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Bonne lecture :)
Chapitre 24
C'était déjà la fin de matinée, Stiles pouvait le voir à travers les rayons du soleil qui traversaient la fenêtre, malgré le volet fermé. La pièce était ainsi à demi dans la pénombre, bercée dans une atmosphère monochrome et silencieuse. Allongé sur le côté droit, il n'avait pas dormi aussi longtemps d'une traite depuis qu'il était parti de chez lui. Collé à son estomac, la chevelure plus longue et bouclée de Ben dépassait à peine. La couverture était remontée jusqu'à ses épaules et Stiles s'était assuré que ce soit le cas jusque tard dans la nuit.
Il voulait que Ben se sente bien.
Et ne s'était même pas rendu compte du moment où le sommeil l'avait rattrapé. La veille, après que Melissa ait réalisé son examen complet et qu'elle ait dû répéter une bonne dizaine de fois à l'adolescent que « Malgré les signes de fatigues et de sous-alimentation, Ben va bien. Il va bien Stiles. », ce dernier n'avait pas été préparé à cette émotion qui l'avait submergé ensuite. Il avait été incapable de lâcher le garçonnet alors que celui-ci s'accrochait à lui comme une bouée, les deux devant représenter un drôle de tableau.
Melissa l'obligea ensuite à se prêter lui-même au jeu du patient, après qu'elle ait jeté un regard estomaqué aux hématomes présents autour de son cou. Stiles était passé rapidement devant le miroir et y avait vu des marques d'une couleur rougeâtre, tournant vers le bleu sombre. Il avait alors détourné la tête, acceptant que l'infirmière le soigne comme elle le pouvait. Il refusa la minerve qu'elle lui proposa mais accepta les calmants qu'il glissa alors dans sa poche.
Stiles continuait d'être partagé. Il mourait d'envie de présenter Ben aux autres, de leur montrer qui était son frère, parce qu'il en était fier. Mais en même temps, une envie lourde et dominatrice le tenaillait, l'obligeant à le garder pour le moment pour lui seul. Après avoir été séparé si longtemps, Stiles avait dû mal à accepter qu'il devait le laisser vagabonder dans le monde, même si ce monde comprenait les Hale.
Mais avec surprise, quelqu'un d'autre pris la décision à sa place. Alors que les deux garçons étaient toujours près l'un de l'autre, Talia entra dans l'infirmerie, sans doute dans le but de s'assurer de leur santé. Son visage était serein et Stiles sut qu'elle venait de voir ses enfants, et avait compris que tout le monde se portait bien. Elle se présenta à Ben, lequel l'observa avec des grands yeux, sans répondre. Stiles lui offrit alors une caresse dans le dos, afin de le rassurer.
Après ça, l'alpha leur proposa de s'installer dans une nouvelle chambre qu'elle avait préparé pour eux. Stiles, sans s'en rendre compte, laissa alors échapper un soupir de soulagement face à ce dilemme qu'il n'aurait pas à faire pour cette nuit. Avant qu'ils ne partent, Melissa prépara un ensemble de vitamines sous forme de fioles qu'elle plaça dans un sachet en plastique. Elle informa ensuite Stiles sur leurs fonctions et le fait qu'il devait s'assurer que Ben les prenne tous les jours, au moins le temps qu'il soit en meilleur état. Stiles s'en empara comme s'il s'agissait d'une mission.
La première étape fut, bien sûr, de faire en sorte que Ben se nourrisse. S'installant dans la cafétaria, Stiles fut surpris de la voir vide. Il fut encore plus interloqué de réaliser qu'aucun de ses amis n'étaient venus les voir.
Talia remarqua son manège, alors qu'il jetait des petits coups d'œil alentour.
« Ils ne voulaient pas vous déranger. Je leur ai dit que la meilleure chose serait de venir vous voir demain. »
L'adolescent hocha alors la tête, la remerciant et Talia leur sourit avant de sortir. Il se mit alors en marche, s'enquérant de préparer une assiette pour Ben. Il fit attention de ne pas lui proposer quelque chose de trop lourd, sachant pertinemment qu'il aurait besoin de temps avant de réussir à adopter un régime alimentaire normal. Par chance, il pouvait garder un œil sur le garçon de là où il était mais accéléra la cadence quand il nota que Ben paraissait de plus en plus mal à l'aise à l'idée de rester seul dans une si grande pièce.
Lorsqu'il eut terminé, il posa alors le plat devant le jeune garçon, lui offrit des couverts, ainsi qu'un verre d'eau. Il débouchonna la première bouteille de vitamines et la posa à côté de son gobelet.
