C'est une fic que je voulais écrire depuis longtemps, une fic qui me tient à cœur, peut-être plus que d'autres. Une fic dure à écrire, une fic qui m'a fait pleurer, une fic qui me rappelle d'horribles souvenirs, une fic qui me donne envie d'hurler. Une fic que je veux écrire, en souvenir de toutes celles et tous ceux partis trop tôt, alors qu'ils auraient pu être sauvés.
Faites-vous dépister. Il n'y a pas d'âge. Il n'y a aucune raison de ne pas le faire, à part bien sûr la peur. Elle est normale, elle est légitime. Sauf qu'une fois que le verdict sera tombé, elle ne fera qu'augmenter. Pour vous, pour vos proches, pour vos parents, pour vos enfants. Une fois qu'on l'a attrapé, on ne sait pas ce qu'il va se passer. On ne sait pas si on va guérir, si cela ne reviendra pas un jour. Si cela ne touchera pas le reste de la famille, car le cancer, comme toute maladie, peut se transmettre.
Une simple fic, pour parler d'une maladie bien réelle, mais dont on ne discute pas assez.
Une petite boule et puis voilà
-Maman ? ça va ?
-Mmm ? Oui, pourquoi ?
Rose fronça les sourcils, et se redressa, posant sa tasse de thé sur la petite table de bois en face du canapé où elle était assise.
-Tu as l'air soucieuse. C'est ton visage, il y a.. quelque chose qui ne va pas.
-Oh, parce que tu lis dans les pensées maintenant ? répliqua Jackie, taquine. Les étoiles t'ont donné des pouvoirs magiques ?
La blonde roula des yeux, avant de tendre la main pour la frapper au bras.
-Je suis sérieuse. Qu'est-ce qu'il y a ?
-Je vais bien, Rose, répondit sa mère en roulant des yeux à son tour, avant de prendre une gorgée de son thé. Tu ne veux pas de gâteau ? Je l'ai fait exprès pour toi.
-Et je le mange, merci, ne détourne pas le sujet, rétorqua sa fille en reprenant une part. Je sais toujours quand tu ne vas pas bien, rappela-t-elle en la pointant du doigt, la bouche pleine. Tu ne sais pas mentir.
Jackie plissa des lèvres, son expression se refermant un instant, avant qu'elle ne soupire.
-Je vais bien, ma puce. C'est juste..
-Quoi ? Quoi ? s'inquiéta Rose quand elle demeura silencieuse.
-Oh, ce n'est surement rien, c'est stupide, je ne devrais même pas t'en parler, je..
-Ok, maintenant, je suis officiellement inquiète. Rose fronça les sourcils, et se redressa, lui faisant face sur le canapé. Qu'est-ce qu'il y a ?
Jackie soupira de nouveau, avant de se frotter instinctivement la poitrine.
-J'ai dû choper une crève.. ça me fait mal.
-Une crève ? s'étonna Rose. Mais tu ne tousses pas. Et tu n'as pas le nez qui coule. Et tu n'es pas pale, je veux dire, tu n'as rien de spécial. Tu n'as pas l'air malade.
-Je sais bien, c'est pour cela, je ne comprends pas, j'ai quand même mal, marmonna sa mère, gênée.
-Mal où ? répéta Rose, perdue.
Jackie soupira, avant de grimacer, et indiquer son sein.
Rose la fixa, perplexe.
-Oh, j'ai une espèce de boule, ok ? Et cela me fait mal. Mais je ne vais pas aller chez le médecin pour cela, c'est ridicule, je.. Rose ?
Sa fille la fixait, blême.
-Une.. boule ?
-Quoi ?
-Une boule ? Une boule ?
-Oui, une boule, une petite boule, ce n'est rien, Rosie, je suis surement fatiguée, c'est tout, je cours tout le temps partout, tu sais bien, je..
-La fatigue ne fait pas apparaitre des boules dans le sein ! Depuis quand tu as ça ? Elle est grosse comment ?
Jackie fronça les sourcils, cachant son inquiétude derrière du sarcasme.
