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BELLA
"Je suis désolée. Qu'est-ce que tu viens de dire ?" je halète, ma main s'agrippe à ma gorge alors que j'essaie de me rappeler comment respirer.
"Merde," marmonne-t-il.
"Merde ?" je demande, quelque peu offensée. Voilà, l'homme parfait... pour moi en tout cas... me demande de de l'épouser et puis il dit 'merde'.
"J'avais prévu de faire ça de la bonne manière. Tu sais, l'énorme bague qui coûte plus cher qu'une maison, un bon dîner, la danse, la cour... et au lieu de ça, je l'ai lâché pendant qu'on pleurait tous les deux," gémit-il.
"Donc, tu ne regrettes pas de m'avoir demandé, tu regrettes juste la façon dont tu m'as demandé ?" j'éclaircis.
"Tu penses que je regrette de t'avoir demandé ?" dit-il, ses yeux se lèvent pour rencontrer les miens.
"Tu as dit 'merde', Edward. Merde. Ce n'est pas un mot qu'un homme dit s'il est heureux d'avoir fait sa demande."
"Ce n'est pas ce que je voulais dire. Je te le jure."
"Alors tu veux m'épouser ?"
"Oui. Je ne viens pas de le dire ?"
"Mais tu as aussi dit merde."
"Tu vas laisser tomber la partie merde ?" demande-t-il, exaspéré.
"Seulement si tu promets de ne pas m'acheter une bague qui coûte plus cher qu'une maison," je négocie.
"Marché conclu." Il semble soulagé. Puis il réalise ce que je viens de lui faire accepter. Il me regarde fixement pendant que je souris avec suffisance.
"Oh, tu sais que mes doigts sont bien trop délicats pour porter un gros diamant," je lui rappelle.
"Oui, mais tu ne porteras pas non plus une bague tombée tout droit d'un distributeur de chewing-gum," m'informe-t-il.
"Marché conclu. Mais j'ai un droit de veto."
"Tu veux être là quand je l'achète ?" demande-t-il avec incrédulité. "Non. Pas question. Il y a une limite. Limite à ne pas dépasser, maintenant."
J'ai envie de discuter mais je ne le fais pas.
"Bien, mais tu as intérêt à rester en dessous de deux carats ou pas de marché," dis-je.
"Marché conclu." Il sourit.
"Marché conclu," dis-je, en tendant ma main. Il la prend et on se serre la main.
"Attends, est-ce qu'on vient de négocier nos fiançailles ?" demande-t-il en riant.
Je le regarde en état de choc.
"Attends, est-ce qu'on vient de se fiancer ?" je crie.
"Oui, tu pensais que toute cette conversation était à propos de quoi ?" demande-t-il, un sourcil levé.
"Je le sais, je ne suis pas stupide mais juste... waouh. Fiancés. Il y a six mois, je te détestais. Et maintenant je viens d'accepter d'être ta femme. J'ai du mal à me faire à l'idée. C'est tout," dis-je, en secouant ma tête d'étonnement.
"Il y a six mois, j'étais satisfait d'être seul. Mon travail était tout, le pouvoir était tout. Je me cachais derrière mon travail, fermant la porte à tout le monde. Puis Charlotte et toi êtes arrivées et soudainement le travail, le pouvoir... ça n'avait plus d'importance parce que tout ce que je voyais c'était toi et ta magnifique fille."
"Notre magnifique fille," je lui rappelle doucement.
Il se redresse et me regarde avec une résolution et une détermination renouvelées.
"Je veux l'adopter. Faire officiellement qu'elle soit à moi. Tu t'y opposerais ?" me demande-t-il.
Oh, waouh. On dirait que tout a été sorti du chapeau ce soir. J'hésite, pas pour une autre raison que d'être simplement étonnée de la tournure que prend ma vie. Mais il doit prendre ça comme une incertitude de ma part parce que la joie dans ses yeux fait place à la déception et à la douleur.
Eh bien, ça ne ferait pas l'affaire. Pas du tout.
"Rien dans ce monde ne me rendrait plus heureuse. Charlotte Elizabeth Cullen..." je lui fais un grand sourire avant qu'il ne m'attrape et me fasse asseoir sur ses genoux, m'embrassant intensément. Cette fois-ci dans un joyeux "j'ai envie d'arracher tes vêtements parce que tu viens de faire de moi l'homme le plus heureux de la terre."