« J'ai essayé de mettre ce que tu aimes. » déclara-t-il, se sentant un peu inquiet à l'idée que le garçon rejette ce qu'il venait de faire, assurant qu'il ne voulait pas manger ça.
Lui-même n'avait pas vraiment faim malgré la soirée qu'il venait de vivre, le ventre noué. Il était exténué mais n'aurait pu partir dormir pour l'instant, même s'il l'avait voulu. Il avait dû mal à déglutir et ses poumons ne lui laissaient aucun répit.
Mais Ben n'émit aucune plainte. Il s'empara de sa fourchette, la manche de son gilet glissant sur son poignet si maigre et commença à manger. Stiles ne résista pas à l'envie de l'aider, à participer et couper sa viande, de la dinde qu'il tenta de séparer en petits morceaux. Ben les avala tous, assurément affamé mais loin de l'image du garçon engloutissant la nourriture que Stiles s'était faite. Il se nourrissait à son rythme, levant les yeux vers Stiles chaque fois qu'il prenait une nouvelle bouchée alors que ce dernier l'observait avec une fascination non dissimulée.
« C'est bon ? » Il demanda quand même et sourit lorsque Ben hocha la tête, se replongeant dans son assiette.
Il accepta ensuite de prendre ses vitamines puis attrapa son verre des deux mains avant de le porter à sa bouche. Lorsque Stiles partit laver la vaisselle, cette fois-ci, le plus jeune le suivit, restant un petit peu à l'écart, comme s'il avait peur que Stiles lui refuse cette proximité. L'adolescent se dépêcha alors de finir et lui tendit la main une fois qu'ils furent prêts à sortir. Le garçon l'accepta et ils se rendirent ensemble à l'intérieur de la maison, allant cette fois-ci au deuxième étage, comme Talia le leur avait indiqué un peu plus tôt. La chambre était un peu moins grande que celle que Stiles partageait avec Scott et Isaac mais largement suffisante. Le lit avait été fait et des vêtements propres, ainsi que des produits de toilette étaient posés sur la couverture.
Stiles se promit de remercier la chef de meute, dès le lendemain. Il s'agissait de choses anodines mais personne ne s'était occupé d'eux de cette façon depuis leur mère.
« Je pense qu'une douche nous ferait du bien à tous les deux. »
Ouvrant la deuxième porte qui menait à l'intérieur de la salle de bain, il installa les habits et la serviette sur le bord du lavabo. Puis, Stiles déposa le savon sur le présentoir placé à cet effet. Il revint ensuite sur ses pas et invita Ben à entrer dans la salle de bain. Ce dernier paraissait tout petit dans la pièce, observant les murs avec hésitation alors que Stiles avait une main agrippée à la poignée de la porte.
« Je suis juste à côté, si tu as besoin de moi. »
Lui accordant un dernier regard, il poussa la porte, prenant soin de la laisser entrouverte. Il dut lutter contre lui-même, et son besoin de ne pas quitter Ben ne serait-ce qu'une minute. Mais c'était un grand garçon maintenant et Stiles n'avait pas le droit de lui enlever son intimité. Il y avait déjà été privé depuis trop longtemps. Refusant de trop s'éloigner pourtant, Stiles s'assit sur le sol à côté de la porte, les genoux relevés. Posant sa tête contre le mur, il contempla le plafond, ne réalisant pas vraiment ce qui était en train de se passer. Il aurait dû être mort. Il aurait dû être mort depuis longtemps. Comme la fois où Jennifer l'avait fait rester sous l'eau trop longuement et que ses médecins avaient peiné à faire son cœur repartir. Ou la fois où, désormais dehors et seul, il avait failli se faire attraper par des Manteaux Noirs, alors qu'il était à la recherche de nourriture.
Mais ce n'était pas arrivé. Et Stiles ne parvenait pas à se croire aussi chanceux, malgré les circonstances.
Il continua de patienter quelques minutes mais fut surpris de ne pas entendre le bruit caractéristique de vêtements qui se froissent. Ni celui d'un robinet d'eau qui se mettait à couler. Au lieu de ça, Stiles commença à distinguer des petits bruits, pareils à des hoquets ou à des sortes d'halètements. Se remettant aussi vite qu'il le put sur ses pieds, il ouvrit la porte et resta abasourdi devant cette scène.
Ben avait les yeux grands ouverts, apeurés et respirait fort, trop fort. Sa poitrine se soulevait avec rapidité et pourtant, il paraissait manquer d'air. Il était toujours habillé, ses pieds nus sur le tapis de douche et Stiles s'agenouilla alors à son niveau, sentant lui-même la panique monter alors qu'il ignorait quoi faire.
