The Half-Blood

Disclaimer : Mise à part deux ou trois personnages d'arrière-plan, l'intrigue, les longues heures d'auto-motivation, les biscuits blés grignotés durant l'écriture de chaque passage, tout est à moi. (Les biscuits sont à Kishimoto).

Evidemment, je rigole.

Rating : T puis M

Blabla de l'auteure :

Ce sera sans doute l'intro la plus longue de l'histoire des intros, mais soit.

Donc.

Rhum hum. (C'est censé être le bruit d'un raclement très grossier de gorge.)

Mes chers amis, bonjour/bonsoir et bienvenue sur cette modeste histoire!

En effet, c'est une première pour moi. Je me suis enfin lancée dans ce projet qui m'a longtemps paru inaccessible: écrire de la fantasy !

J'ai conscience que bon nombre d'œuvres du style pullulent allègrement sur les plateformes et loin de moi l'envie de créer une révolution ou je ne sais quoi, car ce n'est pas (ou peut-être) un récit qui sort de l'ordinaire. Simplement, je me suis toujours trouvée trop limitée (imaginativement parlant) et terre à terre pour m'y frotter et je refusais de présenter quelque chose qui ne me satisfaisait déjà pas à moi-même. Mais adieux les aprioris, je crois avoir pondu un texte qui a du sens XD.

Attention, je ne vous emmène pas sur une épopée de douze tomes avec des intrigues complexes à souhait. Pour ce premier jet, je voulais quelque chose de «relativement simple», compte tenu de toutes les exigences que je m'impose. Néanmoins, j'ai tout de même tenté de construire un monde et des personnages agréables à lire tout en restant cohérente, du moins je l'espère.

Au début, je pense que l'histoire peine un peu à démarrer et prendre ses bases, j'ai usé d'une approche dont je n'ai pas souvent l'habitude mais donner une chance à ce texte !

So, je vous demande donc d'être indulgent et de ne surtout pas hésiter à laisser un avis, si l'envie vous en prend, histoire de motiver l'auteure très incertaine que je suis. Merci d'avance. 3.

Concernant le rythme de publication, il sera lent. Très lent. J'ai l'habitude de n'écrire que des histoires courtes car les enjeux sont moins importants et je me mets moins de pressions, seulement, ce projet actuel est pour le moins ambitieux, sans doute le manuscrit que j'ai entamé avec le plus de sérieux sachant qu'habituellement quand j'écris, je n'ai aucun fil directeur, ni de fiche de chapitre, encore moins de plan et que tout se passe dans ma tête.

Aussi, la correction est colossale et harassante et les chapitres sont bien plus longs que ce que j'ai l'habitude de faire. Et jusque-là, j'étais en vacances, mais je reprends mes projets de recherches et les cours, donc mon temps libre se retrouve diviser par trois. C'est barbant, croyez-moi.

Or, mon amour pour l'écriture n'a en rien diminué.

D'ailleurs, je suis sérieusement en train de me demander si je ne devrais pas chercher un beta-correcteur, parce que à ce rythme je sens que je ne vais pas m'en sortir.

Bref.

Je me rends compte qu'il en va de mon devoir d'auteure de vous mettre en garde sur les thèmes qui seront abordés. Le rating M n'est pas là pour faire jolie. Ça me ferait réellement chier d'avoir à me justifier sur quelque chose que je ne force personne à lire, sachant que je fais tout mon possible pour rester cohérente dans les thématiques que je traite. Je suis libre d'écrire ce qui me plaît, c'est à vous de ne pas lire si ça vous gêne. (Ça ne veut pas dire qu'il y aura que du cul. Quand on parle de sujets sensibles, les gens se visualisent d'instinct une paire de fesses, c'est amusant.) Donc voilà, c'était la minute prévention et blablabla.

Sans plus attendre, voici la première partie.

Bonne lecture !

Page 1:

There are more things in heaven and earth, Horatio, than are dreamt of in your philosophy.

_Shakespeare.


Au tout début, ce n'était qu'une terre esseulée. Le Nord, durant des millénaires fut créé par une combinaison de facteurs tels que la sècheresse, les faibles précipitations et de longue et intenses vagues de chaleur. Le Sud présentait un perpétuel hiver froid et intense, vif et acéré, les splendeurs de neiges et de givres étincelaient dans le petit matin, l'horizon paré de couleurs chaudes et vivifiantes.

Au milieu de cette diversité de climat, apparurent les peuples qui virent se succéder les cycles du globe. Les premiers furent les Dragons, engendrés dans un souffle chaud qui fendit le ciel et souleva les océans. Ils créèrent les premiers systèmes d'écritures et de comptabilités, les prémices d'une nouvelle ère se réalisèrent à la lueur de leur intelligence hors du commun. Vifs d'esprit, ils étaient aussi forts et capables de s'adapter même dans les environnements les plus rudes. Ils étaient dotés d'une colonne vertébrale aussi résistante que de l'acier, des ailes capables de soulevées des tinettes de poussières d'un seul battement et un regard, troublant de clairvoyance, aussi acéré que la lame d'un rasoir.

Ensuite, ce fut le tour des Séraphins. On disait d'eux qu'ils descendaient directement des Cinq Esprits Primordiaux et que c'était la raison pour laquelle leurs réalisations aboutissaient toujours sans failles. Des génies en construction, ils levèrent de terre des habitations aux prouesses technologiques encore inégalées dans l'ancien temps et se placèrent inéluctablement au-devant de la scène du progrès.

Les Elfes, et leur affinité avec les éléments révolutionnèrent l'agriculture, la captation et le détournement d'eaux. Entretenant au fil de leur expérience, la main d'œuvre dont ils se procurèrent progressivement les services, réalisaient de faramineuse récoltes, plaçaient les excédents dans des stocks entreposés, conserver, comptabiliser et défendu contre les envieux.

Des centaines d'années passèrent ainsi, puis d'autres peuples décidèrent d'élire communauté dans cette terre de l'Est. Des tribus venues des quatre coins du continent terminèrent de s'y installer et cohabitèrent ensemble durant de longues décennies meublées d'entraide. Le Pays du Feu qui jusque-là n'était qu'une terre vide, fini par se modeler au gré des habitants qui la façonnèrent. Trolls, Empusas, Amalthées et Gobelins administrèrent les sols qui, au fruit d'un dur labeur et des abondantes prières envoyées aux Esprits, devinrent fertiles et riches en minéraux. Les grottes regorgèrent d'or et de gemmes précieuses, les cours d'eau abreuvaient la soif de nombreuses contrées et les forêts denses et luxuriantes étaient pourvues de bois de chauffe qui assuraient la survie en même temps que le bétail évoluait par le biais d'un climat propice aux cultures. Le Pays du Feu était devenu au fil des décennies la terre promise de l'Est où des civilisations entières entamaient de longs périples afin de venir s'y établir.

Tous chérissaient cette terre et y accordaient beaucoup d'importance. Pourtant, égoïstement, chaque peuple avait le désir secret de la posséder entièrement seul.

Inévitablement, des disputes naquirent. Les revendications qui hurlèrent à l'injustice se multiplièrent et le sang tacha les murs des villages pendant une longue période macabre de chaos et de désolation. La magie qui était au cœur de la vie de chacun fut utilisée à des fins discutables. Sans doute fusse cette raison qui poussa le ciel à s'abattre sur chacun d'eux.

Pratiquement tous, ils furent dépossédés de leurs pouvoirs et de leurs apparences mythologiques. Ne restât plus de leur héritage que le sang chargé d'histoire qui circulaient dans leurs veines.

Seuls les Fées et les Métamorphes furent exempts de cette perdition. Et nul ne sut jamais pourquoi ces deux peuples plutôt que d'autres, préservèrent la grâce de leur énergie magique.

Les Dragons, qui étaient les pionniers aux côtés de leurs confrères Séraphins et Elfes, décidèrent subitement de s'élire en maîtres absolus et incarnèrent alors les dieux que le peuple attendait pour le délivrer. Ils avaient la force, les aptitudes et le charisme. Et surtout, l'ancienneté et les connaissances profondes du pouvoir qui régissaient le pays depuis des générations. Personne n'osait s'attaquer à eux et leurs puissances déloyales, puis de cette supériorité incontestée apparut de vives indignations rapidement transformées en révoltes.

Les alliances volèrent en éclats, l'injustice sociale fit main basse dans les cités et le cœur des habitants se noircit de sécession. La noblesse fut dorénavant associée à la pureté du sang, la puissance économique, militaire, immobilière et surtout, la magie, qui s'évaporait au fur et à mesure que les fils du temps se tissaient.

Les classes moyennes furent constituées par les Trolls, les Gobelins, les Empusas et les Amalthées, qui étaient devenus dénués ou très peu réceptifs à la sensibilité magique. Tandis que d'autres, présentés comme de menaces, furent carrément exterminés ou presque, à l'instar des Métaphores et des Fées.

Ils avaient développé une espèce d'idéologie qui, partant du postulat de l'existence de différentes espèces au sein de leur monde, considérait que certaines catégories de personnes étaient intrinsèquement supérieures à d'autres.

Au cœur de ce chaos, les jeunes de la nouvelle génération, bataillaient pour une société meilleure. S'engageant à promouvoir les concepts de liberté et d'égalité, tandis que les idées autres fois révolutionnaires sur les droits égaux se vulgarisaient en se rependant progressivement.

C'était le cas d'Iruka qui regardait la situation du pays se dégrader en appréhendant le point de non-retour.

Né d'un père Amalthée et d'une mère Fée, le jeune homme était ce que l'on appelait une Chimère. Une espèce hybride dotée à la fois des caractères dominants et récessifs des génotypes des ascendants. Crains pour leur rareté, on savait peu de choses d'eux sur le plan biologique, raison pour laquelle les mariages mixtes étaient souvent vus d'un très mauvais œil. Les enfants Chimères étaient considérés comme un problème dès les premiers instants de vie. Le simple fait de leur existence menaçait les fondements idéologiques de la domination d'une espèce sur une autre. Lesquels se basaient sur la suprématie incontestable des sang-purs. Appartenir à la fois à plusieurs groupes alertait donc cette administration colonialiste. Les Chimères suscitaient à cause de cette position, un sentiment de haine et d'agacement, puis lorsque les tensions éclataient, ils se retrouvaient bien souvent rejetés par leurs deux communautés.

Pourtant, il y avait un certain soulagement pour ceux qui naissaient de cette manière. Le pire dans ce monde était de se retrouver enchaîné à un clan marginalisé comme c'était le cas pour les Fées, qui au-delà d'être craintes, étaient méprisées et qualifiées d'abominations, sans cesse craquées et pourchassées.

Alors…peut-être même que naître Chimère était moins pire que d'être une Fée-Chimère.

Tout du moins fut la réflexion qu'Iruka se fit lorsqu'il se jeta sur son demi-frère pour tenter de lui arracher la lettre que ce malotru serrait entre ses viles mains. Hélas, le combat était inégal. Mizuki était trop fourbe et trop lâche pour ne pas se débarrasser du bout de papier qu'il convoitait tant en le balançant dans la cheminée sans même qu'il ne puisse esquisser un seul mouvement.

Fou de colère et désemparé, le jeune homme observa tristement l'encre se tortiller dans les flammes puis se réduire en lambeaux noirs voletants dans l'âtre.

Bouillonnant face au sourire victorieux que Mizuki lui servit, il serra les poings et le foudroya du regard.

- Espèce de sombre imbécile ! hurla-t-il, hors de lui. Comment oses-tu toucher à mes affaires ? Tu n'avais pas le droit !

- Je suis dans ma maison, j'ai tous les droits ! répliqua le blandin d'une voix haute perchée. Et maintenant tu vas me révéler le nom de ce malheureux sinon je le dirais à…

Sans lui laisser le temps d'achever sa phrase, Iruka le poussa sur la banquette, bien décidé à lui donner la correction qui avait été omise dans son éducation dès son plus jeune âge.

Mizuki et lui s'entendaient comme chien et chat. Parfois, le jeune homme en arrivait à se demander s'ils provenaient véritablement tout deux des mêmes essences. Son demi-frère était la représentation de tout ce qu'il détestait. Un être hautement méprisable, dénué de toute moralité et agissant de manière déloyale. Alors, rien n'aurait pu stopper la main menaçante qu'Iruka leva sur lui. En cet instant, la lueur terrifiée qu'il vit briller dans ses yeux clairs l'emplit d'une joie incommensurable. Malheureusement, il n'eut pas le loisir de mettre ses projets en exécution qu'il se sentit tirer en arrière par une main de fer.

