Bonsoir,

Voici le chapitre 25 (qui tombe d'ailleurs à pic pour cette jolie journée qui se termine :D) et qui j'espère vous plaira.

Bonne lecture :)


Chapitre 25

« Vous devez dire quelque chose. Vous le savez pourtant. Que je n'aime pas le silence. Ce n'est pas très gentil de me torturer comme ça. »

Cherchant à le déstabiliser, Stiles sentit malgré lui un petit sourire glisser sur ses lèvres lorsque Deaton lui accorda un coup d'œil peu amène, refusant toujours de prendre la parole. Balançant ses pieds qui ne touchaient pas le sol, Stiles se dandina sur le lit de l'infirmerie. Il jetait des coups d'œil alentour, dans l'attente que le médecin termine ce qu'il était en train de faire. Il avait été étonné quand ce dernier était venu le chercher dans sa chambre. Il ne s'y aventurait jamais, Stiles ne sachant même pas l'endroit exact où l'homme couchait lui-même. Mais il était entré dans la pièce avec un regard si pressé et fervent que Stiles n'avait pas contesté. Ben était avec Derek et Stiles s'était juste penché vers lui en lui promettant de revenir vite avant de suivre le druide.

Mais comme à son accoutumée, il restait principalement silencieux, s'occupant de ses affaires comme si Stiles n'était pas là. L'adolescent savait que ce n'était pas tant par impolitesse que par pure passion. Deaton se perdait bien souvent dans ses projets, oubliant parfois la présence même d'individus à ses côtés. Il s'y était habitué.

Il le laissa donc faire, sachant que l'homme lui donnerait les nouvelles dont il avait besoin en temps voulu. Lorsque ce dernier se concentra enfin sur lui, Stiles ne s'attendit pas du tout à ce que Deaton lui avoue :

« Je crois avoir trouvé un moyen. »

Choqué par cette information, Stiles refusa de laisser trop d'espoir s'insuffler en lui et resta sur ses gardes.

« Un moyen ? De faire quoi, me rendre muet à jamais ? Nous en avons déjà parlé, vous savez que ça n'arrivera jamais. »

Mais Deaton n'était pas du genre à perdre son temps dans des frivolités. Il n'attendit pas plus longtemps pour lui préciser sa pensée.

« Je crois avoir trouvé un moyen de te guérir. »

Déglutissant, Stiles chuchota :

« Mais vous aviez dit que ça n'était jamais arrivé. Que je risquais… »

« Je sais. » Deaton reconnut. « Et c'était la vérité, je n'ai jamais entendu parler d'Inné sans pouvoir et encore moins, d'un Inné y ayant survécu. Mais j'ai lu tous les livres que j'ai en ma possession et je pense pouvoir t'aider. Tu te souviens de ce dont on avait discuté lorsque tu m'aidais à prendre soin des plantes. La Linaria est pour toi ce que l'Aconit représente pour les loups-garous. Je suis presque certain que c'est de ça dont s'est servi ton ravisseur pour te blesser. La dose n'était peut-être pas suffisamment forte pour te tuer sur le coup, en revanche, elle l'était assez pour te rendre vulnérable. Il existe heureusement des plantes capables de lutter contre les effets de la Linaria, sur le long terme. Elles sont le plus souvent sous la forme de poudre. Elles sont rares mais pas impossible à trouver. »

Lui tendant un gobelet en verre, Stiles s'en empara sans un mot. Le breuvage qui se trouvait à l'intérieur n'avait pas l'air ragoutant. Mais en le regardant de plus près, Siles comprit quelque chose de soudainement évident.

« C'est pour ça que vous nous avez accompagné à ce gala, pas vrai ? » murmura-t-il, stupéfait. « Vous espériez trouver un remède. »

Hochant la tête, Deaton expliqua :

« J'espérais effectivement tomber sur quelque chose d'intéressant pour nous. Je me doutais que Jennifer devait posséder des éléments qui lui permettraient d'avoir l'ascendant sur toi. Il fallait simplement que je trouve un moyen pour parvenir jusqu'à son bureau. C'était le plan que nous avions choisi, Chris et moi. Peter voulait surtout participer à la bagarre. »

« Ce n'est pas étonnant. »

Probablement pas, non. Lui et Talia sont différents sur énormément de points.

« Peter ne pardonne pas. »

« Mais Talia, si ? » devina Stiles.

« C'est ce qui fait d'elle une si bonne alpha. »

Stiles n'en était pas si sûr mais, il n'était pas très objectif. Pour être honnête, il était plutôt du côté de Peter, peu importe ce que cela disait sur lui. Il n'était pas capable de pardonner et encore moins d'oublier.

Deaton s'était arrêté devant lui, l'observant de son regard sombre avec réflexion, comme s'il se questionnait sur quelque chose.

« D'après tout ce que tu nous avais raconté sur cette femme, on ne pouvait que conclure qu'elle avait développé une obsession pour toi. J'espérais m'en servir contre elle. Et ça n'a pas loupé. » Le druide esquissa un sourire, comme s'il était content de lui. « Elle est très maligne et je pense qu'elle souhaitait te capturer ce soir-là. Te redonner tes pouvoirs ? Ça, je n'en sais rien. Ce qui est certain, c'est qu'elle a des projets pour toi. Et elle n'a pas l'air d'être du genre à abandonner facilement. Il faut que tu sois prudent. »

Deaton pouvait être rassuré, Stiles ne comptait pas faire face à cette femme une nouvelle fois.

Poussant gentiment le gobelet que l'adolescent tenait toujours en main vers son torse, Deaton révéla :

« Je ne peux pas te promettre de te faire redevenir comme avant. Tu ressentiras sans doute pour toujours les effets de ce que ce jeune homme t'a fait. Mais tu resteras en vie. »

Et Stiles devinait que Deaton voulait dire par là qu'il resterait en vie, avec son frère. Qu'il pourrait s'occuper de lui. Que Ben n'aurait pas à affronter la douleur de la perte d'un autre être cher.