« Ben ? »
Mais le garçon ne répondit pas, continuant à inspirer de l'air comme s'il avait peur d'en manquer. Ses mains vinrent alors se poser sur les épaules de Stiles, avant que ses doigts n'agrippent le tissu de son t-shirt avec une force que l'adolescent n'aurait pu imaginer. Il le tenait si fermement que Stiles réalisa alors son erreur. Il avait été idiot, lui-même se battait constamment contre son envie de le suivre partout, pas étonnant que les choses soient décuplées pour Ben.
Il s'était sottement convaincu que le mieux serait de lui laisser de l'espace, un foutu moment pour respirer et lui avait occasionné, au lieu de ça, une véritable crise de panique.
« D'accord, d'accord, Bennie. Je reste d'accord, je suis là. » Stiles répéta plusieurs fois, comme un mantra, caressant à nouveau le dos du garçon avec douceur, dans le but de l'apaiser.
Ben ne le lâcha pas mais commença lentement, trop lentement au goût de Stiles, à reprendre une respiration normale. Ses yeux perdirent leur allure affolée et ses poings se desserrèrent, restant désormais gentiment posés sur ses épaules. Stiles continua de le rassurer, jusqu'à ce que le garçon ne tremble plus.
Une fois propre, il l'aida à se placer sur le tapis et l'enveloppa dans une serviette, constatant que malgré l'eau chaude, il était encore grelottant. Stiles ne pouvait que constater que Ben avait grandi. Son corps avait changé et il réalisait à quel point il avait raté des choses. A ce moment-là, Stiles eut envie de le regarder droit les yeux et de lui demander ce qu'il s'était passé après son départ. Il désirait savoir ce qui lui était arrivé, ce qu'il avait vécu. Mais ce n'était pas l'instant idéal pour le faire, il le reconnaissait. Aussi, il combattit ce besoin de lui retirer la vérité et garda son sentiment de culpabilité pour plus tard.
Il le conduisit ensuite dans la chambre où ils s'allongèrent, sans un mot. Mais le silence qui les entoura alors ne fut pas mauvais mais salvateur, une façon pour eux de se rendre compte que celui qu'ils avaient tant attendu était enfin de retour. Entourant ses bras autour de Ben, Stiles le garda près de lui, l'écoutant respirer, jusqu'à ce que le sommeil ne le rattrape à son tour.
Le lendemain, Ben parut beaucoup plus à l'aise, levant sa petite tête brune, cherchant à savoir si son frère était également réveillé. Stiles lui sourit.
« Bonjour. »
« Bonjour. » lui répondit Ben, plus timidement.
Inconsciemment, Stiles porta la main à son front, déplaçant quelques mèches. Ben le laissa faire, ses paupières s'abaissant sous la caresse.
« De quoi as-tu rêvé ? » demanda-t-il, curieux de connaître ses pensées.
Le petit parut partagé. Il hésita à lui répondre, accordant à Stiles un regard inquiet avant que celui-ci ne le rassure sur le fait qu'il pouvait lui parler en toute confiance.
« Tu peux me le dire, si tu trouvais que les draps grattaient. » Il plaisanta, content d'avoir créé le premier petit sourire sur le visage de l'enfant.
« Ils ne grattent pas. »
« Tu as bien dormi, dans ce cas ? »
Une nouvelle fois, Ben croisa son regard avant d'admettre.
« J'ai rêvé de maman et papa. »
« Ce n'est pas une mauvaise chose, mon grand. C'est même super que tu ne les oublies pas. Je rêve souvent d'eux aussi. »
« J'ai aussi rêvé de toi. » Ben avoua. « J'ai pensé que tout ça s'était passé dans ma tête. »
Que tu n'étais en réalité jamais venu me sauver.
Avalant la boule qu'il avait dans la gorge, Stiles accusa le coup. Ce n'était pas vraiment une surprise. Mais ça ne lui fit pas moins mal pour autant. Combien de fois Ben s'était-il imaginé être secouru par celui qui aurait dû veiller sur lui ? Combien de fois s'était-il réveillé, la peur au ventre, en réalisant que ce n'était pas le cas ?
Raffermissant sa prise autour du plus jeune, Stiles lui baisa le front avant de chuchoter :
« Je suis là, maintenant. Et je ne te quitterai jamais. »
En vérité, il n'avait pas le pouvoir d'émettre une telle promesse, d'affirmer une chose aussi abstraite. Ce n'était pas comme si sa santé ne s'était pas dégradée de manière importante, ces derniers temps. Ni comme s'il était sûr et certain de ne pas mourir, dans une société comme la leur.
