Disclaimer : MFB ne m'appartient pas.


Où que tu ailles


Même à cette heure tardive, la forêt fourmillait de bruits pour qui savait écouter. Des ailes perçant l'air. Un cri strident. Des bruissements dans les feuillages. Des craquements de brindilles sèches.

Kyouya les entendait mais n'y prêtait pas attention. Il avançait silencieusement, se glissant comme une ombre entre les arbres. Pas qu'il craignait de se faire remarquer – il était le roi des animaux, la bête la plus forte et la plus féroce à des milliers de kilomètres à la ronde, il ne craignait rien ni personne – mais parce qu'aucun prédateur ne trahissait sa présence avant qu'il ne soit trop tard.

Kyouya sortit du couvert des arbres. Il se retrouva dans une clairière baignée par la lumière de la lune. Il tint le bord de sa capuche d'une main puis la descendit. Il leva la tête vers le ciel. Il se faisait tard, bien plus qu'il ne l'avait imaginé.

- Ce ne sera pas pour aujourd'hui.

Bien sûr, il pourrait continuer sa route. Il en était capable. Il ne ressentait pas encore les effets de la fatigue et il avait assez d'énergie pour parcourir encore plusieurs kilomètres sans problème, mais il devait économiser ses forces. Il ne savait pas ce qui l'attendait au bout du chemin.

Il ôta son sac et le laissa tomber sur le sol. Il s'assit à côté sans plus de cérémonie. Il prendrait quelques heures de sommeil avant de repartir. Il gagnait du terrain. Il le sentait. La distance se réduisait à chacun de ses pas et il était hors de question que ça change.

- Qu'est-ce qu'il me fait pas faire, marmonna-t-il. Dès que je le retrouverai, je lui mettrai la raclée qu'il mérite.

Il décrocha sa toupie de son rangement pour la regarder. Le vert de Leone était si sombre qu'il semblait noir. Toutes ses parties métalliques, et les paillettes de son anneaux d'énergie, brillaient d'un éclat argenté si pur qu'elles semblaient émettre de la lumière. On aurait dit qu'il tenait une minuscule galaxie entre ses mains.

Une galaxie...

- Tu es d'accord avec moi, n'est-ce pas Leone ?

Dès qu'il le rattraperait.


XXX


Tout avait commencé lors d'un arrêt à Bey-City. Kyouya était reparti s'entraîner pour dépasser les quelques limites qu'il lui restait. Devenir plus fort, toujours plus fort, jusqu'à ce que plus personne ne puisse se dresser sur son chemin. Jusqu'à devenir un roi incontesté. Devenir assez fort pour vaincre Ginga Hagane. Enfin.

Kyouya n'avait pas terminé sa séance d'entraînement – il n'était parti dans les régions sauvages depuis moins de deux semaines – quand il avait décidé de se rendre à Bey-City. Il n'avait aucune raison particulière d'y aller... à part que son instinct l'y incitait. Il avait songé que Ginga était certainement tombé sur un complot mondial en rapport avec le Beyblade et se préparait à une nouvelle quête. Il avait espéré que ces nouveaux ennemis n'étaient pas trop nuls et qu'il pourrait les utiliser pour entraîner son Leone. Il avait l'intention d'affronter Ginga bientôt. Il ne pouvait pas laisser quelque chose d'aussi insignifiant empêcher son rival d'accepter son défi. Il avait donc décidé d'écraser tous les obstacles qui se mettraient sur la route de Ginga et de lui ouvrir la voie royale pour vaincre ses ennemis.

Et, après ça, je le vaincrai.

Sauf que rien ne s'était passé comme prévu.

Une fois arrivé au B-Pit, alors qu'il pensait combattre aux côtés de Ginga, Kyouya avait appris l'impensable.

Ginga était parti.


XXX


Et, évidemment, cet abruti avait choisi de disparaître en automne. Le meilleur moment. Kyouya ne pouvait poser ses yeux nulle-part sans penser à lui. Le ciel était encore trop souvent bleu. Les arbres arboraient leurs plus belles teintes orangées. Les étoiles de Pegasus illuminaient le ciel nocturne, les autres constellations brillant avec ferveur à ses côtés...

Au moins, maintenant qu'il avançait au cœur de la nature, il ne croisait plus personne. À chaque fois qu'il voyait un sourire, il ne pouvait s'empêcher de le trouver pâle comparé à celui de Ginga. Et les regards des autres, trop ternes.

Mais la forêt lui rappelait Koma et Koma...

Un grognement s'échappa de sa gorge. Il ferait regretter à Ginga son départ. Qu'il ait laissé ses amis en plan, soit, mais lui !

Il savait que je revenais le défier. De quel droit est-il parti ?

Personne n'avait pu lui donner la moindre indication. Personne ne connaissait la raison. Kyouya s'était lancé sur ses traces sans savoir quelle était sa destination. Il avait fait un premier arrêt à Koma, sans y croire, au cas où.

Mais Ginga n'y était pas. Et personne ne l'y avait vu depuis une éternité.

