir échoué lors de la prise de la prophétie au Ministère, sinon, je n'ose imaginer ce que vous m'auriez fait. Doloris ? Punition publique ? Heureusement que je suis impeccable ! Quel genre de relation est-ce si je n'ai pas le droit à l'erreur, et si le prix de la faute peut atteindre la torture ? Voyez, vous ne me détrompez pas ! Ne soyez pas hypocrite, si j'avais le droit d'être claire avec vous, vous n'auriez pas eu besoin du sérum.
Elle lui tourna le dos quelques secondes, puis revint vers lui. Il resta près de la fenêtre comme un benêt, abasourdi par l'ampleur qu'avait pris ce qui avait commencé une expérience.
- Les choses sont limpides, à présent. Comme je le pensais, vous ne pensez vraiment qu'à vous-même, à votre orgueil et à votre confort. Je vais donc vous posez un ultimatum : soit nous rénovons de fond en comble notre relation, soit j'irai voir ailleurs. Bonne chance pour trouver quelqu'un d'aussi exceptionnel que moi, avec votre tête de serpent !
- Tu n'oserais pas ! Je suis l'amour de ta vie, non ? (En était-il donc rendu à ça ? Seigneur ! Enfin, Merlin ! Bref.)
- Oui, et très piètre quand il s'agit de me satisfaire. Tant pis, j'aurai des aventures d'un soir, cela restera moins humiliant que de supplier pour une affection qui ne viendra jamais. J'ignore si je trouverai chaussure à mon pied autant qu'avec vous, mais au moins, je prendrai mon pied !
Un soupçon de panique s'empara de Voldemort. Était-elle capable d'aller aussi loin ? Il lui manquerait, pour sûr. Bella était connue pour sa loyauté autant que pour ses principes, parmi eux, la dignité. Elle n'avait jamais repris contact avec Andromeda, à part sur le champ de guerre - ce qui, lors de la bataille de Poudlard, avait mal fini pour la traîtresse. Quand une certaine limite était dépassée, Bella n'en avait plus, justement.
- Vous ne dîtes rien ?
- Je réfléchis, est-ce interdit maintenant ? S'agaça-t-il. Je ne comprends pas d'ailleurs pourquoi tu me blâmes tant. Je ne t'ai jamais obligée !
Elle poussa un long soupir, la tête entre les mains. Elle niait du chef, comme pour chasser les sottises qu'elle venait d'entendre.
- Le choix… c'est intéressant que vous abordiez ce sujet. Voyez, jeune, je possédais une certaine fougue, presque candide dans la manière dont je la donnais à qui voudrait bien la laisser s'exprimer. Vous en étiez si charmé que vous m'avez modelée selon vos intérêts propres. Si nous sommes tous le fruit des aléas de la vie, de notre milieu et des rencontres qu'il nous permet, je me surprends à penser que mon réseau converge toujours vers une seule et même personne : vous. Sans vous, je n'aurais pu m'illustrer dans la bataille. J'aurais été jugée uniquement selon mon rang et mon mariage. Sans vous, j'aurais eu le choix entre rester vierge, ou tromper mon mari homosexuel et m'attirer quand même les foudres de mon entourage. Sans vous, ma vie n'aurait eu aucun enjeu, aucun éclat, aucun piquant.
D'un autre côté, sans vous, je n'aurais pas non plus dépéri pendant treize ans dans une prison. Une partie de moi y est restée, et vous faites si peu de cas de mon sacrifice ! Je vous ai donné ma vie, et en échange de quoi, j'ai le droit à des honneurs publics qui ne se reflètent guère en privé. Quoique je fasse, l'austérité de vos manières envers moi porte à croire que je représente surtout un symbole politique pour vous, celui du dévouement total. Je suis à la fois éternellement reconnaissante envers vous et éternellement dépendante de vous - vous qui aimez tant l'autonomie devriez comprendre ces affres.