« Est-ce que tu veux sortir un peu et prendre l'air ? Il y a beaucoup de gens ici qui aimeraient te rencontrer. Je parlais constamment de toi. »
Secouant doucement la tête, Ben refusa pour le moment et Stiles n'eut pas le cœur à le contredire. Il n'avait pas très envie de sortir non plus, pour être honnête. Son frère se rendormit quelques minutes plus tard mais Stiles resta éveillé, contemplant la fenêtre avec légèreté, essayant de se souvenir de la dernière fois que la lumière du jour lui avait paru si douce.
O
Comme Talia l'avait promis, la meute fut assez clémente pour leur accorder un peu de répit, le temps qu'ils se retrouvent. Stiles et Ben n'étaient sortis que peu de fois hors de ce que l'adolescent comparait désormais à un cocon, seulement pour se nourrir. La première fois qu'il le présenta aux autres, les yeux de Ben s'écarquillèrent si grands qu'il donna l'impression de vouloir s'enfuir en courant. Appliquant une pression légère sur son épaule, Stiles resta près de lui.
Laura fut la première à les approcher.
« Tu es Ben, c'est ça ? Je suis très heureuse de te rencontrer. »
Ben plaça sa petite main dans la sienne et la serra avant de l'agripper à nouveau au pantalon de Stiles. Laura parlait calmement et avec sérénité, demandant au garçon ce qu'il pensait du domaine et s'il avait déjà eu l'occasion de visiter une ferme. Cela sembla l'apaiser alors qu'il commença à répondre aux questions de manière plus ouverte, oubliant ses « oui » et ses « non » polis. Mais lorsque Scott se présenta, ce fut une autre paire de manches. Sans surprise, le loup-garou fut une véritable boule d'énergie, parlant fort et s'agitant tout autant.
Ben le contemplait avec curiosité, comme s'il était davantage intéressé par la manière dont il bougeait que par ses réelles paroles.
« Bon sang, vous vous ressemblez comme deux gouttes d'eau, c'est fou. » admira Scott avec entrain, souriant toujours à Ben qui lui sourit timidement à son tour.
« Tu trouves ? » Isaac désapprouva, jugeant les deux frères d'un œil critique.
« Tu rigoles, on dirait des jumeaux ! »
« D'accord, là tu exagères. » déclara le blond en le tapant fortement sur l'avant-bras.
« T'as de la poussière dans l'œil McCall. Regarde le petit, il est adorable, rien à voir avec Stilinski. »
Accordant une œillade sévère à Jackson, Stiles riposta.
« Je crois que c'est toi qui ne vois pas clair, je suis le parfait mélange de mignon et charmant. »
« A d'autres. »
Ils continuèrent à discuter et à se chamailler, Stiles gardant un œil sur Ben afin de s'assurer que ce n'était pas trop pour lui. Mais le jeune garçon n'avait pas l'air mal à l'aise. Il ne parlait toujours pas beaucoup mais Stiles ne préférait pas en éprouver de la panique. Après ce qu'il avait vécu, Ben avait bien le droit à son petit jardin secret. Il apprécia également les efforts des garçons et d'Allison qui les avait rejoints. Chacun tentait d'égayer le garçon comme il le pouvait, lui racontant des choses totalement fausses à propos du fait que Stiles ronflait la nuit.
Alors que Scott montrait à Ben comment réaliser un avion en papier, Laura s'installa près de Stiles, lui agrippant brièvement la main dans un geste affectueux.
« Il a l'air d'aller plutôt bien. Autant qu'il le peut, en tout cas. »
« Oui. » Stiles regarda Ben, souriant après avoir réussi à faire envoler son premier avion, sous les applaudissements de Scott. « Il est courageux, bien plus que moi. »
« Oh, je ne sais pas, je dirais qu'il a un bon modèle. »
Stiles accepta le compliment, baissant la tête lorsqu'il sentit ses joues rosirent.
« Je veux juste qu'il retrouve une vie normale, qu'il s'amuse et profite comme un enfant de son âge devrait le faire. »
Il voulait donner à Ben toutes les chances que Jennifer lui avait retirées. En pensant à cette dernière, Stiles se rendit compte qu'il ne savait absolument pas ce qui lui était arrivé, alors que son estomac se nouait.
« Jennifer... Est-ce qu'elle est... » Il commença mais ne parvint pas à terminer sa phrase, espérant que Laura lise entre les lignes.
Elle sembla comprendre car son regard se fit plus grave.
