BELLA
"Charlotte est-ce que maman peut te parler une minute ?"
"Euh hum." Elle acquiesce sans lever les yeux de son vieux puzzle Dora. De toutes les nouvelles choses qu'elle a, elle en revient toujours à ce vieux puzzle d'il y a dix ans que j'ai acheté cinquante centimes dans un vide grenier.
Je me suis assise par terre à côté d'elle et j'ai mis la main de Dora à sa place.
"Edward vient ce soir."
Elle lève les yeux vers moi et sourit.
"Hay ! Et c'est EdBer, maman." Elle soupire de façon dramatique. Je ris et ébouriffe ses cheveux.
"Il va rester ici pour un petit moment," lui dis-je et j'attends sa réaction.
"Il va vivre ici ?" demande-t-elle, son petit visage doux penchant sur le côté alors qu'elle incline la tête dans un mouvement qu'elle fait souvent.
"Pour un petit moment," je répète.
"Non. Je veux qu'il vive ici pour toujours," dit-elle solennellement.
"Bébé, il a sa propre maison," je lui rappelle.
"Non." Elle fait la moue. "Je veux qu'il soit là tout le temps."
Comment pouvez-vous argumenter avec cette déclaration ? Et avec un enfant de trois ans ? On ne le fait pas.
A quoi je pensais ? Il va devenir fou ces deux prochaines semaines. Il est bon pour nous supporter à petites doses mais avoir Charlotte et moi dans ses pattes tout le temps pouvait être épuisant. Il serait heureux de retourner à son manoir quand il serait prêt. Il y courrait probablement pour l'amour de Dieu.
Un coup frappé à ma porte me fait sursauter. Je regarde l'horloge et vois qu'il est trop tôt pour qu'Edward soit ici. Peut-être était-il si excité qu'il a quitté le travail plus tôt. J'ai sauté sur la porte et l'ouvre vivement.
"Oh. Salut !" dis-je.
Alice hausse un sourcil.
"Salut à toi aussi. Ne t'excite pas trop ou quoi que ce soit," dit-elle sèchement, me frôlant pour entrer dans le salon.
"Hey, petite fille," dit-elle à Charlotte.
"Je ne suis pas petite. Je suis grande," se renfrogne-t-elle.
"Je me suis trompée, Sassy Pants*."
"Je ne porte pas de pantalon," dit Charlotte, confuse, en baissant les yeux sur sa robe jaune.
Alice rit et se tourne vers moi.
"Qui attendais-tu ?" demande-t-elle, en s'asseyant sur le canapé. Je m'affale à côté d'elle, Charlotte à nos pieds.
"Edward," dis-je.
"Oh vraiment ?" Elle a l'air satisfaite. "Bella et Edward assis dans un arbre, K-I-S-S..."
"Arrête ça," j'exige, en lui donnant une tape.
"Alors, c'est ton petit-ami ?" me demande-t-elle.
"Ouais," dis-je en souriant.
"Et quand allais-tu me le dire ?" Elle a l'air blessée.
"Nous venons de nous en apercevoir plus tôt dans la journée. Et pourquoi tu ne m'as pas dit que Mlle Clairol travaillait dans mon bureau ?" je fronce les sourcils
"Jalouse, hein ?"
"Non," je murmure.
"Euh hum. Alors, c'est quoi la suite pour vous deux ?"
"Je ne sais pas, on va y aller doucement," lui dis-je.
"EdBer emménage avec nous aujourd'hui," dit Charlotte à Alice avec désinvolture.
Je gémis et évite son regard complice.
"Vraiment ?" demande Alice à Charlotte. "Oh, c'est trop bien. Lentement. Bon..."
J'attrape un coussin et je la frappe avec.
"Tais-toi !" je siffle et je commence à sourire.
Elle commence à rire et je me joins à elle, jusqu'à ce qu'on soit faibles et allongées l'une sur l'autre dans un tas sur mon canapé.
Et c'est ainsi qu'Edward nous trouve.
"Chérie, je... viens de tomber sur un vieux fantasme d'adolescent," dit-il en souriant.