Kyouya sortit de la forêt et emprunta un sentir oublié des hommes. Il longea une falaise escarpée qui défiait le ciel. Malgré son aspect abrupt, elle représentait un défi bien moins intéressant que le Wolf Canyon.

Un bruit déplacé brisa le calme de la nature. Kyouya s'arrêta pour tendre l'oreille. Il reconnut le grondement d'un moteur, qui s'accroissait de seconde en seconde. Kyouya fit un pas en arrière, collant son dos à la parois rocheuse. Sa cape se confondait presque avec les rochers. Sa capuche rabattue laissait voir son regard perçant. Il le tourna vers la provenance du bruit. Une demi-douzaine de véhicules apparurent à l'horizon. Kyouya posa sa main sur son lanceur, prêt à se défendre, mais les voitures ne l'approchèrent pas. Elles maintinrent une grande distance avec les falaises, leurs roues soulevant un nuage de poussière. Kyouya ne distinguait ni les conducteurs, ni les passagers. Eux ne l'avaient sans doute même pas remarqué.

Kyouya regarda les voiture s'éloigner. Une telle présence humaine dans ce coin de nature sauvage était totalement aberrante.

Et il ne croyait pas aux coïncidences.

Il emboîta le pas aux véhicules. Il était sur la bonne piste.

Il les perdit rapidement de vue, mais les traces qu'ils laissaient dans leur sillage était si visible que ça n'avait aucune importance. Il avança ainsi jusqu'à un cratère. Ses côtés étaient profonds, difficiles à escalader – mais sûrement pas impossible pour lui. Un sentier était creusé dans ses flancs jusqu'à son fond, où se trouvait un bâtiment.

Kyouya balaya le cratère du regard, pesant les différentes options qui s'offraient à lui, quand un détail capta son attention. Une silhouette, qui se faufilait entre différentes cachettes. Une silhouette et une manière de bouger qu'il reconnut immédiatement.

Ginga Hagane.

- C'est donc là que tu étais.

Son intuition s'était révélée juste, encore une fois.

Ne lâchant pas sa proie des yeux, Kyouya longea les bords du cratère, se moquant bien de se faire repérer. Il voulait s'approcher le plus possible. Il ne le laisserait pas lui échapper.

Kyouya s'arrêta au bord du cratère. Ginga s'était immobilisé. Il observait quelque chose. C'était le moment idéal pour le rattraper.

Kyouya entreprit de descendre les parois du cratère. Irrégulières, elles lui offraient des prises suffisamment nombreuses pour que sa descente soit rapide. Ce n'était rien comparé au Wolf Canyon.

Lorsqu'il se jugea assez près du sol, il lâcha les prises et atterrit sur la terre sèche. Il fléchit les genoux pour absorber le choc. Il se redressa et se dirigea à grands pas vers Ginga, qui dévisageait un groupe d'hommes en uniforme en train de discuter. Le rouquin ne sembla pas remarquer son approche. N'importe qui aurait pu le surprendre. Quel inconscience.

Kyouya se posta à ses côtés.

- Qu'est-ce que tu fabriques ?

Ginga daigna enfin le regarder. Son expression était douce, dénuée de surprise.

- Bonjour Kyouya. Ça faisait longtemps.

- C'est tout ce que tu trouves à dire ?

Ginga secoua la tête. Il jeta un bref coup d'œil aux hommes, pour s'assurer qu'ils étaient toujours présents, avant de reporter son attention entière sur lui. Comme cela devrait toujours être le cas.

- J'ai entendu dire qu'ils cherchent à construire des toupies dotés de force destructrice, comme le Pouvoir Obscur. Il faut les arrêter avant qu'ils n'aillent trop loin.

- Et tu as pensé que c'était une bonne idée de venir seul ?

En voyant un éclat naître dans les yeux de Ginga, Kyouya s'empressa d'ajouter :

- Sans tes amis ?

Ginga se tourna dans la direction de Bey-City, comme s'il pouvait voir la ville, et les amis qui s'y trouvaient, malgré les centaines de kilomètres qui l'en séparaient.

- Ils ont beaucoup fait face à Nemesis, et ils ont tant à faire maintenant. Je ne peux pas leur demander de tout abandonner. Ils ont des projets à réaliser et ils travaillent dur. Ce serait dommage de les couper dans leur élan.

- Je pensais que tu avais abandonné l'idée de ne compter que sur toi.

L'expression emprunte de nostalgie de Ginga, qui lui serrait le cœur, se modifia tandis qu'il se tournait vers lui. Elle était incontestablement plus joyeuse.

- Tu es là, non ?

Kyouya n'aimait pas ce qu'il sous-entendait.

- Tu ne pouvais pas savoir que je viendrais.

- Je te connais.

Ces trois petits mots résonnaient avec tant de vérité que Kyouya ne put répliquer. Ginga avait raison. Il le connaissait, mieux que personne sans doute – et c'était réciproque. Il acceptait tout ce qu'il avait à offrir, tout ce qui faisait qu'il était lui – ses bons comme ses mauvais côtés.

- Tu n'as laissé aucun indice. Tu comptais sur la chance ? le provoqua Kyouya pour masquer son trouble. Tu évites, d'habitude.

