Bonjour,
Merci pour vos messages :) Voici le chapitre 22.
Bonne lecture :)
Chapitre 22
Stiles ouvrit les yeux sur le ciel étoilé. Allongé sur le sol herbeux, il prit du temps à réaliser ce qui venait de lui arriver. Se redressant avant de grimacer quand sa sensation de vertige réapparut, Stiles se pencha en avant, tentant de reprendre sa respiration. Il sentit une main se poser contre sa nuque, avant qu'il ne découvre le visage de Derek, agenouillé près de lui. Derrière eux, tous les autres se trouvaient debout, frais comme le jour.
« Je vous déteste tous. Vous et vos sens en parfait état. »
Derek eut un sourire en coin avant de l'aider à se remettre sur ses pieds. Stiles dépoussiéra rapidement son uniforme, fronçant les sourcils face à la petite tache brune désormais dessinée sur le bas de son pantalon. Son corps privé de magie lui faisait défaut mais Stiles n'était pas tout à fait certain que même en ayant tous ses pouvoirs en poche, il aurait été capable de ne pas trébucher par terre, comme un nouveau-né.
Autour d'eux, l'adolescent ne voyait pas grand-chose. Ils semblaient être dans une sorte d'allée, les ruelles pavées encore humides par la pluie qui était tombée. Et pourtant, Stiles pouvait flairer qu'ils n'étaient plus très loin. Il y avait quelque chose d'électrique dans l'air, comme s'il était capable de sentir la présence de Jennifer, après toutes ces années.
En quelques enjambées, Skye les guida avec adresse dans les petites rues vides, servant d'éclaireur à chaque carrefour. Et ce fut là que Stiles l'entendit. Le bruit de la musique, les violons grattant sur les cordes, celui de gens confabulant, le son de talons hauts frappant le sol. Toujours caché avec les autres en contrebas, il l'aperçut enfin.
Le lieu était encore plus impressionnant que ce qu'il s'était imaginé. Une immense bâtisse, d'allure victorienne se dressait en haut d'un grand terrain. Malgré la beauté et l'élégance des murs construits, elle paraissait presque effrayante. L'entrée était formée de deux gigantesques portes en bois de chêne, ornées et sculptées avec les armoiries des Natifs, semblant marquées au fer rouge. Une longue allée avait été aménagée, entourée de fleurs et de vases et illuminées par des lampions.
Il y avait également un portail devant lequel s'arrêtait à un rythme régulier des voitures rutilantes, depuis lesquelles sortaient des individus vêtus de soie et de velours. Nombre d'entre eux étaient habillés et maquillés à outrance, les femmes souvent entourées de tulles et de voiles, alors que les hommes tendaient les clés de leurs automobiles flambant neuves aux voituriers mis à disposition pour l'occasion. Sans surprise, un pupitre avait été dressé, devant lequel chaque invité devait passer, présentant leur carton d'invitation à un gardien au visage peu amène.
Stiles déglutit. Ils n'avaient pas le choix, il fallait que ça fonctionne. Comme si elle était capable de lire dans ses pensées, l'adolescent entendit Laura annoncer, comme un dernier avertissement :
« Est-ce que vous êtes sûrs ? On ne pourra plus faire machine arrière, après ça. »
Stiles saisit rapidement que ce message, s'il avait été prononcé oralement, s'adressait à lui particulièrement. Mais il était sûr de lui.
« Très bien. » Se tournant vers Peter, Laura ajouta. « Vous savez ce qu'il vous reste à faire. Ne pas vous faire tuer serait déjà une bonne chose. »
« Je ne compte pas mourir ce soir. » Peter envoya, sûr de lui. « On se retrouve au point de rendez-vous. »
Puis, il partit en direction du sud de la bâtisse, accompagné de Skye, Deaton et Chris. Stiles s'était demandé ce qu'ils avaient prévu de faire, constatant qu'aucun d'eux ne portaient ni d'habits chics, ni de quoi apparaître comme des employés travaillant pour le bon déroulement de cette soirée. Ils avaient réussi à mettre la main sur des instruments que Skye avait déniché Stiles ne savait où. Mais il espérait en tout cas qu'ils parviendraient sans mal à entrer. Peter avait l'air particulièrement décidé et cette attitude, peut-être un peu arrogante, le rassura quand même un peu.
Laura, qui avait accordé un dernier regard à son oncle, s'approcha alors de son frère, paraissant prête à dire quelque chose quand celui-ci l'arrêta.
« Je sais. Je veillerai sur elle. » acquiesça-t-il en direction d'Allison. « Soyez prudents. »
Elle hocha la tête et Stiles réalisa qu'il s'agissait sans doute de la chose la plus difficile que Laura avait à faire. Laisser son petit frère entrer ainsi dans la gueule du loup, sans être certaine d'arriver à temps si les choses devaient mal tourner. Pourtant, elle se reprit vite, son visage se muant dans une expression pondérée et Stiles fut si admiratif de son self control qu'il manqua ne pas remarquer que Derek lui avait chuchoté quelques mots.
« Pas de bêtises. »
Son regard était ancré dans le sien et Stiles comprit qu'au-delà de cette remontrance, il y avait aussi de l'inquiétude. Cette dernière était lisible sur ses traits, bien que Derek gardât obstinément un visage dur et grave. Mais il n'avait pas besoin de le dire, Stiles savait qu'il éprouvait des difficultés à devoir le laisser là, lui aussi. Désireux de retirer cette angoisse apparente de sa figure, Stiles s'offusqua faussement.
