BELLA
La conscience m'envahit. Je pouvais dire que c'était le matin car je louchais contre la lumière vive du soleil.
Je m'étire langoureusement et regarde mon réveil. Il n'est pas là. En fait, aucune de mes affaires n'est là, à part les vêtements qui étaient éparpillés dans la pièce.
Je suis chez Edward.
La soirée écoulée s'est précipitée dans mon esprit alors que les derniers vestiges du sommeil me quittent.
Soudain, je ressens de la douleur dans les muscles dont je ne connaissais même pas l'existence.
Cela faisait longtemps depuis que j'avais fait l'amour mais rien comparé à la nuit dernière. Edward avait été si minutieux, si enthousiaste. Très enthousiaste.
Quatre fois en une nuit.
Je souris. Puis réalise que je suis seule dans le lit et fronce les sourcils. Pas la façon dont je voulais me réveiller. Ça me rappelle mes précédents coups d'un soir et je n'aime pas ça du tout.
Je cherche mon téléphone et je réalise qu'il est dans le salon avec mon sac à main. Et apparemment, Edward ne croit pas en l'utilité d'une horloge.
Je soupire et m'assieds, inspirant profondément, le regrettant immédiatement.
Quelque chose sent mauvais. Vraiment mauvais.
Je me glisse hors du lit et cherche une robe de chambre. Encore une fois, rien. Donc pas de pendules et pas de peignoirs. Je cherche autour de moi jusqu'à ce que je trouve sa chemise sur le sol. Je la passe et ouvre la porte, en essayant de respirer par la bouche pour éviter l'odeur rance.
N'ayant que partiellement réussi, je suis mon nez qui se fronce jusqu'à la cuisine, où je trouve la source de cette odeur.
Edward cuisine - et j'utilise ce terme au sens large - des œufs et des pancakes. Je pense que c'était des œufs et des pancakes. C'est plus comme des biscuits noirs plats au charbon et de la bouillie brune dans une poêle.
Edward jure en essayant de racler la matière gluante de la poêle.
"Qu'est-ce que tu fais ?" je demande.
Il se retourne et ce qu'il avait gratté atterrit sur le sol. Nous le regardons tous les deux.
Il lève les yeux vers moi.
"Je te prépare ton petit-déjeuner ?" dit-il d'un ton interrogatif.
"Ouais, je pense que je vais passer mon tour. Merci," je grimace.
Il rit d'un air penaud.
"Je ne cuisine pas beaucoup."
Je hausse un sourcil.
"Jamais," corrige-t-il. "Je ne cuisine jamais."
"Et tu as pensé que tu me remercierais pour hier soir en essayant de cuisiner aujourd'hui ?" je demande.
"Ouais.
"Fais-moi une faveur. Ne réessaie jamais ça. Ce n'est pas me remercier, c'est essayer de m'empoisonner," je rigole.
"Je vais garder ça en tête."
"Oh et n'essaie jamais, jamais, de cuisiner pour mon enfant," dis-je.
Edward baisse les yeux vers le sol puis vers le désordre derrière lui avant de me regarder à nouveau.
"Du café ?" demande-t-il.
Je ris, bruyamment et librement.
"Seulement si je le fais. J'ai goûté ton café et il n'est ni beau ni bon," dis-je, en évitant les œufs brûlés et préparant la cafetière.
J'entends Edward nettoyer avant de poser ses mains sur mes hanches. Il embrasse mon cou.
"J'ai oublié de te dire bonjour," murmure-t-il à mon oreille.
Je frissonne et m'adosse à lui. Ooh. Bonjour en effet, je pense en sentant quelque chose de dur se presser contre le bas de mon dos. Je me retourne et jette mes bras autour de son cou.
"Bien." Un baiser. "Bonjour." Baiser.
"Hmmm. C'est un bon matin," murmure-t-il contre mes lèvres.
"Mais ça pourrait être mieux," dis-je.
"Et tu es là," dit-il en riant.
"Quoi ?" je demande.
"On est en train d'être gentils et tu te mets à rire." Il sourit.
"Ouais. Je n'aime pas le sentimental," dis-je en haussant les épaules.
"Pas de sentimental. C'est compris." Il hoche la tête sérieusement.
"Peut-être qu'un peu de légèreté et de douceur, ça irait." Je me laisse aller.
"Oh vraiment ? Et pourquoi pas un peu plus de dur ?" demande-t-il, en appuyant quelque chose de vraiment dur contre moi.
"Je suis pour le dur," je halète, alors qu'il me soulève sur la table de la cuisine et me montre le léger, le doux, pâteux et dur tout à la fois.
"Pourquoi tout le monde me regarde ?" je demande, alors que nous marchons dans le hall vers notre bureau.
"Parce que tu es belle et sexy et..." Il s'arrête quand je détourne les yeux vers lui. "Ils sont probablement en train de me regarder," conclut-il.