Sans plus perdre une seconde, il porta le verre à sa bouche et avala la boisson. Avant de grimacer sans vergogne lorsque le liquide épais coula dans sa gorge.

« Bon sang, vous auriez pu me prévenir. » Il se plaignit, claqua sa langue contre son palais dans un petit son mat, alors que le goût aigre persistait sur sa langue. « J'ai l'impression que je ne pourrais plus jamais rien ressentir d'autre tant le goût est atroce. »

Lui tapotant cyniquement l'épaule, Deaton sourit :

« Tu t'en remettras. »

Il se déplaça jusqu'à la petite armoire et y rangea quelques flacons, Stiles suivant ses gestes du regard.

« Merci. Pour tout ce que vous avez fait pour moi. Pour Ben. Et même, pour... ma magie. Je sais qu'elle n'est plus là mais je ne vous avais jamais remercié. De m'avoir aidé à la contrôler. Je sais que je ne suis pas ici depuis très longtemps mais la meute a déjà fait tant pour moi. Je ne serais jamais capable de tous vous rendre la pareille. »

Stiles en était conscient. Il n'avait pas de biens, pas de sous en poche, rien qui pourrait un tant soit peu compenser ce qu'ils lui avaient offert.

Deaton le contempla d'un air profond, mesurant les mots qu'il prononçait.

« Je crois que tu ne saisis pas à quel point tu arrives à te faire une place dans la vie des gens que tu rencontres. Tu n'es plus un étranger, Stiles. Et ton frère ne l'est pas non plus. Je pense que pour la première fois de ta vie, tu vas enfin pouvoir prendre une profonde inspiration et arrêter de regarder par-dessus ton épaule en étant effrayé d'y voir quelqu'un qui te voudrait du mal. »

C'était limpide. L'idée que développait Deaton à travers ses mots. Le fait que Stiles n'avait désormais plus besoin de fuir. Qu'il avait un toit. Qu'il avait de la nourriture. Qu'il avait... une famille, peut-être. Fronçant les sourcils, il baissa le regard, jouant avec ses doigts de manière nerveuse. Il ne l'avait encore dit à personne mais ce que venait de lui souffler Deaton le mettait désormais mal à l'aise. Car après tout ce que les Hale avaient fait pour lui, Stiles s'apprêtait à prendre une nouvelle décision drastique.

Le druide sembla comprendre que quelque chose n'allait pas car son regard se fit inquiet et Stiles s'empressa de se lever, posant ses pieds sur le sol avec virulence.

« Bon, il est temps que j'aille retirer cette saveur abominable de mon délicat palais. »

« Stiles ? »

« Merci encore. » L'adolescent répondit vite, secouant sa main dans un salut. « Pour tout. »

Mais alors que toutes les autres fois où il s'était soudainement enfui, laissant derrière lui un Deaton étonné mais peu bouleversé, celui-ci cette fois, ne le laissa pas s'en aller.

« Qu'est-ce qui ne va pas ? »

« Rien, je... »

Mais Stiles était fatigué de mentir. Aussi, les mots restèrent bloquer alors qu'il cherchait une excuse à trouver pour combler ce silence. Rien ne vint. Et Deaton, intelligent, compris.

« Vous ne restez pas. »

« On ne peut pas rester. » Stiles spécifia, comme pour prouver que ce n'était pas la même chose. « Vous l'avez dit vous-même, Jennifer est... Elle est cinglée. Mais pas stupide. Elle sait aussi que Ben est ce que j'ai de plus cher et que je serais prêt à faire n'importe quoi pour qu'il ne lui arrive rien. Littéralement n'importe quoi. Vous comprenez ? Je ne suis plus seul, désormais. Il est ma priorité. Je n'avais jamais pensé à me rendre au Canada. Pas tant que Ben était encore enfermé quelque part, dans le pays. Mais maintenant, ça m'apparaît comme notre porte de sortie. Je n'ai plus de pouvoir et tout ce que je veux, c'est vivre une vie normale. »

Le visage de Deaton s'était figé dans une expression non satisfaite mais en tout cas, il ne tenta pas de le faire changer d'avis ou de lui expliquer qu'il faisait une grave erreur.

« Tu l'as dit à tes amis ? »

Il secoua la tête, de gauche à droite, se mordant les lèvres.

« J'attendais le bon moment. »

« Tu l'as dit à Derek ? »

Il fut surpris que le druide l'évoque en particulier, en ayant pris soin de le distinguer de la catégorie « ami ». Stiles ne savait pas quoi en penser. C'était vrai que Derek et lui n'étaient pas partis sur le bon pied, mais ça s'était arrangé. Pour le mieux, d'ailleurs.

« Je ne l'ai pas fait non plus. Mais il n'est pas le second de l'alpha, c'est Laura. »

« Ce n'est pas vraiment ce que je voulais dire. »

« Pardon Doc', mais je ne vois pas trop ce que vous vouliez dire. Derek est sans doute celui qui comprendra le plus ma décision. Il est mature et responsable. Il sait ce que veut dire le fait de vouloir protéger sa famille. » Stiles assura avant de répéter. « Il comprendra. »

Deaton s'immobilisa un moment, comme s'il avait envie de lui dire quelque chose avant qu'il ne s'abstienne. Il avait l'air déçu, un peu comme si Stiles passait à côté de ce qu'il désirait lui montrer.

« Parle à tes amis. » répéta-t-il.

Stiles accepta, redéposant le gobelet sur la petite table en bois près du placard du druide et commença à s'en aller.

