Bonjour les amis,
J'espère que vous avez passé une bonne semaine. Voici le chapitre 23.
Bonne lecture :)
Chapitre 23
Stiles ne se souvenait pas de la manière dont il était arrivé dehors. Ce ne fut que lorsque Derek desserra son emprise autour de lui qu'il comprit que l'homme l'avait amené de force jusqu'aux portes extérieures. Sans doute avant que Stiles ne fasse une énorme bêtise, comme hurler le nom de son frère mort devant toute une assemblée réunie. Mais Stiles avait perdu toute lucidité semblait-il car à peine sentit-il le vent froid toucher sa peau qu'il lutta déjà pour convaincre Derek de le lâcher.
« Il faut que j'y retourne. »
« Stiles. »
« Non, pousse-toi. » Le bousculant avec toute la force dont il était désormais capable – à savoir pas grand-chose – Stiles tenta d'écarter le loup qui ressemblait à un bloc de pierre, inflexible et inamovible. Il commençait à se sentir frustré, remarquant que même avec toute la volonté du monde, il ne parviendrait pas à faire bouger Derek d'un millimètre. Sans qu'il ne s'en rende compte, il tenta automatiquement d'utiliser sa magie pour lui faire perdre l'équilibre mais rien ne se produisit et Stiles dut s'arrêter lorsqu'il développa un incroyable mal de tête. « Laisse-moi passer. »
« Il faut qu'on réfléchisse. » Derek répliqua, ferme.
Mais pour l'instant, tout ce que Stiles voyait, c'était que l'homme formait une barrière entre lui et l'entrée.
Derrière eux, Laura, Isaac et Jackson venaient de débarquer, les cheveux de la première presque décoiffés tant elle paraissait échevelée.
« Je vous préviens, l'un de vous a intérêt à me dire ce qu'il se passe. » les informa-t-elle, alternant son regard furieux entre eux.
« Ben. » parvint à peine à souffler Stiles, lui-même étant incapable de l'imaginer. « Ben est là-dedans. »
Un silence s'abattit alors sur leur petite assemblée avant que Laura ne le brise.
« Ben ? Tu veux dire, ton frère m... »
« Je sais ! » hurla le jeune brun, parce que s'il y avait bien une personne parmi eux qui savait que Ben n'était plus de ce monde, et qui en subissait les conséquences, c'était bien lui. « Je sais, Ben est... » Ben n'était pas supposé être là. « Mais je vous jure que je l'ai vu, c'était lui. Il était derrière Jennifer avec les autres enfants sur l'estrade. Il portait un gilet rouge bordeaux. Il faut que j'aille le chercher. »
« Mais tu n'as pas dit que ce Theo t'avait avoué qu'ils l'avaient tué ? » Isaac intervint, tout en gardant une voix composée, comme s'il avait un peu honte de raviver des souvenirs douloureux.
« Il l'a fait. Et Mary l'avait fait avant lui. » Stiles se rappelait de leurs deux mines, si différentes l'une de l'autre. « Ils me l'ont assuré tous les deux. »
« Pourquoi t'auraient-ils menti ? » Jackson questionna. « Ça n'a pas de sens. »
« Ecoute mec, si je savais pourquoi ma vie part en vrille depuis ces douze dernières années, ça fait longtemps que j'aurais essayé de mettre un terme à tout ça. » Stiles souffla, ne sachant quoi lui donner comme réponse. Il ignorait pourquoi tous ces gens lui avaient menti mais ce n'était pas ce qui lui importait aujourd'hui. Tout ce qui comptait, c'était que Ben était en vie et qu'il se trouvait à quelques mètres de distance à peine l'un de l'autre.
Il ne parviendrait sûrement pas à convaincre Laura mais son choix était fait depuis longtemps.
« J'ai conscience que c'est risqué mais je vais retourner à l'intérieur, avec ou sans vous. »
« Tu n'y retournas pas tout seul. Pas avec cette folle dans les parages. » grogna Derek à ses côtés et Stiles comprit qu'il la détestait peut-être autant que lui.
« Alors, qu'est-ce qu'on fait ? » interrogea Isaac qui sentait vraisemblablement que Stiles ne changerait pas d'avis.
Laura avait l'air fatigué, lissant ses tempes pour éloigner une douleur qui semblait vouloir l'irriter. Elle devait sans doute s'inquiéter du fait qu'ils n'avaient pour le moment aucune nouvelle de Peter et des autres. Stiles s'angoissait également de cette idée. Mais son cerveau était concentré sur autre chose et même s'il savait que leur absence prolongée ne pouvait pas être bon signe, il n'arrivait pas à s'en vouloir outre mesure.
« Il nous faut un plan. » déclara Jackson, déjà prêt à retourner dans la bataille.
« Quand est-ce qu'un de nos plans a déjà fonctionné, hein ? »
Laura avait raison. Ils avaient mené des missions et à chaque fois, s'étaient empressés d'établir un plan dans l'espoir de ramener tout le monde à la maison, sain et sauf. Aucun d'eux ne s'étaient jamais vraiment déroulés comme prévu.
« Tu n'es pas obligée. Je suis un nid à problèmes. Je suis bruyant et je n'obéis jamais à aucun ordre qu'on me donne, même quand j'en fais la promesse. » Stiles offrit à Laura un sourire contrit, presque résigné. « Je suis un gamin stupide et têtu. Et je sais que je te mets une nouvelle fois dans une position délicate. Mais c'est mon frère. Je ne peux pas le laisser là. »
La jeune femme parut réfléchir, ses lèvres pincées et ses yeux légèrement plissés. Elle n'avait plus l'air en colère mais Stiles se douta qu'elle était encore sur ses gardes. Plusieurs pensées différentes devaient actuellement être en train de traverser son esprit et Stiles ne lui en voulait pas. Ce n'était pas étonnant que l'adolescent ait préféré vivre seul, toutes ces années, ne faisant jamais confiance à personne. Pour éviter ça. Cette situation. Ce choix que la jeune femme devait désormais faire. Après tout, qui était-il pour elle, face à un frère ou un oncle ? Qui était Stiles à part ce gamin mobile qui avait causé des problèmes à sa meute ?