-Oh, tout de suite, tu te prends pour un docteur, maintenant ? C'est tes voyages qui t'ont monté à la tête ? Tu..
-Maman ! tonna Rose. Je n'ai pas le temps pour ça. Répond-moi !
Et elle semblait si sérieuse soudainement, et si mature, mais si jeune en même temps, son expression intense alors qu'elle la fixait, vêtue de son vieux jean et son t-shirt rose qu'elle portait depuis ses 16 ans.
Jackie se mordit la lèvre, son malaise augmentant en même temps qu'elle croisait instinctivement les bras, se refermant sur elle-même.
-Quelque temps ? Et je ne sais pas, je dirais.. Je ne sais pas, je ne peux pas la mesurer, protesta-t-elle.
-Combien de doigts ? Quand tu mets ta main dessus, combien de doigts tu peux mettre ? répliqua Rose avec impatience, la panique augmentant dans sa voix.
Jackie fronça les sourcils, mais leva la main, se palpant.
-Deux ?
-Deux. Deux. Putain de merde, maman, siffla la blonde, en attrapant son portable avant de se lever.
-Quoi ? Rose, qu'est-ce qu'il y a ?
-J'appelle le Docteur, siffla-t-elle.
-Quoi ? Rose, c'est ridicule, je vais bien, je n'ai pas besoin de ton alien, il..
Mais sa fille la fusilla du regard, sa main crispée sur son téléphone alors qu'elle commençait à faire les cent pas, une nausée familière envahissant sa gorge.
C'était ce qu'elle ressentait, lorsque le Docteur ou Jack étaient en danger.
Quelque chose n'allait pas, quelque chose n'allait pas du tout, et c'était sa mère, elle…
-Docteur ? Vous êtes toujours en bas dans le Tardis ? J'ai besoin de vous, maintenant ! Non, maintenant ! … C'est ma mère, elle.. Il y a quelque chose… dans sa poitrine.
Le Tardis était apparu directement dans le salon.
Jackie n'avait pas exactement été heureuse, mais Rose l'avait ignorée, courant vers la porte. Elle n'eut pas besoin d'entrer dans le vaisseau, cependant, car déjà le battant de bois s'ouvrait, révélant le Seigneur du temps. L'expression de celui-ci était fermée, ses sourcils froncés trahissant son inquiétude.
-Docteur !
-Une boule ? répéta le Docteur, son regard alternant entre mère et fille.
-De deux doigts, murmura Rose, sa voix emplie d'angoisse.
-Deux doigts, répéta le Seigneur du temps, avant de sortir son tournevis sonique.
-Oh, vraiment, ce n'est pas la peine ! protesta Jackie, ses yeux fixant avec inquiétude le tournevis. Pas la peine de me toucher avec votre.. truc.. ou m'envoyer des ondes, ou..
Sa voix mourut dans sa gorge en même temps que Rose pivotait sur ses pieds, traversant la distance les séparant en moins de temps qu'il n'en aurait normalement fallu pour un être humain. Son doigt s'enfonça dans sa poitrine en même temps qu'un son furieux lui échappa, son visage à quelques centimètres du sien.
-Pour une fois dans ta vie, tu vas te taire et me laisser faire. Tu es malade, il y a quelque chose qui ne va pas avec toi, et c'est le meilleur, alors tu vas te taire et le laisser faire, ok ?!
Sa voix avait fini dans les aigus, la panique se mêlant à la colère pour former un mélange explosif.
Le Docteur se mordit la lèvre, mais demeura silencieux, peu désireux de s'ingérer dans la relation mère-fille.
La panique dans la voix de Rose au téléphone avait été suffisante.
Sa compagne manquait d'éducation, mais elle possédait un sens commun très développé, et un instinct hors-pair pour détecter le mal-être des personnes l'entourant.
En temps normal, elle employait ses qualités pour prendre soin du Docteur, ou Jack, ou n'importe quelle personne en situation de détresse rencontrée pendant un voyage.
Elle le ferait naturellement, instinctivement, sans même s'en rendre compte.
C'était simplement inscrit en elle.
