En vérité, cela faisait des années que je l'aimais. Je crois que j'en suis tombé amoureuse au premier regard, même si je n'ai pas voulu me l'admettre tout de suite. J'ai mis du temps à me l'admettre car je savais que cela ne me mènerais à rien. Après tout qu'est-ce que je pouvais espérer ? Je n'ai jamais intéressé personne. J'étais physiquement insipide, ennuyante. Et lui … lui n'était pas du genre à vouloir s'enticher de qui que ce soit. Il n'était pas du genre à vouloir vivre le grand amour. Il n'était probablement même pas du genre à y croire.

C'était ce qui était contradictoire. Pourquoi avais-je ces sentiments aussi sincères et puissants pour un être aussi froid et détaché ? Pour un être qui n'avait probablement jamais complimenté qui que ce soit. Pourquoi rêver chaque nuit de ses mains puissantes sur ma taille, de sa phalange sur ma joue ? Pourquoi rêver l'entendre me murmurer de sa voix rauque qu'il n'aime que moi et personne d'autre ? Ces images étaient beaucoup trop réalistes dans mon esprit et pourtant quand je le regardais je me disais qu'il ne pouvait pas être ce genre d'homme.

Il m'est arrivé, plus d'une fois, de le regarder de longues minutes dans la Grande Salle. J'avais arrêté d'être discrète. Pas par volonté, simplement parce que j'étais épuisée de devoir mesurer chacun de mes regards. Faire en sorte qu'il ne croise pas mes yeux. Faire en sorte de le regarder pas plus de quelques seconde. S'assurer que personne ne me regarde ou ne remarque quoique ce soit. Après tout, nous étions des centaines d'êtres humains dans cette école. Pourquoi devrais-je faire preuve de tant de discrétion alors que simplement personne ne s'intéressait à moi et, maintenant que j'y pense, à lui ?

Plusieurs fois, je me perdais dans la contemplation de son visage, des ses mains, de ses mimiques si reconnaissables. Ses gestes étaient secs, mais mesurés. Ses yeux étaient sombres mais pétillants à la fois. Ses mains étaient puissantes et ne semblaient pas particulièrement douces. Ses longues études et pratique de l'art des potion les avaient usées. Ses lèvres étaient fines et trop souvent pincées dans ses rictus sarcastiques. Son nez était imposant mais en harmonie avec le reste de son visage. Mais là où la plupart des élèves et des professeurs le voyaient sévère, en colère ou simplement méchant, je le voyais triste et mélancolique. Aucun individu ne peux devenir aussi sombre et aussi renfermé sur sa personne sans raison.

Une fois alors, je l'ai regardé. Et comme s'il avait entendu mon appel, il a tourné son regard sur moi. Moi et personne d'autre, dans cette salle gigantesque où plusieurs centaines d'élèves et de professeurs étaient attablés. Je n'ai pas baissé les yeux. Et comme transportée dans mes rêves, il a pris ma main et posé sa main brulante dans le creux de mes reins. Il ne pouvait que s'agir d'un rêve. La Grande Salle était vide et ressemblait d'avantage à une grande pièce de réception que l'on retrouve dans les château des contes de fées. D'un pas assuré, il me guidait dans un slow dynamique et souple. Je sentais l'odeur musqué de son parfum au bois de santal. Je sentais ses yeux plongés dans les miens, dans mon esprit. Il était beau. Il ne souriait pourtant pas. Mais ses traits n'étaient pas aussi tirés qu'ils le sont en classe. Nous dansions encore et encore et d'un coup nous nous arrêtâmes. Au moment où nos lèvres s'apprêtaient à se toucher enfin, j'étais de nouveau assise à la table des Gryffondor.

Je savais qu'il s'agissait d'un rêve et pourtant, le regard qu'il posait maintenant sur moi me fit dire qu'il avait vu les mêmes images que moi.