"Je suis bien plus sexy que toi, je dis ça comme ça..." je me moque.
"Peut-être plus sexy pour moi mais plus sexy que moi ? Pas possible." Il sourit.
Je n'écoute pas vraiment parce que je viens d'apercevoir mon reflet. Ou plutôt mes cheveux. Mes cheveux très très ébouriffés, très désordonnés.
"A cause de toi j'ai les cheveux comme si on sortait d'uen partie de jambe en l'air !" je hurle en chuchotant.
"Ouaip."
"Pourquoi tu ne m'as pas dit que j'avais les cheveux dans cet état ?"
"Je pense que c'est très seyant pour toi. Ça veut dire que j'ai bien fait mon travail," dit-il, d'un air suffisant.
"Je te déteste," je crache, m'éloignant de lui avec fureur.
"Non, tu m'aimes," dit-il se précipitant pour me rattraper.
"Je suis en train de reconsidérer ça."
"Tu ne peux pas."
"Je ne peux pas ? Si, bien sûr que je peux."
"Non, c'est impossible. Une fois que tu es dedans, tu es dedans."
"Quoi, comme la mafia ?"
"Exactement," dit-il avec un sourire, s'éloignant de moi et entrant dans son bureau. "Je t'aime," dit-il en fermant la porte.
Ma réponse est que je lui envoie ma chaussure.
"Elle va bien ?" je demande à nouveau à Esmée.
"Bella, vas-tu te remettre au travail ? J'ai dit que Charlotte allait bien. Nous avons passé un bon moment, je l'ai appréciée, elle m'a appréciée et je suis sûre que tu as apprécié mon fils et vice versa," dit-elle sournoisement.
"Vous êtes une femme très dérangeante," dis-je.
"Non, juste indiscrète," dit-elle, l'air de rien.
"Oh, c'est ainsi que vous appelez ça… essayer de faire coucher votre fils ... Indiscrète ?"
"Ça a marché, n'est-ce pas ?"
"Je ne réponds pas à ça. Je vous vois vers six heures." Je raccroche, ne voulant pas risquer qu'elle demande des détails.
Je ne jurerais de rien en ce qui la concerne.
Je suis rapidement absorbée par mon travail et je n'entends pas la porte s'ouvrir.
"Bonjour, Isabella."
Je soupire et lève les yeux.
"Charles," je salue avant de reporter mon attention sur mon rapport budgétaire.
"J'ai toujours voulu te trouver travaillant dans un hôpital. Bien sûr, j'avais espéré que ce serait en tant que chirurgien et pas en tant que secrétaire de ton petit-ami," fait-il remarquer.
"Il fallait juste que tu fasses cette remarque, n'est-ce pas ?" je demande, en secouant la tête. "Qu'est-ce que tu veux ?"
"J'ai appris par Aro que ta fille a reçu un cœur. Elle va bien ?"
"Que veux-tu vraiment ? Je sais que tu ne te soucies pas de Charlotte," je réponds de manière égale.
"C'est ma petite-fille."
"Oh, maintenant c'est ta petite-fille ? Waouh. Est-ce que ça veut dire que je suis à nouveau ta fille ? Est-ce que j'ai le droit de t'appeler papa ?"
"Peux-tu, s'il te plaît, agir comme une adulte ?" demande-t-il.
"Je peux agir comme... oh, ça c'est vraiment la meilleure ! Depuis le moment où j'ai eu Charlotte, c'est tout ce que j'ai été. Avec les visites chez le docteur, les opérations, rester debout toute la nuit non pas parce qu'elle pleurait mais parce que j'avais peur qu'elle meure pendant que je dormais et je ne voulais pas manquer un seul souffle, un seul pleur, un rire. Je suis une adulte."
"Je suis passé hier soir. Une femme a dit que tu étais sortie et que tu serais de retour à la maison ce soir. Tu n'es pas à une conférence alors où étais-tu ? Tu dis que tu es une bonne mère mais est-ce qu'une bonne mère resterait-elle dehors toute la nuit et laisserait-elle son enfant à une baby-sitter pour pouvoir aller baiser son petit-ami qui est son patron?"
"Je pense que c'est suffisant, Dr. Swan." La voix d'Edward est ferme et définitive. "Oui, elle était avec moi. Elle méritait une sortie après ces trois dernières années. Et vous ne pouvez pas me dire que vous savez quelque chose sur la façon d'être un bon père. Bien que, malgré vous, Bella soit devenue une femme merveilleuse qui est une mère et une petite- amie incroyable. Et je l'aime. Et j'aime Charlotte. Et parce que je les aime je dois vous dire de dégager votre cul moralisateur et de sortir de mon bureau avant que j'appelle la sécurité et qu'ils vous sortent du bâtiment."