Ginga sourit.

- Ce n'est pas une question de chance. Tu me retrouves toujours.

Kyouya se perdit un peu plus longtemps dans le regard miel, empli d'une foi absolue, avant de s'en détacher à contrecœur. Il observa le groupe d'hommes qui s'éloignait.

- C'est eux qu'il faut arrêter ?

- Oui.

- Soit. Mais une fois que ce problème sera réglé, je m'occuperai de ton cas.

Kyouya avait beau ne plus le regarder, il devina que son sourire s'était agrandi. Ce Ginga.

- Je ne te laisserai pas me battre.

- Je n'ai pas besoin que tu me "laisses" faire. Je te battrai, en comptant sur ma force, c'est tout.

- Je te reconnais bien là.

Ils quittèrent leur cachette d'un même mouvement, sans échanger de signal. Ginga se dirigea vers le bâtiment tandis que Kyouya marchait vers la cour et les nombreuses personnes qui y étaient réunies. Un sourire de prédateur se traça sur son visage. Ils ne représentaient pas un grand défi, mais les écraser serait un interlude divertissant avant de détruire tout ce qui se trouvait dans le complexe.


XXX


Assis sur un rocher, Kyouya observait Ginga qui s'affairait auprès d'un feu qu'il venait d'allumer. Ils étaient installés dans un canyon. Les tours et les détours des parois cacheraient la lumière des flammes aux personnes éloignées. Seule la fumée pourrait trahir leur position et ils comptaient sur la nuit pour la dissimuler.

Kyouya et Ginga avaient marché jusqu'à la tombée de la nuit après avoir littéralement réduit le complexe en cendres. Ginga ne plaisantait pas quand il disait ne pas vouloir laisser une seule trace de leur travail sur les pouvoirs interdits. Bien sûr, ils avaient épargné les personnes qui y travaillaient, mais c'était tout. Kyouya avait pu laisser libre cours à sa sauvagerie. Il s'était déchaîné.

Et Ginga n'avait pas essayé de le freiner. Il acceptait cette rage qui faisait partie de lui. Il le laissait toujours l'exprimer avant de l'apaiser quand les circonstances l'exigeaient.

D'ailleurs, aujourd'hui, Ginga ne s'était pas montré plus magnanime que lui.

Comme Kyouya l'avait prévu, ça ne leur avait pas pris beaucoup de temps et ils avaient pu s'éloigner du complexe autant que nécessaire.

Ginga attisa le feu. Il leva la tête vers lui, ses yeux reflétant la danse des flammes. Les ombres étaient plus prononcées et ses traits plus marqués.

- Tu as faim ?

Kyouya haussa les épaules. Il était capable de subvenir à ses besoins seuls.

Ginga opina, comme si sa réponse était limpide. Peut-être qu'elle l'était pour lui. Il entreprit de leur préparer un repas avec les réserves qu'il transportait. Peu pour que son sac ne soit pas trop lourd, mais suffisantes pour ne pas avoir à se réapprovisionner trop souvent. Évidemment, il se débrouillait parfaitement seul – certaines choses ne s'oubliaient pas – même si ne pas le voir entouré de sa clique était anormal. Ginga attirait les gens à lui si naturellement.

Les bras croisés, Kyouya attendit que Ginga finisse de préparer le repas. Le silence entre eux, seulement perturbé par le crépitement des braises, ne le dérangeait pas, même s'il aimerait bien l'entendre s'expliquer.

Ginga s'approcha de lui et lui tendit son repas. Kyouya le prit sans rien dire. Ginga s'installa en face de lui.

- Depuis la dernière défaite de la Nébuleuse Noire, beaucoup d'organisations, trop faibles pour pouvoir la concurrencer, essaient de prendre sa place. Elles sont moins bien organisées et n'ont pas autant de moyens, mais elles sont tout de même dangereuses.

Kyouya haussa un sourcil quand Ginga évoqua des moyens plus faibles. Ceux qu'ils venaient d'écraser possédaient quand même une base. Ils n'étaient pas exactement dépourvus.

- C'était leur unique complexe, avec tous leurs membres présents, répondit Ginga devant son scepticisme. Ça n'a rien à voir avec le côté tentaculaire de la Nébuleuse Noire. Ces organisations veulent exploiter le Beyblade, le transformer en arme. Je ne peux pas les laisser faire.

Ginga entama son repas.

- C'est pas à l'AMBB de s'en occuper ?

- L'AMBB a beaucoup à faire. Elle doit réhabiliter le monde du Beyblade après tous les dégâts de la crise Nemesis.

- C'était quoi son excuse avant ?

- Kyouya.

Kyouya ignora l'avertissement présent dans la voix de son rival et commença à manger. Il avait raison. L'AMBB se trouvait toujours des excuses pour ne pas agir et laisser Ginga faire tout le travail.

Ils dînèrent en silence. Une fois le repas terminé, Ginga posa son assiette à même le sol et leva son visage vers le ciel étoilé. Il sourit. Kyouya n'eut pas besoin de lever les yeux pour savoir qu'il regardait sa constellation.

