Une forme sombre remuait légèrement dans une cellule glaciale, soumise au vent violent et l'air salin. Appuyé contre un mur humide, la forme tremblait, sa magie ne lui étant d'aucune aide pour trouver un semblant de chaleur, bien qu'elle ait oublié depuis longtemps cette idée.
Bellatrix Lestrange a depuis bien longtemps perdu l'espoir de lutter contre le froid. Ce froid glacial, humide qui pénétrait jusqu'à ses os, gelant tout sur son passage. Ce froid mordant qui enserrait son cœur et qu'elle endurait depuis maintenant quatorze longues années. En soupirant, elle apposa la tête sur le mur derrière elle, et ferma les yeux. Elle se rappela très bien son procès qui l'a mené jusqu'ici. Une salle pleine a craqué, tous voulant voir la fameuse Bellatrix Lestrange sur le banc des accusés, enfin plutôt dans la cage des accusés, enchainée comme un animal. Elle avait pourtant prévenu Croupton jr que torturer les Londubat était une très mauvaise idée. Elle aussi a été en colère à la disparition du Seigneur des Ténèbres, mais il aurait fallu agir intelligemment. Au lieu de ça, ils ont foncé tête baissée sans avoir le recul nécessaire pour comprendre quoi faire. Bellatrix a aussi été aveuglée, elle devait bien le reconnaitre, mais quand elle a voulu arrêter et laisser en vie les Aurors, se rendant bien compte qu'ils n'avaient aucune information, Barty a pris le relais, ne voulant rien entendre, les torturant jusqu'as la folie. Ils ont été pris sur place, mais pas sans combattre.
Bellatrix, bien qu'enchainée, n'a pas baissé les yeux, au contraire. Elle sut garder son attitude hautaine, fière. Bellatrix était une magnifique femme, pas très grande, mais un certain charisme se dégageait d'elle. Elle refusait de répondre à leurs questions, et leur a hurlé au visage que son maitre n'était pas mort et qu'un jour il reviendrait. Il les récompenserait alors, eux, les Mangemorts qui ont su lui rester fidèles.
Et elle le pensait encore maintenant. Même si maintenant ses cheveux pouvaient servir de nid d'oiseaux, si des cernes lui mangeaient les yeux, si son corps était tellement maigre à force de privation et de mauvais traitements, si ses dents étaient gâtées faute d'entretien. C'est cette certitude qui la maintenait en vie. La certitude que son maitre allait la délivrer. Et ce n'était pas les détraqueurs qui pouvaient lui enlever cela. Elle pouvait s'accommoder de la faim, le froid également même si c'était plus difficile. Mais elle redoutait plus que tout les détraqueurs, et les créatures l'avaient bien compris. Régulièrement, ils venaient dans sa cellule, goutant son âme, voler les dernières miettes de souvenirs ou sentiments heureux qu'ils puissent encore trouver. Mais il y a bien longtemps qu'ils ont déjà tout prit, ne laissant absolument rien derrière eux qu'un sentiment de vide, et de désespoir absolu. Après toutes ces années passées ici, la santé mentale de Bellatrix s'était fortement dégradée. Depuis toute jeune, elle avait déjà quelques troubles, de la difficulté à gérer sa colère, à canaliser en général les émotions fortes. Mais depuis qu'elle est en prison, Bellatrix avait l'impression d'être complètement folle.
Aussi immobile que les pierres de sa cellule, une larme roula sur sa joue. Bien qu'elle garde une confiance aveugle en Voldemort, elle eut aussi l'impression qu'elle n'allait pas pouvoir tenir encore des années. Elle était tout simplement arrivée au bout de ses forces et les jours ici se ressemblaient tous.