« Pour qui tu me prends ? Je sais suivre des ordres. »
Cependant, Derek ne lâcha pas son regard tout de suite, semblant savoir parfaitement de quoi Stiles était capable. Scott et Allison avaient également partagés également des messes basses, leurs regards amoureux perceptibles à des kilomètres, avant que celui-ci ne parte avec Peter. S'accordant un instant avant de devoir se séparer. Stiles se demanda alors si c'était ce que Derek et lui étaient en train de faire. Si derrière ces taquineries et ces avertissements ne se cachaient pas autre chose, quelque chose de plus profond et d'organique. Une supplique à peine cachée ressemblant à un « S'il te plaît, reste sain et sauf, ce soir. J'en ai besoin. »
Derek lit clairement ce qui était en train de se passer dans sa tête car son expression changea, s'adoucissant avant qu'il ne se décale. S'avançant vers Allison, il lui offrit son bras auquel elle s'accrocha avant que tous deux ne se transforment en parfaits individus de la haute société. Stiles les observa se déplacer jusqu'à finalement être à découvert. Il les contempla s'unir avec le reste de la foule, remarquant les regards perplexes et envieux de certains.
Il s'arrêta ensuite de respirer quand ils arrivèrent au poste de sécurité, Derek présentant sa pièce d'identité ainsi que son faire-part sans trembler. Cela sembla durer une éternité. Puis, en une seconde, ce fut terminé. L'homme leur fit un signe de tête, leur laissant le passage. Derek et Allison traversèrent alors l'allée avant de s'engouffrer dans la demeure.
« Ils ont réussi. » Laura signala, comme si elle aussi, avait vécu ces dernières minutes telle une séance de torture. « C'est à nous de jouer, maintenant. »
Stiles, Laura, Jackson et Isaac prirent la direction opposée, se dirigeant vers l'entrée des salariés. Derrière, il n'y avait aucune invitation à présenter, ni même de gardiens postés pour assurer la sécurité. Seulement une vingtaine de personnes, certains en train de fumer une dernière cigarette avant le grand saut alors que d'autres paraissaient déjà débordés. S'installant sur un petit muret, Stiles et les autres patientèrent, espérant obtenir le signal rapidement.
A l'intérieur, Allison avait pour charge de faire connaissance et de sympathiser avec la maîtresse de cérémonie et l'amener près des toilettes pour femmes. Une fois là-bas, elle devait lui injecter un somnifère que Melissa leur avait gentiment apporté. Derek, resté en salle, devait leur envoyer un signal via le bracelet portatif qu'il portait sur lui et qui leur avait déjà servi lors de leur première mission. Le problème, c'était qu'en attendant que tout cela se passe, Stiles était bloqué à l'extérieur, ignorant tout du déroulement de la fête. Il tenta de se détendre, se persuadant que tout allait bien se passer. Mais il ne dut pas être très convaincant.
« Tu sais que les gens vont commencer à se poser des questions si tu n'arrives pas à tenir en place. »
Alors que les autres étaient assis, Stiles faisait les cent pas, ruminant en même temps qu'il se mouvait et Isaac n'avait pas tort, son agitation risquait fort d'attirer l'attention. Ce dernier lançait pourtant des coups d'œil en direction de la porte, comme s'il s'attendait à tout moment à voir débarquer une armée de Manteaux Noirs prêts à les arrêter. Choisissant finalement de s'asseoir, la jambe droite de Stiles ne cessa pas pour autant de remuer, alors qu'il porta l'ongle de son pouce à ses lèvres, le mordillant sous l'effet du stress.
« Comment est-ce que vous faites pour rester aussi calme ? » demanda-t-il, ahuri face à l'absence totale de réaction des loups.
« En leur faisant confiance. » Révéla Laura. « Je sais que Derek et Allison ne se mettront jamais sciemment en danger et que s'ils sentent que les choses sont en train de tourner en leur défaveur, ils se mettront à l'abri. »
« Tu ne peux pas en être si sûre. Et si quelqu'un les avait reconnus à l'intérieur. Vous êtes les enfants de Talia, ta mère a fait partie du Haut Conseil pendant des années. Si le gardien les avait laissés entrer, simplement pour leur tendre un piège une fois enfermés là-dedans ? » Stiles imagina, pointant du doigt la résidence comme s'il s'agissait d'un endroit vivant et menaçant, prêt à les avaler au moindre faux pas.
« Je sais que je ne peux pas céder à la panique. Ce ne sera utile pour personne. Et encore moins pour eux. »
Ravalant ce qu'il voulait dire, Stiles resta muet, respirant profondément afin d'éloigner son affolement. Laura avait raison. Il devait se calmer et prendre sur lui. Il avait attendu ce moment depuis très longtemps, sans le savoir. Jennifer avait représenté une telle menace pour lui qu'il avait passé sa vie à la fuir, à faire en sorte qu'elle ne le retrouve jamais. Il en avait été effrayé à tel point qu'il était resté tétanisé d'effroi la première fois qu'il l'avait revu, au camp. Son visage, pourtant objectivement d'une beauté et d'une élégance indéniable, n'évoquait en lui que souffrance et cruauté.
Mais aujourd'hui, c'était différent. Il attendait cette confrontation avec impatience. Et il n'aurait vraiment su dire pourquoi. Est-ce qu'il s'agissait du fait qu'il n'avait plus grand-chose à perdre ou qu'il sentait qu'il ne lui restait pus beaucoup de temps à vivre ? Ce qui était sûr, c'était que Stiles ne voulait plus avoir peur, ne voulait plus fuir ces ombres qui s'étaient développées autour du lui, toute son enface.
Il avait alors passé un marché avec Talia. L'objectif premier de cette mission était de mettre la main sur les documents que Jennifer gardait secret. Et si l'occasion se présentait, si Stiles avait l'opportunité de se trouver devant elle, alors... Il pourrait l'envoyer dans un monde où elle ne ferait plus de mal à personne.
L'ennui, c'était que si Stiles était apparu aussi serein et sûr de lui, quant au sort qu'il pensait réserver à la femme, il n'en était plus tout à fait certain. Il la haïssait, plus qu'il n'avait jamais haï personne. Et cette haine ne s'était pas subitement envolée. Mais il ne savait plus vraiment où il en était et n'était surtout plus sûr que ce fut ce qu'il voulait vraiment. Pire, à mesure que les minutes passaient, Stiles se rendait compte que ce n'était pas vraiment ce qu'il espérait comme fin pour elle. Il voulait la voir payer, répondre de ses actes devant un tribunal et pas seulement assassinée, son sang s'écoulant sur le carrelage d'une salle sans témoin.