- Et maintenant ?

Ginga baissa la tête vers lui. Il ne s'adressait jamais à lui sans le regarder, une habitude qui convenait parfaitement à Kyouya.

- J'imagine qu'on retourne à Bey-City.

Il ne semblait pas enthousiaste, mais pas réticent non plus. Ça ressemblait presque à... de l'indifférence.

Il ne veut pas revoir ses amis ?

- Ça fera plusieurs jours de marche. Tu trouveras peut-être une autre organisation à écraser entre temps.

Le regard de Ginga s'assombrit. Apparemment, ce n'était pas ça le problème. Kyouya ne fit pas de commentaire. Il ne tenait pas à se lancer dans une grande conversation, surtout à propos de sentiments. Ce n'était pas son truc.

Il descendit de son perchoir.

- Il faut nous coucher maintenant si on veut partir à l'aube demain.


XXX


Kyouya s'était réveillé aux premières lueurs de l'aube. Ginga avait dormi un peu plus longtemps. Il avait songé à le réveiller mais y avait finalement renoncé. S'il était à moitié endormi pendant leur voyage, ça leur ferait perdre beaucoup de temps. Ça n'en valait pas la peine.

Et il appréciait que son sommeil soit aussi confiant en sa présence.

Ils petit-déjeunèrent en silence et rassemblèrent leurs affaires. Kyouya arrangea la lanière de son sac. Il suivit les lignes des gorges des yeux, se demandant s'il serait plus simple de suivre la route tracée par la nature ou d'escalader les parois. Il opta pour la première option. Il ne connaissait pas la cartographie des lieux. Ils risquaient d'atteindre une maigre corniche et de devoir redescendre aussitôt. Ce serait une perte de temps et d'énergie.

Il indiqua la direction à suivre à Ginga.

- Bey-City est par là.

- D'accord.

Kyouya commença à marcher. Il s'arrêta et se retourna en se rendant compte que Ginga ne le suivait pas.

- Qu'est-ce que tu attends ?

Les yeux miel étaient écarquillés.

- Tu viens avec moi ?

- Bey-City est sur le chemin du Wolf Canyon. Ce serait idiot de faire un détour.

Ginga sourit avec tant de sincérité que le cœur de Kyouya manqua un battement. Le rouquin le rejoignit en quelques pas. Il se posta à côté de lui et leva la tête vers lui.

- On y va ?

Kyouya le dévisagea. Ginga était...

Il détourna brusquement la tête et commença à s'éloigner.

- On serait déjà partis si tu arrêtais de nous faire perdre notre temps.

Ginga le rattrapa en quelques foulées. Il calqua son allure à la sienne. Kyouya ne put s'empêcher de lui jeter un coup d'œil.

Un sourire flottait sur ses lèvres.


XXX


Voyager seul avec Ginga était très différent de voyager avec Ginga et son groupe. C'était bien plus calme – et, Kyouya devait l'admettre, agréable.

Si Ginga aimait l'entraîner dans des discussions, ils passaient aussi de longs moments sans parler, avec pour seuls bruits de fond les sons de la nature. Quelques animaux manifestaient leur présence de temps à autre, mais il se gardait bien de les approcher : ils sentaient le danger que Kyouya représentait et n'étaient pas prêts à le braver. Kyouya savourait ces instants. Il était parfaitement à sa place. À chacun de ses pas, il conquérait un peu plus de territoire, imposait un peu plus sa suprématie...

...et Ginga avançait à ses côtés.

Le rouquin leva la tête vers le ciel, son expression emprunte de sérieux.

- Une tempête s'annonce. Nous devons trouver un abri.

Kyouya regarda le ciel à son tour. Sans surprise, il remarqua que son rival avait raison. Il avait vécu dans un village isolé de montagne. Il savait reconnaître les caprices de la nature, avant même qu'ils ne soient perceptibles.

Kyouya prit une profonde inspiration. Ses poumons s'emplirent d'une odeur d'ozone. La tempête était proche. Un sourire courba ses lèvres. Avec de la chance, elle serait assez violente pour qu'il puisse entraîner Leone...

- Le grand Ginga Hagane a peur d'une simple tempête ?

Le rouquin sourit face à la provocation. Une flamme de défi s'alluma dans ses yeux miel.

- Non. Je suis prêt à affronter n'importe quelle tempête.

Un frisson parcourut l'échine de Kyouya. Ces paroles... Tous les duels passionnés qu'ils avaient mené l'un contre l'autre se reflétèrent dans les pupilles dorées. Kyouya n'arrivait pas à détourner son regard. Il l'aimantait. Il n'avait qu'une seule envie : répondre au défi qui y brillait. Si Ginga pensait pouvoir résister à n'importe quelle tempête, alors Kyouya puiserait dans toutes ses forces et dans toutes celles de Leone pour déchaîner la plus puissante des tornades. Il lui montrerait qu'il ne pouvait pas résister à toutes les tempêtes et il le surpasserait.

