Il y avait une odeur de saucisse dans l'air, de moutarde et de ketchup, et de fritures aussi. Un petit groupe de parents et de supporters s'étaient regroupés près de ces stands, oubliant leurs rejetons qui s'affrontaient sur les terrains en contrebas.

Emi enjamba une flaque de bière encore mousseuse en jurant dans sa barbe. Elle poussa un adolescent qui lui bloquait le passage, joua des coudes entre un groupe de parents obèses, tout en se tordant le cou pour retrouver Aïden.

Il lui avait dit, il y a presque une heure, qu'il allait acheter des frites et qu'il reviendrait dans cinq minutes. Elle avait protesté. Cinq minutes c'était beaucoup trop. Il ne pouvait pas la laisser seule dans les tribunes pour une stupide barquette de frites, pas quand il avait insisté pendant des jours pour qu'elle l'accompagne.

Elle poussa un peu trop fort une petite mamie qui en se retournant l'aspergea involontairement de soda. Emi fit la sourde oreille aux excuses de la vieille, dégagea ses mains ridées de sa chemise et prit la fuite.

Elle en voulait à Aïden de ne pas être revenu, et elle s'en voulait à elle d'avoir accepté de l'accompagner. Andreas était parti il y a quatre jours à peine, et pourtant, elle avait l'impression que son monde entier s'écroulait. Elle avait voulu faire plaisir au blond, lui changer les idées. Elle avait cru qu'en même temps, ça lui changerait les idées à elle, que se retrouver en tête à tête avec son deuxième meilleur ami lui permettrait de passer une bonne journée.

Mais c'était un échec complet !

Comment pouvait-elle apprécier un tournoi de football sans Andreas à ses côtés ? L'odeur des frites l'écœurait, les beaux joueurs qui transpiraient en face d'elle ne l'intéressaient pas, et son soda à la pêche avait un goût affreux maintenant qu'il ne sortait pas de la glacière du père de son ami. Même les blagues d'Aïden n'étaient pas aussi amusantes sans Andreas pour en rire avec elle.

En fait, elle en voulait à Andreas d'être parti, de les avoir abandonnés pour un stupide ballon de foot, pour un stupide club. Les États-Unis n'étaient même pas un pays de football. Sa carrière aurait été bien plus intéressante en Europe, en Allemagne, dans leur club à eux.

Les larmes brouillant sa vue, Emi prit la direction des toilettes à l'aveuglette pour arroser d'eau son chemisier souillé de sucre. Elle poussa la première porte et se pressa jusqu'au lavabo.

- Tu perds ton temps, il est complètement foutu, dit une voix masculine derrière elle.

Emi, qui avait toujours les yeux bordés de larmes, sursauta violemment.

- Je sais, répondit-elle froidement. Et qu'est-ce que tu fais là d'abord ? Ce sont les toilettes des filles.

- J'ai un tee-shirt de rechange dans mon sac. Il sera un peu grand mais tu peux faire un nœud, continua le garçon.

- Non merci ! Garde ton tee-shirt et dégage d'ici. Tu n'as pas entendu ? Ce sont les toilettes des filles !

- Si tu changes d'avis, je le laisse sur le sèche-main.

- Oui, oui, fait donc ça !

En même temps, elle se démenait toujours à essayer de faire partir cette foutue tâche. Mais plus elle frottait, plus la tache brunâtre s'étendait.

Une seconde crise de larmes – de rage cette fois – l'a surpris au moment où elle perdait ses forces. C'était la pire journée de sa vie ! Entre le départ d'Andreas et son chemisier préférait qui allait finir à la poubelle, elle avait la conviction qu'elle était maudite.

Cinq minutes passèrent avant qu'elle ne se ressaisisse. Elle allait trouver Aïden et lui dire qu'elle rentrait chez elle. Ça ne servait à rien d'insister. Ce n'était pas sa journée, il fallait l'accepter et ne pas insister.

Au moment où elle fit volte-face, ses yeux s'attardèrent sur le tee-shirt blanc soigneusement plié sur le sèche-main. Elle allait l'ignorer et puis finalement, elle n'avait rien à perdre à rentrer chez elle dans des habits propres et secs.

