BELLA

"Le rose me va très bien," m'informe Alice.

"Pas de rose," objecte Maggie.

"Donnez-moi une bonne raison de ne pas le faire ?" Alice lance un défi.

"Parce que je ne suis pas Molly Ringwald et que ce n'est pas un film de John Hughes." Elle se renfrogne, puis me regarde. "Je refuse de porter du rose."

J'acquiesce puis j'envoie un regard d'excuse à ma sœur.

Elle roule des yeux mais opine. Maggie lui tape toujours sur les nerfs.

Nous sommes assises à la cafétéria, le contenu de mon dossier de mariage étalé sur la table. "Violet ?" suggère Alice.

"Non,"dit Maggie.

Et ça continue. "Orange ?" "Pas du tout." "Jaune ?" Donc, je peux ressembler à ce putain de Ronald McDonald ?" "Noir ?" "Comme un enterrement ?" "Blanc ?" "Seule la mariée porte du blanc et je ne vais pas me marier dans cette vie." "Marron ?" "Pour qu'on ait l'air de taches de merde ?"

"Ça suffit !" dis-je fermement. "C'est mon mariage et puisque vous n'êtes d'accord sur rien, je vais choisir la couleur."

Elles me regardent toutes les deux, dans l'expectative. Ok, Alice me regarde de cette façon. Maggie est juste ennuyée. "Vert." Je décide.

Elles me regardent puis se regardent l'une l'autre et hochent la tête.

"Vert c'est bien."

"Ouais, j'aime bien."

"Bien, on continue. Nous avons l'endroit..."

"Tu es sûre de vouloir te marier en plein air à Forks, Washington ? La ville la plus pluvieuse du pays ?"

Je soupire. "Oui. Et c'est surtout de la bruine. Aucune de vous ne va fondre." Je fais une pause. "Eh bien, Maggie pourrait."

"Hey, cette remarque me contrarie." Elle sourit, en mettant une frite dans sa bouche. "Comme je le disais, on a le lieu, la date, les invitations, ma robe, celle de Charlotte, celles des garçons d'honneur et du mari. Les costumes des garçons d'honneur et du marié, le traiteur, le D.J. Il ne nous reste plus qu'à commander vos robes puisque nous nous sommes finalement mis d'accord sur la couleur. Les choses avancent bien." Je fais un grand sourire.

"Qui sont les garçons d'honneur d'Edward ?" demande Maggie.

Je soupire.

"Son père est son témoin, ce qui est merveilleux. Maintenant qu'il est plus souvent à la maison, ils sont devenus beaucoup plus proches. Et il est un si bon grand-père pour Charlotte. Et il est devenu ami avec Jasper Whitlock, donc c'est l'autre."

"Attends. Donc, si Alice est ta demoiselle d'honneur, ça veut dire que je dois marcher avec Jasper "La Tête de Noeud" Whitlock ?" demande Maggie , incrédule. Elle se tourne vers moi. "Il y a des limites à cette amitié, Bella."

"Reprends-toi, O'Connell."

"Donc, Maggie, tu sortiras avec Tête de Nœud en premier. Carlisle sera déjà à l'autel avec Edward. Puis Charlotte sortira..."

"Je pensais que je sortirais avant elle," l'interrompt Alice.

"A propos de ça. Je pensais qu'en plus d'être ma demoiselle d'honneur, ça ne te dérangerait pas de me conduire à l'autel. C'est juste que... c'est nous deux contre le monde depuis aussi longtemps que je me souvienne et je ne vois personne de mieux pour me faire entrer dans ma nouvelle vie que celle qui m'a aidé à traverser l'ancienne."

Alice fond en larmes et contourne la table pour me serrer dans ses bras.

"Rien ne me rendrait plus heureuse." Elle chuchote.

"Pouvez-vous limiter la surcharge d'œstrogène s'il vous plaît ?" plaide Maggie. "J'essaie vraiment de ne pas m'étouffer."

Nous roulons des yeux et nous moquons d'elle.

Nous continuons jusqu'à ce que leurs bips se mettent à sonner. Je jure avoir entendu Maggie murmurer "Dieu merci" en se levant.

Je ris doucement et regarde ma montre. Je suis ici depuis plus longtemps que je ne le pensais. Je rassemble rapidement mes affaires et me dépêche de retourner à mon bureau.

"Vous êtes en retard, Mlle Swan." J'entends alors que je pose mes affaires sur mon bureau. Je me retourne et souris à mon patron.

"Désolée, Dr. Cullen. Je prépare un événement très important," je réponds.

Il fait le truc de se pencher. J'adore quand il fait ça, avec la tête penchée sur le côté et son petit sourire en coin. Je suis une femme chanceuse.

"Oh, bien, c'est bon alors." Il s'avance vers moi et s'approche pour m'embrasser doucement. Je fredonne de contentement, enroule mes bras autour de lui et blottit ma joue contre sa poitrine. J'écoute son cœur - fort et régulier - et respire.