Un coup de tonnerre fit éclater leur bulle. Ils se tournèrent en direction du bruit. Le ciel s'obscurcissait. Les nuages s'amoncelaient et rampaient vers eux, menaçants. La tempête ne s'était pas encore éveillée, mais cela ne tarderait pas. Kyouya fronça le nez. Il aimait le rage des éléments, mais la pluie, un peu moins.

- On y va ?

Kyouya se tourna vers Ginga. Son rival tournait le dos à la tempête naissante.

Kyouya esquissa un hochement de tête. Ginga et lui s'engagèrent dans la forêt. Ils se glissèrent sous le couvert des arbres. Des feuilles craquaient sous leurs pas. Ils se dirigèrent vers un amoncellement rocheux, à la recherche d'un abri décent. Kyouya avisa une caverne qu'il ignora. Située au ras du sol, elle risquait d'être inondée si les pluies étaient trop fortes. Une autre, surélevée d'une cinquantaine de centimètres, offrait un abri plus décent. Kyouya s'en approcha. En deux pas, il la rejoignit, Ginga sur les talons. Il jeta un coup d'œil à l'intérieur. La grotte ne semblait pas abriter d'animaux sauvages, ni servir de repaire à des serpents.

Il entra. Les pas de Ginga résonnèrent derrière lui. Kyouya s'arrêta à quelques pas de l'entrée et s'adossa au mur. Il sentait les roches, dures et froides, avec toutes leurs aspérités, dans son dos. Ginga se plaça en face de lui. L'obscurité de leur refuge ternissait les couleurs vives qu'il portait mais pas l'éclat de ses yeux.

- Je répondrai à ton défi, déclara Kyouya d'une voix basse.

Ginga lui sourit. Les épaules de Kyouya se détendirent. Le ciel s'obscurcit soudainement, les plongeant dans les ténèbres. Une averse se déversa depuis le ciel, couvrant chaque bruit. Le vent soufflait par rafales, conduisant des trombes d'eau dans leur abri, remplissant les creux dans le sol et martelant leur côté exposé. Kyouya fit quelques pas de côté, se mettant hors de portée de l'eau. Il eut besoin de quelques instants pour adapter sa vision. Il distinguait la silhouette de Ginga, ainsi que les traits de son visage. Le rouquin avait le regard tourné vers l'extérieur. Il ôta son bagage de son épaule et s'enfonça dans la caverne. Il le posa à même le sol, s'accroupit à côté et entreprit de créer un foyer. Il ne mit que quelques minutes à allumer les flammes. Elles gagnèrent rapidement en intensité et projetèrent des teintes orangées tout autour d'elles.

Ginga leva la tête et lui sourit.

- Ça ne devrait pas durer longtemps.

Kyouya haussa les épaules.

- Si ça s'éternise, je créerai mon propre chemin avec l'aide de Leone.

Il ne laisserait pas une vulgaire pluie le ralentir.

- Je n'en doute pas.

Ne voyant pas l'intérêt de rester debout, Kyouya fit quelques pas à l'intérieur et s'installa en face de Ginga, dont le sourire s'accentua.

Ils passèrent un moment sans rien dire. Kyouya laissait son regard se perdre sur la pluie qui tombait.

- Nous n'avons pas souvent l'occasion de passer du temps ensemble.

La voix de Ginga le tira de sa rêverie. Il tourna la tête vers lui et le dévisagea. Au contraire, Kyouya trouvait qu'ils passaient beaucoup de temps ensemble. Bien plus que ce que leur statut de rival devrait permettre. Et, de toute façon, même lorsqu'ils n'étaient pas physiquement ensemble, Ginga ne quittait jamais ses pensées.

- Juste nous deux, précisa le rouquin.

Kyouya fut obligé d'acquiescer. Les occasions étaient plus que rares, en effet. Il ne se souvenait que d'un bref tête-à-tête, quand il lui avait annoncé qu'il ne ferait pas partie de l'équipe japonaise pour les Championnats du Monde.

Pourquoi faire équipe avec Ginga quand il pouvait se battre contre lui ? Aucun blader n'était aussi exaltant. Aucun combat ne pouvait être comparé avec ceux qu'ils menaient l'un contre l'autre.

Kyouya laissa un demi-sourire, emprunt de défi, courber ses lèvres.

- Tu n'as qu'à pas emmener tes amis à notre prochain duel.

Les yeux de Ginga étincelèrent.

- Si tu n'emmènes pas Benkei avec toi, d'accord.

- Je n'ai pas besoin de spectateurs pour t'écraser.

Il n'y avait qu'une seule et unique personne qui devait voir et reconnaître sa puissance, et il s'agissait de lui, son rival. L'avis des autres ne l'intéressait pas.

- Surtout que tu ne m'écraseras pas.

- C'est un vœu pieu Ginga ?

Les yeux de Ginga s'embrasèrent de défi. Un sourire féroce courba ses lèvres. Kyouya ne pouvait que le regarder. Des l'électricité courut sous sa peau et son cœur s'embrasa. Comme toujours avec Ginga.

- C'est une certitude, Kyouya.