Une douleur lancinante dans l'avant-bras lui fit ouvrir les yeux. Lentement, elle leva le bras à son visage et observa le serpent qui ornait sa peau blanche, se mouvant lentement. Un sourire apparut sur ses lèvres, il était de retour. Un grondement lui fit lever la tête, et elle n'eut le temps que de se relever comme elle le pouvait et reculer avant que le mur qui la séparait de la mer n'explose, laissant qu'un trou béant. Elle s'avança, se tenant au mur, puis aux pierres tenant encore debout, ayant des difficultés à marcher. Elle respira à plein poumon l'air frais de la nuit, puis éclata d'un rire libérateur. Elle a eu raison. Elle a eu finalement raison dans son entêtement. Son maitre l'a finalement libéré, la bataille allait pouvoir reprendre. Pourtant, étonnement, sa pensée suivante allait à sa sœur, Narcissa. Elle allait enfin pouvoir la revoir, passer un peu de temps avec elle. Par Merlin, elle lui a tant manqué. C'est donc tout naturellement au Manoir des Malfoy qu'elle transplana avec le peu de force qu'il lui restait. Même si sa tête était volontaire, Azkaban avait considérablement affaibli son corps.
Elle apparut sur la pelouse bordant le perron, faisant face à une large porte. Elle était essoufflée, mais tellement heureuse de recouvrer à présent la liberté. Elle n'eut pas à faire un pas que la porte s'ouvrit violemment, laissant le passage à Narcissa, qui courut prendre sa sœur dans ses bras avec force, les larmes dévalant sur ses joues.
« -Bella ! J'ai eu si peur de ne jamais te revoir ! »
Bellatrix entoura sa taille doucement de ses bras, et plongea le visage dans le cou de Narcissa, profondément reconnaissante de retrouver la chaleur de ses bras. Elle ne se rendit pas compte tout de suite qu'elle aussi pleurait, sans pouvoir retenir la moindre larme.
« -Tu m'as manqué aussi Cissy… »
Comme si son corps eut compris qu'elle ne risquait plus rien, ses dernières forces l'abandonnèrent, s'écroulant complètement dans les bras de sa sœur qui s'efforçait de l'empêcher de s'écraser au sol. Elle vit Lucius venir vers elles, puis ce fut le trou noir.
Bellatrix fut réveillée par la lumière du soleil filtrant sous ses paupières closes. Elle ouvrit doucement les yeux, la vision gênée dans un premier temps par la luminosité. Puis, petit à petit, elle distingua les meubles ainsi que la fenêtre par laquelle les rayons du soleil entraient. Un grand lit, qu'elle occupait, était disposé contre le mur. En face une grande armoire en bois massif, et accolé tout contre une grande coiffeuse, où étaient alignés différents produits de beauté. Des rideaux vert sombre, accrochés aux fenêtres venaient parfaire la décoration sobre, mais qui rappelait la maison serpentard. Le dessus de lit était d'ailleurs lui aussi vert et argent. Sur la gauche de la porte se tenait une bibliothèque, fournie de nombreux livres. Bellatrix se promit d'y jeter un œil quand elle se sentira le courage de se lever. Cette chambre lui rappelait vaguement celle qu'elle occupait dans sa jeunesse au Manoir des Black, de par la décoration. Se pourrait-il que Narcissa l'ait préparé pour elle ? C'était plus que probable, elle n'avait pas particulièrement paru surprise de la trouver sur sa pelouse la veille. La sorcière ne fit pas un mouvement, profitant de la douce chaleur de la couette qui la recouvrait, bien qu'elle eut l'impression de grelotter encore. Elle repensa à son évasion la veille, son maitre l'avait libéré. Elle avait hâte de tenir sur ses deux jambes à nouveau, de se remettre à son service, de le retrouver tout simplement, lui qui a été longtemps son modèle et son mentor.
Elle se frotta doucement les yeux et fut prise d'une violente quinte de toux quand la porte s'ouvrit doucement sur Narcissa portant un panier assez lourd. Celle-ci ferma bien vite la porte derrière elle et s'empressa de se rendre aux côtés de sa grande sœur. Elle l'aida à s'assoir précipitamment, et lui frotta doucement le dos, déplorant de sentir sa colonne vertébrale à travers sa peau fine, le temps que sa toux passe. Elle fouilla ensuite dans son panier et en sortit une petite fiole de potion qu'elle donna à Bellatrix.