Je jette le coussin sur lui. Il l'attrape, toujours en souriant. Ça m'a en quelque sorte coupé le souffle alors que j'étais assise là à soutenir son regard.
Alice se racle la gorge et se lève.
"Il faut que j'aille au travail. Je ne voudrais pas me faire virer," dit-elle sèchement.
Je roule des yeux.
"Bye, sœurette," dis-je, alors qu'elle embrasse Charlotte et se laisse aller à un dernier sourire en coin vers Edward et moi.
"Salut," je souffle.
"Salut," dit-il, ses yeux scintillent.
"Salut !" Charlotte l'imite en riant aux éclats.
Edward glousse et s'installe à côté de moi. Il regarde Charlotte un moment.
"Donc, nous ne faisons pas grand chose le soir. Je cuisine ou nous prenons des plats à emporter, maintenant que je peux me le permettre. Nous regardons la télé, maintenant que j'en ai une. Ou nous allons faire un tour en voiture..."
"Maintenant que tu en as une," termine-t-il pour moi.
"Ouais."
"Pourquoi tu me dis ça ? Je le sais déjà. J'ai passé quatre des dernières nuits sur sept avec vous deux."
Je me mords la lèvre.
"Je ne veux pas que tu t'ennuies," je lâche.
"Je ne vais pas... attends, tu ne veux pas seulement dire la nuit. Tu veux dire s'ennuyer avec toi," commence-t-il à rire.
"Merci beaucoup," dis-je ironiquement.
"Je suis désolé mais l'idée que tu sois ennuyeuse..."
Je me lève et il tombe, puisqu'il était appuyé sur moi.
"Où vas-tu ?" demande-t-il en tendant la main pour m'attraper et me manquant.
"Cuisiner," dis-je.
"Commandons," suggère-t-il. "Tu as envie de quoi ?"
De toi.
Je n'ai pas dit ça bien sûr mais la vérité est que je suis excitée. Cela fait longtemps et Edward est juste tellement... tellement... waouh.
"Pizza !" crie Charlotte.
"Tu l'as entendue..." dis-je.
"Va pour la pizza." Il se lève et attrape son téléphone, commandant rapidement deux grandes pizzas.
" Avons nous vraiment besoin de toute cette nourriture ?" je demande.
"J'ai faim." Et il hausse les épaules.
Nous regardons la télé jusqu'à ce que le livreur arrive. Je le devance pour payer mais il proteste juste derrière moi.
"Combien ?"
"28,51." dit le livreur, avec un long regard appréciateur de haut en bas de mes formes. Je me sens être tirée en arrière contre la poitrine ferme d'Edward.
J'essaie d'attraper mon sac à main mais je ne peux pas bouger avec sa prise ferme sur moi.
"Edward. L'argent," lui dis-je
Il jette l'argent au livreur en grognant.
Le livreur écarquille les yeux, me tend les pizzas et se précipite vers sa voiture.
"Qu'est-ce qu'il s'est passé ?" je demande à Edward.
"Tu ne pensais pas être la seule personne à pouvoir marquer son territoire, n'est-ce pas ?" Il sourit, prend les pizzas et part.
Je ferme la porte avec un sourire en coin.
Hmmm... apparemment, je suis à lui aussi .
Je commence à être de plus en plus nerveuse au fur et à mesure que la soirée avance. Après le dîner, Edward aide à nettoyer la cuisine et Charlotte à ranger ses jouets et maintenant nous sommes tous blottis sur le canapé à regarder "La petite sirène."
Mes yeux se détournent de la télé pour aller d'Edward et Charlotte à sa valise et à et son sac à vêtements près de la porte, sans jamais se poser longtemps sur aucun des deux.
Quand le film se termine, je suis étourdie et paniquée.
"Je pense qu'il est temps d'aller au lit, CharBear," dit Edward à ma petite fille endormie.
"Je ne suis pas fatiguée," dit-elle en secouant la tête d'avant en arrière mais ses yeux peinent à rester ouverts.
Edward lui sourit et secoue sa tête.