Iruka glapit de surprise en atterrissant sur les fesses. Puis fit face au regard sévère de Tsubaki, le cousin de Mizuki, avec qui, les Esprits soit loués, il ne partageait aucun lien de parenté. Tsubaki était aussi détestable que son cousin. À croire que c'était une caractéristique essentielle pour naître dans cette famille.

Ce dernier tira à nouveau sans ménagement sur son bras pour le forcer à se relever. Iruka grimaça sous la tension de ses muscles, se dégageant brusquement de son emprise aussitôt qu'il fut sur ses deux jambes.

- Espèce de sauvageon ! l'attaqua le plus agé. Le seul langage que tu connaisses n'est donc que la violence ?

Le jeune homme ouvrit la bouche, prêt à l'ensevelir d'insultes toutes plus imagées les unes que les autres, jusqu'à ce qu'il se rende compte qu'une telle réaction ne ferait que lui donner la satisfaction d'avoir réussi à le heurter avec ses propos.

- Face à un esprit aussi fermé et hostile au concept de vie privé, c'est toujours le meilleur moyen qui existe, cracha-t-il, le toisant de haut en bas.

- Je ne tolérerai pas plus longtemps que tu me parles de cette manière dans ma maison, intervint le concerné, se relevant avec toute la dignité qu'il lui restait.

Iruka lui lança un regard noir, uniquement retenu de se jeter à nouveau sur lui par la perspective que son cousin intercéderait aussitôt pour lui venir en aide.

- Je suis chez moi ! L'intrus ici, c'est toi !

Il commençait à avoir plus qu'assez de le voir s'enorgueillir de cet héritage qu'il n'était pas le seul à posséder.

Et irrémédiablement, le ton recommença à monter. Rien d'insolite quand on passait toute une vie à être la victime de brimades injustifiées, Iruka soutenu le contact visuel électriques qui s'étaient établis depuis trop longtemps pour ce ne se soit pas inquiétant.

Quand soudain, le pas léger de la maîtresse de maison se fit entendre dans le couloir. Quelques minutes plus tard, la porte s'ouvrit sur Shiomi Takumi, sa belle-mère. Une femme dont l'attitude détestable ne se devinerait jamais sous sa douce apparence de femme raffinée et légèrement enrobée.

- Allons donc, que se passe-t-il ici ? demanda-t-elle en lançant un regard circulaire dans toute la vaste pièce.

Le jeune homme ne manqua pas la grimace qui tordit ses lèvres colorées de rouge lorsque ses yeux se posèrent sur lui.

- Mère ! s'exclama Mizuki en se précipitant vers elle.

L'interpellée ouvrit les bras pour l'accueillir tandis que des larmes de crocodile s'étaient mises à perler sous ses paupières.

- Oh, Mère. Tout est de sa faute, s'exclama-t-il en pointant un doigt accusateur dans la direction d'Iruka. Il ne cesse de me manquer de respect et de me brutaliser.

- Espèce de…

- Ton langage ! le coupa-t-elle brusquement.

Iruka fronça les sourcils, agacé par tout le cinéma qui se jouait devant lui.

- Je n'ai rien fait de tel, reprit-t-il dans un semblant de calme. Si ce n'est lui apprendre quelques notions de respect.

- Il ment ! s'écria l'intéressé, se calfeutrant un peu plus dans l'étreinte de sa génitrice. Tsubaki peut le confirmer.

Sans qu'il ne puisse se défendre, son demi-frère entama une autre crise, ne manquant pas de rapporter toutes les soi-disant misères qu'il subissait de sa part, rapidement suivit par ce trublion de Tsubaki.

Et une fois de plus, aucune chance de pouvoir plaider son point de vue ne lui fut accordée:

- Ça suffit, je ne veux plus t'entendre ! N'as-tu pas des tâches ménagères à terminer ? Que fais-tu encore là ? Disparais !

Iruka serra les dents pour s'empêcher de hurler tout ce qu'il rêvait de lui dire depuis des années. En l'heure actuelle des choses, elle détenait trop de pouvoir sur sa vie pour qu'il se permette de déjouer son autorité.

Il ne pouvait pas se battre contre elle. Pas encore.

- Oui, madame, répondit-il en se précipitant pour sortir de la pièce.

Il ne donnait pas long feu à ses bonnes résolutions d'obéissance s'il subissait une minute de plus l'attitude hautaine de Mizuki, cette espèce de gamin pourri gâté qui s'enfuyait dans les jupes de sa mère à la moindre incartade.

Dieu qu'ils les haïssaient.

Fulminant de colère, le jeune homme sorti par les portes arrière de la bâtisse, se dirigeant vers les écuries pour donner le foin aux chevaux. À mi-chemin, il fut alpagué par Hayate, qui accompagna sans broncher son pas colérique jusqu'à destination finale.

- Que s'est-il passé ? s'enquit-il. On entend Dame Shiomi hurlé depuis la cour.

- Tu sais bien que cette orfraie ne se sent mieux qu'après avoir poussé ses cris habituels.

Hayate eut un soufflet outragé. Iruka leva les yeux au ciel devant l'air réprobateur de son grand frère, étonné de ne pas le savoir habitué au venin qui emplissait sa bouche à chaque fois qu'il était question de leur belle-mère.

Le jour où il témoignerait du respect pour cette femme, il accepterait volontiers que l'on change son nom dans sa déclaration de naissance !

- Iruka, quelqu'un pourrait t'entendre.

Comme s'il craignait que ce fût réellement le cas, Hayate jeta des coups d'œil nerveux autour d'eux. Cette méfiance constante de tout et surtout de rien eut prodigieusement le don de l'agacer. Il émit un soupir pour se redonner une contenance et ne pas inutilement déverser toute sa frustration sur son frère.

- Tant mieux, rétorqua-t-il, claquant la langue contre son palais. Je ne fais que dire tout haut ce que tous les autres n'osent même pas penser.

La brûlure de l'indignation suite à la énième injustice était encore vive dans sa poitrine. Même lorsqu'il donna la béquette à ses cavaleurs préférés, Iruka ne parvint pas à se sentir mieux. L'orage grondait toujours sourdement en lui, il savait que le seul moyen de se sentir apaisé serait de se venger d'eux une bonne fois pour toutes.

Voilà depuis longtemps qu'il l'aurait fait s'il n'était pas certain que ce soit ce que sa belle-mère attendait pour avoir l'excuse parfaite et le jeter dehors comme un malpropre. Rien que pour cela, il n'allait pas lui faire ce plaisir.

La mère d'Iruka était morte lorsqu'il était encore très jeune. Les auxiliaires de son père avaient alors enjoint ce dernier à se choisir une nouvelle épouse, se gardant bien de rappeler qu'ils n'avaient jamais été d'accord pour son union avec Koharu, sa mère, qui était l'une des représentantes d'une espèce que tous jugeaient maudite. Faisant en plus l'affront de perpétrer cette lignée en ayant donné naissance à trois enfants.

Ikkaku, son feu père, ne savait pas ce qu'il faisait lorsqu'il avait choisi d'épouser Shiomi.

Sa vie suite à ce mariage était définitivement loin d'être simple. Dès l'âge de douze ans – âge auquel sa marâtre avait estimé ses os assez solides pour endurer les traitements qu'elle lui prévoyait -, elle l'avait fait déménager de la maison principale pour le calfeutrer dans l'indépendance des domestiques, aux côtés de sa sœur et de son frère qui n'avaient bien évidemment jamais été exempts de son courroux. Le futur d'Iruka s'était alors tracé en fonction des appréciations aux services rendus, toujours irrémédiablement jugés sous l'œil critique de sa belle-mère qui prenait un vil plaisir à le voir souffrir. Pour l'endurcir, se justifiait-elle, elle ne faisait que l'éduquer à la dure, pas de quoi casser trois pattes à un canard.

Shiomi Takumi n'avait aucune considération pour eux. Le fait qu'elle ne puisse pas simplement se débarrasser d'eux en les jetant à la porte, dans le but de préserver les apparences, soucieuse de l'image lisse et immuable qu'elle pouvait renvoyer, car il serait mal vu pour une femme de sa trempe de régner la descendance de son défunt époux, ne faisait qu'accentuer le mépris que lui inspirait les enfants issus de cette première union.

Elle n'avait jamais manqué une occasion de passer la moindre de ses frustrations sur eux. Plaçant indirectement son fils, de deux ans le cadet d'Iruka, sur un piédestal désormais inatteignable.

Le jeune homme avait cessé depuis longtemps de s'en émouvoir. De toute manière, il ne lui avait jamais demandé d'être autre chose que la femme que son père avait choisie pour remplacer sa mère. Si elle ne s'était pas accommodée à cet état de fait – qu'elle serait à jamais perçue comme une remplaçante -, et que leur administrer le même traitement qu'à des domestiques l'aidait à atténuer le feu de la jalousie qui brûlait en son intérieur, il ne pouvait rien faire pour elle. Même si elle s'évertuait à les aimer et à prendre soin d'eux comme elle le faisait pour Mizuki, Shiomi n'était pas sa mère et ne le serait jamais. Ce n'était que le reflet d'une réalité implacable. Elle l'avait habitué à bien trop de malheur, de mépris et d'indignité. Son cœur s'était depuis longtemps fermé au concept d'amour maternel. Si du jour au lendemain, elle tentait de se racheter une conscience en changeant d'attitude, il refuserait d'y croire.

Hayate essaya de le raisonner, n'aimant pas le voir dans des états de contrariété pareils. Son frère passait son temps à jouer ce rôle de garde-fou, sans doute celui qui supportait le mieux la situation, il était cette corde que quelqu'un lui lançait dans le vide pour l'empêcher de sombrer.

Puis lorsqu'il eut terminé ses travaux, Iruka sentit chaque muscle de son corps protester au moindre mouvement qu'il effectuait. La propriété était immense et les travaux d'entretien harassants. Elle comptait bien une dizaine de petites mains à son œuvre pour la faire resplendir jour après jour, mais la charge de travail n'en restait pas moins colossale.

Néanmoins habitué à cette chair percluse de courbatures, Iruka ne se plaignit pas, sachant pertinemment que cela serait comme pousser des cris dans le vide. Il retourna dans le grand salon, s'appliquant à se faire discret afin de ne recroiser personne.

Il parcourut du regard la pièce dont on distinguait à peine les recoins dans la lueur des dernières braises. Il s'agenouilla devant la cheminée et remarqua quelques bouts de papiers qui avaient échappé aux flammes. Son cœur se serra en contemplant les misérables restes de la lettre que sa mère avait écrite pour ses frères et lui. Shiomi avait fait vider le manoir de tout ce qui avait un jour appartenu à celle qu'elle considérait comme sa rivale et aujourd'hui, il ne restait plus aucune trace de son vécu. À tel point qu'on aurait pu douter de la présence un jour de Koharu entre ses murs ternis. Alors, ces quelques mots étaient tout ce qui lui restait de cette figure maternelle qu'il n'avait pas eu la chance de connaître, mais qu'il aimait tout de même plus que tout. C'était ce qui avait longtemps été l'unique preuve que quelqu'un dans ce monde ait eu un brin de considération pour lui.

Il avait fallu que Mizuki entre dans le taudis qui lui servait de chambre pour fouiller dans ses affaires. Les Esprits seuls savaient pourquoi son demi-frère s'acharnait autant à lui rendre la vie dure. Cette fois, cet imbécile avait cru qu'il s'agissait en réalité d'une quelconque correspondance avec un admirateur, simple d'esprit comme il était, il s'était senti investi de la mission de le confronter afin de connaître le destinateur de la pseudo-lettre d'amour.

Quel sot ! Iruka maudissait le jour où ils étaient entrés dans sa vie. Il avait fallu que son père touche cette femme…il avait fallu que Mizuki naisse !

Le jeune homme essuya avec rage la larme d'amertume qui roula sur sa joue, se fustigeant d'être toujours vulnérable au point où les mauvaises actions de son demi-frère réussissaient encore à le faire pleurer.