Ginga étendit sa jambe et l'appuya contre celle de Kyouya. Il se permettait de plus en plus souvent ce genre d'écart depuis le début de leur voyage, et Kyouya le laissait faire. Il ne s'en agaçait même pas.

Ce serait différent une fois qu'ils seraient de retour à Bey-City.

Une pointe de regret le piqua. Il la repoussa. Leur statut de rivaux lui convenait. Il l'avait forgé lui-même, avait poussé Ginga à le regarder comme un rival et non comme un ami – surtout pas comme un ami. Il adorait leur rivalité, se mesurer à lui, le pousser dans ses derniers retranchements jusqu'à ce qu'il exploite les toutes dernières forces de Pegasus, comme lui le faisait avec son Leone. Il ne trouverait jamais un adversaire aussi parfait. Ginga avait été le premier et il serait le dernier. Même quand Kyouya le vaincrait enfin, personne ne lui offrirait un défi aussi passionnant que Ginga Hagane et son Pegasus.

Mais, là, il profitait de sa simple présence. Il n'y avait pas de tournoi ni de quête. Seulement Ginga et lui qui retournaient à Bey-City, qui voyageaient côte à côte. Et c'était...

Kyouya croisa les bras. Il s'appuya contre la paroi rocailleuse, en gardant sa jambe blottie contre celle de Ginga.

- On devrait dormir. On partira dès que la pluie s'arrêtera.

Seul le sourire de Ginga lui répondit.


XXX


- Tant qu'à voyager en pleine nuit, autant regarder les étoiles.

Kyouya glissa un regard légèrement agacé sur son compagnon de route qui arborait un immense sourire. Ils avançaient vite malgré le sol recouvert de feuilles détrempées qui émettaient un bruit de succion à chacun de leurs pas. Des gouttes d'eau glissaient le long des feuilles et visaient pernicieusement leurs cous.

- Nous voyagerions pas la nuit si tu n'avais pas voulu t'abriter de gouttes d'eau.

- Tu t'es abrité aussi.

- Ça ne m'aurait pas gêné d'être dehors sous la pluie, mentit Kyouya.

Les yeux de Ginga pétillèrent d'amusement.

- Parce que les lions aiment l'eau maintenant ?

Kyouya fronça le nez et afficha un air supérieur.

- Je ne vois pas pourquoi je devrais en avoir peur.

- Pourtant, j'ai vu un documentaire...

- Tu regardes des documentaires, toi ? En quoi ça aide ton entraînement de Beyblade ?

Kyouya ne tolérerait aucun relâchement de la part de son rival.

- Je m'informe sur mes adversaires.

Kyouya haussa un sourcil sceptique. Le sourire de Ginga s'effrita quelque peu et se teinta subrepticement de gêne. Il haussa les épaules.

- La dernière fois que Madoka a voulu réparer Pegasus, il pleuvait. J'avais rien d'autre à faire...

- C'est déjà plus crédible.

Ils quittèrent le couvert des arbres et laissèrent l'atmosphère humide derrière eux. L'air était plus incisif. Un croissant de lune brillait intensément dans le ciel, entouré d'une multitude d'étoiles. La vaste étendue était bien plus familière à Kyouya que le milieu forestier.

Ginga leva la tête vers le ciel. Son sourire revint, d'une sincérité totale. Peu importait le nombre d'heures qu'il passait à les regarder, les cieux étoilés ne cessaient de le fasciner.

Pegasus, sa constellation, brillait parmi eux.

Ce qui lui faisait penser...

- Pourquoi être parti sans prévenir ?

- Je te l'ai déjà expliqué : je voulais...

- Oui, le coupa Kyouya avec agacement. Éviter de mêler les autres à ça. Je sais, je sais. Mais pourquoi ne pas avoir prévenu, ou laissé de mot ?

- Ça n'a pas servi à grand chose, le mot de séparation, la dernière fois. Vous êtes tous venus à Koma.

...Il n'avait pas tort.

- Et c'est un village caché !

- Beaucoup de monde connaît son existence pourtant.

- C'est vrai.

Ils firent quelques pas en silence.

- D'ailleurs... ça te dirait de venir à Koma ?

Le ton de Ginga lui semblait étrange. Un brin trop hésitant. Peut-être tendu aussi. Kyouya glissa son regard vers lui. Le rouquin s'obstinait à regarder droit devant lui.

- Tu prépares une réunion ?

Ginga baissa la tête. Il arrangea son écharpe.

- Je... Je pensais juste... nous deux.

Kyouya l'observa, sans rien dire, la surprise marquant son expression. Il ne s'attendait pas à ça. Ça ressemblait à...

Ginga lui adressa un sourire légèrement crispé.

- T'embête pas avec ça. C'était juste une idée.

Kyouya leva son visage vers la voûte céleste.

- Koma n'est pas dans la même direction que Bey-City. Il faut se diriger par là, termina-t-il en indiquant une position un peu plus au nord.

Lorsqu'il baissa la tête, leurs regards se croisèrent. Un immense sourire avait fleuri sur le visage de Ginga. Il pétillait jusque dans ses yeux.


XXX


Finalement, l'idée n'était peut-être pas si bonne que ça.