« Tu sais, une maison n'est pas forcément ce qu'on considère comme l'endroit le plus éloigné du danger. C'est surtout le lieu où on se sent le plus en sécurité et entouré. »

L'adolescent ne se détourna pas lorsque Deaton prit la parole, s'arrêta simplement sur place une seconde avant de continuer son chemin. Il ne faisait plus vraiment la différence, désormais.

O

« Comment ça s'est passé ? »

Rejoignant Derek, Stiles le découvrit assis dans leur chambre, Ben installé en face de lui, en train de jouer aux cartes. Le jeune brun s'approcha d'eux, Derek attendant toujours qu'il lui réponde. Il n'avait rien dit sur son état à Ben et commençait finalement à réaliser qu'il n'en aurait peut-être pas besoin.

« Je crois que ça va aller. »

« Vraiment ? » demanda Derek, sa voix grave contenant pourtant une once d'espoir que Stiles reconnut et apprécia. Il hocha la tête et celui-ci ne chercha pas à en savoir davantage, sans doute parce que Ben était présent dans la pièce.

Derek resta avec eux tout l'après-midi avant que Scott et Isaac ne les rejoignent un peu plus tard. Puis, ils s'en allèrent dîner et Stiles et Ben se rendirent ensuite dans leur chambre. Le petit lui tenait la main et osait de plus en plus prendre la parole, lui expliquant ce qu'il avait fait pendant son absence.

Stiles était en effet surpris de la facilité avec laquelle Ben s'adaptait à ce nouveau train de vie. L'adolescent ne l'avait jamais vu pleurer et depuis l'épisode de la salle de bain, il n'avait plus fait de crise de panique, non plus. C'était aussi peut-être parce que Stiles s'arrangeait pour ne jamais le laisser seul très longtemps. Il avait fait en sorte que Ben accepte la présence de Derek ou de Scott à ses côtés et pouvait désormais les laisser.

Mais Ben ne se plaignait pas. Il prenait chaque chose avec simplicité et reconnaissance, comme s'il n'avait plus été habitué à ce que les gens autour face attention à lui. Il était doté d'une force incroyable et l'angoisse de Stiles commença à s'évanouir. Peut-être que tout irait bien, finalement.

Jusqu'à ce qu'un jour, Ben lui demande s'ils allaient bientôt retourner chez Jennifer.

Stiles fut si abasourdi d'entendre son nom qu'il arrêta ce qu'il était en train de faire. Allison et Scott, qui étaient aussi avec eux, lui lancèrent un regard compatissant et Stiles déglutit.

« Tu ne reverras plus jamais cette femme, Ben. Elle ne te fera plus jamais de mal. »

Pour la première fois depuis qu'ils s'étaient retrouvés, Ben lui lança un regard en biais, comme s'il pensait que Stiles ne lui disait pas toute la vérité, comme si pour lui, ça ne pouvait pas être vrai.

Puis, sans un mot, il recommença à jouer. Il tenait entre ses petites mains la figurine que Derek lui avait fabriquée. Sans surprise, il avait été particulièrement heureux de recevoir ce présent, remerciant le loup en lui accordant même une sorte d'étreinte un peu maladroite. Derek était d'ailleurs resté sans bouger, ayant probablement eu peur d'effrayer le gamin s'il était trop brusque. Stiles garderait certainement cette image dans la tête pendant longtemps, la trouvant adorable.

La deuxième fois que Stiles réalisa que quelque chose n'allait pas fut lorsqu'il se réveilla avec l'impression d'être mouillé, la peau frissonnant sous le froid. Il ne tarda pas à reconnaître l'odeur qui circulait d'entre les draps et se redressa alors très vite, le cœur battant la chamade. Ben était allongé sur le côté droit, tremblant si fort qu'il donnait l'impression de pouvoir faire secouer le lit. Il était recroquevillé, replié sur lui-même comme s'il s'était rendu compte de ce qui s'était passé et en avait eu honte. Comme s'il avait eu peur que Stiles ne lui crie dessus pour quelque chose dont il n'avait absolument pas le contrôle.

Tâchant d'être le plus doux possible, Stiles posa alors une main sur son épaule, mais le petit refusa de se retourner.

« Bennie. Je t'emmène à la salle de bain. »

Il glissa ses mains sous ses côtes avant de placer ses bras autour de son corps. Ben se laissa faire, amorphe et sans doute encore secoué par le cauchemar qu'il venait de faire. Stiles l'embrassa sur le front et lui chuchota des choses qu'il espéra apaisante tout le long du chemin jusqu'à l'autre pièce.

Il le nettoya, le rinça et le sécha, lui faisant enfiler un pyjama chaud et propre avant qu'il ne fasse la même chose pour lui. Puis, il s'occupa de la literie. Il enroula les draps tachés et envoya un nouveau sourire rassurant à Ben qui l'observa faire sans broncher. Stiles aurait dû savoir, bien avant que la frayeur de son frère ne s'exprime par le fait d'uriner au lit. Il aurait dû savoir que les choses ne seraient pas aussi faciles.

Une fois les draps changés, il aida Ben à se remettre au lit et le serra contre lui, le berçant doucement.

« Eh, qu'est-ce que tu dirais si on avait un vrai chez nous ? »

Comme prévu, la ruse fonctionna. Ben resta blotti contre lui, sans encore oser le regarder dans les yeux. Mais Stiles sentit que son intérêt fut piqué, sa tête se décollant légèrement de son torse pour mieux écouter.

« Tu imagines ? Une grande maison avec plein de fenêtres ouvertes sur la forêt. Ou alors un énorme jardin où tu pourrais t'amuser. »

« Cette maison est très grande. Derek a fait le tour avec moi. » Sa voix était à peine audible et Ben sembla alors encore plus minuscule.