Je regarde Charlotte, une Charlotte profondément endormie.
"Mon Dieu, j'espère que ce lit ne grince pas ou elle aura besoin d'une thérapie pendant des années," dis-je à bout de souffle contre sa bouche.
Il sourit. "On va tester ça. A des fins de comparaison, bien sûr."
Alors nous avons alors fait des comparaisons pendant deux heures.
EDWARD
Je fais les cent pas devant la bijouterie pendant cinq minutes, d'avant en arrière, d'arrière en avant.
Si je n'étais pas si bien habillé, ils auraient pu penser que je faisais le guet.
"Papa !"
Je m'arrête net et je souris quand ma Charlotte court vers moi. Je la prends dans mes bras et la fait tourner, me délectant de son rire.
"Charlotte, ne me fuis pas, s'il te plaît !" halète Alice, rattrapant son retard. Mais même elle ne peut pas rester longtemps en colère contre mon ange.
"Mais c'est papa," dit Charlotte.
Qui pourrait dire le contraire ?
Alice avait été choquée mais d'accord quand on lui avait dit qu'on allait se marier et que j'adoptais Charlotte.
Et maintenant elle était là pour m'aider à choisir la bague de Bella.
Je pourrais le faire moi-même mais avoir l'aide des deux personnes les plus importantes de sa vie rendrait les choses meilleures.
"Faisons ça," dis-je.
"Si quelqu'un m'avait dit il y a un an que le bâtard pour qui je travaillais allait devenir ce type abruti, joyeux et amoureux, je me serais étouffée avec un écarteur," plaisante Alice.
"Je suis toujours ton patron," je lui rappelle d'un air hautain.
"Oui, mais te voir sautiller joyeusement dans tous les sens ruine l'image sévère que tu veux donner."
Je me moque d'elle en la regardant fixement mais je ne peux pas continuer. Finalement je souris.
"Bienvenue chez Kleinfeld. Puis-je vous aider ?"
Je me tourne vers la femme à l'allure professionnelle avec un sourire charmant.
"Oui, je cherche une bague."
"Pour votre mère ?" demande-t-elle, en souriant de manière dédaigneuse.
Mon sourire glisse.
"Non, pour ma fiancée," dis-je sèchement.
"Oh. Bien sûr, Monsieur. Nous avons beaucoup de bagues merveilleuses. Quel genre votre fiancée aime-t-elle ?" dit-elle avec un air plus réservé.
"Je n'en ai aucune idée." Je réfléchis, en regardant Alice.
Elle sort une liste de son sac à main.
"Simple, élégant, de préférence en or blanc, pas de marquise, moins de deux carats." Elle lève les yeux de son papier. "Selon vos négociations." Elle sourit.
Je roule des yeux.
"Ce qu'elle a dit..." dis-je à la vendeuse.
"Je pense que nous pouvons trouver quelque chose correspondant à ces spécifications. Par ici."
Elle nous conduit jusqu'à un comptoir en verre avec des centaines de brillants. Je veux tous les acheter mais je sais que je me ferai ébouillanter par Bella. Donc, je les regarde chacune attentivement, certaines que je mets dans la pile "peut-être", d'autres dans la pile "non, elle me scalperait".
Mais aucune ne convient.
Après une heure, je commence à être frustré. Aucune n'est bonne pour elle.
"Peut-être un autre magasin ?" je suggère à Alice.
"Il y en a un sur l'avenue Risher," dit-elle.
"Ok." Je regarde la vendeuse déçue. "Merci pour votre temps."
Nous partons et prenons ma voiture puisque je suis garé plus près. J'ai déjà un siège dedans pour Charlotte. Bizarre comment être un père de famille vous change.
Nous conduisons vers notre nouvelle destination, la peur de ne pas trouver ce que je cherche commence à s'installer.
Puis je le vois. Je fais un écart sur la voie de gauche et je me gare.
Alice me regarde fixement.
"Pourquoi diable as-tu fait ça ?"crie-t-elle. "Tu aurais pu nous tuer !"