Stiles restait au fond cet inconnu que Laura avait trouvé dans les bois.
« D'accord. » l'étonna-t-elle pourtant, retrouvant sa vivacité et déclarant à voix haute, « On s'occupe de la psychopathe et on ramène ton petit frère à la maison. »
O
Ils traversèrent ensemble les cuisines du bâtiment et se retrouvèrent à nouveau dans la grande salle, noire de monde. Très rapidement, Stiles retrouva la figure familière de Jennifer, toujours devant son micro. Il ne tenta pas de se cacher d'elle, cette fois, mais elle était trop occupée à essayer de convaincre son assemblée de son projet humanitaire.
Mais alors qu'il jetait un coup d'œil derrière elle, là où la silhouette de Ben était apparue, Stiles remarqua avec horreur que quelque chose clochait.
« Où sont les enfants ? » siffla Derek, étant arrivé à la même conclusion.
« On a pris trop de temps dehors. » devina Stiles avec amertume. « Elle doit avoir fini sa démonstration. »
Il regretta alors de ne pas s'être directement jeté au pied de l'estrade dans le but d'attraper Ben et de ne plus jamais le lâcher. Il regretta de ne pas lui avoir fait signe, de ne pas lui avoir prouver qu'il ne l'avait pas abandonné. Au diable les conséquences.
« Il faut qu'on trouve un moyen de se débarrasser de tous ces gens. » Derek mentionna avec raison mais Stiles lui-même ignorait comment faire.
« Je crois que j'ai une idée. »
Jackson les étonna tous en chuchotant près d'eux.
« Ce serait bien la première fois. » Stiles ne put s'empêcher de le lui faire savoir.
« Ferme-là, Stilinski. Surtout lorsque je m'apprête à sauver ton frère d'une manière aussi héroïque. »
Ce dernier se contenta de lever ses sourcils, attendant patiemment d'être impressionné mais Jackson disparut de son champ de vision avant qu'il n'ait eu le temps de comprendre dans quelle direction il s'en était allé.
« Vous croyez qu'on devrait s'inquiéter ? Je ne sais pas vous mais l'idée que Jackson puisse penser avoir une idée me file la chair de poule. »
« On fera avec. » Derek choisit de laisser tomber. « Venez. »
Ils le suivirent jusqu'à un coin plus tranquille. Ils étaient positionnés derrière un groupe d'amis, visiblement emballés par le discours de Jennifer, suffisamment éloignés pour ne pas attirer l'attention mais assez proche pour pouvoir garder un œil sur elle. Les mots qu'elle continuait à cracher ressemblait à du venin.
« Ils sont notre plus belle réussite. Notre gouvernement ainsi que notre président tenaient à féliciter chacun de vous pour les merveilles que vous nous permettez de réaliser dans ce pays. Chaque enfant humain aura ainsi une chance de vivre dans un monde où les créatures surnaturelles n'auront pas la possibilité de les dominer. J'ai l'honneur de vous annoncer que nous avons presque terminé de produire un antidote à cette malédiction qui a frappé notre continent. Bientôt, tous les individus nés Exposés ne représenteront plus une menace pour nos enfants. Grâce à notre armée d'Innés, nous serons capables de reconstruire et d'embellir notre avenir. »
Son discours s'acheva par des acclamations enjouées alors que le bruit des applaudissements et des cris de ralliement s'élevèrent dans la pièce.
« Cette femme est cinglée. » murmura Derek, constatant avec rudesse les réelles ambitions de Jennifer.
« Elle l'est. » confirma Stiles. « Mais c'est aussi l'une des personnes les plus rusées que je connaisse. Elle ne nous laissera pas gentiment repartir avec Ben avant de reprendre la route. »
Il n'avait pas remarqué que sa voix s'était un peu mise à trembler. Seulement, lorsque Derek posa alors une main sur son cou. Elle était chaude contre sa peau frissonnante.
« On le ramène avec nous. Ce n'est pas une option. »
« On le ramène avec nous. » L'adolescent répéta, tel un mantra, afin de se persuader que c'était ce qui allait arriver.
Soudain, une alarme stridente et criarde se mit à retentir, comme une sirène, à un rythme régulier, obligeant Stiles à poser ses mains sur ses oreilles.
« Bon sang. » marmonna-t-il, éprouvant durant un bref instant un sentiment de compassion envers les loups qui devaient entendre ce son de manière décuplée.
La sonnerie entraîna un changement d'humeur au sein de la foule. Il y eut quelques secondes de flottement avant que les premiers cris de peur ne se fassent entendre. Puis, ce fut comme si les membres de cette soirée, habillés de façon luxueuse, robe de gala et costard trois pièces, se transformèrent en une fourmilière géante, chacun se bousculant en espérant atteindre une sortie au plus vite.
Jennifer, du haut de son micro, essayait d'apaiser les plus angoissés d'entre eux.
« Pas de mouvement de panique, ce n'est certainement qu'un dysfonctionnement technique. »
Elle-même lançait des gestes brusques derrière elle en direction des gardes. Aucun d'eux ne paraissaient comprendre ce qui venait de se produire et ils tentaient d'obéir aux ordres qu'elle leur jetait avec maladresse. Autour d'eux, il y avait également les quelques serveurs, présents dans la salle qui s'observaient les uns les autres, sans savoir quoi faire et Stiles comprit alors qu'ils venaient de déclencher un incroyable chaos.