« Oui, mais ce que je veux dire, c'est une maison comme celle de papa et maman. Tu te souviens de la cuisine ? Maman faisait toujours des gâteaux avec le tablier que tu avais fait à l'école. Le vert pâle. Elle criait sur papa quand il en mangeait trop. »

« Une cuisine ? »

« Et un salon où on fera comme papa, en faisant installer une cheminée. Tu te rappelles de ces chocolats chauds ? Il nous mettait toujours plein de marshmallows. Ça te plairait ? Et une chambre à toi. »

« Je pourrais avoir ma chambre ? Avec... Des décorations d'animaux ? »

Stiles sourit lorsque ce fut la première image qu'il eut en tête. Il colla ensuite son visage sur le haut de son crâne, respirant son odeur.

« Tout ce que tu voudras. »

La troisième et dernière fois que Stiles remarqua que quelque chose n'allait pas fut sans doute la pire de toute. Parce qu'elle le laissa complètement démuni. Au fur et à mesure que le temps passait, Stiles remarqua que le petit avait développé des sortes d'absence. Il pouvait parler d'un sujet et paraître emballé par lui mais avait souvent tendance à ne pas toujours terminer ses phrases, s'arrêtant parfois en plein milieu.

Il observait ensuite le vide devant lui, comme s'il... n'était plus vraiment là. Stiles devait parfois l'appeler plusieurs fois, doucement et tendrement, pour qu'il ne revienne à lui. Chaque fois que ça arrivait, le cœur du plus âgé se brisait un peu plus.

Il n'avait plus vraiment le choix. Il fallait qu'ils s'en aillent.

O

Il décida de réunir quelques membres de la meute après le déjeuner. Les trois femmes Hale étaient présentes ainsi qu'Isaac, Scott, Jackson et Allison. Stiles se tordit le cou lorsqu'il lança plusieurs coups d'œil autour de lui afin de voir où se trouvait Derek lorsque étonnement, la voix de Cora l'interrompit.

« Il n'est pas là. Il est avec Peter, en train de réparer l'un des fourgons. »

Acceptant cette information avec déception, Stiles tenta d'ignorer ce sentiment. Il avait espéré que le loup l'entende de sa bouche mais il ne pouvait plus attendre.

« Très bien, je ne vais pas tourner autour du pot. » annonça-t-il. « Ben et moi allons partir. »

Après une minute de silence qui lui parut durer une éternité, le ton perdu de Scott lui permit de rompre sa nervosité.

« Partir où ? » Il portait une mine étonnée et circonspecte.

« Au Canada. C'est l'endroit où il sera le plus en sécurité. Je sais que vous avez fait beaucoup pour moi et ça me semblait juste de vous l'annoncer. Je ne veux pas partir en vous laissant l'impression que je m'enfuis ou que je ne suis pas reconnaissant. J'ai... Personne ne s'était intéressé à moi ou n'avait fait preuve d'une telle gentillesse à mon égard à l'exception de mes parents. »

« Alors, pourquoi ne pas rester ? » Cette fois-ci, ce fut Isaac qui parut ne pas comprendre son raisonnement.

« J'ai passé ma vie à fuir, je ne veux pas que ce soit la même chose pour Ben. Les Etats-Unis sont gangrénés par le poison dispersé par les Natifs. Je ne dis pas qu'un jour, ils ne redeviendront pas ce qu'ils étaient avant, un pays libre où personne ne sera plus jamais discriminé pour être né différent. Mais en attendant que ça arrive, je dois le mettre hors de danger. C'est le seul moyen qu'il me reste pour le protéger. Même avec des pouvoirs et un don supposé être extraordinaire, je n'ai pas réussi à le faire. Je veux juste qu'il profite encore un peu de son innocence, même si je sais qu'il a arrêté d'être un enfant depuis longtemps. »

Les réactions furent toutes un peu différentes, même si Stiles pouvait y lire au fond, la même expression. De la déception et une sorte d'incompréhension commune.

« Je pense que c'est le bon moment. Et Skye a proposé de nous aider, nous n'aurons pas besoin de traverser la frontière, en prenant le risque que quelqu'un me reconnaisse. Ce sera très simple. »

Des voix commencèrent à s'élever, acceptant finalement de donner leurs avis, d'une manière plus ou moins indulgente. Cora n'avait été bien entendu pas la plus délicate :

« C'est de la connerie. »

Mais Stiles était davantage étonné par le fait qu'elle semblait être peinée par son départ que par la façon dont elle jugeait sa décision. Talia finit alors par élever la voix, calmant le reste de leur groupe par son autorité. Elle plongea son regard dans celui de Stiles, paraissant vouloir s'assurer qu'il ne se sentait pas menacé par quelque chose, l'obligeant à prendre une décision aussi brusque.

« Tu es sûr que c'est ce que tu veux ? » demanda-t-elle, d'une voix forte.

Stiles avoua qu'il prit quelques secondes avant de répondre. Mais il fallait qu'il paraisse sûr de lui.

« C'est ce que je veux. »

« Très bien. »

« Très bien ? » Scott s'insurgea, élevant pour la première fois le ton. « Mais s'il leur arrivait quelque chose ? On ne pourrait pas savoir s'ils vont bien, une fois là-bas. »

« Je vous téléphonerai. Ils ont aussi des téléphones au Canada. » La blague de Stiles ne provoqua pas même une esquisse de sourire chez son ami.

« Stilinski, je sais que j'ai déjà dit plusieurs fois que tu étais un idiot mais c'est le moment de me montrer que j'avais tort. » Derrière sa boutade, le visage de Jackson était pourtant sérieux.

Stiles commençait à se sentir acculé.

« S'il vous plaît. » Talia, une fois encore, fit preuve de fermeté. « Stiles a fait son choix et personne ici n'a le droit de l'empêcher de faire ce qu'il juge bon pour lui et Ben. »

Il évoqua ensuite le traitement que Deaton lui avait trouvé et cela sembla alléger l'atmosphère. Quand Talia obligea tout le monde à reprendre le travail, il en profita pour s'éclipser. Il passa à l'infirmerie et récupéra Ben chez Melissa qui paraissait être aux petits soins avec lui. Elle l'accueillit avec un grand sourire.