Il alla s'échouer sur la banquette, incapable de détacher son regard de ces fragments déchiquetés. C'était son seul soutien et l'aidait à supporter sa solitude, car ces derniers temps, il avait vécu en reclus, ruminant leur fin proche. Oui, de trop de vices, de trop de cruauté, auraient bientôt raison de sa famille, il en était persuadé. Bientôt, il ne resterait plus rien de ce que l'amour de ses parents avait jadis construit et tous seraient des spectateurs impuissants de cette fatalité orchestrée par leurs actions perfides.

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Lors de ses rares moments de temps libre, quand Iruka ne se faufilait pas dans la bibliothèque pour apprendre le plus de chose sur le monde extérieur à travers les ouvrages laissé par son père, il s'entraînait au maniement de l'épée avec Hayate.

Au départ, son frère avait été fortement réticent à l'idée de lui apprendre. Iruka s'était toujours senti profondément irrité devant la conception qu'il avait de lui. Certes, il n'était pas très grand en taille et le développement de ses muscles n'avait rien d'extraordinaire, mais dans un combat, cela ne faisait pas tout et il avait dû lutter à corps et à cris pour le lui faire entendre, essayant d'enlever l'image de grande fragilité qu'il renvoyait, ou plutôt que son frère se plaisait à voir en lui. Fort heureusement, après moult insistance, son ainé avait daigné lui accorder quelques minutes de son temps une fois par semaine pour lui inculquer des bases de combats.

Son choix ne s'était pas tout de suite porté sur l'épée, mais lorsqu'il s'était rendu compte que son apprentissage était loin d'être aussi aisé que ce qu'il n'y paraissait, il y avait pris goût. Son frère était un excellent instructeur. Cependant, il ne lui faisait jamais de cadeau, alors s'il faisait l'erreur de relâcher sa vigilance ne serait-ce qu'une fraction de seconde, il se retrouvait l'instant d'après à mordre la poussière. Néanmoins, Iruka avait appris à toujours se révéler, griser par la sensation d'évoluer à chaque défaite, cela avait peut-être même constitué à forger un peu plus son caractère revêche.

Aujourd'hui était légèrement différent des autres jours. En conséquence d'autres pénibles heures d'argumentation, Iruka avait fait promettre à son frère de mieux lui apprendre à contrôler sa magie. Hayate tirait tout ce qu'il savait directement de leur mère qui lui avait enseigné les fondamentaux.

Il s'était montré encore plus sceptique à l'idée de le transmettre à Iruka, compte tenu du fait qu'ils étaient dans une région très hostile aux personnes jugées dangereuses comme eux. Nul au village ne savait qu'ils n'étaient en réalité pas totalement Amalthée. Dame Shiomi s'était d'ailleurs appliquée à leur faire comprendre que cela devra rester à jamais le cas, sinon elle serait celle qui tendrait l'allumette du bûchée que l'on allumerait pour eux.

Pourtant, malgré tous les risques qu'il encourait, Iruka brûlait d'apprendre à mieux s'en servir. Il connaissait quelques détails instinctifs qu'il faisait sans vraiment réfléchir – il savait allumer du feu, soulever les feuilles, faire bouger l'eau -, mais il voulait savoir à quelle affinité de la nature il était lié. Son frère était lié à Kâ l'esprit du feu et à Ră l'esprit de la foudre. Sa sœur quant à elle, était rattachée à Dô l'esprit de la terre et à Sü l'esprit du l'eau. Pour sa part, il n'arrivait pas encore clairement à visualiser avec quel esprit il se sentait le plus proche. C'était dont la raison principale de ses entraînements.

Et puisqu'il s'alarmait qu'à son âge il ne parvenait pas à déterminer ses affinités, Hayate pour le rassurer avait émis l'hypothèse qu'il était éventuellement lié à plus de deux esprits, raison pour laquelle la confusion était encore aussi grande. C'était rare, mais pas impossible. Iruka était agité à l'idée de pouvoir maîtriser ses pouvoirs avec autant de dextérité que ses frères, même s'il serait obligé de les cacher au monde pour le restant de ses jours, afin que l'on ne découvre pas sa double nature magique et le caractère mêlé de son sang. Il l'utiliserait dans l'intimité de sa chambre si cela était nécessaire, il l'avait toujours fait, mais il avait également désespérément besoin de se rapprocher de cette autre culture qui lui tendait les bras. Plus il grandissait, et plus il se sentait incomplet de ne pas en savoir plus sur l'étendue de ses capacités. Hayate était le plus doué entre eux, malgré cela, le jeune homme était certain que s'ils avaient eu quelqu'un pour les encadrer, son ainé le serait encore plus.

Pour le moment, Iruka essayait de dompter les différentes énergies qu'il percevait. C'était comme si chaque esprit venait le visiter chacun à leur tour et qu'il ne parvenait pas à les retenir assez longtemps. À chaque fois, il se sentait un peu familier de Kâ et de Fū, l'esprit du vent, ce qu'il était très biscornu puisque ces deux esprits faisaient partie de deux pôles totalement contraires. Habituellement, on ne pouvait être attaché qu'à des esprits appartenant à la même extension ou alors une extension proche. Iruku était peut-être l'exception à la règle, quoi qu'il en fût, il s'entraînait sans relâche pour pouvoir percer tous les mystères que lui cachait sa seconde nature.

Sous les directives de son frère, il corrigea sa position. Un pied légèrement en avant par rapport à l'autre, il leva les paumes, ferma les yeux tout en essayant de faire le vide dans son esprit et de concentrer tout ce qu'il ressentait dans un point précis de son corps. La voix d'Hayate était rassurante, elle lui permit d'avoir plus confiance en ce qu'il faisait.

Seulement, alors qu'il s'apprêtait à libérer tout ce qu'il avait accumulé, Hayate l'interpella d'une voix alarmée.

Quelqu'un approchait.

À ces mots, son sang ne fit qu'un tour.

Il ne fallut pas bien longtemps aux deux jeunes hommes pour aviser l'air perpétuellement renfrogner de Tsubaki qui venait vers eux à grand pas. Iruka, les mains légèrement fébriles, frustré d'avoir dû s'interrompre alors qu'il sentait qu'il aurait pu faire un nouveau pas aujourd'hui, se pencha pour ramasser la barre de bois dont il se servait en guise d'épée.

- Madame te demande, Iruka, déclama le nouveau venu, jugeant leur air trop innocent d'un œil torve.

Iruka ne rata pas la lueur surprise et inquiète dans les yeux de son frère qui semblait se retenir de lui hurler : qu'as-tu encore fait ?

Iruka faillit se justifier, mais se souvint justement qu'il n'avait rien fait de susceptible d'énerver leur tumultueuse maîtresse de maison dans les vingt-quatre dernières heures. Le seul élément qui lui vint en mémoire fut son altercation avec Mizuki, mais il avait déjà été réprimandé arbitrairement pour cela, lui semblait-il.

Pour l'heure, il était plus inquiet des appréhensions de Tsubaki vis-à-vis d'eux. Jamais il ne les avait clairement vu user de ce qui ressemblait à de la magie. Il ne pouvait donc les inculpés de rien et se contentait de porter sur eux un regard rébarbatif et hostile.

- Tu sais ce qu'elle me veut ?

Tsubaki lui accorda une brève œillade, rétorquant ensuite dans le ton sec qui caractérisait sa locution:

- Tu le sauras bien assez tôt.

Iruka ne se fatiguait pas plus à essayer d'entretenir une conversation civilisée avec ce moralisateur puis se contenta de le suivre, non sans adresser un signe rassurant à son frère dont les sourcils s'étaient froncés de méfiance.

Ce n'était jamais bon qu'elle convoque directement l'un d'eux.

Une fois que Tsubaki l'abandonna devant les imposantes portes de l'ancien bureau de son père, aujourd'hui assiégé par sa marâtre, Iruka frappa trois coups secs avant d'entrebâiller la porte et d'y passer sa tête.

- Vous m'avez appelé…?

- Approche et assied-toi.

Elle lui présenta l'un des fauteuils en face du grand bureau en chêne d'un mouvement de la main.

Iruka esquissa un geste de protestation, car s'asseoir signifiait que la discussion allait être longue, et cette alternative ne l'enchantait guère. De plus, rester debout lui permettrait de garder un œil extérieur, donc neutre, à la situation.

Cependant, cette femme malgré tout le malaise qu'elle lui inspirait, était tout de même sa garante légale.

Il n'eut donc pas d'autres choix que de tirer la chaise qui racla désagréablement contre le sol et s'installa, l'intérieur de la joue meurtrie par ses dents, dans l'optique d'empêcher la flopée de jurons qui lui brûlait la langue depuis son arrivée dans cette pièce étouffante malgré sa grandeur.

- Je ne vais pas passer par quatre chemins, commença-t-elle en plantant ses yeux dans les siens. Il m'est de plus en plus pénible de devoir rattraper tes frasques et constamment être contrainte de couvrir ton mauvais comportement. Si tu ne te ranges pas, tu auras de sérieux problèmes avec moi.

Le jeune homme se retint de grimacer. Oscillant entre l'inquiétude et la suspicion. Il empêcha sa jambe droite de tressauter de nervosité, signe d'anxiété que des yeux aiguisés tels ceux de Shiomi ne manqueraient pas de relever.

L'idée ne lui vint même pas d'essayer de se défendre, elle avait déjà des idées bien arrêtées sur lui.

- Les mariages mixtes sont, curieusement, devenus à la mode ces derniers temps. J'aurai volontiers proposé Mizuki plutôt que toi, mais comme tu le sais, il est déjà promis à quelqu'un d'autre. Ton frère quant à lui à passer l'âge d'être digne d'intérêt. Et ta sœur n'a plus le privilège d'être pure. Il ne reste donc plus que toi, Iruka. Tu vas épouser le fils du chef du clan des Elfes du Nord, un très bon parti, très riche. Cette union hissera notre famille aux sommets.

Iruka fronça les sourcils, complètement démunit. Il devait bien avoir quelque chose qu'il pourrait dire, n'importe quoi, pour se soustraire de ces responsabilités dont il ne voulait pas.

- Je n'ai pas envie de me marier pour le moment. Je ne me sens pas prêt à assumer ce rôle auprès de qui que ce soit dans l'immédiat, dit-il, le plus calmement possible.

- Que te dit que tu as le choix ?

L'ironie dégoulinante de cette question fit serrer les dents d'Iruka. Cette vieille mégère le mettait aux défis de participer à un jeu truqué par ses soins.

- Vous n'avez pas le droit de…

- Du calme, du calme, l'interrompit-elle en levant une main. Je savais que tu allais réagir comme ça. Et c'est la raison pour laquelle j'aimerais que l'on marchande toi et moi. Si tu fais correctement tout ce que je te dirais de faire en échange, je libérerais ta sœur de ses engagements envers moi, je lui offrirais l'indépendance qu'elle souhaite tant. Réfléchis un peu, ce n'est pas dans ton intérêt de faire la dure tête. Tu épouseras cet Elfe, il saura t'éduquer comme il se doit et endiguer ton caractère volcanique. Un conjoint docile et aimant qui portera et élèvera ses enfants. Crois-le ou non, mais je sais que de ça au moins, tu en es capable.

Elle avait déjà tenté de lui présenter quelqu'un auparavant, une jeune fille pourtant bien sympathique avec qui le courant n'était pas du tout bien passé. À vrai dire, la simple perspective d'une union arrangée réussissait à le refroidir. Il avait cru que ce fiasco avait enfin dissuadé sa belle-mère sur les projets de mariage qu'elle entrevoyait pour lui.

Fort lui était de constater qu'il n'en était rien.

- Il n'est pas question que les événements de la dernière fois se reproduisent, le prévint-elle comme si elle avait lu dans ses pensées. Nos invités seront réellement importants, j'attends de toi une attitude hautement exemplaire. Sinon notre accord sera rompu, tu t'en doutes bien.

- Et Hayate ?

- Une chose à la fois, tempéra-t-elle. Prouve-moi déjà que tu es capable de respecter ta part du marché en ce qui concerne ta sœur.

Iruka plissa les yeux.

- Vous tiendrez parole ? Anko sera libre ?

- Elle pourra faire ce que bon lui semble, confirma-t-elle. Même se jeter dans les bras de cet…bref.