"Alice dit des gros mots," ajoute Charlotte.
"Désolé, je suis désolé, tu as raison mais regarde…." Je montre le panneau.
Un moment dans le temps
"J'ai entendu parler de cet endroit. Une infirmière a reçu un collier d'ici l'année dernière pour Noël."
"Entrons. J'ai un bon pressentiment sur cet endroit."
Nous sortons en portant Charlotte, j'entre.
C'est encombré mais propre. Beaucoup de meubles démodés. Des meubles coûteux. Au fond, il y avait un long comptoir en verre comme celui de chez Kleinfeld mais plus vieux.
"Je suis à vous tout de suite," j'entends une voix venant de l'arrière.
Une minute plus tard, une femme d'une cinquantaine d'années sort avec un sourire agréable. Ses manières me rappellent ma mère et je l'aime instantanément.
"Que puis-je faire pour vous ?" demande-t-elle.
"Nous voudrions trouver une bague de fiançailles," lui dis-je.
Elle regarde Alice, debout à côté de moi.
"Mais vous n'êtes pas la femme en question." Elle dit plutôt que de demander.
"Non, je suis sa sœur."
Elle opine.
"Décrivez-moi cette fille."
"Elle est incroyable. Gentille, belle, douce mais forte. Une mère, une sœur et une amie merveilleuses. Elle mérite ce qu'il y a de mieux mais ne le pense pas," je résume.
"Je pense que j'ai ce qu'il faut," dit-elle et elle nous fait signe de la suivre.
Elle contourne la vitrine et se dirige vers un coffre-fort, en sortant une boîte à bagues en velours noir.
Elle la pose face à moi et l'ouvre.
Alice sursaute. Je souris simplement.
C'est ça.
"C'est un diamant sans défaut de 2,03 carats datant des années 1940. Serti en platine. Pas trop imposant mais pas trop petit non plus. Il devrait satisfaire le riche homme d'affaires et sa future épouse plus prudente financièrement."
"Comment avez-vous su ?" je demande.
"Je peux juste le dire," dit-elle simplement.
"Combien ?" je demande, même si ça n'avait pas d'importance.
"19 295 dollars," dit-elle.
"Bella va te tuer !" s'étrangle Alice.
"J'ai lu quelque part qu'une bague de fiançailles devrait coûter au marié trois mois de salaire," dis-je.
"C'est beaucoup moins cher que ça. Je vais la prendre."
"Ce sont tes funérailles," dit-elle.
"Ce qu'elle ne sait pas ne la tuera pas. Tu nies qu'elle va aimer ça ?
"Non, mais si elle me le demande directement, c'est ton problème," me prévient-elle.
"D'accord."
Je regarde la femme.
"Prenez-vous American Express ?"
BELLA
"Où est-ce que tu m'emmènes ?" je demande, alors qu'il me pousse dans la voiture.
"Je retourne sur la scène du crime."
Qu'est-ce que ça veut dire ?
"Tu sais que je déteste les surprises, hein ?" je demande.
"Oui, je sais," c'est tout ce qu'il dit. Il a un air satisfait sur son visage.
Je n'aime pas ça.
Quand il s'arrête dans une rue familière, je lui jette un regard en coin.
"Sérieusement ?"
"Oh allez, fais-moi plaisir. Ce n'est pas comme si on venait souvent ici."
Il a raison. Mon dédain pour la Loge est bien connu. Je n'y étais venue qu'une seule fois depuis que j'avais été virée et c'était au déjeuner d'affaires auquel j'avais assisté avec lui.
Je le laisse m'aider à sortir de la voiture et j'enroule mon bras autour de son biceps alors qu'il escorte à l'intérieur. Je regarde autour de moi et je suis surprise de voir que ce qui m'a autrefois ne le fait plus.
Hum.
"Bienvenue au Lodge, Dr. Cullen. Nous avons une table privée toute prête pour vous," annonce une hôtesse inconnue avec un sourire chaleureux. Je souris en retour et la suis.
"Asseyez-vous, votre serveur arrive tout de suite," dit-elle, en nous tendant nos menus.
Je mets le mien de côté. Je connais bien le menu.
"Pourquoi ici ?" je demande.
