Bonjour,

J'espère que vous avez tous passé un bon réveillon !

On se retrouve pour un nouveau chapitre (après le dernier qui n'a pas épargné le Sterek :D) et de nouvelles aventures, cette fois-ci au Canada.

Bonne lecture :)


Chapitre 26

« Regarde. Tu aimes ? »

Se décollant du mur sur lequel il était appuyé, Stiles s'assit correctement avant de se concentrer sur le papier que lui montrait Ben. Il s'agissait d'un dessin. Il ne se souvenait même plus de la dernière fois où Ben avait eu la possibilité de gribouiller quelque chose, comme tous les jeunes de son âge. Evidemment, il avait représenté des animaux, les livres qu'il avait lus lui permettant d'ajouter quelques détails comme les museaux plus étroits et les fourrures plus touffues.

Installés dans une petite salle d'attente, les deux jeunes attendaient l'arrivée de Sharon Telly. La femme était responsable de l'établissement et avait pu, grâce à ses anciennes relations au sein du gouvernement, développé ce projet d'aide aux personnes à la recherche d'asile. C'était elle qui les avait accueillis lorsque Stiles avait trouvé le courage d'avancer jusqu'à l'entrée du bâtiment. Elle portait des cheveux très lisses, bruns lui arrivant à hauteur des épaules et des yeux bleus. Un regard doux.

En effet, les deux frères s'étaient finalement décidés à approcher du bâtiment, une fois Skye partie. Ils avaient été reçus par des agents de sécurité qui s'étaient adressés à eux de manière posé et lente, cherchant à ne pas les effrayer.

Stiles était resté sur ses gardes, toujours pas certain d'être réellement à l'abri. Il s'était presque attendu à découvrir un piège se refermer sur eux, les hommes sortant de leurs poches arrière des armes qu'ils pointeraient dans leur direction. Puis, Jennifer apparaîtrait derrière les arbres, son sourire narquois sur ses lèvres maquillées.

Rien de tout ça n'arriva.

Tout ce que les hommes cherchèrent à savoir, ce fut leurs noms. Pas de demande d'identité magique, pas de réalisation de test pour savoir si l'un d'entre eux étaient un Inné. Juste des sourires. Des paroles rassurantes, affirmant qu'ils étaient désormais hors du territoire des Etats-Unis. Qu'ils étaient en sécurité et seraient protégés. Puis une main tendue vers la porte leur indiquant le chemin.

Le hall d'entrée était gigantesque, blanc avec des meubles en bois comme le comptoir derrière lequel se tenait Sharon Telly. Elle commença par leur souhaiter la bienvenue avant de leur expliquer ce qu'était cet endroit. Il s'agissait d'un lieu de transit, qui accueillait tous ceux qui cherchaient à fuir le gouvernement désormais oligarchique du Nord de l'Amérique. Des locaux étaient mis à la disposition de chacun ainsi que des vêtements propres.

Ils furent ensuite conduits dans une chambre que Stiles trouva... aseptique. Elle ressemblait à une pièce témoin, le blanc marquant à nouveau les murs et le mobilier de style scandinave. La femme leur mentionna également qu'ils auraient ensuite rendez-vous avec un médecin, afin de s'assurer que tout allait bien. Elle continua à leur faire la visite : salles d'eau, pièce des repas, salles de jeux – Stiles manqua s'étouffer en l'apercevant – pièce de repos. Il ne se souviendrait jamais de l'emplacement exact de tout ça mais tâcha de rester attentif à tout ce qu'on leur disait. Elle leur indiqua ensuite que Ben et lui devraient la voir dans son bureau une fois par semaine. Stiles ne savait pas vraiment de quoi elle voulait discuter mais il ne s'y opposa pas.

Sur le chemin, ils croisèrent des personnes dont les regards glissèrent sur eux, curieux. Stiles aperçut aussi beaucoup d'enfants, aucun qu'il avait côtoyé lui-même mais remarquant qu'ils étaient pour la plupart, très jeunes. Mais aucun ne portait l'expression marquée et vide qu'il avait pu distinguer dans les Zones qu'il avait visitées. C'était des visages heureux, apaisés, transformés.

Une fois installés, Ben et lui rencontrèrent le Docteur Julliard pour la première fois. Elle ne leur posa pas mille et une question, se contentant de leur expliquer qu'elle allait les ausculter afin de s'assurer qu'ils étaient tous les deux en bonne santé.

C'était comme si elle avait l'habitude de devoir prendre soin d'enfants traumatisés, certains refusant probablement qu'on les touche. Stiles resta évidemment dans la pièce lorsqu'elle s'occupa de Ben. Il le savait en forme, Melissa ayant pris soin de lui, mais l'entendre de la bouche de la femme le rassura davantage.

Lorsque ce fut son tour, elle resta un instant silencieuse. Ses mains étaient douces et légères, n'appuyant jamais trop fort ou jamais trop longtemps. Elle les raccompagna dans leur chambre et leur annonça l'heure à laquelle les repas étaient servis la journée. Il leur restait encore quelques heures avant le dîner.

Leur accordant un dernier sourire, elle ferma la porte derrière elle et Stiles sentit ses épaules perdre de leur tension. Il n'avait plus de raisons d'avoir peur mais toutes ces nouvelles rencontres ne le mettaient pas à l'aise.

« Elle est très gentille. » Ben déclara, son regard toujours rivé sur la porte.