Il voulait qu'elle assiste à la déchéance de son empire, démantelé par ses soins, qu'elle ressente du désarroi, de la frustration et de la colère, comme lui toutes ces années. Fermant les paupières une seconde, Stiles se dit qu'il voulait plus. Pour tous ceux que Jennifer avait ruinés.
L'arme accrochée à sa ceinture dans le bas de son dos pesait lourd. Il avait appris à s'en servir une fois, avec son père et se souvenait encore de la manière dont il fallait se tenir pour tirer. Mais Stiles l'avait fait sur des mannequins et des cibles en papier. Jamais sur quelqu'un de vivant.
Cela faisait bien trois quarts d'heure qu'ils étaient assis dans le froid et il n'avait toujours aucune nouvelle de personne.
« Est-ce que ça va ? »
Isaac le fixait avec incertitude, faisant remarquer à Stiles que ses mains, serrées en poing contre ses genoux, tremblaient violemment. Stiles les cacha alors dans les poches de son pantalon avant d'assurer d'une voix sombre :
« J'aimerais qu'on en finisse. »
« Tu hésites à le faire, c'est ça ? » devina le blond et Stiles ne parvint pas à croiser son regard bien qu'il tentât de démentir.
« Je veux qu'elle paye. » assura-t-il, prétextant ne pas avoir changé d'avis.
« Mais tu n'es pas prêt à la tuer. »
Non, il ne l'était pas.
« Ne t'en veux de ne pas leur ressembler. » Isaac tira inconsciemment sur sa manche, comme si ce qu'il était en train de dire n'était pas une déclaration importante, que Stiles écoutait comme une parole bénie. « Nous ne sommes pas comme eux, même après avoir subi les pires traitements, ils ne réussiront pas à nous transformer en monstre. »
« Mais si je ne le fais pas maintenant, nous n'aurons peut-être plus jamais l'occasion de l'arrêter. »
« On le fera, un jour. » déclama-t-il, certain comme Stiles ne l'avait jamais vu. « Elle devra affronter tous les morts et la douleur qu'elle a infligés. Ce ne sera juste pas aujourd'hui. »
Pas aujourd'hui.
Est-ce que c'était si grave ? Après tout, même si Stiles n'était plus là pour le voir, il était au moins certain que les Hale continueraient à faire en sorte que ce monde ne soit plus aussi toxique.
« Tu sais que personne n'a vraiment cru à ton baratin de tuer quelqu'un, Stilinski. » La voix de Jackson le fit sursauter.
Il n'avait pas noté que celui-ci les écoutait. Il n'avait pas prononcé un mot depuis qu'il s'était installé et ne paraissait pas vraiment touché par leur situation. Stiles ne s'était jamais demandé la manière dont Jackson était arrivé dans la meute mais savait que, comme eux, ça n'avait pas dû être une partie de plaisir. Jackson ne pourrait pas se comporter aussi calmement, alors qu'ils étaient entourés de soldats armés, si ça n'avait pas été le cas.
En ce qui concernait sa dernière tirade, ce n'était pas tout à fait vrai. Stiles avait réellement réfléchi à la tuer. Il n'était toujours pas sûr de ne pas le faire, ce soir. C'était juste... Tout s'embrouillait dans sa tête et c'était difficile de prendre une décision.
« Peut-être qu'elle ne mourra pas ce soir mais ce n'est pas comme si on ne pouvait pas l'emmener avec nous. Je la verrais bien enfermée dans une cage, à devoir vivre comme la vermine qu'elle pense que nous sommes. »
« Tu sais quoi Jackson ? Je te trouve beaucoup plus intéressant, tout d'un coup. » le complimenta Stiles à sa façon car l'idée était loin de le rebuter.
Ils n'échangèrent plus beaucoup, après ça. Car malgré le fait que Laura lui avait dit de ne pas s'en faire et de ne surtout pas paniquer, Stiles n'était pas le seul à remarquer que les choses semblaient s'éterniser. Laura ne dit rien sur son tracas mais elle n'en avait pas vraiment besoin. Le doute que quelque chose s'était mal passé planait au-dessus d'eux comme un seau d'eau prêt à tomber sur leurs crânes.
« On aurait dû avoir des infos depuis le temps, non ? »
Etonnement, Isaac fut le premier à craquer. Il se pencha vers Laura pour ne pas être entendu par les employés qui continuaient à faire des allers-retours entre les cuisines et l'extérieur.
« Laura ? »
« On ne peut rien faire à part attendre. On se tient prêt pour le signal. »
Aucun des garçons ne parut satisfait par cette réponse frustrante mais aucun ne bougea non plus. Stiles avait promis d'écouter, cette fois et il voulait vraiment tenir cette promesse. Mais il avait de plus en plus de mal à quitter la petite entrée des yeux, jetant un coup d'œil à chaque fois qu'un groupe de serveurs sortaient pour prendre l'air.
Ça avait toujours été son plus grand problème. Le fait de ne pas savoir le rendait littéralement malade. Mais il avait aussi juré de ne pas causer d'ennuis. Mais alors qu'il pensait à ce que Derek lui avait dit, Stiles se rendit compte qu'il n'avait rien préciser au sujet d'une petite escapade à l'intérieur. Après tout, les autres devaient avoir faim à force de rester assis là, à renifler les odeurs qui provenaient des cuisines. Il pensait au confort d'Isaac et Jackson. Laura ne voudrait certainement pas entendre parler de nourriture. Ce fut alors sur cette dernière pensée que Stiles se leva, attirant automatiquement le regard sévère de la jeune femme.
« Stiles, qu'est-ce que tu fais ? »
Fronçant légèrement le nez, Stiles se dit qu'il aurait l'occasion de s'excuser plus tard. Ignorant les airs étonnés de Jackson et d'Isaac, l'adolescent se détourna rapidement, profitant qu'un nouveau groupe de jeunes étaient en train de sortir du bâtiment pour se faufiler.