« S'il vous plaît, garder votre calme, la soirée n'est pas terminée. »
Mais pour le coup, Jennifer avait sous-estimé l'instinct de survie de l'Homme. Plus personne ne l'écoutait désormais, tous ne désiraient plus qu'une chose, sortir d'ici au plus vite. Ils étaient tous agglutinés près des portes, cognant contre celles-ci dans le but de les ouvrir. Stiles aurait voulu se réjouir. De voir ces visages emplis de panique. De surprendre ces expressions déformées par l'effroi. Mais il n'éprouvait rien d'autre qu'un profond sentiment de pitié. Ils étaient pathétiques.
S'étant enfin habitué au bruit de la sirène, Stiles décolla ses mains de son visage et découvrit Jackson débarquer comme une fleur, un sourire idiot aux lèvres. Il le contempla, bouche bée.
« Alors quoi ? C'était ça, ta super diversion ? Ton plan grandiose ? » L'adolescent n'était pas impressionné.
« Me regarde pas comme ça. » Jackson le prévint, pointant un doigt en sa direction. « Au moins, j'en avais un. Et puis, qui aurait pu penser qu'il s'agissait d'une telle bande de trouillards. Je n'ai même pas enclenché l'alarme incendie, c'était seulement l'alarme intrusion. Enfin, je crois. »
« Tu crois ? » Stiles le regarda, pantois.
« Bon, j'ai vu un énorme bouton rouge et j'ai appuyé dessus. Content ? »
Stiles secoua la tête avant de se concentrer à nouveau sur Jennifer. Alors qu'il se demandait comment l'atteindre sans se faire arrêter par des Manteaux Noirs en chemin, une main se posa alors sur son épaule. Celle-ci était déjà presque totalement transparente et Stiles n'eut pas besoin de réfléchir très longtemps sur la personne qui se tenait près de lui.
« Besoin d'un coup de main ? »
Sans attendre, Isaac étendit son pouvoir sur leurs deux corps et bientôt, Stiles se retrouva lui aussi invisible. Lorsqu'ils arrivèrent près de la scène, l'air jovial et bienveillant de Jennifer avait largement disparu, remplacé par une mine acide. Elle était en train de parler à un jeune homme qui avait l'air de connaître parfaitement son vrai visage, si l'adolescent tenait compte de la façon dont il tremblait face aux cris de la femme.
« Je veux que vous éteigniez cette foutue sirène et que vous fassiez en sorte que cette pagaille ne soit plus qu'un mauvais souvenir. »
« Nous essayons madame, mais... » L'homme tenta de la calmer mais c'était comme s'il avait ravivé lui-même le feu qui menaçait de le brûler.
Elle s'avança tout près de lui, sa voix basse mais son timbre dangereux.
« Vous avez intérêt à trouver sinon je m'occuperais d'obtenir votre tête. »
L'ingénieur opina si vite du chef avant de s'enfuir que Stiles pensa qu'il allait probablement souffrir d'un mal de cou. Soudainement pris d'un élan de bravoure, il se dégagea doucement de l'emprise d'Isaac et se retrouva une nouvelle fois dans la lumière.
« Tu en es encore à menacer tes employés ? Comment se fait-il qu'ils n'aient pas encore tenté de te faire ravaler tes paroles ? Je sais que tu as toujours été douée pour hypnotiser les gens mais là, ça frise l'absurdité. »
Jennifer qui lui faisait dos, se retourna lentement. Mais Stiles savait qu'elle avait reconnu sa voix. Aussi, lorsque son regard croisa celui de l'adolescent, il n'y décela aucune surprise. Juste de la satisfaction.
« Je suis très heureuse de te voir, Stiles. »
Derrière elle, ses hommes de mains pointèrent leurs armes mécaniquement vers Stiles, le menaçant de tirer aux moindres mouvements. Jennifer leva alors une main, les obligeant à abaisser leurs armes, comme si elle avait toute confiance en celui qui se tenait face à elle. Comme si elle se savait en sécurité, comme si elle était certaine qu'elle ne risquait rien. Ce dernier aurait voulu arracher cette confiance et cette arrogance hors d'elle de ses mains nues.
Sa robe ondula alors qu'elle était en train de descendre de l'estrade, son regard fixé dans celui du brun. Elle n'eut pas l'air choquée de le voir, comme si elle avait compris que quelque chose se tramait dès que Derek avait prétendu ne l'avoir jamais rencontré. Elle était belle, sa peau pâle et ses ongles manucurés. Ses jambes longues et son cou affiné. Ses cheveux bruns et son regard brûlant, ayant sans doute attrapé quelques âmes dans ses filets. Mais il s'agissait pour Stiles d'une beauté empoisonnée, d'un masque poli et froid qui cachait sa véritable nature.
Sa figure était d'ailleurs traversée par une expression de soulagement, mêlée à une sorte de tendresse. Elle donnait l'impression d'une mère ayant enfin devant elle le visage de l'enfant qu'elle avait perdu. Mais Jennifer n'avait rien de maternel. Stiles ne résista pas à l'envie de le lui faire savoir.
« Désolé, mais le sentiment n'est pas vraiment partagé. »
Ses lèvres se plissèrent dans une moue déçue, alors que la jeune femme plaça une de ses mains sur l'encolure de sa robe, l'air songeuse.
« Je me doutais que tu serais encore un peu agacé par la manière dont notre dernière rencontre s'est déroulée. » C'était un euphémisme. Jennifer avait manqué tous les brûler vif. « C'est vrai que tout ne s'est pas passé comme je l'avais promis au départ mais rappelle-toi, je t'ai donné le choix. Et par deux fois, tu as choisi de prendre le mauvais. » Son visage se fit, durant une seconde, plus dur, comme si elle prononçait un sermon. Avant qu'il ne change et ne retrouve une lueur plus sereine. « Mais je t'ai pardonné. Parce que nous sommes une famille. Et parfois, il arrive que les membres d'une même famille ne soient pas d'accord entre eux. Il arrive qu'il y ait des divergences. »
« Une famille ? Le genre qui enferme ses proches et les torture dans les sous-sols ? Pour ne pas faire jaser les voisins ? »
Elle avait un sacré culot, d'essayer de faire passer ses tendances sociopathes pour une expression de son amour.