« Tu trouves aussi ? »

Il hocha la tête.

« Tu penses qu'on aura le droit de sortir dehors ? »

Stiles ne fut pas surpris d'entendre que c'était la chose qui l'intéressait le plus. Aussi grand que soit ce bâtiment, il était normal qu'il ressente le besoin de s'aérer. En passant, l'adolescent avait aperçu de nombreuses personnes à l'extérieur, leurs silhouettes visibles depuis les fenêtres en plexiglass.

Il lui donna alors son avis, pensant que ça ne poserait pas de problème et Ben sourit, se précipitant soudainement sur le lit placé à côté de la baie vitrée. Il colla son visage sur la surface froide, observant les hectares de verdure, se demandant probablement quelle espèce animale pouvait s'y cacher.

Deux semaines passèrent ainsi, Stiles voyant Ben évoluer chaque jour. Il continuait à perdre le fil de ses pensées et à s'agiter parfois si fort que Stiles devait poser ses mains sur ses épaules pour le calmer. Mais il parlait de plus en plus, évoquait ses émotions et ses envies plus facilement, semblant s'épanouir dans ce nouvel environnement.

Stiles, quant à lui... Avait un peu plus de difficultés. Pourtant, l'ensemble du personnel faisait de son mieux pour qu'il se sente enfin au sein d'un foyer aimant. Ils étaient libres de se rendre où bon leur semblait, n'avaient jamais été traités d'une manière incorrecte. Tout le monde était particulièrement sympathique et patient mais Stiles... Stiles pensait à la meute.

Il pensait à Scott et à son rire communicatif. A Laura et son euphorie presque constante. Et à Derek. Il pensait beaucoup à Derek. Mais chaque fois qu'il le faisait, il revoyait son visage fermé, ses mots blessants et sa silhouette disparaissant, ayant visiblement eu assez de sa présence.

Il avait pris la bonne décision. C'était certainement pour ça que c'était aussi dur à tenir.

Revenant à la réalité, il continua à écouter Ben lui expliquer les détails de son dessin, alors qu'ils patientaient tous les deux que Sharon Telly les appelle dans son bureau. Comme convenu, Stiles s'y rendait chaque semaine afin de discuter avec la chef d'établissement.

« Et là, c'est nous. On s'occupe d'un parc naturel. »

Scrutant davantage le dessin, Stiles dévisagea les deux figures faites en bâton et lança, étonné :

« C'est moi là ? Avec la moustache bleue ? »

Ben hocha la tête, comme si Stiles passait à côté de quelque chose, ce qui fit sourire l'adolescent, amusé par cette expression soudainement adulte.

« Ce n'est pas une moustache, c'est le foulard de ton uniforme. » précisa-t-il, sans avoir l'air d'avoir été vexé par l'inattention de son frère.

« Tu sais que la plupart des animaux me détestent ? Le chat de grand-mère n'arrêtait pas de me donner des coups de griffes et le seul poisson rouge que j'ai possédé est mort en moins d'une semaine. »

Cette fois-ci, le regard de Ben se fit presque blasé, comme s'il savait que Stiles était en train de lui raconter des sornettes.

« C'est ce qui arrive quand on ne nourrit pas un être vivant. »

« Eh, je lui ai donné à manger, j'étais même très attentif à son bonheur de vertébré aquatique. » Le plus âgé tenta de se défendre, se souvenant de l'excitation qu'il avait ressenti lorsque son père lui avait apporter dans un bocal transparent flambant neuf un carassin doré.

« Maman a dit que tu avais pensé à lui donner à manger deux jours après l'avoir placé dans ta chambre. »

« Comment est-ce que tu te souviens de ça ? »

Stiles lui-même ne gardait que quelques souvenirs épars de leurs moments familiaux, seuls ceux qui lui rappelaient à quel point sa famille lui manquait étaient les plus vivaces. Ben haussa les épaules car peut-être que lui non plus n'en était pas très sûr.

« Je me souviens que tu n'aimais pas non plus te lever tôt et tu disais toujours que tu étais malade ou que tu avais des courbatures. Et que c'était parce que des extra-terrestres avaient tenté de t'enlever pendant la nuit et que tu t'étais blessé en tentant de les combattre. »

« Bon Dieu, il faut vraiment que je fasse attention à ce que je raconte quand tu es dans les parages, tu es une véritable machine à souvenirs. »

Ben avait un peu trop tendance à lui ressembler, sur ce point. Ecoutant comme lui le faisait, des conversations qu'il n'aurait pas dû entendre. Et enregistrant des détails qu'il retiendrait ensuite longtemps.

« Je me souviens du jeu de dinosaures que tu m'avais donné. C'était un secret. Mais je crois que c'était la plus belle chose pour moi. Parce que tu avais fait tellement d'efforts pour l'avoir. Il est resté à la maison. »

Ce qui voulait dire qu'il avait probablement été détruit avec le reste. Ou alors, si les Manteaux Noirs avaient été magnanimes, leur maison devait encore être là, poussiéreuse et vide. Sombre.

« Eh bien, peut-être que si on arrive à avoir un vrai chez nous, tu pourras obtenir un véritable animal. »

Cette situation lui avait semblé évidente mais à voir l'expression enchantée que lui lança Ben, ce dernier n'en avait pas été aussi certain.

La porte du bureau s'ouvrit et Stiles leva la tête vers la femme qui venait d'apparaître.