Visiblement, elle avait toujours en travers de la gorge qu'Anko entretienne, et ait consommé, une relation avec Ibiki, l'ancien charretier – directement renvoyé aussitôt que cette aventure fut découverte. L'interdiction de le voir n'avait nullement empêché sa sœur de continuer ses expéditions en cachette, véritable déveine pour Dame Shiomi. Une histoire qu'Iruka s'était abstenu de commenter jusqu'à présent, sachant parfaitement que cela pesait sur le cœur de la principale concernée. Mais voilà qu'il avait la possibilité de leur permettre d'être ensemble librement.

Pouvait-il réellement cracher sur cela ?

- Tu devrais t'estimer heureux, déclara-t-elle d'une voix fluette. Je t'ai trouvé une famille dans laquelle tu évolueras parmi les grands de ce monde. J'aurais pu me montrer moi magnanime et te réserver un tout autre sort.

- Bien entendu, siffla-t-il, le nez froncé. Votre bonté m'éblouit et me va droit au cœur. Je me retiens grandement de me jeter à vos pieds pour vous remercier de tout ce que vous faites pour moi.

- Allons, allons, ne soit pas si sarcastique.

Iruka grinça des dents. Il ne savait même pas ce qui le retenait de lui sauter à la gorge. Sans doute tout ce qu'il avait à digérer de manière bien trop décousue et constater que cette vielle folle avait déjà tout prévu ne l'aidait pas à garder son calme.

Il se leva sans chercher à cacher sa brusquerie sous l'œil guilleret de son interlocutrice. Puis d'un pas furieux, il se dirigea vers la porte qu'il ouvrit en grand. Seulement, la voix railleuse de Shiomi l'appela, le forçant à s'arrêter.

Iruka serra la poignée et se retourna si lentement qu'il sentit ses cervicales protestées.

- Le bal aura lieu dans deux jours, ne me déçoit pas, pense à ta sœur.

.

.

.

Iruka eut bien du mal à attendre la fin de leur journée pour faire un compte-rendu détaillé de cet entretien pour le moins harassant à Hayate.

Attablé autour d'un dîner dans l'alcôve aménagée comme salle à manger – sans doute l'unique moment de détente où il pouvait être avec ses frères sans qu'une tension constante ne crispe leurs épaules.

À peine eut-il terminé son récit que son ainé fit montre de ses insurgeassions.

- Tu n'aurais pas dû accepter !

Son regard le transperça avec une telle intensité que baisser les yeux lui apparut telle une ultime option.

- Ça ne me fait pas plaisir Hayate, murmura-t-il en capturant sa lèvre inférieure entre ses dents. Vraiment pas.

Il se sentait torturé et asservi, contraint de mettre de côté ses propres envies et l'impression que tous ses rêves, tout ce qu'il avait un jour espéré dans sa vie ne valait plus absolument rien.

- Rien ne te dit qu'elle le fera réellement, en plus. Cette femme est dénuée de scrupules. Elle a de la glace dans les veines! Aurais-tu oublié ?

- Évidemment que non.

Même s'il le voulait, son corps ne pourrait pas négliger les mauvais traitements qu'elle lui infligeait en le faisant travailler jour après jour comme un forcené. Toutefois, il se devait de ne pas laisser filer une telle opportunité. S'il existait une seule chance, aussi infime soit-elle, pour que l'un d'eux puisse être libérer de son influence sans subir de terribles répercussions, il devait la saisir.

Shiomi lui avait laissé croire qu'il avait le choix, mais il n'était pas sans ignorer toutes ses paroles sibyllines et ses regards appuyés. Le jeune homme s'était senti piégé, écrasé, par le poids qu'elle avait déposé sur ses épaules sans son accord. Ce n'était pas son problème avec l'autorité, comme ses frères l'accusaient bien souvent, clairement, il n'aimait pas être obligé de se montrer inférieur aux autres. Or, à présent, les enjeux différaient complètement. Il s'agissait de sa sœur, sa famille, tout ce qu'il lui restait au monde. Même les actes les plus dérisoires, s'ils servaient les intérêts de ceux qui lui étaient chers, étaient nécessaires.

En outre, Anko le méritait largement. Elle avait passé toute sa vie à prendre soin de lui, à essayer de combler le vide qui était depuis toujours logé dans son cœur, l'absence de leur mère lui étant irrémédiablement apparue comme une déchirure, quelque chose qui ne se refermera jamais. Si sa grande sœur n'avait pas été là pour endiguer ses peines et chasser les démons de ses cauchemars, cachant tout de ses propres blessures, la douleur aurait été bien plus vive, bien plus forte, qu'elle ne l'était maintenant. Ses sentiments allaient bien au-delà de la reconnaissance.

Il comprenait les doutes et les questionnements de son frère, mais il refusa d'y faire écho et baissa une nouvelle fois les yeux vers ses mains jointes sur ses cuisses pour fuir l'intensité de ses prunelles inquisitrices.

La peur serrait sa gorge et l'avenir incertain qui lui tendait les bras le tailladait de terreur, mais sa décision était prise. Ne restait plus qu'à son frère de l'accepter.

- Tout ce que je veux, c'est vous protégez, tenta-t-il de lui expliquer.

Hayate s'enhardit, frappant la table en bois qui les séparait de son poing chargé de frustration.

- Tu n'as pas à le faire ! explosa-t-il. Tu es le plus jeune de nous trois, Iruka. C'est moi l'ainé, c'est à moi de vous protéger !

La colère qui transparaissait dans chacune de ses paroles comprima le cœur d'Iruka. Son frère avait toujours été si impliqué envers eux, si volontaire.

Ça aurait dû être lui qui devait hériter des possessions de leur père. Si leur belle-mère dans un accès d'égoïsme et de cupidité n'avait pas profité de la faiblesse d'Ikkaku peu avant sa mort pour changer les termes d'ascendance dans son testament et sans même prendre le souci de s'en cacher, ce serait Hayate qui aujourd'hui, aurait la tête de la gestion du manoir et des quelques autres biens. Au lieu de ça, il se retrouvait dans une position d'impuissance insupportable dans laquelle il était forcé de regarder ses cadets évolués dans une vie contraire à leur aspiration. Obligé de se taire, de subir et ne jamais rien montrer de ses douleurs et de son chagrin. Aucun d'eux n'osait véritablement se plaindre pourtant, Iruka savait à quel point cette condition lui pesait et qu'il souffrait de ne rien pouvoir faire pour eux.

- Je suis celui qu'elle juge le moins conciliant. Se débarrasser de moi revient à s'enlever une grosse épine du pied. Je me dois de jouer de l'avantage qu'elle me considère comme une menace. Elle ne peut pas nous dégager n'importe comment. Elle a besoin d'être bien vu par les contribuables de la famille. Sa gracieuse image de bienfaitrice qui a la grandeur d'âme de s'occuper des enfants de sa rivale décédée lui tient bien trop à cœur. Mais tu sais bien que malgré ça, jamais elle n'acceptera de nous laisser vivre notre vie comme nous l'entendons. Elle nous hait bien trop pour cela. Alors…il faut que je le fasse.

- Je sais, consentit à admettre Hayate. C'est juste que ce que cela te contraint à faire me laisse un goût âcre dans la bouche. Tu n'as que dix-huit ans, tu es si jeune…tu ne devrais pas avoir à vivre une situation pareille.

- Ne dis rien à Anko s'il te plaît, je ne veux pas qu'elle se mette dans la tête de m'être redevable ou une connerie du genre.

- Tu vas gâcher ta vie pour elle.

Il haussa négligemment les épaules, une expression dénuée de toute émotion inscrite sur son visage encore légèrement poupin.

- Nos vies sont déjà pourries de toute manière, Hayate.

Le plus âgé allait répliquer, mais fut interrompu par le grincement de la porte qui s'ouvrit quelques secondes plus tard sur la cadette de la fratrie.

Anko nota l'ambiance tendue en s'installant aux côtés du benjamin, son assiette de soupe encore légèrement fumante, trahissait son récent passage aux cuisines des domestiques.

- Qu'est-ce ce qui se passe ici ? demanda-t-elle en s'adressant à leur grand-frère.

Iruka qui avait presque tenté de se rendre invisible tellement il rentrait la tête dans les épaules, implora ce dernier du regard, l'enjoignant muettement à passer sous silence tout ce qui avait été dit. Savoir que sa sœur se sentirait coupable – pire, essayerait de le dissuader -, lui était insupportable et ne l'aiderait pas à aller au bout de ses décisions.

- Rien, lâcha finalement Hayate, tandis que le jeune homme sentait le soulagement l'envahir. On discute, c'est tout.

Iruka surprit dans le regard triste de son ainé toute l'affliction que cela lui procurait et ne lui en fut que plus reconnaissait.

- Ouais, pas grand-chose, quelques broutilles, ajouta-t-il, l'air de rien.

Si Anko n'en crut pas un mot, elle n'en montra rien.

Ce fut donc passablement soulagé qu'il se remît à manger sans grand enthousiasme. Chaque nouvelle cuillerée se succédait à sa bouche, mais ses prunelles, perdues dans le vide, laissaient bien deviner qu'il était à mille lieux de là.

Bien des minutes plus tard, c'est la voix hésitante de sa sœur qui le sortit de ses divagations morbides.

- À ce propos, Dame Shiomi m'a fait appeler cette après-midi…

À ces mots, Iruka se tourna vers elle, l'estomac en pagaille. Durant l'espace d'une seconde, il eut l'impression de littéralement se regarder mourir à travers les pupilles de sa sœur.

- Elle m'a demandé de t'aider à t'habiller pour la fête qu'elle organise…tu sais, pour tes fiançailles, termina-t-elle après ce qui parut à Iruka durer une éternité.

Il se retint d'ailleurs de porter sa main à sa poitrine en vue de calmer les battements effrénés de son cœur. Il avait bien cru que Shiomi la lui avait mise à l'envers, ce qui en toute honnêteté ne l'aurait pas tant surpris. Un coup d'œil à Hayate lui apprit qu'il n'en pensait pas moins.

- Ah…d'accord.

Sa voix ressemblait plus justement à une sorte de croassement inintelligible, aussi se racla-t-il subtilement la gorge.

- Pourquoi tu me regardes avec ces yeux de merlans frits ?

La jeune femme haussa les épaules.

- Je m'attendais à ce que tu hurles, profères des menaces de mort, pleures ou casses quelques trucs, mais tu as accueilli la nouvelle…relativement bien.

Le jeune homme se figea, la bouche à moitié ouverte. Son bras suspendu en l'air, tout au bout, son couvert qu'il laissa retomber et qui atterrît dans un tintement sonore.

- C'est vraiment cette image-là que vous avez de moi ?

Il haussa un sourcil circonspect et se tourna vers son frère qui tentait de faire passer ses ricanements pour une subite quinte de toux.

- Tu as ton caractère, Iruka, dit-il après avoir avalé une gorgée d'eau.

- Ne le prends pas mal, ajouta Anko.

Le concerné fronça les sourcils, les lèvres pincées.

- Je vais me coucher, lâcha-t-il, sèchement. Je suis fatigué, bonne nuit.

Anko avait tort. Il n'acceptait pas du tout bien la nouvelle.

Ses frères essayèrent de le retenir, voyant parfaitement qu'il était vexé, mais le benjamin ne leur accorda plus un regard et sorti sans un mot en claquant la porte aussi fermement que son poids le lui permit.

.

.

.

- Oh, je t'en prie Iruka, mets-y un peu du tien !

Le jeune homme réprima un soupir las.

Les réprimandes d'Anko sonnaient à ses oreilles avec tant de force qu'ils lui rappelaient les échos renvoyés par les volcans.

Or, son visage jusque-là impassible trahissait les efforts vains que sa sœur fournissait à le résonner.

Parce que, en vérité…pourquoi ferait-il une chose pareille ?

Il avait déjà accepté de se sacrifier. Accepter que sa vie et son libre-arbitreprendraient fin. Accepter de donner une chance à l'un d'entre eux.

Et il fallait en plus qu'il y mette du sien ?

- Je refuse de porter ça, resta-t-il camper sur ses positions. Même les pagnes et les tissus excentriques des Fées sont moins ridicules à côté.