« Je suis désolée, Stiles. Elle s'est enfuie. »
Stiles pensa en ressentir de la colère ou au moins de l'amertume, mais ça lui importait peu, au final.
« Merci. Merci d'avoir accepté de m'aider. » Relevant la tête, il croisa le regard mi-étonné, mi-attendri de Laura. « Merci de ne pas m'avoir laissé mourir dans les bois. Tu ne me connaissais pas et tu ne me devais rien. Pour être honnête, je ne suis même pas certain que j'aurais fait ce que tu as fait, si nos places avaient été échangées. C'est une dette que je ne pourrais jamais rembourser, tu le sais ? »
Il ne pourrait jamais rendre à Laura tout ce qu'elle avait fait pour lui.
« « Tu nous as sauvé aussi. Plus de fois que tu ne l'imagines. » Elle le bouscula doucement par l'épaule, comme si elle souhaitait qu'il reconnaisse que c'était vrai. « Cora et Jonah ne seraient pas là, sans toi. Et cette fameuse fois, où tu as réussi à convaincre cet Inné de ne pas nous attaquer. Tu nous as permis de gagner du temps. Et de rentrer à la maison, sains et saufs. » Stiles se souvenait encore de son visage, de ses yeux apeurés. De la surprise qui avait traversé ses traits lorsqu'il s'était adressé à lui comme à une personne. Comme si à ce moment-là, il avait compris. Compris que Stiles était comme lui. « Tu sais, j'ai passé tellement de temps à essayer de protéger cette famille et à faire en sorte que plus personne ne nous fasse plus jamais de mal que j'en ai oublié que nous n'étions pas les seuls à être mis à l'écart. En plaçant les loups comme ma priorité, j'ai été sourde aux souffrances des autres. Aucun de nous n'aurait jamais pensé à discuter avec ce jeune, ni à lui tendre une main secourable. Tout ça se serait fini en bain de sang, comme ça l'est toujours. C'est ce que veut notre gouvernement, que l'on s'entredéchire. »
Que les créatures surnaturelles se haïssent les unes les autres. Afin qu'aucune d'entre elles ne choisissent de s'allier pour combattre le Conseil des Natifs.
« J'étais aveugle et tu m'as aidé à voir au-delà de mes propres problèmes. Je dirais que c'est plutôt héroïque, non ? »
Stiles renifla et elle rit devant sa moue.
« Je vais voir sir Peter n'est pas en train de faire de bêtises. On se voit tout à l'heure. »
Stiles était en train de réfléchir à ce qu'elle venait de lui dire lorsqu'elle se leva, partant à la recherche de son oncle. Il n'avait jamais vraiment vu les choses sous cet angle. Les Natifs avaient toujours détesté les Innés, même s'ils les utilisaient pour garder une main dominante sur le pouvoir. Ce ne fut qu'à l'époque de Caine que ces derniers avaient commencé à être utilisés comme soldats. Le père de l'actuel président ne s'était pas amusé à les garder en vie, les enfermant dans des Zones comme dans des boîtes. Stiles avait entendu parler de nombreuses mises à mort et de massacres. C'était pour cette raison que ses parents avaient eu aussi peur pour lui, à l'idée que l'on vienne récupérer leur fils de force et le pende devant tout le comté.
Caine avait vu les choses différemment. Pour lui, il était inutile de gâcher autant de vie, et avait émis l'idée que le mieux serait de leur permettre de travailler pour une cause juste. Ça avait bien entendu été particulièrement efficace pour la réussite de sa campagne, les populations réalisant qu'il serait un meilleur chef d'Etat, plus souple et raisonné que son père. Mais au fond, Stiles ne savait pas ce qui était pire. Mourir parce qu'on était différent ou être utilisé comme un objet parce qu'on était considéré comme moins qu'un être humain.
Les Innés n'étaient évidemment pas les seuls à être touchés par cette politique gouvernementale, bien qu'aucune autre n'ait été officiellement mis en avant comme étant dangereuses pour la société. Les Natifs méprisaient en réalité toutes les autres créatures, cherchant par tous les moyens à les faire disparaître ou au moins, à faire en sorte qu'elles soient obligées de se cacher pour survivre.
Laura avait alors soulevé un bon point : quelle meilleure idée que d'empêcher celles-ci de former une alliance pour que plus aucune espèce surnaturelle ne soit victime de racisme ?
L'ignorance que chacun avait sur ses voisins augmentait la peur que l'Autre engendrait. N'avait-il pas lui-même pensé certaines choses sur les loups-garous qui s'étaient avérées infondées ? Leur gouvernement avait effectivement fait un très bon travail, de ce côté-là.