Kyouya et Ginga étaient assis l'un en face de l'autre, sur une couchette d'un salon d'une des maisons de Koma.

Le voyage s'était bien passé. Ils avaient rapidement rallié le village du Beyblade, notamment parce que Ginga ne trouvait plus d'excuse pour les ralentir. Au contraire, il s'était montré enthousiaste tout au long du chemin et avait fait preuve d'impatience à l'idée d'arriver à destination.

Mais maintenant...

- Je devrais... hm... aller voir Hyouma. Ça fait longtemps qu'on ne s'est pas parlés.

- Comme tu veux.

Ils se turent. Kyouya ne savait pas quoi dire. Ça lui semblait étrange d'être ici, avec Ginga. Pourtant, ils avaient été seuls tout au long de leur voyage... Kyouya était vaguement tenté de le défier. Leur rivalité remettrait tout en ordre. Il en était certain. Lorsqu'ils s'affrontaient, rien d'autre ne comptait.

Un seul détail le retenait : ça manquerait de style. Il ne comptait pas gâcher un de leurs duels ainsi. Il fallait qu'il ait le temps d'y mettre les formes, de lancer son défi comme il le voulait... Tout précipiter était indigne de Ginga et lui. Ça convenait pour les bladers de seconde zone, ceux qu'affronter était divertissant mais qui ne comptait pas.

Malgré ses paroles, Ginga ne bougeait pas.

L'ambiance était définitivement bizarre.

- Hm...

- Quoi ?

- Ça te dirait de te promener dans le village ?

- Non.

Il n'avait pas accepté de venir ici pour avoir à passer du temps avec d'autres personnes que Ginga.

- Moi non plus, avoua le rouquin dans un murmure.

S'ensuivit un silence loin d'être aussi confortable que d'habitude. Ça agaçait Kyouya. Il ne devrait pas exister de malaise entre Ginga et lui. Ce n'était pas normal. Naturel.

- Le Beyblade, c'est plus simple, marmonna-t-il.

Ginga le dévisagea, les yeux écarquillés. Sa bouche trembla et il laissa échapper un rire, qui parvint immédiatement à alléger l'atmosphère. Les épaules de Kyouya se détendirent. Par principe, il croisa les bras et se mit à le toiser.

Ginga posa une main sur son genou et Kyouya fut incapable de penser à autre chose.

- Tu as entièrement raison.

- Évidemment.

Il ne parlait pas pour ne rien dire, contrairement à ses amis.

Ginga sourit. Il n'avait vraisemblablement pas perçu les pensées de Kyouya, sinon il aurait défendu ses amis à cor et à cri. Ça leur évitait une dispute, mais aussi un parfait changement de sujet.

- Nous n'avons qu'à prendre la situation comme un duel Beyblade.

Kyouya haussa un sourcil. Le sourire de Ginga s'accentua.

- Nous sommes d'excellents bladers. Nous ne pouvons pas nous tromper si nous envisageons ça comme un combat.

- Comment tu te lancerais, toi ? demanda Kyouya, intrigué.

Ginga se pencha vers lui, souriant. Il tendit la main et la posa sur sa joue. La gorge de Kyouya s'assécha. Ginga le regardait comme si rien d'autre n'existait dans l'univers.

- J'accepte tout de toi : ta force, ta colère et ta passion.

Un demi-sourire courba les lèvres de Kyouya. Cette référence à leur deuxième duel lui plaisait. Sans compter que c'était à la suite de ce combat que leur rivalité s'était réellement forgée.

- Je vois.

Ginga brossa sa joue du pouce.

- Je le pense.

- Je n'en doute pas.

Ginga ramena son bras contre lui. Kyouya ressentit un manque terrible. Il voulait encore de sa main sur sa peau. Heureusement, Ginga n'avait cessé ni de lui sourire ni de le regarder.

- Et toi ?

Kyouya eut l'impression de se recroqueviller intérieurement. Malgré ce que Ginga avait dit, ça n'avait rien de commun avec des déclarations de rivalité... n'est-ce pas ?

- Je préfère l'action aux mots.

- C'est pourquoi tes déclarations de rivalité sont si précieuses.

Ginga avait raison. Il ne lésinait pas sur les mots pour le défier. Il soignait toujours les déclarations qu'il adressait à Ginga. Il était le seul à valoir son temps et ses efforts.

- Tu as peur ? le taquina Ginga.

- Je n'ai peur de rien ni de personne. Et certainement pas de toi.

L'amusement étincela dans les yeux de Ginga.

- Sinon tu ne pourrais pas me battre ?

- Je te vaincrai, assura Kyouya. Je t'écraserai. Je m'améliore chaque jour pour y parvenir. Tu ne pourras jamais me distancer à nouveau. Tu ne pourras plus jamais me vaincre et...

Ginga se redressa, ses yeux étincelant de défi. Sa main se crispa, comme s'il voulait la refermer sur son lanceur et le combattre là, maintenant.

-...Leone et moi mettrons un terme à votre règne de victoires.

