La complainte de Scorpius Malefoy, éternel amoureux transis de la belle Magaret Taylor

Il était une fois, dans un temps pas si lointain mais un peu quand même…

"En quelle année ? l'interrompit Hugo.
-Il y a trois ans. Me coupe pas, répondit Rose avant de reprendre."

Il était donc une fois, il y a trois ans, un jeune garçon de 14 ans appelé Scorpius Malefoy. Il était plutôt petit pour son âge, mais était tiré à quatre épingles. Ses cheveux d'un blond presque blancs étaient plaqués en arrière sur son crâne, et ses grands yeux bleus-gris lui donnaient l'air rêveur.

"Ouais, tu le trouves mignon, quoi.
-Bah, tu le connais aussi, il est plutôt pas mal, non ? Et arrête de m'interrompre, répéta Rose."

Comme tous les ans depuis quatre étés, il attendait à la gare de King's Cross le train qui devait l'emmener à Poudlard, la célèbre école de sorcellerie de Grande-Bretagne. Alors qu'il patientait sur le quai en compagnie de son père, il vit au loin un éclat qui lui fit tourner la tête. Il ne se doutait pas, alors, que ce simple regard allait changer sa vie à tout jamais.

"T'en fais un peu des caisses, là, non ?
-Hugo, si tu me coupes encore une fois, j'arrête de raconter !
-Pardon, pardon. Continue, s'il te plait !"

Sur le quai, à quelques mètres de lui, se tenait la plus belle fille qu'il ait jamais vu de sa vie. Une jeune fille un peu petite, portant une robe de sorcier noire avec l'écusson de Serdaigle accroché au niveau de la poitrine. Ses courts cheveux couleur miel encadraient son visage rond, aux joues roses et fraîches comme deux fleurs de cerisiers et couvertes de taches de son. Ses yeux, d'un bleu clair comme le ciel de cette journée de septembre, brillaient d'un éclat doux et lorsqu'il croisa son regard, elle lui adressa un sourire rayonnant qui le réchauffa jusque dans sa moelle épinière. Elle avait le plus beau sourire qu'il ait jamais vu. A partir de cet instant, il n'eut plus d'yeux que pour elle. Sur le quai bondé, il ne voyait que cette jeune femme, aussi douce et ronde qu'un Boursouflet, baignée par la lumière ambrée du soleil d'automne qui jouait avec ses mèches les plus claires. Ce qui est bien dommage car, eut-il vu d'autres personnes, il aurait aperçu la magnifique amie avec qui elle discutait, une séduisante jeune femme noire au regard perçant, avec de superbes boucles sombres et de beaux yeux dorés…

"Arrête de te jeter des fleurs, se moqua Hugo en riant.
-Genre, c'est pas le pure vérité ?! s'insurgea Rose."

Bref, de toute façon Scorpius ne vit pas la séduisante jeune femme noire. Il venait de tomber amoureux de la petite Serdaigle, en un instant et un sourire. Il la connaissait déjà, bien sûr, puisqu'elle était dans son année et qu'il avait déjà eu cours avec elle. Mais il ne se souvenait pas qu'elle fut aussi jolie, les années précédentes. Il ne se souvenait pas de ses jolies pommettes rosées, ou de l'adorable fossette qui se dévoilait lorsqu'elle souriait… Il se souvenait de son nom, en revanche. Margaret Taylor. Comme mû par une force extraordinaire - ou un moment de bêtise profonde, ça dépend comment on voit les choses - il s'éloigna de son père et s'avança vers la jeune femme, en grande discussion avec son amie au sein d'un groupe très animé de gens roux, particulièrement nombreux.

"Parce qu'il y avait tout le monde, Hugo, ce jour-là ! Tout le monde ! James et Roxane allaient entrer en dernière année, Louis était en troisième année… Les seuls qui n'étaient pas venus, c'était oncle Percy, Molly et Lucy. Et surtout, tu sais qui était là, juste à côté de Maggie ?
-Son copain ?
-Non, non, répondit Rose avec un sourire moqueur. Bien pire. Ses parents."

Mais le nombre de personnes composant le groupe qui évoluait autour de Magaret n'avait pas dissuadé Scorpius. Personne ne savait vraiment s'il était rendu compte, en avançant vers la jeune femme comme dans un rêve, qu'il y avait tant de monde. Il paraissait insensible à tout ce qui n'était pas, eh bien… Magaret elle-même. Le reste ne comptait visiblement pas.
Arrivé à sa hauteur, il se planta derrière elle, sans dire un mot. Il resta planté là, à la regarder pendant un long, long moment. Si long que l'amie qui discutait avec Magaret, à un moment, dû lui faire signe pour qu'elle se retourne enfin.
"Oh, Scorpius, je ne t'avais pas vu ! Excuse-moi, déclara la jeune femme."
Pas de réponse. Scorpius se faisait la réflexion qu'elle avait une jolie voix, et qu'elle était encore plus belle de près. Il sembla soudain réaliser qu'elle attendait une réponse, et il rougit vivement. Il n'avait absolument pas pensé à ce qu'il allait lui dire. Derrière eux, son père approchait à grand pas, ne comprenant pas pourquoi son fils s'était précipité d'un coup vers le grand groupe de rouquins à l'autre bout du quai.
"Ça va, reprit Maggie pour meubler le silence gênant qui s'était installé, tu as passé de bonnes…
-Margaret, tu veux sortir avec moi ?
-Pardon ?!
-Est-ce que tu veux sortir avec moi ? demanda Scorpius en haussant la voix."