« Stiles ! »
« Je vous ramène des apéritifs. » Il eut le temps de prononcer comme dernière parole avant de pénétrer dans la résidence.
A l'intérieur, c'était le chaos. Il y en avait partout. Des hommes et des femmes qui marchaient à vive allure, progressant entre les plateaux et les chariots remplis à ras bord de nourriture, s'hurlant des choses dans le but de faire savoir ce qui devait arriver en salle. Des fourneaux rugissaient sous l'assaut des gaz et poêlons posés sur les plaques. Des chefs reconnaissables à leurs toques, tonnaient des ordres à leurs cuisiniers qui s'exécutaient dans des gestes précis et vifs. Ça ressemblait à une véritable petite usine, les employés s'agitant comme des fourmis ouvrières.
Stiles était perdu dans ce flot d'informations, ne sachant où regarder ni dans quel endroit se trouvait précisément la sortie. Il hésita avant d'emprunter une première direction, essayant de paraître innocent mais ce n'était pas comme si les autres faisaient vraiment attention, trop occupés qu'ils étaient à faire en sorte que les convives aient suffisamment de quoi se mettre sous la dent. Enfin, c'était ce qu'il pensait. Jusqu'à ce qu'une petite voix ne le fasse bondir.
« Eh. Eh, toi là-bas. »
Stiles prit la décision de faire comme s'il n'entendait pas, continuant sa route en s'installant dans le déni. Mais bientôt, une main vint agripper son bras et Stiles pensa alors qu'on l'avait repéré et que des manteaux Noirs l'emmenaient pour le livrer à Jennifer.
Mais ce ne fut pas du tout ce qui se passa. Au lieu d'hommes vêtus de noirs de la tête au pied, armés et casqués, il découvrit une jeune femme, petite de taille, à l'allure fluette.
« Oh Dieu merci. » La femme soupira, ses cheveux parfaitement retenus en arrière par une queue de cheval haute. « Tu es Devon, c'est ça ? C'est bien Tommy qui t'envoie ? »
Stiles eut une drôle d'expression avant que son cerveau ne se mette à réfléchir à toute allure.
« Devon ? Oui, Devon. C'est moi. L'ami de Tommy. Ah, ce bon vieux Tommy. »
Il n'avait aucune idée de qui pouvait bien être cet homme mais on dirait qu'il venait de lui sauver la vie.
« Je m'appelle Nora et je supervise l'organisation du repas de ce soir. Malheureusement, je n'ai pas le temps de t'expliquer comment les choses doivent se dérouler, c'est la folie ici, avec des silhouettes pareilles, on pourrait penser qu'ils ne mangent pas autant. » Elle sembla réaliser ce qu'elle venait de dire à voix haute et posa un regard inquiet sur lui. « Ne répète pas ce que je viens de dire. »
Pendant qu'elle parlait, la jeune femme marchait à pas rapides, se faufilant entre les chariots. Stiles tentait de la suivre.
« Mais Tommy m'a dit que tu avais déjà travaillé dans ce genre d'endroits donc tu ne devrais pas être dépaysé. Tout ce que tu dois retenir, c'est de rester discret et surtout, adroit. »
Ne laissant pas la panique l'envahir après que Nora lui ait confirmé que Stiles n'était absolument pas constitué pour faire ce job, il répondit :
« Je suis le roi de l'adresse. On m'appelait Devon l'habile. »
Heureusement pour lui, Nora ne releva pas ce qu'il venait de dire et continua de lui montrer rapidement ce qu'il y avait dans les cuisines.
« Tout ce que tu vois là doit absolument partir dans les deux minutes douze, sinon, c'est poubelle. Crois-moi, tu ne veux pas que ça arrive. » Elle ajouta, paraissant le mettre en garde. « Cette partie concerne le deuxième et troisième couverts, tu devras t'occuper des viandes et rôtis. Les tables 37 à 44 sont déjà servies, tu tourneras autour des 45 à 52. Mais tu ne t'approches pas des tables 47 et 51, elles concentrent des membres du Conseil dont 6 sont végétariens. Je te conseille de les éviter si tu ne veux pas que l'un d'entre eux ne fasse un esclandre dans toute la salle. Puis, tu devras passer sur les tables 18 à 25 pour le ramassage du premier couvert et continuer le service des hors d'œuvres et principales liqueurs. C'est bon pour toi ? »
« Euh, tu peux répéter tout ce que tu as dit à partir de poubelle ? »
Nora s'arrêta quelques secondes avant de secouer la tête.
« Laisse-tomber, je m'en occupe. Toi, tu prends ça, » Elle lui fourra un plateau de ce qui ressemblaient être des petits fours avant de le bousculer vers une des portes, « Et tu débrouilles pour ne rien renverser. »
« Ça, c'est dans mes cordes. »
Jetant un regard en arrière, Stiles réalisa qu'il ne savait toujours pas où se trouvait la sortie des cuisines. Derrière lui, Nora soupira avant de lui faire des grands signes en direction d'une porte que Stiles avait loupé. Levant un pouce en l'air pour la remercier, il reposa immédiatement ses deux mains sur le plateau lorsqu'il manqua le faire chavirer. Envoyant un clin d'œil à Nora qui paraissait regretter de lui avoir mis quelque chose en mains, l'adolescent prit une profonde inspiration et poussa les battants de la porte.
Ce fut comme pénétrer dans un autre monde. Un monde lumineux, luxueux et sophistiqué mais qui lui inspirait également une atmosphère étouffante, grossière et empoisonnée. La salle était immense, joliment décorée, des candélabres positionnés dans les creux des murs alors que les meubles comme le bar et le comptoir du banquet paraissaient être faits de marbre. Des tables rondes avaient été disposées, toutes recouvertes de vaisselle en argent.
Il y avait tellement de monde que Stiles avait dû mal à respirer. Des hommes et des femmes vêtus élégamment, des verres d'alcool à la main, discutant entre eux. Aucun d'eux ne faisant attention à la trentaine de serveurs qui se mouvaient autour, s'évertuant à remplir verres et assiettes. D'autres se tenaient debout, sans bouger, leurs plateaux tendus sur leurs mains gantées.