« Notre grand garçon va parfaitement bien. Il a même pris du poids. »

Il l'a remercia avant de caresser la tignasse de son frère. Ils retournèrent ensuite dans leur chambre, Ben assis sur un coussin par terre alors que Stiles s'occupait d'une valise qu'il avait bien du mal à remplir. Ce n'était pas parce qu'il avait trop de choses et ne savait pas quoi emmener. C'était plutôt qu'elle lui rappelait à quel point son choix était réel, à quel point leur départ s'approchait.

Quelqu'un toqua à la porte et Stiles quitta le bagage des yeux.

« Entrez. »

La tête de Scott apparut alors, presque timide et Stiles lui fit signe d'approcher. Les deux s'installèrent sur le lit, n'échangeant pas un mot, observant Ben qui continuait à s'amuser, bien loin de comprendre la tension qui venait d'apparaître.

« Je sais que c'est idiot de demander car, te connaissant, tu as retourné l'idée cent fois dans ta tête mais... » Scott délaissa le petit pour se concentrer sur Stiles. « Tu es sûr ? Tu es sûr que vous serez mieux là-bas ? Tu sais qu'on peut vous protéger. Je n'ai pas peur de Jennifer, elle n'a qu'à essayer d'approcher et... »

Stiles sourit, amusé par la ferveur du loup. Et sa naïveté. Il avait tort de ne pas en avoir peur. Elle n'hésiterait pas une seconde à leur tirer une balle dans la tête à chacun, simplement pour obtenir ce qu'elle souhaitait.

« J'espère sincèrement que tu ne changeras jamais, Scotty. »

S'arrêtant dans sa plaidoirie, les épaules de Scott s'abaissèrent quand il comprit que c'était sa façon de lui dire qu'il ne changerait pas d'avis. Son ami choisit alors de se tourner vers un autre sujet, au grand dam de Stiles.

« Tu l'as dit à Derek ? »

« Pourquoi est-ce que tout le monde n'arrête pas de me demander ça ? » Stiles déclara, voulant paraître revêche mais constatant qu'au fond, il était un peu gêné. Scott lui accorda un air dubitatif.

« Tu te poses encore la question ? »

Bien sûr qu'il se posait la question. D'abord Deaton et maintenant ça ? Quoi, est-ce qu'ils pensaient que Derek et lui... ?

« Je ne sais pas ce que tu imagines mais Derek et moi, on n'est pas ensemble. » Stiles finit par affirmer, mettant un terme à tout ça.

Mais la réaction de Scott le laissa totalement pantois. Ce dernier éclata de rire, son corps se secouant alors qu'il posait ses mains sur ses côtes, comme s'il en avait besoin pour ne pas que ça lui fasse trop mal. Vraiment, il en faisait trop.

« Je sais que j'ai beaucoup d'humour mais je ne suis généralement pas aussi drôle. » argua Stiles.

Scott finit par s'arrêter, ses yeux continuant de pétiller comme s'il venait d'entendre la meilleure plaisanterie du siècle.

« Tu as fini ? Je n'aurais jamais pensé que le fait d'apprendre que non, je n'étais pas dans une relation te mettrait dans cet état. »

Le reniflement que poussa Scott lui était si peu familier, lui ressemblait si peu que Stiles se retourna vers lui, stupéfait. Sa surprise alarma Scott qui accepta enfin de se calmer.

« Bon sang, tu es sérieux. »

« Bien sûr que je suis sérieux, on peut parler d'autre chose maintenant ? »

« Comment est-ce que tu peux... » Scott se stoppa, ferma les yeux une seconde avant de se reprendre. « D'accord, ne le prend pas mal hein mais je pense que vous avez besoin d'avoir une petite conversation. »

« On... » Stiles bégaya, cherchant des mots sur ce qu'il n'arrivait pas lui-même à traduire. « On passe un peu de temps ensemble, ça ne fait pas de nous quelque chose d'aussi important. »

Ce n'était pas vraiment ce dont Scott était en train de parler.

« Vous sentez constamment l'odeur de l'autre. Et je veux dire, pas comme des amis devraient. » Stiles réalisa alors qu'il n'avait jamais pensé que les loups avaient pu littéralement sentir toutes les fois où ils s'étaient embrassés. Il était mortifié. « Derek se met toujours dans des états incroyables, chaque fois que tu es en danger. Je ne dis pas qu'il ne serait pas prêt à se sacrifier pour n'importe quel membre de la meute mais... Quand il s'agit de toi, il devient quelqu'un d'autre. Tu aurais dû le voir quand on a perdu ta trace après que tu sois parti. Il a passé la plupart de ses journées à moitié transformé. Ce n'était pas beau à voir. »

Stiles, malgré lui, avait envie d'en apprendre davantage, de connaître les détails sur la façon dont Derek avait agi en son absence.

« Il n'était pas comme ça, avant. Il n'a jamais été très bavard et passait le plus clair de son temps à nous hurler dessus aux entraînements et à nous fusiller du regard le reste du temps. Mais c'est sa nature, on l'aime tous. C'est pour ça que je ne comprends pas quand tu dis que toi et lui, vous ne représentez rien l'un pour l'autre. Je ne parle pas seulement de ce que vous faites quand vous êtes tous les deux, je ne suis pas certain que je veuille des détails. » Il grimaça brièvement avant de continuer. « Mais c'est dans la façon dont vous agissez l'un et l'autre. C'est juste... évident, tu vois ? »

Et dire que pendant tout ce temps, Stiles s'était pensé discret, avait cru pouvoir cacher l'attraction qui l'avait poussé vers Derek depuis le tout début. Mais à laquelle il s'était interdit de trop penser, la laissant de côté après chaque fois que Derek et lui s'étaient montrés intimes. Il avait cru que ce dernier l'avait compris également, que c'était simplement une manière pour eux d'avoir quelqu'un afin de partager une peine trop grande.