"Pourquoi pas ici ? C'est ce que Forks a de mieux à offrir. Et tu sais combien j'aime avoir le meilleur... le meilleur vin, la meilleure nourriture, le meilleur travail... les meilleures filles."
"Les filles ? Au pluriel ?" je hausse un sourcil.
"Oh, oui," dit-il, les yeux pétillants. "J'ai deux des meilleures filles qui soient."
Je souris.
"Tu es un homme chanceux," je lui réponds
"Je ne le sais que trop bien," dit-il, ses yeux maintenant sérieux.
"Dr. Cullen, Bella."
Je fais un grand sourire à Riley et me lève pour le serrer dans mes bras.
"C'est si bon de te voir," je crie.
"Tu es fantastique. Et comment va notre fille ?"
"Oh. Je ne t'ai pas vu ! Riley, elle a un cœur et elle court et saute et joue et tu dois la voir..." je radote.
"C'est une excellente nouvelle, Bella. Je suis si heureux pour toi. Je t'avais dit que tout s'arrangerait, n'est-ce pas ?" dit-il.
"Oui, tu l'avais dit."
"Que puis-je vous servir à boire ?" demande-t-il, repassant en mode serveur.
"Pourquoi pas de l'eau dans un verre propre, un gin tonic pour lui et un coca pour moi ?" je suggère, me mordant la lèvre pour empêcher mon rire de s'échapper.
Edward glousse.
"Oui, ça serait bien, Riley."
"Tu t'en es souvenu," dit-il quand Riley est parti.
"Comment pourrais-je oublier ? Tu étais un âne pompeux, Dr. Cullen. Quelqu'un avait besoin de te faire descendre de ton nuage."
"Au moins, c'est du passé maintenant," dit-il.
"Ça l'est. La plupart du temps..." je glousse à son regard moqueur.
On nous apporte nos boissons et nous commandons notre dîner. Nous discutons de tout et de rien. Alors que nous attendons le dessert, il se tourne vers moi.
"Tu m'as tout donné, Bella. Avant toi, je pensais que je vivais mais je ne faisais qu'exister. Je n'avais personne. J'avais une maison froide, un travail froid, une vie froide, sans aucun sens. Puis je t'ai rencontré et maintenant j'ai tout. Tu es mon tout. Et je veux être ton tout." Il fait glisser une boîte en velours vers moi et je commence à pleurer.
"Tu ferais mieux de ne pas avoir trop dépensé pour ça..." je préviens.
Je l'ouvre et je halète.
"Oh mon Dieu, combien ça a coûté... tu sais quoi, ça n'a pas d'importance. Elle est magnifique et je l'adore."
Il me la prend.
"2,03 carats, platine pas or jaune, simple, magnifique... juste comme tu l'as demandé," dit-il en la faisant glisser sur mon doigt.
Je le regarde puis me penche en avant, plaçant mes deux mains sur son visage et l'embrasse intensément.
"J'adore ça," dis-je, en me reculant.
"Je t'aime," répond-il.
"On peut rentrer à la maison maintenant ? Je veux être seule avec ma famille," je demande..
"Je pensais que tu ne demanderais jamais..."
Donc, avec le dessert emballé, nous rentrons. Charlotte court vers nous et nous serre tous les deux dans ses bras, si excitée de nous voir. Nous lui parlons de nos projets et elle a compris qu'Edward était là pour rester. Et pour elle, c'est le plus important.
Pour moi aussi.
J'ai une vraie famille, une sœur que j'adore, une fille pour laquelle je mourrais et un futur mari qui mourrait pour nous.
Une chose simple, vraiment, que les gens ont tous les jours. Et c'est quelque chose que certaines personnes prenaient pour acquis.
Mais en regardant Edward lire à notre fille et faire des voix amusantes pour chaque personnage, ce n'est pas quelque chose que j'avais jamais rêvé d'avoir.
Mais je l'ai eu.
Non seulement ma fille a trouvé un coeur mais Edward et moi avons aussi trouvé le nôtre.
Charlotte me demande parfois - dans toute son innocence de trois ans - ce qu'il y a sous sa cicatrice.
Je souris juste et lui dis...
C'est là que se trouve le cœur.
FIN