"Je ne suis vraiment pas venu pour me disputer avec toi, Bella," soupire-t-il.
"Mais tu ne peux pas t'en empêcher, n'est-ce pas ?" je demande.
"J'essaie..." Il semble peiné.
"Eh bien, quand tu seras prêt à faire et pas seulement à essayer, alors appelle-moi. En attendant, pars avant que tu ne t'embarrasses encore plus," dis-je, le ton doux.
Avec un signe de tête sec, il s'est exécuté.
Edward s'est dirigé vers moi.
"Tu vas bien ?" me demande-t-il, embrassant le haut de ma tête.
"Ouais." J'enroule mes bras autour de lui. "Et Edward ? Tu es pardonné pour les cheveux en pétard..." dis-je .
"C'est vraiment bon à savoir."
Les roues du bus tournent et tournent, tournent et tournent, tournent et tournent. Les roues du bus tournent et tournent. Dans toute la ville.'
Je m'enfonce davantage dans mon... ok... le sweat à capuche trop grand d'Edward et j'essaie de noyer les sons très joyeux et forts à côté de moi et sur la banquette arrière. Et ce n'est pas comme si je n'appréciais pas leurs chants ou le fait qu'ils soient joyeux mais il est un peu plus de sept heures du matin et je ne suis pas la personne la plus joyeuse du matin et une seule tasse de café ne me suffit pas.
Je bâille encore.
"Fais une sieste," suggère Edward.
Je lui lance un regard de travers.
Il glousse.
"Ok, ok, nous allons garder la musique au minimum," acquiesce-t-il.
"Pourquoi n'es-tu pas grincheux ?" je demande, la voix rauque. Je me racle la gorge pour essayer de la rendre plus normale.
"J'ai bu trois tasses de café avant que tu te réveilles," admet-il d'un air penaud.
"C'est pour ça qu'il ne restait qu'une tasse dans la cafetière ?" je demande, ma voix calme mais menaçante.
"Désolé." Il me fait son sourire de travers.
Zut. Je ne peux pas rester en colère contre lui quand il me regarde ainsi.
"On s'arrêtera pour en reprendre dans la prochaine ville," dit-il.
Je hoche la tête et me retourne pour regarder Charlotte sur la banquette arrière. Elle regarde par la fenêtre, envoûtée par tous les arbres qui bordent chaque côté de la route.
Je me retourne vers l'avant, souriant à présent de son émerveillement enfantin pour toutes les choses nouvelles. Comme tout enfant normal devrait être. Ma fille est normale. Et vivante.
Je glisse ma main dans celle d'Edward et me réinstalle dans mon siège, contente cette fois.
"C'était une bonne idée," dis-je doucement.
"Je savais que tu changerais d'avis."
Je n'ai même pas besoin de le regarder pour savoir qu'il est tout content de lui. Ça résonne juste dans sa voix.
Quand Edward m'a fait part de son idée d'une sortie pour le week-end, je me suis tout de suite moquée. Mais il m'avait assuré que nous n'allions pas loin après avoir exclu Disneyland. Elle est trop jeune pour s'en souvenir et j'avais grogné quand il m'avait rappelé qu'il pouvait se permettre de l'y emmener tous les mois jusqu'à ce qu'elle s'en souvienne.
La dispute qui avait suivi avait été désagréable... la réconciliation, par contre, avait été vraiment très bonne.
Nous avons donc fait un compromis et décidé d'aller à Ocean Shores, une ville balnéaire à deux heures et demie de route. Je me suis demandé à cinq heures ce matin pourquoi il m'avait réveillé si tôt alors que ce n'était pas si loin mais un coup d'œil à leurs visages excités et j'ai évité de râler.
Alors, maintenant, j'étais là. Assise du côté passager de ma voiture pendant que mon petit-ami et ma fille chantaient des comptines.
J'ai dû m'assoupir parce que tout ce que je sais, c'est que j'ai été réveillée en sursaut par une portière de voiture claquant et l'odeur du café chaud.
Je l'ai attrapé et l'ai pratiquement inhalé, le regrettant lorsque le liquide chaud a brûlé ma langue.
"Où sommes-nous ?" je demande, en regardant autour de moi.
"A environ quarante-cinq minutes," m'informe-t-il, tout en regardant en arrière alors qu'il recule.
Bientôt, nous sommes de retour sur l'autoroute et les chansons continuent.
Ce n'est pas grave. J'ai mon café chaud, une fille qui glousse et un petit-ami qui sourit.
Bon sang, je participe même.
Nous passons une journée bien remplie à marcher sur la plage, à laisser Charlotte jouer sur le gigantesque terrain de jeu et à manger la cuisine locale. La joie de voir Edward manger un cheeseburger et des frites ne quittera pas de sitôt ma mémoire. Ni le sourire qu'il arbore en se montrant conciliant avec moi.