« Bonjour les garçons. »

Après les avoir invités à entrer, elle pointa une petite porte adjacente qui donnait sur une pièce dans laquelle Ben avait l'habitude de se rendre chaque fois que Stiles avait rendez-vous. Il pouvait ainsi le garder en vue et ce dernier ne se sentait pas perdu, tout seul dans leur chambre.

S'assurant que Ben n'avait pas l'air en détresse, Stiles jeta un dernier coup d'œil et s'aperçut qu'il était déjà plongé dans la lecture d'un livre qu'il avait commencé lors de leur dernière visite. Le docteur Julliard était déjà dans la pièce. Elle jouait parfois avec lui, une manière pour elle d'étudier son comportement et de s'assurer qu'il ne souffrait pas de stress post-traumatique. Ben l'aimait bien.

Constatant qu'il n'y avait rien à craindre, Stiles accepta ensuite de s'asseoir, la femme prenant place en face de lui. Elle avait une blouse qui était ouverte, et Stiles pouvait distinguer le pull rouge et la jupe noire qu'elle portait. Ses jambes étaient croisées et sa paire de talons hauts avait claqué sur le sol lorsqu'elle s'était déplacée. Elle n'avait rien à voir avec celle que Jennifer avait l'habitude de porter mais Stiles dut reconnaître qu'il n'appréciait plus vraiment ce son.

« Comment te sens-tu aujourd'hui ? » débuta-t-elle, posant ses mains sur la surface de son bureau.

« Bien. Je vais plutôt bien. »

« Comme tu le sais, vos résultats à toi et Ben sont revenus et me paraissent de très bon augure. J'aimerais aussi savoir comment se passe votre insertion dans nos locaux. J'ai été informée que vous aviez assisté à certains ateliers ? »

Ben et lui avaient en effet choisi de passer leurs après-midis avec d'autres jeunes. Ça n'avait pas été simple mais Stiles trouvait stupide l'idée de rester enfermés dans leur chambre alors que le but était de pouvoir se réinsérer dans la société comme des êtres humains normaux. Et ce n'était pas non plus bon pour Ben de l'emprisonner dans une bulle en espérant le garder en sécurité. Ils avaient tous les deux besoin de voir du monde, de discuter et d'échanger. La dernière fois qu'ils y étaient allés, ils avaient participé pour la première fois à une séance de découverte de la peinture.

Stiles était un piteux artiste mais il n'avait fait tomber son pot rempli d'eau que deux fois et Ben avait semblé s'amuser.

« J'espérais développer des talents artistiques. Peut-être que la prochaine fois, je penserais à ouvrir mes chakras. » Stiles précisa, repensant au fait qu'ils organisaient également des cours de yoga et de sophrologie.

« Nos cours de détente et de méditation sont parmi les meilleurs, je suis sûre que tu sauras t'y plaire. »

Stiles n'en était pas aussi certain. S'il n'avait jamais été très manuel, il n'était pas non plus porté sur le sport et encore moins la souplesse.

« Je t'ai également ramené les papiers qu'il te manquait pour votre demande d'emménagement. »

Elle ouvrit un tiroir et en sortit quelques feuilles qu'elle posa ensuite sur le bureau. Stiles avait en effet réalisé un dossier afin d'obtenir un logement éloigné du centre-ville. L'âge fixé pour la majorité au Canada lui permettait en effet de pouvoir s'occuper de son frère en toute légalité. La directrice leur avait expliqué qu'il pouvait choisir de rester dans le centre ou de partir s'installer quelque part dans le pays. De nombreuses aides et mesures avaient été mises en place pour leur permettre de faciliter cette emménagement et Stiles peinait encore à croire que tout ce qu'il avait voulu était en train de se réaliser.

L'idée d'être propriétaire, même d'un petit espace lui donnait presque le tournis.

« As-tu toujours des problèmes pour dormir ? »

Stiles y réfléchit quelques secondes, s'apercevant qu'il s'était endormi plutôt rapidement la veille. Mais les cauchemars l'avaient ensuite réveillé en pleine nuit.

« De temps en temps. La nuit n'est pas mon moment préféré. » ajouta-t-il, pensant au fait qu'au moins la journée, il avait la possibilité de s'occuper et de penser à autre chose.

« Est-ce que tu aimerais me parler de ce dont tu rêves ? »

Envie ? Pas vraiment. Mais Stiles ne souhaitait pas que la directrice change d'avis ou déclare qu'il n'était finalement pas apte à s'occuper de Ben. Il savait qu'elle n'en avait normalement pas le droit mais il préférait s'assurer qu'elle ne se méfierait pas de lui.

« Ils n'ont rien d'extraordinaires. La plupart du temps, ce ne sont même pas des cauchemars. Parfois je suis dans la Zone. Parfois non. Parfois je finis par mourir. D'autres fois, il s'agit de Ben. » Elle l'écouta sans sourciller. « Je vous l'ai dit, ça n'a rien de palpitant. Ce sont juste... des pensées. Mélangées à des souvenirs et à des angoisses qu'il me reste. Vous auriez dû me voir, il y a deux ans de ça. Je pète la forme, aujourd'hui. »

« Tu sais que ça prendra du temps. » répondit-elle, patiente. « Avant que tu ne te sentes réellement hors de danger, quelque part. Le centre a pour but de t'aider, de vous aider tous à traverser ces épreuves. C'est un chemin qui est long et difficile. Mais vous finissez tous par y arriver. »

Sans réussir à le voir venir, Stiles tiqua sur cette dernière phrase. C'était idiot. Il avait parfaitement compris ce qu'elle avait voulu dire par là. Qu'à la fin, peu importait les obstacles et les chutes, ils finissaient tous par se reconstruire. Mais l'ennui reposait justement sur cette morale.