« Tu n'es pas vraiment très reconnaissant. » prononça-t-elle, continuant de s'avancer de manière lente et suave vers Stiles. « Nous t'avons nourri, nous t'avons offert un toit, nous avons fait de toi un individu meilleur, en te permettant de développer tes pouvoirs. Dis-moi, combien de temps aurais-tu tenu avant de blesser quelqu'un ? Te souviens-tu, de toutes ces fois où il suffisait de te mettre en colère pour que tu fasses exploser une lampe ou que tu brises un miroir ? Combien de temps crois-tu qu'il t'aurait fallu avant que tu ne fasses exploser le crâne de quelqu'un ? De Ben ? »
Stiles tiqua sous la remarque mais il savait aussi que c'était ce que voulait Jennifer. Une nouvelle fois, elle voulait lui faire mal. Le briser pour plus facilement le manipuler.
« Je ne lui aurai jamais fait de mal. »
« Tu es sûr ? » Elle se déplaça, tournant autour de lui comme un prédateur face à sa proie. « Tu n'as quand même pas oublié Emilie. Tu ne lui voulais aucun mal, à elle non plus pourtant. »
Stiles se figea, n'ayant pas repensé à ça depuis bien trop longtemps. Le visage d'une jeune fille blonde et les yeux d'un bleu profond vinrent alors envahir son esprit et il secoua la tête avec force. Derrière lui, Laura, Derek et Jackson ne le quittaient pas d'une semelle. Il n'y avait aucune trace d'Isaac.
« Elle a souffert, Stiles. Et ça ne t'a pas empêché de continuer. Ça ne t'a pas empêché de causer sa mort. Tu étais glorieux, tel un gladiateur exécutant les ordres de son maître. Tu l'as ressenti aussi, n'est-ce pas ? Cette sensation d'intense pouvoir, comme si le monde n'avait pour toi plus aucune limite. »
L'adolescent garda le silence.
« Ce n'est rien, tu n'as pas à en avoir honte. Au contraire, tu participes à la construction d'un monde meilleur, un monde où les enfants n'auront plus peur. C'est pour ça que je suis là. »
« Quel genre de monde se bâtit sur les cendres de celui qu'il vient de détruire ? »
« Est-ce que ce sont eux qui t'ont mis toutes ces idées ridicules dans la tête ? » renifla Jennifer, jetant un regard dédaigneux en direction des autres, qui étaient toujours aux côtés de l'Inné. « Des loups-garous, Stiles ? Tu sais que ce sont des bêtes sauvages. Incapables de se contrôler, envahis par une soif de sang à chaque pleine lune. Tu déclares être contre le gaspillage de vie. Sais-tu seulement combien d'enfants sont morts, ayant péri sous leurs griffes ? Les loups-garous ont depuis longtemps fait part de leur mépris pour la vie humaine. »
« Si c'est de la vôtre dont il est question, alors je confirme. » siffla Jackson, ses yeux s'illuminant d'une couleur jaunâtre alors qu'il montra les dents.
« Charmant. » Puis, fixant à nouveau Stiles, elle continua. « Je sais que tu ne veux faire de mal à personne. Mais c'est ce qui arrivera si tu continues à t'entêter. Je te l'ai dit, nous sommes une famille. »
« Ils se sont montrés plus humains et sincères que tu ne le seras jamais. Tu m'as pris ma vraie famille. Tu ne représentes absolument rien pour moi. »
« Oh non, Stiles. C'est un vilain mensonge. Tu es bien loin d'être indifférent. Sinon, pour quelle autre raison serais-tu venu, ici ? » Elle sourit mais ses lèvres paraissaient tordues, son rouge à lèvres brillant sous la lumière des candélabres. « J'ai pensé à toi chaque jour depuis ta disparition. Chaque jour, j'ai cherché à savoir où tu étais et avec qui tu te trouvais. Et toi, n'as-tu pas pensé à moi en étant éloigné ? N'ai-je pas traversé tes pensées durant ton temps en exil ? » Elle se trouvait à quelques mètres de lui et Stiles pouvait distinguer chaque détail de son visage. « Nous faisons partie de toi, maintenant. Comme tu fais partie de chacun d'entre nous. Et on n'abandonne pas sa famille. »
Au fond de lui, Stiles comprenait. Quoi qu'il fasse, il appartiendrait toujours à Jennifer. Il appartiendrait toujours à la Zone. Car une partie de lui y était morte là-bas.
« Tu sais quoi ? Tu as raison. » Stiles lâcha un rire bref, jetant un coup d'œil au sol alors qu'il déclarait, honnête. « J'ai pensé à toi, à ton visage presque chaque nuit depuis que je suis partie. J'ai imaginé des milliers de fois ton visage être dévoré par des flammes. Car si j'ai le droit à une place aux Enfers et Dieu sait que je le mérite, c'est également ton cas. »
Sortant l'arme qu'il avait glissé dans le bas de son dos, Stiles pointa le calibre sur la jeune femme qui ne bougea pas d'un iota. Au contraire, son sourire sembla s'allonger, devenant presque dément.
« Où est Ben ? » Stiles la menaça, son doigt pressant légèrement la gâchette.
« Ne joue pas à ce jeu avec moi. Tu ne tireras pas. »
Fixant un point derrière l'épaule de Jennifer, Stiles orienta de quelques centimètres le pistolet qu'il avait toujours en main et tira. Le coup partit si vite qu'il recula légèrement sous l'assaut. La balle alla alors se loger sur le mur devant lequel Jennifer se tenait. Son sourire disparu aussitôt.