Comme tous les sous-fifres, je dois continuer de vous appeler Maître et de vous vouvoyer - arrangement cocasse, et même érotique, s'il restait confiné à la chambre à coucher, je l'admets. Cependant, quand nous sommes seuls, le début de notre nouvelle entente serait que je puisse vous tutoyer, et que vous me disiez votre autre nom, celui de naissance. Je n'ai pas pu démêler les rumeurs autour de ce fichu mot. Cela, même Père n'a pu me le dire, effrayé que le peu de vie qui lui restait s'achève sous le coup du Tabou. Ne me foudroyez pas comme ça, je n'ai pas dit votre vrai nom ! Je n'aurais pas l'outrecuidance de dénigrer le nom que vous vous êtes choisi - même si le choix du français de cuisine n'était pas des plus judicieux. Vous ne maîtrisiez pas vraiment la langue de Molière à l'époque, hein ? Pince sans rire, Narcissa n'avait pas tort quand elle disait que rien ne pourrait être bâti sur une base aussi injuste que celle-là. J'exige de savoir le nom de votre enfance. Tiens, pour ce qui est du tutoiement, je vais m'y essayer dès maintenant. Donc...
Sa bouche se tordit, comme si elle peinait à avaler un cachet répugnant. Elle se racla la gorge.
- Comment vous… comment t'appelles-tu ? »
Ils étaient en vacances. En vacances ! Ce concept pour péquenauds et paresseux ! Il trouvait cette oisiveté volontaire perturbante, pour ne pas dire moralement répréhensible. Comment pouvait-on ne pas avoir honte de dire ouvertement je ne fais rien de mon temps, à part me détendre ? Encore une idée inventée par des aristos décadents, voilà ce que c'était - et ce qu'était sa compagne.
Ils étaient ri-di-cules. Ils passaient leur journée à jouer la comédie du Joli Petit Couple. Pour l'occasion, il avait utilisé un Glamour semi-permanent, inspiré de sa forme sous polynectar (oui, il avait localisé la fameuse brosse). Sous cette apparence plus attrayante, ils exploraient Venise comme des fichus touristes.
Il trouvait infâme d'avoir à se pomponner. Il ne se trouvait pas si réactionnaire, mais enfin, il lui semblait que c'était aux femmes de se faire belles. Lui, dont l'apparence avait toujours visé à inspirer l'effroi, se trouvait bien chagrin de devenir objet de désir. Se coiffer, se parfumer, arranger son col de chemise… retour à la case départ, à l'époque où il n'était qu'un arriviste dans le monde sorcier. Ironiquement, cette fois-ci, il faisait le chemin contraire : il échangeait amples robes contre costumes masculins.
Car, si la Venise sorcière avait évidemment leur préférence, ils avaient fait le tour de ce mouchoir de poche en un week-end. Bella n'avait pas l'habitude du monde moldu, il la briefa donc pendant une après-midi pour qu'elle ne se comporte pas comme une énergumène. S'ils avaient vraiment voulu éviter les moldus, ils auraient pu faire escale à chaque enclave sorcière d'Italie, mais Bella préférait du calme et de la stabilité (« oh non, on ne va pas déménager tous les trois jours ! »).
Il y a quelques années, quand sa victoire n'avait rien d'assuré, ils auraient tout deux répugné à mettre ne serait-ce qu'un orteil de ce côté-là de la barrière. De nos jours, il dirigeait le Royaume-Uni, et sa Coalition Internationale pour la Levée du Secret Magique gagnait en popularité, il ne voyait donc pas de mal à étudier ce monde en voie de disparition. Difficile de ressentir de l'hostilité envers un peuple, même ignare, lorsqu'on s'apprête à le dominer.
De plus, le dépaysement d'un lieu magique à un autre restait limité, comparé au bond culturel entre les mondes sorcier et moldu. Rien ne pouvait mieux aider Bella à sortir de l'aigreur du quotidien que de découvrir un environnement incompréhensible. Rien ici ne lui rappelait sa vie de Quasi-Maîtresse des Ténèbres.