"Non ?!
-Si ! s'écria Rose en riant. Sauf que j'sais pas ce qui lui est passé par la tête, il a dû croire qu'elle ne l'avait pas entendu, il a parlé très fort. Vraiment, vraiment très fort."

Si fort que la moitié du quai avait entendu. L'amie de Margaret, évidemment, avait entendu. Ses parents aussi, derrière elle, avaient entendu, et riaient déjà à moitié de la maladresse du jeune homme. L'intégralité de la famille Weasley avait entendu et pire, le père de Scorpius, qui était enfin arrivé à la hauteur de son fils, avait entendu. Les joues roses de Magaret étaient devenues cramoisies tant elle était gênée.
À ce moment, Scorpius réalisa ce qui venait de se passer. Ses yeux s'écarquillèrent d'effroi, et il était devenu blanc comme un linge. Son père, à quelques pas de lui, se figea.

"On aurait dit que plus rien ne bougeait. C'était horrible, j'avais envie de rire tellement fort !
-T'es pas sympa, reprocha Hugo.
-Oh, si tu l'avais vu… Et son père, derrière ! Parce que son père a cru que Maggie faisait partie de notre famille, figure-toi !"

Le père de Scorpius, après un moment de flottement, avait attrapé son fils par le bras et l'avait tiré en arrière, adressant un bref signe de tête à l'ensemble de la famille Weasley qui attendait sur le quai. Il était parti avec lui, parlant à voix basse mais avec agitation, balançant sa grande canne autour de lui en avançant. La seule chose qu'on avait pu entendre de cette conversation étaient les mots "nom de famille", prononcés un peu plus fort que le reste. Quand ils se furent éloignés de quelques mètres, l'intégralité du groupe resté sur le quai explosa d'un rire sonore. Magaret était toujours cramoisie.

"C'est pour ça, s'écria Hugo, que vous rigoliez tous comme des farfadets quand on est revenus avec Lily !
-Oui !
-Je n'arrive pas à croire que personne n'ait voulu m'expliquer ce qui venait de se passer…
-Bah, personne ne voulait en faire plus devant Maggie, la pauvre…
-C'est tout ? Je veux dire, c'est la fin de l'histoire ?
-Oh, si seulement !"

Parce que Scorpius ne s'est pas avoué vaincu, non ! Il était bien décidé à obtenir une réponse de la part de Margaret : après tout, c'était un vrai coup de foudre, et ces choses-là sont rares. Alors, deux heures plus tard, alors que le train filait à grande vitesse vers les collines écossaises, il avait ouvert en grand la porte du compartiment dans lequel Rose, Maggie et leurs amis s'étaient installés. Et il était resté là, tétanisé devant les cinq personnes qui occupaient l'habitacle, incapable de parler.

"Il est resté debout, la porte grand ouverte, sans rentrer pendant… Je dirai trois bonnes minutes. Il fixait Maggie, mais il ne disait rien ! C'était tellement gênant, Maggie était à nouveau toute rouge !
-Et il n'a rien dit ?
-Rien du tout ! Il était paralysé !"

Finalement, Scorpius avait marmonné quelque chose d'inaudible et avait refermé la porte. Il avait bien fallu expliquer ensuite à Neela, Damian et Augustus ce qui s'était passé sur le quai. A nouveau, tout le monde avait bien ri. En quelques heures de train, Scorpius Malefoy était devenu le principal sujet de conversation du groupe d'amis. Maggie, remise de sa surprise, avait même commencé à trouver ça drôle, ce petit gars qui surgissait à côté d'elle pour ne rien dire du tout.

"Et il a fait ça jusqu'à Noël, figure-toi ! Dans tous les cours qu'on avait en commun, il se plantait devant Maggie, comme s'il attendait quelque chose, il la fixait pendant quelques minutes puis il rougissait et partait. Franchement, Hugo, c'était à mourir de rire.
-Le pauvre, il devait être tellement stressé…
-Surtout que c'est arrivé de nulle part, cette histoire ! On avait dû lui parler, quoi, deux fois en trois ans ? Il connaissait à peine Maggie.
-Et il a arrêté ?
-Il a arrêté quand elle et ce crétin de Derek, tu sais, le Gryffondor blond avec qui elle sortait avant, se sont mis à aller à Pré-au-lard ensemble. Et depuis, plus rien !
-Comment ça, plus rien ?
-Bah, il est toujours mal à l'aise devant Maggie, mais je pensais qu'il était passé à autre chose et qu'il se sentait juste honteux pour ce fameux "Tu veux sortir avec moi ?" d'il y a trois ans. Mais visiblement, non.
-Et Maggie, elle en pense quoi ?
-J'crois pas qu'elle ait très envie de fréquenter un type qui menace de tomber dans les pommes à chaque fois qu'il s'approche d'elle… Voilà, déclara Rose après une pause, la complainte de Scorpius Malefoy, éternel amoureux transis de la belle Margaret Taylor !"