Ses mains se perdaient dans tout cet amalgame d'étoffes et de lingerie. C'était à peine si sa belle-mère ne cherchait pas le travestir. Ou pire, le transformer en un clone ridicule de son fils. Car évidemment, c'était elle qui avait eu la fabuleuse idée de fournir à Anko tout ce ramassis de froufrou qu'elle se plaisait à nommer vêtements et lorsque, le matin même, elle était venue le réveiller les bras chargés de tout ce bric-à-brac, Iruka aurait voulu se fondre dans ses couvertures et disparaître.

À travers le tout nouveau miroir à pied qu'on avait fait installer dans sa chambre rien que pour l'occasion, il croisa le regard aussi déterminé que le sien de son ainée, néanmoins parsemé de quelques relents de fatigue.

- Iruka, nous sommes chez des Amalthées, ici. Et parle moins fort, tu sais bien que si Dame Shiomi t'en entendait parler…

Elle préféra laisser sa phrase en suspens, ne voulant même pas imaginer dans quelle colère noire entrerait la maîtresse de maison qui méprisait tout ce qui avait trait de près ou de loin aux Fées et à leur magie.

Pour sa part, Irula trouvait grotesque le fait que sa sœur, influencée par cette menace, n'arrive même plus à prononcer ce mot.

Le maquillage passait encore, il ne faisait que ressortir les traits de son visage sans pour autant le transformer en ce qu'il n'était pas. Assez sophistiqué pour qu'il le trouve attrayant, mais ce corset qui lui comprimait la poitrine et lui lacerait le dos, c'était hors de question qu'il le supporte toute une soirée.

Puis au moment où sa styliste attitrée tira durement sur sa queue-de-cheval pour le forcer à redresser la tête, il n'en put plus de se retenir d'exploser.

- Je n'arrive pas à croire qu'elle essaye de me transformer en fille et que ça ne te fasse absolument rien !

- Elle n'essaye pas te transformer en fille! riposta Anko en lui fourrant d'autorité un autre attirail de torture entre les mains.

Les dents serrées de fureur, il la foudroya du regard.

Dans quel foutu camp était-elle ?

Depuis qu'il avait atteint l'âge de pouvoir être vendu – il ne voyait pas d'autre mot à cela -, sa marâtre en jouait. Non seulement, elle s'était mise en tête de se débarrasser de lui en le piégeant dans une union qu'il ne souhaitait pas et l'avait en plus fait passer par tous les déguisements imaginables.

Il avait hérité de la part Amalthée de son ADN, la particularité biologique d'être morphologiquement doté d'attributs à la fois masculin et féminin. Les Amalthées, étant donc hermaphrodites, n'avaient pas de classification de genre à proprement parler, même s'ils possédaient ce que l'on appelait un caractère dominant et récessif. De cette façon, les individus de caractère dominant mâle et récessif femelle, détenaient en plus de tous les caractéristiques masculines, une sensibilité mammaire plus élevée, un utérus et la capacité de porter des enfants.

C'était le cas de figure d'Iruka. Et pour cette raison, Shiomi à défaut de se préoccuper de lui, n'avait aperçu que l'opportunité de tirer un bénéfice quelconque d'une future union.

L'identité sexuelle était très ambiguë dans les premières années de la vie. Et ce ne fut d'ailleurs qu'à l'âge de six ans que le sexe masculin fut déterminé comme prédominant chez Iruka, afin qu'il puisse être genré. Ce qui était relativement tard compte tenu du fait que les enfants Amalthées présentaient leur genre dominant entre deux ou trois ans. Le sang-mêlé d'Iruka et sa double espèce étaient un facteur trouble qui le rendait légèrement différent de ses pairs.

Et si on les méprisait pour cela, ils fascinaient également pour la même raison.

Le double genre dont sa nature lui imposant avait toujours placé Iruka dans une position incertaine. Il lui arrivait même parfois d'envier la position de ses frères, qui vivaient avec ce double genre sans la moindre inquiétude, comme la plupart des Amalthées. Iruka lui, avait peur de découvrir jusqu'où son corps pouvait être poussé. À vrai dire, il avait toujours un peu exécré cette partie de lui-même. C'était la seule longueur d'avance que Mizuki avait, même si c'était difficile à reconnaître, son demi-frère aurait été capable de mettre n'importe qui à ses pieds par le simple fait qu'il était à l'aise dans son corps.

- Nous sommes des hermaphrodites Iruka, reprit Anko d'une voix calme. Elle veut simplement que tu sois sous ton meilleur jour afin de…

- Anko, la coupa-t-il. Cela me blesse profondément que tu soutiennes ses méthodes. Tant qu'à me marier, autant me laisser être moi-même et pas tantôt me faire passer pour un néandertalien ou au contraire une princesse de jouvence.

Il n'était pas soit l'un soit l'autre. Peut-être au fond de lui se sentait-il plus garçon que fille, de par son apparence extérieure, son nom, mais fondamentalement, il savait qu'il ne pourrait jamais choisir.

Il était les deux à la fois.

C'était pour cela qu'il détestait cette partie de lui. Il maudissait le ciel de l'avoir fait naître Amalthée.

Le monde se sentait obligé de les enfermerdans un genre.

Il se sentait honteux de se sentir aussi…honteux. C'était difficile à exprimer, mais parfois, souvent même, il rêvait d'une meilleure vie. Où il n'aurait pas été une Fée-Chimère obligée de cacher ses pouvoirs pour ne pas se présenter comme une menace.

Que penserait sa mère, d'où elle était, si elle savait qu'il avait ce genre de pensées ? Sans doute, serait-elle dévastée. Comment lui expliquer qu'il ne rejetait pas sa nature, mais qu'il poursuivait seulement un rêve qui l'habitait depuis toujours et qui refusait de mourir ?

Capturant sa lèvre inférieure entre ses dents, il baissa les yeux.

Sa voix se fit aussi légère qu'une brise matinale.

- De temps à autre, je n'aimerais être rien. Ni Fée, ni Amalthée, ni Chimère. J'aimerais juste être…moi…

Iruka releva la tête pour contempler son reflet dans la glace. C'était toujours ses mêmes cheveux brun clair, ses yeux de biche, ses lèvres pleines, la même cicatrice qui lui barrait le nez. La silhouette qui lui faisait face n'était pas si différente, bien que cachée sous toutes ses couches de toiles ostensoires. Toutefois, il ne reconnut pas la personne qu'il y vit.

Qui était-il réellement ?

Pourquoi sa poitrine lui faisait tant souffrir face à cette image à qui il savait ne pas correspondre ?

Qu'est-ce qu'il était à la fin ?

- …mais je me rends compte que je ne sais même pas qui je suis.

Sa gorge se noua face à ce constat qui lui apparut comme une éclaboussure.

- Ce que Dame Shiomi attend de moi, c'est que je passe le reste de ma vie à jouer le rôle de poule pondeuse. Et si en passant elle peut me rabaisser et se servir de moi pour ses intérêts personnels, ce n'en ait que plus mieux, adjoignit-il, hargneusement.

- Les Amalthées aussi étaient souvent marginalisés et traités comme des moins-que-rien. Mais ce sera toujours moins que les Fées, Iruka.

Il eut un rire sans joie à cette déclaration. Si c'était là sa manière de le consoler, elle s'y prenait mal.

- Peut-être qu'il te traitera bien et que tu finiras par te sentir à l'aise dans cette union ! s'exclama Anko en prenant ses mains dans les siennes. Peut-être que c'est là que se trouve la clé de ton bonheur. Ne ferme pas ton cœur, Denetiti.

Iruka sourit tristement à l'emploi de ce surnom d'enfance.

- Vas-tu redescendre sur terre ?

Le jeune homme se défit de sa poigne, sans doute avec plus de virulence qu'il ne l'aurait voulu, face au regard étonné de sa grande sœur qui le fixait comme si des ailes venaient de lui pousser dans le dos.

Anko était trop optimiste, trop rêveuse. Tout ce qu'il ne supportait plus. Il n'avait pas besoin d'être bercé d'illusions sur une soi-disant fin heureuse à cette histoire sans queue ni tête.

- Où crois-tu que nous sommes, dans un conte pour enfant ? Jamais je n'aimerais quelqu'un je n'aurais pas choisi. Je n'ai pas besoin qu'on s'occupe de moi, je n'ai pas besoin d'une femme ou même d'un mari! J'aimerais juste pouvoir vivre ma vie, est-ce trop demander ?

Il n'avait jamais été question d'amour. Il s'agissait d'une union de connivence établie sur un échange de bons procédés. Que pouvait-on construire de vrai à partir de ça ? Certainement pas une relation amoureuse.

- Qui y a-t-il de plus important que l'amour ? persista la jeune femme.

Iruka sentit sa trachée s'assécher. L'amour faisait tellement plus de mal que de bien. Alors il n'en voulait pas, il en avait assez de souffrir.

- L'oppression des peuples ? La marginalisation ? La famine dans le monde ? énuméra-t-il, perclus de sarcasme.

Il ne voulait pas d'une vie d'artifice qui le condamnerait à patauger dans le mensonge et dans la douleur de ne pas se savoir aimé, forcé à mettre au monde un enfant après l'autre, année après année. Les Esprits lui pardonnent ce péché d'orgueil : il ne voulait pas d'une existence ordinaire où ses rêves de reconnaissance ne seraient à jamais que des rêves, justement.

Des rêves irréalisables.

- Tu n'as jamais eu l'impression que l'existence que tu menais n'était pas assez bien pour toi ? Que tu évolues chaque jour dans une réalité qui n'est pas la tienne, sans avoir d'autres choix que de subir, avancer, sans rien laisser paraître de tes doutes ou tes aspirations. En faisant semblant de te complaire dans cette vie que tu mènes et qui ne te convient pas, mais que quelque part…au fond de toi, tu aspires à bien plus ? Je pourrais me résigner et accepter ce mariage sans broncher. Je pourrais même essayer de donner une chance à la vie qui m'attend et ne plus rêver d'un futur qui paraît inaccessible. Je pourrais considérer que l'amour n'est pas qu'une utopie et qu'au bout de ce chemin, il me tend les bras. Oui, je pourrais faire tout ça. Je pourrais, Anko. Mais est-ce ce que je veux ?

Pourquoi avaient-ils ces pouvoirs dans ce cas? Pourquoi avoir hérité de la volonté des Cinq Esprits si c'était pour rester ici à servir de faire-valoir ?

Pourquoi sentait-il Sü couler dans ses veines, Kâ crépiter dans son cœur, Dô forger les barrières de son caractère, Ră éclairer et affûter son esprit, Fū faire s'envoler les derniers résidus de ses appréhensions et les porter très loin avec le souffle du vent ?

- Si maman était toujours en vie, en aucun cas, elle n'aurait accepté ça. Jamais elle n'aurait laissé qui que ce soit nous faire du mal !

Elle ne l'aurait pas non plus obligé à se marier. Il savait qu'elle l'aurait laissé suivre son propre chemin, peu importe ce qu'il aurait décidé d'entreprendre.

La respiration courte, les joues et yeux rouges, ses poings tremblants, Iruka était au bord des larmes. Se disputer avec sa sœur n'était pas ce qu'il aimait le plus faire. Cependant, leurs avis étaient souvent bien trop divergents. Elle-même paraissait lasse de tenter de lui faire voir les choses sous un meilleur jour. Elle se contenta alors d'aller s'installer sur son lit pour replier toutes les affaires qu'ils avaient déballées.

- C'est vrai, lâcha-t-elle quelques minutes plus tard. Si maman était encore là, nous ne mènerions sans doute pas cette vie. Mais elle n'est plus là, la situation a changé et nous devons changer avec elle.

Iruka resta figé devant elle. Il ne voulait plus bouger, ni parler, ni respirer, ni même abaisser une paupière.

- La vérité, c'est que maman est morte et tu en veux au monde entier.

Il ignorait ce qui venait d'exploser en lui, mais il eut l'impression d'étouffer.

Car c'était vrai. Tout était vrai.

Il n'avait plus la force de vivre pour lui-même, il n'avait plus la force d'avancer. Au fond de lui, jamais il n'avait réussi à faire son deuil.

- Il serait peut-être temps que tu l'acceptes et que tu te libères de son souvenir, que tu avances et que tu vives dans les circonstances actuelles. Cesse de te perdre dans tes rêves, ils ne construiront pas ton avenir à ta place. Quant à maman…elle me manque autant que toi, mais elle est morte, Iruka. Plus tôt, tu l'auras admis, mieux ce sera.