Ils visitaient l'armée d'église de la ville. Voldemort expliquait le christianisme à Bella. Élevée dans le vague paganisme de la haute société Sang-pur, elle trouvait cette croyance fort exotique, et peinait à distinguer saints patrons et divinités antiques.
En revanche, elle aimait beaucoup les vitraux. Ceux qu'elle avait vu au Royaume-Uni étaient kitsch, les artistes concentrant tout leur art dans les capacités de mobilités magiques des créatures dessinées, plus que dans leur intérêt pictural propre. Plus généralement, l'art immobile du monde moldu la perturbait beaucoup, mais elle en reconnaissait l'esthétique, plus épurée par nécessité matérielle. « Quel chahut, ces tableaux de Poudlard ! Pouah ! Finalement, je préfère les nymphes et les madones muettes ».
Elle réclamait donc des vitraux sans mouvement pour leur folie : elle avait autoritairement décidé qu'à leur retour, ils construiraient un pavillon réservé à leurs ébats. Avec l'argent de qui, où et comment, le mystère restait entier, et ainsi en allait-il pour quantité d'idées saugrenues qui lui venaient depuis qu'ils étaient en Italie (où était-ce seulement qu'elle osait enfin les dire à voix haute ?). Si la vérité n'avait, paraît-il, pas de prix, elle avait bien un coût, et il ne s'arrêtait pas à sa fierté malmenée. Il se contentait de marmonner une vague approbation, espérant ne pas attiser son ire, sans pour autant l'encourager dans ses fantaisies.
Quand ils étaient en haut d'une tour ou d'une autre, Bella admirait le paysage en posant sa tête contre son épaule, dodelinait contre lui, comme si elle allait roucouler. Puis elle disait des banalités sur la beauté du belvédère, ils redescendaient, allaient dans un énième restaurant qu'elle avait choisi, faisaient un musée, une autre église, un autre restaurant pour le dîner, belvédère en haut du restaurant, gondole, et sommeil chaste à l'hôtel.
C'était peut-être l'aspect le plus absurde de ce séjour pour Voldemort. La dispute était partie d'un problème sexuel, mais Bella l'avait peu galamment repoussé dès le premier soir quand il lui avait proposé une partie de jambes en l'air. Avant de dormir, elle lui caressait tendrement les cheveux de temps à autres, déposait un doux baiser sur son front. Pourtant, en journée, elle n'hésitait pas à se frotter contre lui, à ouvrir un bouton de trop de sa chemise, à faire des sous-entendus. Il distinguait assez mal le but de son petit jeu. Pour l'instant, prudent, il cédait à ses caprices. Il voyait cette concession comme un rachat pour ses soi-disant péchés d'homme peu attentif. À la fin du séjour, les obligations de la vie courante réinstaureraient le rôle de chacun, Maître et servante (même servante préférée. Même bras droit).
À défaut de s'amuser ou de se détendre (il préférait encore l'époque où il pourchassait Potter), il accumulait des indices sur les désirs de sa maîtresse. Il emmena Bella au cinéma (expérience qu'elle eut honte d'aimer). Il choisit d'épouvantables films romantiques, qui lui donnèrent furieusement envie de commettre un attentat, afin d'attirer le sujet sur ce qu'elle en avait pensé. En lisant entre les lignes de ses commentaires, il devina qu'elle voulait du temps et de l'attention. Rentré en Angleterre, il trouverait le moyen de la faire rentrer dans son emploi du temps. L'affection, qu'elle désirait le plus ardemment, était un territoire inconnu pour lui, n'en ayant reçu que peu dans son existence. Tant pis, il en était réduit à imiter ce qu'il avait vu dans les films et les livres, des phrases toutes faites et des gestes automatiques. Il plaçait un bras autour de sa taille, embrassait maladroitement sa tempe, jouait avec une boucle avant de la glisser derrière son oreille. Il insistait pour lui acheter des babioles Murano.