Petit, il avait entendu de drôles d'histoires, de loups sacrifiant leurs enfants lors de pleines lunes, d'hommes à moitié bête incapable de se contrôler. Ce ne fut qu'en grandissant et en s'apercevant que des mêmes monstruosités étaient récités à son égard que Stiles s'était rendu compte que tout ce qu'il entendait n'était peut-être pas réel. Mais c'était arrivé trop tard, selon lui. Les gens avaient besoin d'être informés et éduqués parce qu'il n'aurait pas été étonnant sinon, de découvrir un peu partout de jeunes Theo, prêt à tout pour répandre le sang et la douleur simplement en raison d'une simple méconnaissance.
Stiles voulait que les choses changent mais elles étaient si profondément enfouies et enracinées dans les esprits qu'il se demandait si cela arriverait un jour. Il ne voulait pas paraître pessimiste mais ça lui paraissait aujourd'hui impensable.
Son regard tomba alors sur Ben, qui commençait à émettre des signes de fatigue.
« Je crois que ça fait assez pour aujourd'hui, hmm ? »
Le plus jeune accepta de rentrer, lui prenant la main que Stiles serra.
« Merci. » L'adolescent lança ensuite à ses amis qui lui offrirent des mouvements d'épaule comme pour lui signifier que ce n'était pas grand-chose.
« Sa compagnie est plutôt intéressante. Tu devrais en prendre de la graine. » Jackson déclara comme phrase de fin et Stiles ne chercha même pas à le contredire.
Comme la veille, il emmena Ben dîner puis veilla à l'accompagner pour son bain.
Une fois allongés, Stiles fut surpris d'entendre la voix de son frère, lui qui pensait qu'il s'endormirait rapidement après sa journée.
« Ils n'ont pas de dents aiguisées. »
« Quoi ? » sursauta Stiles, tentant de faire un lien avec ce que Ben venait de lui dire. « Qui ça ? »
« Les gardes disaient que si on essayait de s'enfuir, ils enverraient des loups-garous à nos trousses. Et qu'ils nous dévoreraient. »
Se relevant sur un coude pour le regarder, Stiles fronça les sourcils, ayant peur de ce que les Manteaux Noirs avaient pu bien leur dire d'autres. Mais son visage se mua lorsqu'il comprit que son air sévère avait rendu Ben craintif.
« Est-ce que j'ai dit quelque chose qui fallait pas ? » Il murmura tout bas, ayant peur que quelqu'un les entende alors qu'ils étaient seuls dans la chambre.
« Non, bien sûr que non. » Stiles lui pinça doucement le nez dans un geste tendre, pour effacer sa mine inquiète. « Je suis désolé qu'ils t'aient raconté tout ça. Scott et les autres sont très gentils. Tu as aimé parler avec eux, pas vrai ? »
Hochant la tête, Ben confirma les dires de son frère.
« Scott a dit qu'il me montrerait comment faire des figurines en papier. »
« C'est chouette ça, peut-être qu'il t'apprendra aussi comment fabriquer des animaux. Tu pourras les emmener ici, pour décorer la pièce. »
Il voulait que Ben se sente à l'aise et l'idée qu'il puisse laisser un peu partout des objets lui appartenant laissait Stiles presque euphorique.
« Ils parlaient aussi de toi, parfois. » Ben souffla, presque comme s'il savait que cette déclaration allait le secouer et ce fut un euphémisme. Les épaules de Stiles se tendirent alors qu'il déglutit ave difficulté. Mais encore une fois, il ne voulait pas effrayer son frère ou lui donner ne serait-ce que l'impression qu'il n'était pas autorisé à tout lui dire.
« Ah oui ? » Stiles tenta de rester neutre alors que son cerveau bouillonnait littéralement, angoissé à l'idée d'écouter sa réponse.
« Ils disaient que tu étais dangereux. Que tu avais fait du mal à des personnes et que c'était pour ça que tu devais rester avec nous. Ils ont dit... » Ben bégaya, cherchant ses mots. « Ils ont dit que tu ne voulais plus t'occuper de moi et que c'était pour ça que tu étais parti. »
Stiles fut tellement choqué qu'il ne parvint pas à émettre un son.
« Est-ce que c'est pour ça que tu t'es enfui ? Est-ce que c'est parce que je coûtais trop cher ? Howard a dit que s'occuper d'enfant représentait beaucoup d'argent. »
Stiles ne lutta jamais autant pour cacher une expression qui menaçait d'exploser sur sa figure. Le fait qu'Howard soit déjà mort ne l'empêcha pas de regretter de ne pas en avoir été l'auteur. Ce monstre méritait de pourrir en enfer. Il avait dû prendre du plaisir à insuffler toutes ces idées fausses et malsaines dans l'esprit de Ben. Car il savait. Il savait qu'en le faisant, il ferait du mal à celui qu'il voulait vraiment blesser. Il savait qu'en le faisant, il ciblait Stiles. Ça avait toujours été Stiles.