« Pas tous. » finit-il par lâcher, observant le porte-crayon en cylindre posé près d'une photo de famille. La femme y posait avec des enfants, probablement les siens. Ils souriaient tous face à l'objectif, n'ayant certainement jamais ressenti le besoin de fuir pour sauver leurs vies.

« Pardon ? »

« Vous avez dit que l'on finissait tous par y arriver. A... trouver ce chemin. Mais ce n'est pas le cas. Il y a des milliers d'enfants qui sont encore coincés dans ces Zones et qui donneraient tous ce qu'ils possèdent pour vivre dignement. »

« Est-ce que tu y penses également la nuit ? A ces enfants ? » Elle posa la question, comme si c'était le véritable problème.

« Bien sûr que j'y pense. Eux aussi espèrent qu'on les sauve. Ne croyez pas que je ne suis pas reconnaissant, cet endroit est un paradis pour un grand nombre de personnes comme moi. Mais votre pays pourrait faire tellement plus. » Stiles arriva enfin au sujet qui lui peinait tant le cœur. Comment est-ce que les Etats, présents tout autour d'eux pouvaient laisser ce genre de choses se dérouler sans impunité ? Comment les Nations Unies avaient pu laisser un tel régime politique s'emparer du pays, sans réagir ? « Vous avez les moyens, vous avez les hommes, pourquoi ne pas envoyer des délégations, des hélicoptères ? Vous devez savoir où ces enfants sont retenus en otage. »

« J'aimerais que tout soit aussi simple. J'aimerais que l'on puisse venir en aide à tous ces enfants en souffrance. Mais nous n'avons pas la mainmise. Ce sont des questions de diplomatie et de gestion interne. Nous pourrions... »

« C'est ce que vous leur direz ? » la coupa-t-il. « A vos enfants, si le Canada devait également devenir ce genre d'endroit. Et qu'ils vous demandaient pourquoi vous ne veniez pas les sauver. Vous leur direz que c'était des questions de diplomatie et de gestion interne ? »

La femme ne répondit pas tout de suite, paraissant étonné par le fait qu'il n'ait pas hésité à la mettre devant le fait accompli. Mais elle ne sembla pas être offusquée par sa remarque. Elle soupira doucement, cherchant ses mots pour lui expliquer pourquoi est-ce que la vie de ces jeunes ne pesait pas suffisamment dans la balance pour faire quelque chose.

« Je comprends ta colère. C'est injuste et cruel, de savoir que ces enfants sont ainsi traités, sans pouvoir agir et les aider. Nous avons essayé à plusieurs reprises de faire cesser les agissements des Natifs mais tu as pu le constater par toi-même, le gouvernement de Caine est une sorte de pieuvre géante. Peu importe où nous avons tenté de couper un bras, celui-ci s'est régénéré à une vitesse affolante. » Son visage s'était durci, signe qu'elle devait également ressentir de la culpabilité face à ces échecs répétés. « Nous faisons tous ce que nous pouvons. Tout ce qu'il nous est possible de faire. Et je sais que ce n'est pas suffisant. Pas quand des vies sont en jeu. »

Ce n'était pas suffisant. Ça ne l'avait jamais été.

« Je ne vais pas t'embêter trop longtemps. Repose-toi. Et si vous avez besoin de quoi que ce soit, faites-moi signe. »

Il hocha la tête et se leva, les membres rigides, en direction de la petite pièce adjacente. Ben abandonna son livre des yeux et accepta la main que son frère lui tendit.

« Tu t'es bien amusé ? » s'intéressa Stiles, après avoir quitté la salle d'attente.

« Hmm-Hmm. Le docteur Julliard a dit qu'elle me ramènera des chocolats en forme de panda, la prochaine fois. »

A l'heure du déjeuner, Stiles se rendit à la cafétaria, Ben sur les talons. Celui-ci avait apporté son livre avec lui et ne le lâchait plus, donnant l'impression à Stiles d'être un peu invisible.

« Dis-moi, je pensais que la phase j'oublie mon frère pour m'intéresser à autre chose arriverait plus tardivement. Mais je devrais plutôt te féliciter, au moins ce ne sont pas des jeux vidéo. »

Ben rit et Stiles sentit son cœur se mettre à flotter. C'était un son qu'il avait pensé ne plus jamais entendre, aussi il l'apprécia encore plus.

Arrivés devant les propositions de repas, Stiles ne put pourtant s'empêcher d'éprouver une certaine amertume. Il repensa alors à la conversation qu'il avait eue avec Telly, à la quantité innombrable de nourriture et de mets qui leur était proposé. C'était presque grotesque. Plus de cinq desserts différents étaient déposés ainsi que plusieurs plats. Le souvenir de la nourriture qui leur était servie dans la Zone lui donna presque envie de hurler.