Elle vérifia que personne ne rentrait et elle l'enfila précipitamment. Comme l'avait deviné le garçon, le vêtement était un peu trop grand. Elle fit un nœud grossier au-dessus de sa ceinture qu'elle ajusta à sa taille.

En quittant les toilettes, Emi jura violemment en percutant un torse musclé.

- Emi ? Qu'est-ce que tu foutais dans les toilettes des hommes ? Ça fait une heure que je te cherche ?

La blonde contempla Aïden, un air ébahi sur le visage. Il tenait dans sa main gauche une barquette de frite quasiment vide dans laquelle un fond de mayonnaise noyait deux/trois pommes de terre.

Il ressemblait à un petit ange innocent et ce constat agaça prodigieusement Emi.

- Que tu me cherches ? Aïden, je t'ai attendu à NOTRE place pendant UNE heure.

- Mais non, dit-il en trempant ses doigts dans le reste de sauce pour attraper ses frites, j'y suis allée et tu n'y étais pas.

- Parce que je TE cherchais.

- Dans les toilettes des hommes donc ?

Son sourire en coin prouva à Emi qu'il ne faisait que jouer les idiots.

- Je n'étais pas dans les toilettes des…

Emi eut soudainement un doute. Elle se retourna violemment pour vérifier qu'elle ne se trompait pas. Pourtant, Aïden avait raison. Elle sortait des toilettes des hommes.

- Blaze ? C'est qui ça ? Pourquoi tu portes son tee-shirt ?

La jeune femme haussa les épaules.

- Je ne sais pas, dit-elle, mais je lui dois des excuses.

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Aïden avait refusé de rentrer. Il avait haussé un peu le ton et finalement, comme Emi ne cédait pas, il avait joué la carte du chantage émotionnel : « Mais on s'est promis qu'on remplacerait Andreas dans toutes les activités qu'on faisait ensemble. Je te signale quand même que je t'accompagne à ton cours de danse en couple mardi ! ».

Emi avait protesté que c'était injuste, mais finalement, elle avait suivi son ami jusqu'à leur place dans les tribunes.

- Pourquoi est-ce que tu restes toute la journée ? Tu as joué ce matin, tu n'es pas fatigué ?

- Pour l'ambiance, répondit Aïden en inspirant par la paille un peu de la bière qu'il avait réussi à faire acheter à un footballeur majeur de son club. Franchement, on n'est pas bien là ? Une bière, des frites, du soleil et du foot. Le paradis !

Emi fit la moue. Ce n'était pas exactement sa vision du paradis. Il manquait Andreas.

- Eh regarde ! Y'a un asiat' dans l'équipe d'Adler.

Surprise, la blonde suivit le doigt d'Aïden qui pointait le joueur sur le terrain.

- C'est un Japonais, je suis sûre ! dit-elle en souriant grandement. Je t'ai déjà parlé de ma cousine Miya ? Elle est japonaise.

Mais Aïden ne l'écoutait pas.

- Wow ! Mais c'est qu'il est bon le garçon ! Tu as vu ce dribble !

Bientôt, Aïden se perdit en encouragement et en applaudissement. Quand le fameux joueur ouvrit le score après une démonstration technique incroyable, son ami ne se retenait plus, et il sautait de joie sur son siège.

- Emi, tu as vu ça ? Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi doué. Il pourrait presque rivaliser avec Andreas ! Il est incroyable !

- Calme-toi Aïden ! gronda-t-elle. Je te signale qu'Adler est l'ennemi. C'est ce gars que tu vas affronter demain en finale s'ils gagnent aujourd'hui.

Cette déclaration eut le mérite de faire taire le blond qui se rassit dans son siège, soudainement un peu dépité.

- Sans Andreas, on ne le battra jamais.

- Ne dit pas ça, essaya de le réconforter Emi en occultant que c'était elle aussi qui lui avait sapé sa bonne humeur, les joueurs asiatiques ne sont pas reconnus pour être de grands footballeurs.

L'homme devant eux s'invita alors dans la conversation.

- Les temps changent les enfants, et ce gars-là, c'est de la graine de grand footballeur. Ses performances au Japon, avec son club de Raimon, sont époustouflantes. Croyez-moi, on en entendra encore parler de cet Axel Blaze.