Le repas avait à peine commencé, et certaines personnes étaient déjà installées à table, partageant des murmures, se jugeant probablement les uns et les autres et Stiles renifla. Devant ce spectacle affriolant, il ne put empêcher sa colère de monter. Le quart de ce qui se trouvait dans cette pièce aurait pu servir à nourrir des dizaines d'enfants, pendant des jours. Mais leur gouvernement préférait dépenser pour des gens qui ne pensaient qu'à leur confort personnel, en laissant des gamins crever.
Sortant de sa transe, Stiles s'obligea à se mettre en marche, tendant ses petits fours à qui voulait bien en prendre. Il remarqua durant son déplacement que de nombreux politiciens étaient venus accompagnés de femmes ayant l'air particulièrement jeunes. Ces dernières étaient toutes habillées de robes qui semblaient être de créateurs, affichant toilettes et foulard en satin comme si ces morceaux de tissus étaient ce qui leur donnait leur valeur.
Stiles ne leur en voulait pas de chercher ainsi à s'enrichir. Il en éprouvait juste un peu de pitié, elles qui s'affichaient avec des hommes dont la plupart avait sciemment voté l'enlèvement et la torture d'enfants. Avaient-elles elles-mêmes des frères et des sœurs qui avaient été arrachés de leur foyer et emmenés de force dans un endroit inconnu ? Stiles ne préféra pas y songer.
Parmi la foule, il ne reconnut aucun visage et notamment, celui qu'il recherchait par-dessus tout. Il aperçut cependant, dans le coin gauche de la salle, trois Manteaux Noirs armés. Ces derniers paraissaient particulièrement s'ennuyer, laissant leurs regards se poser sur la foule avec désintérêt. Stiles s'assura de rester éloigné de cette partie de la pièce. Continuant à servir, il crut reconnaître une chevelure particulière et au moment où il comprit qu'il s'agissait d'Allison, il se fit soudainement tirer en arrière. Mais Stiles ne paniqua pas. Il reconnut aisément l'odeur de la personne qui le tenait, et se laissa alors faire, jusqu'à ce qu'ils atteignent un endroit situé un peu en pénombre.
Son dos vint soudainement se plaquer contre une poutre et Stiles essaya d'adopter un air innocent. Levant son plateau devant lui, il sourit gentiment.
« Un canapé aux fromages ? »
Mais Derek ne paraissait pas du tout prêt à accepter la plaisanterie.
« Qu'est-ce que tu fabriques ici ? » Il murmura, impétueux, jetant des regards alentour afin de vérifier que personne ne les avait remarqués.
« Je sais que tu avais dit pas de bêtises mais tu n'avais pas vraiment précisé que je devais rester dehors toute la soirée. » Il accentua ses propos, sachant pourtant qu'il était fautif.
« C'était sous-entendu. »
« Oui, mais tu me connais, moi et la subtilité... A ta place, j'aurais cherché à être le plus clair possible. »
« Stiles. » Cette fois-ci, Derek soupira, ayant subitement l'air fatigué et bien plus sur ses gardes.
« Je sais, je sais. » Stiles déposa son plateau en fer sur une petite table à côté avant de placer une main sur le torse de son compagnon pour l'apaiser. « Ecoute, j'avais vraiment l'intention de respecter notre plan de départ mais... Vous ne donniez pas de nouvelles et j'avais besoin de savoir que vous alliez bien avec Allison. »
S'appuyant légèrement sur la pression que Stiles exerçait sur sa poitrine, Derek ferma les yeux. Stiles sentait ses poumons se remplir d'air alors qu'il prenait une profonde inspiration.
« Tu vas vraiment me faire avoir une crise cardiaque. »
« Espérons que ça n'arrive pas. » Le plus jeune plaisanta avant de recouvrir un air plus sérieux. « Alors, qu'est-ce qui se passe ? »
Derek se renfrogna automatiquement, l'air frustré. Stiles savait que c'était parce qu'il n'avait pas encore réussi.
« Elle est inatteignable. J'ai cru pouvoir lui mettre la main dessus mais c'est comme essayer d'atteindre de la fumée. Elle ne fait que disparaître chaque fois qu'on l'aperçoit. Allison a tenté une approche mais elle s'est faite arrêter par des membres du Congrès particulièrement avides de connaître son identité. » finit-il avec un dégoût non dissimulé.
« Alors elle est bien ici ? »
Stiles voulait s'en assurer.
Derek lui serra brièvement la main avant d'hocher la tête. Savoir que cette femme se trouvait dans la même pièce entraîna des frissons qui parcoururent le corps de l'adolescent. Mais il voulait la voir de ses propres yeux.
« Tu as des nouvelles de Peter et des autres ? »
Cette fois, Derek répondit que non et Stiles espéra que tout se passait bien pour eux. Etrangement, le jeune brun ressentit un soulagement sans nom, au contact de Derek. Il avait beau être entouré de plusieurs membres de la Haute sphère qui souhaitaient voir les gens comme lui retenus par des chaînes, Derek avait ce pouvoir-là.
« Alors, est-ce que tu t'es bien fondu dans la masse en jouant les nouveaux riches et en montrant tes talents sur la piste de danse ? »
« Bien sûr que non. » Derek assura, presque dédaigneux, comme si l'idée même de se mélanger à ces gens le répugnait.
« Quoi, tu veux me dire que tu n'as reçu aucune invitation à danser ? »
Derek marmonna quelque chose entre ses dents, trop bas pour que Stiles n'entende. Mais il n'en avait pas besoin. Le visage de l'homme était équivoque.
« Tu as été invité, avoue. » Stiles chercha à lui faire reconnaître et le visage de Derek s'assombrit encore davantage.
L'adolescent tenta de cacher son rire, plaçant une main devant sa bouche pour rester discret.