Sa frustration augmenta d'un cran lorsqu'il entendit non loin de lui une femme s'exclamer, visiblement embêtée :

« Est-ce que ce sont des pâtes sans gluten ? »

Telly avait tort. Ils pouvaient faire quelque chose. En commençant pas se montrer moins égoïste et en diminuant la proposition des plats. Ce n'était pas juste. Ce n'était pas bien. Ne remarquant pas qu'il s'était arrêté, fusillant du regard une assiette de pâtes aux légumes, Ben le ramena à la réalité en le tirant par le bas de sa chemise.

« Stiles ? »

Ce dernier remarqua alors qu'il venait de créer un petit embouteillage et se dépêcha de s'excuser avant d'avancer. A sa droite, une jeune fille peut-être un peu plus âgée que lui, lui lança un sourire que Stiles qualifia de narquois.

« T'es nouveau, pas vrai ? »

« Mince, moi qui croyais que ma couverture était impeccable, me voilà démasqué. Qu'est-ce qui m'a trahi ? » Il demanda, notant qu'elle s'était elle-aussi contentée de peu de choses sur son plateau.

« Ta façon de regarder la nourriture. Comme si tu voulais étouffer quelqu'un avec. Telly, par exemple. » Elle ajouta avant de rire devant son air étonné. « Pas de panique, elle a l'habitude. Tous ceux qui sont passés par son bureau ont dû lui tenir le même discours moralisateur. Disons juste que je sais ce que tu traverses en ce moment. Et que tu te dis que toute cette bouffe aurait pu alimenter des gosses pour plusieurs semaines. Et nous on est là, à se plaindre et à demander un plat sans gluten. » Elle renifla et Stiles l'apprécia davantage. « Les gens oublient trop facilement la misère dans laquelle ils ont pu se trouver une fois qu'on leur place des couverts en or sous le nez. »

Elle termina sa commande et partit ensuite, probablement pour s'installer, laissant Stiles un peu pantois. Ce dernier aida son frère à atteindre un yaourt au chocolat placé hors de sa portée et ils se tournèrent ensuite dans le but de trouver une table pour s'asseoir. Il découvrit que la jeune fille était en réalité restée tout près, attendant certainement qu'il termine eux aussi. Puis, elle leur indiqua du doigt une table et Stiles accepta de s'y asseoir. Stiles et Ben étaient côte à côte alors qu'elle choisit de se placer en face d'eux. Elle avait des cheveux courts et roux, des taches de rousseur éparpillés sur tout son visage et des yeux bruns.

« Abby. » Elle se présenta mais ne leur laissant pas le temps de le faire à leur tour. « D'où vous venez tous les deux ? »

« Californie. Mais comme tu peux le constater, le soleil n'est pas vraiment notre allié. Je dirais plutôt qu'il a tendance à nous malmener. » déclara Stiles, repensant à toutes les fois où il avait subi un affreux coup de soleil, lorsqu'il s'amusait à jouer dans le jardin de ses parents.

« Pourquoi est-ce que tu as purgé ta peine ? » Elle appuya sa tête dans sa paume, le coude posé sur la table.

Alors que Stiles la regarda sans comprendre, elle souffla soudainement de l'air en sa direction. Un nuage de vapeur glacé s'échappa d'entre ses lèvres et Stiles resta sans voix.

« Tu peux... »

« Transformer tout ce que je touche en véritable glaçon ? C'est l'idée. » acquiesça-t-elle avant de l'observer, attendant qu'il se révèle à son tour.

Stiles eut un rire bref.

« Euh, crois-le ou non, j'étais un Inné, maintenant, je suis juste Stiles. »

Les sourcils de la jeune fille se levèrent, l'air impressionné.

« Tu étais ? »

« Je n'ai plus aucun pouvoir. Et ça me va comme ça. » Il haussa les épaules, conscient que sa barre de survie s'était améliorée à partir du moment où sa magie était partie.

« Et lui ? » Abby appuya son regard cette fois sur Ben qui finissait d'avaler ses carottes râpées.

« Humain. »

« Quel veinard. »

Elle ne l'avait pas dit en plaisantant. Et d'un certain côté, Ben avait été chanceux. Chanceux de ne pas être né en étant doué de magie. Malchanceux d'être lié à Stiles.

« Ça fait longtemps que tu es là ? » chercha à s'informer Stiles. Elle avait l'air d'avoir dépassé sa majorité depuis quelques années et Stiles voulait savoir pourquoi elle était encore ici.

« Plutôt. Je vis ici. » indiqua-t-elle. « J'ai fait une demande pour trouver un appartement à mon arrivée. Je l'ai eu, un beau chez moi, dans le centre-ville. Je n'ai pas tenu une semaine. » Elle délaissa son assiette et s'appuya contre le dossier de sa chaise. « C'est la plus grande erreur qu'ils font dans cet endroit. On passe tellement de temps avec les autres à tenter de survivre qu'il est difficile d'apprendre à vivre seul dans un espace aussi grand. Alors j'ai décidé de rester. Je m'occupe de ceux qui arrivent, je les aide à se faire une place, à prendre des décisions qui porteront sur leur futur. Tu peux dire que je suis une sorte d'ange gardien. »

Ç'eut le don de le faire sourire.

« Et avec toute cette merveilleuse expérience, qu'est-ce que tu penses de tout ça ? Est-ce que marche vraiment ? Est-ce que les jeunes que tu as aidés ont réussi à se construire une nouvelle vie ici ? »

« La moitié de ceux qui ont quitté ce centre pour s'installer seuls dans le pays sont revenus au bout de quelques mois. Mais ce ne sont que des statistiques, pas vrai ? » précisa-t-elle sarcastiquement et Stiles se mordit la lèvre.