Il complimentait les vêtements qu'elle s'était achetée avant leur excursion, même si, honnêtement, il ne savait pas si elle avait compris la mode moldue. Elle s'habillait trop chic : au musée, on lui avait une fois demandé s'il y avait un gala organisé dans la salle de réception. Ou alors, inversement, c'étaient les gothiques et les métalleux qui la prenaient pour l'une des leurs. Il la laissait faire. Toute sa vie, elle avait été engoncée dans un uniforme, d'abord à Poudlard puis, adulte, dans les attentes vestimentaires stricts de l'aristocratie. Qu'elle s'amuse ! Il lui devait au moins ça.
Comme à l'époque des sorties à vélo, elle profitait autant que possible de la licence du monde moldu en termes de pudeur. Elle trouvait délicieusement scandaleux le droit de montrer ses genoux et ses coudes, de porter des choses très cintrées, ou une chemise blanche pas totalement opaque. Jamais vulgaire, elle prenait néanmoins un malin plaisir à ne porter que ce qui aurait donné une crise d'apoplexie à ses connaissances.
De son côté, il se félicitait que la mode masculine soit devenue aussi terne depuis le dix-neuvième siècle. S'il avait dû abandonner le noir et faire des choix vestimentaires plus personnels, il aurait fini par assassiner quelqu'un.
La Sérénissime n'était pas vilaine. Jeune, il était venu pour y discuter avec d'autres mages noirs, et en avait gardé un assez bon souvenir, quoique trop bruyant et trop ensoleillé pour son tempérament anglais. La nourriture était bonne, les locaux sympathiques, l'architecture époustouflante. En d'autres circonstances, il se serait accordé, disons, une demi-journée de promenade avant de repartir travailler. Dorénavant, son souvenir de la ville serait terni à jamais par les gamineries de Bella, qui prenait trop de photos et babillait à propos de sujets frivoles au lieu de lui dire ce qu'elle attendait de lui. Il s'arma de patience. Le jour allait venir où, n'y tenant plus, elle lui dirait franchement ce qu'elle désirait.
Au musée, des peintures suggestives inspirèrent ce commentaire à Bella :
- Séduis-moi.
- Pardon ? (Difficile de conjurer son imaginaire érotique avec ce fichu « tu ». Bon, elle avait bien dit qu'elle n'était pas fondamentalement opposée au « vous » et au « Maître » une fois au lit. A voir si la déchéance totale des marques de respect au rang de fétiche ne leur ôtait pas leur attrait).
Recevoir un ordre n'avait pas entièrement déplu à Voldemort, cela dit….
- Nous sommes dans un nouveau pays, un autre monde, une époque très différente de celle à laquelle nous nous sommes rencontrés… je ne sais pas, invente quelque chose !
La salle était vide. Une confortable banquette en cuir marron, face à une autre œuvre licencieuse, lui faisait de l'œil.
Il l'attira sur le canapé, puis déposa une main sur sa hanche, pendant que l'autre remontait le long de sa jambe.
Les images de leurs batifolages d'antan lui revinrent, ainsi que les schémas explicites des ouvrages de sexologie. Il désirait insérer ce qu'il en avait appris à un moment où l'autre. Elle portait une jupe volante qui s'arrêtait au-dessus du genou, qu'il la soupçonna d'avoir choisi à cet effet. De la pulpe du doigts, il la caressa à travers ses sous-vêtements. Elle frémit, il poursuivit, alternant entre l'intérieur des cuisses et son intimité. Quand il sentit qu'elle n'y tenait plus, il glissa la main dans sa culotte. Elle serra les jambes et arrangea son manteau pour qu'un doute persiste quelques secondes s'ils étaient surpris.
C'était un schéma récurrent, maintenant qu'il y pensait, cette manie de faire ça dans des lieux à moitié publics. Il n'avait jamais été interrompus, mais le risque ajoutait un je-ne-sais-quoi d'aventure.