« Je ne leur en veux pas. Je t'aurais probablement demandé aussi, si nous n'étions pas littéralement entourés par des personnes qui veulent notre peau. »
Stiles avait dit ça sans réfléchir. C'était un peu absurde d'ailleurs. Ce n'était pas comme si c'était vraiment le moment d'y penser. Ou même une option à envisager. Stiles aimait danser. Mais il doutait que ce soit quelque chose qui plaisait au brun. Quelque chose qu'il ait envie de faire avec lui. Portant, le cerveau de Stiles avait depuis longtemps choisi de diriger ses pensées à sa place et l'adolescent, malgré tout ce qui les entourait, malgré la situation dans laquelle ils se trouvaient, ne put s'empêcher de l'imaginer.
Quand il releva les yeux, ce fut comme si Derek avait réussi à lire tout ce qui venait de passer dans son esprit. Ses yeux clairs et colorés étaient presque magnétiques et Stiles se trouva bête. Mais il n'y pouvait rien, c'était comme être happé et sonné. Il n'était même plus certain d'être toujours dans la salle.
« Oh, te voilà camarade. Je vois que tu as mis la main sur un joli paquet. »
Une voix suave et désagréable les interrompit alors et Stiles se dépêcha de se détacher, baissant la tête en priant pour que ce ne soit personne qu'il connaisse. Du coin de l'œil, il réalisa que ce n'était pas le cas. L'homme était grand, mais sec, des cheveux courts et grisonnants et des yeux entourés de pattes d'oie. Mais elles n'avaient rien à voir avec celles de son père qui apportaient une douceur et une maturité chez lui. Sa mère n'avait eu de cesse de le répéter les premières fois que Noah s'était plein de ses premières rides.
Chez l'inconnu, elles étaient dénaturées et son regard, presque malfaisant. Stiles se sentit automatiquement mal à l'aise. Alors qu'à côté de lui, la posture de Derek s'était raidie, comme s'il se trouvait face à quelque chose de particulièrement infect. Stiles ne tarda pas à comprendre pourquoi.
« Et toi qui faisait ton difficile tout à l'heure, ce n'était pas vraiment la fille le problème, mais plutôt le fait qu'il lui manquait quelque chose entre les cuisses. »
Ouvrant de grands yeux, Stiles peinait à croire ce qu'il était en train d'entendre. Bien entendu qu'il savait que des hommes et des femmes présents ce soir étaient dotés d'une fortune sans limite et se considéraient ainsi, comme les maîtres de leur monde. Mais de là à ce que cet homme se permette de parler de Stiles de cette manière, alors qu'il était présent était offensant.
Derek ressemblait à un morceau de marbre, froid et imperturbable. Son regard glaçant pesait sur l'homme qui ne se rendait visiblement pas compte de son aigreur. Pitoyable instinct de survie.
« Je ne vois pas de quoi vous parlez. »
L'homme émit un bruit, comme un claquement de langue avant de sourire en coin. Ce sourire-là était immonde car libidineux et lascif.
« Allons, pas besoin de jouer les saints, je vous ai vu discuter. Tu avais l'air bien plus emballé que lors de notre discussion avec la petite serveuse. » Puis, il leva les mains devant lui, compatissant. « Ce n'est pas moi qui vais te juger. Pourquoi crois-tu que je vienne à ce genre de fêtes ? Pour le champagne ? »
Avalant la dernière rasade de sa coupe, l'homme grimaça avant de murmurer qu'il s'agissait sans doute du plus mauvais qu'il n'ait jamais goûté. Stiles espéra qu'il s'en aille, qu'il soit soudainement attiré par quelque chose d'aussi stupide que lui mais il sentit bientôt son regard se concentrer sur son corps.
« Mais je dois avouer que celui-là... Celui-là attire l'œil, sans aucun doute. »
Serrant les dents, Stiles se força à ne rien dire pour ne pas gâcher toute leur mission. Mais il ne put s'empêcher de lever les yeux et de croiser celui de l'inconnu. Il ne laisserait pas une nouvelle personne faire de lui une marchandise, un objet qui n'était là que pour le plaisir des autres.
« Oui... Il a définitivement attiré mon attention. » Ses yeux le rendaient malade. « Je suis prêt à partager si tu me laisses une petite heure avec notre jeune ami... »
Avec horreur, Stiles sentit une main chaude l'attraper sur le haut de la fesse et il s'en éloigna si vite qu'il bouscula la petite table qui se trouvait à côté. Tant pis, il s'apprêtait à connaître le fond de sa pensée quand Derek réagit plus rapidement encore. L'instant d'avant, il était debout, fumant de rage, et l'instant d'après, il lui tordait la main dans une position qui semblait plus qu'inconfortable. Elle était d'ailleurs pâle, comme si le sang ne pouvait désormais plus y circuler. L'homme poussait des gémissements si pitoyables que Stiles sentit un sourire naître sur ses lèvres.
« Eh, qu'est-ce qui te prends... »
« Si tu poses une nouvelle fois la main sur lui, si tu t'approches encore ou ne fais juste que le regarder, je t'arrache le membre. »
« Très bien, il est tout à toi, d'accord ? » Essayant de se détacher, l'homme commença alors à grogner lorsqu'il comprit qu'il ne pourrait pas le faire. « Lâche-moi, je t'ai dit que tu pouvais le garder. »
Après une dernière torsion qui engendra cette fois-ci un cri de douleur, Derek lâcha l'individu qui s'empressa de déguerpir, après leur avoir lancé un dernier regard.
« Tu sais qu'on va avoir des problèmes, pour ça. »
Continuant de fixer l'endroit où leur compagnon misérable avait disparu, Derek ne répondit pas.
« D'ailleurs, au cas où ce n'était pas très clair, je peux me défendre tout seul, monsieur le chevalier en armure. »
« Je le sais, ça. » Derek l'informa sincère et Stiles comprit alors qu'il ne l'avait pas seulement fait pour l'aider.
Derek l'avait fait car il n'avait pas supporté de voir Stiles traiter ainsi, parce que ça l'avait mis hors de lui. Et cette constatation suffit à abaisser sa pousse d'ego. Quelqu'un s'approcha d'eux mais cette fois-ci, Stiles poussa un soupir de soulagement.