Emi et Aïden échangèrent un regard. Deux sourires identiques naquirent sur leurs lèvres en même temps qu'ils comprenaient qu'ils pensaient à la même chose.

- C'est le gars qui t'a donné son tee-shirt ! s'écria Aïden en premier.

- J'ai le tee-shirt d'une future star ! s'amusa Emi.

Les deux se mirent à rire et, cette fois plus détendue, la blonde commença à piocher dans la nouvelle barquette de frites pleines qu'Aïden avait rachetées avant qu'ils ne se réinstallent.

Bizarrement, la fin du tournoi fut un véritable plaisir, et même le soda à la pêche qu'Aïden lui offrit à la mi-temps avait recouvré un peu du goût qu'elle aimait tant.

Les minutes passèrent et Emi oublia petit à petit qu'Andreas était à l'autre bout de la planète. Elle se concentrait sur ce mystérieux Axel Blaze. Elle suivait le moindre de ses mouvements, et quand elle le perdait soudainement de vue, elle le cherchait sur le terrain. Dans son dos, le nom du joueur floquait sur le tee-shirt qu'elle lui avait donné, la brûlait agréablement.

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- On va perdre, soupira Aïden en s'affalant contre le panneau publicitaire ficelé à la tribune.

- Il n'y qu'un but d'écart, essaya de l'encourager Emi, franchement vous pouvez encore décrocher le nul.

Elle tapota du bout des doigts l'épaule suintante d'Aïden. Elle n'était pas hypocrite. Elle pensait réellement qu'ils avaient encore leur chance. Pourtant, tout au fond d'elle, elle avait un tout peu envie qu'Adler s'impose.

Elle ne le dirait jamais à haute voix ! Elle détestait Adler de tout son cœur. C'était le deuxième club de la ville où Andreas, Aïden et elle avaient grandi, et comme ce n'était pas celui où ses amis jouaient, c'était par déduction l'ennemi à abattre depuis qu'ils avaient trois ans.

Pourtant, Emi ne se lassait pas de voir jouer cet Axel Blaze. Plus elle le regardait, plus elle le trouvait beau et attirant. Quand il jouait, il dégageait quelque chose. Il avait un charisme incroyable, et elle était fascinée par son indifférence feinte.

Il avait ouvert le score et délivré une passe décisive. Pourtant, à aucun moment, il n'avait manifesté sa joie par de grandes célébrations. Il se contentait d'un petit sourire satisfait.

Emi avait parcouru des dizaines de fois la brochure informative qui présentait les joueurs jouant la finale du tournoi.

Axel Blaze était bien japonais, comme elle l'avait soupçonné, et surtout, il avait son âge. Il n'avait qu'un mois de plus qu'elle et il avait gagné avec son pays le FFI d'il y a deux ans. Il avait rejoint Adler pour parfaire sa formation et tester le niveau européen. Il était décrit comme un attaquant de génie, et plus Emi le voyait jouer, plus elle confirmait.

Il pensait tellement différemment des joueurs allemands, il avait une façon de voir le jeu complètement différente, et pourtant, il s'adaptait merveilleusement à ses coéquipiers. Il parvenait à récupérer les ballons un peu trop court ou un peu trop long, à centrer parfaitement, et suivre les mouvements défensifs de sorte à être disponible à chaque contre-attaque. C'était bluffant !

- Tu devrais être content de pouvoir jouer contre un joueur aussi complet, fit remarquer Emi, c'est comme ça que l'on progresse.

- Mouais, ce que je veux surtout, c'est gagner ce tournoi, maugréa Aïden, Andreas n'arrête pas de dire que sans lui on ne peut rien faire.

- Il ne le pense pas, souffla Emi, tu sais bien comme il aime t'embêter.

Aïden haussa les épaules.

- Tu as mes frites ?

- Oui, dit-elle en lui tendant la barquette qu'elle était allée acheter, tu devrais vraiment arrêter avec cette habitude. Un jour, ça pourrait t'attirer des ennuis.

- Quels ennuis pourrait bien m'attirer une barquette de frites ? se moqua Aïden en enfournant une grosse bouchée.

- Je ne sais pas, réfléchit Emi, en allant en acheter tu pourrais être témoin d'un meurtre. Ou pire, tu pourrais être témoin d'un enlèvement et te faire enlever aussi.