Toujours plongé dans son mutisme, il enleva son corset, se rhabilla de ses vêtements habituels et sortit de la pièce en courant.

Anko n'esquissa pas le moindre geste pour le retenir. Tant mieux.

Elle était peut-être morte, mais elle était toujours là.

Même une fois parvenu dans la cour, il refusa de ralentir et quitta la demeure sans un regard en arrière avec l'impression de sentir un poids s'alléger dans sa poitrine. Il aurait voulu avoir le courage de ne jamais revenir.

Il parvint finalement au village, essoufflé, mais nettement moins contrarier. Puis laissa son corps l'entraîner à l'intérieur d'un modeste cottage. De l'extérieur, il ne payait pas de mine, et on pouvait se demander par quel miracle il tenait encore debout pourtant, la Fée-Chimère s'y sentait plus chez elle que dans les dédales de couloirs du manoir de son père.

La gérante était une amie de sa mère – une des rares qu'elle ait pu se faire dans ce village -, et qui avait toujours eu beaucoup d'affection pour lui, raison pour laquelle il lui avait toujours paru légitime de venir s'y réfugier lorsqu'il n'en pouvait plus de Shiomi Takumi, de sa vie dans ce manoir, de ses frères…lorsqu'il n'en pouvait plus, tout simplement.

Il était certain d'y trouver un coin tranquille pour se remettre de ses émotions fortes, parfois après avoir dégusté un plat fait maison, exprès pour lui.

Le fils des propriétaires, Darui, était un ami d'enfance avec qui il avait pratiquement grandi.

Et lorsque celui-ci vint lui lancer des piques, comme bien souvent, Iruka lui jeta un regard noir avant de soupirer de lassitude.

- Ce n'est pas réellement le jour où il faut me chercher, Darui.

- Ah oui ? T'as besoin de te défouler ? se moqua son vis-à-vis.

Iruka essaya de le chasser sans grande conviction, puis se laissa finalement prendre au jeu.

- Très bien, mais ne vient pas pleurer.

Il se leva de son siège pour le suivre dans la cour arrière de la petite maison, se sentant tout d'un coup fébrile. Il était toujours excité à la perspective d'un combat, même s'il était amical. Puis c'était exactement ce dont il avait besoin en ce moment.

De plus, Darui était un excellent adversaire. Il était puissant et chacun de ses coups faisait trembler tous ses os. Seulement sa carrure impressionnante le ralentissait dans ses mouvements. Là où Iruka savait en jouer grâce à son agilité. Ses coups créaient certes moins de dégâts, cependant, il arrivait à le toucher plus de fois que lui et esquivait sans mal ses assauts.

L'adrénaline qui courrait dans ses veines à la perspective de gagner lui fit presque oublier tous les problèmes qui l'attendaient une fois de retour chez lui. Ce fut presque avec peine qu'il faucha les jambes de Darui, signant ainsi la fin du combat. Une victoire qui ne le ravit pas autant que cela aurait dû.

Néanmoins, il reprit ses esprits avant que son opposant ne le remarque.

- Le jour où tu me battras, je veux bien devenir ton esclave pour toute la vie, le nargua-t-il en posant ses mains sur ses hanches.

Darui ricana, acceptant l'aide qu'il lui offrit pour se relever.

Seulement, au lieu de la lâcher une fois sur ses deux pieds, il garda la main d'Iruka dans la sienne.

- Et si tu devenais autre chose ? demanda-t-il d'une voix profonde.

Iruka fronça les sourcils.

- Quoi ? Comment ça ?

Ensuite, il déglutit. Son sixième sens lui disait qu'il n'apprécierait certainement pas la suite.

- Si je parviens à te battre un jour, accepterais-tu de m'épouser ?

D'un seul coup, Iruka devint aussi raide et dénué de vie qu'une poupée de bois.

Il choisit de partir dans un grand éclat de rire une fois le choc passé, certain que c'était une autre de ses plaisanteries. Son hilarité mourut bien vite au fond de sa gorge lorsqu'il se rendit compte que Darui ne le suivait pas.

Au contraire, son ami d'enfance paraissait diablement sérieux.

D'instinct, il put sentir la panique le submerger telle une mer déchaînée.

- Qu'est-ce qui te prends, Darui ? croassa-t-il. Tu es tombé sur la tête ? Depuis quand t'as ce genre de…sentiments pour moi ?

- Depuis toujours, depuis la première fois qu'on s'est vu. Je me souviens de notre première rencontre comme si c'était hier. Toi et ton apparence peu amène extérieure qui cache pourtant un très grand cœur. J'aime tout de toi, Iruka, absolument tout.

Iruka n'en crut pas ses oreilles. Qu'était-il censé répliquer à cela ?

Lui qui avait toujours à dire, c'était bien la première fois de sa vie qu'il était aussi bouche bée.

Comment avait-il fait pour ne pas le remarquer ? Il y avait forcément eu des signes. Il aurait dû le deviner plutôt. Même si honnêtement, cela n'aurait pas arrangé les choses. C'était la première fois que quelqu'un lui faisait une telle déclaration de but en blanc et il ne savait pas du tout comment réagir.

Depuis toujours, Iruka savait que s'il pouvait être attiré par n'importe qui, il avec une nette préférence pour les hommes. Il n'était jamais tombé amoureux et n'avait jamais eu de relation amoureuse non plus, mais il connaissait très nettement le genre de type qui pourrait lui plaire.

Et ce n'était pas Darui.

D'accord, il était mignon et gentil. C'était une personne fiable sur laquelle il pourrait compter dans le besoin seulement, Darui était presque comme un frère pour lui. Il ne l'avait jamais vu de cette manière et n'aurait pas imaginé non plus qu'il puisse éprouver ce genre de tendresse-là envers lui.

- Écoute, je euh…je dois rentrer, mes frères m'attendent. Remercie tes parents de ma part !

- Iruka, attend !

- Je suis vraiment désolé, Darui.

Sans lui laisser la moindre occasion de l'en empêcher, Iruka s'enfuit en courant, les joues en feu.

Comment un moment aussi apaisant avait pu se transformer en une situation aussi gênante ?

Existait-il un sort pour oublier à jamais la douleur qu'il avait lue dans le regard de Darui lorsqu'il avait compris qu'il ne l'aimait pas en retour ?

Il faudra qu'il pense à demander à Hayate.

Parce qu'il ne voulait plus jamais s'en souvenir.

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Lorsqu'il atteignit l'arche arrondie qui menait au salon de réception, Iruka prit une profonde inspiration pour se donner le courage d'endurer la soirée qui s'annonçait.

Plutôt dans la soirée, il était enfin parvenu à un arrangement avec Anko et portait un pantalon suprêmement bien coupé ainsi qu'une redingote bleu sombre qui accentuait la minceur de sa taille et la rondeur de ses épaules. Un assemblage dont, lorsqu'il s'était minutieusement étudié à travers son miroir, il s'était surpris à apprécier. La dernière fois qu'il avait pris la peine de s'apprêter autant, on descendait le cercueil en verre de sa mère dans les entrailles de la terre.

Sa longue chevelure d'un brun légèrement clair avait été peignée, brocher et s'épanouissait à présent sur sa poitrine et ses épaules en de belles boucles aux reflets cuivrés. Une barrette dorée retenait quelques mèches filandreuses et dégageait son visage. La nervosité avait coloré ses joues de rouges qui couplée à son teint halé, formait un magnifique contraste. L'éclat noisette de son regard était rehaussé par un vigoureux trait de khôl et les accessoires, simples et discrets, que sa sœur lui avait choisi terminait d'apporter une prestance nouvelle à son apparence.

Malgré cela, c'était mal parti. À peine eut-il fait un pas qu'il eut le sentiment d'avoir des projecteurs braqués sur lui. S'il n'était pas si impeccablement coiffé et vêtu, il se serait sans doute liquéfié de gêne à l'heure actuelle.

Le jeune homme sentit ses mains s'humidifier, son cœur battre fort dans sa poitrine, comme à chaque fois qu'il commençait à paniquer.

Faisant fi de son affolement, il puisa dans toute sa force de caractère pour garder la tête froide.

Qu'avait dit Anko déjà ? Ah oui…

Sois naturel.

Souris.

Comporte-toi comme si le monde t'appartenait.

Le moment de vérité était arrivé. D'un regard, on pouvait le transpercer et le voir tel qu'il était en réalité, avec ses mauvaises mimiques et ses mains rêches de domestique. Lui qui avait toujours brûlé d'appartenir à ce cercle dont on l'avait injustement éjecté, le voilà qui s'y retrouvait cruellement jeté, dédaignant la classe des inférieures, ceux que l'on ne prenait même pas la peine de voir.

Il marqua une pause et scruta la foule en quête d'un quelconque visage familier. Le nez levé à la façon d'un chien de chasse flairant du gibier, il distingua bon nombre d'hôtes plus prestigieux les uns que les autres. Cela allait sans dire, Dame Shiomi savait faire les choses en grand, lorsqu'elle le souhaitait. Iruka avait à peine reconnu les lieux, lui qui les astiquait dans ses moindres recoins depuis des années. Tout ce nouveau luxe et cette raffinerie le perturbaient.

Quand il aperçut la silhouette de ses frères postés dans un coin reculé de la salle, le soulagement l'envahit. Il se dirigea vers le mur le plus proche, en vue de le raser et ainsi de passer le plus inaperçu possible, mais fâcheusement, un obstacle se plaça sans prévenir sur sa route.

Jumonji, le fiancé de Mizuki, venait de lui barrer la route. Une coupe de champagne pleine à la main, il le toisa de haut en bas.

Iruka retint un juron. Il ne manquait plus que lui pour que cette soirée se transforme en véritable cauchemar.

De plus, la manière dont il le contemplait – tel si le voyait pour la première fois - l'irrita au plus haut point. Il se fit violence pour ne pas frissonner devant son sourire charmeur.

- Iruka, quel plaisir de te revoir, vraiment.

Froidement, il lui répondit d'un hochement de tête, coupant court à ces hypocrisies.

De longues minutes, ils restèrent planter face à face à se regarder en chiens de faïence. Jusqu'à ce que Jumonji décide de briser leur joute silencieuse :

- Si tu n'étais pas seulement le beau-fils de Dame Shiomi, dit-il dans un soupir nostalgique, j'aurais pu avoir le pouvoir et l'amour.

Iruka ne s'étonna guère de l'ordre dans lequel il avait placé ses priorités. La recherche effrénée et assidue d'un tant soit peu de reconnaissance avait toujours dicter la moindre action du jeune homme, depuis le malheureux temps qu'il le côtoyait.

II avait le malheur de redécouvrir cette facette assez déplaisante chez Jumonji Satori. Son expression de prédateur sous ses manières policées le mettait extrêmement mal à l'aise.

- Tu vas épouser mon demi-frère dans quelques mois à peine et tu oses tenir ce genre de discours, l'accusa-t-il en forçant le nez, dégoûté. Tu es vraiment répugnant.

Son potentiel avait été retenu, sa persévérance louée et il ne comptait plus le nombre de fois qu'il avait entendu les gens lui dire si seulement il n'était pas que le beau-fils.

Oui, il aurait pu aller loin, dans d'autres circonstances.

Cela l'avait indiscutablement mis à l'écart, or cette position n'était aucunement dictée par sa volonté. Il n'avait point choisi le jour où les circonstances de sa naissance, il lui avait toujours semblé que tout le monde savait faire cette différence entre Mizuki et lui.

Iruka ferma les yeux quelques secondes, assaillit de souvenirs d'un autre temps. Des actes jugés discutables lui apparaissaient sous forme de flash. Il en gardait encore des séquelles psychologiques, ses traumatismes d'enfance nourris par un Mizuki s'amusant à fracasser joyeusement ses jouets, réduire en miettes ses affaires, cachéses manuels, allant même jusqu'à le pousser dans les escaliers, une fois. Tout en prenant pour appuis le désintérêt total de sa mère envers Iruka qu'elle traitait avec moins de considération qu'une immondice.