Oui, que des statistiques.

O

Cette nuit-là, il rêva de Derek. De ses yeux clairs. De ses cheveux bruns qu'il aurait aimés toucher une dernière fois. Il rêva également de ses lèvres et de son odeur jusqu'à ce qu'il ne se souvienne de rien d'autre.

Il s'agissait de leur troisième semaine au centre et le moral de Stiles n'était pas au beau fixe. Il tenta de le cacher, de préserver son frère mais il aurait dû se douter que celui-ci s'en rendrait compte. Après tout, Ben avait toujours été un gamin intelligent.

« Est-ce que tu es fâché ? »

Quittant la toile sur laquelle il était en train de gribouiller d'affreuses taches blanches supposées représenter l'écume sur une plage, Stiles fronça les sourcils. Ben avait également abandonné son pupitre, le contemplant avec des yeux grands, leur couleur brune similaire à la sienne.

« Fâché ? Pourquoi est-ce que tu penses ça ? Au contraire, je trouve que j'ai fait d'énormes progrès. Regarde, on dirait presque que j'ai réussi à peindre un bateau. » répondit-t-il, désignant le petit triangle gris ridicule, planté au milieu d'un cercle qu'il venait de peindre en bleu.

« Fâché qu'on soit partis ? »

Délaissant son pinceau, Stiles soupira. Il ne voulait pas lui mentir. Aussi, il choisit de peser correctement ses mots.

« Je ne suis pas en colère, Bennie. Tout ça est un peu nouveau pour moi et j'essaye de m'habituer. Tout comme ça doit être difficile pour toi. Mais j'imagine qu'il nous faut un petit peu de temps, les Stilinski n'ont pas l'habitude de baisser les bras. Il faut juste que je m'y fasse. »

A ces murs trop blancs, trop propres, trop lisses. A ces visages souriants, bienveillants, presque modélisés. A cette nourriture en abondance, prête à lui trouer l'estomac.

« C'est juste ça ? Ce n'est pas parce que les autres te manquent ? »

Stiles croisa son regard sans dire un mot et Ben déposa son pinceau à côté du sien.

« Tu n'as pas parler d'eux une seule fois depuis qu'on est là. Je me suis dit que c'était peut-être parce que tu avais peur d'en discuter, peur de me dire que tu regrettais qu'on soit partis. »

Comment était-il devenu un enfant si perspicace ? Se grattant la joue, ne remarquant pas qu'il s'appliquait par ce geste de la peinture sur le visage, Stiles avoua :

« C'est vrai, je pense à eux parfois. Mais ce n'est pas très important. » Ils étaient ici, désormais. Leur vie était ici.

« C'est important. Parce que s'ils te manquent à ce point, ça veut dire que tu dois leur manquer aussi. Et que ça leur ferait très plaisir que tu retournes parmi eux. »

Stiles s'apprêta à répondre lorsqu'il aperçut la silhouette de leur tutrice venir près d'eux. Elle observa leur travail et ne réussit pas à cacher sa grimace lorsqu'elle découvrit la toile de Stiles. Ce dernier ne s'en formalisa pas, trop occupé à digérer ce que venait de lui dire son frère.

« Pourquoi est-ce que tu es aussi obstiné pour que j'y retourne ? » lui dit-il en lui grattant le crâne, d'un mouvement joueur. « C'est ce que tu voulais, une belle maison. J'ai demandé à ce qu'on ait un grand jardin. Tu pourras jouer dehors quand tu voudras. »

« Les Hale ont un grand terrain, avec beaucoup de place. » Ben lui offrit comme réponse, comme si c'était aussi simple. « C'est vrai que j'étais très content de visiter cette maison parce que ça me fait penser à papa et maman mais je pense que je voulais surtout ne plus être enfermé quelque part. Incapable de sortir. » Son regard s'attarda sur ses mains, comme s'il était un peu gêné de cette confession. « Mais ce que je veux surtout, c'est être avec toi. Peu importe où on sera, je veux juste qu'on soit heureux ensemble. »

Sentant ses yeux devenir humides, Stiles glissa sa main dans celle de Ben qui accepta son signe d'affection. Il ne se rendait probablement pas compte que ses paroles avaient le pouvoir de le guérir aussi facilement. Ce n'était qu'un enfant. Mais il était capable de lui retirer toutes ses peines.

« Où qu'on soit. » Stiles confirma, répétant les mots de son frère comme pour lui faire une promesse. Celle de ne plus jamais le quitter. « Du moment qu'on est ensemble. »

A la fin de leur séance, Stiles eut le droit d'encadrer son œuvre.

Après déjeuner, ils descendirent dans la salle de repos, Ben désirant trouver un autre livre et Stiles l'accompagna. Il y avait quelques personnes, installées sur des poufs colorés, cachés derrière des bouquins, comme si le monde n'existait plus. En y réfléchissant, Stiles songea que c'était un peu ce que le centre leur faisait. C'était comme s'ils étaient tous anesthésiés, vivant dans un monde complètement étranger à celui dans lequel ils avaient dépéri.

Il n'y avait jamais une couleur trop vive, jamais de tissus avec des motifs, seulement des ensembles neutres et monochromes. La volonté enfouie derrière n'était pas un secret. Il fallait créer un endroit incolore, apaisant, où chacun pourrait s'y sentir comme à la maison. L'ennui, c'était qu'à force de vouloir rendre tout ça aussi prudent et inoffensif, ce lieu finissait par en devenir insipide et sans saveur.