Aïden ne rit pas. Au contraire, il la contempla de la même façon qu'on regarde un enfant naïf ayant raconté une histoire particulièrement drôle.

- Oui, Emi, oui, dit-il en lui caressant la tête.

- Aaah ! Ne me touche pas ! Tu as les doigts gras !

- Allez, j'y retourne !

En même temps qu'Aïden s'éloignait pour rejoindre ses coéquipiers pour l'échauffement précédent la deuxième mi-temps, Emi vit le fameux Axel Blaze sortir des vestiaires.

Elle ne réfléchit pas. Elle attrapa son sac à dos et sauta par-dessus la barrière des tribunes.

- Eh, attends, l'appela-t-elle en fouillant dans son sac et en courant derrière lui.

Le joueur fit volte-face.

- C'est à moi que tu parles ? dit-il en se pointant lui-même du doigt.

- Oui, je…

Emi fit une pause pour reprendre son souffle.

- Je voulais te rendre ton tee-shirt, parvint-elle finalement à articuler, c'est bien ton tee-shirt ?

Le garçon baissa les yeux vers ses mains pour identifier son bien. Comme il ne le prenait pas et qu'il ne disait toujours rien, Emi se dépêcha de rajouter.

- Je l'ai lavé !

Il sourit alors.

- Tu l'as pris finalement.

Emi ne s'attendait pas à une telle réponse. Elle sentit la chaleur de la gêne qui picotait ses joues.

- Je… oui… enfin, pardon… je…

- Tu peux le garder, la coupa-t-il, je n'en ai pas besoin.

- Quoi ? Non ! C'était déjà tellement gentil de me le laisser. En plus, j'ai été vraiment désagréable, je passais une mauvaise journée… et… enfin… pardon. Je ne suis pas aussi méchante d'habitude.

Il y eut un léger blanc. Le sourire d'Axel Blaze se transforma en un rictus ironique. Emi avait presque l'impression de voir les mots se former sur ses lèvres : « Ah bon ? Tu me donnais pourtant l'impression d'être une fille méchante ». Il n'avait rien dit, évidemment, mais elle eut le besoin urgent de se défendre.

- Je n'ai pas dit que j'étais gentille, mais simplement, j'ai plus de tact en temps normal.

Et avant que cette conversation ne vire définitivement au drame, Emi lui refourgua le tee-shirt dans les mains, et elle se dépêcha de rejoindre sa place dans les gradins.

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- On a gagné Emi ! On a gagné ! cria Aïden dans son oreille.

Il avait débarqué dans les gradins à grands cris au moment où l'arbitre sifflait la fin du match, leur offrant la victoire au buzzer suite à un but miracle de Thomas. Emi ignora qu'il était en train de la tartiner de sueur et mêla sa joie à la sienne. Il n'était pas venu le jour où Adler les battrait, Andreas ou non.

- Andreas va faire une de ces têtes quand je vais le lui dire, continua de s'extasier Aïden. C'est incroyable.

- Attends, je l'appelle ! On va lui dire ensemble.

Le blond fit signe à ses coéquipiers qu'il les rejoindrait dans cinq minutes pour fêter leur petite victoire dans ce tournoi estival qu'organisait chaque année leur région et s'assit à côté d'Emi pour appeler Andreas.

Malheureusement, après une dizaine de sonneries, il était clair que leur ami ne répondrait pas.

- Il est quatorze heures à Détroit, dit Emi, il doit être en train de s'entraîner.

Même s'il était évident qu'Aïden était déçu, il ne cessa pourtant pas de sourire, et après avoir déposé un rapide baiser sur le front de la blonde, il se releva.

- On réessaiera ce soir, lui dit-il, tu viens fêter ça avec nous ? On va chercher nos médailles. L'entraîneur a dit que tu pouvais avoir la vingt-deuxième vu qu'Andreas n'est pas là.

Emi ne se fit pas prier, et une demi-heure plus tard, elle ramassait ses affaires dans les gradins, une médaille d'or autour du cou. Dans la folie du moment, elle avait également enfilé une vieille chasuble puante au couleur de son club et ses cheveux avaient malencontreusement croisé la route d'une bombe de peinture. Ils étaient maintenant blancs et rouges.

- Je n'ai pas le souvenir de t'avoir vu sur le terrain, dit une voix derrière elle.