« Regarde-moi. » Le visage tourné l'un vers l'autre, Stiles appliqua toute l'honnêteté dont il était capable dans sa phrase. « Tu ne seras jamais un poids pour moi. Jamais. Howard n'était pas une bonne personne et ce qui est sûr, c'est qu'il a menti. Tu es ce que j'ai de plus important. A la minute où je t'ai perdu, j'ai essayé de revenir, j'ai essayé de revenir vers toi. J'essayerai toujours de revenir vers toi. »
Il y eut comme une seconde de flottement puis les lèvres de Ben se mirent brusquement à trembler alors que ses yeux devinrent brillants et humides. Il enfouit sa tête dans le torse de son frère et Stiles lui rendit son câlin, un peu ébranlé lui aussi.
« Bennie. Bennie, ne pleure pas, parce que tu sais ce qui va arriver, sinon ? Je vais pleurer aussi et personne ne veut voir ça. »
Mais le garçon ne s'arrêta pas avant quelques minutes et Stiles se laissa aller aussi, tant pis pour son horrible figure mouillée et ses reniflements peu séduisants. Ils s'endormirent à nouveau accrochés l'un à l'autre, Stiles conscient que leurs blessures respectives ne guériraient pas aussi vite.
Le lendemain, très tôt dans la matinée, l'adolescent se réveilla car quelque chose semblait bloqué au fond de sa gorge, l'empêchant de respirer. Sortant des couvertures, il se leva rapidement en essayant de ne pas bousculer le lit, alors que Ben dormait toujours à poings fermés. Se rendant dans la salle de bain, il s'approcha du lavabo dans l'optique de boire un peu d'eau, lorsqu'une nouvelle secousse le décontenança, l'obligeant à tousser et à cracher ses poumons. Alors qu'il se plaça au-dessus de l'évier, il dut poser ses deux mains sur le rebord tandis qu'il était pris d'une violente toux. Ce ne fut que lorsqu'elle fut terminée qu'il remarqua les marques ensanglantées qu'il y avait sur le lavabo.
Un mince filet de sang s'écoula jusqu'au trou d'évacuation, semblant narguer le brun par la paresse avec lequel il disparaissait. Portant sa main à sa bouche, Stiles rencontra effectivement une matière visqueuse avant qu'il ne se tourne vers le miroir.
Il n'avait jamais eu une peau basanée, mais aujourd'hui, son reflet l'effraya. Cette pâleur n'était pas bon signe et il lutta pour ne pas s'affoler. Regagnant la chambre, Stiles ne se rendormit pas. Il s'installa sur les couettes, le dos appuyé contre la tête de lit et s'appliqua à respirer de manière lente, constatant que c'était de plus en plus difficile.
Après le réveil de Ben, ils partirent prendre leur petit déjeuner. Celui-ci ne mangeait toujours pas de quantité astronomique mais Stiles ne s'en inquiétait pas outre mesure. Le garçon s'adaptait à son nouvel environnement avec une aisance et un courage déconcertant.
Alors qu'ils terminaient, Stiles observa son frère, une suggestion qu'il avait sur le bout de la langue depuis plusieurs jours, maintenant. Sans davantage hésiter, il lança :
« J'ai encore quelqu'un à te présenter. Est-ce que ça te dit ? »
Patientant qu'il ait son accord, Stiles le conduisit ensuite vers le fond de la cour, là où les enfants étaient rassemblés et jouaient ensemble. Il s'approcha de l'un d'entre eux en particulier, s'assurant que Ben était toujours aussi calme.
« Ben, voici Jonah. C'est quelqu'un qui compte beaucoup pour moi. » Le plus grand avait déjà un gentil sourire sur le visage, tentant peut-être de mettre le petit à l'aise. « Jonah, voici mon Bennie. »
Tous les trois restèrent un peu silencieux, jugeant les réactions des uns et des autres jusqu'à ce que Jonah ne déclare :
« Tu veux voir un tour de magie ? »
A ce moment-là, Stiles sut que Ben serait bien accueilli et traité. Il contempla le dernier Hale sortir un paquet de cartes de sa poche avant de proposer à Ben d'en choisir une. Lorsque Jonah lui proposa de se joindre à eux, celui-ci hésita, ses pieds raclant le sol alors qu'il se tourna vers Stiles, afin d'obtenir son consentement.