« Tu veux qu'on parie ? »
« Je ne suis pas sûr que tu désires réellement tenter le Diable, Stiles. Pense aux enfants. »
Elle n'avait pas dit le prénom de Ben mais c'était comme si elle l'avait fait. Et juste comme ça, Stiles se retrouva à nouveau dans la Zone, obligé de lui obéir alors qu'elle menaçait la seule chose qui lui restait.
« C'est bien ce que je pensais. La petite révolution que tu as tenté de lever est terminée. Nous allons reprendre le travail ensemble et si tu me montres que tu peux être obéissant, j'accorderais peut-être une mort rapide et sans douleur à tes amis. »
Le mot ami avait été dit avec tant de dédain que Stiles sut que Jennifer ne disait pas la vérité.
« Qui est la menteuse, maintenant ? Personne ne se rendra. »
« Eh bien, à nouveau, c'est ton choix. » Puis, se tournant vers les gardes, elle déclara. « Emparez-vous de lui. Mais je le veux vivant. Tuez les autres. »
Ce fut comme si Jennifer venait d'appuyer sur un détonateur. Laura, Derek et Jackson se transformèrent aussitôt alors que les Manteaux Noirs se placèrent en position offensive, armes en main. L'un d'eux se déplaçaient d'ailleurs en direction de Stiles, et ce dernier tourna alors son arme vers lui. Alors qu'il s'apprêtait à tirer, une voix s'éleva et il reconnut Peter. Celui-ci était accompagné de Deaton et de Chris, lequel était également en train de pointer son arme vers les gardes qui ne savaient plus vraiment vers qui se tourner.
Peter fit quelques pas en avant, se plaçant devant les deux autres, ses deux bras levés en signe d'invitation.
« On dirait que j'étais sur le point de manquer la fête. » exposa-t-il avant de se métamorphoser si vite que le garde situé à sa gauche n'eut pas le temps de le voir venir.
Il planta ses griffes dans son cou et dut endommager la trachée car le garde s'effondra à terre, luttant pour respirer. Des tirs ricochèrent près du loup-garou qui fut touché avant de grogner de rage. Mais à la grande surprise de Stiles, la prochaine attaque fut programmée par Deaton qui sans hésiter, sortit deux objets cylindriques de sa poche avant de les jeter en direction des gardes. Elles explosèrent alors en plein vol, comme des grenades et alors, ce fut le désordre.
Les Manteaux Noirs s'élancèrent à leur tour et le bruit des nombreux tirs fut la seule chose cohérente que Stiles parvint à noter. L'homme qui le menaçait toujours couru et lui prit le bras. Stiles lui tira alors dans l'épaule et l'autre hurla. Stiles recommença, plantant une balle dans son genou et l'homme chuta à terre. Non loin, Derek était en train de se défendre face à deux autres gardes et Stiles essaya de ne pas laisser la panique l'envahir lorsqu'il aperçut que sa chemise était moite de sang. Jackson et Peter se disputaient également contre un petit groupe, et le frère de Talia se mouvaient avec rapidité, assenant des coups mortels à ses adversaires sans remords.
« Bouge pas. »
Se détournant rapidement, Stiles manqua de peu le coup que s'apprêtait à lui assener un garde qui venait d'apparaître dans son dos. Son arme en main, Stiles appuya sur la gâchette, mais celle-ci émit un cliquetis sec, signe que le magasin était vide. S'emparant alors de la crosse de son arme, il l'abattit de toutes ses forces sur la tempe de l'homme qui tomba, assommé, avant de lui-même manquer perdre l'équilibre sous la force de l'élan.
Reprenant son souffle, Stiles lutta contre sa vision dont la netteté lui faisait désormais défaut. Tout son corps lui hurlait de s'arrêter alors que la fatigue lui donnait le tournis. S'appuyant sur une table ornée, il se remit sur ses pieds et releva la tête. C'est alors qu'il aperçut, près de la porte menant aux cuisines la silhouette de Scott, accompagnée d'Isaac. Les deux étaient en train de faire signe à quelqu'un que Stiles ne parvenait pas à distinguer avant qu'une première petite tête n'apparaisse et ne sorte de sa cachette. Elle fut suivie de quatre autres dont la dernière n'était autre que Ben. Les cinq enfants se placèrent près de Scott, lequel continuait de jeter un œil à la bataille, s'assurant que personne ne les avait surpris alors qu'Isaac s'occupait de la porte.
Stiles arrêta alors de respirer, le regard concentré sur celui de son petit frère. Il tenta alors de retrouver tous les détails de son visage mais une nouvelle fois, sa vision floue l'handicapa. Choisissant de se diriger vers eux pour leur donner un coup de main, un cri de douleur résonna sur sa droite et Stiles se stoppa.
Laura était à terre, la moitié du visage ensanglanté par une blessure à l'arcade. Elle gardait un bras contre sa poitrine, comme si celui-ci avait été tordu. Au-dessus d'elle, un homme se tenait debout, que Stiles reconnut immédiatement. Il n'avait jamais pensé le revoir un jour.
Howard était toujours aussi immense, les épaules carrées et la musculature aussi impressionnante qu'un loup-garou. Il avait les poings serrés, comme s'il s'apprêtait à les abattre sur la jeune femme qui continuait de reculer mollement par terre. Howard l'observait avec l'envie de l'écraser. Son visage était tourné dans la direction opposée à Stiles mais celui-ci parvint à distinguer l'énorme balafre qui lui déformait le visage, s'étalant de sa bouche jusqu'en haut de son sourcil gauche. Elle lui donnait un air encore plus féroce, plus sauvage.
Jetant un coup d'œil alentour, Stiles remarqua que tous les autres étaient déjà accaparés par leur propre combat. Laura était seule et sans défense. Relevant la tête, il accorda un dernier regard aux enfants qui avaient presque atteint la porte de sortie. Il aurait tout donné pour s'élancer vers Ben et le prendre dans ses bras. Lui dire qu'il était désolé de l'avoir laissé seul.