"Je pense que quelqu'un proteste trop..." dit-il légèrement en me regardant.
"Elle peut rester debout," je glousse.
"Il est plus de neuf heures," me fait-il remarquer, confus.
Il a tellement raison.
"Tu as raison. Laisse-moi aller la coucher," dis-je, en commençant à me lever. Mais sa main sur son bras m'arrête.
"Je peux ?" demande-t-il.
Personne d'autre qu'Alice et moi ne l'a jamais bordée mais le regard plein d'espoir dans ses yeux me fait accepter instantanément.
Il fait un grand sourire à mon hochement de tête et installe Charlotte à moitié endormie plus solidement dans ses bras avant de se lever et de porter ma petite fille dans sa chambre.
Je me lève et cours vers la chambre, vérifiant mes cheveux et me brossant les dents. Je dois mettre mes vêtements de nuit...
Dormir ! C'est ce qui m'a fait paniquer.
Où voudrait-il dormir ? S'attendait-il à dormir dans mon lit, avec moi ? Sur mon canapé ? Par terre ?
Bien sûr, pas par terre, Bella, tu l'as invité à rester avec toi, tu vas le faire dormir par terre ?
Je tire brusquement sur mes cheveux. Ma plus grande peur est qu'il veuille faire l'amour.
Je sais, je sais, faire l'amour avec un homme sexy, plus vieux et magnifique serait juste terrible. Mais pour une femme qui n'a jamais été intime avec quelqu'un, c'est effrayant. J'ai dit intime, je n'ai pas dit avoir des rapports sexuels. Je constate qu'il y a une différence. Vous pouvez avoir des relations sexuelles avec n'importe qui mais vous n'êtes seulement vraiment intime qu'avec très peu de personnes au cours de votre vie. La plupart du temps. Pour moi, ce serait seulement avec une personne. Je sais, au fond de mon cœur, qu'Edward est celle-là.
Et ça m'effraie au plus haut point.
Je me mords la lèvre et décide de me préparer pour le lit, celui dans lequel je le laisserais dormir avec moi.
J'attrape mon t-shirt et mon short. Révélateur, oui, mais je ne vais pas dormir emmitouflée comme une nonne. Cela ne changera pas, même si le pape lui-même dormait à côté de moi.
Je relève mes cheveux en un chignon désordonné parce que si je les laisse détachés, je rêve que je m'étrangle avec mes cheveux. Oui, je suis consciente que c'est très bizarre. Peu importe.
Je prends ma lotion Skin So Soft et commence à l'appliquer sur mes bras puis sur mes jambes, grimaçant en réalisant que je ne me suis pas rasée et que la température froide d'aujourd'hui a fait pousser mes poils pendant la y a une pilosité légèrement drue sur mes jambes. Merde ! J'entends des pas se diriger vers moi. Je m'en fous. Je devrais juste faire attention à ne pas lui donner une putain de rougeur de poils sur les jambes.
"Hey."
Je me tourne vers lui et lui souris timidement, il est appuyé contre le cadre de ma porte.
Il s'est débarrassé de son costume et de sa cravate et les manches de sa chemise sont retroussées sur ses bras musclés. Mes yeux s'arrêtent sur ses pieds couverts de chaussettes puis remontent vers son visage.
"Hey."
"Tu es à couper le souffle," dit-il.
"Toi aussi."
Il glousse.
"On ne m'a jamais dit ça avant."
"Je suis sûre que tu n'as jamais rencontré quelqu'un d'aussi farfelu auparavant," dis-je ironiquement, en rampant dans mon lit. Je fais une pause. "De quel côté dors-tu ?" je demande.
"Le gauche, pourquoi ?"
"C'est bien. Je n'avais pas envie d'abandonner le côté droit, petit-ami ou pas," dis-je, en feignant de la légèreté, bien que mon coeur cogne dans ma poitrine.
"Tu veux que je dorme ici, avec toi ?" demande-t-il, l'air étonné. Je ne peux pas l'en blâmer. Je vais aussi vite qu'un escargot faisant la course avec une tortue.