« Vas-y. Vas t'amuser. » Il les laissa s'éloigner de quelques mètres, mais garda un œil sur eux, de là où il était.
La disparition de son frère fut comme un coup dans l'estomac mais Stiles n'avait plus le droit de le garder pour lui seul. Ben devait grandir parmi ses pairs et Stiles devait faire attention à ne pas le couver. Ce qui ne l'empêcha pas de rester dans les parages, afin d'être certain de pouvoir l'apercevoir.
Du coin de l'œil, Stiles aperçut alors une tête brune reconnaissable entre toute et avec un sourire, choisit de s'en approcher. Derek ne parut pas l'avoir remarqué mais après tout, il était un loup-garou. Stiles avait en réalité peu de chance de le surprendre. Pourtant, lorsqu'il prit la parole, il ne put que constater la manière dont ses épaules se haussèrent, comme s'il venait de sursauter.
« Qu'est-ce que c'est ? »
Derek était effectivement à l'intérieur de la vieille grange, en train de tenir quelque chose entre ses mains. Virevoltant pour lui faire face, Stiles remarqua malgré tout que Derek prit le temps de cacher ce qu'il avait derrière son dos.
« Rien. » Derek se redressa vite, posant sur Stiles ce regard si particulier, un mélange de jaune, de vert et de bleu qui ne le laissait jamais indifférent, quoi qu'il fasse.
Mais Stiles n'était pas dupe, levant un sourcil face à l'attitude étrange de son compagnon.
« Allez, montre-moi. »
S'avançant, il essaya de récupérer lui-même l'objet, et Derek résista un petit peu avant de se laisser faire en soupirant.
C'était un petit objet sculpté en bois, qui représentait un animal. Un renard.
« Tu as dit que Ben aimait les animaux. J'ai pensé... Je n'ai pas trouvé de peluche. »
Derek n'osait pas dire qu'il l'avait fabriqué pour lui, comme cadeau de bienvenu et Stiles rit sans méchanceté face à son embarras.
« Je suis sûr qu'il va l'adorer. Merci. » Puis, se sentant l'envie de le taquiner, il déclara. « Pourquoi tu ne m'as jamais dit que tu étais un artiste ? Et si je voulais une figurine en bois, moi aussi ? Je n'ai pas intérêt à apprendre que tu en as fait une à Scott et pas à moi. »
C'était une blague stupide. Bien sûr que Derek avait le droit d'offrir des présents à qui il voulait. Ils ne s'appartenaient pas l'un à l'autre. Il avait le droit de faire ce qui lui plaisait. De regarder quelqu'un d'autre. De flirter avec quelqu'un d'autre. De rire avec quelqu'un d'autre.
« Je ne suis pas un artiste. » Derek leva les yeux au ciel mais précisa quand même. « Je t'en ferais une, si tu veux. »
Il pouvait être modeste autant qu'il le souhaitait, il n'arriverait pas à retirer cette idée de la tête de Stiles. Sans que ce dernier ne s'y attende, Derek plaça une main chaude sur sa joue, si grande qu'elle entourait également une partie de sa mâchoire et le haut de son cou.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? » Sa voix était douce, pas plus forte qu'un chuchotement et Stiles sut immédiatement qu'il devait parler de l'incident de ce matin, face à la pâleur de l'adolescent.
Ce dernier se questionna alors sur la facilité qu'avait le jeune Hale à deviner chaque fois que quelque chose n'allait pas. C'était comme s'il pouvait le voir sur sa figure, malgré le masque que Stiles s'obligeait à porter. Et à cet instant, Stiles eut envie de lui dire de ne pas fabriquer d'objets pour quelqu'un d'autre. De ne pas regarder une autre personne que lui. De ne pas rire avec quelqu'un d'autre que lui. Il avait envie de l'embrasser, de poser ses lèvres contre les siennes et de sentir cette chaude étreinte dans laquelle Derek appréciait l'emprisonner. Il voulait que ses yeux le transpercent et lui prouvent qu'il était important.
Mais Stiles ne le fit pas. Ce ne serait bon pour personne. Pas quand il était sur le point de partir et de quitter cet endroit. A l'inverse, une pensée malsaine lui traversa l'esprit, lui rappelant à quel point il était plus simple de quitter les personnes qu'on aimait lorsqu'on était certain qu'elles ne nous aimaient pas en retour.
Un chapitre un peu plus doux et sentimental, pour fêter les retrouvailles de Stiles et Ben :)
En vous souhaitant un bon dimanche,
La bise :*