Alors que Ben s'était déjà installé avec un livre en main, Stiles se dit qu'il devrait lui aussi tenter de se libérer l'esprit, laissant son doigt défiler sur le dos des ouvrages, insérés dans la bibliothèque. Mais alors que ses yeux atteignaient le bout de l'étagère, il s'arrêta net, son regard croisant celui de quelqu'un qu'il n'aurait plus jamais cru revoir.

La jeune fille de l'autre côté de la pièce se stoppa aussi, son visage paraissant perdre les quelques couleurs dessinées sur ses joues. Ils ne bougèrent pas durant plusieurs secondes, comme s'ils n'étaient désormais plus que deux, ignorant le reste. Stiles respirait fort, comme si son corps entier essayait d'exulter ce que son esprit exprimait à cet instant. Aigreur. Colère. Rancune.

Les yeux de la jeune fille s'abaissèrent ensuite, se concentrant sur la figure de Ben à ses côtés avant qu'ils ne se polarisent à nouveau sur le plus âgé. Mais au grand étonnement de Stiles, Mary ne chercha pas à se dérober. Au lieu de ça, elle s'assit à une table vide, ne quittant pas Stiles du regard, ayant l'air d'accepter son sort. Ce dernier n'hésita pas. S'assurant qu'il pouvait garder un œil sur Ben de là où il était, il avança jusqu'à elle, s'installant sur le siège juste en face. Le bout de ses doigts brûlait, comme une sorte de réaction à être aussi proche d'elle, après ce qu'elle lui avait fait. C'était comme s'ils étaient parcourus d'acide, rongeant sa peau et la laissant à vif.

Mary ne parut pas intimidée par son intensité. Au contraire, elle semblait prête à recevoir ce que Stiles était vraisemblablement venu lui donner. Et cette attitude inexpressive, presque atone, empêcha l'adolescent de développer une phrase cohérente.

Il continua à la transpercer de son regard désormais froid, ses mains continuant de trembler, serrées en poing contre la table. Mary resta silencieuse, car elle savait au fond d'elle ce qu'il s'apprêtait à lui demander. Elle savait.

« Pourquoi ? »

Toujours muée dans son silence, Stiles eut l'impression qu'il aurait pu toucher sa frustration tant celle-ci était palpable. Il répéta.

« Pourquoi ? »

Son regard à elle n'était pas non plus dépourvu de venin. Ce qui aurait pu paraître étonnant étant donné que c'était elle qui avait littéralement formé un trou à l'intérieur du cœur du jeune homme. C'était elle qui avait déchiré de ses mains nues le dernier espoir que Stiles possédait de pouvoir retrouver son frère. C'était elle qui lui avait confirmé que Ben était mort.

« Si tu te poses encore la question, je ne suis pas certaine que tu apprécies la réponse. » assura-t-elle, son ton presque suffisant et bien éloigné de la Mary qu'il avait connu dans la Zone.

« Entre nous, je pense que tu me dois bien ça. »

La rancœur brillant dans son regard vacilla un peu, reconnaissant probablement que Stiles avait raison.

« Tu es parti. » Les sourcils de Stiles se froncèrent lorsque ce fut la seule chose qu'elle déclara. Il voulait lui demander de développer ses propos mais elle ne lui en laissa pas le temps. « Oui, c'est la seule raison. Je ne te demande pas de comprendre, tu ne le pourrais pas. Tu peux me détester, honnêtement, je crois que je suis incapable de m'en soucier aujourd'hui. »

Elle l'avait dit sur un ton tellement détaché que Stiles pensa qu'elle disait sûrement la vérité. Peut-être qu'elle était devenue incapable d'éprouver de la culpabilité.

« Alors, c'est pour ça que tu as fait ce que tu as fait. Simplement parce que... je suis parti ? » Les mots avaient dû mal à sortir.

« Tu es parti. » répéta-t-elle, semblant secouée par le fait qu'il ne saisissait pas. « Et tu n'as jamais essayé de nous aider à sortir. Tu n'es jamais revenu. Tu sais, je l'écoutais aussi parfois. Gabriel. » Stiles sentit ses yeux s'arrondirent lorsqu'elle prononça ce prénom qu'il n'avait pas entendu depuis des années. « Essayer de te convaincre qu'il était possible de sortir de la Zone. De s'enfuir. » Elle secoua la tête, ses lèvres se retroussant dans un sourire sans joie. « Et j'ai été suffisamment stupide pour commencer à y croire. Penser que tu étais effectivement en train de créer un plan pour tous nous sortir de là. S'il y avait bien quelqu'un capable de le faire, c'était toi. Le matin où je me suis réveillée et que je me suis rendue compte que tu n'étais plus là, je ne voulais pas y croire. Je pensais : « Il reviendra. C'est juste une stratégie, pour éviter que les Manteaux Noirs ne découvrent leur refuge. Il reviendra. » Je te l'ai dit, j'étais stupide. »

Et il reçut cette dernière remarque telle une gifle, alors qu'elle lui avouait avoir été assez bête pour croire en lui.

« Tu sais ce qu'ils nous ont fait ? Quand tu es parti ? »

Stiles ne savait pas. Mais il pouvait facilement imaginer.