« -Tient bois ça, ça va t'aider ! Tu va avoir besoin et de repos pendants quelques jours. »
Bellatrix décidé d'écouter sa sœur et but la potion, ainsi que les autres que sa sœur lui donnait au fur et à mesure. Elle eut une sensation de chaleur dans la poitrine, et l'impression de pouvoir respirer sans s'arracher les poumons à chaque fois. Malheureusement, les potions eurent aussi un effet de sédatif dont elle se serait bien passée. Elle préférait avoir les idées claires, mais n'avait de toute façon pas vraiment le choix. Elle se renfonça dans la les oreillers moelleux en soupirant de bien être, laissant Narcissa s'assoir près d'elle. Elle leva les yeux sur sa sœur, une question l'obsédant.
« -Est ce qu'il est là ? »
Narcissa comprit tout de suite de qui parlait Bellatrix. Il n'y avait qu'une seule personne à susciter autant de loyauté de sa part, à part elle-même et Drago bien sûr. À vrai dire, elle s'était un peu attendue que Bellatrix parle immédiatement de Lord Voldemort. Elle-même n'était pas vraiment pressée de le voir, ayant une aversion pour cet homme… enfin si on pouvait encore le qualifier ainsi. Elle n'avait jamais voulu se retrouver mêlée à tout cela. Elle a juste suivi son mari et sa sœur. Pourtant, même si elle restait à leur côté, elle a toujours refusé de recevoir la marque, ne voulant pas s'impliquer complètement. Elle secoua doucement la tête, jouant avec ses doigts.
« Non, il ne viendra que ce soir pour une réunion avec tout le monde. Je suis désolée Bella, mais honnêtement je ne suis pas tellement pressé de le voir. Il était en colère contre Lucius le soir où il est revenu. Lucius pensait réellement qu'il avait disparu pour de bon, et il nous fallait penser à l'avenir de Drago… nous ne sommes pas vraiment dans ses bonnes grâces. »
Bellatrix n'était pas vraiment surprise du comportement de Lucius. Il a toujours été moins investi qu'elle auprès de leur maitre et de la cause qu'il défendait. Elle a toujours pensé d'ailleurs, depuis leurs années à Poudlard, qu'il n'avait pas grand-chose dans le pantalon.
« -Lucius a toujours été un idiot… il aurait du se douter que le Seigneur des ténèbres reviendrait…il était trop puissant pour qu'un enfant arrive à le tuer… »
Voyant sa sœur au bord des larmes, elle se décala doucement et l'invita à s'allonger près d'elle, comme quand elles étaient enfants. Elle la prit ensuite dans ses bras, déposant un délicat baiser sur sa tempe.
« -Tout ira bien maintenant Cissy… je te le promets ! Et Drago ? »
Narcissa n'eut pas le temps de répondre que quelqu'un tapa doucement à la porte. Narcissa partit ouvrir et laissa le passage à un jeune ado, les cheveux blonds, et un sourire timide sur le visage. Il avança doucement dans la chambre, et posa finalement le regard sur Bellatrix.
« Bonjour Tante Bella »
Bellatrix, dans un doux sourire, lui ouvrit les bras. Le jeune n'attendit pas plus longtemps et se précipita sur le lit, se blottissant contre sa tante qui refermait les bras doucement sur lui. La dernière fois que Bellatrix avait pu voir son neveu, c'était le soir avant qu'elle n'aille avec les autres tenter de soutirer des informations aux Londubat. Il était alors âgé d'un an et jamais elle n'avait pensé qu'elle aurait pu être appréhendée aussi rapidement. Elle a toujours été proche de l'enfant, depuis sa naissance jusqu'as son arrestation. Il n'était pas rare, quand elle n'était pas en mission, qu'elle garde pour sa sœur son neveu, s'en occupant avec un plaisir évident. Bellatrix, devinant ce que l'adolescent n'arrivait pas à verbaliser, passa une main douce dans ses cheveux blonds.
« Tu m'as manqué aussi Drago… »
Narcissa sortit discrètement, les laissant seuls pour rattraper le temps perdu. Elle devait préparer le manoir pour la réunion du soir, et s'assurer que personne n'avait eu vent de la présence de sa sœur parmi eux.
Bellatrix et Drago discutèrent alors des études, de Poudlard, des envies du jeune garçon quant a son avenir, de ses amis qu'il s'était faits à l'école, jusqu'as ce qu'ils s'endorment tous les deux. Bellatrix encore épuisée, et Drago, voulant profiter encore un peu de la présence de sa tante.