Le téléphone sonne et je le lâche à contrecœur pour répondre.

"Bureau du Dr. Cullen. Puis-je vous aider ?"

J'écoute pendant quelques instants. Je lui fait comprendre que c'est d'Anderson. Il hoche la tête.

"Oui, M. Anderson. Il est disponible. Je vous transfère tout de suite. Passez une bonne journée."

"Je dois prendre cet appel. Tu veux prendre Charlotte tôt et aller dîner ?" Il demande en pressant ses lèvres sur les miennes.

"Hmm hmmm..." je murmure contre ses lèvres.

"C'est un rendez-vous," dit-il en retournant à son bureau.

Je m'occupe de mémos, d'appels téléphoniques et autres, évitant le paquet sur mon bureau comme la peste. C'est finalement trop pour moi et je l'attrape, en jetant les brochures sur mon bureau.

École de médecine de l'Université de Washington

Je soupire bruyamment. Est-ce que je veux vraiment faire ça ? Ça voudrait dire déménager à Seattle, étudier à toute heure. Du temps loin de Charlotte, loin d'Edward. La seule raison pour laquelle j'y pensais, c'est parce qu'il m'encourageait à finir ce que j'avais commencé il y a tant d'années.

Je dois être complètement folle.

"Bella !" se précipite Alice, l'alarme sur son visage.

"C'est Charlotte ?" je crie. Edward se précipite hors de son bureau à mon cri.

"Non ! Je suis désolée. Charlotte va bien. C'est Charles."

Je soupire de soulagement.

"Eh bien, qu'est-ce qui ne va pas avec lui ?" Je réponds d'un ton très agacé.

"Il a eu une crise cardiaque. Il y a un blocage majeur et Maggie l'emmène en chirurgie dans quelques minutes. J'ai pensé que tu devais le savoir."

Je réfléchis à ça. Est-ce que ça m'intéresse ? Oui. Devrais-je m'en soucier ? Probablement pas. Je peux aller chercher Charlotte, partir avec Edward et ne pas m'en soucier soucier. Je devrais le faire mais en regardant Alice, je ne peux pas.

Parce qu'elle a l'air d'avoir peur pour lui. Elle me soutient si bien et techniquement, Charles ne lui a jamais tourné le dos. Elle m'a choisi parce qu'elle savait que j'avais plus besoin d'elle que lui et que ce qu'il a fait était mal.

Mais ça ne veut pas dire qu'elle ne l'aime pas. Qu'il n'est pas quelqu'un d'important pour elle. Cela signifie simplement qu'elle nous a aimé Charlotte et moi davantage. Et pour cela, je resterai avec elle pendant qu'elle attend.

Je regarde Edward. Il sait déjà sans que je dise un mot ce que je vais faire.

"Je dois finir une autre heure de travail et ensuite je partirai avec Charlotte. Tu fais ce que tu as à faire, d'accord ?"

Je frôle ses lèvres avec les miennes et murmure mes remerciements. Il se baisse et me serre la main de manière rassurante avant de serrer Alice dans ses bras.

Je regarde Alice pendant qu'il se retire dans son bureau.

"Où veux-tu attendre ?" Je lui demande.

Ses yeux s'embuent et elle me serre durement dans ses bras.

"Je sais que tu ne veux pas..."

"Chuuut... rien de tout ça. Tu m'as soutenu d'une manière que je ne pourrais jamais rendre. Ce n'est rien. C'est mon père aussi, même s'il est nul. Pourquoi on n'irait pas attendre dans une des salles de garde de l'étage de chirurgie ? On peut prendre un café et juste s'asseoir et attendre."

Elle acquiesce et je l'entraîne vers le kiosque à café du rez-de-chaussée où se trouve le bon café puis vers notre destination pour les prochaines heures. J'envoie un message à Maggie pour lui dire de me contacter ou de contacter Alice pour des nouvelles.

Alice n'est pas vraiment d'humeur à entamer une conversation mais je sais qu'attendre des heures en silence vont le faire durer plus longtemps alors je brise la glace.

"Tu te souviens du Noël après la mort de maman ?"

Ses yeux se lèvent du sol et elle acquiesce.

"J'ai décidé d'essayer de cuisiner pour nous et j'ai presque brûlé la cuisine ?"

"Oui, et je pensais que papa serait furieux, mais après avoir éteint le feu, sa moustache a fait ce mouvement qu'elle fait quand il essaie de ne pas rire," intervient Alice.

"Je pensais que je serais foutue après ça mais il a juste commandé une pizza et engagé quelqu'un pour repeindre le tour de la cuisinière."

"Et la fois où il a dû partir à une conférence et que tu as convaincu la baby-sitter que tu avais la varicelle en marquant ta peau de points rouges pour ne pas avoir à aller à l'école."

"Comment la baby-sitter n'a pas vu que c'était faux, je ne le saurai jamais ! Elle était censée être une professionnelle qualifiée." Je rigole.