Il avait beau s'être menti à lui-même, il savait quel mot mettre sur ce qu'il ressentait pour lui. Mais imaginer que Derek ait pu ressentir la même chose lui paraissait absurde. Après tout, il n'avait jamais rien dit, n'avait jamais essayé d'aller plus loin ou d'avoir une conversation à ce sujet. Et aujourd'hui... Aujourd'hui, c'était trop tard car Stiles s'en allait et ne reviendrait pas.

Avec cette pensée en tête, ce fut plus facile pour lui de dire :

« Je sais que ça peut paraître étrange pour quelqu'un d'extérieur » Il reconnut, conscient qu'ils agissaient d'une manière singulière, « mais Derek et moi ne signifions rien l'un pour l'autre. En tout cas, pas de la manière dont tu penses. On est trop différents. »

Scott ne parut pas vraiment le croire mais il ne chercha plus à le contredire et Stiles s'en contenta. Une fois que Scott s'en alla et que Ben fut endormi, Stiles ne parvint pas à fermer l'œil. Il continua à ranger quelques affaires, ouvrant pour la première fois depuis longtemps son vieux sac en toile qu'il avait apporté lors de son arrivée. Retrouvé les quelques objets qui l'avaient accompagné durant son errance fut une sensation étrange. Presque tremblant, il récupéra la carte sur laquelle il avait retracé tous les endroits où il pensait pouvoir trouver son frère. Tous les lieux qui étaient soupçonnés de protéger une Zone.

Il y avait également la photo de Ben scotchée dans le dossier. Sa vieille radio cassée. Sa petite lampe torche qui ne fonctionnait plus et qu'il avait gardé comme une sorte de totem. Il avait l'impression d'être une autre personne, aujourd'hui. Il n'était plus le jeune garçon qui avait grandi dans un quartier de Californie et n'était plus non plus ce gamin paumé et traumatisé par des gens qui voulaient lui faire du mal. Il était quelqu'un d'autre, un inconnu que Stiles devait apprendre à apprivoiser. Alors qu'il approchait les deux heures du matin, il termina enfin ce qu'il avait à faire et retourna dans le lit. Il s'endormit vite mais d'un sommeil agité.

Le lendemain fut le jour de leur départ et Stiles était nerveux. Tout était prêt mais il ne parvenait pas à s'arrêter d'être fébrile. Assis dans la cantine, Talia les avait forcés à prendre un petit-déjeuner copieux avant leur départ et Stiles n'avait pas eu la force de refuser. Ben n'avait pas l'air particulièrement chamboulé mais encore une fois, Stiles n'était plus certain qu'il soit aussi épanoui qu'il ne le laissait paraître.

« Tu as envie d'autre chose ? » Stiles s'intéressa, observant que le garçon avait terminé son assiette et vidait désormais son verre de jus.

Tenant le verre des deux mains, il le reposa et Stiles se retint de ne pas rire lorsqu'il aperçut la moustache brillante qu'il avait au-dessus de sa lèvre supérieure.

Il secoua la tête pour lui signifier qu'il n'avait plus faim.

« Très bien, allez, brossage de dents. »

Sur le chemin, ils croisèrent Skye qui leur répéta l'heure de départ. Elle portait une chemise bien trop longue pour lui appartenir et ses cheveux bleus étaient défaits. Stiles se demanda si les loups-garous présents pouvaient sentir l'odeur de Chris sur elle. Probablement.

Une fois leur tâche terminée, Stiles passa la fin de la matinée auprès de ses amis, remarquant que Scott ne le lâchait pas d'une semelle. Il ne cachait pas sa tristesse et Stiles le surprenait parfois à lui lancer des regards peinés. Il ne chercha plus à lui faire changer d'avis, cependant, ce qui n'arrangea en rien la culpabilité de l'adolescent.

Mais Stiles devait avouer que quelque chose le tracassait. Il n'avait pas vu Derek depuis la veille et c'était étrange. L'homme faisait le plus souvent son apparition, mais aujourd'hui, silence. Or, Stiles était certain qu'il avait dû entendre la nouvelle, que les autres avaient dû lui dire. Et ce n'était pas normal que Derek ne soit pas venu pour en discuter. Est-ce qu'il... s'en fichait ? Est-ce qu'il pensait lui aussi qu'il s'agissait de la meilleure solution ?

Ça ne lui ressemblait pas. Même si Derek était d'accord avec lui, il serait venu lui parler. Quelque chose n'allait pas. Il décida d'en avoir le cœur net. Se tournant vers Scott, il lança :

« Je peux te le laisser cinq minutes ? »

« Bien sûr. »

Puis, se baissant vers Ben qui posa ses grands yeux sur lui, il dit :

« Mon grand, je reviens tout de suite, Scott garde un œil sur toi, d'accord ? »

Une fois que le petit acquiesça et que Stiles fut certain qu'il n'allait pas paniquer, il partit à la recherche de Derek. Il commença par l'intérieur de la propriété avant de comprendre que celui-ci n'y était visiblement pas. Il finit par le trouver dehors, en train de bricoler l'un des fourgons dont Cora lui avait parlé la veille.

« Tu sais que les loups-garous aussi ont besoin de manger. Tu pourrais faire une pause, d'autant qu'on dirait que ton oncle t'a lâchement abandonné. »

Derek ne répondit pas. Il continua à s'affairer sous le capot, mais ce n'était pas la première fois qu'il ne participait pas directement à la conversation que Stiles tentait de mener. Aussi, ce dernier continua :

« J'espérais te voir, hier. Ta mère a organisé une réunion. »

Nouveau silence, seulement brisé par les bruits de ses outils frappant contre l'intérieur de la voiture en métal.