« Ils n'arrêtaient pas de répéter, encore et encore. Regardez votre ami Stiles. Comme il vous aimait. Au point de tous vous abandonner derrière lui. Howard était le plus créatif dans ses tortures. » Son visage se figea dans une expression de souffrance, revivant probablement ce qu'il lui avait fait. « C'est drôle parce que je suis supposée reprendre le cours de ma vie, ici. Trouver quelque chose pour apaiser mon esprit. Je ne pourrais jamais oublier. »

« Je suis revenu, je vous ai cherché. » Stiles démentit, se souvenant du temps qu'il avait passé à mettre la main sur n'importe quelle information qui le rapprocherait d'eux.

« Non. » répliqua-t-elle fermement mais sa voix emplie de vérité. « Tu es revenu pour Ben. Personne d'autre. »

Stiles ne lui fit pas l'affront de lui mentir.

« Quand j'ai vu qu'il était encore dans la Zone, j'ai compris que quelque chose s'était mal passé. Tu ne l'aurais jamais laissé derrière toi. »

Pas comme nous. Elle laissa sous-entendre.

« Et quand je t'ai vu ce jour-là, j'ai pensé que je tenais là un moyen de te faire mal, autant qu'on m'en avait fait. Alors, j'ai menti. Parce que j'étais en colère que tu décides de qui devait être sauvé ou non. »

Elle avait raison. Il avait monté ce plan avec Gabriel, en sachant pertinemment qu'il ne pourrait sauver qu'un petit nombre d'entre eux. Il s'en était pris à Telly mais il n'était pas mieux qu'elle. Il n'était pas mieux que tous les gouvernements qui ne bougeaient pas le petit doigt pour tenter de mettre un terme aux atrocités qui se déroulaient chez eux.

« Je suis désolé de vous avoir laissés. » répondit-il sincère, malgré toute l'amertume qu'il pouvait éprouver à son encontre.

Elle haussa les épaules comme si ça n'importait plus. Mais des larmes coulèrent sur les joues de la jeune fille, des larmes qu'elle effaça d'un revers de manche.

« Pour ce que ça vaut. » reprit-elle, son visage se tournant en direction de Ben, perdu dans son livre. « Je suis contente qu'il aille bien. C'est un bon garçon. »

Et elle se leva, signifiant la fin de leur conversation. Stiles ne chercha pas à la convaincre de rester. Ils n'avaient plus rien à se dire.

O

Dehors, il faisait beau mais frais, le soleil haut dans le ciel alors que Stiles et Ben étaient allongés dans l'herbe. Après sa conversation avec Mary, il était revenu auprès de lui, le cœur lourd. Son frère lui avait alors proposé d'aller faire un tour à l'extérieur et il avait eu raison. L'air sur son visage lui faisait du bien.

« Ils ne m'ont pas fait de mal. Pas vraiment. »

Tournant la tête vers Ben, Stiles l'écouta avec attention, saisissant que son frère s'ouvrait finalement sur ce qu'il s'était passé durant son absence.

« Quand tu es parti. » Le plus jeune confirma ses pensées. « Je sais que tu crois qu'ils m'ont fait du mal pour se venger de toi mais ce n'est pas vrai. La plupart du temps, ils m'enfermaient dans une pièce, seul. Je crois qu'il pensait que tu reviendrais me chercher alors, ils essayaient de me garder en vie. Ils pensaient être malin mais tu m'as retrouvé. »

Cette révélation le submergea d'un tel soulagement que Stiles pensa qu'il pourrait s'envoler.

« Tu n'as plus à t'en faire pour moi. Je vais bien. Parce que tu m'as retrouvé. »

Oui, il l'avait retrouvé. Et pour la première fois, Stiles s'autorisa à se sentir fier, fier d'avoir pu accomplir quelque chose de bien.

« Mais je ne veux pas qu'en me récupérant, tu perdes également tes amis. Ça n'est pas juste. »

Stiles observa le ciel, les paroles de son frère toujours en tête. Il finit par rire tout bas, comprenant que c'était finalement Ben qui l'aidait à grandir. Il n'avait plus besoin de sacrifier personne pour se sentir complet. Il ne savait pas vraiment pourquoi mais la vie lui donnait une sorte de seconde chance. Peut-être était-ce la façon qu'avait l'univers de s'excuser de l'avoir tant malmené, de lui avoir fait perdre autant de gens qu'il aimait. Au fond, ce n'était pas important. Il avait choisi les deux.

« Tu es vraiment un gamin spécial, hein ? » allégua-t-il.

« Je sais. » Ben argua, avant de se coller à Stiles.

C'était sa réponse. Celle que l'adolescent espérait. Un pardon qu'il ne s'était pas rendu compte avoir attendu. Et comme Ben l'avait si bien dit, leur foyer existait tant qu'ils étaient présents l'un et l'autre. Le temps était venu.

Ils rentraient à la maison.


Petit chapitre transitoire qui lève un peu le voile sur ce qui se passe au Canada, et notamment sur le futur des enfants ayant réussi à s'échapper des Etats-Unis. Et l'introduction de nouveaux personnages. N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé :)

Je vous souhaite à tous une merveilleuse nouvelle année, en espérant qu'elle vous apporte bonheur et santé. La situation actuelle nous prouve à quel point il est important de profiter des petits moments de la vie et j'espère de tout cœur que ce sera le cas pour chacun et chacune d'entre vous.

La bise !