Mais ce n'était plus comme la dernière fois. Ben et Stiles avaient certes, passer des années à ne compter que sur l'un et sur l'autre mais ce n'était plus le cas, aujourd'hui. Ils n'étaient plus à l'écart du reste du monde. Ils avaient des personnes sur qui se reposer. Et ce n'était peut-être pas leur mère et leur père mais quand remontait la dernière fois où les deux avaient pu faire confiance à quelqu'un ?
Posant à nouveau son regard sur le corps menaçant d'Howard, Stiles constata une chose. Il était presque certain que si le Manteau Noir revoyait son visage, il n'hésiterait pas à le tuer. L'adolescent ne parviendrait jamais à se défendre contre quelqu'un de son gabarit. Mais il pouvait faire diversion. Il n'était plus aussi effrayé à l'idée de laisser son frère. Les Hale feraient en sorte de le protéger. A partir de là, sa décision fut prise.
« Eh Howie, et si tu laissais la demoiselle tranquille pour saluer ton vieil ami. »
Celui-ci se retourna, abandonnant Laura au sol. Son nez se fronça quand son regard s'arrêta sur Stiles et ses yeux se mirent alors à briller d'une lueur malsaine. Le plus jeune aurait dû en frémir d'angoisse car tout comme Jennifer, l'homme avait fait partie d'un bon nombre de ses cauchemars. Mais c'était étrange car malgré sa taille, Howard lui paraissait beaucoup moins grand que dans ses souvenirs.
Alors que Laura reprenait son souffle, un autre garde se lança vers elle et elle eut le temps de se redresser avant qu'il ne plante son couteau dans son épaule.
Remarquant sans doute que Stiles n'était ni accompagné, ni armé, Howard eut un petit rire, bref et sec.
« T'avais l'habitude d'être plus malin que ça. »
Lui aussi savait pertinemment que Stiles n'avait aucune chance contre lui dans un combat à mains nues.
« C'est bien moi qui t'ai fait cette première cicatrice, pas vrai ? » L'adolescent pointa son visage, notant la teinte de colère qui illumina ses traits. « Je dois pas être si bête que ça. »
L'autre grogna et se jeta sur Stiles, ce dernier réussissant à l'esquiver de peu, cognant dans le pied d'une table avant de se rattraper. Lui et Howard ne se quittèrent pas des yeux, tournoyant autour de l'autre comme dans une ronde, chacun s'attendant à une attaque.
« T'as pris un peu de poids depuis la dernière fois que je t'ai vu. » Stiles lança le premier, accordant un air insolent à ses joues arrondies. « Qu'est-ce qui s'est passé, t'as arrêté de courir après les enfants ? »
« J'aurais dû faire en sorte que Jennifer te garde enchaîné comme un animal quand j'en avais l'occasion. A cause de ta petite escapade, j'ai tout perdu. Mon poste, ma possibilité d'être promu, ma réputation. » Howard cracha à terre, alimentant son dégoût pour l'adolescent. « Plus personne n'a voulu me laisser diriger une autre Zone, pas en sachant que j'avais laissé filer un enfant sous ma surveillance. »
« Oh arrête ou je vais commencer à pleurer. Tu veux vraiment que je lâche une larme, maintenant ? »
« Ce que je veux, c'est que tu paies pour ce que tu m'as pris. Et tu as été assez stupide pour te pointer ici. Si ces chiards te voyaient aujourd'hui. Tu sais que ton petit numéro s'est répercuté dans plein d'autres états ? »
Stiles ne répondit pas cette fois, bien trop curieux de savoir ce qu'Howard avait à lui dire à ce sujet.
« D'autres enfants ont essayé à leur tour de s'enfuir, en prenant exemple sur toi. Certains pensaient même que tu viendrais les libérer. Ils s'imaginaient que durant toutes ces années, tu étais en train de préparer un grand coup, pour tous leur permettre de retrouver la liberté. Mais tu les as tous abandonnés pour sauver ta peau. Où est le modèle merveilleux qu'ils s'imaginaient, hein ? Un pauvre gosse qui pendant tout ce temps, se cachait derrière des loups, voilà ce que tu es. »
L'homme se stoppa alors soudainement. Son corps s'était guindé, tendu et il avait la mâchoire serrée. Comme s'il s'attendait à recevoir un coup. Comme s'il s'attendait à ce que Stiles soit l'auteur de cette attaque. Mais rien ne se produisit. Et malheureusement pour Stiles, Howard n'était pas simplement un individu raciste et cruel. Il était un individu raciste, cruel et intelligent. Il ne tarda pas à comprendre.
« Tu ne peux plus utiliser tes pouvoirs, pas vrai ? » L'homme se mit alors à rire, à rire si fort que Stiles se demanda s'il n'allait pas s'étouffer. Quelle bonne nouvelle ça aurait été. « Et dire que j'ai traité ce gamin de menteur, il n'arrêtait pas d'hurler à tout le monde qu'il avait réussi à mettre la main sur l'Inné qui avait provoqué cette petite révolution. Il disait même qu'il t'avait tiré dessus avec une dose si forte de Linaria qu'il avait été obligé de te porter jusqu'à un entrepôt. »
« Theo. » souffla Stiles.
« Je le formais depuis qu'il était gamin. Un bon potentiel. Mais un peu trop impertinent à mon goût. J'imagine que je vais devoir lui présenter mes excuses. » Il rit à nouveau, comme s'il s'agissait de la meilleure blague.
Stiles, lui, resta silencieux. Combien y'avait-il de chance pour que les deux soient liés ? Mais lorsqu'il y pensait, il n'y avait qu'Howard pour créer un autre individu aussi monstrueux.