Au-delà de la fatigue corporelle, c'était celle émotionnelle qui finirait par avoir raison de lui. Il ne percevait qu'en cela une énième manière de lui rappeler sa place. Les gens ne voyaient pas en lui ce qu'il était, ils ne voyaient que ce qu'il aurait pu devenir, comme si son existence actuelle ne valait même pas une grappe de raisin. Néanmoins, il refusa de laisser transparaître son affliction, surtout devant pareil interlocuteur.

Qui déjà, reprenait le fil de ses divagations insensées.

- Je suis surtout le futur propriétaire de cette charmante demeure, déclara-t-il en laissant échapper un ricanement. Les biens que j'acquerrai après mon mariage avec Mizuki ne sont que ne le début de l'immense fortune que j'amasserais. Je l'ai toujours su, je suis promis à un grand avenir.

La Fée-Chimère croisa les bras sur sa poitrine et le darda d'un regard non-avare de mépris.

- Devoir passer le reste de ta vie avec quelqu'un que tu n'aimes pas dans l'unique but de satisfaire tes ambitions démesurées…effectivement, quel avenir grandiloquent tu as, souligna le jeune homme, sarcastique.

La boutade fit mouche, puisque le visage de son futur beau-frère se déforma de hargne. Il sembla puiser dans tout son savoir-vivre pour ne pas lui sauter à la gorge. Iruka s'en amusa en souriant moqueusement, satisfait d'avoir pu ébranler cet amas d'ego et d'orgueil qui constituait la quasi-totalité de sa personne.

- Je ne m'attends pas à ce que tu comprennes, répliqua alors Jumonji, hautain. Tu as toujours visé trop bas malgré ta maniede te croire supérieur aux autres. Tu ne peux pas comprendre les sacrifices qu'il faut faire pour réussir, tu n'es pas comme moi, Iruka. Je suis tout en haut et toi, tu es tout en bas, c'est comme ça.

- S'il te plaît de croire cela, tant mieux pour toi, répliqua-t-il sur le même ton. Je ne peux point faire disparaître les mots que tu te répètes chaque jour pour réussir à supporter d'être toi.

Jumonji tiqua une fois de ne plus. Le jeune homme su qu'il avait mis le doigt sur quelque chose de solide. Mais pousser par son orgueil disproportionné, il savait que jamais Jumonji le reconnaîtrait. Puis l'envie de le démonter et de le réduire à l'état de masse informe le démangea jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus de garder pour lui ses paroles acides.

- Si te hisser sur un piédestal et me dénigrer te permettent de te rassurer sur la médiocre image que tu as de toi, grand bien t'en face. Tu as au moins raison sur une chose : je ne suis pas comme toi. Je n'ai pas de masque que j'enlève le soir après avoir passé toute ma journée à être quelqu'un d'autre, dans l'unique but de bien me faire voir ou de plaire à des gens qui de toute manière m'oublieront aussitôt que leur intérêt à mon égard sera émoussé. Je ne suis que le beau-fils, je n'disconviens pas, mais en voyant certaine personne, je me dis que ce n'est que plus bénéfique.

- Toi seul sais de quoi tu parles, car saches que ma vie me convient parfaitement, cracha son vis-à-vis avec un rictus obtus qui illumina ses yeux de fouine. Finalement, c'est plutôt une bonne chose que mon promis soit Mizuki. Tes petites manies hautaines et ta propension au fayotage m'auraient exaspéré, au bout du compte.

Iruka se mordit la lèvre, retenant à peine le juron qui lui brûlait la langue, sa poitrine soulevée par une colère naissante.

- Ne te méprends pas, et ne doute point de mon aversion à ton égard, Jumonji. Héritier ou pas, jamais je n'aurais été à toi, tu m'entends ? Jamais.

Que croyait-il au juste, ce malheureux ?

Il ne faisait qu'épiloguer sur le prétendu avenir commun qu'ils auraient pu avoir ensemble comme si une seule seconde, il en aurait été intéressé. Peut-être était-il au goût de son demi-frère, ça Iruka s'en moquait, chacun ses goûts et tout le monde n'avait pas de la bouse de cheval dans les yeux, mais pour sa part, il aurait préféré se balader nu dans tout le village que se montrer à ses côtés.

Jumonji n'était bon qu'à duper et à se parer d'une attitude flagorneuse, le derrière remuant, les mains jointes près de son visage aux lèvres retroussées en cul de poule. Curieusement, c'était ce genre de personne qui réussissait à sortir du lot dans leur société exacerbée, limite si on ne les encourageait pas à se transformer en redoutables lèches bottes. Mais Iruka avait encore certaines exigences que la paresse et la cupidité de cet ignoble Gobelin ne pourraient jamais combler.

Et il revenait à la charge.

- Écoute, mon chou...

- Je ne suis pas ton chou, cingla-t-il en esquivant la main qu'il tendit vers lui. À présent, si tu veux bien m'excuser, je m'en vais dans un endroit où j'aurais moins l'impression d'attraper de l'urticaire à chaque inspiration.

Il ne lui laissa pas le temps de répondre quoi que ce soit et tourna le dos sans préavis. Cet échange n'en aurait pas fini, sinon. Le zèle dont il faisait preuve le surprendrait toujours. Ainsi que son incroyable stupidité. Même après toutes ces années, il n'avait pas encore compris que Shiomi était plus enracinée à cette fortune qu'un chêne millénaire aux entrailles de la terre. Si cet imbécile de Gobelin espérait tirer quoi que ce soit de cette union autre que des indicibles céphalées, il lui souhait bien du courage.

Le mariage de Mizuki n'était qu'un arrangement. Une phrase écrite sur un parchemin. Sa marâtre avait uniquement l'idée de suivre ce phénomène qu'étaient les mariages mixtes qui étaient à la mode depuis une dizaine d'années. Elle avait su choisir le modèle de genre idéal en la personne du Gobelin dont le grand-père fut nommé sir par le Précepteur en personne bien des décennies plutôt, apportant de cette manière la renommée sur sa famille. Iruka savait parfaitement que son demi-frère n'aimait personne à part lui-même.

Il se souvint subitement d'une conversation, qu'il avait eue avec lui, quelques jours plutôt, où il avait encore mieux compris quel genre de personne ignoble était son demi-frère.

- Aurais-tu oublié qui je suis ? Je porte le nom du village. Père m'a appelé ainsi parce qu'il a toujours eu de grands espoirs en moi.

- Si Père t'a appelé ainsi, c'est parce qu'il voulait que tu portes en toi la volonté du peuple. Mizuki n'est pas qu'une terre, elle est avant tout un assemblage de diversité. Tu n'as pas le droit d'être partiel. Avant d'être un Amalthée, tu es avant tout de Mizuki. Tu es toutes ces tribus à la fois. Voilà ce qu'il voulait. Il voulait que tu sois la flamme qui brûle en chacun des cœurs, que tu sois le pont qui nous rassemblerait tous. Tu n'as visiblement rien compris.

Et d'ailleurs, lui-même ne comprenait pas tout le temps qu'il perdait à essayer de le remettre sur le droit chemin.

- C'est toi qui ne comprends rien, Iruka. Inutile de pulluler ainsi des mots qui ne sont tirés que de ton interprétation personnelle. J'ai parfaitement compris le message de mon père. Et ce qu'il faut à cette contrée, ce n'est pas d'un souverain qui s'attardera en mélodrame. Mais bien de quelqu'un qui est capable de prendre des décisions radicales. Je suis cette personne. Je me fiche bien de la révolution. Le tribalisme, la sécession, ça ne cessera jamais. Je ne vois pas pourquoi je perdrais mon temps à lutter à contre-courant. Au contraire, j'apporterai ma pierre à l'édifice. Voilà comment on traite les gens qui nous méprisent : en se comportant exactement de la même manière. Je leur montrerai à tous que je l'ai haï bien plus qu'ils nous haïssent.

Iruka fut pratiquement incapable de répondre devant l'exposition de tant de folie à l'état pure. C'était beaucoup plus vil, beaucoup plus profond que ce qu'il avait imaginé. Et à présent, il ne pouvait plus rien faire.

- Tu ferais mieux de te mettre au boulot et de trouver quelqu'un d'assez simple d'esprit pour t'épouser, car je préfère te prévenir, aussitôt que j'accéderai au pouvoir, je te mettrais à la rue alors si j'étaistoi, je m'assurerai une porte de secours, l'avait-il menacé le sérieusement du monde.

Mizuki n'avait point le souci du progrès et du changement. Il n'avait même aucun projet du tout. Il comptait laisser la situation telle qu'elle. Peut-être même jeter de l'huile sur le feu des discriminations qui minaient leur société. Iruka ne comprenait tout simplement pas comment son demi-frère pouvait être aussi imperméable à une telle condition. S'il avait été un Séraphin ou un Elfe, ou encore même un Gobelin comme son futur compagnon, Iruka aurait peut-être pu comprendre qu'il ne se sente pas concerné. Mais il était un Amalthée pur-sang. Il faisait partie de l'une des espèces les plus marginalisées du Pays du Feu. Certes, il avait la grâce d'être né dans une bonne famille, mais cela lui donnait-il le droit de se croire supérieur à ceux qui n'avaient pas eu cette chance et par conséquent ne pas leur venir en aide ?

Mizuki était comment tous les nobles, conscient de son pouvoir, enorgueillit par son rang. Cependant, on ne pouvait pas totalement le lui reprocher, car après tout, c'était sa mère qui l'avait éduqué de cette manière.

Si lui, il avait eu le choix sur sa vie comme Mizuki l'avait, il aurait fait quelque chose.

La canaille lui servant de frère utérin complètement désinvolte et égoïste. Puis son insipide compagnon qui ne pensait qu'à s'en mettre plein les poches. Il ne parierait pas sur un avenir grandiloquent pour leur famille, avec ces deux-là à la tête.

Il ne lui restait plus qu'à tenter de conserver cette imagination insensée et prier pour que ses ridicules espoirs atteignent les chemins du cœur des Esprits. Tout du moins, en théorie, car le voulait-il encore ? Après s'être fait déposséder de ce qui aurait dû lui revenir de droit, le jeune homme avait raillé de son esprit tous les biens qui auraient pu lui appartenir dans ce manoir. À présent, il avait des problèmes plus urgents à régler. Les enjeux de la soirée étaient colossaux.

Il n'y avait pas que l'avenir d'Anko qui était sur le fil du rasoir par cette soirée. C'était surtout le sien qui s'y jouait.

Bien qu'enchaîné à cette propriété, Iruka jouissait d'une protection. Se faire jeter dehors, c'était se retrouver déposséder de tout, éloigner de ses frères, à la merci de n'importe quel hurluberlu mal intentionné. Pour un peuple qui évoluait en communauté telque le leur, il n'y avait rien de pire au monde que d'être mis en marge.

Un frisson d'effroi lui parcourut l'échine quand il pensa à tout ce qui pouvait lui arriver, seul et terrifier, livrer à lui-même dans un monde qu'il ne connaissait qu'à travers les livres qu'il dévorait. Le jeune homme s'était résolument résigné à ne plus tenir compte de son cœur meurtri et penser à sa survie en priorité.

En outre, Iruka ne doutait point que Mizuki le ficherait à la porte aussitôt qu'il en aurait l'occasion.

Cela lui coûtait, mais il devait reconnaître que ce bon parti que sa belle-mère lui avait trouvé restait encore la solution la plus abordable.

Alors il joua le jeu. Il fit ce que sa marâtre attendait de lui. Il devint le jeune homme de bonne famille qu'on attendait qu'il soit pour cette soirée.

Et il le fit remarquablement bien. Les Esprits l'avaient doté d'un talent certain pour la comédie et l'imitation. Iruka ne se contenta donc que de reproduire tout ce qu'il avait déjà vu un nombre incalculable de fois. Il s'adonnait librement aux joies des conversations, s'attardant en badinage, manigancer de futures unions et échanger les derniers potins croustillants sur les gens de la haute.

Par-dessus son agacement à tous ces faux-semblants et ces manières qui avaient le don de le faire sortir de ses gonds, ce beau monde le fascinait. Il y avait des gens qui mourraient de faim chaque jour dans les rues tandis que leurs seules préoccupations étaient de choisir la couleur de la tapisserie pour le petit salon numéro quatre.

Avec un soupir excédé, il passa un doigt à l'intérieur de son col.

Dieu, qu'il crevait de chaud !

Pourtant, la pièce était bien aérée.