Ce soir-là, je l'ai laissé nous emmener dans un restaurant très cher. Charlotte et moi nous sommes mises sur notre 31 et avons laissé Edward nous escorter jusqu'à Chez Louis. Apparemment, l'argent permet d'acheter ce que l'on veut car ils ont fait des filets de poulet pour Charlotte et je sais que ce n'était pas au menu.
Il est neuf heures passées et Charlotte décline lentement. La journée a été longue et amusante et elle est fatiguée. Elle est couchée entre nous sur le lit de l'hôtel, sa tête reposant sur la poitrine d'Edward.
Il lui murmure une histoire pour l'endormir, quelque chose à propos d'un docteur et d'une princesse nommée Charlotte. Je souris à ce spectacle, sachant qu'il y a six mois ce n'était pas quelque chose que je pouvais imaginer.
"...et ils vécurent tous heureux jusqu'à la fin des temps,' termine-t-il puis il l'embrasse sur le front.
"Bonne histoire," dit-elle solennellement.
"Je suis heureux que tu aies aimé. Et maintenant CharBear, il est temps pour une petite fille d'aller dormir."
"Je ne suis pas -tiguée," bâille-t-elle.
Il glousse.
"Bien sûr que non." Il se lève et se penche pour la soulever. Il vient de mon côté et se penche pour que je puisse l'embrasser pour lui dire bonne nuit. Je le fais et je la regarde se diriger vers le canapé pliant et la poser dessus.
"Bonne nuit, mon ourson," dit-il.
"Bonne nuit, papa," répond-elle, ses yeux déjà fermés.
Il se fige, tout comme moi, ses yeux ne se déplaçant que pour trouver les miens, nos regards en larmes se verrouillant et se soutenant. Je mets ma main sur ma bouche pour faire taire le sanglot qui en sort. Il détourne son regard de moi vers elle, puis vers moi, la panique se lisant dans ses yeux. Il s'approche de moi et s'assied.
Il tend la main vers moi puis hésite. Il n'est pas sûr.
"Je suis désolé. Je ne lui ai pas dit de m'appeler comme ça," m'assure-t-il.
Il est désolé ? Pour quoi ? D'aimer ma fille autant que je l'aime. Assez pour qu'elle puisse le dire et l'appeler de la façon qui est habituellement réservée à l'homme que l'enfant adore.
Tout mon monde implose autour de moi et pas du tout dans le mauvais sens.
C'est ce que j'ai toujours voulu pour elle. Avoir une famille complète. Et maintenant, même si ce n'est pas du tout officiel, elle en a une.
Je secoue la tête frénétiquement, en essayant d'arrêter de pleurer. Je me jette sur lui, l'embrassant fermement et lui disant que je l'aime.
Il me tient dans ses bras pendant ce qui me semble être une éternité. Une fois que je me suis calmée, il se penche en arrière pour me regarder.
"Alors, c'est d'accord ?" demande-t-il.
J'acquiesce.
"Je suis désolée. C'est juste que... je suis si heureuse que tu sois ici avec nous. Ça m'a pris par surprise. Je ne savais même pas qu'elle connaissait ce mot. Elle a dû l'apprendre à la crèche. Ça t'a dérangé ?" je demande, soudainement inquiète.
"Quoi ? Non ! Je me sens comme son père. Je l'aime comme un père le ferait. Je pense que je suis bien avec elle," dit-il.
"Tu l'es. Tellement bien. Tu lui as sauvé la vie, Edward. Elle est ici grâce à toi," je chuchote.
"Non, elle est ici grâce à toi. Tu l'as amenée aussi loin que tu l'as fait en te battant contre l'impossible. Je ne veux juste pas que tu penses que je suis avec toi à cause de Charlotte."
"Oh, je sais ça." Je souris, contente d'avoir une occasion de mettre les choses au clair. "C'est ma fabuleuse personnalité qui te retient ici."
"Ça, entre autres choses," fait-il en agitant les sourcils.
"Couché, garçon. Ta fille est juste de l'autre côté de la pièce." Je me moque.
"Répète ça," me demande-t-il..
"Quoi ?"
"Ma fille," chuchote-t-il.
Je pose mes mains de chaque côté de son visage et le regarde droit dans les yeux.
"Elle est à toi dans tous les sens du terme, sauf dans le sens biologique, et ça ne fait pas la moindre différence. Il n'est pas là. Tu es là. Elle t'aime. Tu l'aimes. C'est tout ce qui compte."
Il m'embrasse fougueusement, passionnément, mais pas d'une manière qui dit que je veux faire l'amour mais d'une manière qui dit tu es tout pour moi.
Mais rien ne m'a préparé à ce qui allait sortir de sa bouche ensuite.
"Epouse-moi, Bella."