« Tu sais, Jennifer nous a ordonné de te garder en vie, même si des membres du Conseil ont demandé ton exécution. Pour donner un exemple. » expliqua Howard, continuant de se déplacer, Stiles bougeant en même temps, tâchant de garder une même distance. « Je me suis d'abord rangé de leur côté, en espérant assister à ta mise à mort. Mais je crois que je n'aurais pas la patience d'attendre jusque-là. Et puis, ta disparition me permettra peut-être de retrouver ma place. »
La seconde suivante, il se jeta à nouveau sur lui, les mains en avant cette fois. Stiles parvint à lui échapper en se baissant, avant de se redresser et de lui assener un coup sur le bas de la mâchoire. Howard n'émit pas la moindre grimace de douleur.
Au contraire, il portait un sourire vainqueur sur le visage, presque sauvage et Stiles ne sentit que trop tard ses mains lui agripper le cou. Il le coinça contre le mur, son corps collé au sien.
Puis, il se mit à serrer.
Serrer si fort que Stiles chercha automatiquement à obtenir de l'air, cognant ses poings contre l'étreinte de fer qu'Howard exerçait sur lui. Mais il était comme un nouveau-né face à sa force, sa bouche ouverte mais l'air incapable d'y pénétrer. Howard appliqua une nouvelle pression, à tel point que les pieds de Stiles touchaient à peine le sol. L'adolescent tenta par tous les moyens de le pousser à abandonner. Il griffa ses avant-bras, plongeant ses oncles courts dans sa peau et y laissant des traces sanguinolentes. Puis, il s'attaqua à son visage, essayant de l'atteindre mais Howard tourna alors la tête, continuant de presser l'adolescent comme s'il s'agissait d'un bout de chiffon.
Sa vision se fit alors de plus en plus trouble, alors que ses lèvres bleuissaient. Une douleur aigüe siffla dans son crâne, comme lorsqu'il s'amusait enfant dans la piscine avec des amis, à celui qui resterait le plus longtemps sous l'eau. Ça n'avait plus rien d'un jeu. Et Stiles sentait qu'il atteignait ses limites. Lançant un dernier coup d'œil près de la porte, il découvrit qu'il n'y avait désormais plus personne. Scott et Isaac avaient réussi. Son frère était en sécurité.
Ce fut alors plus facile pour lui de lâcher prise. Ça et le fait que son cerveau n'avait plus été alimenté en oxygène depuis de longues secondes. Howard approcha son visage du sien et la dernière chose dont Stiles se souvint fut de sentir son souffle âpre lui frotter la peau alors qu'il chuchota :
« Chut, c'est ça. C'est bientôt fini. »
La douleur se stoppa et le monde autour de Stiles cessa de fonctionner. Et ce fut le noir.
Jusqu'à ce qu'il ait l'impression de sentir quelque chose le bousculer. Mais ce n'était pas vraiment cohérent. Il était mort et les morts n'étaient pas censés ressentir des choses. Ni être capable de penser, d'ailleurs.
A nouveau, on le bouscula plus fortement et Stiles fut capable de localiser l'endroit. Il aurait voulu gémir mais il en était incapable. Pourtant, la douleur qu'il ressentait contre sa poitrine était bien réelle, comme si un petit malin s'amusait à lui écraser la cage thoracique.
« Stiles ! »
Stiles n'était pas fou. Il avait entendu son nom.
Puis, comme un réflexe, il se sentit se redresser comme un aliéné, inspirant aussi puissamment qu'il le put, comme si ses poumons avaient totalement été vidés de leur air. Il peina, sa gorge en feu et la vision toujours trouble. Tout se déroulait au ralenti, sauf sa respiration qui se faisait bruyante et rapide, comme si ses organes s'imaginaient qu'il s'agissait peut-être de la dernière bouffée d'air qu'ils obtiendraient. Autour de lui, des voix s'élevèrent.
« Il va bien ? »
« Bon sang, regarde son visage. On dirait qu'il est mort. »
« Ferme-là Jackson. »
Quelqu'un l'aida à s'asseoir, ou du moins, à poser son dos contre quelque chose de solide et Stiles resta concentré sur sa respiration. Sa tête allait exploser mais alors que ses paupières papillonnaient, il réalisa qu'il commençait à distinguer certaines choses. Comme les figures anxieuses de Derek, Laura et Jackson.
Il se demanda alors s'ils avaient réussi à le ramener ou s'ils étaient tous les trois morts.
Mais la douleur qu'il ressentait dans sa poitrine était bien trop vivace pour qu'il ne soit pas vivant.
Stiles laissa alors échapper, ses lèvres si sèches qu'elles semblaient capables de tomber en poussière.
« Les enfants... les enfants... »
« Stiles, ils vont bien. Tout va bien. » C'était Laura.
Sa voix était apaisante et Stiles eut envie de la croire.
« Euh pas vraiment. Je ne sais pas si vous le savez mais les gardes que l'on vient de battre ont certainement d'autres potes qui ne vont pas tarder à arriver. » Jackson se leva, restant à l'affût au cas où une nouvelle armée de Manteaux Noirs ne débarqueraient pour finir le travail.
« Il a raison. » Laura reconnut, se levant à son tour. « Derek ? »
Stiles ne comprit pas pourquoi elle s'adressa à son frère. C'était lui qui menaçait de leur faire perdre du temps. Toujours adossé au mur, Stiles se tourna alors vers le concerné et découvrit que son visage n'avait rien d'humain. Il était encore transformé, les lèvres ensanglantées. A moins d'un mètre de lui, le corps d'Howard gisait sans vie, un trou béant à la place de ce qui devait être la jonction entre son cou et son épaule.
Stiles ne parvenait même pas à être horrifié par cette vision. Une seule pensée le traversa alors qu'il regardait Derek.
« Et dire que j'ai raté ça. » Sa voix était enrouée.
Le visage de ce dernier s'adoucit, comme s'il avait eu peur que Stiles le prenne pour un monstre. Comment le pourrait-il ? Derek venait de lui sauver la vie. Passant un bras autour de sa taille, ce dernier grogna entre ses crocs.