Pendant qu'il la travaillait, son doigt montant et descendant le long de la fente, Bella respirait de manière de plus en plus saccadée. Elle posa sa tête dans le creux du coup de son amant, son nez frottant contre son épaule. Il remonta sa main gauche du creux de la hanche jusqu'aux cheveux de Bella, qu'il tirait juste comme elle l'aimait à l'époque.
Pour conserver l'apparence du couple propret dans un musée, ils devaient rester les jambes parallèles. L'angle qu'il avait adopté devenait de plus en plus inconfortable pour son poignet. Bientôt, elle réclamerait une pénétration.
« Bella, allons ailleurs. »
Les joues rouges, le souffle court, elle le regarda comme s'il avait dit une énormité.
« Allons… »
Revenir à l'hôtel ruinerait le plaisir de l'exhibitionnisme mal assumé. Le panneau des toilettes lui sauva la mise.
« Par-là ! »
D'un hominum revelio et d'un sort repousse-moldu muets, il s'assura que le fantasme ne serait pas détruit d'un brusque retour à la réalité. Bella se plaça contre le lavabo. Leurs regards se croisèrent dans le grand miroir qui courrait d'un mur de la pièce à l'autre.
Il reprit là où ils en étaient restés, sa main droite titillant son clitoris par des jeux de pression de plus en plus osés. De la gauche, il caressait ses fesses, puis déboutonna l'arrière de sa robe, qui tomba après que Bella eut détaché le nœud à l'avant. Les avant-bras posés contre l'espace entre les lavabos, elle initia un va-et-vient de ses hanches, puis pris dans sa main celle de Voldemort pour en corriger le positionnement. Les yeux fermés, elle fit disparaître sa culotte et son soutien-gorge d'un claquement de doigt. La voix rauque, elle murmura « prend-moi… » avec un trémolo qui annonçait le moment où ses parois allaient atteindre un spasme irrésistible pour eux deux.
Il se déshabilla enfin, en gardant cependant sa chemise, et entra en elle avec une satisfaction proportionnelle à la torture de l'attente. Mais il était si concentré sur le plaisir de Bella qu'il avait du mal à le coordonner au sien. Tant pis, si un médiocre quart d'heure était le prix à payer pour qu'elle l'admette à nouveau dans sa couche, il voulait bien se contrôler et la faire passer en premier.
Il ajusta le mouvement de son bas-ventre à celui son amante. Il ferma les yeux pour que le reflet du visage en désordre de Bella ne le fasse pas crier avant elle. Des chocs électriques le parcouraient à chaque fois qu'il tapait dans le fond, il se mordait les lèvres et respirait fort pour ne pas se laisser aller. Il espérait que Bella appréciait ses efforts. Il rouvrit les yeux. Déconfit, il constata que contrairement à lui, elle ne se réfrénait pas. Son minois se tordait sans honte, ses lèvres tremblaient, ses paupières s'agitaient. Elle ne voyait plus le miroir, elle n'était plus que gémissement et tension sur le point de s'épanouir.
Pendant qu'il ravissait Bella, dont les cris devenaient de plus en plus puissants (oh Tom, oui, prends-moi plus fort ! défonce-moi !), il songea à leur avenir.
Il pouvait rendre Bella immortelle, égalité extrêmement dangereuse, bien qu'elle l'aime trop pour lui faire du mal.
Il pouvait abandonner la sienne, et vieillir ensemble… non, hors de question.
Ou encore, continuer sans elle d'ici quelques décennies. (Idée qui manqua de le faire débander).
Il ne savait pas quel prix il était prêt à payer pour conserver son indépendance. Quel casse-tête !
Décidément, pensa-t-il alors que Bella atteignait une extase rugissante, on n'arrête jamais de travailler quand on est mage noir.
Un grand merci si vous avez lu jusqu'ici !
J'espère que ça vous a plu, d'autant plus que le Bellamort est un ship délicat à écrire. Je suis toujours curieuse de vos commentaires (ils font ma journée, sans exagération aucune). ❤️