« J'étais occupé. » finit-il par grogner, sa voix grave et succincte.

Malgré son attitude ordinairement peu bavarde, Derek ne s'était jamais montré aussi... distant. Aussi froid. Il n'avait pas levé le regard une seule fois vers lui et sa mine était sévère, presque antipathique. Stiles comprit alors pourquoi.

« Donc... je suppose que tu as appris la nouvelle. Et que tu es énervé. »

Il avait sincèrement pensé que Derek comprendrait, qu'il verrait que les intentions de Stiles n'étaient pas mauvaises. Qu'il voulait juste protéger sa famille.

« Enervé ? Pourquoi ? Tu y as bien réfléchi, pas vrai. »

« Oui... »

Stiles n'apprécia pas vraiment l'acidité qui s'était installée dans son ton. Il n'était pas naturel, ni familier. Derek n'était pas ce genre de personne, une fois en colère. Il était brutal, parfois féroce mais s'était également montré doux, compatissant, attentionné. Pas... comme ça. Il n'était pas cynique, il n'était pas aussi indifférent.

« Est-ce que j'ai loupé un épisode ? » Stiles finit par mentionner, perdu et légèrement frustré. « Parce que tu ne me feras pas croire que là, tout de suite, tu es dans ton état normal. Qu'est-ce qui ne va pas ? »

Sortant enfin la tête du capot, Derek essuya ses mains sales sur son pantalon avant de le claquer dans un son mat. Stiles sursauta avant de jeter un regard d'incompréhension vers l'homme. Ce dernier avait le regard sombre et dur. Un regard que Stiles avait oublié.

« Je ne comprends pas pourquoi ça t'intéresse soudainement. Nous ne sommes pas amis, toi et moi. »

Cette phrase lui fit plus mal que Stiles n'aurait voulu l'admettre.

« Aïe. » laissa-t-il échapper, cherchant à cacher sa peine. « Ce n'était pas très gentil. »

« Qu'est-ce que tu veux, je ne suis pas une très gentille personne. »

« Ce que tu es plutôt en train d'être, c'est un con arrogant et je me demande depuis quand toi et Jackson avez échangé vos places. » Stiles répliqua, se sentant de plus en plus agressé. « Sérieusement, qu'est-ce qui t'arrives Derek ? Si c'est à cause du départ, je suis désolé que tu ne sois pas d'accord avec ça, mais je ne changerai pas d'avis. »

Derek renifla, comme s'il trouvait Stiles vraiment stupide.

« Je le sais ça. Ce n'est pas comme si les gens ici signifiaient quoi que ce soit pour toi. Ils sont si différents. »

Stiles, qui s'apprêtait à répondre, ferma la bouche aussi sec. Et son expression se métamorphosa. Il venait de comprendre que Derek était finalement passé le voir. Et avait entendu une conversation que Stiles aurait préféré enterrer.

« Ecoute... Je ne voulais pas dire ça dans ce sens-là... Scott posait des questions et il ne comprenait pas... »

« Il ne comprenait pas quoi ? » Cette fois-ci, la voix de Derek se fit plus forte, comme s'il ne parvenait plus à cacher la détresse qui se dérobait derrière son air agressif.

Et Stiles réalisa alors à quel point il avait été idiot. Derek n'avait pas été blessé par l'annonce de son départ pour le Canada mais par les mots qu'il avait eus à son encontre. Il aurait voulu pouvoir revenir en arrière, faire en sorte que l'homme ne les aient jamais entendus. Mais ce n'était pas possible.

« Qu'est-ce que tu voulais que je lui dise ? Que je mente ? On le savait tous les deux, ce que c'était. Ça n'était pas supposé durer. Je n'étais pas supposé rester. C'est arrivé mais on savait que ce n'était pas quelque chose d'important. »

« On le savait ? » Il répéta, le ton froid.

« On... »

C'était ce que Stiles avait toujours pensé. Ils s'étaient mis d'accord... Mais, en y repensant, Stiles réalisa alors qu'il ne s'était jamais rien dit à ce sujet, ne s'était jamais promis de ne rien ressentir de plus. Stiles savait qu'il n'avait pas tenu sa promesse, qu'il s'était attaché. Mais il n'aurait jamais cru que Derek aussi.

« C'est ça ton problème, Stiles. Tu as passé tellement de temps à penser que le monde entier te voulait du mal que tu n'es plus capable de voir quand ce n'est pas le cas. Et tu as finis par ne penser qu'à toi. A ce que tu pourrais retirer des gens que tu rencontres. Tu es égoïste. »

« Je ne suis... » Il tenta de s'expliquer mais fut coupé par le loup.

« Tu devrais y aller. Commencer ta nouvelle vie, comme tu étais supposé le faire depuis le début. »

Comme tu l'aurais fait si tu ne nous avais pas rencontré. Derek ne le dit pas mais cette phrase fut aussi claire que s'il l'avait prononcée. Stiles n'arrivait plus à penser clairement, il ne savait pas quoi dire pour arranger les choses, savait seulement qu'il ne pouvait pas les laisser ainsi.

« Qu'est-ce que je dois faire ? Qu'est-ce que tu veux que... » Il ne pouvait pas partir. Pas comme ça. Pas sur ce genre d'adieu. « Tu dis que nous ne sommes pas amis alors... Que veux-tu que nous soyons ? Nous ne sommes certainement pas des inconnus. »

Il espéra ainsi le faire réagir, lui faire comprendre qu'il s'était trompé, qu'ils avaient représenté quelque chose, pour chacun.