Kyouya se rendit alors compte qu'il l'avait défié. Encore. Il n'était pas gêné : le Beyblade était ce qui les avait liés et leur rivalité la base de leur relation. Ce n'était pas exactement ce qu'il était censé faire, voilà tout.

Cependant, ça lui avait donné une idée sur la manière de procéder.

Ginga avait raison. Ce n'était pas si différent, finalement.

Il se pencha vers Ginga qui le regardait, impatient et confiant.

- C'est me battre contre toi qui m'a rendu si fort, m'a obligé à repousser mes limites. Sans toi, je ne serais pas la personne que je suis aujourd'hui. Tu as changé ma vie.

Ces paroles ressemblaient à celles qu'il lui avait adressées avant de lui confier le pouvoir de Leone, car c'était exactement la manière dont il avait vécu leur relation. Sa vie aurait été bien différente sans Ginga et il ne voulait pas imaginer un monde où ils ne se rencontraient pas. Il aurait manqué tant de choses : l'esprit du blader, les duels passionnants contre lui, les combats divertissants contre d'autres bladers, les aventures incroyables, la passion... et, surtout, cette présence si lumineuse, qui lui donnait l'impression que tout était possible. Il serait passé de sa vie minable avec les Chasseurs de Tête à son travail à la TC, sans imaginer ce que l'univers avait à lui offrir. Et ça, c'était si, par miracle, la Nébuleuse Noire n'était pas parvenue à réaliser un de ses plans... Car il avait besoin de Ginga mais Ginga avait aussi besoin de lui, n'est-ce pas ? Kyouya avait décidé d'écraser les obstacles qui se dressaient sur sa voie pour qu'il réussisse ses quêtes. Il lui était indispensable.

À part si un autre avait rempli ce rôle...

Un grondement naquit dans sa gorge. C'était à lui et à lui seul – son rival – de le débarrasser de ses adversaires. D'anéantir ses ennemis.

Une pensée horrifiante s'invita dans son esprit. Peut-être que Ginga aurait eu un autre rival...

Une main se posa sur son bras. L'électricité du contact ramena Kyouya dans le présent. Il vit la main de Ginga sur sa peau, ressentit sa chaleur. Il leva la tête. Les yeux miel ne l'avaient pas quitté.

Ses épaules se détendirent. Il n'avait pas à s'inquiéter d'autres possibilités. Le monde était tel qu'il était. Ginga et lui s'étaient rencontrés. Ginga le regardait lui.

Il ancra son regard à ses yeux magnifiques, reflets de tant de force et de passion.

- Je veux te garder à mes côtés. Je ne te laisserai jamais partir. Et si jamais tu parviens à t'éloigner, malgré tout, je te traquerai et mettrai tout en œuvre pour te récupérer.

Ginga souriait avec douceur. Lui, il comprenait. Il ne considérait pas ses paroles comme une menace mais comme une promesse.

Ginga se pencha vers lui et posa de nouveau sa main sur sa joue. Kyouya frissonna. Ce simple contact faisait naître en lui tant d'émotions et de sensations différentes. Il ne savait pas auxquelles se fier. Il n'avait pas l'habitude d'une telle tempête, même si Ginga le plongeait toujours dans la confusion.

Il prit une profonde inspiration et tenta de se calmer. Il avait une certitude : Ginga lui ôtait la moindre trace de colère et d'agacement qui semblaient pourtant l'accompagner en permanence.

Il attrapa la main de Ginga, la gardant plaquée contre sa joue, et posa un baiser sur son poignet. Il sentit un tressaillement. Il glissa son regard vers Ginga dont les yeux s'étaient arrondis et les joues rosées. Au moins n'était-il pas le seul à se laisser déstabiliser par les événements. Ginga avait réagi de manière si naturelle qu'il avait trouvé son propre trouble ridicule.

La main se replia. Les doigts brossèrent sa joue. Kyouya la relâcha à contrecœur. Elle glissa un moment sur sa peau avant de cesser tout contact.

- En fait... ce n'était pas nécessaire de venir à Koma, pas vrai ? dit Ginga. On aurait pu simplement continuer de voyager. Tous les deux.

- Tu ne voulais pas revenir ?

- Je voulais juste passer plus de temps avec toi.

Une douce chaleur emplit la poitrine de Kyouya... ainsi qu'une fierté féroce. Ginga et lui. C'était ainsi que le monde devait être. Ils n'avaient pas besoin des autres.

Ginga se leva sans le quitter des yeux. Il lui tendit la main. Il souriait de cette manière si incroyable et sincère qu'était la sienne.

- Et si on repartait ? Il y a tant d'espaces sauvages que nous pourrions explorer.

Des espaces sauvages, dominés par la nature et loin des hommes. Des espaces de pure liberté qui les obligeraient à repousser leurs limites et à se renforcer un peu plus.

Des espaces où ils seraient seuls, tous les deux.

Un court moment d'hésitation avant de prendre sa main. Ce n'était pas un aveu de faiblesse, ni une demande d'aide. C'était accepter de voyager à ses côtés. D'être son égal.

Un demi-sourire incurva ses lèvres.

- Où allons-nous ?

- Qu'importe.


FIN