« Je vais t'aider. »
Se lever ne fut pas chose aisée et Stiles manqua trébucher à plusieurs reprises. La douleur se réveilla aussi dans tous ses membres et il pensa qu'il allait retomber dans l'inconscience. Il se força pourtant jusqu'au bout à rester éveillé.
Des bruits de pas le firent sursauter avant qu'il ne se détende en découvrant qu'il s'agissait de Peter, Deaton et Chris.
Ce premier prit alors la parole.
« Il n'y a pas d'autres enfants. »
« Nous n'avons plus rien à faire ici, alors. » Laura déclara, menant le reste de leur petite troupe à l'extérieur.
Lorsque le regard de Peter tomba sur lui, il souffla d'admiration, attrapant l'autre bras de Stiles pour le soutenir.
« Il a l'air en pleine forme. » mentionna-t-il à voix haute et Stiles entendit clairement le grondement que Derek lui rendit.
Peter rit mais ne chercha plus à les taquiner. Une fois dehors, Stiles aperçut Skye assise sur le trottoir. Elle souffla de soulagement quand elle les aperçut.
« J'ai cru que vous étiez morts. »
« Pas encore, ma belle. » Peter lui lança un clin d'œil.
« Vous êtes prêts ? »
Comme pour leur départ, ils placèrent chacun une main sur le corps de la jeune femme et dans un courant d'air, ils disparurent.
O
La première personne à le prendre dans ses bras fut Scott. Il le serra si étroitement que Stiles en eut le tournis. Ses yeux brillaient comme s'il n'était pas loin des larmes et Stiles lui envoya un petit sourire. Isaac s'approcha aussi, son étreinte beaucoup moins vigoureuse que celle de Scott mais tout aussi affectueuse.
« J'arrive pas à croire qu'on s'en soit tous sortis. »
Et Scott ne savait pas à quel point il était proche de la vérité. Stiles n'aurait même pas dû être ici, sans l'intervention de Derek. Le fait qu'aucun d'eux n'aient été tués, après ce revirement de situation était presque miraculeux.
Cora était là aussi, s'empressant d'approcher son frère et sa sœur pour s'assurer qu'ils allaient bien.
Stiles fixait les alentours à la recherche de quelqu'un et Scott comprit rapidement de qui il s'agissait.
« Il est avec ma mère. »
Il n'ajouta pas un « Tu peux aller le voir ». Il n'en avait pas besoin.
Stiles se détacha alors de ses camarades et remarqua à peine qu'aucun d'eux ne le suivit. Les pas qui le conduisirent jusqu'à l'infirmerie furent lourds et son voyage dura à la fois une éternité et une seconde. Des dizaines de questions s'enchainèrent alors dans sa tête et une fois arrivé, Stiles hésita sur le pas de la porte.
Et s'il n'était pas prêt à découvrir ce qu'il y avait derrière ? Après tout, Stiles s'était imaginé cette scène des centaines de fois mais rien ne lui disait que tout se passerait comme il l'avait figuré.
Si son frère ne le reconnaissait pas et refusait de lui adresser la parole ? Ou pire encore, s'il l'accueillait avec un regard si empli de haine que Stiles ne pourrait pas espérer obtenir son pardon ? Ce dernier avait passé ces deux dernières années à tenter de le retrouver mais Ben n'en savait rien. Et si pour lui, Stiles ne représentait désormais plus que cet individu qui l'avait laissé derrière lui ?
Même si chacun de ces scénarios étaient douloureux, Stiles n'avait pas le droit de faire demi-tour. Il se devait d'affronter ce que Ben lui réservait, qu'il s'agisse de sa colère, de son mépris ou de son dégoût. Toquant à la porte, il attendit que Melissa lui donne la permission d'entrer. Elle était debout face à une table d'auscultation. Sur cette dernière et lui faisant dos, un jeune garçon y était installé.
Ses cheveux étaient plus longs que Stiles ne les avait jamais vus. Ses bras étaient maigres mais pas autant que dans ses mauvais rêves.
Melissa accorda un sourire à Stiles avant de se pencher vers le garçonnet et de l'inviter à se retourner. Le petit le fit sans hésiter, offrant son visage aux yeux affamés de Stiles qui avaient rêvés de le revoir depuis le jour où il l'avait quitté. Il avait grandi, perdu de ses rondeurs d'enfant et possédait un vilain hématome sur la joue gauche.
Mais à part ça, c'était Ben. Les mêmes yeux noisette, curieux et inquisiteurs. Les mêmes grains de beauté parcheminant sa peau, comme Stiles. La même frimousse, espiègle et aimante. Son regard n'était pas haineux, ni furieux. Il était peut-être légèrement perplexe et déconcerté, scrutant Stiles comme ce dernier était en train de le faire.
Il était en vie. Il était en vie. Il était en vie.
Tombant à genoux, Stiles sentit pour la première fois, les larmes couler sur ses joues alors qu'il avait à nouveau l'impression d'être un petit garçon.
« Bennie ? »
Ce dernier se leva à son tour, observa Stiles encore quelques secondes, ses grands yeux ouverts et alertes. Puis, il courut en direction de l'adolescent, lui laissant à peine le temps de le rattraper. Ses petits bras s'agrippèrent à lui, entourant sa nuque et Stiles répondit à l'étreinte, baignant dans son odeur familière.
Pour la première fois depuis qu'il était arrivé, Ben prit la parole, réconfortant Stiles et mettant un terme définitif à toutes ses angoisses.
« Je le savais. Je savais que tu reviendrais. »
Parce qu'un peu de fluff, ça fait du bieeen :D Les frères Stilinski sont enfin réunis ! Il n'aura fallu que 23 chapitres... x)
Je suis curieuse de savoir ce que vous en avez pensé. J'ai adoré écrire cette soirée et j'espère que vous apprécierez le reste !
Bon dimanche :*