« Est-ce que tout va bien ? » Allison portait une expression anxieuse, tenant une partie de sa robe pour ne pas la laisser glisser sur le sol. « J'ai vu ce qui s'est passé, mais je n'ai pas réussi à m'échapper de ce couple qui voulait absolument savoir si je pensais voter pour le mari, ce soir. »
« Eh bien, à part mon envie de vomir, tout roule. » Stiles badina, ressentant encore la main de cet homme sur son corps.
« Je pense qu'on devrait essayer de se faire petit. Je n'ai pas arrêté de recevoir des questions sur la façon dont mes parents imaginaires se sont fait une place dans la capitale. » La jeune femme déclara, replaçant une mèche derrière son oreille avant qu'elle ne sursaute, semblant finalement remarquer quelque chose d'anormal. « Stiles, qu'est-ce que tu fais ici ? »
« Je mourrais de faim. Et la bouffe est plutôt pas mal. »
« Stiles. »
Ce dernier leva les yeux au ciel, notant que c'était déjà la deuxième fois en moins d'une heure qu'il engendrait une réaction pareille.
« D'accord, j'ai merdé. Est-ce que c'est vraiment une surprise ? »
Sans qu'il ne s'y attende, Allison l'emporta dans un sermon. Elle était plutôt douée d'ailleurs, parvenant à transmettre sa frustration tout en restant calme et sereine au cas où quelqu'un les observerait. C'était presque drôle parce qu'elle avait un peu l'air d'une maman en colère, disputant son fils pris les mains dans le sac. Stiles ne le dit pas à voix haute, cependant, trop désireux de ne pas la vexer.
« Allison, on pourrait continuer à en parler pendant des heures mais tu sais comment je suis. Même Derek a abandonné l'idée. Pas vrai ? »
Mais Stiles n'obtint pas de réponse. Se tournant vers celui dont il parlait, Stiles perdit son sourire qui se transforma en air soucieux. Derek ne le regardait pas mais un coin sur sa gauche, coin qu'il ne quittait pas du regard. Comme s'il suivait une discussion. Se rappelant que Derek pouvait probablement entendre tout ce qui se passait dans cette salle, Stiles comprit que quelque chose n'allait pas.
« Derek ? » Il émit mais la réaction de l'homme fut particulièrement vive.
« Stiles. Cache-toi. » Derek ne le regardait toujours pas, agrippé à ce qu'il avait surpris et ne semblant plus être capable de le lâcher. Il avait l'air crispé et s'était placé devant Stiles comme s'il souhaitait le protéger de la vue de quelqu'un.
« Quoi ? » Le plus jeune ne réagit pas suffisamment vite, ne comprenant pas ce qui pouvait bien lui prendre.
« Cache-toi. » Derek répéta d'un ton sec. Mais ce qui était également bizarre, c'était que derrière cette tonalité abrupte et ferme, Stiles eut l'impression d'y distinguer de l'angoisse, presque de la supplication.
Il le sentit ensuite le pousser derrière la poutre juste au moment où le son d'une paire de talons ne le fasse s'arrêter de s'agiter.
« Bonsoir. Je ne crois pas avoir le plaisir de vous connaître. »
Cette voix-là, Stiles l'avait entendu dans ses pires cauchemars. Il aurait pu la reconnaître entre mille autres, tant elle était gravée à jamais dans sa mémoire. Il n'eut pas de mal à ne pas se retourner pour la regarder, car il était glacé d'effroi.
Allison fut la première à réagir, Stiles l'entendit se présenter, tendant sans doute sa main à la maîtresse de cérémonie et invitant Derek à le faire aussi.
« C'est toujours plaisant de voir que de nouveaux adeptes, surtout aussi jeunes nous apportent le soutien dont nous avons besoin pour notre cause. C'est un monde sombre et cruel dans lequel nous vivons mais je crois fermement que nous pouvons l'améliorer. »
Elle parlait avec passion, même des plus grandes horreurs et il ne fut pas étonné qu'elle ait réussi à convaincre tant de gens du bienfondé de son projet.
« Il faut que je vous avoue une chose, je ne suis pas vraiment venue par hasard. » Jennifer laissa glisser et Stiles se dit qu'elle venait les arrêter quand elle reprit. « Mitch Larson m'a averti d'un événement fâcheux. »
Elle se stoppa, attendant certainement que Derek lui en dise davantage mais celui-ci resta muet.
« Honnêtement, c'est sans doute l'un des personnages les plus répugnants que je n'ai jamais rencontrés. Aussi, je vous prie d'accepter mes excuses et ferait en sorte que vous ne soyez plus importunés. »
« C'est vraiment gentil à vous. » Allison la complimenta faussement, sans doute car elle savait que Derek ne le ferait jamais.
Alors que Stiles pensa bêtement que leur conversation allait s'achever ainsi, il découvrit avec horreur les prochaines paroles que la femme prononça.
« On ne se serait pas déjà croisés ? » Il sentit sa respiration se couper, alors qu'il fermait les yeux. « Lors d'un meeting, peut-être ? »
« Non, je ne viens pas d'ici. » Derek répliqua pour seule réponse.
Le silence qui suivit ne fut pas un bon signe. Pas du tout. Car si Stiles avait été effrayé par cette femme durant tant d'années, il avait également appris à la connaître. A comprendre la façon dont elle fonctionnait. Elle avait adopté une tactique de défense, chaque fois qu'elle se rendait compte qu'elle ou ses plans se trouvaient en danger. Elle était maligne et très bonne observatrice. Mais Jennifer n'était pas du genre à attaquer de front. Peu importait l'enjeu, elle était devenue habile dans la manière de défaire un adversaire par l'arrière. Bien sûr qu'elle savait qu'elle avait déjà rencontré Derek, elle n'aurait jamais perdu de temps à demander s'il en avait été autrement.