Comble du malheur, s'il avait l'idée de desserrer un peu son foulard, Iruka savait que sa sœur l'étriperait sur place. Quelle corvée, de passer pour le gentil fils célibataire à marier au plus vite !

Dire qu'il devait parvenir à garder la tête haute face à la mascarade à laquelle il avait accepté d'adhérer…

- Iruka, vous avez des yeux magnifiques, cette lueur dorée que j'y perçois n'a d'égal que tout l'émoi que vous me procurez. Je suis profondément attristé que ce soit mon cousin que votre mère ait choisit pour vous, sinon croyez bien que…

Le reste de ce monologue se perdit quelque part dans une poubelle au fin fond de l'esprit d'Iruka.

Mais qu'est-ce ce que c'était que ça ?

Il se sentit transi jusqu'à la moelle. C'était ce genre de belles paroles qui émouvaient les cœurs des conquêtes de la haute cour ?

Il en eut bientôt assez d'écouter les mièvreries de cet homme à la haute stature qui venait de l'aborder. Son futur beau-frère s'il avait bien compris, lequel était venu au nom de son futur époux. Celui-ci étant pris par une affaire importante sur leur territoire…ou quelque chose du genre. Bref, une histoire qui ne l'intéressait pas.

Iruka était bien trop vexé que son soi-disant fiancé ne daignait même pas se déplacer personnellement pour qu'ils puissent faire connaissance.

Il n'y aura pas de demande en mariage en bonne et due forme pour ce soir, ni de conversation pour tâter le terrain et voir avec quel rustre il allait devoir passer le reste de son existence.

Ça commençait mal, très mal.

Les légendes sur l'amour et toutes ces joyeusetés qu'Anko lui avait sorti l'avait peut-être un peu attendri et fait espérer.

Mais qu'aurait-il pu faire à part prier pour ne pas tomber sur un obsédé sexuel qui se servirait de lui comme un jouet ou un macho primaire qui se donnerait pour objectif de le dominer par tous les moyens ?

Choqué de ses propres pensées, Iruka en avala sa salive de travers.

Nom de Dieu, il devait faire une pause.

Sans même se soucier de paraître malpoli – il avait assez donné de sa personne pour toute une vie -, le jeune homme planta son interlocuteur et courut presque à la recherche de ses frères.

Quelques minutes plus tard, il ne tomba que sur Anko, mais cela fera parfaitement l'affaire.

- Alors, as-tu cessé de faire la tête ? l'accueillit-elle.

Iruka lui servit un sourire goguenard.

- Oh oui, je me suis amusé toute la soirée à supporter les numéros de charmes de ces gugusses empaillés. Ils sont vraiment comme on le dit ces Elfes, incroyablement imbus de leur personne et persuadé d'être irrésistibles.

C'était d'ailleurs le privilège de toutes les races qu'on jugeait nobles de se pavaner avec cet air implanté au marteau sur leur expression. Cet air qui hurlait, vous ne vaudrez jamais rien devant moi. Cet air qu'il haïssait de toutes ses forces.

Un serveur passa près d'eux, chargé de coupe de liqueur. Iruka n'avait pas réellement l'autorisation de boire, étant encore mineur selon les légalités de leur pays, mais il n'avait plus le souci de se montrer raisonnable. Personne, après tout, ne l'était dans cette maison de fous. Sa belle-mère pleurait la misère qui s'amoncelait dans leur compte à qui voulait l'entendre, toutefois trouvait assez de fond pour organiser pareille réception où la boisson et les victuailles étaient en quantités incommensurables et décorait la demeure avec des pierres précieuses qui auraient fait pâlir de jalousie le château du Précepteur. Il n'avait donc de leçons à recevoir de personne et n'eut aucun scrupule à se saisir d'une flûte qu'il vida d'une traite.

- Si son cousin est aussi mièvre que lui, reprit-il d'un ton âpre. Je crains pour mes piques de glycémie face à toutes les idioties sucrées qu'il débute à la seconde. Je crois que j'ai attrapé un diabète rien qu'en l'écoutant.

- Bon sang Iruka, ne soit pas si compliqué ! s'offusqua la jeune femme, bien qu'ayant un léger sourire amusé. Que faut-il pour te plaire ?

Oh, moins de choses qu'elle ne le soupçonnait. Mais certainement pas une attitude propre sur soi et quelques pièces d'or.

Iruka ne croyait pas en l'amour. Du moins pas en l'amour tel que l'on le décrivait dans les romans à l'eau de rose. Il était bien trop terre-à-terre pour cela. Et au risque de se répéter, la situation ne s'y prêtait clairement pas. Si tant soit qu'il aurait pu être attiré pas l'un de ces gentilshommes droits dans leurs chaussures impeccablement cirées ou ces petites princesses pourries gâtées uniquement soucieuse de leur propre personne, ce ne serait sûrement pas dans pareilles circonstances. Il pensait à sa pérennité avant tout, à ne pas se retrouver à la rue, à son avenir, à survivre aux années qui s'annonçaient. Pas à rencontrer le grand amour de sa vie au détour d'une porte.

Comme si elle avait lu dans ses pensées, Anko poussa un soupir.

- La soirée est agréable, essaye de te détendre.

- Je ne vois rien d'agréable à supporter tous les regards insistants de ces maquignons uniquement présents pour me juger comme on le ferait avec du bétail dans une boucherie.

- Un jour, mon cher petit frère, tu rencontreras quelqu'un… LA personne, qui te fera regretter ces paroles.

Il secoua la tête. Dans le monde réel, il était obligé de se marier avec quelqu'un qu'il ne connaissait ni de Kâ, ni de Fū et qu'il, pour sûr, n'aimera jamais.

Ainsi, il doutait fortement que le scénario de la jeune femme se produise.

Puis d'un seul coup, le visage triste d'un Darui éconduit s'imposa brusquement dans son esprit.

Iruka manqua d'en laisser tomber son verre.

- Ce jour-là, l'enfer gèlera certainement, trancha-t-il.

Anko ouvrit la bouche dans le but de le reprendre sur son expression toujours aussi brusque, cependant n'eut pas le temps de le faire puisque Dame Shiomi attira l'attention de tous les invités en décidant de porter un toast.

Iruku se retint de lever les yeux au ciel lorsqu'elle l'invita à se rapprocher d'elle. Tout cela était d'un ridicule. Il avait l'air fin, tient, tout seul comme un imbécile alors que celui à qui on l'avait promis n'avait même pas daigné leur honorer de sa présence.

Il tenta d'accorder de l'importance au discours que venait d'entamer sa belle-mère, une espèce d'ode à sa propre personne qui vantait les mérites de la persévérance dont elle avait fait montre pour parvenir à tirer quelque chose de cet héritage laisser par son défunt époux.

- J'ai fait de mon mieux pour l'élever, lui apporter tout l'amour et le soutien que j'ai pu. C'est avec un pincement au cœur que je le laisserais partir, mais je sais que la vie qui l'attend sera la plus épanouissante pour cet enfant que j'ai pris sous mon aile et que je considère comme mon propre fils.

À présent, elle avait entrepris de se faire passer pour l'un des Cinq Esprits en personne. Iruka fronça les sourcils face au culot dont elle faisait preuve. L'hypocrisie avait finalement un visage.

- Croyez bien que cela a été loin d'être facile, car lorsque sa mère est morte, il était encore bien jeune. Et il est celui qui lui ressemblait le plus. Il possédait un caractère borné et insaisissable qu'il a hérité d'elle. Koharu était une femme bien compliquée, égoïste, on ne savait jamais à quoi elle pensait. Un cœur de loup à travers un visage d'anneau…

Iruka serra les poings, son sang bouillait comme une marmite d'eau sous un feu ardent. Elle venait de dépasser les bornes et s'en était définitivement plus que ce qu'il pouvait tolérer.

Absolument tout ce qu'elle racontait était faux. Elle n'avait fait aucun effort pour les accepter ses frères et lui. Elle ne lui avait non plus apporté le moindre soutien, ni la moindre once d'amour, pas même une seule fois. Qu'elle essayât de duper tout le monde en se faisant passer pour la bienfaitrice du siècle, c'était une chose, mais qu'elle dénigrait sa mère de cette manière, s'en était une autre.

Il ne sut pas vraiment ce qui le poussa à agir. Le fait qu'elle ne s'arrêtait pas de vomir mensonges sur mensonges, touchant l'unique corde sensible qu'il lui restait: sa famille.

Ou alors le sourire narquois qu'elle lui servit lorsque leurs yeux se croisèrent durant une fraction de seconde.

- Vous êtes un être vil et méprisable ! s'écria-t-il, de toutes ses forces. Vous essayez de faire croire à tout le monde que vous êtes une sainte, mais on sait tous très bien comment vous nous traiterez une fois qu'ils seront partis. Avez-vous un cœur, au moins ? Cela vous plaît-il à ce point de constamment mentir ? Vous ne vous arrêtez donc jamais ?

Il eut au moins le mérite de la faire taire, car maintenant, sa belle-mère le foudroyait du regard.

À vrai dire, tout le monde le regardait.

Iruka n'en eut cure. Depuis le temps qu'il rêvait de faire ça, de lui cracher au visage toute l'aversion qu'il avait pour elle, qui au final, n'était qu'une conséquence des mauvais traitements qu'elle leur avait infligé pendant toutes ses années.

- Quand je vous regarde…je ne vois qu'un monstre.

- Je t'interdis de parler à Mère de cette manière ! intervint Mizuki en lui saisissant durement le bras.

Iruka se dégagea si brusquement qu'il manqua de lui en faire perdre l'équilibre. La haine qu'il lut dans le regard de son demi-frère n'avait d'égal que le ressentiment qui brûlait au fond de sa poitrine.

- Ce n'est pas ma mère ! hurla-t-il. Et toi, tu n'es pas mon frère, tu n'es rien !

Suite à cela, il reporta son attention sur Shiomi. Celle-ci réduisit la distance qui les séparait, mesurant son pas pour montrer à toute son assemblée qu'elle maîtrisait la situation. Elle avait le souci de ce que les gens pourraient en dire, Iruka ne s'en étonna pas. Néanmoins, il refusait de reculer.

Toute sa vie, il avait fui ces affrontements. S'il s'écrasait encore une fois, il allait passer pour celui qui avait pété un câble et déblatérer des propos sordides sous le coup de la pression.

Hors de question.

Il décida d'oublier tout ce pour quoi il avait enduré en silence et se concentra uniquement sur sa rancœur.

Car c'était elle qui parlait.

- Tu vas cesser cela immédiatement, lui ordonna-t-elle.

Il ne manqua pas les menaces contenues dans son ton malgré cela, rien n'aurait pu empêcher les mots de sortir, comme posséder par une indignation qui était simplement trop grande pour son corps fragile.

- L'avenir auquel elle aura été contrainte…une vie de sacrifice qu'elle a passé à satisfaire les moindres des doléances, au nom de cet amour qu'elle vouait à cette famille. Vous, vous n'êtes rien à part une femme aigrie et jalouse, frustrée que mon père ne vous ait jamais accordé l'attention que vous estimiez méritez. Et croyez-moi que vous souffrirez de ça toute votre vie, car jamais vous n'égalerez ma mère, jamais. Que ce soit à mes yeux ou même à ceux de vos très chers invités à qui vous avez votre temps à jeter de la poudre aux yeux !

Folle de rage, Shiomi Takumi leva la main et le gifla.

Avec elle, il était passé par tout. Boutades, insultes, maltraitance. Mais elle n'avait pas franchi ce cap jusqu'à aujourd'hui, elle n'avait jamais levé la main sur lui.

Et avant même qu'il s'en rende compte, il avait dressé sa paume vengeresse bien haut devant ses yeux et l'avait abattu de toutes ses forces sur son visage.

Le bruit de la claque qu'il venait de lui administrer résonna dans l'écho que le silence de mort avait créé. Sa belle-mère s'effondra au sol.

Iruka contempla la scène comme projeter de son propre corps.

Il retira la barrette qui retenait ses cheveux, la jeta par terre et s'enfuit sans demander son reste.

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Récapitulatifs des espèces :

Dragons, Séraphins, Elfes ;

Gobelins, Trolls, Amalthées, Empusas ;

Fée, Métamorphes ;

Chimères.

Des avis ? Des impressions ?

Des prévisions pour la suite ?