La blonde sursauta en reconnaissant la voix grave d'Axel Blaze. Elle laissa son sac tomber à ses pieds, son téléphone dégringola, une marche, puis deux, avant de s'échouer aux pieds du joueur.

Il sortait la douche comme en témoignaient ses cheveux mouillés et l'odeur de gel douche qui flottait autour de lui. Face à lui, dans sa dégaine de pouilleuse, Emi avait presque honte.

- Parce que je n'ai pas joué, répondit-elle sans trop comprendre.

Axel Blaze pointa la médaille qu'elle avait autour du cou.

- Ah… J'étais le douzième homme, sourit-elle. Tu sais ? Les encouragements et les applaudissements, rajouta-t-elle comme apparemment il ne semblait pas comprendre l'expression.

- Le groupe d'homme dans la tribune d'en face faisait plus de bruits.

Emi ne sut pas quoi répondre. Alors, elle descendit d'une marche pour ramasser son téléphone sur le sol. Au même moment, le joueur se baissait pour le ramasser lui-même. Quand il releva la tête, ils étaient si proches qu'Emi entendait le souffle régulier de sa respiration.

- Et puis, il m'a même semblé te voir applaudir quand j'ai ouvert le score.

La jeune femme ouvrit la bouche pour se défendre mais il avait apparemment l'incroyable talent de la priver de répartie. C'était son sourire en coin aussi ! C'était déstabilisant !

- Comment tu le sais ? parvint-elle finalement à répondre après presque une minute de silence. Tu me regardais ?

Ce fut soudainement Axel Blaze qui se mit à rougir. Profitant du fait qu'elle contrôlait pour la première la conversation, Emi enfonça le clou.

- Et je suppose que tu me regardais aussi après ta passe décisive ? Ce n'est donc pas une coïncidence si à chaque fois tu te tournais vers ce gradin alors que tes coéquipiers se trouvaient de l'autre côté.

Un silence. Encore.

Et puis finalement, Axel sourit à nouveau.

- Tu as raison, je te regardais, admit-il.

- Tu as raison aussi, j'ai applaudi quand tu as marqué.

- Tiens, dit-il en lui tendant son téléphone.

Emi s'en saisit sans pour autant rompre leur contact visuel. C'est Axel qui le fit. Après un dernier au revoir, il s'éloigna pour rentrer chez lui. Il arrivait au milieu du terrain quand la sonnerie de son téléphone indiquant un appel entrant d'Andreas ramena Emi sur terre.

Pourtant, ce n'est pas le visage souriant de son meilleur ami qui l'interpella. Il manquait le porte-clés qu'elle avait accroché à la coque de son téléphone. Le porte-clés qu'Andreas lui avait offert avant de partir. Un gros cœur pelucheux qu'elle avait réclamé pendant des heures lors de leurs dernières sorties à la fête foraine.

Elle balaya rapidement le sol des yeux mais elle ne le vit pas.

- Emi, entendit-elle alors crier depuis l'autre côté du terrain, j'ai oublié de te rendre ton porte-clés !

La blonde dévisagea stupidement Axel Blaze qui lui faisait de grands signes derrière la barrière. En criant, il avait attiré l'attention de quelques personnes qui regardaient maintenant dans sa direction.

- Tu n'auras qu'à venir le chercher demain à Adler.

Emi ne s'étonna même pas qu'il connaisse son prénom, elle lui sourit largement, et se contenta de confirmer qu'elle le rejoindrait bien à l'heure du rendez-vous.

Alors qu'Axel s'éloignait, elle décrocha enfin son téléphone qui continuait de sonner.

- Andreas, dit-elle sans parvenir à refréner son excitation, je crois que j'ai une touche !

Le rire de son ami résonna dans le combiné.

- Emi, tu changes de crushs tous les trois mois.

Elle se contenta de sourire. Andreas n'avait pas tort. Chaque mois, elle aimait une nouvelle personne. Pourtant cette fois, elle était certaine que cet Axel Blaze ne sortirait pas si facilement de sa tête. Parce que son cœur n'avait jamais battu aussi vite, et que ses mains n'avaient jamais été aussi moites. Et surtout, parce qu'elle n'avait jamais été si pressée d'être au lendemain.