C'était une des nombreuses raisons pour laquelle le Docteur l'aimait si passionnément.
Oui mais voilà, cette fois, les choses étaient différentes.
Quelque chose n'allait pas avec sa mère.
Et le monde de Rose venait de vaciller.
Est-ce que sa mère était malade ?
Est-ce qu'il lui était arrivé quelque chose ?
Est-ce que c'était grave ?
Avait-elle besoin d'un docteur ?
Pourquoi est-ce que sa mère ne lui avait rien dit ?
Pourquoi est-ce que Rose n'avait pas appelé, n'était-elle pas davantage venue la visiter ?
Est-ce qu'on pouvait la soigner ?
Est-ce que c'était grave ?
Etait-ce trop tard ?
C'était sa mère.
C'était sa mère, et Rose n'avait que 19 ans.
C'était sa mère, et elle était malade.
C'était sa mère, et Rose venait d'hurler.
Paniquée.
Terrifiée.
Etait-ce que sa mère était malade ?
Etait-ce grave ?
Pourquoi avait-elle cette boule ?
Déjà, plusieurs hypothèses circulaient dans l'esprit du Seigneur du temps.
Aucune d'elle n'était particulièrement réjouissante.
L'une d'elle, en particulier, lui tordait l'estomac.
-Qu'est-ce que tu ferais si c'était moi ? Hein ? Tu me trainerais chez le médecin ! Tu m'attraperais et tu courrais et tu hurlerais ! Le moindre doute.. Combien de fois tu l'as fait ? Mais tu ne le fais jamais pour toi ! Tu dois prendre soin de toi, maman ! Tu as quelque chose dans la poitrine, ce n'est pas normal !
-Rose..
-Elle a raison.
Le Docteur releva les yeux de son tournevis sonique, découvrant avec soulagement Jack, enfin sorti du vaisseau. Le regard du capitaine était inhabituellement sérieux, ses bras croisés avec nervosité en même temps qu'il venait se placer aux côtés du Seigneur du temps.
-Laissez-le vérifier, d'accord ? Peut-être que ce n'est rien, et que vous avez raison. Mais peut-être y a-t-il quelque chose, et dans ce cas-là, il vaut mieux le savoir, non ?
Le masque que tentait de maintenir Jackie s'effrita davantage, son angoisse évidente.
-Je ne veux pas.. Je.. ça ne peut pas être grave, non ? Ce n'est qu'une boule …
Ce n'est qu'une boule.
Ce n'est rien.
Ce n'est pas grave.
Ça partira tout seul.
Ça fait juste un peu mal.
Jack les connaissait tous par cœur.
Le Docteur aussi.
-Ce n'est jamais juste une boule, Jackie.
-Oh Seigneur, souffla celle-ci en s'agrippant à Rose. Vous savez ce que c'est, hein ?
Les regards se tournèrent vers le Seigneur du temps, occupé à triturer son tournevis.
Il n'avait pas besoin de lever les yeux pour sentir leur angoisse.
-Ce n'est qu'une hypothèse. J'aurai besoin de vous ausculter en détails pour en être certain, murmura-t-il.
-M'ausculter ? répéta Jackie, sa voix sourde. Où ? Là-dedans ? demanda-t-elle en pointant du menton le Tardis.
D'ordinaire, le geste lui aurait valu un commentaire acerbe, mais cette fois, le Docteur se contenta de sourire.
-La meilleure infirmerie de l'univers. Vous allez l'aimer.
Jackie roula des yeux, mais Rose sourit. Le Docteur échangea un regard avec elle, sa gorge se serrant lorsqu'il lut la confiance aveugle dans les yeux de la jeune femme.
Pas de droit à l'échec, Docteur.
-Puis-je ? demanda-t-il le plus délicatement possible en levant son tournevis.
Jackie inspira brusquement, avant de se redresser.
-Allez-y. Autant en être débarrassée.
Sa voix tremblait légèrement, son angoisse perceptible. Le Seigneur du temps ne commenta pas, se concentrant sur sa tâche en cours. Avec détermination, il leva son tournevis, le pointant vers sa patiente.