"Tu as été punie pendant deux semaines pour celle-là," me rappelle Alice.

"Ce n'est pas comme si ça avait duré. Il n'était pas là pour faire respecter la punition," dis-je, tristement.

Alice se tait. Et puis...

"Peut-être qu'il ne savait pas comment être un père. Il était si perdu après la mort de maman. Il l'aimait avec tout ce qu'il avait et peut-être qu'il n'y avait plus rien pour nous. Nous étions des rappels vivants d'elle et donc il s'est jeté dans son travail. C'est un brillant docteur, Bella."

"Je ne peux pas le nier et je voulais être comme lui. Pas le côté parent absent mais le côté médecin."

"Tu peux toujours."

"Je sais. Edward l'encourage, en me laissant des brochures et des demandes d'inscription en fac de médecine. Il déménagerait demain si je le voulais mais je ne sais pas. C'est beaucoup et Charlotte est toujours en convalescence et c'est juste... beaucoup. Et tu es ici donc..."

"Je peux déménager à Seattle, aussi. Ou on peut se rendre visite. Ce n'est pas à l'autre bout du monde. C'est Seattle."

"Je sais. Je suis en train d'y réfléchir."

Son téléphone sonne et je sursaute. Alice le prend. Elle écoute pendant quelques minutes, remercie son interlocuteur et raccroche.

"Il est en dérivation en ce moment. Les choses se passent aussi bien qu'on peut l'espérer. Trois artères bloquées." J'acquiesce tandis qu'elle se réinstalle.

"Penses-tu qu'un jour tu pourras lui pardonner ? " demande Alice.

Je prends une gorgée de mon café et je soupire.

"Je pense que je l'ai déjà fait, Alice. Ce n'est pas que je sois en colère, je suis indifférente. Il n'était pas un bon père mais je n'ai jamais voulu que ta loyauté envers moi affecte ta relation avec lui."

"Comment cela pourrait-il ne pas être le cas ?" Elle hausse les épaules. "Je ne regrette pas de t'avoir "choisie". Tu avais plus besoin de moi que lui."

"Il ne semblait avoir besoin de personne mais peut-être que si, je ne sais pas..." Je soupire à nouveau.

Nous sommes toutes les deux silencieuses après ça. Alice s'endort en s'appuyant sur moi. Je souris parce que c'est enfin mon tour de la tenir pendant qu'elle s'endort.

Son téléphone sonne à nouveau et elle se lève d'un bond, même si c'est moi qui réponds cette fois. "Allô ?"

"Bella ? Je pensais avoir appelé le téléphone de Swan."

"Tu l'as fait, Maggie. Je suppose que tout s'est bien passé."

Elle se moque. "Bien sûr, c'est le cas. C'était moi le chirurgien."

Je roule les yeux et dis à Alice que l'opération a réussi.

"Alice pourra aller le voir dans une heure environ. Il sera dans la chambre 108 de la CICU."

"Ok. Et Maggie... Merci."

"De rien, Bella." Elle fait une pause puis, "Être amie avec toi m'a permis d'avoir deux très bonnes chirurgies cardiaques, alors merci."

Je rigole en me déconnectant et en jetant légèrement le téléphone d'Alice vers elle.

"Nous pourrons aller le voir dans une heure. Chambre 2108."

"Nous ?"

Je lui souris doucement. "Oui, nous. C'est le moment."


J'hésite devant la porte de sa chambre alors qu'Alice s'y précipite. Je la regarde s'occuper de lui et lui parler doucement. Je la laisse faire jusqu'à ce que je la voie attraper son dossier.

Je le lui prends doucement. "Tu n'es pas son médecin. Tu es sa fille."

Elle acquiesce à contrecœur. "Tu sais que j'ai raison."

Elle laisse échapper un soupir silencieux.

"Bella. Alice." C'est faible mais on l'entend. Elle se précipite à nouveau à ses côtés et laisse échapper un rire soulagé.

Je me tourne vers lui et me dirige lentement vers l'autre côté de son lit. Hypocritement, je remarque ses résultats et suis soulagée qu'ils soient dans les limites de la normale. Il est un peu pâle mais cela va s'améliorer. Bien sûr, je ne regarde pas tout cela comme un médecin mais comme une mère qui a enduré plusieurs opérations à cœur ouvert avec son enfant. Je regarde partout sauf directement vers lui. Jusqu'à ce que je n'aie d'autre choix que de le faire quand je le sens serrer faiblement ma main. Je m'attends à la dureté à laquelle je suis habituée mais je vois au contraire une douceur et une franchise absolues. Deux choses auxquelles je ne suis pas préparée.

"Salut," Je murmure maladroitement.

Il nous regarde d'un air implorant avant de murmurer deux mots que je ne pensais pas entendre un jour. "Je suis désolé..."

Je regarde Alice et elle me regarde aussi. Je souris et elle aussi. Puis nous lui sourions tous les deux. Il est temps de laisser la guérison des cœurs endommagés commencer, une fois de plus.