Elle ne se rappelait peut-être plus à quelle occasion mais la manière avec laquelle Derek lui avait répondu, comme s'il voulait impérativement qu'elle oublie cette idée, lui offrit tout ce qu'elle avait besoin de savoir. Mais Stiles le savait, elle n'attaquait jamais de front. Aussi, il put aisément deviner le sourire poli qui se forma sur ses lèvres lorsque l'adolescent l'entendit dire :
« Je vois. » Son ton avait changé, trop doucereux, trop lent. « Passez une bonne soirée et n'hésitez pas à venir me voir si vous avez besoin de quoi que ce soit. »
Stiles ne bougea pas, même lorsque les bruits de ses pas s'évanouirent au loin. Ce ne fut que lorsque Derek et Allison l'approchèrent qu'il les informa, alerte :
« Il faut que vous partiez. »
« Qu'on parte ? » Allison répéta, perdue, songeant peut-être que Stiles avait changé d'avis au sujet de la mission.
« Elle sait. Vous devez partir. Je vais faire en sorte de retrouver Peter, Chris, Skye et Scott. Allez-vous-en. »
« Stiles, tu l'as entendu, elle n'a pas reconnu Derek. »
« Je vous dit qu'elle sait. Peut-être pas que Derek est un loup ou que j'étais avec vous ce soir-là mais elle sait que vous n'êtes pas ici pour le gala. »
Alors que Stiles continuait à les prévenir, il aperçut au loin deux visages familiers, portant deux plateaux d'apéritifs et son cœur loupa un battement. Isaac et Jackson étaient finalement entrés. Et s'ils étaient là, ça voulait dire...
« Qu'est-ce... »
Une main s'abattit sur son épaule et il se tourna si vite qu'il en eut le vertige. Laura n'avait pas l'air contente.
« Je vais te tuer, j'espère que tu le sais. » Elle laissa échapper, son air crispé et tendu.
« Qu'est-ce que vous faites ici ? » Stiles ignora son expression courroucée, trop agité devant le fait qu'ils étaient désormais tous à l'intérieur et qu'ils avaient besoin d'en sortir au plus vite. « Pourquoi est-ce que vous êtes venus ? »
« Qu'est-ce qu'on fait... Tu te moques de moi ? »
« Laura, écoute-moi, il... »
Avant qu'il n'ait le temps de terminer, la musique s'arrêta et le tintement d'un verre cogné contre un couvert leur parvint. Allison, Derek et Laura entourèrent Stiles presque immédiatement, formant une sorte de mur.
« Mesdames et messieurs. Bonsoir. » Caché derrière les autres, Stiles pouvait voir Jennifer distinctement, cette fois.
Elle portait une robe de couleur verte, longue et près du corps. Ses cheveux étaient détachés, dans des boucles souples posées sur une épaule. Le maquillage qu'elle portait sur les lèvres était si rouge qu'il pouvait en voir chaque détail, même placé à plusieurs mètres de distance. Debout sur l'estrade, elle se tenait devant un micro, attirant sur elle les regards de toute l'assemblée.
« J'espère que vous passez tous une très belle soirée. » Elle s'interrompit, obtenant les applaudissements de la foule. « Je tiens une nouvelle fois à remercier tous nos bienfaiteurs qui ont eu la gentillesse de participer à la Récolte de cette année. J'ai conscience que les choses ont évolué ces derniers temps et que certains d'entre vous ont parfois douté de notre capacité à mener à bien cette nouvelle société que nous essayons de créer. Mais notre monde renaîtra de ses cendres. »
A nouveau, des applaudissements. Des verres levés en signe d'approbation. Des sourires comblés.
« Je sais aussi que la plupart d'entre vous ont été présents depuis le début de la mise en place de notre cause. Et j'ai pensé que pour fêter dignement les vingt ans de notre gala, il serait juste et approprié que vous receviez un avant-goût des travaux qui sont menés dans chacune des Zones que vous avez contribué à créer. Je ne pourrais être plus fière de ce que nous avons réalisés jusque-là. »
Souriant devant son audience, elle reprit d'une voix forte :
« Laissez-moi vous présentez nos créations. » Puis, se tournant vers le bas de l'estrade, sur sa gauche, elle chantonna presque. « Howard, fais entrer les enfants. »
Le bruit des chaînes. Ce fut la première chose qui parvint aux oreilles de Stiles. Puis, le son de pas réguliers avançant dans la salle. Les premiers émois, provenant des personnes présentes.
Il n'arrivait pas à bien voir, la foule s'étant approché près de la scène pour admirer ce qu'il considérait comme des biens, des produits à observer et à contempler. Se positionnant sur la pointe des pieds, Stiles réussit après quelques contorsions à voir le haut de quelques têtes. Bien entendu, ce qu'il vit fut de l'ordre de l'horreur. Ces enfants étaient attachés les uns aux autres, leurs poignets entourés de cercles de métal, brûlant leurs peaux de marques rouges.
« Mon Dieu. » souffla Laura et... Qu'y avait-il d'autre à dire à ça ?
Stiles comprenait leur consternation mais il ne l'était pas. Jennifer avait toujours eu un don pour le spectacle. Mais alors qu'il continuait à observer les figures épouvantées et teintées de fatigue, Stiles sentit tout l'air de ses poumons lui échapper quand, parmi les enfants agglutinés les uns sur les autres, il reconnut un visage. Un visage qu'il avait cru ne jamais revoir. Un visage également apeuré mais présent. Vivant.
Sans se rendre compte qu'il venait d'avancer de quelques pas, Stiles sentit le mot quitter ses lèvres, comme un espoir :
« Ben ? »
Oui, je sais, encore une fin qui vous donne envie de vous en prendre à l'auteure :D
Par contre, j'ai été agréablement surprise de découvrir que beaucoup d'entre vous étiez très attristés du départ de Ben. J'espère que cette fin vous aura rendu le sourire ! Et bravo à ceux/celles qui l'avaient deviné ;)
Que pensez-vous de ce chapitre ? Et du grand retour de Jennifer ?
On se retrouve la semaine prochaine pour la suite !
Bon week-end à vous :*