"Ouais," je murmure.
"Es-tu sûre ? " Il fait un pas en avant. "Je veux dire, je peux dormir sur le canapé. Ça ne me dérange pas."
"Donc, tu dis que tu préfères dormir sur le canapé seul, plutôt qu'ici avec ta copine à moitié habillée, qui n'a pas l'air moche ? Ça fait mal..." je fais la moue.
Il glousse.
"Tu n'es définitivement pas moche," dit-il. "A moitié habillée, oui. Et non, je ne veux pas dormir sur le canapé mais je ne veux pas que tu en fasses toute une histoire."
"Comment ça ?"
"Je ne veux pas faire l'amour," dit-il sans détour.
Waouh. Ok, même si c'est un soulagement, je suis aussi un peu offensée.
"Pourquoi pas ?" je demande.
"Mon Dieu Bella, tu veux vraiment, que j'arrache tes vêtements et que je te baise jusqu'à la moelle ?" demande-t-il.
Oui, s'il te plaît.
Je tire sur un fil de ma couette.
"Oui, je le veux," dis-je en le regardant dans les yeux. "Mais pas ce soir. Pas avec Charlotte ici. Elle est encore à l'âge où elle fait irruption dans ma chambre à n'importe quel moment. Voir ça pourrait effrayer totalement un enfant," dis-je, plutôt avec regret.
"Oui, et entendre sa mère crier constamment pourrait la réveiller. Je vois ce que tu veux dire..." dit-il, hochant la tête et déboutonnant sa chemise.
"Ne sommes-nous pas arrogants ?" dis-je, en tordant mes lèvres dans un sourire.
Il sourit et fait un clin d'œil, "Oui, je le suis. Tu veux voir ?"
J'ouvre la bouche et il commence à rire.
"Tu es si facile."
"Apparemment pas," je lui ai fait remarquer.
"Chaque chose en son temps," dit-il, en souriant, il sort de son pantalon et se retrouve en maillot de corps et caleçon. Il vient du côté gauche et se tourne vers moi. Je me suis mise à mon aise.
"C'est agréable," dis-je.
"C'est le cas. Cela fait longtemps que je n'ai pas eu à partager mon espace avec quelqu'un et pour te dire la vérité, c'était un soulagement de quitter la maison de mon enfance.. Je veux dire, j'aime mes parents et mes sœurs mais j'ai toujours été submergé par la culpabilité.
Je n'ai jamais voulu partager quoi que ce soit avec qui que ce soit mais ensuite je t'ai rencontrée et je veux être avec Charlotte et toi tout le temps. J'ai trouvé ma liberté en étant emprisonné avec toi."
"C'était vraiment ringard. C'est un miracle que tu aies pu t'envoyer en l'air," dis-je, ma voix sérieuse.
Ses yeux se plissent et je rigole.
"Maintenant qui est facile ?" Je me moque.
"Je n'ai jamais dit que je ne l'étais pas," réplique-t-il.
Je l'ignore.
"Mais sérieusement, je ne prétends pas le comprendre moi-même. Depuis que Charlotte est entrée dans ma vie, j'ai toujours voulu être un bon parent pour elle, ce que je n'ai jamais vraiment eu. Je n'avais pas de place pour un homme et pas beaucoup d'espoir de rencontrer quelqu'un qui voudrait de moi et de mon enfant. Je me suis fait une raison. Je n'ai jamais pensé que nous finirions ici," je chuchote.
"Je suis content que nous l'ayons fait," dit-il, tout aussi doucement que moi.
"Je t'aime." C'est sorti tout seul mais je sais que je le pense.
Il écarquille les yeux puis un sourire lent et facile illumine son beau visage.
"Je savais que je t'aurais à l'usure..." se vante-t-il.
"Et... ce moment est passé," je le taquine en gloussant.
Il se joint à moi et avec le clair de lune qui brille à travers ma fenêtre et juste un baiser de bonne nuit, nous nous endormons dans les bras l'un de l'autre.
...
*Sassy Pants (comédie américaine 2012)