Mais Derek effaça son espoir d'un coup robuste, répondant de manière glaciale, ne le regardant même plus.

« Il ne nous reste plus qu'à n'être plus rien. »

Et il partit sans se retourner, laissant Stiles avec un poids lourd à la place du cœur.

O

Sans surprise, Stiles n'aperçut le visage de Derek nulle part lorsqu'il fut temps de se dire au revoir. Skye était déjà prête, lançant des regards peu sympathiques en direction de Peter. Talia avait en effet décidé que son frère les accompagnerait au cas où les choses devaient mal tournées. Même s'ils étaient presque sûrs d'arriver sains et saufs au Canada, l'alpha préférait mettre toutes les chances de leur côté.

Cette dernière le prit d'ailleurs dans ses bras, laissant Stiles abasourdi avant qu'il ne lui rende son câlin.

« Même si toi et Ben partez loin, sache que tu pourras toujours compter sur notre aide. Vous appartenez à cette meute et vous serez toujours les bienvenus. »

S'ensuivit une cérémonie d'embrassade. Allison lui colla une bise sur la joue avant de lui faire promettre de faire attention. Même Jackson le prit dans ses bras, rapidement, en lui disant de ne pas se faire tuer à la première occasion. Cora lui enfonça son poing dans le bras, sa façon à elle de lui dire qu'elle n'était pas satisfaite de le voir partir. Laura se montra plus douce et lui fit promettre de leur donner des nouvelles.

Scott fut le plus démonstratif. Il enferma Stiles si longtemps dans une étreinte que ce dernier dut se mordre les lèvres pour ne pas laisser ses yeux s'humidifier.

Ils saluèrent Ben également, en étant plus réservés, espérant ne pas effrayer le jeune garçon.

Il observa chacun des visages devant lui, avant de leur adresser un signe de la main. Puis la voix de Skye chuchota près de son oreille :

« Prêt ? »

Il hocha la tête, sa main tenant fermement celle de son petit frère.

Ils disparurent en moins d'une seconde.

Lorsque Stiles rouvrit les yeux, il comprit tout de suite qu'ils n'étaient plus dans le même pays. Il n'aurait su l'expliquer, ce n'était pas tant le paysage différent, l'odeur des arbres hauts ou la fraîcheur de l'air. C'était quelque chose d'inexplicable, un sentiment de sécurité.

Autour d'eux, la forêt boréale canadienne, dense et froide. Elle était coupée en deux par une route goudronnée. A l'extrémité se trouvait un énorme bâtiment en bêton mais n'ayant pourtant rien à voir avec aucune Zone que Stiles avait eu la malchance de découvrir. Il y avait des fenêtres partout, d'énormes baies vitrées donnant vue sur les bois.

« C'est là. » Skye pointa du doigt la bâtisse.

Il y avait une grille avec des hommes postés devant. Mais ils n'étaient pas armés. Ils ne portaient pas de costumes noirs, leur conférant une allure sombre et lugubre. Les hommes les avaient vus mais aucun d'eux n'approcha, menaçant. Au contraire, ils restèrent à leur place, patientant qu'ils viennent par eux-mêmes.

« A toi de jouer, maintenant. » Skye lui envoya un clin d'œil et Stiles la remercia.

Elle balaya sa reconnaissance d'une main, ajoutant plutôt :

« J'aurais préféré que Talia ait davantage confiance en moi et n'ait pas choisi de me coller son toutou aux fesses. »

« Je tacherais d'y penser si jamais tu étais en danger. J'imagine déjà la tête de Chris quand je lui dirais que j'ai dû laisser sa chère et tendre aux mains de Manteaux Noirs car elle ne veut pas qu'on la prenne pour une demoiselle en détresse. »

Elle leva les yeux au ciel et Peter sourit narquoisement. Il posa ensuite son regard sur Stiles et celui-ci perdit de sa malice, devenant plus sérieux.

« Tout va bien ? »

« Ouais. » Stiles répondit, trop vite. Peter ne fut pas dupe.

« Je suis certain que Derek regrette déjà de ne pas être venu vous voir. » Il devina aisément, lisant sur le visage de Stiles comme dans un livre. « Mon neveu est... Il se calmera. »

« Ça n'a plus d'importance. » Stiles l'informa. Ils ne se reverraient plus.

Peter continua à le regarder avant qu'il ne se penche vers Ben.

« Tu prendras soin de lui pour moi ? » Il désigna Stiles du doigt.

Le petit hocha la tête avec vigueur, comme s'il était persuadé que l'homme lui confiait une mission de la plus haute importance.

Souriant, Peter lui caressa les cheveux avant de se redresser.

« Je peux compter sur toi pour ne pas faire de bêtises à la seconde où je serais parti. » Peter tenta de lui faire promettre mais Stiles refusa de se laisser ainsi taquiner.

« J'en sais rien, j'ai réussi à survivre ces dix-huit premières années sans trop de dégâts, alors... »

« Sans trop de dégâts, hein ? »

Il hocha les épaules de manière désinvolte et Peter sourit.

« Prends soin de toi, gamin. »

Il recula ensuite jusqu'à Skye, lui présenta sa main d'une manière théâtrale, engendrant un nouveau grognement de la part de la jeune femme. Peter adressa à Stiles une dernière œillade amusée avant que Skye n'utilise ses pouvoirs, les téléportant à nouveau chez eux.

La main de Ben toujours fermement accrochée à la sienne, Stiles se tourna et observa les hommes qui leur faisaient signe, les encourageant à avancer.

C'était ce qu'il avait toujours voulu. Débuter une nouvelle vie, avec Ben. Dans un endroit loin du danger. Une vie normale, sans pouvoir, sans magie. Une vie qui lui tendait désormais les bras.


Je vous souhaite à tous un joyeux Noël :) Profitez bien de vos proches.

A la semaine prochaine,

La bise !